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Le journal de l'école de Paris du management

2010/1 (N°81)


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Extrait du Journal d’un homme marié, de Jean-Marie Drauger : « L’engagement est un concept assez paradoxal. Un gage, c’est un objet de valeur qu’on dépose au Crédit municipal en échange d’un prêt immédiat. Le prêt représente 50 à 70 % de la valeur estimée de l’objet sur le marché des ventes aux enchères publiques. Je me demande ce que je pourrais tirer de l’immense coq en verre de Venise offert par Belle-Maman. Dommage que nous ne soyons pas réduits à quia, je n’ai pas d’alibi pour m’en débarrasser. Quel que soit le prix proposé par le Crédit municipal, il serait largement supérieur à ce que vaut vraiment ce coq, à mon avis.

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Ensuite il y a les gages qu’on attrape quand on fait une bêtise. Par exemple, chaque fois que j’appelle ma belle-mère « Mamie », comme les enfants, j’ai un gage : je dois répéter trois fois d’affilée : « Belle-Maman, Belle-Maman, Belle-Maman ». Pour ce prix-là, je me demande si j’aurais le droit de l’appeler tout haut par les vrais noms que je lui donne dans ma tête.

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Il y a aussi la gageure. Par exemple, transporter ce coq jusqu’au Crédit municipal sans le casser ni même l’amputer d’un ergot, cela relèverait vraiment du tour de force. Je suis prêt à gager que je n’y arriverais pas, et je serais d’accord pour payer un gros gage si jamais j’y arrivais.

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On dit aussi donner son cœur en gage, ce qui vous conduit, quelque temps après, à vous engager dans les liens du mariage. Mais là, les tarifs sont beaucoup moins clairs qu’au Mont-de-piété. Au Crédit municipal, on vous propose un prix précis pour le coq : vous acceptez, ou vous refusez. Dans le mariage, on vous promet que vous serez comme un coq en pâte, et en fait c’est un coq en pâte de verre qui s’installe à votre place dans votre salle à manger.

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« Comme la croûte des pâtés, les promesses sont faites pour être rompues », disait Jonathan Swift. J’aurais peut-être dû prendre des gages, m’assurer d’un certain nombre de conditions avant d’engager les dépenses du mariage. J’ai bien essayé d’engager la conversation à ce sujet, mais ma fiancée me regardait d’un air si engageant et ma belle-mère me parlait d’un air si dégagé que je n’ai pas osé engager cette bataille. Je gage d’ailleurs que si j’avais refusé d’être aux gages de qui vous savez, on m’aurait demandé de dégager.

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On parle aussi des gages des domestiques, sans doute avec l’idée qu’un certain nombre d’emplois ne présentent d’autre intérêt que la rétribution, même faible, qu’ils procurent. Mes gages à moi, ce sont les trois semaines que nous passons chaque été dans le petit chalet que nous prête Belle-Maman, au bord d’un gave des Pyrénées. Incroyable, les gages de bonne conduite que je dois fournir pour avoir le droit de taquiner la truite…

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La vie est un combat. J’aurais peut-être mieux fait de m’engager dans l’armée. Là aussi, on vous verse des gages, et d’ailleurs le mot soldat, comme solde et sou, vient de solidus, « solide », qui désignait en latin classique une pièce d’or massif. Les soldats étaient ceux qui s’engageaient contre un tarif donné, nonobstant la part de butin qu’ils pouvaient éventuellement s’approprier à l’issue des engagements. Aujourd’hui, plus de butin, mais les tarifs sont clairs, on s’engage pour une durée fixée à l’avance et on sait ce que l’on gagnera à chaque étape de sa carrière. Sans compter qu’on a en prime la satisfaction d’être le bras armé de la République, de démontrer la supériorité technologique française et d’assurer le maintien de la paix autour de la planète ; c’est quand même autre chose que juste faire le ménage. Bien sûr, on peut être amené à risquer sa peau pour défendre le coq gaulois, mais j’aurais autant aimé ça que vivre un enfer avec un coq de Venise…

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C’est décidé. Je suis trop âgé pour m’engager dans l’armée, mais je vais engager un combat personnel pour retrouver ma liberté. Je vais donner des gages à notre femme de ménage pour qu’il arrive malheur à ce maudit coq : ce sera le premier pas vers un horizon plus dégagé… »

Notes

[*]

L’auteur appréciera vos remarques et idées. Écrivez-lui !

elisabeth.bourguinat@wanadoo.fr

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, « L'Esprit de l'escalier. Engagez-vous, rengagez-vous ! », Le journal de l'école de Paris du management, 1/2010 (N°81), p. 44-44.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2010-1-page-44.htm
DOI : 10.3917/jepam.081.0044


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