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Le journal de l'école de Paris du management

2010/1 (N°81)


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« La France, un des pays les plus multiculturels du monde ». « Près d’un Français sur quatre a au moins un grand-parent immigré. »[1][1] Le Monde (4-12-04). Si l’on ajoute les résidents en France qui n’ont pas, ou pas encore, la nationalité française, on ne doit pas s’étonner que le débat sur l’identité connaisse en France une intensité particulière. Le présent numéro du Journal peut être vu comme une contribution à ce débat.

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En effet, en présence d’une rencontre de deux cultures, différents événements peuvent s’observer. Des affrontements d’abord : la guerre, le racisme, l’exclusion. Des absorptions ensuite : colonisation, assimilation. Des négociations enfin : une cohabitation limitée à des enjeux précis, sans renoncement aux identités en présence.

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Afin de mettre de l’ordre dans la combinaison infinie des identités imaginables, je vais une fois de plus mobiliser ma grille à quatre niveaux, qui systématise les sources concevables de l’identité : la matière, les personnes, les institutions et le sacré.

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La matière : je vise ici l’identité procurée par une activité professionnelle, ou sportive, ou artistique.

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Les personnes : les liens de famille, en particulier lorsqu’ils s’accompagnent de signes ethniques caractérisés.

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Les institutions : s’impose ici la nationalité, telle qu’elle est définie par les lois en vigueur dans chaque pays.

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Le sacré : comme on sait, ce niveau s’analyse à son tour en rites, mythes et tribus. Parmi les rites, la langue est un stigmate d’identité dominant. Parmi les mythes, la référence à une histoire commune (« Nos ancêtres les Gaulois » récitaient, dit-on, les écoliers africains de jadis). Les tribus, enfin, expression qui englobe tous les sentiments d’appartenance autres que les liens proprement familiaux, par exemple l’appartenance à une religion (le peuple juif, le peuple chrétien, la communauté Umma musulmane).

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Ces critères d’identités sont largement indépendants, ce qui jette une vive lumière sur la querelle des identités. Prenons le sport : les joueurs de football professionnels vont de club en club sans considération pour la nationalité de ceux-ci ; leur identité fondamentale est clairement le foot. La langue n’est évidemment pas, en elle-même, un critère discriminant, puisque des peuples différents parlent anglais, français ou espagnol, sauf quand elle est peu répandue (songeons au hongrois ou au finlandais). Une jeune fille peut avoir des parents italiens, être née aux USA, être ultérieurement naturalisée française et finir par épouser un Anglais.

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Cela étant, les nécessités de la vie politique imposent de définir qui a le droit de voter, ce qui donne sa force à la notion de nationalité, localement assouplie à l’occasion. Mais cela laisse intacte la question des autres critères d’identité, et la tentation est toujours présente d’en durcir la liste, jusqu’à réduire les privilégiés à une caste étroite. C’est le piège du totalitarisme.

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Avec la mondialisation, avec la mobilité croissante des personnes, des produits et des idées, s’impose la notion du caractère multidimensionnel de l’identité, avec l’idée que la rencontre de critères variés est une richesse, à la manière de la vision stéréo que procure une multiplicité de regards.

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Au même titre qu’il est précieux pour une nation comme la France d’avoir des racines lointaines à la fois gauloises et romaines, d’avoir été une terre d’accueil pour des immigrants venus de tous les horizons, elle sera bien avisée de tirer parti des singularités culturelles des nouveaux arrivants, en les encourageant à maintenir vivantes leurs cultures particulières, plutôt que de les oublier au profit d’une fade sous-culture universelle de grande consommation.

Notes

[1]

Le Monde (4-12-04).

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Identités multiculturelles », Le journal de l'école de Paris du management, 1/2010 (N°81), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2010-1-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.081.0007


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