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Le journal de l'école de Paris du management

2010/4 (N°84)


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Vers 1770, tout le monde éclairé parlait le français. On s’arrachait les écrits des penseurs parisiens, et l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert se vendait dans toute l’Europe. Qu’en est-il aujourd’hui ?

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Mais non, mais non, la France n’a pas disparu de la scène, mais on la crédite d’un rang moyen, loin derrière le géant américain et les bruyants émergents comme la Chine et l’Inde. Mais ses amis se demandent si ses pittoresques singularités ne la condamnent pas à régresser peu à peu au rang de parc touristique, sans véritable présence dans les domaines où la compétition mondiale se joue.

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Le présent numéro amène à trouver des atouts cachés, surprenants, dans des singularités françaises qui font sourire nos concurrents.

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Les bistrots ! Que voilà une singularité bien de chez nous, où dans toute ville ou tout village, on est toujours à moins de cent mètres d’un troquet où patrons et clients sont prêts à tailler une bavette cordiale. Nous apprenons que cette convivialité se retrouve entre acteurs du high-tech, qui échafaudent d’ambitieux projets dans leurs rencontres à La Cantine.

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L’État monarchique ! En France, depuis Philippe le Bel au moins, c’est à Paris qu’un souverain absolu décide. Qu’il s’appelle le Roi, l’Empereur, le Peuple ou l’État, il s’occupe de tout ce que l’initiative locale ou le marché fait fonctionner ailleurs. Mais cela nous vaut la Comédie-Française, fabuleux théâtre créé par Louis XIV en 1680 et refondé par Napoléon 1er en 1812, qui propose 800 pièces par an à un niveau d’excellence justement admiré.

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Les Grandes Écoles ! Alors qu’ailleurs on forme des ingénieurs spécialisés dans les universités, chez nous ils apprennent un peu de tout dans une foule de matières au sein d’établissements luxueux de taille modeste. Mais cela nous vaut d’exceller rapidement dans des productions qui exigent la mise en œuvre de techniques variées rarement juxtaposées, comme l’aéronautique, le nucléaire et peut-être demain la voiture électrique.

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L’Honnête Homme ! Esprits éclairés sur toutes choses, délectables causeurs s’exprimant légèrement sur les choses graves et gravement sur les choses légères, la France a produit à toutes les époques des auteurs comme Montaigne ou Voltaire, dont on peut voir un héritage dans une émission radiophonique, Rue des entrepreneurs, qui a livré chaque semaine pendant vingt-huit ans un document sur la vie des affaires à la fois sérieux et plaisant.

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Autre version de l’honnête homme à la française : le savant philosophe, spécialiste reconnu d’une discipline, qui ne dédaigne pas de lever les yeux de ses calculs ou de sa paillasse pour livrer ses pensées sur les conséquences de ses découvertes. Dans cette lignée, où l’on recense Descartes, Condorcet ou Claude Bernard, on peut ajouter le docteur Lionel Naccache, médecin neurologue, qui bouleverse notre conception de la vie psychique en montrant que des rencontres variées peuvent modifier des zones elles-mêmes variées et indépendantes du cerveau. Cela entraine que l’idée que chacun peut se faire de son identité est le résultat d’une synthèse bricolée entre des éléments plus ou moins hétéroclites. L’une des conséquences en est une lecture rénovée de l’inconscient freudien.

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Chaque culture nationale comporte ainsi ses singularités, œuvres des siècles ancrées dans des réalités géographiques et humaines disparates. Plutôt que de laisser ces aspérités s’éroder, voire disparaître dans une fade uniformisation, il serait sage de favoriser leur survie, car elles contribuent à la richesse globale sans entrer dans une course aux scores quantitatifs qui ne mesurent que des euros ou des dollars anonymes. Dans cette perspective, il n’est pas inconvenant d’affirmer que l’humanité a de la chance de compter dans ses rangs les Français, si franchouillards qu’ils paraissent à l’occasion.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Heureuses singularités françaises», Le journal de l'école de Paris du management 4/2010 (N°84) , p. 6-6
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2010-4-page-6.htm.
DOI : 10.3917/jepam.084.0006.


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