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Le journal de l'école de Paris du management

2010/5 (N° 85)


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Le management, c’est l’art d’exercer des choix et donc de formuler des jugements : qu’est-ce qui était bien, ou mal, dans ce qui a été fait ? Quelle solution choisir parmi celles possibles ? La qualité des choix opérés dépend de la qualité des jugements qui les fondent [1][1] Claude Riveline, “Un point de vue d’ingénieur sur la....

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Comment ces jugements sont-ils élaborés ? Procède-t-on, comme la justice, en privilégiant une investigation patiente, des débats contradictoires, et en mettant les jugements délicats en délibéré ? Bien sûr que non, en dehors de décisions très stratégiques ! Les managers manquent chroniquement de temps pour instruire leurs jugements, qui sont alors fondés sur des abrégés sommaires, comme des chiffres simples (productivité pour un atelier, nombre de publications pour un chercheur, taux d’élucidation pour la police) ou des idées largement partagées. Il en va de même dans la vie sociale : le citoyen étant aussi un électeur, il fait peser ses critères de jugement, souvent simples, sur les autorités électives.

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Mais ces moyens de gagner du temps peuvent être en décalage croissant avec les réalités qu’ils sont censés résumer, et engendrer ainsi des choix pervers. On s’indigne aujourd’hui des 15 % de rentabilité imposés aux entreprises, valeur qui était pourtant devenue la norme ; on découvre le conformisme engendré par le décompte des publications. Mais il n’est pas facile de sortir des impasses auxquelles ont conduit ces commodités, comme le montre le cas du PIB, toujours en vie alors qu’on le disqualifie depuis longtemps comme indicateur de richesse. C’est qu’il faut du temps et de la vertu pour remonter aux sources de ces décalages, imaginer des modalités alternatives et les faire admettre. Les articles de ce numéro montrent qu’il serait souvent plus urgent de chercher à comprendre que de juger, mais que ce n’est pas facile.

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On a dit qu’il fallait mettre le holà aux bonus des traders, mais que sait-on des effets des solutions imaginées ? Après avoir lu Olivier Godechot, on comprendra que celles qui paraissent évidentes risquent fort de rater leur but.

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La violence devient préoccupante, mais après avoir lu Yazid Kherfi, on comprendra que la répression ne suffira pas à éradiquer ce mal. Le regard des autres fait avancer s’il est bienveillant et pousse au repli s’il est malveillant ; il faut donc mettre en œuvre des moyens pour que les délinquants trouvent, ou retrouvent la considération de soi, et par ce chemin, celle des honnêtes gens.

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Les artisans ne se sentent pas bien considérés parce que les lunettes économiques que chaussent les politiques, et les médias, les dévalorisent. D’où leur idée de mobiliser de nouvelles théories pour changer les lunettes à travers lesquelles on les regarde.

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Les banquiers sont-ils des voyous dont il faut contrôler les comportements par des règles sévères ? Georges Pauget, craignant la mise en place, sous l’empire de l’émotion, de règles aux effets dévastateurs, a mené un travail approfondi pour mieux comprendre les causes et la dynamique de la crise, espérant ainsi modifier les perceptions des juges du système.

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Quant aux Guignols de l’info, on peut les regarder comme une illustration des bienfaits paradoxaux de l’urgence. Quand celle-ci donne une excuse pour ne pas se concerter, on retrouve des degrés de liberté : la pression du direct permet des audaces qui seraient impossibles s’il fallait obtenir toutes les bénédictions en haut lieu. Et les censeurs potentiels sont eux-mêmes sans doute soulagés de ne pas avoir eu l’occasion de se prononcer [2][2] Michel Berry, “Les mirages de la bibliométrie, ou comment....

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L’École de Paris se donne du temps pour instruire les affaires qui lui sont présentées, valorise le débat et n’a, de plus, aucun jugement à prononcer. Elle peut donc se donner le luxe de mieux comprendre les sujets sur lesquels les jugements péremptoires abondent. C’est ainsi qu’elle est peut-être le plus utile : diffuser sa compréhension des phénomènes en cause en laissant aux lecteurs le soin de faire évoluer leurs propres jugements.

Notes

[1]

Claude Riveline, “Un point de vue d’ingénieur sur la gestion des organisations”, Gérer & Comprendre n°25, décembre 1991

[2]

Michel Berry, “Les mirages de la bibliométrie, ou comment scléroser la recherche en croyant bien faire”, Revue du MAUSS n°33, 2009/1

Pour citer cet article

Berry Michel, « Éditorial. Juger et comprendre», Le journal de l'école de Paris du management 5/2010 (N° 85) , p. 3-3
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2010-5-page-3.htm.
DOI : 10.3917/jepam.085.0003.


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