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Le journal de l'école de Paris du management

2010/5 (N° 85)


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Naguère, il y avait le temps de paix et le temps de guerre. La guerre était le temps de tous les excès : paroxysmes d’horreurs, avec les morts, les blessés, les destructions ; paroxysmes de dépenses, car pour défendre son pays, un gouvernement mobilisait des moyens inimaginables en d’autres temps ; paroxysmes d’urgences, car une situation pouvait évoluer en quelques jours au profit de l’un des camps. Par contraste, le temps de paix était celui de la modération, de la justice, de la patience. Ce n’était pas le paradis, mais des mécanismes législatifs et réglementaires mettaient sagement au point des réformes pour améliorer les choses.

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Du moins en était-il ainsi jusqu’à Tchernobyl en avril 1986, jusqu’au 11 septembre 2001 à New-York, jusqu’à la faillite de Lehmann Brothers en 2008, jusqu’à la grande angoisse du réchauffement climatique. Les progrès de la technique, en particulier ceux des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, ont eu pour conséquences que la magnitude des événements, la vitesse avec laquelle les informations se propagent, les enchainements de conséquences dites systémiques qui étonnent par leur diversité et leur ampleur font que les bulletins d’information quotidiens d’aujourd’hui rappellent souvent les bulletins des temps de guerre.

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C’est particulièrement frappant en matière financière. Pour combattre la crise de 2008, les gouvernements ont mobilisé des montants que nul n’aurait imaginés un an plus tôt, et le gouvernement américain, en particulier, pour éviter l’effondrement du dollar, a pratiquement nationalisé les établissements financiers, en tout cas ceux qu’il n’a pas laissés mourir, tel le gouvernement soviétique, son adversaire de toujours, en son temps.

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Si la paix d’aujourd’hui ressemble par certains côtés à la guerre d’hier, elle en diffère cependant par un aspect important : la disparition des grands chefs. Où sont les Clémenceau, les Churchill, les de Gaulle qui galvanisaient les masses et désignaient des objectifs follement ambitieux qu’ils finissaient par atteindre sous les regards émerveillés de l’opinion publique ? Aujourd’hui, on ne voit plus que des hommes politiques qui font un peu rêver le temps de leur campagne électorale, et qui une fois élus nagent fébrilement dans des torrents tumultueux, traqués par des journalistes qui se déclarent déçus s’ils leur avaient été favorables et amèrement satisfaits s’ils leur avaient été hostiles.

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Le présent numéro du Journal aborde trois domaines caractéristiques de la démesure ambiante : les banques, les traders et les banlieues sensibles. Par les pertes ou les bénéfices pharamineux, par les rémunérations déraisonnables des patrons ou des agents du front-office, le système bancaire mondial donne l’image d’une armée lourdement équipée et qui fait feu de partout sans chef et sans règle. Dans un tout autre domaine, la délinquance qui sévit dans les quartiers dits sensibles atteint parfois une telle violence, jusqu’à attaquer à l’arme de guerre des cars de police ou des gendarmeries, que les responsables de l’ordre public n’écartent plus l’hypothèse d’un embrasement incontrôlable. Que faire ?

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En un temps où les experts de la terre entière nagent dans la perplexité, il serait naïf de proposer des recettes. Mais ce numéro démontre que les travaux de l’École de Paris apportent d’utiles contributions. Directement sur les banques, les traders et la délinquance. Indirectement sur le sujet de l’artisanat, car tels des roseaux protégés par leur taille modeste et la proximité de leurs marchés, les artisans supportent mieux les tempêtes de la mondialisation que les chênes.

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Les Guignols de l’info, enfin, en un temps où l’inertie de la machinerie parlementaire est de plus en plus décalée par rapport à la fébrilité de l’actualité, assurent une mission de service public en livrant à l’opinion, en toute indépendance, une critique en temps réel des gens du pouvoir, comme le Parlement avait le devoir et le loisir de le faire en des temps plus sereins.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Les bornes sont franchies », Le journal de l'école de Paris du management, 5/2010 (N° 85), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2010-5-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.085.0007


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