Accueil Revues Revue Numéro Article

Le journal de l'école de Paris du management

2010/6 (N°86)


ALERTES EMAIL - REVUE Le journal de l'école de Paris du management

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 7 - 7 Article suivant
1

Un rapprochement extrêmement suggestif s’impose : les deux tiers des fusions-acquisitions tournent mal, ce que confirme l’un des comptes rendus de ce numéro, et un mariage sur deux se termine par un divorce en France (en 2008, 265 404 mariages et 132 594 divorces – source : INSEE). Si l’on ajoute aux mariages les autres formes de vie commune, probablement plus fragiles, l’ordre de grandeur total est le même. Ce qui pose la question de savoir quelles sont les fusions et quels sont les mariages qui durent.

2

Or, il est d’usage de distinguer les mariages de raison et les mariages d’amour. Dans le monde féodal et encore à la Renaissance, les mariages aristocratiques et bourgeois étaient le plus souvent arrangés par les parents, et de nos jours ce sont le plus souvent les futurs mariés qui se choisissent. Le Grand Siècle est une époque charnière, comme le suggèrent les comédies de Molière, où l’on trouve presque toujours au cœur de l’intrigue une fille qui refuse le barbon que veut lui imposer son père. Il est légitime de supposer qu’un mariage de raison est un mariage d’argent, et le présent numéro met en scène divers cas de figure de mariages entre entreprises, où à n’en pas douter l’argent domine. La statistique des divorces et des échecs des fusions laisse planer le doute sur la voie la plus sûre de la pérennité.

3

Regardons-y de plus près. Outre le compte rendu sur les fusions-acquisitions proprement dites, un autre compte rendu porte sur une variété différente de cohabitation, celle de la formation technique et des affaires au sein des campus Veolia. Le souci de la rentabilité n’est jamais absent des choix des entreprises, mais compte tenu du souci de l’épanouissement de ses collaborateurs dont témoigne Veolia en l’occurrence, notamment dans les emplois les plus humbles, il n’est pas interdit de penser que dans ce rapprochement-là, l’amour domine. On se plaît à penser que cette union va durer, si l’entreprise en garde les moyens.

4

Le poids croissant des préoccupations de rentabilité dans la vie des hôpitaux dont il est également rendu compte donne à penser que dans le mariage entre médecins et management, l’argent domine lourdement. Voilà encore un mariage qui va durer, mais on ne peut pas appeler cela une idylle.

5

Le cas du rapprochement entre savants-inventeurs et entreprise que rapporte le compte rendu sur le système de localisation d’avant-garde rival du GPS offre l’image d’un mariage qui est tout amour pour l’inventeur et tout argent pour l’entreprise. Voilà une union qui ne durera pas longtemps si l’argent ne suit pas.

6

Le rapprochement entre le chef d’orchestre et le PDG dont traite le dernier compte rendu est plus difficile à déchiffrer dans les catégories précédentes. A priori, un orchestre est tout amour : amour de la musique, souci de l’harmonie, complémentarité des timbres, et l’on aime à imaginer l’entreprise à cette image. Malheureusement, c’est un postulat classique de la recherche en gestion, l’entreprise est en permanence le siège de l’affrontement entre agents économiques aux intérêts irrémédiablement antagonistes, schématiquement le fabricant, le commerçant et le financier. Sa prospérité durable repose même sur l’acharnement avec lequel chacun de ces agents défend les intérêts dont il a la charge. Donc le PDG ne fabrique pas une harmonie écrite sur une partition, il exploite de saines rivalités pour en faire sortir du profit.

7

Et pourtant, il n’est pas interdit d’affirmer que les entreprises ont une âme, à laquelle le chef doit donner de la joie de vivre. Auguste Detoeuf a dit, dans les Propos de O.L. Barenton, confiseur[1][1] A. Detoeuf, Propos de O. L. Barenton, confiseur, Éditions... : « Le chef d’entreprise dirige son entreprise comme il dirige sa femme : en la suivant ». Cette formule rapproche une fois de plus le mariage et la vie des affaires, et elle donne utilement à penser, à notre époque où vie des couples et vie des affaires sont en crise. Chacun aimerait à penser que les mariages d’amour sont plus solides que les mariages de raison. Rien n’est moins sûr. Amour et raison sont l’un et l’autre bien nécessaires, en affaires comme dans le couple.

Notes

[1]

A. Detoeuf, Propos de O. L. Barenton, confiseur, Éditions du Tambourinaire, 1951, p. 171.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Mariages d'amour, Mariages d'argent », Le journal de l'école de Paris du management, 6/2010 (N°86), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2010-6-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.086.0007


Article précédent Pages 7 - 7 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback