Accueil Revues Revue Numéro Article

Le journal de l'école de Paris du management

2011/4 (n°90)


ALERTES EMAIL - REVUE Le journal de l'école de Paris du management

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 45 - 45
1

Le conflit entre la petite société Voltalis et EDF s’est terminé par la victoire de David contre Goliath. Le 5 mai 2011, le Conseil d’État a jugé que Voltalis, fournisseur d’effacement diffus de consommation électrique, n’avait pas à compenser le manque à gagner d’EDF lié à la non-consommation d’électricité par ses clients. Voltalis a ainsi vu confirmer sa légitimité à vendre des “négawatts” quasiment au prix des watts. La petite start-up a-t-elle trouvé le secret de la pierre philosophale, qui consiste à faire de l’or à partir de vils métaux ou même à partir de rien ?

2

Cette affaire est fascinante car elle renvoie à de multiples débats d’économistes sur la valeur des biens que l’on produit, ou que l’on ne produit pas, ou même que l’on détruit.

3

On songe, par exemple, aux Mécanismes de développement propre, destinés à limiter les émissions de carbone en accordant une valeur monétaire à la tonne de carbone évitée. Entre autres critiques, on leur reproche de confondre les tonnes évitées “réelles”, par exemple quand on modernise une centrale thermique, et les tonnes évitées “virtuelles”, par exemple lors de la création d’un barrage. Dans un cas, l’économie de carbone est facile à mesurer. Dans l’autre, toutes les spéculations sont possibles, comme dans cette histoire du client qui proteste contre le prix des harengs : « 10 euros le kilo ? Votre concurrent les vend 5 euros. – Allez donc les acheter chez lui ! – Il n’en a plus. – Moi, quand je n’en ai plus, je les vends 2 euros. » Dans le cas de Voltalis, cependant, le prix du négawatt est fixé à tout instant par le prix du watt des concurrents.

4

Cette affaire renvoie aussi à la question de l’intérêt économique du gaspillage. On connaît le sophisme de la vitre cassée, de Frédéric Bastiat (1801-1850), critiquant l’adage populaire « Que deviendraient les vitriers, si l’on ne cassait jamais de vitres ? » Bastiat démontre que lorsque le propriétaire dépense six francs pour changer la vitre cassée, il n’obtient, au bout du compte, que la jouissance d’une vitre, alors que si l’accident n’était pas arrivé, « il aurait dépensé six francs en chaussure et aurait eu tout à la fois la jouissance d’une paire de souliers et celle d’une vitre. » Keynes défend, au contraire, l’intérêt de creuser des trous pour ensuite les combler, si cela doit permettre de créer des emplois. De même, on pourrait soutenir qu’il est utile qu’EDF produise toujours plus d’électricité, quitte à chauffer des locaux vides, puisque cela contribue à accroître le PIB et à créer ou maintenir des emplois.

5

Cette position a été illustrée jusqu’à l’absurde par la Pétition des fabricants de chandelles, du même Frédéric Bastiat. S’élevant contre « l’intolérable concurrence d’un rival étranger (…) qui inonde de lumière notre marché national à un prix fabuleusement réduit », les fabricants de chandelles réclament « une loi qui ordonne la fermeture de toutes fenêtres, lucarnes, abat-jour, contre-vents, volets, rideaux, vasistas, œils-de-bœuf, stores, en un mot, de toutes ouvertures, trous, fentes et fissures par lesquelles la lumière du soleil a coutume de pénétrer dans les maisons. » Grâce au besoin de lumière artificielle ainsi créé, soulignent les pétitionnaires, « quelle est en France l’industrie qui, de proche en proche, ne sera pas encouragée ? »

6

Aujourd’hui, épuisement des ressources naturelles et réchauffement climatique aidant, l’énergie solaire revient au goût du jour, mais sous forme d’électricité photovoltaïque, infiniment plus coûteuse que la chandelle, et a fortiori que les négawatts. Les adeptes de la décroissance rongent leur frein, jurant qu’ils auront le dernier mot, au moins par KO de l’économie mondiale, quand les négawatts seront plus nombreux que les watts et les néga-harengs plus nombreux que les harengs…

7

L’auteur appréciera vos remarques et idées. Écrivez-lui ! elisabeth.bourguinat@wanadoo.fr

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, « De la chandelle au négawatt », Le journal de l'école de Paris du management, 4/2011 (n°90), p. 45-45.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2011-4-page-45.htm
DOI : 10.3917/jepam.090.0045


Article précédent Pages 45 - 45
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback