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Le journal de l'école de Paris du management

2011/5 (n° 91)


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La parabole est bien connue : j’ai perdu mes clés la nuit dans la rue. Je les recherche sous le réverbère, non pas que j’aie des raisons de croire qu’elles sont là, mais c’est le seul endroit éclairé de la rue. L’analogie qui s’impose, dans le monde du management, est l’importance disproportionnée que prennent les événements qui se quantifient, ceux qui se traduisent en modification des résultats comptables, au détriment de ceux qui se mesurent mal. On prête à Joseph Staline cette question à Winston Churchill en 1945 : « Le pape, combien de divisions ? » Réduire l’Église à une armée souligne le ridicule de la question, mais l’opinion est si habituée à résumer la valeur d’une entreprise à son cours en Bourse, la valeur d’une nation à son PIB, l’importance d’une revendication sociale à l’importance du défilé (selon les organisateurs et selon la préfecture de police, comme on sait), que les insuffisances de ces diverses quantifications sont moins flagrantes.

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Les cinq comptes-rendus du présent numéro peuvent ainsi être lus comme des coups de phares sur les aspects de la vie collective qui échappent aux réverbères des quantifications habituelles.

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La soirée des Invités sur l’industrie a montré que les attentes de l’opinion sont bien plus nombreuses et complexes que les chiffres de production et de profits usuellement retenus : indépendance nationale, balance commerciale, aménagement du territoire, emploi sont tour à tour évoqués. Ce dernier thème est caractéristique : un ouvrier de moins est un chômeur de plus, mais c’est un gain de productivité. Un mal ou un bien selon le point de vue.

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Un éditeur voue un culte à la bonne littérature et, oh ! merveille, il dirige une maison d’édition rentable. Faire du profit avec du bon goût, voilà qui est peu probable.

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Des entrepreneurs veulent être indépendants, mais toucher des revenus comme des salariés. Coopaname réussit en partie cet improbable compromis.

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Mesurer la consommation d’eau de villageois en Inde : sacrilège ! L’eau n’est-elle pas un don des Dieux ?

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Enfin nous recueillons un nouveau message de Danone, entreprise pionnière dans la recherche de la conciliation entre le projet économique et le projet social de l’entreprise.

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Les quantifications, à côté de leurs capacités de synthèse si commodes, présentent l’inconvénient de fabriquer des conflits, qui disparaissent quand on casse le compteur. Un exemple : tous les économistes s’accordent pour considérer que la France vit aujourd’hui aux crochets de l’Allemagne. Mais comme avec la monnaie commune il devient malaisé d’évaluer une balance commerciale, on en parle peu. De même, il est évident que la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, havre de retraités, parasite ses industrieux voisins de la région Rhône-Alpes. Mais comme on ne le mesure pas, on n’en parle pas. À Paris, le déficit de la RATP est un sujet de débat, car le budget de l’État est sollicité et de bons esprits s’indignent de ce que les Parisiens vivent aux crochets de la France entière. Mais la voirie parisienne, et notamment ses milliers de platanes si plaisants, sont gratuits, et pourtant fort coûteux. Qui s’en soucie ?

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Antoine de Saint-Exupéry a résumé le dilemme des quantifications de manière poétique dans son Petit Prince, à qui il prête la remarque suivante : « Si vous dites aux grandes personnes :J’ai vu une belle maison en briques roses, avec des géraniums aux fenêtres et des colombes sur le toit…”, elles ne parviennent pas à s’imaginer cette maison. Il faut leur dire :J’ai vu une maison de cent mille francs. Alors elles s’écrient :Comme c’est joli !” ».

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Certes, mais décrire une belle maison, c’est long, et des goûts et des couleurs… Tandis qu’un prix, c’est vite dit et vite compris. L’effet réverbère est un enfant, le cas échéant dévoyé, de l’urgence.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « L'effet réverbère », Le journal de l'école de Paris du management 5/2011 (n° 91) , p. 7-7
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2011-5-page-7.htm.
DOI : 10.3917/jepam.091.0007.


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