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Le journal de l'école de Paris du management

2011/6 (n° 92)


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Fissuré, telle est l’épithète qui vient à l’esprit à la lecture des quatre articles du présent numéro et telle est l’image du monde d’aujourd’hui qui en ressort. En effet, les valeurs sûres, les majestueux édifices sur lesquels se fondait naguère notre sécurité matérielle et intellectuelle se révèlent ébranlés, sillonnés de cassures qui les ont parfois détruits mais le plus souvent fragilisés de manière inquiétante. Qu’on en juge.

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Les grandes entreprises : que voilà des forteresses sur lesquelles s’édifiaient les puissances économiques des temps modernes. Les voilà qui se réfugient dans des paradis fiscaux folkloriques, qui font fabriquer dans des pays à bas salaires et qui vendent à la terre entière.

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Les petites entreprises : jadis protégées par leur caractère familial et leur implantation dans des terroirs, les voilà matraquées par des ponctions fiscales qui remplacent les impôts que ne paient plus les multinationales.

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L’agriculture : la terre, chère aux physiocrates, n’est plus le socle des valeurs patrimoniales de l’Ancien Régime, car la mondialisation des marchés ruine vite les productions mal ciblées.

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Pères et fils, maîtres et apprentis : dans le temps, les anciens savaient tout mieux que les petits jeunes. Aujourd’hui, les enfants naissent avec des moyens de connaissance et de communication qui leur sont naturels, et que leurs aînés découvrent péniblement.

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Peut-on dire pour autant que rien n’est plus à sa place ? Pas vraiment, car tels ces personnages de bandes dessinées qui continuent à courir dans le vide quand ils ont dépassé le bord de la falaise, nos institutions conservent leurs rituels, leurs catégories de langage et de pensée, mais avec un sentiment de plus en plus angoissant de décalages redoutables.

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De plus, quand les châteaux d’aujourd’hui ne sont pas mis à bas, un choc voisin les met en péril : le World Trade Center s’effondre, et toutes les grandes villes se protègent contre Al Qaïda ; Lehmann Brothers fait faillite, et toutes les banques deviennent suspectes ; un tsunami met à mal Fukushima, et l’on parle de fermer toutes les centrales nucléaires.

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Alors, que reste-t-il ? À mon avis, ce qui reste de solide, c’est le plus universel d’un côté, et le plus local de l’autre. Le téléphone, Internet, le transport aérien, les transports maritimes, les réseaux électriques, les réseaux ferrés, la médecine, voilà des réalités extrêmement fiables, et qui le deviennent chaque jour davantage. Toutes les structures intermédiaires, on l’a dit, sont sujettes à fissuration, mais au niveau des familles, des villages natals, des tribus, on retrouve des refuges rassurants où fragilités et solitudes trouvent leurs remèdes. Pour faire image, je proposerais une musulmane voilée pianotant sur son iPhone : les deux solidités s’y trouvent concentrées.

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Cette image montre bien l’ambigüité des deux solidités : il y a un chemin entre le voile et les menaces d’Al Qaïda, et l’iPhone fait penser aux ravages que les écrans en tous genres sèment dans l’esprit de nos gamins. Aussi faut-il des efforts pour faire advenir les vertus des deux solidités. Mais un enracinement tribal, s’il ne conduit pas à un tribalisme frileux et reste ouvert aux dialogues, est un excellent facteur de paix. Voltaire professait [1][1] Voltaire. Traité sur la tolérance, chapitre V que lorsque de nombreuses religions cohabitaient au sein d’une nation, elles entretenaient généralement des relations cordiales. L’explication est simple : chacun a intérêt à bien s’entendre avec ses voisins pour le cas où d’autres voisins seraient moins amicaux. On observe une telle harmonie à l’île Maurice, par exemple, qui est un échantillonnage de toutes les religions possibles. La réussite du melting pot américain relève sans doute de la même analyse. Dans un tel contexte, la multiplication des moyens de communication et d’information favorise la fraternisation entre tribus. Voilà l’image d’une paix moderne.

Notes

[1]

Voltaire. Traité sur la tolérance, chapitre V

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Dans ce monde qui se fissure, qu'est-ce qui résiste encore ? », Le journal de l'école de Paris du management 6/2011 (n° 92) , p. 7-7
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2011-6-page-7.htm.
DOI : 10.3917/jepam.092.0007.


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