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Le journal de l'école de Paris du management

2012/2 (n° 94)


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Déléguer... Le mot, dans la mesure où il sous-entend les notions de hiérarchie et de division du travail, a certainement à voir avec l’essence du management et des organisations. Qu’il partage son étymologie avec léguer, mais aussi avec laisser et délaisser, suggère combien délicat est l’équilibre qu’il doit porter. Déléguer, c’est délaisser une partie de ses prérogatives, ce n’est pas pour autant s’en laver les mains.

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Martin Margiela a décidé un jour de partir et de laisser la maison de création de mode qui porte son nom continuer sans lui. Legs ? Si l’on veut, tant le cadeau a été vécu comme un tremblement de terre par ceux qui en héritaient. Néanmoins, au fil des réflexions et décisions mises en place pour trouver une réponse à la situation, il s’est avéré que si l’homme était parti, il avait - consciemment ou pas - bien préparé sa maison à ce départ. Le legs peut être lu ici comme l’aboutissement d’un processus de délégation.

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L’histoire est à la fois très similaire et très différente dans le cas des agences de l’architecte Renzo Piano. Lui est encore à la barre, mais à sa demande, ses équipes préparent son départ depuis maintenant… quatorze ans. En toile de fond de leur travail, une incertitude fondamentale sur le succès de leur démarche, la conviction qu’il y aura un legs artistique remarquable, mais aussi une question sur la nature exacte de ce que l’architecte délègue à ses équipes, c’est-à-dire sur ce que sera réellement son legs à l’organisation.

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L’économie sociale et solidaire, c’est en quelque sorte ce que le marché et la puissance publique délaissent. Philippe Frémeaux nous fait rentrer dans la réalité de cette « tierce » économie. Il met en évidence une logique de délégation des pouvoirs publics au profit de l’initiative privée, et l’enjeu à ce que déléguer ne veuille justement pas dire, de la part des pouvoirs publics, délaisser. Il montre aussi l’étonnante démocratie du fonctionnement de l’économie sociale et solidaire, dans laquelle le poids de la mission et de l’héritage fait parfois dictature.

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Déléguer, dans le langage de l’entreprise, n’implique pas un abandon, mais une capacité d’intégration des tâches déléguées. C’est là une façon de lire le modèle du capitalisme chinois. Dans ce modèle, il n’y a pas cohabitation du secteur public et du monde de l’entrepreneuriat, mais une forme de délégation de l’entrepreneuriat par le premier. Yves Chevrier nous invite à reconsidérer le clivage que l’on a tendance à imaginer entre un capitalisme d’État et un capitalisme privé.

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Dans les organisations à haute fiabilité qu’analysent Christian Morel et Jean-Marc Oury, il est aussi question de délégation, à des machines, des procédures, des systèmes complexes… Et l’on peut lire combien cette délégation doit pouvoir s’accompagner d’une forme de reprise en main par les hommes. Délégation implique alors vigilance. Malgré une étymologie partagée, déléguer n’est surtout pas délaisser.

Pour citer cet article

Paris Thomas, « Éditorial. Léguer, déléguer, délaisser...», Le journal de l'école de Paris du management 2/2012 (n° 94) , p. 3-3
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2012-2-page-3.htm.
DOI : 10.3917/jepam.094.0003.


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