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Le journal de l'école de Paris du management

2012/2 (n° 94)


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Les fins et les moyens

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Le débat entre Christian Morel et Jean-Marc Oury sur l’application des procédures de la haute fiabilité à la gestion d’entreprise est un débat sur les fins et les moyens. une fois qu’un objectif a été défini (lancer une navette spatiale, amputer une jambe), il doit être possible de mettre au point des moyens fiables pour atteindre cet objectif. Mais l’absurde concerne aussi et surtout les fins.

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Chacun se souvient de la dernière scène du Docteur Folamour, de Stanley Kubrick. Un général américain, frappé de folie paranoïaque, a décidé d’envoyer une flotte de B-52 frapper l’URSS. Le président des États-unis, découvrant que si cette attaque réussit, elle mettra en route une machine infernale russe qui détruira toute vie à la surface de la terre, parvient à rappeler ou à faire détruire tous les avions, sauf un, dont le système de communication ne fonctionne plus. Au moment où le b-52 parvient en vue de sa cible, nouvelle avarie : le système d’ouverture des trappes permettant de lâcher les bombes est défaillant. Se coiffant d’un chapeau de cow-boy, le major Kong descend lui-même effectuer la réparation. Quand la bombe tombe enfin, il est à cheval dessus et pousse un rugissement de victoire. Il a triomphé de toutes les avanies, mais pour mener à bien une décision totalement absurde. L’ennui, dans le pilotage d’une entreprise, comme de toute organisation un peu complexe, c’est que la réflexion sur la pertinence des fins est continuellement perturbée par la réflexion sur la fiabilité des moyens. Comme le second type de problème est plus facile à résoudre que le premier, la tentation est de régler prioritairement la question des moyens plutôt que celle des fins. C’est une source inépuisable d’inspiration pour des scènes tragicomiques comme celle qui ouvre le chapitre trois de Candide, sur la guerre entre les Abares et les Bulgares : « Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d’abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d’hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. » Cette « boucherie héroïque » est célébrée par un Te Deum dans chacun des deux camps. À défaut de savoir dans quel but la guerre a été déclarée, voire même quel camp a gagné, chacun peut se glorifier d’avoir infligé des pertes considérables à l’adversaire.

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Ce qui nous manque, la plupart du temps, n’est pas tant de savoir comment faire les choses que de savoir pourquoi les faire. « Donnez-moi un point d’appui et un levier, je soulèverai le monde », disait Archimède. Le levier fait moins souvent défaut que le point d’appui.

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Dans l’une des scènes cultes de Monty Python : Sacré Graal !, la petite troupe qui entoure le roi Arthur doit franchir le pont de la Mort et pour cela répondre à trois questions posées par le gardien du pont. Le premier à tenter l’épreuve n’a aucun mal à fournir les réponses qu’on lui demande : « Quel est ton nom ? Quelle est ta quête ? Quelle est ta couleur favorite ? »

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Le deuxième échoue devant une question trop difficile (« Quelle est la capitale de l’Assyrie ? ») et il est précipité dans le gouffre. Quant au troisième, Galaad, il perd également la vie pour avoir hésité sur sa couleur préférée : « Bleu… Non, rouge ! » voilà pourtant une question à laquelle il était le seul à pouvoir répondre et dont personne n’aurait pu contester la réponse : seules ses propres contradictions l’ont conduit à sa perte.

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Le roi Arthur, lui, ne perd pas de vue l’enjeu de l’épreuve (traverser le pont) et se tire sans peine d’une question beaucoup plus ardue : « À quelle vitesse vole une hirondelle non chargée ? » Le roi réplique : « Que veux-tu dire : une hirondelle africaine ou une hirondelle européenne ? » Comme le gardien se trouble et hésite, c’est lui qui est précipité dans le gouffre, et le roi peut passer son chemin…

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L’auteur appréciera vos remarques et idées. Écrivez-lui !

Plan de l'article

  1. Les fins et les moyens

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, « L'Esprit de l'escalier », Le journal de l'école de Paris du management, 2/2012 (n° 94), p. 45-45.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2012-2-page-45.htm
DOI : 10.3917/jepam.094.0045


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