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Le journal de l'école de Paris du management

2012/2 (n° 94)


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La science économique a connu en un demi-siècle, dans l’esprit du public cultivé, un destin analogue à la physique nucléaire. En ces temps-là, les électrons de chaque atome gravitaient autour d’un noyau composé de protons et de neutrons, selon les mêmes lois que les planètes autour du soleil. Quelle douceur pour l’esprit que cette homothétie entre les mouvements célestes et l’infiniment petit !

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Puis les physiciens se sont avisés de taper de plus en plus fort sur ce noyau et en ont jailli des foules de particules aux noms ésotériques, entre lesquelles les relations sont controversées, et décrites dans des langages inaccessibles au profane.

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À cette même époque, la vie des entreprises était expliquée elle aussi par un formalisme d’une séduisante simplicité : les entrepreneurs fabriquaient et vendaient des objets, et leur comportement était guidé par un principe aussi mathématique que le mouvement des planètes, la maximisation du profit. Un auteur a même pu écrire : « La gestion, c’est formellement comme la mécanique, il suffit d’ajouter dans les calculs les coûts et les prix. »

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Le présent numéro du Journal montre que les idées simples qui accompagnaient cette représentation de la vie des entreprises ont subi des dommages irrémédiables, et cela notamment dans les domaines suivants : la finalité de l’entreprise, le rôle du chef, le rôle de l’État.

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Antoine Riboud avait déjà perturbé le confort des esprits en assignant à son entreprise une double finalité, économique et sociale, expression qui signifiait que ses salariés n’étaient pas seulement des moyens mais aussi des fins. Depuis, se sont ajoutées des contraintes et des finalités dont la liste est quotidiennement médiatisée : dialogue social, aménagement du territoire, environnement, chômage, balance commerciale, etc. La complexité de ce problème de finalité est exposée avec embarras mais avec franchise dans le compte-rendu ci-après sur l’économie sociale et solidaire.

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Au temps des idées simples, les choix importants et l’autorité étaient exercés par le chef, qui en déléguait des aspects en tant que besoin, et qui disposait d’un pouvoir de sanction à l’égard des manquements aux devoirs. Sur le premier point, le présent numéro offre d’étranges réfutations. L’architecte charismatique Renzo Piano s’éloigne de son énorme agence, et tout continue comme s’il était là. Mieux encore : le génial créateur de mode Martin Margiela s’efface et n’est pas remplacé. Et tout continue du même pas. Nous apprenons enfin que pour éviter les grandes erreurs, il faut donner le maximum d’initiatives à la base et ne pas punir les responsables après la faute.

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Alternative public-privé : jadis s’opposaient le communisme et le libéralisme, et à l’intérieur du libéralisme, les monopoles naturels qui relevaient de l’État, et tout le reste, du marché. Aujourd’hui, l’intrication des initiatives privées et des interventions publiques est devenue rebelle à toute théorie générale, au point qu’on nous explique ci-après que les Chinois semblent avoir inventé le sous-marin à voile : le capitalisme sous tutelle publique.

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À quoi il convient d’ajouter que les amateurs de profits ont aujourd’hui bien mieux à faire que de s’exposer à l’inertie, aux aléas et aux fatigues de l’industrie et du commerce, alors que l’on peut gagner des millions en jouant à la roulette financière sur son petit écran.

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Une conclusion s’impose : nous voyons se réaliser la géniale prophétie de l’économiste John Maynard Keynes dans les années 1930, qui a annoncé que le problème purement économique serait un jour repoussé à l’arrière-plan [1][1] J. M. Keynes, « Perspectives économiques pour nos petits.... Notre mal-être d’aujourd’hui provient de ce que nos instruments et nos schémas de pensée sont souvent restés coincés dans le monde d’hier.

Notes

[1]

J. M. Keynes, « Perspectives économiques pour nos petits enfants », dans Essais sur la monnaie et l’économie, Petite bibliothèque Payot, 1990.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Où est passée la maximisation du profit ? », Le journal de l'école de Paris du management, 2/2012 (n° 94), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2012-2-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.094.0007


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