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Le journal de l'école de Paris du management

2012/3 (N° 95)


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Est-ce une utopie ? Où est le tour de magie ? Voici donc des entreprises aux performances remarquables qui fonctionneraient à contre-courant de tout ce que l’on connaît : des chefs qui s’effacent, des nouveaux arrivants qui définissent leur poste, des salariés libres, écoutés, responsables, pouvant proposer des idées et les mettre en œuvre, dans une ambiance d’épanouissement général.

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À la lecture du texte d’Isaac Getz, on aimerait pouvoir y croire, mais l’idée d’une entreprise où la considération et la liberté sont les maîtres-mots, et où la conception rousseauiste d’un homme fondamentalement bon semble trouver son expression nous est difficile à admettre. L’une des raisons à cette difficulté tient peut-être à la prégnance de la figure du chef dans nos sociétés. À son origine, cette figure portait aussi, selon Yves Cohen, une promesse d’émancipation : contrairement à l’ordre ancien dans lequel la naissance primait, tout un chacun pouvait désormais être le chef de quelqu’un. Mais l’on perçoit que cette promesse ne peut être qu’un leurre, et la figure du chef, telle qu’elle s’est construite, est bien loin du chef libérateur décrit par Isaac Getz. L’environnement qu’il décrit, fait de gens heureux qui obtiennent des résultats exceptionnels, ne peut se construire que dans le temps.

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L’entrée de Bernard Zürcher dans la carrière de galeriste était aussi un acte d’émancipation. Évoluant dans l’univers des musées, il réalisa que la seule façon de défendre des choix personnels était d’avoir sa propre galerie. La suite de son parcours, jusqu’à l’ouverture de sa galerie à New York, a été guidée par cette même difficulté, et la constante volonté de toujours pouvoir défendre ses choix. Le fonctionnement du marché français lui interdisant de faire accéder ses artistes au marché international, il construit petit à petit les conditions de sa liberté.

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La liberté fait partie du rêve européen. La construire exige que soient harmonisées a minima les législations, notamment les lois pénales. Thomas Cassuto, Gualtiero Michelini et Simon Horsington nous montrent les difficultés de l’entreprise, et la débauche de patience qu’elle exige. Malgré les écueils, malgré l’opposition entre deux conceptions du droit, le temps montre ses vertus. La construction avance, par petites touches, et le rêve européen prend forme, lentement.

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Le Secours Catholique est dans un lent travail de construction de liberté. Sa vocation, la vocation des nombreuses associations qui le composent, n’est pas tant d’assister les personnes, que de les aider à se reconstruire : “faire des hommes et des femmes debout”, selon les termes de son président François Soulage. Voilà du sens, et voilà donc une organisation qui pourrait être de l’étoffe de celles que décrit Isaac Getz. Pourtant, l’action de François Soulage impliquait de faire évoluer des comportements où l’on voit toute l’influence de la figure du chef : faire admettre l’idée qu’il n’y ait pas un chef qui décide de tout, ou penser la pérennité du Secours Catholique et de l’engagement bénévole non plus en voulant définir un projet à transmettre aux nouvelles générations mais en leur permettant d’inventer et porter leur propre projet.

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N’est-ce pas là, qui point, l’utopie des organisations émancipatrices, peut-être en train de construire sa réalité, petit à petit… ?

Pour citer cet article

Paris Thomas, « Éditorial. La lente construction de la liberté », Le journal de l'école de Paris du management, 3/2012 (N° 95), p. 3-3.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2012-3-page-3.htm
DOI : 10.3917/jepam.095.0003


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