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Le journal de l'école de Paris du management

2013/2 (N° 100)


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La question qui a servi de titre à la séance de l’École de Paris sur la Logan, Faut-il aimer le succès de la Logan ?, n’a reçu qu’une réponse incomplète. Les orateurs ont mis en évidence la prouesse technique que représente cette voiture : seuls des ingénieurs parfaitement maîtres de leur art étaient capables de parvenir à une telle simplicité. Dans un conte traditionnel coréen, l’Empereur demande à l’artiste le plus célèbre du pays de décorer un paravent en y dessinant deux dragons, un bleu et un jaune, les plus beaux que l’on puisse imaginer. Après s’être préparé pendant des années, l’artiste se rend au palais et, d’une main très sûre, peint sur le paravent une ligne bleue et une ligne jaune. L’Empereur, d’abord furieux, comprend rapidement que rien ne saurait, mieux que ces simples lignes, représenter la puissance et la beauté des deux dragons. Voilà une première raison d’aimer le succès de la Logan.

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Il y en a d’autres, comme le bien-fondé du choix de l’entrée de gamme plutôt que du haut de gamme privilégié par nos voisins allemands, ce qui répond à une vieille question d’économie : la création de richesse vient-elle de la satisfaction des besoins élémentaires, ou au contraire de la tentative toujours renouvelée de répondre à notre désir insatiable de superflu, cette « chose très nécessaire » selon Voltaire ? Le désir représente sans doute un moteur encore plus puissant que le besoin. Cependant, les produits de type BOP (base of pyramid), dont la Ford T a été le précurseur et dont la Logan est un nouveau symbole, s’adressent à des centaines de millions de clients, quand le haut de gamme ne concerne qu’un petit nombre de privilégiés. Incontestablement, la Logan a été une réussite économique et a été précieuse pour permettre à Renault de résister à la crise.

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Une ombre au tableau, cependant : le succès de cette voiture à bas prix sur le marché occidental n’est-il pas le symbole de l’appauvrissement de nos concitoyens ? À ceci, on peut répondre que la clientèle occidentale de la Logan n’est pas constituée seulement de ménages modestes, mais également de bobos amateurs de simplicité et de robustesse. Elle apparaît alors comme un symbole moderne de sagesse et de détachement vis-à-vis des biens de ce monde. Telle une moderne Vanité, la Logan nous montre sous leur vrai jour les gadgets électroniques et hochets clinquants qui ornent les voitures de luxe et les rendent aussi coûteuses à l’achat ou en entretien que gourmandes en énergie, tout cela pour finir inéluctablement au recyclage : Memento Mori ! Le rétroviseur de la Logan est le miroir dans lequel Madeleine repentie, une main posée sur un crâne (ou en l’occurrence sur le levier de vitesses), prend soudain conscience que la beauté est aussi éphémère qu’une fleur des champs et qu’il vaut mieux se préoccuper de son salut (et rouler à vitesse modérée).

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Enfin, la Logan est aussi l’emblème d’une mondialisation enfin assumée. La fabrication de cette voiture en Roumanie n’a suscité aucune grève en France : la Logan a d’emblée été perçue comme une arme de croissance à l’international. Jusqu’alors, la mondialisation était synonyme de délocalisation et de suppression d’emplois. Elle apparaît désormais comme l’opportunité de tester des innovations de rupture sur des marchés peu risqués, avant de les rapatrier vers le marché domestique, pour le plus grand profit des clients occidentaux les moins aisés. Dans tous les pays, qu’ils soient émergents ou en voie d’immersion, les classes moyennes peuvent désormais rouler en Logan, même si les routes de certains pays les conduisent vers le soleil levant et celles des autres vers le soleil couchant. Un ami m’expliquait qu’il était favorable à l’introduction d’un quota de femmes à l’Assemblée nationale, seul moyen de garantir qu’à terme, il y resterait des hommes. De même pouvons-nous nous réjouir que Renault-Dacia fabrique dès maintenant les seules voitures que nous pourrons nous offrir demain…

Notes

[*]

L’auteur appréciera vos remarques et idées. Écrivez-lui ! elisabeth.bourguinat@wanadoo.fr

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, « L'Esprit de l'escalier. De quoi la Logan est-elle le symbole ? », Le journal de l'école de Paris du management, 2/2013 (N° 100), p. 45-45.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2013-2-page-45.htm
DOI : 10.3917/jepam.100.0045


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