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Le journal de l'école de Paris du management

2013/3 (N° 101)


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On raconte qu’un brave homme franchissait la frontière toutes les semaines avec un gros sac sur le porte-bagages de son vélo. Chaque fois, les douaniers lui demandaient ce qu’il y avait dans son sac : « Ben... du sable ! » Rapidement, ils lui firent ouvrir le sac, et apparemment il disait vrai. Un jour, ils en envoyèrent une poignée au laboratoire central des douanes, qui répondit : « c’est du sable. » Puis le manège cessa. Quelque temps plus tard, le brave homme repassa à pied. Les douaniers lui demandèrent ce qu’il y avait vraiment dans ses sacs. « Ben... du sable ! » « Bon, alors qu’est-ce que vous passiez en contrebande ? » « Ben... des vélos ! »

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Cette problématique de l’essentiel et de l’accessoire s’offre à l’esprit pour tous les articles de ce numéro, et d’emblée dans le témoignage du Frère Samuel qui développe avec fougue l’idée qu’une entreprise est certes une machinerie à produire des sous, mais aussi une communauté humaine qui a la mission morale de favoriser l’épanouissement de ses ressortissants. Où est l’essentiel ? Que l’on songe à ses lointains collègues, moines à Fécamp au xvie siècle qui vivaient une vie communautaire d’une haute spiritualité, mais qui commercialisaient une eau de vie à laquelle ils ont donné leur nom, la bénédictine, qui a conquis la planète. Une branche de l’ordre des bénédictins, les cisterciens, ont couvert l’Europe de monastères au xiie siècle et sont considérés comme la matrice de l’économie moderne [1][1] Cf. « Les moines cisterciens, ces saints entrepreneurs »,.... Mais l’essentiel était leur salut.

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À quoi sert l’industrie automobile aujourd’hui ? À produire des autos pour gagner de l’argent ? Certes, certes. Mais à voir l’émotion que suscitent les mésaventures de Renault et PSA Peugeot Citroën, il est clair que leur rôle essentiel est de sauver ou, mieux, de créer des emplois.

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Qu’est-ce qui est essentiel dans les éoliennes ? Apparemment, le fait que le vent est gratuit, éternel, non polluant, délicieusement écologique. Transporter l’électricité qu’elles produisent paraît une servitude subalterne. C’est pourtant le problème essentiel qu’affrontent les Allemands, car leur vent est au nord et les clients au sud.

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La maison MPO fabriquait des CD. Avec l’effondrement du marché, leur destin semblait scellé, quand ils s’avisèrent que l’essentiel n’était pas leur produit, mais leur technique de gravure, et ils retrouvèrent la santé dans un métier sans aucun rapport d’un point de vue commercial : la fabrication de plaques photovoltaïques.

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Mais pour revenir à la vocation humaniste des entreprises, il existe une dramatique dissymétrie entre les comptes financiers, imposés par la loi et sources de faillite, et les éléments qualitatifs qui ne se quantifient guère, comme les interminables débats sur les tares du PIB comme mesure du bonheur des peuples le démontrent à l’envi [2][2] Cf. « Le mythe de la croissance », Journal de l’École.... C’est l’inexorable “effet réverbère” : « Je cherche mes clés sous le réverbère, non pas que ce soit là que je les ai perdues, mais ailleurs, il fait noir. » [3][3] Cf. « L’effet réverbère », Journal de l’École de Paris...

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Il existe toutefois une issue, dont la fonderie Favi donne l’exemple : faire de la liberté des collaborateurs, de leur prise de possession de leur mission le principal levier de la prospérité de l’entreprise. Compromis idéal, mais qui demande un concours de circonstances et une vigilance hors du commun.

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C’est pourtant dans de telles voies qu’il faut rechercher la réussite à long terme de l’activité économique afin, pour reprendre les éléments de l’anecdote de départ, de favoriser les joies sportives du vélo pour équilibrer les impératifs de la rentabilité financière qui risquent d’étouffer, comme du sable, les bonnes volontés.

Notes

[1]

Cf. « Les moines cisterciens, ces saints entrepreneurs », Journal de l’École de Paris du management n° 39. Janvier/Février 2003, p. 5

[2]

Cf. « Le mythe de la croissance », Journal de l’École de Paris du management n° 96. Juillet/Août 2012, p. 7

[3]

Cf. « L’effet réverbère », Journal de l’École de Paris du management n° 91. Septembre/Octobre 2011, p. 7

Pour citer cet article

Riveline Claude, « L'essentiel et l'accessoire », Le journal de l'école de Paris du management 3/2013 (N° 101) , p. 7-7
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2013-3-page-7.htm.
DOI : 10.3917/jepam.101.0007.


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