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Le journal de l'école de Paris du management

2013/5 (N° 103)


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Le 28 juillet 2001, le Journal officiel publiait une liste de termes et expressions destinés à enrichir la langue française dans le domaine de l’économie et des finances. Il préconisait, entre autres, de substituer jeune pousse à start-up. Des articles de l’époque expliquent qu’une jeune pousse est « une jeune entreprise, ayant moins d’une année d’existence, promise à une croissance forte et rapide ». Quand on considère le destin de la plupart des start-up, la dernière partie de la définition peut laisser rêveur.

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J’ai chez moi une plante verte avec des feuilles en forme de cœur, luisantes, grasses, appétissantes, qui poussent de façon alternée de chaque côté de la tige. On me l’a donnée sous forme de jeune pousse. N’étant pas une grande jardinière, j’avais commencé par la placer à proximité du chauffage. Chaque fois qu’avec beaucoup de difficulté, une feuille poussait, une autre tombait. On m’a conseillé de l’installer ailleurs et désormais, les feuilles et les rameaux se multiplient à une vitesse effrénée, avec l’intention manifeste de coloniser l’appartement. C’est presque effrayant.

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J’observe ce phénomène avec fascination. Quand je songe à la difficulté, à l’incertitude et à la fragilité de toute entreprise humaine, je suis sidérée de voir cette modeste plante se développer avec assurance, énergie et savoir-faire, sans aucune hésitation ni aucun raté, avec pour seule exigence de recevoir un peu de lumière et un peu d’eau. Par comparaison, dans l’itinéraire d’une start-up, que d’hésitations, de mirages, de conflits, d’échecs ! Que d’efforts assidus, parfois réduits à néant par une seule erreur !

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L’avantage de la plante est qu’elle sait d’emblée tirer le meilleur parti de son écosystème. Elle dispose d’un mystérieux programme interne qui lui permet d’étirer et de déployer ses tiges pour occuper l’espace accessible d’une façon optimale tout en offrant à ses feuilles la meilleure exposition. Si son environnement se modifie, par exemple lorsqu’on déplace le pot, elle se reconfigure très rapidement. Les start-up, elles, consacrent des mois à élaborer des business plans inopérants, qui leur font perdre beaucoup de temps et d’énergie quand ils ne les conduisent pas à leur perte. Après beaucoup d’efforts infructueux, c’est souvent par hasard qu’elles découvrent un besoin non satisfait et un marché solvable sur lequel elles vont enfin pouvoir se développer.

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En réalité, c’est quand elles se mettent à l’écoute de leur écosystème, soit pour capter des ressources, soit pour identifier des besoins, qu’elles commencent à prendre leur essor. Une entreprise prospère est une entreprise qui végète – au premier sens du verbe végéter, à savoir « pousser, produire des organes végétatifs » et par métaphore, « se former, prendre de l’extension ». Bizarrement, nous avons surtout retenu le deuxième sens de ce mot : « présenter une vitalité amoindrie », « être à l’abandon, dépérir ». Appliqué à l’être humain, cela donne : « Vivre d’une manière purement organique, avec des facultés intellectuelles très diminuées ou complètement anéanties ». D’où l’expression devenir un légume.

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Personnellement, plus je connais les hommes, et plus j’admire les plantes. Selon Pascal, l’homme est un « roseau pensant », et sous sa plume, c’est un hommage, mais peut-être est-ce aussi à certains égards un handicap. Trop penser peut nuire. Les légumes ont du bon. Comme le silicium, notre cerveau a tendance à ne retenir que les informations binaires, alors que les plantes ont un rapport plus immédiat, global et harmonieux avec leur environnement. Lors de son voyage dans le désert, le Petit Prince de Saint-Exupéry rencontre « une fleur à trois pétales, une fleur de rien du tout ». Il lui demande où sont les hommes. La fleur, qui, un jour, a vu passer une caravane, lui répond : « Il en existe, je crois, six ou sept. Je les ai aperçus il y a des années. Mais on ne sait jamais où les trouver. Le vent les promène. Ils manquent de racines, ça les gêne beaucoup. » Un seul conseil, par conséquent, aux jeunes pousses et aux pouces verts qui les jardinent : végétez !

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L’auteur appréciera vos remarques et idées. Écrivez-lui !

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, « L'Esprit de l'escalier. Les pouces verts », Le journal de l'école de Paris du management, 5/2013 (N° 103), p. 45-45.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2013-5-page-45.htm
DOI : 10.3917/jepam.103.0045


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