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Le journal de l'école de Paris du management

2013/5 (N° 103)


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Un point commun frappant entre les cinq épopées que nous rapporte ce numéro est que ces valeureux hommes et femme d’affaires, à un moment ou un autre de leurs aventures, ont rencontré un échec. Pas seulement une péripétie fâcheuse comme la vie en comporte à l’envi, mais un désastre véritable, qui aurait pu les convaincre que tout était fini dans la voie qu’ils avaient choisie. Et ils ont rebondi, tirant manifestement de cette catastrophe évitée des enseignements décisifs pour la suite. De tels épisodes seraient-ils indispensables au succès ?

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Cela me fait penser à un adage bien connu des amateurs d’équitation : on ne peut tenir sur un cheval qu’après être tombé au moins sept fois. Comment cela ? Tenir sur un cheval, c’est garder l’équilibre à califourchon sur un gros corps cylindrique agité de secousses aléatoires avec peu de choses pour se tenir. L’équilibre souple s’obtient en anticipant sans cesse la menace de chute par un mouvement compensatoire de son corps. Mais comment improviser ce mouvement si l’on n’a pas l’expérience concrète du péril à surmonter ? D’où la nécessité de l’expérience des chutes, presque toujours sans gravité, faut-il le préciser.

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Dans la vie des affaires, de telles chutes peuvent être fatales, mais celui qui leur survit a non seulement appris des parades, mais il a fait l’épreuve de sa propre résilience, et il a identifié de vrais amis, bien utiles pour la suite.

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Quelles conclusions en tirer sur la formation et la sélection des chefs ? Autant on le voit bien en équitation, autant organiser dans le monde du management des échecs pédagogiques paraît surréaliste. À moins de pousser les débutants à l’audace, et surtout ne pas les sanctionner en cas d’échec, mais au contraire les réconforter. Raymond H. Lévy a livré cette confidence : lorsque Pierre Guillaumat, haut personnage du pétrole, lui a confié une importante direction, il a conclu : « Je tolérerai de vous beaucoup de petites erreurs, une grosse erreur, et zéro trahison[1][1] Numéro spécial des Annales des Mines, série Réalités.... »

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C’est une observation banale de noter que le monde des affaires américain est beaucoup plus tolérant en la matière que son homologue français. Un échec aux USA est un atout dans un curriculum vitæ, un handicap en France. L’explication est simple : nous, Français, héritons d’un univers sédentaire, de murailles et de voies pavées, d’agriculture et d’usines pérennes, où le bien suprême est de l’ordre de la permanence. Eux sont des enfants de nomades, d’émigrés, de marins, de commerçants, dont la référence est l’aventure, le mouvement qui rapporte.

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Du moins en était-il ainsi jusqu’en 2008, pour fixer les idées. La crise des subprimes, où l’épicentre du séisme était l’immobilier, a montré que les forteresses de jadis étaient aujourd’hui aussi vulnérables que des bateaux. Aussi les jeunes cadres n’envisagent-ils plus leurs carrières en termes de cursus au sein d’une “grosse boîte”, mais plutôt en termes d’une succession d’expériences de quelques années chacune, dans des activités et dans des pays variés, avec une vague idée de se fixer un jour, pas tellement professionnellement mais pour fonder une famille.

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Ainsi se trouve renforcée la supériorité des valeurs nomades sur les valeurs sédentaires, pour évoquer l’éternel conflit qui déchire l’histoire humaine, depuis Caïn et Abel, Romulus et Remus [2][2] Claude Riveline, “Nomades et sédentaires, l’irréductible.... C’est le retour d’un balancier qui discrédita violemment le monde nomade, lors du jeudi noir de 1929, qui fut suivi d’une puissante vague de planification, qui ne s’acheva qu’à la fin des Trente Glorieuses en 1975.

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Aujourd’hui, les échecs provoqués par la mondialisation, autre nom d’un nomadisme général, et les souffrances qu’elle provoque (délocalisations, chômage, crises financières, grands mouvements de populations, etc.) font rêver de sécurité, d’ordre, de protection, amorces d’un nouveau retour du balancier. Les vertus de l’échec sont donc bornées par les malheurs qu’il peut entraîner.

Notes

[1]

Numéro spécial des Annales des Mines, série Réalités Industrielles, septembre 1992, p.40

[2]

Claude Riveline, “Nomades et sédentaires, l’irréductible affrontement”, Les Annales de l’École de Paris Vol. V

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Les vertus de l'échec », Le journal de l'école de Paris du management 5/2013 (N° 103) , p. 7-7
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2013-5-page-7.htm.
DOI : 10.3917/jepam.103.0007.


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