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Le journal de l'école de Paris du management

2013/6 (N° 104)


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Ce numéro rassemble des exemples d’organisations qui ont superbement rebondi ou qui promettent de le faire. Peut-on en tirer des leçons pour l’entreprise France ?

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Car l’entreprise France est bien malade. Non pas qu’elle sombre effectivement dans le déclin : son PIB augmente encore un peu (rappelons qu’en monnaie constante il est cinq fois plus élevé qu’en 1960, époque réputée prospère et heureuse), mais tous les sondages confirment que l’opinion est inquiète, les grands partis en conflits internes, les partis extrémistes de plus en plus populaires, et l’État ostensiblement dépassé par les événements.

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Comment retrouver espoir ? Comment redonner vie à des rêves partagés ? Un rabbin légendaire de la Renaissance, le Maharal de Prague, enseignait : « L’homme est un arbre. Ses pieds sont plantés dans le sol, sa tête dans le ciel, et sa ramure se déploie parmi les vivants. » L’image se transpose aux entreprises, en particulier celles dont il est question ici : leur succès s’explique par leur ancrage dans de fortes traditions, dans l’exploitation intelligente d’innovations audacieuses, et par l’utilisation vigilante de réseaux sociaux.

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Transposée à la Nation, cette même leçon invite à rechercher quelles sont les valeurs les plus pérennes dans l’histoire nationale, quels espoirs peuvent faire rêver les citoyens, en termes de mythes mobilisateurs et en termes de réalités matérielles.

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Il convient toutefois d’être prudent, car une utilisation irréfléchie de cette même trilogie peut conduire au désastre. Le passé peut être caricaturé dans un bon vieux temps qu’un populisme naïf réduit à « sortons de l’Euro, fermons les frontières et retrouvons la saine morale de jadis » ; en matière d’avenir, se lancer à corps perdu dans les innovations techniques de la toute dernière mode, comme on l’a vu au moment de la bulle Internet de l’an 2000, et dont l’explosion a fait des ravages ; en matière sociétale, refuser les communautés élargies au continent ou à la planète et se replier sur les “vrais Français” de chez nous.

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Pour éviter ces périls, je me garderai bien de proposer des solutions, à moins que je ne dispose d’études indiscutables qui en attestent la pertinence. Il se trouve que c’est le cas, sur un sujet qui a fait l’objet d’un mémoire d’ingénieurs-élèves du Corps des mines au cours de la dernière année scolaire. Il s’agit du tourisme [1]  Ce mémoire vient de faire l’objet d’une soirée-débat... [1] .

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Que voilà un domaine où les beautés de la nature, la douceur du climat, les monuments et les divers aspects de l’art de vivre rendent la France attirante, et un examen superficiel donne à croire qu’elle tire pleinement parti de ces atouts. C’est en effet le seul pays où le nombre de visiteurs annuel (82 millions) dépasse le nombre d’habitants et où la contribution au PIB, à la balance commerciale et à l’emploi dépasse toutes les activités économiques traditionnelles. Mais l’examen d’autres chiffres montre que le pays est loin de tirer tout le parti possible de ces atouts : en termes de recettes par visiteur et de durée des séjours, il est dépassé par ses principaux concurrents et sa position relative se détériore d’année en année.

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La raison proposée par cette étude est la répugnance de l’opinion publique à l’égard de l’image de servitude véhiculée par les activités de bon accueil des étrangers. C’est ce qu’à la suite du sociologue Philippe d’Iribarne les auteurs appellent le complexe du laquais.

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Est-ce sans espoir ? Certes non. D’autres pays (l’Espagne, la Jordanie, la Corée du Sud) ont connu des blocages analogues et les ont surmontés, grâce à une intervention énergique de l’État. En France même, des fatalités ont été conjurées, comme en matière de sécurité automobile et, en matière même de tourisme, le développement spectaculaire des sports d’hiver et le réveil de plusieurs villes montrent qu’un bond en avant national n’a rien d’utopique, pour peu que le politique le comprenne et le veuille vraiment.

Notes

[1]

Ce mémoire vient de faire l’objet d’une soirée-débat de l’École de Paris du management : “Tourisme, le coûteux mépris français”, séance du séminaire Les Invités du 14 octobre 2013.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Résilience », Le journal de l'école de Paris du management, 6/2013 (N° 104), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2013-6-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.104.0007


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