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Le journal de l'école de Paris du management

2014/3 (N° 107)


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Dans les années 1950 et 1960, Pierre Massé, commissaire au Plan, publiait Le choix des investissements, critères et méthodes et Le Plan, ou l’Anti-hasard. Ces titres reflètent l’idéologie de l’époque : la vie économique, après les affreux désordres des guerres mondiales et de la Grande Dépression, était devenue affaire de raison, de calcul, comme la conduite d’un vaisseau. Les décideurs publics optimisaient l’intérêt général et les décideurs privés le profit. Il y avait des lois et de l’ordre.

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Depuis, tout s’est peu à peu détraqué. Le présent numéro l’atteste éloquemment : des patrons étranges font irruption dans la vie des affaires, un virtuose français des fourneaux s’adonne à un exotisme torride, des capitalistes s’avisent d’humanisme, et les lois du marché sont bouleversées par des affrontements de Titans. Rien n’est plus comme avant, et une perplexité, voire une grande angoisse, s’emparent des opinions publiques. Du jamais vu.

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Mais est-ce bien sûr ? L’Occident a connu, semble-t-il, des séismes idéologiques étonnamment similaires du xiiie au xvie siècle. Voyons terme à terme les similitudes que l’on peut repérer.

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La plus évidente : la mondialisation. Les grands voyages, les grandes découvertes, notamment celle de l’Amérique, ont bouleversé la vie politique et la vie économique, mais surtout les représentations mentales de la planète.

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La circulation de l’information : le séisme majeur provoqué à notre époque par le web a pour réplique évidente l’imprimerie, qui a donné un accès universel à des textes jusque-là réservés à de rares élus.

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La crise du christianisme : les affrontements religieux d’aujourd’hui (cf. Le choc des civilisations de Samuel Huntington paru en 1996) trouvent leur réplique évidente dans les épisodes successifs de la Réforme.

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L’éclosion des œuvres d’art : la multiplication prodigieuse des sons et des images qui caractérise notre époque fait penser, le bon goût en moins diront les esprits chagrins, à l’apparition à Florence d’abord d’une floraison de peintures et d’autres chefs-d’œuvre d’un style inconnu jusqu’alors qui gagna rapidement toute l’Europe.

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Mais le trait le plus significatif, à mes yeux, est le crépuscule de la scolastique médiévale, cette logique doctrinale qui dut peu à peu céder la place à une logique scientifique, qui régna à son tour souverainement au cours des siècles suivants. Cette dernière conquête de l’esprit n’a pas dit son dernier mot, mais l’hégémonie qu’on lui prêtait du temps de Pierre Massé a sensiblement régressé. C’est là, selon toute vraisemblance, la cause la plus profonde de l’angoisse de notre époque. L’humanité a perdu sa boussole.

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Grande différence, me rétorquera-t-on, avec la Renaissance proprement dite. Chacun l’identifie avec le rire énorme de Rabelais, la sage folie d’Erasme, le souriant scepticisme de Montaigne, et l’on imagine un temps de gaîté et de lumière. Grande erreur ! On s’accorde à considérer aujourd’hui que le concept même de renaissance n’est apparu qu’au xixe siècle, construction a posteriori qui proposait une logique plaisante à l’esprit entre le sombre Moyen Âge et la triomphante modernité. Tout donne à penser que, bien au contraire, les esprits éclairés de ces temps-là vivaient l’écroulement de leurs représentations avec la même angoisse que ceux d’aujourd’hui.

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Si donc on retient l’analogie que je propose, doit-on en déduire des prévisions pour les années qui viennent ? Ce n’est pas facile, car les temps qui ont suivi ont apporté le meilleur pour les uns et le pire pour les autres.

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Mais il y a une immense, une décisive différence : les hommes de ce temps-là ne savaient presque rien de ce qui se passait autour d’eux. Nous, par contraste, sommes inondés d’information. Aussi peut-on redire avec raison que l’avenir aujourd’hui ne se prévoit plus, il se prépare.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Vivons-nous une nouvelle renaissance ? », Le journal de l'école de Paris du management, 3/2014 (N° 107), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2014-3-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.107.0007


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