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Le journal de l'école de Paris du management

2014/4 (N° 108)


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Jordan Belfort partage avec Michael Milken un statut d’écolier surdoué, doté d’une mémoire et d’une capacité de calcul hors normes. Par contre, le premier est aussi extraverti, voire exhibitionniste, que le second est introverti. Dans son livre, Jordan Belfort énumère avec une sorte de délectation décadente la liste (noms et quantités) des drogues qu’il est capable d’absorber en un temps record, le prix des objets qu’il achète ou qu’il détruit, et ses performances extra-conjugales. À l’opposé, Michael Milken a épousé sa girlfriend de collège et mène une vie qui ne défraie pas la chronique, en bon père de famille et généreux fondateur d’associations caritatives.

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Ils partagent, par contre, la conviction que l’on peut mener les hommes, ou au moins certains d’entre eux, par l’argent. Michael Milken “tient” ses arbitrageurs [1][1] Ce terme mi-anglais mi-français désigne des investisseurs... par sa capacité à malmener leurs positions à risque, Jordan Belfort motive ses traders par leurs dépenses. C’est un aspect intéressant du livre qui a disparu dans deux épisodes précis du film de Martin Scorsese. Tout d’abord, parlant de ses “strattoniens” [2][2] Du nom de la firme de courtage Stratton Oakmont qu’il..., il évoque leur besoin d’exhiber leur niveau de vie comme preuve de leur réussite, ce qui les conduit à tout faire pour maximiser leur salaire et, donc, sa fortune personnelle. Lors de son discours d’adieu à la firme, il évoque l’exemple d’une employée de la première heure qui connaissait de grandes difficultés lorsqu’elle lui avait demandé de l’embaucher et qui, quelques années plus tard, roulait en berline de luxe ; parlant à lui-même, Jordan Belfort ironise sur le crédit bancaire vraisemblablement significatif qui la pousse à en faire chaque jour davantage pour ne pas retomber dans la détresse financière.

Les traders du film Le loup de Wall Street de Martin Scorsese

© Metropolitan Films Export

Leonardo DiCaprio dans le rôle de Jordan Belfort

© Metropolitan Films Export
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Il est clair que le film de Martin Scorsese embellit le personnage de Jordan Belfort et je conseille vivement la lecture du livre (7,70 euros en version poche, vous n’enrichirez pas l’auteur) qui est plutôt mal écrit, avec des répétitions et de l’humour incertain, mais nettement plus glauque et informateur.

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Ma dernière réflexion est relative au sentiment de culpabilité. Jordan Belfort bat sa coulpe (« I was greedy. Greed is not good », a-t-il déclaré dans une conférence en mai 2014), mais soutient toujours que, si son comportement a connu quelques faiblesses, son activité professionnelle était « légale à 95 % », propos qui ne manquera pas de plaire aux gens de loi…

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Plus finement, Michael Milken, s’exprimant au travers de la biographie de son site Internet, explique que sa seule erreur a été de suivre le conseil de ses avocats en plaidant coupable alors que son activité de financement avait accéléré le développement de milliers de firmes, créant des millions d’emplois. Certains professeurs de droit, s’exprimant dans la biographie, considèrent que Michael Milken a été le bouc émissaire d’une campagne lancée par l’establishment liée à la régulation et pire que la déplorable période du maccarthisme.

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Au demeurant, si vous avez l’intention d’écrire un article mentionnant la vie de Michael Milken, il est fortement conseillé en bas de page de se référer à la vérité telle qu’expliquée dans le site.

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Gare au loup… !

Notes

[1]

Ce terme mi-anglais mi-français désigne des investisseurs opérant sur le marché des actions à court terme en se fondant sur la combinaison du flair, de l’analyse fondamentale et psychologique, des rumeurs et des informations plus ou moins confidentielles qu’ils peuvent glaner…

[2]

Du nom de la firme de courtage Stratton Oakmont qu’il avait créée et qui emploiera plus de 1 000 traders au sommet de sa gloire.


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