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Le journal de l'école de Paris du management

2014/5 (N° 109)


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Le 13 août 2001,. Zacarias Moussaoui, un Marocain né en France, s’inscrit dans une école de pilotage du Minnesota. L’instructeur et le directeur adjoint ont des doutes sur cet individu, qui a payé l’inscription cash (6 300 $), veut piloter un Boeing 747 alors qu’il n’a pas la moindre expérience de vol, et se moque de savoir décoller ou atterrir : il veut seulement apprendre à diriger l’avion en l’air. Ils font part au FBI de son comportement étrange, sans résultat.

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Pourtant, le 10 juillet, un agent du FBI de l’Arizona avait alerté ses supérieurs sur le nombre anormalement élevé de personnes d’origine arabe inscrites à des formations de pilotage : « Serait-il possible que cela fasse partie d’un plan de Ben Laden visant à détourner des avions ? Nous pourions peut-être vérifier à l’échele nationale si d’autres Arabes suivent ce genre d’entraînement. » Pas de réaction.

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Lors d’un contact téléphonique avec le FBI, l’instructeur se fait encore plus pressant : « J’espère que vous vous rendez compte qu’un 747 bourré de kérosène peut être utilisé comme une bombe ? » Aucune suite n’est donnée.

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Moussaoui est arrêté le 16 août par les services de l’immigration du Minnesota parce que ses papiers ne sont pas en règle. Les agents locaux du FBI l’interrogent et l’un d’entre eux formule une hypothèse : peut-être Moussaoui est-il un pirate de l’air qui avait l’intention « d’aler écraser un appareil dans les bâtiments du World Trade Center ? » Le 26 août, les services français de renseignements informent le FBI que Moussaoui entretient des liens avec Ben Laden. Toujours sans effet. C’est seulement après le 11 septembre que Moussaoui sera transféré des services de l’immigration vers un centre de détention du FBI.

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Cette histoire me rappelle un sketch de Raymond Devos : « J’ai des doutes ! J’ai des doutes ! Hier soir, en rentrant dans mes foyers plus tôt que d’habitude, il y avait quelqu’un dans mes pantoufles. Mon meileur copain. Si bien que je me demande si, quand je ne suis pas là, il ne se sert pas de mes afaires. » Le narrateur s’inquiète parce que ses pantoufles sont d’une pointure trop petite pour son ami : « Alors, il les force. » Autre motif d’agacement, le pyjama : « Depuis qu’il a acheté le même, je ne retrouve plus le mien. Il s’en sert, quoi ! Il n’y a pas de doute. » Quand il surprend l’ami en question dans le lit conjugal, en train de fumer une de ses cigarettes, il se contente de houspiller sa femme : « Tu ne peux pas l’empêcher de fumer, non ? Il va brûler mes draps ! » Il faudra une longue accumulation d’indices pour que la vérité se fasse enfin jour : « Alors, mes pantoufles, mon pyjama, ma radio, mes cigarettes ! Et pourquoi pas ma femme, pendant qu’il y est ? »

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Entre le comique et le tragique il n’y a souvent qu’une différence de point de vue, comme pour ces masques antiques à double visage, qui pleurent d’un côté et rient de l’autre. L’ouvrage de Christian Morel, Les décisions absurdes – Sociologie des erreurs radicales et persistantes, devrait susciter l’accablement ou l’indignation du lecteur. Il lui fournit surtout des anecdotes amusantes pour les fins de repas.

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D’où vient notre indulgence et même notre sympathie pour les personnes qui se trompent ou se laissent abuser ? Peut-être de la certitude que celui qui se trompe aujourd’hui trompera quelqu’un demain et que tous, berneurs et bernés, nous partageons une communauté de destin ?

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Ce serait une façon d’interpréter l’étymologie paradoxale de cocu, terme issu du nom du coucou, cet oiseau connu pour pondre ses œufs dans les nids d’autres espèces. A priori, le cocu serait plutôt l’oiseau dans le nid duquel le coucou vient pondre. C’était bien le sens originel, mais, comme l’explique Antoine du Verdier, humaniste et bibliographe du xvie siècle : « Non seulement ceux qui abusent des femmes d’autruy, mais aussi les maris abusez sont appelez cocus ; de sorte que, ce nom estant actif et passif et commun à tous les deux, nous pouvons dire cocu cocuant et cocu cocué. »

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Amis coucous et cocus, un peu de compassion pour le FBI !

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L’auteur appréciera vos remarques et idées. Écrivez-lui !

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, « L'esprit de l'escalier. Quand le coucou chante au fond des bois», Le journal de l'école de Paris du management 5/2014 (N° 109) , p. 45-45
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2014-5-page-45.htm.
DOI : 10.3917/jepam.109.0045.


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