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Le journal de l'école de Paris du management

2014/5 (N° 109)


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La lecture des cinq comptes rendus du présent numéro fait ressortir, à travers la diversité des thèmes, un trait commun : il s’agit dans chaque cas de la difficile confrontation entre l’universel et le singulier. C’est spécialement visible dans le cas des MOOC : quoi de plus universel que le savoir ? Merveilleuse perspective que de le délivrer à la terre entière sous forme numérique, comme des films de Walt Disney. Mais tous les vrais enseignants savent qu’il faut éduquer chacun à l’exacte mesure de ses capacités d’écoute et de compréhension. Réconcilier la table de multiplication et la singularité de la rencontre entre le maître et l’élève, tel est l’enjeu commun aux débats ci-après.

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Ceci rejoint le thème, à la fois brûlant et éternel, de la confrontation entre condition masculine et condition féminine, entre animus et anima, pour reprendre la problématique développée par le psychanalyste Jung [1][1] C. G. Jung, Dialectique du Moi et de l’inconscient,.... Les deux principes sont présents chez l’homme comme chez la femme, mais animus comprend tout ce qui se dit clairement, tout ce qui est permanent comme la pierre, tout ce qui se montre et se démontre. Anima comprend tout ce qui est local, émotionnel, fugitif, tout ce qui est ressenti plus qu’il n’est lucidement exprimé. On retrouve cette dialectique dans des contextes aussi divers que le yin et le yang de la philosophie chinoise, et dans le dur et le mou que j’ai distingués pour expliquer les succès et les échecs de la gestion scientifique [2][2] C. Riveline, “Essai sur le dur et le mou”, La Jaune....

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Sur la présence d’animus chez les femmes, j’en ai la preuve chez mes brillantes jeunes filles élèves des Mines, polytechniciennes et normaliennes. Mais si les femmes peuvent faire aussi bien (en exceptant quelques épreuves sportives) tout ce que les hommes peuvent faire, la réciproque n’est pas vraie : les femmes mettent au monde des enfants et les allaitent. Ces deux expériences sont si invasives, si chargées d’affects, si irréductibles à des démarches de raison qu’elles marquent la vision féminine d’une manière irrémédiablement inaccessible à l’homme. Même les femmes qui n’ont pas eu d’enfant y sont sensibles, car il est assuré que leur mère, l’adulte exemplaire de leur enfance, en a eu au moins un !

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Animus est dérangé par anima, présente mais mal tolérée chez l’homme. Cela lui évoque l’aimante tyrannie de sa mère dans la petite enfance, qu’il n’a eu de cesse de fuir pour être fort comme papa. Anima inquiète animus, mais aussi le fascine, l’attire et le repousse tout à la fois. L’homme, dit-on, n’est adulte que lorsqu’il a complétement pactisé avec la féminité, et les hommes vraiment adultes sont rares.

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Il n’en faut pas plus pour expliquer le scandaleux machisme qui a marqué et marque encore toutes les civilisations, à quelques brèves éclaircies près. Le siècle des Lumières, sommet, dit-on un peu vite, du raffinement, nous a légué la Déclaration des droits de l’homme de 1793, qui dispose : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits … », mais il faut lire : les hommes mâles exclusivement, car les femmes n’ont eu le droit de vote en France qu’en 1944. Ainsi, l’humanité s’est étourdiment privée de près de la moitié de ses ressources en talents depuis l’origine.

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Il apparaît qu’elle en revient à pas comptés. Le maire de Paris est désormais une femme, ainsi que la présidente du Fonds monétaire international et la remplaçante de Ben Bernanke à la tête de la Réserve fédérale américaine. Je ne sache pas qu’une seule voix ait mis en cause l’opportunité de ces nominations en raison du sexe des femmes en question.

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Mais le progrès est lent. Discrimination à l’embauche, inégalité salariale, plafond de verre à l’avancement, harcèlements divers sévissent toujours.

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Il n’en reste pas moins que, sans se l’avouer bien clairement, l’humanité d’aujourd’hui cherche enfin la femme.

Notes

[1]

C. G. Jung, Dialectique du Moi et de l’inconscient, Gallimard, 1973

[2]

C. Riveline, “Essai sur le dur et le mou”, La Jaune et la Rouge, 1985

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Cherchez la femme», Le journal de l'école de Paris du management 5/2014 (N° 109) , p. 7-7
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2014-5-page-7.htm.
DOI : 10.3917/jepam.109.0007.


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