Accueil Revues Revue Numéro Article

Le journal de l'école de Paris du management

2014/6 (N° 110)


ALERTES EMAIL - REVUE Le journal de l'école de Paris du management

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 45 - 45
1

La formule « Les voies du Seigneur sont impénétrables » est inspirée d’une lettre de saint Paul aux Romains. Elle signifie que même si la façon dont Dieu conduit les hommes au salut est incompréhensible, ces derniers sont sûrs d’atteindre le but pour peu qu’ils veuillent bien suivre le chemin que Dieu leur propose. Le labyrinthe en forme de cercle représenté sur le sol de la cathédrale de Chartres en est l’illustration. À travers un itinéraire extrêmement sinueux, le pèlerin finit par aboutir au centre du cercle, non sans avoir, à plusieurs reprises, dû s’en éloigner, alors même qu’il croyait toucher au but. Mais dans le labyrinthe chrétien, pas d’impasse, pas de fausse route possible, contrairement à ce que l’on trouve dans le dédale païen. Le chemin est complexe mais unique, et il mène infailliblement au salut. Aucun Minotaure tapi dans les coins non plus : celui qui suit aveuglément les voies du Seigneur sera délivré du mal et sauvé.

2

Une version “laïque” de cette vision de l’existence se trouve dans les contes populaires, tels qu’analysés par Bruno Bettelheim dans La psychanalyse des contes de fée. Même si le héros du conte est le plus jeune des frères, le plus petit et en apparence le plus démuni face à la marâtre, à l’ogre ou au dragon, il réussira à triompher des épreuves et à épouser finalement la princesse, pour peu qu’il affronte les difficultés avec courage, qu’il apporte son aide aux plus faibles que lui et qu’il écoute attentivement les conseils que des personnages providentiels lui apportent tout au long du chemin. Les épreuves étranges et incompréhensibles qu’il doit surmonter s’avèrent jouer un rôle crucial dans le dénouement de l’histoire, moment où la signification de tous les mystères est enfin dévoilée.

3

Des voies impénétrables mais un succès infaillible, tel pourrait être le résumé de l’enseignement biblique et la leçon des contes populaires.

4

Des voies lumineuses et un échec inévitable, tel pourrait être la description de certaines décisions publiques.

5

Depuis sa création en 1946, l’Afpa (Association de formation professionnelle des adultes) a formé cinq millions de personnes et le taux d’accès de ses stagiaires à l’emploi au bout de six mois est de 60 %. À partir de 2009, cette vénérable institution a été engagée dans une série de réformes qui l’ont amenée, vacillante, au bord du précipice. Chacune des décisions prises par les uns, ou des mesures adoptées en réaction par les autres, s’appuyait sur des principes que tout le monde peut comprendre et approuver : la mise en concurrence, la politique de décentralisation, le désir de préserver l’aménagement du territoire, la volonté de venir en aide aux catégories sociales les plus éloignées de l’emploi, le souci de gérer au mieux les finances régionales, etc. Le résultat est une pagaille indescriptible dont le principal effet est que l’Afpa ne réussit pas à former les gens dont notre pays a le plus criant besoin.

6

Le chemin de croix de cette institution évoque un dédale où le Minotaure guette à chaque pas, et la longue série d’impasses que son courageux président a explorées fait douter que ce cercle maudit ait un centre.

7

J’en viens à penser que nos lointains ancêtres ont inventé la religion et les contes de fées pour se consoler des désastres de la gestion publique. Que l’homo sapiens puisse avec une telle régularité enfanter des processus dont chaque étape est rationnelle et dont le résultat est absurde, constitue un supplice du même ordre que celui de Tantale, perpétuellement privé des délicieux aliments et boissons qu’il croit à sa portée.

8

Heureusement, il existe des Petits Poucets que rien n’arrête et qui continuent à semer leurs petits cailloux blancs ou leurs miettes de pain dans la forêt. Il arrive même qu’ils retrouvent leur chemin.

9

L’auteur appréciera vos remarques et idées. Écrivez-lui !

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, « L'esprit de l'escalier. Labyrinthe chrétien, dédale administratif », Le journal de l'école de Paris du management, 6/2014 (N° 110), p. 45-45.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2014-6-page-45.htm
DOI : 10.3917/jepam.110.0045


Article précédent Pages 45 - 45
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback