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Le journal de l'école de Paris du management

2015/2 (N° 112)


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Le présent numéro nous parle du futur, non sans brio et sagesse. Mais tous les ingrédients du futur ainsi exposés sont des extrapolations de réalités déjà présentes. Qu’en est-il d’un futur pas encore commencé ? Il se trouve que l‘actualité nous en a fourni un échantillon dans les rues de France le dimanche 11 janvier 2015.

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Ce jour-là, événement sans précédent, des millions de gens ont défilé dans le calme mais en proie à une grande émotion, en affirmant « Je suis Charlie » et en clamant divers slogans où dominait le mot liberté. Liberté par rapport à quoi ? Au premier niveau, par rapport aux tyrannies dont les attentats terroristes donnent un terrifiant aperçu, mais il n’est pas interdit d’y voir une revendication humaniste plus profonde. À ce titre, un rapprochement avec l’épisode biblique de la traversée de la mer Rouge s’avère fécond.

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Qu’est-ce qui caractérisait l’Egypte dont les Hébreux venaient de sortir ? Un double asservissement, par un pouvoir d’État, et par une écrasante machinerie économique. C’est de ces mêmes ingrédients que sont composés les programmes des politiciens d’aujourd’hui, avec plus d’État à gauche et plus d’économie à droite. Ce qui avait précédé la mer Rouge, c’est la succession de dix plaies qui avaient graduellement convaincu le Pharaon qu’il n’était pas le maître des événements et qu’il devait ajouter du respect humain à son pouvoir sur les choses.

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Frappante analogie avec l’évolution du gouvernement français. François Hollande avait dit « J’inverserai la courbe du chômage ». Auparavant, Nicolas Sarkozy avait dit « La croissance, je la tirerai avec mes dents ». Ces bravades ont été mises en péril, comme dans l’Egypte antique, par des fléaux comme les crises financières, les délocalisations, les guerres locales, la concurrence des pays émergents, sans oublier les retombées des tsunamis et des épidémies. Le gouvernement français, après le 11 janvier, s’est trouvé tétanisé devant ce phénoménal mouvement populaire où l’État en était réduit à un modeste rôle de maintien de l’ordre et où la machine économique ne jouait aucun rôle. Les déclarations du Premier ministre qui ont suivi ont fait une grande place à l’humanitaire, avec ce mot d’apartheid qui fit grand bruit.

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« Liberté ! » Voilà ce que l’on chantait le 11 janvier, comme dans le lit asséché de la mer Rouge. Il n’y avait pas que des Hébreux dans cette foule heureuse : la Bible indique qu’un vaste assortiment de tous les autres esclaves d’Egypte a suivi le mouvement. En outre, quarante-sept chefs d’Etats se pressaient, graves et enlacés, en tête du défilé.

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Autre rapprochement suggestif : les eaux de la mer, nous apprend la Bible, se dressaient comme des murailles de part et d’autre de la foule sans aucunement l’atteindre. De la même manière, le 11 janvier, pas une voiture brûlée, pas de vandalisme, aucune violence. Un hymne fervent et unanime à l’unité nationale, toutes barrières sociales, ethniques, politiques, religieuses abolies.

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Dans le récit biblique, ce moment magique n’a pas duré longtemps : le Pharaon, remis de ses émotions en moins d’une semaine, est parti à la poursuite des fugitifs armé jusqu’aux dents et, de son côté, le peuple bénéficiaire de ce prodigieux miracle s’est révolté contre Moïse trois jours plus tard aux eaux de Mara. Il ne faut pas espérer que la France va changer dans l’immédiat de visage.

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Mais, a contrario, rien ne sera plus comme avant. L’opinion perçoit confusément que les règles du vivre ensemble, héritées des siècles passés et maintenues en place par les rites et les instruments de mesure qui en découlent, ne sont plus appropriées mais n’imagine pas que d’autres solutions sont envisageables. La ferveur qui s’est magnifiquement exprimée le 11 janvier n’a pas livré de recette mais elle a révélé l’existence d’une aspiration unanime au bonheur dont tous les acteurs de la vie collective devront dorénavant tenir compte.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. La traversée de la mer Rouge », Le journal de l'école de Paris du management, 2/2015 (N° 112), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2015-2-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.112.0007


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