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Le journal de l'école de Paris du management

2015/3 (N° 113)


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Le psychologue américain Maslow a graduellement mis au point, depuis 1943, un modèle des aspirations humaines qui a connu un succès mondial, et qui repose sur une pyramide dont la base représente les besoins physiologiques (la faim, la soif, etc.), et qui va s’amincissant à travers quatre autres niveaux, à savoir la sécurité, l’approbation, l’estime, avec au sommet l’accomplissement de soi. Cette représentation suggère qu’un besoin ne se fait impérieux que lorsque ceux des niveaux inférieurs sont raisonnablement satisfaits. Cette théorie a été depuis abondamment commentée, critiquée, amendée, mais il apparaît qu’elle est pratiquement mise à bas par la situation du monde que l’on observe aujourd’hui.

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Les articles du présent numéro en apportent un témoignage. La théorie de Maslow est cohérente avec le modèle de société basée sur l’action sur la matière (la travailler, la consommer). Le thème de la pyramide évoque au demeurant l’Egypte antique, dont c’était en effet le fondement. Or, les moteurs des acteurs mis en scène dans les pages qui suivent sont de natures très diverses, mais bien plus évocateurs des sommets élevés de la pyramide de Maslow que de sa base matérielle. Cette constatation conduit à préférer l’appellation d’entreprenant à celle d’entrepreneur, ainsi que le suggère l’éditorial.

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Aujourd’hui, la planète est schématiquement composée d’êtres humains qui meurent de faim et d’êtres humains qui mangent trop. Mais ceux qui mangent trop ne sont pas seulement les riches. L’obésité, on le sait, est le principal danger qui menace les enfants des classes défavorisées en France. Nos très nombreux chômeurs, en général, ne meurent pas de faim. Ce dont ils souffrent, c’est de solitude, avec le déficit d’estime et d’accomplissement de soi que cela entraîne.

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Franchissons un niveau : qu’en est-il de la sécurité ? Avec l’effrayante croissance des attentats que rapporte l’actualité et la variété des cibles qui en sont les victimes, qui peut se targuer d’être complètement à l’abri ? Quant aux mobiles affichés par les terroristes, ils sont le plus souvent de l’ordre d’une revendication d’identité mythique, mobile situé vers le haut de la pyramide.

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Comment expliquer cette flambée de violence ? La plupart des observateurs soulignent le rôle joué par Internet, qui fait que toute l’humanité voit toute l’humanité et compare son sort à celui des plus favorisés, source inépuisable de rancœur. Cette nouvelle facilité de communication permet d’organiser des complicités à grande distance. En outre, les personnes et les armes n’ont jamais circulé aussi facilement.

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Quant aux centaines de millions de malheureux qui meurent de faim, l’économiste Amartya Sen, prix Nobel 1998, démontre qu’ils ne sont pas victimes d’une avarice de la nature, car la planète a toujours produit assez pour nourrir tous ses habitants, mais des obstacles à la circulation opposés par les conflits politiques et guerriers. Ici, encore une fois, c’est l’incapacité des peuples à vivre en paix avec ceux qui ne pensent pas comme eux qui cause leur malheur. Encore des affrontements tribaux ancrés dans le haut de la pyramide.

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Cette omniprésence de la violence a de quoi inquiéter, d’autant plus que le développement économique ne l’a pas fait disparaître chez les nantis et n’a pas fait disparaître la pauvreté. D’où pourra venir le salut ? Il faut accepter la constatation que la violence est la réponse la plus évidente face à la rencontre de l’Autre, qui constitue a priori une menace pour ma manière d’être.

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À l’inverse, j’apporte la paix si j’accueille l’Autre avec bonheur, comme une occasion d’éclairer des aspects laissés dans l’ombre par ma propre culture. Il existe partout des hommes de bien qui pensent ainsi. Puissent-ils être les germes d’une humanité réconciliée, sur les ruines de la pyramide de Maslow.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. La pyramide de Maslow revisitée », Le journal de l'école de Paris du management, 3/2015 (N° 113), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2015-3-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.113.0007


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