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Le journal de l'école de Paris du management

2015/5 (N° 115)


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Tout le monde connaît Guy Degrenne, la marque... mais aussi l’image popularisée par la publicité d’un cancre dont l’instituteur disait qu’il ne réussirait pas dans la vie, parce qu’il dessinait des couverts en classe. La réalité de l’histoire de l’entreprise Guy Degrenne, longtemps premier producteur européen de couverts, n’est pas très éloignée de cette image. L’entreprise a pris son envol lorsque le fondateur a finalement autorisé son fils à tester son idée : Guy pourrait fabriquer quelques couverts en inox, dans le fond de l’usine. Depuis, l’entreprise a connu une période de prospérité, une crise majeure, a été cédée et s’efforce aujourd’hui de renouer avec les bénéfices. Mais elle a conservé sa capacité à essayer des idées nouvelles. Elle fabrique ainsi des containers pour transporter le MOX, combustible radioactif, ou des bols métalliques pour robots ménagers. Ces activités nouvelles représentent aujourd’hui 40 % du chiffre d’affaires de la société.

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Le fond de l’usine, c’est l’endroit − métaphorique − où l’on peut expérimenter, essayer, fabriquer, en marge des activités établies et visibles, un endroit à l’écart où l’on peut prendre ses distances avec les pratiques établies et les normes. On peut essayer d’y trouver une réponse à ce paradoxe qui veut que l’équipement intérieur d’un objet aussi coûteux et sophistiqué qu’un avion soit de qualité très médiocre. Il en est ainsi des sièges, dont l’ensemble est extrêmement lourd alors que les avionneurs font la chasse au moindre kilogramme. À partir de ce constat, Vincent Tejedor et l’équipe d’Expliseat se sont efforcés de développer des sièges en composite et ont découvert toutes les difficultés structurelles qu’une réponse qui paraît évidente pouvait soulever.

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Au fond de l’usine, il y a aussi des gens qui œuvrent au quotidien à apporter la culture à des enfants de quartiers délaissés. Papy est une figure à Trappes. L’homme qui a révélé Jamel Debbouze et plusieurs autres par l’improvisation est une source d’énergie intarissable. Être à la marge lui a offert une liberté d’action extraordinaire et lui a fait éprouver combien cette liberté était précieuse face à des grandes institutions incapables d’appréhender de nombreux problèmes.

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Le monde de la presse a aussi été bousculé par la marge. Tandis que les acteurs traditionnels font face à cinq mutations majeures, de nouveaux acteurs se développent et inventent d’autres ? manières de faire du journalisme. Les mutations de la presse apparaissent ainsi comme l’affirmation de l’esprit minoritaire du web et la recomposition autour de nouveaux équilibres entre différents types d’acteurs.

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Sans doute le monde des banques peut-il s’inspirer de celui de la presse. S’il n’a pas subi la même hémorragie, c’est à une véritable défiance de ses clients qu’il doit faire face depuis la crise financière de 2008. Michel Mathieu dresse un panorama d’un monde en mutation qui s’efforce de s’adapter et de se préparer à ce que de nouveaux acteurs sortent de l’ombre, comme… Google et Amazon.

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Le fond de l’usine portait sans doute, dans la bouche du père de Guy Degrenne, les idées de discrétion, de clandestinité, d’expérimentation. Il s’avère qu’il peut être caverne d’Ali Baba, plein de ressources, de lampes magiques d’où jaillissent des idées lumineuses, de bouts de ficelle pouvant devenir baguettes magiques. Du fond de l’usine peut jaillir un autre avenir.

Pour citer cet article

Paris Thomas, « Éditorial. Dans le fond de l’usine », Le journal de l'école de Paris du management, 5/2015 (N° 115), p. 3-3.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2015-5-page-3.htm
DOI : 10.3917/jepam.115.0003


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