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Le journal de l'école de Paris du management

2015/5 (N° 115)


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Le titre de cette page est un emprunt au philosophe Alain, dans son propos intitulé « Doctrine de l’action » (18 juin 1932), qui commence par ces mots : « Un sage qui cultive son jardin et ne parle guère, se vante d’avoir fait tenir toute la doctrine de l’action en deux chapitres dont chacun n’a qu’un mot. Premier chapitre, continuer. Deuxième chapitre : commencer. L’ordre, qui étonne, fait presque toute l’idée. Continuer, c’est le seul moyen de changer. Quand l’idée nous vient de changer, c’est signe que le métier commence à entrer et à piquer, au lieu de caresser (...). Le métier n’est plus agréable ; il n’y a plus qu’à le bien faire. » J’aimerais reproduire intégralement l’admirable petit essai dont ces lignes sont extraites, mais je dois expliquer pourquoi c’est ce texte que j’ai retenu à la lecture des témoignages que contient ce numéro du Journal.

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En effet, le trait commun aux cinq vaillants entreprenants dont les aventures sont rapportées est qu’ils ont remis à neuf des activités anciennes qu’ils connaissaient bien. Un jour, j’ai eu l’occasion de demander, au cours d’une réunion que présidait Claude Bébéar, alors PDG d’AXA, comment il avait fait pour transformer une modeste mutuelle d’assurances en numéro un mondial de la profession. Sa réponse fut simple : « Je n’ai fait de toute ma vie qu’un seul métier. » Et de plaindre les riches collectionneurs de prestigieuses acquisitions qui, tôt ou tard, commettront des erreurs fatales que des gens du métier auraient évitées, autant par instinct lentement acquis que par pure réflexion. Sénèque a dit, dans le même sens : « On est toujours dans la bonne voie, mais à la condition de ne pas se laisser distraire. »

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Vient alors le second chapitre. De nouveau Alain : « Commencer, c’est s’y mettre, réduire le temps de la mise en train à zéro. Prendre une résolution n’est rien, c’est l’outil qu’il faut prendre. La pensée suit. (…). On ne conçoit pas Boucicaut fondant le Bon Marché ; il l’a fait ; c’est une tout autre méthode. » Ces remarques conviennent admirablement à nos mêmes entreprenants, en particulier si l’on considère les échecs qu’ils ont essuyés sans jamais renoncer à recommencer.

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J’applique ces sages préceptes dans les conseils que je donne à mes élèves des Mines lorsque, en abordant leur dernière année d’études, ils sollicitent mon avis sur l’orientation qui m’apparaît la plus opportune. Comment les inciter à continuer puisqu’ils n’ont encore rien commencé ? Je leur demande alors : efforcez-vous de vous rappeler les rêves les plus enthousiasmants que vous nourrissiez quand vous aviez dix ans. Vous ne saviez alors pas grand-chose du monde. Mais là était votre vérité, elle est toujours en vous. Vous rêviez peut-être d’être Zorro. Peut-être cela vous dirige-t-il vers la Sécurité Sociale, qui partage avec votre héros d’alors le secours aux humbles et aux pauvres. À mes yeux, c’est aussi continuer, mais dans son chemin intérieur.

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Par quoi commencer ? Je leur assure que cela a moins d’importance qu’ils ne le croient, à condition d’y rester trois ans. Pourquoi trois ans ? Parce que la vie des affaires, comme l’agriculture, est soumise au rythme des saisons. La première année, vous observerez ; la deuxième année, vous ferez des erreurs ; la troisième année, vous tirerez parti des observations et des erreurs des années précédentes.

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Alors vous pourrez songer à bouger. Ce sera quand même continuer, car votre première expérience vous aura appris à écouter pousser le gazon et à bien vous connaître dans le monde du travail. Votre continuité, comme à la sortie de l’École, résidera en vous-même.

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Les diverses fois où l’École de Paris a recueilli le témoignage d’investisseurs dans des start-up, ces jeunes et bouillantes entreprises qui rêvent de faire fortune grâce à une idée géniale, ils ont unanimement répondu : l’idée n’est rien, c’est la personnalité du patron qui nous détermine. Le philosophe Alain l’avait deviné.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Continuer d’abord, commencer ensuite », Le journal de l'école de Paris du management, 5/2015 (N° 115), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2015-5-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.115.0007


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