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Le journal de l'école de Paris du management

2015/6 (N° 116)


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Il serait loisible de raconter la quasi-totalité des aventures rapportées par ce numéro du Journal en termes économiques. C’est évident pour l’électroménager Tefal, pour le motoriste Converteam, encore possible pour la ville de Pantin et son maire si entreprenant, encore envisageable pour la communauté de vie de Vanves, car la santé est un énorme marché, mais à peu près impossible pour la compagnie de danseurs de Pina Bausch et sa miraculeuse survie.

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Pourtant, c’est dans ce dernier exemple que je perçois les traits les plus communs aux exemples précédents : le rôle décisif de personnes charismatiques, le moteur nourri d’enthousiasme qui anime ces aventures, l’estime dont les acteurs ont bénéficié comme principale contrepartie à leur dévouement. Rien d’économique dans tout cela.

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Non que les soucis de trésorerie soient absents, même chez les danseurs. Mais contrairement au postulat des théories économiques, ce n’est pas un but, mais seulement un souci, une contrainte, pas une boussole.

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Ces pages Idées sont souvent revenues sur la triste vieillesse de la science économique, née au XIXe siècle quand se nourrir, se vêtir, se loger étaient des urgences, alors que les urgences d’aujourd’hui, dans les pays développés, sont le chômage (que les économistes, quoi qu’on dise, ne comprennent guère) la solitude, l’environnement, sans oublier les violences qui ensanglantent ce monde pourtant si moderne et efficace. Cette obsolescence atteint pareillement la micro et la macro-économie.

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Dans le modèle canonique de Vilfredo Pareto, les producteurs sont guidés par la maximisation de leurs profits et les consommateurs par la maximisation de leurs consommations marchandes. Nous voyons ici combien ce modèle a vieilli.

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Mais les agrégats de la macro-économie ne sont pas dans une meilleure posture. Il est devenu classique de citer la comparaison entre le Cameroun et la Corée du sud. Leurs PIB par tête, en dollars US, étaient respectivement, en 1980 : 660 USD et 1 280 USD ; et en 2015 : 2 015 USD et 28 135 USD [1][1] Source : Les Échos.. Pourtant, c’est au Cameroun qu’ont été découverts entre-temps de riches gisements de pétrole.

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Par ailleurs, les événements qui ont le plus influencé les agrégats nationaux et mondiaux n’avaient rien d’économique, comme l’attaque du World Trade Center en 2001, le tsunami japonais en 2011, les événements d’Ukraine en 2014, ainsi que les nombreux faits politiques et de guerre qui ont bouleversé les flux commerciaux et financiers.

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Cette obsolescence des théories économiques explique les problèmes identitaires de l’Europe et des grands partis politiques en France. L’Union européenne a été fondée sur l’espoir qu’un marché commun entraînerait logiquement une unité politique. Il est devenu évident qu’il n’en est rien.

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De même, l’opposition française droite-gauche avait pour source l’alternative économique libéralisme-dirigisme. L’évolution de la présidence actuelle montre que cette alternative est à l’agonie, ne serait-ce que parce que les théories économiques des deux bords n’ont jamais eu de discours consistant sur le principal problème du jour qui est le chômage.

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La survie artificielle des discours économiques du passé a une origine bien claire, c’est l’obsession de la croissance du PIB, directement liée aux recettes fiscales de l’État. Les rituels budgétaires sont si fortement enracinés dans nos mœurs qu’il faudra de grandes crises pour que l’opinion finisse par comprendre qu’il faut changer le mode de financement du gouvernement. La tâche est d’autant plus rude que l’illusion économique est largement internationale, car les politiques ont été nourris de cette pensée au cours de leurs études. Mais les dégâts sont tels qu’il est temps de s’y mettre.

Notes

[1]

Source : Les Échos.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. L’inexorable obsolescence du discours économique », Le journal de l'école de Paris du management, 6/2015 (N° 116), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2015-6-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.116.0007


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