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Le journal de l'école de Paris du management

2016/2 (N° 118)


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La lecture des magnifiques aventures industrielles rapportées dans ce numéro fait penser à un film des années 50 ou 60 sur les mêmes sujets projeté en accéléré : les événements, les décisions, les changements de produits, de techniques, de localisations, de personnels se succèdent à des cadences nouvelles. Le nombre de changements significatifs par unité de temps a cru de manière proprement inimaginable à l’époque. C’est évidemment l’effet des progrès dans les moyens de communication de l’information, des objets et des personnes. S’impose l’image du contraste entre deux sports, le golf et le ping-pong. Ils ont en commun une balle, des outils pour la frapper (une canne ou une raquette) et une cible (dix-huit trous ou la table.)

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Mais les dimensions et les cadences ne sont pas du tout les mêmes. La table est minuscule par rapport au terrain de golf, mais le temps de déplacement des informations grâce au web s’est réduit dans des proportions peut-être plus grandes encore. La planète est physiquement toujours de la même taille, mais elle apparaît comme un village sous l’angle des communications possibles par Internet.

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Une autre image s’impose, c’est celle du jackpot. J’ai souvent professé que la santé d’une organisation résulte d’une harmonie entre quatre niveaux de réalités : la matière, les personnes, les institutions et les idées. Tout va bien lorsqu’elles sont alignées, comme quatre images de citrons dans une machine à sous. Mais un tel alignement n’a jamais été aussi éphémère.

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Le niveau le plus mobile est à n’en pas douter celui de la matière. Les chocs et les débats dans le seul domaine de l’énergie donnent une image de cette fébrilité, d’autant plus que par les réseaux sociaux toute la terre est instantanément au courant de tout.

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Le niveau des personnes a évolué, lui aussi, puisqu’elles se déplacent, déménagent, changent plus que jamais de métier, par choix ou par nécessité.

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Le niveau des institutions, par contraste, n’a pas varié dans sa majestueuse inertie. Entre l’annonce d’un projet de loi, son examen par les parlements, la promulgation des décrets d’application et sa mise en œuvre, le contexte a tellement changé que le gouvernement fait fréquemment volte-face, ce qui a des effets désastreux sur le sérieux de son image. Passable golfeur jadis, le gouvernement se révèle un médiocre joueur de ping-pong, d’où la tentation des mesures d’exception comme l’état d’urgence, qui permettent de réagir vite.

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Quant au niveau des idées, l’image qui vient à l’esprit est celle de l’océan : de fréquentes tempêtes médiatiques en surface, qui envahissent tour à tour et sans cohérence l’espace public et, en profondeur, des masses glacées et inertes où l’on distingue des doctrines politiques de droite et de gauche datant du XIXe siècle, des populismes naïfs, et des fanatismes divers grimés en religions.

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Les penseurs professionnels, philosophes, journalistes, commentateurs n’ont aujourd’hui comme fonds de discours qu’une nostalgie du temps du golf, quand on pouvait sans grand risque juger les événements et prévoir leurs conséquences à la lumière des fameuses doctrines aujourd’hui pétrifiées.

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Nous manquons de doctrines pour le ping-pong. Toutefois, quelques sages recommandations résultent de ces remarques. Il faut conseiller aux jeunes gens de se gorger de savoirs. Tout leur servira sûrement un jour. Il faut conseiller à tous une vigilance de chaque instant à l’égard de l’actualité, et une attention sans trêve à l’entretien et à l’accroissement de ses réseaux de relations.

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Mais ces conseils de bon sens ne sauraient combler le vide doctrinal auquel toute l’humanité est confrontée aujourd’hui. Il est urgent de mettre en chantier une philosophie pour le temps du ping-pong.

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L’École de Paris, à n’en pas douter, y contribue.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Du golf au ping pong », Le journal de l'école de Paris du management, 2/2016 (N° 118), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2016-2-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.118.0007


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