Accueil Revues Revue Numéro Article

Le journal de l'école de Paris du management

2016/4 (N° 120)


ALERTES EMAIL - REVUE Le journal de l'école de Paris du management

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 7 - 7 Article suivant
1

Les victoires de la numérisation sont si nombreuses, si variées, si éclatantes que bientôt tous les domaines de la vie, bien au-delà des seules techniques industrielles, en seront bouleversés. Cette langue universelle, composée de deux mots seulement, zéro et un, semble l’aboutissement de tous les espoirs des Lumières, puisqu’elle se prête à la perfection à la logique scientifique, royaume du vrai et du faux. Si l’on se réfère aux prévisions des grands théoriciens de la rationalité, depuis Descartes, Spinoza, Condorcet, jusqu’à Hegel, Auguste Comte et tant d’autres, le monde actuel devrait être un paradis. Les victoires de la raison ont dépassé les plus audacieuses utopies. Par exemple, Jules Verne avait prévu que l’homme marcherait sur la lune, mais il n’avait pas prévu que toute la terre serait témoin de ce premier pas à la télévision. Et pourtant, les hommes ne sont pas tous heureux, car violence, solitude et misère sévissent toujours. Que s’est-il passé ?

2

Pour le comprendre, partons d’un exemple de la vie quotidienne. J’imagine que je pose deux questions à mon épouse. Première question : « Quelle heure est-il ? » Deuxième question : « Est-ce que tu m’aimes comme avant ? » Dans le premier cas, la conséquence sera que je connaîtrai l’heure, ce que j’aurais pu savoir sur un écran. C’est une connexion, qui ne modifie ni l’émetteur, ni le récepteur, à part le contenu du message. Il en va tout autrement dans le second cas. En effet, attendant la réponse, je ne suis plus le même, et je serai encore transformé par cette réponse ; il en va de même pour mon épouse. Ce petit drame est une relation. La numérisation a multiplié à l’infini les connexions, et bien que toute relation commence par une connexion, l’excès de connexions nuit aux relations. Il n’est qu’à observer une cour de récréation, un repas de famille, une réunion d’affaires, où chacun est si absorbé dans la lecture de ses écrans qu’il ne dialogue plus avec ses voisins pourtant tout proches.

3

Les connexions, sauf exception, ne rompent donc pas les solitudes. Pour vaincre la solitude, il faut une écoute personnalisée, un verbe et des gestes ajustés aux attentes, une rencontre qui aura une suite.

4

Les violences meurtrières, de leur côté, sont généralement amplifiées par l’abondance de connexions. Les enfants d’aujourd’hui passent un temps déraisonnable devant des écrans, qui leur livrent le plus souvent des images de violence. Grâce au web, des jeunes gens mécontents partagent leur colère avec d’innombrables complices, et reçoivent une abondance de messages qui les invitent à se venger. Par contraste, la paix, entre des protagonistes qui ont des intérêts différents, passe par des négociations, une écoute réciproque, des compromis longs à établir.

5

Quant à la misère, elle n’est pas due, si l’on en croit l’économiste Amartya Sen, prix Nobel d’économie 1998, à l’avarice de la nature, mais aux conflits, à la corruption et aux diverses violences qui entravent la circulation des marchandises.

6

Favoriser les relations sans nuire aux connexions, telle serait la recette d’une modernité réussie, mais outre la lenteur et la complexité des mises en relation fécondes, elles revêtent souvent des visages réprouvés par la raison, comme les solidarités tribales, les religions, les communautarismes, couramment accusés de bien des maux. Les efforts des hommes de bonne volonté doivent tendre, face à ce tsunami de connexions, à protéger les singularités locales où les hommes pourront vaincre solitude, violence et misère sans pour autant nuire aux solidarités propres aux autres tribus.

7

Une fois de plus, il faut reconnaître que les rencontres organisées par l’École de Paris du management œuvrent dans ce sens.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Connexions et relations », Le journal de l'école de Paris du management, 4/2016 (N° 120), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2016-4-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.120.0007


Article précédent Pages 7 - 7 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback