2001
Le Mouvement Social
Les calculs politiques de la bourgeoisie face à la révolution de Fidel Castro
Marcos Winocur
[*]
Fidel et Raúl Castro – ainsi que d’autres cadres tel Abel Santamaría, second chef lors de
la prise de la caserne de Moncada en 1953, année qui marque le début de la lutte armée
contre la dictature – provenaient d’un mouvement dont le centre résidait au sein de l’Université. La rencontre avec la majorité de la population se produit – une fois incorporé le Che
Guevara, également d’origine universitaire – à partir de 1956 lorsque la scène de la lutte
armée se situe avec les paysans de la Sierra Maestra. Deux ans après, virtuellement toute l’île
de Cuba prend le parti de Fidel Castro et de son Armée Rebelle, sans exclure la riche bourgeoisie du sucre qui assume une « neutralité » dans les faits favorable à la révolution, laissant
ainsi sans soutien social le dictateur Fulgencio Batista. Opportunisme politique ? Peut-être,
mais seulement en tant que résultante de facteurs de base – concurrence avec les producteurs
de sucre américains, saturation du marché mondial, etc. – dont l’étude fait l’objet de cet article
fondé sur des sources originales.
Fidel and Raul Castro – and other officers such as Abel Santamaria, second chief
during the assault on the Moncada headquarters in 1953, the beginning of the armed
struggle against the dictatorship – arose from a movement whose center lay in the University. The meeting with the great contingents of the population – the already enlisted
Che Guevara, also an extraction from the University – developed since 1956 when the
scene of the armed struggle is situated with the peasants of the Sierra Maestra. Two years
later, virtually all of Cuba is turned over to Fidel Castro and his Rebel Army, without
excluding the wealthy sugar bourgeoisie who assumes « neutrality » in fact favorable to
the revolution, leaving the present governing party, the dictator Fulgencio Batista, without
any social support. Political opportunism? Maybe, but only as a result of base factors –
competition with the American sugar producers, saturation of the international market,
and so on – studied in the article which is based on original sources.
Que la bourgeoisie ait sa part dans les mouvements révolutionnaires d’Amérique latine, c’est un fait, mais il n’est pas encore reconnu comme une expérience. Cette part se retrouve dans la première révolution latino-américaine
socialiste; c’est peut-être déconcertant, c’est pourtant le cas. Le mouvement de lutte
qui aboutit, en janvier 1959, au triomphe de la révolution cubaine avait été vu d’un
bon œil par la bourgeoisie du sucre; des représentants politiques avaient signé un
accord avec Fidel Castro six mois avant la victoire de la révolution.
Il ne faut pas exagérer pour autant le rôle de la bourgeoisie cubaine du sucre
et dire qu’elle « a fait la révolution » : ce sont les secteurs populaires de la société
cubaine qui ont tenu le premier rôle. Mais il ne faut pas davantage ignorer sa participation. Au lecteur de juger, d’après les pages qui suivent, fondées sur des sources
originales.
Le cas historique de la bourgeoisie cubaine du sucre est à prendre comme une
expérience. Est-ce généralisable ? Est-elle exceptionnelle ? Il faudrait la confronter à
celles analogues du passé et du présent, mais cela dépasse les compétences de
l’auteur.
Pour écouler son sucre, Cuba balance entre deux politiques : zafras libres, sans
limitations, ou zafras contingentées au-dessous de la capacité productive de l’île. Au
cours des années 1950, l’une et l’autre ont été pratiquées. Liberté jusqu’en 1952
où, avec 7 012 000 tonnes, la zafra a battu tous les records
[1]. Mais ce succès, loin
d’apporter la richesse, a posé de sérieux problèmes : pour la première fois depuis
1941, la zafra n’a pu être écoulée qu’en partie, soit 4 849 000 tonnes
[2]. 30,6 %
de la production sucrière de 1952 sont donc restés en excédent pour les années
suivantes. Le résultat ne s’est pas fait attendre : retour au contingentement des zafras
à partir de 1953. Changement catastrophique pour l’économie cubaine, selon le
traditionaliste
Diario de la Marina : aggravation de la récession; diminution du
revenu national, de la recette fiscale, des exportations et des importations avec déficit
de la balance internationale des paiements; baisse du revenu total du sucre
[3].
L’énumération statistique importe moins que les manifestations d’une inquiétude provoquée par les effets du contingentement et de son écho dans l’opinion
publique, répercuté par le principal organe de la grande presse de l’île. Mais tous les
indicateurs économiques vont effectivement dans le même sens
[4] et montrent pour
les deux années suivantes (1954-1955) une aggravation de la baisse et une détérioration générale.
Il s’y ajoute un accroissement du chômage. 1955 a été l’année de la zafra la
plus courte de la décennie : 69 jours
[5] au lieu de 90 ou 100 habituellement.
Que faire ? « Faire concurrence ou périr », proclamait un éditorial de la revue
patronale
Cuba económica y financiera en 1952
[6]. En attendant, on pouvait commencer par essayer de faire supporter par d’autres le poids des difficultés. Depuis
un certain temps, on ne versait plus aux travailleurs du sucre un salaire appelé différentiel, qui avait fait l’objet d’une convention collective dans les années 1940. Mais
face à une classe ouvrière traditionnellement combative et dans un contexte de récession économique, c’était une mesure difficile et même dangereuse. Une grève violente à la veille de la zafra de 1956 aboutit au rétablissement, au moins partiel, du
différentiel. On ne pouvait donc compenser la diminution des rentrées par un surtravail et une surexploitation.
On aurait pu tenter, comme le patronat le proposait au chef de l’État, de « promouvoir un développement économique immédiat par d’autres voies »
[7], c’est-à-dire les cultures non sucrières et l’industrialisation. On pourrait ainsi donner du
travail et produire au lieu d’importer.
Mais les pays acheteurs de sucre étaient aussi vendeurs à Cuba pour une valeur
égale et, si Cuba se mettait à produire des biens de consommation au lieu d’importer,
il n’y aurait plus moyen d’écouler le sucre. Sous le titre « Nouvelles attaques injustes
contre Cuba »
[8], la revue du patronat donnait un exemple. Un sénateur américain,
Frank Carlson, exhortait le Congrès à diminuer la quote-part d’importation du sucre
cubain sous prétexte que Cuba avait annoncé la construction de deux moulins à
farine, ce qui entraînerait la diminution des achats de farine américaine par Cuba.
Si ce point de vue l’emporte, disait la revue, Cuba « doit se résigner au gel de son
économie, d’un côté en raison de la limitation du quota sucrier américain et de la
concurrence mondiale, et, de l’autre, afin de conserver sans aucun changement son
marché intérieur au bénéfice des exportateurs étrangers »
[9]. C’était bien ce qui se
passait. Par ailleurs, la bourgeoisie du sucre n’avait aucun intérêt à des changements
sur le marché intérieur qui auraient mis en danger ses ventes à l’extérieur. Ainsi, la
voie du développement de nouvelles cultures et de l’industrialisation au lieu des importations était fermée.
N’ayant pas le choix, la bourgeoisie opta pour une concurrence agressive sur
les marchés extérieurs, en y lançant tout le sucre que l’on pouvait produire. Il fallait
alors revenir aux zafras libres, au risque de voir chuter les prix. Mais il y avait peut-être
moyen de sortir du cercle des acheteurs traditionnels et, dans le cadre de la guerre
froide, de tenter un échange avec les pays socialistes ou avec d’autres pays en voie
de développement. Le pari était risqué, mais il n’y avait pas d’autre voie : le contingentement des zafras menait à l’asphyxie. De toutes façons, il fallait d’abord écarter
des obstacles politiques; mais quand le renversement de la dictature y parvint,
l’audace tardive des propriétaires fut engloutie dans le tourbillon de la révolution.
Cependant le contingentement des zafras était apprécié sur les marchés extérieurs; il maintenait l’île dans la passivité face à ses concurrents. En particulier, les
producteurs de betterave et de canne à sucre américains renouvelaient chaque année
leurs attaques contre le quota attribué au premier fournisseur. C’est ainsi que, dès
les années 1940, un auteur cubain classique avait parlé de « la betterave ennemie »
[10].
L’expansion de la politique sucrière était contrariée non seulement par le contingentement des zafras, mais aussi par la Convention internationale de Londres, en
vigueur de janvier 1954 à décembre 1958. C’était une entente de la plupart des
pays producteurs de sucre pour se partager le marché mondial. Ses défenseurs prétendaient éviter ainsi les conséquences funestes de la concurrence et les hasards
d’une offre et d’une demande incontrôlées, en vue de garantir à chaque pays le
placement d’une quantité minimum de sucre et d’empêcher la chute des prix internationaux.
La Convention de Londres venait ainsi s’articuler sur le contingentement des
zafras. La quantité de sucre à produire était déterminée, outre une petite part pour
la consommation intérieure, par la somme du tonnage fixé par le quota américain
et du tonnage attribué à Cuba par la Convention de Londres. Renoncer à la concurrence pouvait procurer une modeste sécurité. Pourtant cette modeste sécurité n’a
pas apporté les résultats escomptés par les défenseurs de l’accord international. Les
prix du sucre ont baissé en 1954-1955 dès le début de leur application. Et, par
rapport à la période 1951-1953, la part de Cuba sur le marché mondial a diminué
de 16,8 % en 1954-1957
[11].
« C’est nous qui permettons
à votre pays de produire »
Contre la Convention de Londres et le contingentement des zafras, les critiques
ont redoublé, venues des horizons les plus divers : du Troisième Forum National du
Sucre qui réunissait en 1955 à l’Université de La Havane des grands propriétaires,
des colons (petits et moyens cultivateurs de canne), des techniciens, etc.
[12], de la
revue d’actualité
Bohemia
[13] et de la revue patronale
Cuba económica y financiera
[14]. Celle-ci résumait ainsi la situation :
Des zafras toujours plus restreintes, une augmentation constante de la production à
l’extérieur, la baisse des prix sur tous les marchés et une convention internationale qui
nous met la corde au cou contribuent à donner au marché américain une importance
vitale. Aussi la défense de ce marché est un impératif économique et social [15].
La revue parle de « défense », car le quota américain est menacé. Elle titre
encore : « Les betteraviers américains et la bataille des quotas ». Pourquoi cette
bataille, en quoi consistait-elle ? Le Département de l’Agriculture devait affecter à
l’ensemencement de la betterave 34 306 680 hectares dans vingt États américains
(soit 67 % du territoire et 40 % de la population), en y lançant une campagne publicitaire sur le thème : « Américains, consommez le meilleur, le sucre américain »
[16].
« On n’a pas manqué d’être surpris ici », disait encore la revue patronale, « et pas du
tout agréablement, en découvrant que l’aide américaine encourage la culture de la
canne à sucre en plusieurs points de l’hémisphère occidental, en Orient et en Afrique,
tout en favorisant celle de la betterave dans les pays de la zone tempérée. Et depuis
que l’éminent sucrier M. Kemp a levé le voile, il y a quelques jours, devant le Sugar
Club de New York, on commente le fait à Cuba avec une amertume évidente »
[17].
La bourgeoisie du sucre était ébranlée, au bord de la rupture. Dans l’autre camp,
un sénateur entrait en lice, Allen J. Ellender, élu de Louisiane, qui n’hésitait pas à
exprimer dans Bohemia :
Comme les Cubains doivent défendre leurs intérêts, je dois défendre ceux de mes
électeurs. Je représente au Sénat américain une vaste zone productrice de sucre.
Et je dois demander ici tout ce qui peut lui profiter. Cuba a trop produit [...], c’est nous
qui permettons à votre pays de produire [18].
Insolente, la dernière phrase n’en était pas moins vraie; il fallait demander la
permission au voisin du Nord avant de donner le feu vert au sucre. A quoi servirait-il
de produire si le principal client refusait d’acheter ? Et celui-ci, par l’intermédiaire du
sénateur, avertissait les Cubains : vous avez trop produit. Pourtant on n’était plus en
1952, en zafra libre, mais en 1955, en pleine restriction. Mais les Cubains payaient
encore leurs fautes anciennes, en écoulant sur le marché mondial les excédents de
cette zafra libre de 1952. C’était un facteur aggravant la détérioration de l’économie.
La production des années 1950 était en hausse par rapport aux années précédentes, mais elle restait du même ordre que 30 ans auparavant. Ainsi, de 1925 à
1930, la moyenne annuelle de la production de sucre était de 4 749 800 tonnes et,
de 1953 à 1958, de 4 981 500 tonnes
[19]. Il s’agit plutôt d’une stagnation, alors
qu’au cours de ces 30 années la population, malgré l’arrêt de l’immigration, loin de
stagner, s’est accrue d’environ 70 %
[20].
Pour un pays de monoculture non industrialisé dont les importations de biens
de consommation étaient fonction de ses ventes de sucre, c’était davantage de bouches à nourrir et moins à leur donner à manger. Pour un pays dont la principale
source de travail était la zafra, c’était davantage de bras disponibles et rien à leur
donner à faire. La dernière zafra libre (1952) et la première zafra restreinte (1953)
coïncident avec deux événements cruciaux dans la vie politique de Cuba. En 1952
– le 10 mars, alors que se terminait la zafra de l’année –, se produit le coup d’État
de Fulgencio Batista qui s’empare du pouvoir. En 1953 – le 26 juillet –, Fidel Castro
s’insurge contre la dictature en prenant d’assaut les casernes de Moncada et Bayamo,
ce qui marque le début de la lutte armée contre Fulgencio Batista. Ainsi, le programme révolutionnaire critiquait énergiquement la politique économique imposée
par ce dernier. C’est pourquoi la restriction détermina la chute dans la production à
partir de 1953, sans dépasser jusqu’en 1959 les cinq millions de tonnes, 1955 ayant
été la plus mauvaise année, quand la zafra n’avait représenté que 69 jours de travail
pour les ouvriers, sans offrir pour autant de bonnes affaires à la bourgeoisie. Cette
année-là, avec 4 404 000 tonnes, la production atteignit son niveau le plus bas de
la décennie
[21]. C’est juste après cette zafra qu’ont été publiées les déclarations
menaçantes du sénateur Allen J. Ellender.
Devant le blocage de la part cubaine sur le marché mondial par la Convention
de Londres, on ne pouvait espérer qu’une élévation du quota américain en fonction
de la demande aux États-Unis. Mais ces quotas étaient attribués en quantité et comportaient un droit à conserver la proportion de la demande américaine couverte par
cette quantité. Cette proportion avait atteint plus de 90 % de la demande américaine,
puis elle avait diminué et se montait à 43,20 % en 1956. Mais cette même année,
on annonce une augmentation du quota... avec une diminution de la proportion, qui
baisse à 29,59 % pour cinq ans à partir de 1957, soit 13,61 %
[22].
On pouvait y voir la main des concurrents qui allaient récupérer ce qui était
enlevé aux Cubains et en particulier celle des betteraviers américains, qui défendaient
leurs intérêts au cœur de l’organe de décision, le Congrès des États-Unis. Il suffit de
comparer l’évolution de la production betteravière américaine et celle des achats de
sucre à Cuba. De 9 385 000 tonnes pour les années 1947-1952, la production
américaine monte à 11 952 000 tonnes pour les années 1953-1958, soit une augmentation de 17,71 %, tandis que les ventes de sucre cubain sur le marché américain
baissent de 16 810 700 tonnes pour les années 1947-1952 à 15 680 800 tonnes
pour les années 1953-1958, soit une baisse de 6,72 %
[23].
Comme le déclarait le rapport de la Banque Internationale de Reconstruction
et de Développement : « Peu de pays dépendent autant que Cuba de leur commerce
extérieur ». La situation était insupportable – et supportée – tant que les affaires
restaient prospères. Mais quand arrive le temps des vaches maigres, la voix des
grands propriétaires se fait entendre et la critique hausse le ton contre le contingentement de la zafra, contre la Convention de Londres, contre les mesures prises aux
États-Unis et pour l’ouverture de nouveaux marchés. L’un de ces grands propriétaires
se félicite de la vente de 200 000 tonnes de sucre à l’Union Soviétique en 1955
[24],
mais il s’agit d’une exception dans le cadre de la politique officielle. Ces critiques
convergent contre le gouvernement qui contingente les zafras, signe la Convention
de Londres et reste passif devant les États-Unis, celui de Fulgencio Batista, qui exerce
une dictature militaire depuis le coup d’État de 1952.
Déjà dans les années 1940, un auteur classique cubain, Fernando Ortíz, parlait
de « guerre des sucres »
[25]. Mais ces sucriers cubains de la canne, qui voyaient une
issue dans la concurrence avec les betteraviers américains, avaient-ils accumulé
comme classe la puissance nécessaire à cette entreprise ?
Certainement, si on ne mesure pas cette puissance à l’expansion de la production sucrière, devenue stagnante au XX
e siècle, mais à l’« expropriation » par la bourgeoisie cubaine des capitaux américains. Ceux-ci, et d’autres d’origine étrangère,
après la vente des sucreries moins bien outillées et moins rentables, se sont réinvestis
dans d’autres domaines comme l’élevage. Ainsi, en 1939,55,07 % de la zafra provenaient d’investisseurs espagnols, canadiens, hollandais et français; mais en 1958,
62,13 % de la zafra proviennent de capitaux cubains et 36,65 % de capitaux américains (le reste venant d’investisseurs espagnols et français)
[26].
Ces chiffres montrent bien que les capitaux américains abandonnaient la partie
la moins rentable de leurs investissements dans le sucre. Mais ils montrent en même
temps que la bourgeoisie cubaine du sucre, achetant à basse rentabilité sans ignorer
les risques d’une concurrence américaine de productivité supérieure, parie « à la
baisse », c’est-à-dire en faveur du sucre. Cette attitude aboutit à la zafra géante de
1952, mais elle va plus loin. Même pendant les mauvaises années sur le marché
mondial, quand les zafras sont contingentées dans l’île, la demande s’accroît. Pourquoi la bourgeoisie cubaine veut-elle accaparer davantage de sucreries dans des conditions si défavorables ? Pourquoi ne suit-elle pas l’exemple des capitaux américains
en investissant dans d’autres domaines ?
Tourbillon révolutionnaire ?
On ne l’a su qu’après
Plus du tiers du sucre de l’île restait au pouvoir du capital américain. En période
de « cubanisation » et de luttes pour le marché, le concurrent principal était le capital
américain, qu’il soit investi dans la canne sur place ou dans la betterave dans son
pays d’origine. Il était mal vu en raison des franchises dont il jouissait sur le sol cubain
et de sa situation privilégiée pour choisir la meilleure rentabilité, plus favorisée encore
sous le gouvernement Batista qui répartissait inéquitablement les contingents à moudre.
TABLEAU 1
DE LA ZAFRA LIBRE A LA ZAFRA RESTREINTE
TABLEAU 1 : DE LA ZAFRA LIBRE A LA ZAFRA RESTREINTE
Descrip- Quantité Pour- Ventes Excédent Jours de Pour-Année tion en tonnes centage extérieures non vendu travail centage
Ultime
1952 zafra libre 7 012 000 4 849 000 30,60 % 100
record (estimation)
1955 Restriction 4 404 000 - 26,94 69 - 31
Nota : On a recours à la zafra la plus haute et à la zafra la plus basse de la décennie en question
afin de mieux mettre en évidence le déséquilibre. De toutes façons, la comparaison entre les
chiffres moyens de la période 1947-1952 et de la période 1953-1958 donne une différence en
faveur de la première période de 21,14 % fort significative. Il en va de même en ce qui concerne
les jours de travail où la différence estimée est de 24,15 % sur les mêmes périodes. Sources
déjà citées.
TABLEAU 2
PROPORTIONS DES VENTES CUBAINES SUR LE MARCHÉ MONDIAL
ET DES VENTES CUBAINES ET PRODUCTION DOMESTIQUE
PAR RAPPORT AU MARCHÉ AMÉRICAIN
TABLEAU 2 : PROPORTIONS DES VENTES CUBAINES SUR LE MARCHÉ MONDIAL
ET DES VENTES CUBAINES ET PRODUCTION DOMESTIQUE
PAR RAPPORT AU MARCHÉ AMÉRICAIN
Marché Marché
américain américain
Années Marché Années Quota Années Produc-mondial Crois- Diffé- tion Ventes
sance rence domes- cubaitique nes
1951- Depuis 1947-1953-16,80 1957 43,20 29,59-13,61 1952
17,71-6,76
1954- 1953-1957 1958
Aussi un groupe de propriétaires forma-t-il pour sa défense un Comité Exécutif
de Petites Sucreries Cubaines, réclamant « le même traitement que les intérêts étrangers qui jouissent de privilèges »
[27] et réitérant les critiques adressées à la politique
sucrière officielle et à l’attitude non solidaire de l’Association Nationale des Propriétaires
[28].
Le développement capitaliste avait été étendu à l’île en fonction d’une division
internationale du travail qui faisait vendre au moins la moitié de la mono-production
sucrière à un seul pays, le voisin du nord. Cette relation de type bilatéral était menée
en fait par une seule des parties, les États-Unis. Il y avait eu transfert du pouvoir de
décision, mais non-reddition inconditionnelle. Héritiers de cette situation, les propriétaires devaient se battre et ils pouvaient encore provoquer des contradictions.
Ainsi, la bourgeoisie cubaine investissait dans le sucre, tandis que les États-Unis diminuaient, de rajustement en rajustement, les proportions du quota attribué à l’île,
jusqu’au renversement de 1956.
D’où les protestations, parfois furieuses, des propriétaires. Ils n’avaient pas été
les premiers et ils n’étaient pas les seuls à se manifester. La demande de changements
dans la politique économique était générale et insistante. De la classe ouvrière à tous
les secteurs de la bourgeoisie, en passant par les autres producteurs et intermédiaires
de la ville et de la campagne, tous avaient leur part dans la détérioration de la situation
économique, mais le sucre les concernait tous.
Les propriétaires, à l’appui de leurs thèses, arguaient du mécontentement général. Ainsi, un grand propriétaire de sucreries, exprimant son désaccord avec le contingentement des zafras, évoquait dans le même sens l’opinion de divers acteurs sociaux
du voisinage : les colons (paysans cultivateurs) qui le fournissaient en cannes, les
ouvriers de machine et les commerçants de la circonscription
[29]. On retrouve facilement dans le reste de la presse commerciale, dans la mesure où elle peut s’exprimer
sous une dictature, la protestation exprimée du point de vue des intérêts particuliers.
La pression sociale était forte, manifestée notamment par la grève générale du sucre
à la veille de la zafra de 1956.
Même privés de l’initiative sociale, les grands propriétaires ne se voyaient pas
encore menacés dans leur situation dominante. Ils auraient pu alors utiliser le tourbillon des années 1950 pour appuyer leur projet d’une concurrence aggressive à
l’extérieur. Tourbillon « révolutionnaire », mais on ne s’en rendit compte que par la
suite. Pour l’heure, il paraissait un simple tourbillon et la bourgeoisie du sucre ne le
redoutait pas. Comme au temps de la colonie, le grand propriétaire se voyait jouer
les premiers rôles et il continuait effectivement à les jouer. Il avait lancé un slogan
repris dans les médias et sa « grande presse », dans la rue et même dans les chansons
à la mode : sans sucre, pas de pays. Comme le sucre avait un maître, le raisonnement
était clair pour tous : le sucre devenait le destin de la nation et la bourgeoisie sa
condition nécessaire.
Rien de plus cubain que le sucre et, le propriétaire étant son maître, rien de
plus cubain que le propriétaire. Tout le reste suivait un schéma monotone : cannes,
sucreries, esclaves d’hier ou ouvriers d’aujourd’hui, terres, chemins de fer, ports. Le
grand propriétaire se sentait possesseur de tout ou, pour le moins, tout servait à ses
fins. Sans sucre, pas de pays : telle était sa philosophie. Ce qu’il fallait, c’était redresser la tête, s’adresser aux betteraviers américains; autrement dit, une concurrence
agressive. Tout allait dans ce sens et le mot d’ordre fut donné officiellement lorsque
le patriarche du sucre, le plus grand producteur, non seulement de l’île, mais du
monde entier, entra en lice.
Il s’agissait de Julio Lobo, celui-là même qui protestait contre le contingentement des zafras au nom de ses colons, des ouvriers des sucreries et des commerçants
des alentours. Il avait l’intelligence de ranger la nation tout entière derrière le grand
propriétaire. Mars 1958, trois grèves, des poussées insurrectionnelles, lutte armée
contre la sierra, la guerre civile va bientôt ébranler le pays d’un bout à l’autre : il faut
faire un pas en avant. C’est alors que Julio Lobo va rencontrer les betteraviers chez
eux.
Le New York Herald Tribune trace ainsi son portrait :
A Cuba, où le sucre est tout et, plus que tout le reste, synonyme de nation, M. Lobo
est simplement « Julio » pour les hommes d’affaires, les chauffeurs de taxi et les milliers
d’employés de ses onze sucreries. Internationalement, c’est le roi du sucre [...]. Pour
ses ennemis, sa seule existence est une violation des limitations internationales imposées aux cartels. Mais, comme on dit en affaires, « business alone is not a crime » [30].
Cet homme sort du silence gardé pendant quarante ans d’activité dans les affaires et entre publiquement en lutte. Il aurait pu facilement se payer un pavé ou une
page publicitaires, mais il accorde une interview personnelle, avec toute son autorité,
non dans un journal cubain, mais dans le
New York Herald Tribune
[31]. Il s’adressait ainsi aux Américains.
Il venait d’acquérir des sucreries d’une valeur de 24 500 000 dollars, avec un
chemin de fer, des usines, etc.
[32]. Il déclarait : « Il faut moderniser ou mourir », ce
qui veut dire en bon français : diminuer les coûts pour conquérir des marchés et
relancer la concurrence. C’est une autre façon de dramatiser l’alternative connue :
« faire concurrence ou périr ». Mais, comme les possibilités techniques restaient limitées, pour être concurrentiel, il fallait produire à pleine capacité et tout lancer sur le
marché, c’est-à-dire en revenir aux zafras libres. Julio Lobo le disait en d’autres
termes : « Nous sommes fermement convaincus que l’on peut aujourd’hui relever le
défi du sucre par une augmentation de la consommation, au lieu d’une diminution
de la production »
[33].
C’est ce texte que la revue patronale cubaine choisit de citer en y ajoutant ce
commentaire :
C’est précisément la position adoptée depuis de longues années par Cuba económica
y financiera. Ce n’est pas en contingentant les zafras ni en défendant exclusivement
le prix qu’on rend davantage service à notre industrie sucrière. Ces deux systèmes ont
des résultats négatifs, à court et à long terme, puisqu’une moindre production entraîne
un coût plus élevé par unité et donne aux autres pays une meilleure occasion d’augmenter leur capacité [34]...
Les manifestations de mécontentement de la bourgeoisie du sucre se bornent-elles à des déclarations ou bien se traduisent-elles par des faits, en particulier dans
le domaine des réinvestissements ? Les grands propriétaires furent accusés de préférer de prudents réinvestissements dans l’immobilier à Miami ou à New York et en
bons du gouvernement fédéral américain, ou la thésaurisation de dollars dans les
banques étrangères
[35]. C’est peut-être ce qu’ils auraient choisi, plutôt que d’investir
dans des industries non sucrières. Mais au cours des deux dernières décennies, la
tendance générale était à l’expansion : la « cubanisation » des investissements étrangers dans le sucre a presque triplé pendant cette période la capacité productive. Il
s’agit bien d’un
attachement au sucre qui, dans la situation critique des années
1950, pouvait déclencher une concurrence originale, en attaquant sur les marchés
les betteraviers américains.
Mais une autre guerre, plus dure que celle du sucre, ébranlait alors le pays
depuis les montagnes de la province d’Oriente, où se renforçait la guérilla sous la
conduite de Fidel Castro. Précisément le même numéro du New York Herald Tribune où Julio Lobo avait lancé son défi aux betteraviers traitait de la lutte armée :
La guerre totale commencera le 1er avril, disent les rebelles cubains conduits par Fidel
Castro, dans un ultimatum adressé à la dictature du Président Fulgencio Batista. Cette
audacieuse déclaration de « guerre totale » peut apparaître comme une opération de
propagande, quand on voit la relative faiblesse des groupes armés dans les montagnes
de la province d’Oriente. Cette proclamation doit pourtant être prise au sérieux, du
fait que les rebelles se sont battus avec ténacité contre les troupes de Batista et que
leur esprit révolutionnaire paraît avoir rapidement et profondément pénétré Cuba [36].
Le journal américain ne se trompait pas. La puissance de la guérilla ne se
mesurait pas à ses effectifs, mais au soutien croissant qu’elle recevait, même des
groupes de la bourgeoisie non sucrière, surtout dans la province d’Oriente. Et
l’ensemble de la population ne souffrait pas seulement de la détérioration de la situation économique, mais de la rigueur d’une dictature. Le cycle protestationrépressionprotestation s’intensifiait, la dictature accentuant toujours plus la répression tandis que le peuple persistait dans sa riposte.
L’attention de la bourgeoisie du sucre fut enfin attirée. Ce Fidel Castro, Robin
des Bois des montagnes d’Oriente, pouvait rapidement succéder à Fulgencio Batista
et il avait l’audace qui faisait défaut à l’homme du contingentement des zafras, de la
signature de la Convention de Londres et de la passivité des betteraviers américains.
L’affrontement militaire décisif approchait et il fallait rassembler toutes les forces
sociales capables de barrer la route à la dictature, même au prix d’un certain recul dans
le programme. Les grands propriétaires n’auraient pas gardé une neutralité favorable
à la révolution si celle-ci avait préconisé des nationalisations. Aussi, après les déclarations de Julio Lobo et de Fidel Castro dans la presse
[37], un pacte est signé qui
concrétise la formation d’un front politique contre Batista. Son texte marque à la fois
un recul du programme et une volonté unitaire, sur fond de « guerre du sucre » et de
guerre civile à la veille d’un affrontement décisif dans la Sierra Maestra.
Ce n’est pas sans mal que les diverses parties prenantes parviennent à l’accord
du 20 juillet 1958, appelé Pacte de Caracas
[38], qui restera en vigueur jusqu’à la
chute du régime. Malgré des absences parmi les signataires, il constitue le document
principal de l’unité des forces d’opposition. A côté de Fidel Castro figuraient des
représentants des courants politiques traditionnels, comme Carlos Prio Socarras –
le président déposé par le coup d’État de 1952 – et des personnalités sans parti.
Des noms liés aux milieux d’affaires de l’île avaient leur importance au moment où
il fallait élargir le front contre la dictature
[39]. Le Pacte de Caracas faisait appel à
la nation entière et mentionnait expressément les grands propriétaires.
Cet appel intervenait au moment où la bourgeoisie du sucre essayait de plus en
plus de donner une expression politique à ses perspectives économiques. Mais la
situation prit brusquement un tour dramatique : en décembre 1958, la guerre civile
s’étend de la Sierra Maestra dans l’est jusqu’au centre du pays, empêchant de procéder à la zafra. Devant ce danger, la bourgeoisie du sucre, unanime, balaie toute
hésitation : que Batista tombe.
Deux de ses partisans, qui avaient occupé de hautes charges au gouvernement,
nous ont laissé un récit non dépourvu d’ironie et d’amertume, de ces dernières semaines de 1958 à l’Association Nationale des Propriétaires :
Avec un patriotisme inhabituel, on discutait pour savoir s’il fallait ou non exiger du
Président Batista qu’il renonce à sa charge. On décrivait la situation et on cherchait
comment se place aux mieux aux côtés de la révolution, avec des paroles de ce genre :
« Messieurs, la révolution est un fait. Nous ne devons pas nous tenir éloignés de ceux
qui ont appelé à prendre le pouvoir ». Certains, plus malins, se découvraient depuis
un moment déjà en contact avec le mouvement du 26 juillet. D’autres, plus compromis
avec le gouvernement, se justifiaient en disant : « Nous n’allons pas conspirer contre
Bastita, mais seulement protéger nos intérêts, qui sont ceux de la nation » [40].
Fulgencio Batista pouvait alors penser qu’il n’y avait désormais personne pour
le soutenir. Pourtant, quelques jours avant sa chute, le sénateur américain Allen
J. Ellender, en visite à La Havane, déclarait à la presse qu’il était résolument en
faveur de Batista et contre Fidel Castro qu’il traitait de « bandit »
[41]. Ce sénateur
était le défenseur des intérêts de ses mandants, les betteraviers américains...
Pour parvenir à ce moment historique, nous sommes partis du contingentement
du sucre avec le mécontentement qu’il a suscité et du coup d’État de Batista. Les
exigences de la guerre froide ont appelé « l’homme fort » pour remplir une tâche
dont aucun gouvernement civil n’aurait été capable : mener les Cubains à se résigner
aux dommages causés par la récession du sucre. La rencontre entre une augmentation de l’offre du sucre sur le marché mondial et la zafra géante de 1952 avait
entraîné une nouvelle politique économique dans l’île : le contingentement du sucre.
Le contingentement du sucre, c’est en somme une série de mauvaises récoltes,
dont on ne peut pas rendre la nature responsable, mais où le marché mondial agit
sur le pays avec autant de force que la nature. C’est une période de décompensation
dans le rapport entre l’île et le marché mondial.
Mais, une fois encore, le sucre a commandé, quand ses fils – ces millions de
Cubains qui, d’une façon ou d’une autre, entraient dans le circuit en apportant leur
force de travail – ont renversé Batista et quand les grands propriétaires, alors maîtres
du sucre, ont abandonné le dictateur dans sa chute. Mais, on le sait, la dynamique
du processus révolutionnaire ne s’est pas arrêtée là. La situation à Cuba à la prise
du pouvoir par l’Armée Rebelle a permis non seulement la défaite de la dictature
mais aussi l’écroulement de la structure économique sur laquelle elle reposait. La
bourgeoisie du sucre a été expropriée et Cuba est devenu le premier pays socialiste
du continent américain, soutenu par l’Union soviétique. Les grands propriétaires ont
alors pu s’interroger sur ce que Hegel appelle la ruse de l’histoire : des actions orientées vers une fin se retournent dans une direction opposée et leurs auteurs se trouvent
bien attrapés.
[*]
Chercheur en sciences politiques et sociales à l’Université Autonome de Puebla (Mexique).
[(1)]
Anuario azucarero de Cuba, 1959, in H. THOMAS,
Cuba or the pursuit of freedom, Londres,
Eyre and Spottiswoode, 1971, p. 1564 (édition revue : Londres, Da Capo, 1998).
[(2)]
Instituto Cubano de Estabilización del Azúcar,
Compilación Estadística, 19 ??. M. GUTELMAN,
L’Agriculture socialisée à Cuba, Paris, Maspero, 1967, p. 38.
[(3)]
J.A. GUERRA, « La industria azucarera cubana : 1932-1957 »,
Diario de la Marina, 15 septembre
1957. R.C. BONILLA,
Política azucarera (1952-1958), México, Editora Futuro, 19 ??, p. 69. Les prix du
sucre sont donnés en centimes de peso cubain par unité de poids (la livre anglaise).
[(4)]
« Ingreso nacional cubano (1952-1958) »,
Cuba económica y financiera, 1959, vol. 34, n
o 404,
p. 15. R.C. BONILLA,
Política azucarera (1952-1958),
op. cit., p. 185.
Anuario azucarero de Cuba,
1959,
op. cit.;
Compilación estadística,
op. cit., p. 38-39. « El intercambio cubano-americano »,
Cuba
económica y financiera, 1958, vol. 33, n
o 386, p. 3. Sources dans M. WINOCUR,
Cuba : sucre, café et
révolution, Paris, Hachette, 1975 (microfiches).
[(5)]
Primer fórum nacional sobre la reforma agraria, séptima sesión, A. NUN
Ëœ EZ JIMÉNEZ,
La ley de
reforma agraria y su aplicación, La Havane, 1959, p. 7.
[(6)]
« O competimos o perecemos »,
Cuba económica y financiera, 1952, vol. 27, n
o 318, p. 3.
[(7)]
« Exposición de las clases económicas al jefe de estado »,
Cuba económica y financiera, vol. 27,
n
o 320, novembre 1952, p. 21-22.
[(8)]
« Nuevos ataques injustos contra Cuba »,
Cuba económica y financiera, 1957, vol. 32, n
o 373,
p. 8.
[(10)]
F. ORTIZ,
Contrapunteo cubano del tabaco y del azúcar, La Havane, Consejo Nacional de
Cultura, 1963, p. 521. Publié pour la première fois en 1940.
[(11)]
« El convenio azucarero internacional para 1959-1963 »,
Cuba económica y financiera, 1958,
vol. 33, n
o 393, p. 31-32. Cf.
Política azucarera (1952-1958),
op. cit., p. 178-179.
[(12)]
M. CUETO, « Problemas de la industria básica cubana. Figuras, trabajos y acuerdos del III Fórum
nacional azucarero »,
Bohemia, n
o 51,18 décembre 1955, p. 98-100 et 170-172.
[(13)]
B. CASAS, « Un análisis de la situación azucarera. La restricción azucarera es un essor que nos va
a traer desastrosas consecuencias »,
Bohemia, 16 avril 1953, n
o 16, p. 16 et 84-86. J. PARDO LLADA,
« Azúcar, politiquería y especulación »,
ibid., 21 août 1955, n
o 34, p. 72.
[(14)]
B. CASAS FERNÁNDEZ, « Es factible la zafra libre »,
Cuba económica y financiera, 1955, vol. 30,
n
o 347, p. 41-43. L.J. ABALO, « Ensayos de pronóstico económico. Las necesidades y posibilidades futuras de la economía nacional »,
Cuba económica y financiera, 1955, vol. 30, n
o 353, p. 11-14. J. DE
D. TEJADA SAINZ, « Opio para azucareros »,
Cuba económica y financiera, 1955, vol. 30, n
o 352,
p. 35-36. « Nuevos motivos de inquietud »,
Cuba-zúcar, avril-mai 1957. « Opiniones azucareras internacionales »,
Cuba económica y financiera, 1955, vol. 32, n
o 374, p. 43. B. Casas Fernandez, A. Suero
Falla, F. Fernández Casas, L. Mendoza, s’affirmaient opposés à la politique sucrière officielle, ils étaient
propriétaires d’une ou plusieurs raffineries de sucre.
Cuba económica y financiera, Bohemia, Prensa
libre.
[(15)]
J. DE D. TEJADA SAINZ, « La defensa de la cuota azucarera de Cuba en los Estados Unidos. Un
poco de historia y una pauta »,
Cuba económica y financiera, vol. 39, n
o 343, octobre 1954, p. 20.
[(16)]
J. DE D. TEJADA SAINZ, « Los remolacheros americanos y la batalla de las cuotas »,
Cuba económica y financiera, vol. 29, n
o 344, novembre 1954, p. 45.
[(17)]
Cf. « El intercambio », n
o 4.
[(18)]
V. CUBILLAS Jr. « Sensacional ! Exclusivo ! Habla el enemigo n
o 1 de Cuba. Los cubanos defienden
sus intereses. Yo defiendo los de mis electores »,
Bohemia, 6 mars 1955, n
o 10, p. 30-32 et 97. « Azúcar.
Cambio de táctica »,
ibid., n
o 12,20 mars 1955, p. 80.
[(19)]
H. THOMAS,
Cuba...,
op. cit., p. 1563-1564.
[(20)]
P. FERNANDEZ CIA,
Censo del anËœo 1943. Informe general, La Havane, 1945, p. 811, F. GON-ZÁLEZ Q. et J. DEBASA, « Cuba : evaluacón y ajuste del censo de 1953 y las estadísticas de nacimiento y
defunciones entre 1943 y 1958 »,
Tabla de mortalidad por sexo, 1952-1954, Santiago du Chili, Centro
Latinoamericano de Demografía, 1970, p. 29. P. FERNÁNDEZ Y CIA,
Censos de población, viviendas y
electoral. Informe general, 1953, La Havane, Oficina Nacional de los Censos Demográfico y Electoral,
1955.
[(21)]
Anuario azucarero de Cuba, 1959,
op. cit., p. 1564.
[(22)]
Política azucarera (1952-1958),
op. cit., p. 69.
[(23)]
Agricultural statistics 1958, Department of Agriculture, Washington, D.C., 1959, p. 81.
Agricultural statistics 1966, Department of Agriculture, Washington, D.C., 1966, p. 86.
Compilation statistique,
op. cit., p. 38.
[(24)]
B. CASAS FERNÁNDEZ, « Es factible... »,
art. cit.
[(25)]
F. ORTIZ,
Contrapunteo...,
op. cit., p. 94.
[(26)]
Anuario azucarero de Cuba, 1958, cité par A. NUN
Ëœ EZ JIMÉNEZ.
Geografía de Cuba, La Havane,
Editorial Nacional de Cuba, 1965, p. 287. « Primer Fórum »,
art. cit., p. 15-16. « Evoluciona la propiedad
de los ingenios »,
Cuba económica y financiera, 1953, vol. 38, n
o 331, p. 19.
[(27)]
T. DELAHOZA, « No queremos ser víctimas de los poderosos de la industria », afirma Luis de Aramas, líder del grupo de ingenios cubanos de pequen
Ëœas compan
Ëœías »,
Bohemia, n
o 36,7 septembre 1952,
p. 62-63 et 95.
[(29)]
« Opiniones azucareras internacionales. Cuba »,
Cuba económica y financiera, vol. 33, n
o 384,
mars 1958, p. 45.
[(30)]
D. STEINBERG, « Lobo dreams of benefits for Cuba in plan to modernize sugar mills »,
New York
Herald Tribune, 23 mars 1958,
Financial Business, section 2, p. 5-6.
[(34)]
« Opiniones azucareras internacionales, Cuba »,
art. cit., p. 39.
[(35)]
« Informe sobre Cuba »,
op. cit., Tome I, p. 9-10 et 22-23.
[(36)]
« Cuba rebel threat »,
New York Herald Tribune, 23 mars 1958.
[(37)]
A. ST. GEORGE, « Fidel Castro, Inside Cuba’s Revolution »,
Look, 4 février 1958 et « Why we
fight »,
Coronet, février 1958, p. 80-87. « Castro on eve of his big bid »,
Life, 14 avril 1958. « Cuba this
man Castro »,
Time, 14 avril 1958.
La Revolución Cubana, Buenos Aires, Palestra, 1960, p. 147-151.
De tous ces textes, retenons celui-ci qui est représentatif : « Notre mouvement du 26 juillet – dit Castro –
n’a jamais réclamé la nationalisation des investissements étrangers, même si moi, dans mes vingt et
quelques années, j’ai penché
personnellement pour la nationalisation des services publics. La nationalisation ne peut jamais être aussi bienfaisante qu’un investissement privé correct, créole ou étranger »
(A. ST. GEORGE, « Fidel Castro... »,
art. cit.). La nationalisation des compagnies électriques et du téléphone, propriétés de capitaux nord-américains, avait été proposée par Castro dans
La historia me absolverá, 1953.
[(38)]
Le Pacte de Caracas demandait explicitement l’union des ouvriers, des étudiants, des membres
des professions libérales, des commerçants, des industriels, des colons, des paysans et des propriétaires.
Cf.
La Revolución Cubana,
op. cit., « Documento de unión de las fuerzas oposicionistas », p. 152-155.
[(39)]
F. CASTRO,
Discours du Premier ministre du gouvernement révolutionnaire, 1
er -2 décembre
1961.
[(40)]
J. GARCIA MONTES et A. ALONSO AVILA,
Historia del Partido Comunista de Cuba, Miami, Ediciones Universal, 1970, p. 546-547.
[(41)]
« Enemigo público n
o 1 de Cuba »,
Bohemia, n
o 10,8 mars 1959, p. 19.