2001
Le Mouvement Social
L’infrabureaucratie vietnamienne au Bac Ky (Tonkin) de l’indépendance au protectorat
(fin du XIXe siècle-début du XXe siècle)
Emmanuel Poisson
[*]
Les employés des bureaux mandarinaux dans le Nord du Viêtnam constituent le « parent
pauvre » d’historiographies fascinées par la figure majestueuse du mandarin. Cet article se
propose donc de rendre compte de l’importance de cette infrabureaucratie placée entre les
mandarins et les pouvoirs villageois. Toutefois l’étude du rôle de cette dernière conduit à
s’interroger sur ses dysfonctionnements, fruits de l’ambivalence de la position des employés :
indispensables relais du pouvoir mandarinal, ils étaient sociologiquement très proches de la
notabilité villageoise.
The employees in the mandarin offices in the north of Vietnam have been relegated
to the status of « poor relation » in historiographies fascinated by the majestic figure of
the mandarin. The present article aims to assess the importance of this infrabureaucracy
situated between the mandarin and the village notables. Nevertheless, a study of the role
of this infrabureaucracy leads to a consideration of its dysfunctioning, the latter being
the consequence of the ambivalent position of the employees : at one and the same time
indispensable relays of the power of the mandarinate, and sociologically very close to the
village notables.
L’un des défis majeurs qu’a dû assumer l’État confucéen au Viêt Nam comme
en Chine a toujours été la fragilité de son articulation aux systèmes de pouvoir
locaux. Les structures tendaient en effet à se dissoudre au-dessous de la sous-
préfecture (huyên), en deçà de laquelle il y avait toujours un risque de « vide administratif ». La distance séparant, dans le monde rural, un mandarinat surimposé par
le pouvoir central des autorités villageoises largement autonomes était singulièrement
forte. On comprend mieux dès lors le rôle stratégique des secrétaires des bureaux
mandarinaux (nha môn) situés en position charnière entre le sous-préfet et les pouvoirs villageois. Le Nord du Viêt Nam (Bac Ky) offre un terrain d’observation privilégié : la précision et la richesse de ses sources d’archives de l’époque du protectorat
français permettent de dépasser les stéréotypes véhiculés par les historiographies et
d’analyser les ressorts du pouvoir des employés. Ceux-ci étaient l’indispensable relais
du pouvoir mandarinal dans les huyên, mais, issus eux-mêmes de la notabilité villageoise, ils étaient sociologiquement très proches des autorités communales et cantonales. Il est donc clair que leur position était ambivalente : cette proximité socio-logique qui était un facteur indéniable d’efficacité administrative pouvait être
également une source de dysfonctionnements. L’étude de cette strate de l’administration ne peut être effectuée qu’à la lumière d’un double comparatisme, avec le Viêt
Nam précolonial de la première moitié du XIXe siècle d’une part et avec la Chine
d’autre part. La prépondérance des employés mais aussi les dysfonctionnements des
bureaux s’inscrivent au Viêt Nam comme en Chine dans la longue durée. Le développement d’une véritable infrabureaucratie parallèle formée d’employés recrutés
localement et non rémunérés par l’administration semble néanmoins plus spécifique
de la période coloniale. Après avoir analysé les ressorts du pouvoir des employés,
nous étudierons la question du personnel irrégulier, pour réfléchir sur les blocages
et réformes des bureaux des huyên.
I. « Ceux qui gouvernent l’empire,
ce sont les clercs, les scribes
et personne d’autre »
Quelle était la place des employés subalternes dans le dispositif administratif du
Bac Ky (Tonkin) en 1896 ? L’ensemble des circonscriptions du Bac Ky était alors
administré par 1 272 fonctionnaires civils vietnamiens : 418 mandarins
(quan) et
854 employés mandarinaux
(lai). Si l’on étudie la répartition des fonctionnaires selon
leur cadre d’exercice, on obtient les chiffres suivants : les
phu et
huyên étaient administrés par 747 fonctionnaires, soit 275 mandarins et 472 employés; les provinces
par 525 fonctionnaires, soit 143 mandarins et 382 employés
[1]. Quelle était la
répartition interne (mandarins/employés) de ces 1 272 fonctionnaires réguliers ? Les
mandarins formaient le tiers et les employés les deux tiers de l’effectif administratif
du Bac Ky. Parmi ces derniers, les employés des
huyên constituaient 37 % de l’effectif et les employés provinciaux 30 %. Les employés étaient donc structurellement et
numériquement majoritaires.
Quelle était l’origine géographique de ces 854 employés ? Ils étaient majoritairement originaires du Nord : 95 % contre 5 % pour le Centre. Une analyse à différentes échelles – province, huyên, village – montre que le recrutement des employés
était très concentré. Les provinces du delta du Fleuve Rouge étaient largement prépondérantes. Elles rassemblaient, en 1896,79 % de l’effectif total contre 9 % pour
la Haute Région et 5 % pour la Moyenne Région. Au sein de cet ensemble géographique, la province de Hà Nôi représentait à elle seule 33 % de l’effectif total, soit
pratiquement la somme de l’effectif des quatre provinces suivantes : Bac Ninh (13 %),
Hung Yen (13 %), Nam Dinh (7 %) et Hà Nam (4 %). Toutes les provinces, à l’exception de Hai Duong, recrutaient de façon préférentielle leurs employés dans la province de Hà Nôi. Si l’on précise par un mouvement de focale l’origine par huyên,
alors apparaissent deux foyers : les cinq huyên périphériques de Hà Nôi – Thanh
Tri (16,6 %), Gia Lâm (8,1 %), Vinh Thuân (5,5 %), Thanh Oai (4,4 %) et Tu Liêm
(3,2 %) – concentrent 37,8 % du recrutement d’une part; le huyên de My Hào
(province de Hung Yen) fournit 8,3 % des effectifs d’autre part. Mais il convient de
se placer au niveau inférieur, le village, pour mesurer pleinement la concentration
du recrutement. Cinq « viviers » (Di Su, Ta Thanh Oai, Nhân Muc, Thô Khôi) forment
ensemble 21 % de l’effectif total des employés mandarinaux en poste au Bac Ky en
1896. La place qu’ils occupent dans les effectifs fournis par leurs huyên respectifs
est également très significative comme le montre le tableau suivant :
La tradition lettrée dont témoignent les résultats aux concours triennaux et de
la capitale dans les villages de Ta Thanh Oai et Nhân Muc explique leur place exceptionnelle dans le recrutement. Ainsi, Ta Thanh Oai, entre 1453 et 1841, compte
treize docteurs
(tien si)
[2] et 9 licenciés
(cu nhân) de son
huyên entre 1807 et
1884. Dix lettrés de Nhân Muc furent docteurs avant 1884, et vingt-deux furent
licenciés
(cu nhân) entre 1807 et 1884. Mais les relations clientélaires ne doivent
pas pour autant être négligées, sachant que Lê Hoan, l’un des grands mandarins
« pacificateurs », était originaire de Nhân Muc
[3].
Village Huyên dont dépend le village Part du village dans le recrutement
Thô Khôi (49) Gia Lâm (69) 71 %
Nhân Muc (86) Thanh Tri (142) 60,5 %
Ta Thanh Oai (19) Thanh Oai (38) 50 %
Di Su (27) My Hào (71) 38 %
La formule lapidaire de Gu Yanwu (1613-1682)
[4] citée en titre de cette partie
reste pleinement valable pour le Viêt Nam. Quatre facteurs, rappelons-le, conféraient
aux employés des
huyên un pouvoir considérable : l’expérience administrative des
subalternes, un maillage administratif lâche, l’incapacité gestionnaire de certains sous-préfets ainsi que les effets des réformes administratives et judiciaires. Si les deux
premiers facteurs rappellent le cas chinois, les deux derniers, conjoncturels, sont
spécifiques du Viêt Nam.
L’expérience des subalternes liée à leur âge et leur forte stabilité en poste constituait un premier facteur. A la différence de leur supérieur hiérarchique, le sous-préfet,
qui restait peu de temps en poste dans les mêmes lieux, les employés de bureau,
souvent plus âgés que le mandarin chef de circonscription, constituaient les éléments
stables des fonctions administratives, connaissaient les us et coutumes de la population, les problèmes de la circonscription et maîtrisaient les dossiers. Comme le notait
Dang Huy Tru en 1868, un mandarin, si intelligent soit-il, ne pouvait faire fi de
l’expérience de ses secrétaires
[5]. Ainsi en 1896 dans 46,6 % (56/120) des
huyên,
le secrétaire principal
(lai muc) était plus âgé que le mandarin dont il dépendait, le
tri huyên
[6]. Or cette différence d’âge est supérieure ou égale à dix années dans
dix-neuf de ces cinquante-six cas. Si les secrétaires auxiliaires
(thông lai) étaient
rarement plus âgés que les mandarins, les chiffres ne sont point négligeables : dans
30,8 % des cas (37/120), le mandarin était plus jeune que les
thông lai de sa circonscription. La stabilité des subalternes leur donnait donc un réel ascendant sur le
sous-préfet. Il faut à cet égard souligner une différence majeure entre l’employé et
le mandarin. La « carrière » du premier, aux perspectives très limitées, se déroulait
sur une, voire deux circonscriptions. En revanche, la mobilité géographique du
second était bien plus importante car la rapidité de son avancement en dépendait.
Le réseau formé par l’administration sous-préfectorale était très distendu,
quoiqu’à un degré moindre qu’en Chine
[7]. Si l’on rapporte le nombre de sous-préfets à celui des habitants, la responsabilité de ces mandarins apparaissait démesurée. Ceci était particulièrement vrai des provinces du delta du Fleuve Rouge en
1921 : le ratio oscille entre un sous-préfet pour 99 000 habitants pour la province
de Nam Dinh et un sous-préfet pour 36 000 habitants pour la province de Bac
Ninh
[8].
La position des subalternes a aussi été confortée par la médiocrité et la faiblesse
du grade de leur supérieur hiérarchique. La première décennie du protectorat français a vu en effet de fréquentes nominations dans le mandarinat, et plus particulièrement comme préfet ou sous-préfet, d’hommes dépourvus de diplôme et dont la
nomination récompensait la loyauté à l’égard des autorités françaises et vietnamiennes. Ainsi Hoàng Duc Phu, ancien catéchiste, dépourvu de diplôme, fut sévèrement
noté par le résident de Thai Binh qui estimait son instruction absolument insuffisante,
ce qui mettait Phu « à la merci de ses lettrés qu’il ne (pouvait) ni diriger ni contrôler »
[9], lorsqu’il fut nommé
tri huyên par intérim de Thân Khê (juillet 1890-mai
1891) puis de Thuy Anh (août 1891-juin 1893). Ce mandarin avait d’ailleurs entièrement construit sa carrière sur les recommandations du
kinh luoc Hoàng Cao
Khai
[10], du vicaire apostolique du Tonkin central, Monseigneur On
Ëœat
[11], et d’un
ancien fonctionnaire du Protectorat, Piglowski
[12]. Autre cas significatif que celui
de Nguyên Van Thiêm,
tri huyên de Yên Dung (octobre 1889-mars 1890). En effet,
Auvergne, résident de Bac Ninh, demanda en mars 1890 à ce qu’il soit remis à la
disposition du résident supérieur, dans les termes suivants :
Il était autrefois chef de coolies (quan phu) et a suivi en cette qualité plusieurs colonnes;
il a pu rendre des services, les certificats qui lui ont été délivrés l’attestent, mais il ne
connaît rien à l’administration (...). Il ne peut même pas signer et est obligé d’avoir
constamment un lettré avec lui pour lire ses lettres [13].
Le nombre de ces mandarins s’accrut en effet par suite du retrait de mandarins
diplômés des concours de l’administration et du refus de jeunes lauréats des concours
littéraires d’embrasser la carrière mandarinale. Nous ne sommes pas en mesure de
donner d’indications statistiques sur ces préfets transfuges des colonnes pacificatrices. Cependant les rapports des résidents et des mandarins provinciaux dans les
années 1890-1900 font souvent allusion à la « pénurie » des bons administrateurs
[14]. Or, si le nombre de ces sous-préfets piètres gestionnaires diminua par la
suite, il était difficile pour les autorités françaises de se séparer brutalement de ces
anciens auxiliaires de la conquête.
La prépondérance des employés s’affirmait également dans les districts de la
Haute Région dont les mandarins
(tri châu) étaient originaires d’une province du
delta du Fleuve Rouge. La majorité d’entre eux ne parvenaient pas à s’acclimater.
Sous la période coloniale comme avant la conquête française, les subalternes tiraient
parti de la passivité voire de l’absentéisme de leur supérieur hiérarchique pour régler
eux-mêmes les affaires. Ainsi comme le constatait Nguyên Dang Giai, gouverneur
des provinces de Son Tây, Hung Hoa et Tuyên Quang en 1844, il était fréquent
que certains
tri châu et
tri phu délaissent leurs circonscriptions pour séjourner pendant près de dix mois au chef-lieu des provinces, et l’administration entière était
laissée aux mains des employés subalternes
[15]. De même Dang Xuân Bang, alors
tri phu de Yên Binh (province de Tuyên Quang), écrivait en 1861 :
Parmi les mandarins des phu et des huyên, seuls ceux de Hàm Yên et de Yên Binh
occupent leurs sièges. Le surplus des administrateurs [c’est-à-dire le tri phu de Tuong
Yên, le tri châu de Chiêm Hoa, les tri huyên de Vinh Diên, Dê Dinh, Vinh Tuy et Vi
Xuyên] réside dans la citadelle de la province, la garde des yamen est laissée aux
secrétaires et aux satellites [16].
Les mandarins provinciaux de Hoà Binh affirmaient en 1908 à leur résident
qu’à la fin du règne de Tu Duc (1848-1883) l’administration du
châu de Mai Da était
confiée à des mandarins vietnamiens, qui habitaient au chef-lieu de la province [Hung
Hoa], et ne visitaient leurs administrés qu’une ou deux fois par an
[17]. Enfin, un
dernier exemple plus récent confirme le poids des subalternes : Nông Huu An, Tày,
lai muc du
châu de Binh Gia (Lang Son) de 1908 à 1914, était considéré par le
résident comme le « véritable
tri châu »
[18].
Les réformes administratives et judiciaires ont également affermi la position des
secrétaires. Si les bureaux vietnamiens furent peu à peu dessaisis de la majeure partie
de leurs attributions au niveau provincial au profit des fonctionnaires français, le
personnel vietnamien des sous-préfectures – le sous-préfet et surtout ses employés
– continua très tardivement à accomplir l’essentiel des tâches administratives comme
en témoigne cette remarque d’un administrateur français en 1921 :
Tout aboutit à la sous-préfecture [19]. C’est toujours au préfet ou au sous-préfet que
ces services (généraux) finissent par s’adresser par l’intermédiaire du résident pour tout
ce qui a trait à leurs relations avec la population [20].
Avant la période coloniale, ce mandarin provoquait ou transmettait les nominations et mutations du personnel et surveillait sa conduite, pressait la rentrée de
l’impôt, assurait sa répartition et vérifiait les dégrèvements, accomplissait les cérémonies rituelles, encourageait l’instruction publique, veillait au recrutement des soldats, entretenait les voies de communication et rendait la justice. Quel rôle jouaient
les secrétaires dans ce dispositif ? Le travail de bureau constituait la base de leur
activité. Aux employés incombait la tenue des registres comptables et des affaires
judiciaires dans les bureaux provinciaux ou locaux. Cette tâche était jugée suffisamment importante pour qu’elle soit l’objet d’une réglementation minutieuse. Le retard
dans la rédaction ou la transmission de registres était donc sévèrement sanctionné.
Ainsi Lê Cân, scribe
(thu lai) au bureau du
bô chinh de la province de Ninh Binh,
avait été condamné en décembre 1882 à cinquante coups de rotin pour avoir transmis avec retard le registre des recettes et des dépenses
[21]. Toutefois le travail de
bureau ne se limitait pas à la rédaction de registres : les scribes et secrétaires étaient
également chargés de la vérification des informations communiquées par les villages,
tâche dont on peut mesurer l’importance à travers le cas de Lê Quang Oanh,
thu
lai au bureau du
bô chinh de la province de Hung Yên, qui en 1897, au cours de
l’examen des rôles fonciers, avait découvert 30 000
mâu (10 800 hectares) de rizières dissimulées
[22]. Si le travail de bureau mobilisait l’essentiel de leur temps, les
missions sur le terrain n’étaient pas pour autant négligeables. Le mandarin assignait
ainsi à ses employés la surveillance des travaux de digues
[23] et de routes, la conduite
d’une enquête préliminaire en cas de meurtre dans un village et la confection des
rôles d’impôt.
A partir du début du XX
e siècle, en raison des réformes, le domaine d’intervention des sous-préfets s’élargit : mise en place de budgets communaux, recherche de
candidats aux licences de débitant d’alcool et d’opium; propagande à faire lors des
modifications du régime monétaire, cours forcé, émission de sapèques; organisation
et surveillance de la poste rurale; lutte contre les épidémies de choléra, la variole,
recherche des lépreux, mesures contre les épizooties. Parallèlement, les tâches traditionnelles – judiciaires, policières, militaires et fiscales – se diversifièrent et se déve-loppèrent
[24]. Les mandarins, présents sur le terrain, durent néanmoins confier une
partie de ces nouvelles missions à leurs employés. En outre, la place de l’écrit s’accrut,
en particulier dans le domaine judiciaire. Ainsi, depuis la mise en application des
réformes de 1917, les déclarations de chaque personne lors d’instructions ou
d’enquêtes devaient être consignées sur un papier particulier, « ce qui produit un
grand nombre de paperasses », selon les termes du gouverneur de la province de
Nam Dinh, Pham Van Thu
[25]. Les réformes confortèrent par conséquent le rôle
des employés.
La croissance des tâches administratives renforça corrélativement le déséquilibre interne à la sous-préfecture et à la préfecture. A la faveur des réformes, la proportion des subalternes au détriment des mandarins s’accentua fortement dans les
phu et
huyên des grandes provinces du delta du Fleuve Rouge comme en témoigne
l’évolution du ratio subalternes/mandarins dans les provinces de Hà Nôi, Bac Ninh
et Son Tây : dans chacune de ces trois provinces, on compte soixante-seize subalternes pour vingt-quatre
tri phu et
tri huyên en 1921 contre soixante-deux subalternes pour trente-huit mandarins en 1896
[26].
II. Sureffectifs et développement
d’une infrabureaucratie parallèle
Graphique 1
Évolution des effectifs des secrétaires des préfets et sous-préfets
au Nord du Viêt Nam (1896-1921)
Après avoir connu une diminution de 10 % entre 1896 et 1905, les effectifs
ont crû de 17 % entre 1905 et 1912 pour retrouver en 1921 leur niveau de 1896.
Cette stabilité remarquable traduit la résistance de l’administration locale aux tentatives de réduction des effectifs
[27]. Néanmoins une approche purement quantitative
est réductrice. Les chiffres, en réalité, masquent la présence de deux catégories de
personnel qui, absentes des statistiques établies par les autorités françaises, figurent
dans les documents d’archives : surnumérariat et « personnel occulte »
[28]. Le travail
sur archives est d’autant plus fructueux que les textes réglementaires font fi de cette
diversité. En effet, dans la pratique, les autorités du Protectorat amalgamaient ces
deux catégories, qualifiées de personnel irrégulier.
Un important surnumérariat apparaît dans les documents d’archives. Nombre
de futurs employés des préfectures ont ainsi débuté leurs carrières comme
phu biên
thông lai
[29] (secrétaire-adjoint surnuméraire),
ngoai ngach thông lai (secrétaireadjoint stagiaire). Quelles sont les raisons du développement de cette catégorie
d’employés ? Les conditions d’entrée dans l’administration étaient relativement faciles : les mandarins provinciaux et locaux engageaient, sur simple demande des intéressés, des étudiants qu’ils employaient comme agents stagiaires. En outre, ils n’exigeaient pas systématiquement que le candidat ait réussi les première et deuxième
épreuves des concours triennaux
[30]. Au terme d’une période probatoire, ils soumettaient aux autorités provinciales la titularisation de la personne. Le cas de Nguyên
Huu Lung est très représentatif à cet égard :
J’ai été employé en qualité de secrétaire-adjoint surnuméraire dans la préfecture de
Tiên Hung, province de Thai Binh. Nommé en la douzième année de Thanh Thai
(1900), je maîtrise la comptabilité (thu toan) et la rédaction des actes judiciaires (an
tu) puisque j’ai servi pendant deux ans dans cette préfecture [31].
Le concours de recrutement des employés de bureau des mandarins ne fut
rétabli qu’en 1907
[32]. Les conditions politiques ont également facilité l’entrée dans
l’administration d’hommes qui avaient été les auxiliaires militaires des Français.
L’analyse croisée des registres de 1896 et des propositions de nomination dans
l’administration
[33] formulées par les grands mandarins « pacificateurs » comme
Hoàng Cao Khai ou Lê Hoan le démontre. Il est certain que ceux-ci ont cherché à
placer leurs créatures à des postes de secrétaires.
Une deuxième catégorie de personnel, distincte des employés surnuméraires,
qui ne figure également pas dans les statistiques publiées par le Protectorat, connaît
un développement considérable au début des années 1915-1920. Les documents
d’archives la désignent sous des appellations très diverses :
nho (lettrés),
hoc tro
(étudiants), copistes, scribes, lettrés faméliques, lettrés auxiliaires non payés, lettrés
sans solde, agents temporaires, personnel occulte. L’exemple de la province de Hà
Dong illustre son importance. Les préfets et sous-préfets reconnurent le 1
er décembre
1921 lors de la conférence mensuelle des mandarins que leur personnel actuel était
insuffisant et qu’ils employaient tous des secrétaires supplémentaires non rétribués.
On peut parler de véritable
infrabureaucratie parallèle, les mandarins ayant admis
« que l’importance des écritures obligeait à entretenir constamment dans chacun de
leur poste, en plus de leurs quatre secrétaires réguliers, quatre autres secrétaires non
rétribués »
[34]. Près de vingt ans plus tard, l’ampleur de ce personnel irrégulier
restait une question très sensible si l’on en croit un reportage de Vu Trong
Phung
[35].
Dans la majorité des cas, lorsque les enquêtes sur ce personnel occulte aboutissaient, il s’avère que ces copistes étaient des parents ou amis des secrétaires réguliers ou des préfets
[36]. L’analogie avec la Chine
[37] et la continuité avec le Viêt
Nam impérial doivent ici être soulignées. L’empereur Minh Mang (1820-1840) en
1829 avait ainsi très clairement articulé l’origine géographique des employés et les
dysfonctionnements de l’administration. Il expliqua ainsi son refus d’augmenter les
effectifs des employés de deux ministères :
A l’origine, les critères de recrutement étaient en effet l’apparence, la communauté
d’origine géographique et les rapports personnels. C’est pourquoi on a nommé des
agents indignes de leur fonction [38].
Comment expliquer le développement de cette infrabureaucratie parallèle ? Les
tentatives de réduction d’effectifs les plus drastiques
[39] furent paradoxalement
concomitantes des réformes administratives et judiciaires que nous avons évoquées,
c’est pourquoi le cumul des fonctions par les secrétaires réguliers se révéla une parade
insuffisante. Prisonniers des impératifs budgétaires, les résidents chefs de province,
dans l’impossibilité de demander l’accroissement des effectifs des subalternes, fer-mèrent alors les yeux sur le recrutement par les préfets et sous-préfets d’agents
supplémentaires non rétribués.
L’interdiction répétée de 1882 à 1921 d’un tel type de recrutement exprime
la difficulté des autorités françaises et vietnamiennes à la faire respecter. Quatre
textes prohibèrent le recrutement par les mandarins d’employés irréguliers, non
rémunérés : une ordonnance de la 35
e année de Tu Duc (1882)
[40], une ordonnance de la 1
re année de Thanh Thai (1889), une décision de l’inspecteur impérial
(1897), et une circulaire de 1904 du résident supérieur au Tonkin. La citation suivante de 1922 traduit clairement les difficultés d’application :
Je [résident supérieur] vous prie de rappeler aux autorités indigènes de votre province
que l’ordonnance royale de la 1re année du règne de Thanh Thai (1889) qui interdit
l’utilisation d’agents non rétribués (nho) est toujours en vigueur [...]. Veuillez donner
toutes les instructions nécessaires pour que les phu et huyên ne tolèrent plus dans
leurs bureaux la présence de ces employés irréguliers non reconnus par l’administration [41].
La presse dénonçait également à la fin des années 1930 la corruption et les
désordres dans les villages liés à ces lettrés comme en témoignent deux articles de
Vu Trong Phung et Ngô Tât Tô (1894-1954). Ceux-ci admettaient qu’il était impossible, faute de création de postes, d’enrayer le phénomène
[42]. Mais là n’était pas
pour eux la raison essentielle : seule une prise de conscience de leurs droits par de
véritables citoyens pouvait faire obstacle à ce personnel irrégulier. Ainsi s’éclaire le
combat de ces écrivains réformateurs pour le développement de l’enseignement dans
les campagnes.
L’impossibilité de supprimer ce « recrutement à la base »
[43] selon un administrateur français en 1921 fait écho aux analyses de Pierre-Étienne Will pour la
Chine et marque une même impossibilité pour l’administration centrale de contrôler
cette infrabureaucratie
[44]. Cette tentative de contrôle obéissait à deux impératifs
que nous nous proposons d’analyser : amélioration de la compétence, lutte contre
la corruption.
III. Vers une meilleure régulation ?
1) Une difficile mutation des bureaux
Le développement d’une infrabureaucratie parallèle résulte de la conjonction
de deux facteurs : le caractère très sélectif du concours de recrutement des employés
des mandarins institué en 1907 et l’inadaptation de secrétaires trop âgés. Ces derniers, formés dans les écoles de caractères, ne connaissaient pas le
quôc ngu
[45]
ou n’étaient pas suffisamment familiarisés avec cette écriture pour l’employer avec
une rapidité suffisante et ne pouvaient s’adapter aux nouvelles méthodes administratives
[46]. Cette frange du personnel régulier n’était pas négligeable. Elle représentait pour chacune des provinces de Hà Dông, Bac Ninh et Phu Tho, 10 % de
l’effectif des employés des préfectures
[47]. C’est pourquoi ces secrétaires avaient
recours à de jeunes étudiants ayant échoué aux concours. La mutation des bureaux
des préfectures qui passait par un rajeunissement de ses cadres était difficile pour
des raisons politiques. La substitution d’un recrutement qui aurait privilégié la compétence administrative à un recrutement fondé sur la loyauté à l’égard des Français
supposait la stabilité politique. Or celle-ci ne fut jamais définitivement acquise, comme
en témoignent l’agitation antifiscale en 1908, le complot de Trân Cao Van et de
l’empereur Duy Tân en 1916 et le soulèvement en 1917 de la garnison de Yên
Bay
[48]. Ainsi s’expliquent les réticences affichées en 1921 par les administrateurs
français à se séparer brutalement de leurs auxiliaires les plus anciens, dont la carrière
avait débuté au moment de la conquête. Mais la nécessité de préserver un noyau de
subalternes d’une loyauté absolue n’était pas seule en cause. Il convenait de ménager
un groupe qui, par la nature de ses fonctions, était le mieux placé pour percevoir les
effets de la politique économique des autorités coloniales comme le remarquait crûment un résident français :
[les subalternes] sont à même de constater quotidiennement que les efforts du Protectorat aboutissaient à des réalisations de revenus toujours croissants [49].
Or ces derniers ne restaient pas inertes devant les projets de suppression
d’emplois comme le montre l’exemple de Bac Ninh en 1899 : la réduction brutale
de 80 % de l’effectif des secrétaires principaux amena ces employés à adresser une
longue lettre de protestation au chef de province
[50]. Cette crainte de l’agitation
des fonctionnaires vietnamiens et des employés en particulier conduisit les administrateurs français à entourer de précautions le départ de l’administration des subalternes : les suppressions de postes et mises à la retraite devaient être espacées; le
recours au licenciement pur et simple était très rare car il revêtait un caractère infamant. Il était susceptible en effet de leur créer des difficultés dans leur village d’origine
du point de vue de la place de préséance
[51]. La brutalité en la matière était très
souvent qualifiée d’« impolitique » par les fonctionnaires français
[52].
2) Les mécanismes de la concussion
Au-delà de l’expression proverbiale au Viêt Nam comme en Chine de la concussion des subalternes, il convient d’en décomposer les mécanismes puis d’en analyser
les causes : stabilité excessive en poste des secrétaires réguliers, enracinement des
agents non officiels et modicité de la rémunération.
L’enracinement des secrétaires réguliers dans les préfectures était très faible.
En d’autres termes, une infime minorité d’employés officiels exerçaient dans leur
préfecture d’origine : dix cas sur 718 en 1896, soit neuf
thông lai et un
lai muc.
Cela démontre que les interdictions impériales
(hôi ty) de 1834 et 1836 inspirées
de la Chine étaient encore respectées à la fin du XIX
e siècle
[53]. De telles dispositions
visaient à prévenir les liens particuliers de l’employé avec les villageois, sources de
nombreuses injustices. Mais l’on ne peut se contenter d’une telle analyse et ceci pour
deux raisons. Le respect des règlements précités ne signifiait pas que la mobilité
géographique des secrétaires réguliers était importante
[54]. L’excessive stabilité des
secrétaires, pourtant souvent dénoncée par les mandarins provinciaux et les administrateurs français, était fréquente. Par ailleurs, le personnel irrégulier, vu la nature
de son recrutement, échappait aux règlements précités : dans la majorité des cas, il
exerçait dans sa circonscription d’origine.
Le travail administratif était l’occasion, au début du XX
e siècle comme au milieu
du XIX
e siècle, de multiples ponctions illicites pour le personnel des préfectures, malgré la sévérité de la réglementation
[55]. L’exemple de la sous-préfecture de Phu
Luong dans la province de Thai Nguyên en 1912 permet de saisir les mécanismes
de la corruption. Certes, il s’agit d’un cas limite dans la mesure où quatorze villages
sur un total de vingt ont porté plainte auprès des autorités provinciales et où l’ensemble du personnel d’exécution a été muté vers une autre province, à l’issue de l’enquête
menée par le vice-gouverneur
[56]. Elle rend néanmoins compte de la diversité des
pratiques concussionnaires. Quatre situations ont été particulièrement favorables :
construction de routes, établissement du rôle de l’impôt, élection des maires
(ly
truong), recrutement des miliciens. La procédure occasionne une multiplicité de
dépenses illicites : « frais de papiers et de pinceaux »
(tiên giây but), « frais de timbre »
(tiên tem), « frais de présentation [d’une requête] »
(tiên trinh). Un siècle auparavant,
sous le règne de Minh Mang, les malversations des subalternes étaient dénoncées en
des termes analogues et dans les mêmes circonstances
[57]. Ce détour par le Viêt
Nam impérial achevé, revenons au cas de la sous-préfecture de Phu Luong. Le
tableau ci-dessous, dressé par le vice-gouverneur de Thai Nguyên, est un indicateur
de l’importance de la corruption : pour le seul établissement du rôle des impôts, les
ponctions opérées représentent l’équivalent de près de cinq mois de salaire pour le
premier secrétaire-adjoint et plus de trois mois de salaire pour le second. Cela nous
amène à considérer le ressort essentiel de la corruption, à savoir la modicité de la
rémunération des employés irréguliers.
Salaire mensuel Sommes versées indûment à l’occasion de
(piastres) l’établissement du rôle d’impôt (décembre 1911)
Secrétaire principal 12 35
Secrétaire-adjoint 6 29,5
Secrétaire-adjoint 6 21
« lettré » 0 13
La nécessité de mieux rémunérer les fonctionnaires pour enrayer la corruption
avait été envisagée bien avant la période coloniale par les empereurs comme Minh
Mang, Tu Duc
[58] et des lettrés comme Nguyên Truong Tô
[59]. Ainsi Minh Mang
préconisa-t-il en 1839 l’augmentation des traitements des fonctionnaires de la frange
inférieure du mandarinat du 4
e degré et au-dessous. Les mandarins de la Cour proposèrent alors de diminuer les plus hauts salaires pour augmenter les plus faibles
[60],
proposition que le souverain approuva. Après la conquête française, le haut mandarinat réclama aussi une meilleure rémunération des fonctionnaires comme en témoigne une lettre que Nguyên Huu Dô,
kinh luoc, adressa en 1887 au résident général
[61]. Néanmoins l’examen des échelles de soldes entre 1899 et 1928 montre
que seuls les mandarins chefs de circonscription ont bénéficié d’une revalorisation
de leurs salaires. L’écart entre le salaire nominal d’un sous-préfet et celui d’un secrétaire régulier de préfecture en début de carrière, qui était de un à dix entre 1899 et
1919, ne se resserra que tardivement : il était de un à huit en 1923, puis de un à
cinq en 1928
[62]. Les employés ressentaient d’autant plus durement cette indifférence des autorités que la condition de leurs homologues des administrations françaises s’améliorait alors comme en témoignait Jean Tardieu en 1928
[63]. L’analyse
comparée des soldes traduit, comme le montre le graphique ci-dessous, l’inégalité
entre les deux cadres, soit une différence de près de quatre piastres en moyenne. Si
leurs salaires étaient identiques en début de carrière, la progression d’un secrétaire
de mandarin était bien plus lente que celle d’un planton
[64].
Graphique 2
Progression comparée des salaires d’un secrétaire et d’un planton
Cependant la connaissance des salaires nominaux n’est pas suffisante. Essayons
alors d’évaluer la rémunération réelle, bien qu’elle soit plus difficile à établir. Un
document d’archives de 1920 nous fournit une première indication. Nguyên Huu
Ich, vice-gouverneur de la province de Son Tây, évalue ainsi les dépenses mensuelles
d’un secrétaire régulier et de sa famille à trente et une piastres. Sachant qu’en 1920
la solde mensuelle d’un secrétaire était de douze piastres en début de carrière et de
trente piastres en fin de carrière, on mesure la précarité de sa situation
[65]. Il
convient d’ajouter que la faiblesse des salaires des secrétaires réguliers stimulait la
corruption des employés irréguliers. En effet, les premiers contraignaient fréquemment les seconds à leur reverser une partie de leurs perceptions illicites. L’accroissement des tâches liées aux réformes administratives et judiciaires n’est donc pas le
seul facteur du développement de la bureaucratie parallèle. La faiblesse des salaires
a été également un puissant stimulant. Leur situation était d’autant plus critique que
les perspectives de carrière étaient très limitées, une fois passée la période de la
conquête française. Un secrétaire-adjoint
(thông lai) accédait en fin de carrière aux
fonctions de secrétaire responsable des bureaux
(lai muc) d’une préfecture, ou de
chef
(thông phan) ou sous-chef
(kinh lich) de bureau au niveau provincial. Plus
généralement, la concussion apparaît sous un angle structurel, comme la compensation aussi nécessaire qu’inéluctable d’un État impérial puis colonial fonctionnant
par trop à l’économie
[66]. Autrement dit, il convient de l’envisager comme compensation des insuffisances d’une structure, et non comme le pur produit d’une
conjoncture, les troubles de la conquête.
Ainsi l’infrabureaucratie, échelon intermédiaire entre le village et l’État central,
assuma-t-elle un rôle d’autant plus important que les réformes administratives et
judiciaires, engagées au début du XX
e siècle, ont conduit à une transformation du
mode d’administration dans les
phu et
huyên. Sans que disparût la conciliation,
l’administration préfectorale fut de plus en plus interventionniste. Le mandarin ne
pouvant assurer seul la totalité du travail administratif, les employés, parallèlement
à leur travail de bureau, virent leurs missions sur le terrain se multiplier. En outre, si
les faiblesses de l’infrabureaucratie dans les années 1910-1930 existaient déjà au
début du XIX
e siècle – recrutement fondé avant tout sur les relations interpersonnelles,
corruption, manque de formation –, les autorités du Protectorat n’ont pas su y apporter de réponse et sont finalement restées prisonnières des modèles traditionnels sur
ces questions. Les efforts en vue d’améliorer le statut des employés étaient en réalité
trop timides sur la rémunération
[67] ou peu novateurs pour la formation. Il est enfin
légitime de s’interroger sur l’actualité de la question. La rénovation des pouvoirs
locaux et, au-delà, la réflexion sur une meilleure articulation entre le pouvoir central
et ses appareils périphériques constituent aujourd’hui au Viêt Nam l’enjeu essentiel
de la réforme administrative.
GLOSSAIRE
Termes Traduction Commentaire
an sat (su) Mandarin provincial
de la justice
bô chinh (su) Mandarin provincial responsable du service
administratif, chargé de l’impôt, du recrutement des soldats et de l’administration de
la province en général
châu District
kinh luoc (su) Inspecteur impérial Les nominations des mandarins et secrétaires dépendaient en grande partie de ce haut
mandarin, placé au sommet de la hiérarchie
administrative vietnamienne au Tonkin. Un
kinh luoc fut nommé à Hanoi en 1885 à l’instigation des Français. Lors de la suppression de la fonction en 1897, ses attributions
furent transférées au résident supérieur
huyên Sous-préfecture
lai muc Secrétaire principal Cet employé régulier dirigeait les bureaux
des phu et huyên
phu Préfecture
Résident de France Fonctionnaire français chargé du contrôle
de l’administration vietnamienne dans chaque province
Résident supérieur Haut fonctionnaire représentant du gouver-du Tonkin nement français au Tonkin
thông lai Secrétaire-adjoint Cet employé régulier exerçait ses fonctions
dans les phu et huyên
thu lai Scribe Employé régulier des bureaux provinciaux
des mandarins
tông dôc Gouverneur Mandarin placé à la tête d’une grande province
tuân phu Vice-gouverneur Mandarin placé à la tête d’une province
secondaire
tri châu Mandarin chef de district (Haute Région)
tri huyên Sous-préfet Mandarin administrateur d’un huyên
tri phu Préfet Mandarin administrateur d’un phu
[*]
Membre de l’École Française d’Extrême-Orient.
[(1)]
Notre analyse de la répartition interne, de l’âge des fonctionnaires et de l’origine géographique des
employés, s’appuie sur les
ly lich (curriculum vitae) du fonds du
kinh luoc : Archives Nationales du Viêt
Nam (A.N.V.), Fonds du
kinh luoc (K.L.), registres n
os 2514-2524.
[(2)]
Deux sous la dynastie des Lê (1428-1527), 10 sous la dynastie des Lê restaurés (1533-1788), 1
sous la dynastie des Nguyên.
[(3)]
Voir
infra, p. 9-10.
[(4)]
Sur Gu Yanwu, voir J.-F. VERGNAUD,
La pensée de Gu Yanwu (1613-1682). Essai de synthèse,
Paris, E.F.E.O., 1990.
[(5)]
Dang Huy Tru,
Tu thu yêu quy [Exposé des règles de ce qu’on doit refuser et de ce que l’on
peut recevoir], traduction vietnamienne par Nguyên Van Huyên et Pham Thuân Khanh, présentation de
Duong Trung Quôc, Hà Nôi, Nhà xuât ban Phap ly-Hôi khoa hoc lich su Viêt Nam, 1992, p. 151. Le
lecteur qui souhaite mieux connaître l’œuvre polymorphe de ce mandarin peut se reporter à l’ouvrage
suivant :
Dang Huy Tru (1825-1874). Con nguoi và tac phâm [Dang Huy Tru, l’homme et son œuvre],
groupe de Trà Linh, Hô Chi Minh-ville, Nhà xuât ban thành phô Hô Chi Minh, 1990.
[(6)]
Nous n’avons pas inclu dans cette analyse le personnel en poste dans la Haute Région (Cao Bang,
Lang Son, Tuyên Quang).
[(7)]
A titre de comparaison, un sous-préfet gérait couramment en Chine au XVIII
e siècle une population
supérieure à cent mille habitants. D’après P.-E. WILL,
Bureaucratie et famine en Chine au XVIIIe siècle,
Paris, Éditions de l’E.H.E.S.S., 1980, p. 84.
[(8)]
Calculs effectués à partir des sources suivantes :
Annuaire général de l’Indochine française, partie
administrative, 1921, p. 188-243; A.N.V-Résidence supérieure au Tonkin (R.S.T.), dossier n
o 57386 :
Réduction du personnel de l’administration indigène. Réponses des chefs de province (1921). Il n’a
pas été possible de calculer un ratio plus ancien. Le premier recensement date en effet de 1921. De
1893 à 1920, nous ne disposons que du nombre des inscrits par sous-préfecture et par préfecture.
[(9)]
Appréciation (1890) du résident de France de Thai Binh, A.N.V.-R.S.T. 15570 : dossier de carrière
de Hoàng Duc Phu,
tri huyên (1890).
[(10)]
Hoàng Cao Khai,
kinh luoc du Tonkin (1890-1897), lui conféra en avril 1891 un brevet provisoire de nomination au grade du 8
e degré, 1
re classe pour avoir participé à sa colonne de police.
A.N.V.-R.S.T. 15570.
[(11)]
Appréciation (6/1891) du résident de France de Thai Binh, A.N.V.-R.S.T. 15570.
[(12)]
Lettre (30/12/1895) de Piglowski au chancelier Lévy de la résidence supérieure au Tonkin,
A.N.V.-R.S.T. 15570.
[(13)]
Lettre 184 (8/3/1890) d’Auvergne, résident de Bac Ninh au résident supérieur, A.N.V.-R.S.T.
34838 : dossier de carrière de Nguyên Van Thiêm,
tri huyên (1889-1892).
[(14)]
Voir en particulier les rapports du résident de France à Cao Bang en 1891, du chef du service
des affaires indigènes et de Brière, résident supérieur, en 1892. Les analyses de Luro, Lanessan et
Pasquier débouchent d’ailleurs sur le même constat que Brière : recrutement fondé avant tout sur la fidélité,
manque d’instruction et d’autorité des mandarins pendant cette période. Sources : note de service
(22/04/1892) du chef du service des affaires indigènes au résident supérieur, A.N.V.-R.S.T. 18370 :
dossier de carrière de Nguyên Thê Dông,
tri huyên, 1886-1895; lettre (12/03/1891) du résident de
France à Cao Bang au résident supérieur, A.N.V.-R.S.T. 31444 : dossier de carrière de Pham Van Tiêm,
tri huyên, 1893-1912; E. LURO,
Cours d’administration annamite, s.l.n.d., p. 80; J.-L. DE LANESSAN,
La colonisation française en Indochine, Paris, Félix Alcan, 1895, p. 11-12; P. PASQUIER,
L’Annam
d’autrefois. Essai sur la constitution de l’Annam avant l’intervention française, Paris, Société d’éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1929, p. 110.
[(15)]
Dai Nam thuc luc chinh biên [Relation véritable du Dai Nam, partie principale], 38 t., Hà
Nôi, Nhà xuât ban khoa hoc xa hôi, 1963-1977, t. 24, p. 126-127.
[(16)]
Dang Xuân Bang,
Tuyên Quang tinh phu (1861). Traduction française par BONIFACY, « La province de Tuyên Quang »,
Revue Indochinoise, XXV, 1922, p. 173.
[(17)]
Témoignage des mandarins provinciaux de Hung Hoa rapporté par le résident de Hoà Binh, in
Lettre 192 (8/10/1908) du résident de Hoa Binh au résident supérieur, A.N.V.-R.S.T. 14487 : dossier
de carrière de Phung Nhu Ky,
lai muc (1870-1909).
[(18)]
Appréciation (15/11/1912) du résident de France de Lang Son, A.N.V.-R.S.T. 54280 : dossier
de carrière de Nông Huu Ân,
tri châu (1893-1927).
[(19)]
C’est nous qui soulignons.
[(20)]
Lettre (6/12/1921) de Delamarre, résident de France, à Hà Dông au résident supérieur au Tonkin, A.N.V.-R.S.T. 57386.
[(21)]
A.N.V.-K.L. 2516, p. 27.
[(22)]
Rapport 785 (12/8/1907) du
tông dôc au résident de Hà Dông, A.N.V.-R.S.T. 55110 : dossier
de carrière de Lê Quang Oanh,
tri huyên (1907-1914).
[(23)]
Ainsi Dang Duy Tân,
thông lai du grade de 9a au 5
e mois de la 4
e année de Thành Thai (juin
1892), promu au 8a et nommé lai muc du huyên de Thuy Anh pour avoir supervisé avec efficacité les
travaux de la digue de Hoàng Xa (A.N.V.-K.L. 2520, p. 16).
[(24)]
Transmission de pièces militaires; allocations aux familles des militaires; convocations à faire
pour le compte des diverses administrations; citations à remettre pour le service judiciaire; recherches
des Vietnamiens condamnés pour recouvrement des frais de justice et des amendes; enquêtes survenues
à propos de difficultés soulevées dans l’enregistrement des actes « indigènes »; enquêtes pour frais de
déguerpissement pour travaux de routes et de digues; répression de la contrebande d’alcool et d’opium;
incidents provoqués par les perquisitions; exécution des jugements. Les subalternes étaient d’ailleurs
souvent sollicités pour ces interventions comme en témoigne l’exemple de Trân Công Bach,
thông lai
du
phu de Hoai Duc, qui lors de perquisitions au village de Liên Mac (octobre 1910) et de Duong Thông
(avril 1911), saisit l’alcool et les ustensiles de deux distilleries clandestines. A.N.V.-R.S.T. 14491 : dossier
de carrière de Trân Công Bach.
[(25)]
Lettre (7/12/1921) de Pham Van Thu, gouverneur, au résident de France à Nam Dinh,
A.N.V.-R.S.T. 57386.
[(26)]
Sources : A.N.V.-K.L. 2514,2518,2521.
[(27)]
Le graphique a été établi à partir des dossiers et registres suivants :
– A.N.V.-K.L. 2514-2524.
– A.N.V.-R.S.T. 74877 : états numériques du personnel européen, indigène et des mandarins en
service au Tonkin le 31 mars 1905.
– Tableau annexé à l’arrêté du 18 avril 1912 pris par le résident supérieur au Tonkin, A.N.V.-R.S.T.
85382 : note au sujet de l’effectif du personnel de l’administration indigène fixé par arrêté du 18/4/1912.
– « Tableau des effectifs du personnel de l’administration indigène en 1921 », A.N.V.-R.S.T. 57386.
[(28)]
Pierre Rosanvallon a également montré les limites d’une telle approche pour l’étude de l’administration française. Voir P. ROSANVALLON,
L’État en France de 1789 à nos jours, Paris, Seuil, 1990,
p. 284-291.
[(29)]
Demande (en chinois) formulée par Vu Ly Tinh, ancien
phu biên thông lai (secrétaire-adjoint
surnuméraire) de la préfecture de Xuân Truong, tendant à obtenir une place de secrétaire-adjoint ou de
secrétaire principal (24
e jour, 10
e mois de la 15
e année de Thanh Thai (1903)). A.N.V.-R.S.T. 14561 :
dossier de Vu Ly Tinh,
lai muc (1919).
[(30)]
Avant 1884, la réussite à la première et à la deuxième épreuves des concours régionaux était
exigée des candidats aux fonctions de secrétaire-adjoint des préfectures et sous-préfectures.
[(31)]
Lettre (29/07/1904) de Nguyên Huu Lung au résident supérieur au Tonkin. A.N.V.-R.S.T.
14625 : dossier de carrière de Nguyên Huu Lung,
thông lai (1920).
[(32)]
Les annales mentionnent l’institution d’un concours de recrutement des subalternes dès 1077. Il
comportait des épreuves de calcul, d’écriture et de droit pénal.
Dai Viêt Su Ky Toan Thu [Annales
complètes du Dai Viêt], 1697, texte original et traduction vietnamienne, sous la direction de Phan Huy
Lê, Hanoi, Nha xuât ban khoa hoc xa hôi, 1993,4 vol., vol. 1, p. 280. L’organisation d’un tel concours
est attestée au moins jusqu’en 1762.
Viêt su thông giam cuong muc [Textes et commentaires formant
le miroir complet de l’Histoire Viêt], vol. 17, Hà Nôi, Nhà xuât ban van su dia, 1960, p. 86. Sur le
concours de 1907, voir :
Dai Nam diên lê toat yêu [Abrégé de la réglementation du Dai Nam], 1909,
texte original et traduction vietnamienne par Nguyên Si Giac, réédition à Hô Chi Minh-ville, Nhà xuât
ban thành phô Hô Chin Minh, p. 121.
[(33)]
Il s’agit plus précisément de proposition de grades de mandarinat, grades dont l’obtention donnait
accès à une fonction.
[(34)]
Lettre (6/12/1921) de Delamarre, résident de France à Hà Dông au résident supérieur au Tonkin,
A.N.V.-R.S.T. 57386.
[(35)]
Vu Trong Phung (1911-1939), romancier et journaliste, écrit même : « de huit à dix lettrés irréguliers par yamen ». Il a sans doute forcé le trait – ce qui ne doit pas étonner. Un tel procédé était somme
toute classique pour sensibiliser le lecteur à la gravité d’un problème de société. VU TRONG PHUNG, « Môt
huyên an Têt » [Le nouvel an dans une sous-préfecture], (p. 611-631) reportage paru dans
Tiêu thuyêt
thu bây, n
o 246 (18/2/1939) et 247 (25/2/1939) et réédité in
Tuyên tâp Trong Phung, t. 1, Hà Nôi,
Nhà xuât ban van hoc, 1998, p. 621.
[(36)]
Lettre (6/12/1921) de Delamarre, résident de France à Hà Dông au résident supérieur au Tonkin,
A.N.V.-R.S.T. 57386.
[(37)]
« Tout ce monde (
i.e. le personnel d’exécution), théoriquement nommé ou confirmé par le magistrat, émanait en fait de la société locale par “élection”, cooptation, trafic d’influence et une infinité de
pratiques coutumières ». P.-E. WILL,
Bureaucratie et famine...,
op. cit., p. 86.
[(38)]
Dai Nam Thuc Luc chinh biên, t. 9, p. 175-176.
[(39)]
Ainsi les prévisions du résident supérieur en octobre 1921 auraient dû conduire à une réduction
de 34 % des effectifs des secrétaires de la province de Hà Dông. Arrêté 2682 (24/10/1921) du résident
supérieur au Tonkin; lettre (6/12/1921) de Delamarre, résident de France à Hà Dông, au résident
supérieur au Tonkin, A.N.V.-R.S.T. 57386.
[(40)]
Elle visait plus particulièrement les scribes surnuméraires des bureaux de la capitale et des mandarins provinciaux : « Nghiêm câm cac bô nha trong kinh và tinh ngoài không duoc mô vi nhâp luu thu
lai ngoài ngach ».
Dai Nam Thuc Luc chinh biên,
op. cit., t. 35, p. 147.
[(41)]
Note postale (3/02/1922) du résident supérieur au résident de France à Hà Dông, A.N.V.-R.S.T.
57386.
[(42)]
« Le gouvernement a conscience du problème mais ferme les yeux car il estime que le travail du
yamen ne peut être effectué par le personnel existant et il ne dispose pas de crédits suffisants pour créer
des postes de subalternes ». VU TRONG PHUNG, « Môt huyên an Têt »,
art. cit., p. 622.
« Conscientes de ces problèmes, les autorités supérieures ont interdit la présence des
nho dans les
yamen et obligent les secrétaires réguliers à prendre leurs responsabilités. La loi fut d’abord appliquée à
Hà Dông avec succès à la grande satisfaction du peuple. [...] Mais le contrôle s’est relâché en raison des
économies budgétaires et de la baisse des effectifs. Les mandarins continuent donc à faire appel aux
nho ». DAM HIEN (pseudonyme de Ngô Tât Tô), « Chung tôi rât kho chiu voi “bon nho” o cac phu huyên »
[Nous sommes excédés par les « lettrés » des préfectures et sous-préfectures],
Thoi Vu, n
o 75,
28/10/1938, réédition, in
Ngô Tât Tô toàn tâp, t. 1, Hà Nôi, Nhà xuât ban van hoc, 1996, p. 307-311.
[(43)]
Expression utilisée par le résident de France à Tuyên Quang. Lettre (16/6/1921) au résident
supérieur au Tonkin, A.N.V.-R.S.T. 57386.
[(44)]
P.-E. WILL,
Bureaucratie et famine...,
op. cit., p. 85.
[(45)]
Transcription en alphabet latin de la langue vietnamienne, le
quôc ngu fut créé par des missionnaires italiens, portugais et systématisé par le jésuite Alexandre de Rhodes dont le
Dictionarium annamiticum, lusitanium et latinum fut publié en 1651.
[(46)]
Lettre (6/12/1921) de Delamarre, résident de France à Hà Dông, au résident supérieur au Tonkin, A.N.V.-R.S.T. 57386. L’assertion de Delamarre est confirmée par l’examen des dossiers personnels
comme celui de Lê Dinh Quan (A.N.V.-R.S.T. 14479).
[(47)]
Il s’agit des employés dont les administrateurs français et mandarins provinciaux demandent le
départ de l’administration en 1921. Leur âge oscille entre 55 et 60 ans et la durée de leur carrière est
de 21 à 30 années (A.N.V.-R.S.T. 57386).
[(48)]
Sur l’agitation politique et sociale, voir
Lich su Viêt Nam [Histoire du Viêt Nam], vol. 6-8 :
Lich
su cân dai Viet Nam [Histoire moderne du Viêt Nam], Hà Noi, 1961-1963; NGUYEN THE ANH,
Monarchie et fait colonial au Viêt Nam (1875-1925), Paris, L’Harmattan, 1992, p. 215-220,227-230,
259-269; P. BROCHEUX, D. HÉMERY,
Indochine, la colonisation ambiguë 1858-1954, Paris, Éditions
La Découverte, 1994, p. 275-324.
[(49)]
Lettre (25/4/1899) de Groleau, résident de France à Hai Duong au résident supérieur au Tonkin,
A.N.V.-R.S.T. 57379 : suppressions d’emplois dans le personnel de l’administration indigène
(1895-1900).
[(50)]
Lettre (10/5/1899) au résident de France à Bac Ninh, A.N.V.-R.S.T. 57379.
[(51)]
Note Postale (14/10/1921) du résident supérieur au résident de France à Hà Dông,
A.N.V.-R.S.T. 57386.
[(52)]
Lettre (18/7/1899) du résident de France à Son Tây au résident supérieur au Tonkin,
A.N.V.-R.S.T. 57379.
[(53)]
Nous n’avons pris en compte que les employés en poste en 1896 dans les
huyên du delta du
Fleuve Rouge et de la Moyenne Région. En effet, le personnel en poste dans les circonscriptions de Tuyên
Quang, Cao Bang et Lang Son n’était pas soumis à une telle règle. Les règlements de 1834 et 1836
figurent dans le
Khâm dinh Dai Nam hôi diên su lê [Répertoire des institutions et règlements du Dai
Nam établi par ordre impérial] (1843-1851), 262 livres, traduction vietnamienne publiée sous la direction de Nguyên Hông Phong, Huê, Nhà xuât ban Thuân Hoa, 15 vol., 1993, vol. 2, livre XII, vol. 3,
livre XXXIV, p. 391;
Dai Nam diên lê toat yêu,
op. cit., p. 123. Sur cette règle de l’abstention, voir
PHAN DAI DOAN et
alii,
Môt sô vân dê vê quan chê triêu Nguyên [Quelques aspects du mandarinat
sous la dynastie des Nguyên], Huê, Nhà xuât ban Thuân Hoa, 1998, p. 153-156.
[(54)]
Un règlement de 1834, pour lutter contre la stabilité excessive des secrétaires
phu et
huyên,
prescrivait leur mutation au bout de trois ans.
Dai Nam diên lê toat yêu,
op. cit., p. 123.
[(55)]
La réglementation non seulement pénalisait les employés concussionnaires mais engageait aussi
la responsabilité de leur supérieur hiérarchique. Ainsi un employé de Cao Xuân Duc,
chanh su, avait
extorqué dans un village 60 ligatures. Ce mandarin fut alors en juillet 1888 rétrogradé de deux classes et
muté car il avait négligé
(thât sat) d’éprouver la moralité de son subalterne. Extrait du
ly lich de Cao
Xuân Duc, gouverneur de Nam Dinh, A.N.V.-K.L. 2514, p. 39. Voir aussi sur cet épisode : Ch. PATRIS,
« Notice nécrologique de S.E. Cao Xuân Duc »,
Bulletin des Amis du Vieux Huê, octobre-décembre
1923, p. 455. De même, un employé du
huyên de Tu Ky (province de Hai Duong) avait en octobre
1892 été chargé par le
tri huyên, Dang Huy Hô, de saisir un buffle dans un village qui n’avait pas réglé
ses arriérés d’impôt. Sans en informer le mandarin, l’employé vendit ce buffle et en acheta un plus petit
qu’il amena au
huyên. Le sous-préfet fut alors rétrogradé d’une classe avec maintien en poste car il avait
négligé d’examiner et de sanctionner la faute de son employé. Extrait du curriculum vitae de Dang Huy
Hô, A.N.V.-K.L. 2518, p. 23.
[(56)]
Rapport (6/9/1912) du vice-gouverneur de Thai Nguyên au résident de France, A.N.V.-R.S.T.
31163, dossier de carrière de Doan Thê Tang,
tri huyên, 1902-1917.
[(57)]
Comme le note un rapport de 1827 des « frais de papier » sont ainsi exigés par les subalternes à
l’occasion du recrutement de soldats.
Minh Mênh Chinh Yêu [L’essentiel du gouvernement de Minh
Mênh], 25 livres (1837-1897), Sài Gon, Phu Quôc Vu Khanh Dac Trach Van Hoa, 6 vol., vol. 5, livre 18,
p. 24. Voir également vol. 5, p. 40; vol. 2, p. 38,37,69,110,119,131,137.
[(58)]
Tu Duc déclarait ainsi en 1868 : « Les anciens affirmaient avec justesse : si l’on veut que les
fonctionnaires soient intègres, rien n’est plus favorable que d’en réduire le nombre et d’en augmenter le
traitement ».
Dai Nam Thuc Luc chinh biên,
op. cit., t. 30, p. 29.
[(59)]
TRUONG BA CAN,
Nguyên Truong Tô – con nguoi và di thao, Hô Chi Minh-ville, Nhà xuât ban
Hô Chi Minh, 1988, p. 240. DO BANG et
alii,
Tu tuong canh tân dât nuoc duoi triêu Nguyên [Le
réformisme sous la dynastie des Nguyên], Huê, Nhà xuât ban Thuân Hoa, 1999, p. 68.
[(60)]
Dai Nam Thuc Luc chinh biên, t. 21, p. 264-265. Pour une comparaison avec le barème des
salaires de 1818, voir
Dai Nam Thuc Luc chinh biên, t. 4, p. 341-342.
[(61)]
Lettre du 28
e jour, 8
e mois, 2
e année de Dông Khanh (13/10/1887), A.N.V.-R.S.T. 57395 :
augmentation de la solde du personnel de l’administration indigène (1887-1931).
[(63)]
« Un Annamite, petit employé dans une administration française, est certes plus riche, plus libre,
plus heureux que s’il était scribe au service d’un mandarin ». J. TARDIEU,
Lettre de Hanoi, réédition Paris,
Gallimard, 1997, p. 22.
[(64)]
Nous avons réalisé ce graphique à partir des chiffres du dossier A.N.V. 57396 : requêtes tendant
à obtenir le relèvement de soldes en faveur des thua phai (1920).
[(65)]
Ce mandarin précise que la famille comprend en moyenne 5 personnes : le secrétaire, sa femme,
deux enfants et un serviteur. Source : lettre (5/3/1920) de Nguyên Huu Ich, vice-gouverneur de Son Tây,
au résident de France, A.N.V.-R.S.T. 57396.
[(66)]
Comme le souligne Daniel Hémery, « la colonisation en Indochine ne doit pas créer de remous
politique en métropole, donc ne rien lui coûter, ce qui implique un large recours à une domination “à
bon marché”, le protectorat ». D. HÉMERY, « Structures d’une domination », in P. BROCHEUX et D. HÉMERY,
Indochine, la colonisation ambiguë...,
op. cit., p. 73.
[(67)]
Une indemnité de cherté de vie pour les subalternes fut instituée en 1921.