Le Mouvement Social
La Découverte

I.S.B.N.sans
118 pages

p. 35 à 77
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

no 195 2001/2

Un laboratoire de la doctrine corporatiste sous le régime de Vichy : l’Institut d’études corporatives et sociales

Steven L. Kaplan
Paradoxalement, l’abolition des corporations par la Révolution française a donné naissance à « l’idée corporatiste » qui allait prospérer au XIXe siècle, s’enrichir suite à la Révolution russe et à la Grande Dépression, et atteindre son apogée sous Vichy. Cet article retrace l’itinéraire de l’Institut d’études corporatives et sociales qui était chargé, selon son très jeune directeur, M. Bouvier-Ajam, de préparer, voire réaliser l’avènement corporatif, socle socio-institutionnel de la Révolution nationale. Directement inspiré par une vision idéalisée d’un long Ancien Régime chrétien, cohérent et harmonieux, ce corporatisme vante cependant sa modernité et sa pertinence. Mais l’exégèse que donne Bouvier-Ajam à la doctrine suscite de l’opposition au sein de l’I.E.C.S. et de l’entourage du Maréchal. L’I.E.C.S. disparaît juste avant la Libération, qui incarcère son directeur pendant un an. Répudiant l’évangile corporatiste tout en nourrissant sa vive critique du capitalisme, Bouvier-Ajam devient communiste, côtoie les chefs du P.C.F. et collabore au C.E.R.M. Il prend ses distances en fin de carrière quand, devenu écrivain à succès, il brigue obstinément l’Académie française, s’appuyant sur le duc de Lévis-Mirepoix, ancien membre du comité de patronage de l’I.E.C.S. Paradoxically, the abolition of the guilds-« corporations » in 18th c. parlance-by the French Revolution engendered the « corporatist idea » which flourished during the 19th c., thickened in the wake of the Russian Revolution and the Great Depression, and reached its zenith under Vichy. This article explores the trajectory of the Institute of Corporation and Social Studies (I.E.C.S.) which was charged, according to its very young director, M. Bouvier-Ajam, with the task of preparing, perhaps even establishing the corporate system, socio-institutional keystone in the arch of the National Revolution. Directly inspired by an idealized vision of a protracted Old Regime, Christian, coherent, and harmonious, this corporatism nevertheless boasted its modernity and its relevance. BouvierAjam exegesis of the doctrine, however, aroused opposition within the I.E.C.S. and Pétain’s circle. The I.E.C.S. was dissolved just before the Liberation, which interned BouvierAjam for a year. Repudiating the corporatist gospel, Bouvier-Ajam became a communist, frequented the leaders of the P.C.F., and joined the Centre d’Études et Recherches Marxistes. He distanced himself from the party toward the end of his career when, as a best-selling historian, he tenaciously sought election to the French Academy, robustly supported by the Duke of Lévis-Mirepoix, who had served on the patronage committee of the I.E.C.S.
• La recherche d’une troisième voie
• Une instance de propagande de la « Révolution nationale »
• Utopie corporatiste et remède « révolutionnaire »
— Les corporations de l’Ancien Régime : modèle ou piège ?
— Le corporatisme vichyste se fissure
• La liquidation : les corporations meurent encore une fois
• Du corporatisme au communisme


© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis