2001
Le Mouvement Social
Aux origines du néo-libéralisme en France
Louis Rougier et le Colloque Walter Lippmann de 1938
François Denord
[*]
Le néo-libéralisme est apparu en France à la fin des années 1930. Dans un contexte de
crise, son émergence a été rendue possible par l’action et le discours prophétique de Louis
Rougier, professeur de philosophie à l’Université de Besançon. Partisan d’une renaissance
intellectuelle du libéralisme économique, préalable nécessaire à son renouveau politique, Louis
Rougier a organisé à Paris en août 1938 le Colloque Walter Lippmann. Lors de cette réunion
internationale sont présents des patrons influents, des hauts fonctionnaires, des intellectuels
et surtout la génération montante des économistes libéraux. L’objectif est de définir un « néo-libéralisme », tenant compte des transformations du rôle de l’État dans l’activité économique,
et de mettre en place une organisation internationale de libéraux en lutte contre le planisme.
C’est ainsi qu’est né, en mars 1939, le Centre International d’Études pour la Rénovation du
Libéralisme, qui, s’il disparaît avec l’entrée en guerre de la France, a pu réunir de manière
inattendue universitaires, dirigeants d’administration, entrepreneurs et syndicalistes, et a servi
de modèle à la Société du Mont-Pèlerin, créée par Friedrich Hayek et Wilhelm Röpke en
1947.
Neo-liberalism (in the European sense of the term liberalism) appeared in France at
the end of the 1930’s. In this context of crisis, the emergence of the doctrine was made
possible by the action and the prophetic discourse of Louis Rougier, who then taught
Philosophy at the University of Besançon. Louis Rougier advocated an intellectual renewal of economic liberalism that would precede and sustain its political rebirth. He, therefore, organised in August 1938 in Paris the Colloque Walter Lippmann. This international forum gathered some of the most influential company managers, State officials,
intellectuals as well as members of a new rising generation of liberal economists. All
aimed at defining a neo-liberalism, by taking into account the transformations of the
government’s involvement in the economic activities. They also wished to found an international liberal organisation to fight planned economy. This is how the Centre International d’Études pour la Rénovation du Libéralisme was born in Paris, in March 1939.
Although it disappeared when France entered World War II, it did unexpectedly rally
scholars, administration officials, managers, trade unionists. Thus, it was a model for the
Mont Pèlerin Society, founded by Friedrich Hayek and Wilhelm Röpke in 1947.
Si le terme « néo-libéralisme » est d’un usage courant pour désigner la doctrine,
libérale contemporaine, il n’existe guère d’analyse des conditions historiques
qui ont rendu possible sa genèse. On emploie souvent l’expression « néo-
libéralisme » pour qualifier un « ultra-libéralisme », qui se manifesterait en France et
dans la plupart des pays occidentaux depuis la fin des années 1970. Rarement est
posée la question de la nouveauté, nécessairement problématique, que renferme le
préfixe « néo », autrement que sous l’angle d’un renouveau du libéralisme dans la vie
politique et les pratiques étatiques. Aussi le libéralisme actuel est-il paradoxalement
peu connu et pensé de manière anhistorique. Cette absence de travaux scientifiques
s’explique sans doute par la connotation politique du terme et sa polysémie. La
littérature sur le néo-libéralisme oscille entre deux acceptions : soit une forme de
libéralisme modéré, qui accepte une part d’intervention de l’État et dont la traduction
serait la politique économique de la France des « Trente Glorieuses »
[1]; soit la
remise en cause de toute intervention de l’État, s’appuyant pendant la période
1970-1980 sur les théories de l’offre ou le monétarisme et ayant eu pour conséquences les expériences américaine et européenne de déréglementation
[2]. Ces
deux définitions du néo-libéralisme sont révélatrices de l’ambivalence d’un terme qui
est à la fois une catégorie héritée du passé, née à un moment historique précis, et
un concept contemporain qu’on peut être tenté d’appliquer au passé. Elles ne sont
cependant pas sans liens.
Contrairement à ce que l’on affirme souvent, le néo-libéralisme n’est pas apparu
après la Seconde Guerre mondiale, mais pendant les années 1930. Il a connu un
premier essai de théorisation lors du Colloque Walter Lippmann
[3], qui s’est tenu
à Paris en août 1938 en vue de coordonner une action internationale contre le
« planisme » alors en vogue
[4] et de fonder un « néo-libéralisme » qui tiendrait compte
des interventions de l’État dans l’économie. De cette réunion est né le Centre International d’Études pour la Rénovation du Libéralisme (C.I.R.L.), qui a joué un rôle de
prototype pour la Société du Mont Pèlerin, société savante et réseau d’influence, qui
réunit chaque année depuis 1947 les partisans du néo-libéralisme
[5].
Le colloque Lippmann a été organisé par Louis Rougier, fils d’un médecin, né
à Lyon en 1889. Agrégé de philosophie en 1914, Louis Rougier a été professeur
dans plusieurs lycées avant de soutenir en 1920 une thèse consacrée aux
Paralogismes du rationalisme puis d’enseigner à l’École Chateaubriand de Rome
(1920-1922), à la Faculté des Lettres de Besançon (1924-1939), à l’Université du
Caire (1934-1936), à l’Institut Universitaire des Hautes Études Internationales de
Genève et à la Fondation Édouard-Herriot de Lyon (1938). C’est un personnage
aujourd’hui peu connu, dont on ne retient habituellement que le rôle d’intermédiaire
entre Vichy et la Grande-Bretagne et des ouvrages comme
Mission Secrète à Londres et
Les accords secrets franco-britanniques
[6], où il tente d’accréditer l’idée
d’un double jeu du maréchal Pétain. Les éléments qu’il met en avant pour défendre
sa thèse sont bien maigres et certains des documents utilisés sont escamotés, si bien
que Louis Rougier inspire la méfiance à l’historien : il « mêle avec grand art le vrai
et le faux, la sincérité et la supercherie, la bonne foi et l’escroquerie »
[7]. Sa défense
du maréchal Pétain lui a d’ailleurs valu d’être exclu de l’Éducation Nationale de 1948
à 1955, année où il obtient une chaire de philosophie scientifique à Caen. Le rôle
de Louis Rougier sous le Régime de Vichy tend à voiler le reste de son existence.
On peut cependant dire de lui qu’il a joué un rôle de prophète dans la naissance du
néo-libéralisme. Ses archives
[8] permettent de cerner la manière dont se constitue
à la fin des années 1930 un espace de production et d’oppositions théoriques composite, où se mêlent économistes universitaires, patrons rationalisateurs et syndicalistes réformistes.
A la faveur d’un climat d’incertitude, Louis Rougier a trouvé les soutiens nécessaires à l’organisation d’un colloque international, qui a donné naissance à la première association se réclamant explicitement du néo-libéralisme.
Entre « laissez-faire » et planisme
Louis Rougier a lancé « l’offensive du néo-libéralisme »
[9] par une série d’ouvrages, d’articles et de conférences. Qu’à la fin des années 1930 un philosophe, de
surcroît relativement marginal dans le système universitaire
[10], parte en croisade
pour défendre le libéralisme économique peut surprendre. Les transformations économiques qui ont suivi la Première Guerre mondiale et la crise des années 1930 ont
amené des individus, jusqu’alors restés à l’écart des débats sur l’économie, à prendre
position
[11]. Le fait que le jeune Raymond Aron publie en 1937 dans la
Revue de
Métaphysique et de Morale un article critiquant la politique économique du Front
Populaire en témoigne
[12]. Louis Rougier le souligne :
La grande particularité du temps d’avant-guerre, c’est que jamais un professeur de
philosophie ne se fût trouvé pour oser traiter de questions économiques, et, jamais, à
supposer qu’il s’en fût un pour manifester cet excès d’originalité, il ne se fût rencontré
un public pour venir l’entendre. Les problèmes économiques restaient alors en dehors
des préoccupations [...] des citoyens moyens [13].
Louis Rougier justifie sa propre évolution par réaction au Front Populaire. Revenant d’Égypte en 1936, il aurait trouvé une France divisée « en deux camps adverses », et se serait senti obligé d’apporter « à ses concitoyens le concours de sa [...]
lucidité d’esprit »
[14]. S’il opte pour le libéralisme, c’est parce que « le spectacle des
régimes totalitaires » lui aurait prouvé « par l’absurde » son « bien-fondé »
[15]. Que
ce soit pour son engagement ou pour son choix du libéralisme économique, il met
en avant sa distance aux débats franco-français, qui lui garantit un apparent désintéressement, renforcé par le fait qu’il n’est « ni économiste ni financier ni juriste ni
homme d’affaires »
[16]. Cette extériorité doit être relativisée. Louis Rougier, s’il est
un spécialiste de philosophie scientifique
[17], a également travaillé sur l’inflation,
sur le lien entre réforme et esprit du capitalisme
[18] et, en s’intéressant aux mystiques religieuses, en est arrivé à la politique puis à l’économie. Dans les années 1920,
il a même collaboré au
Bulletin de la Société d’études et d’informations économiques. Et on peut ajouter qu’il a des « antécédents familiaux » puisque son grand-père a été le premier titulaire de la chaire d’économie politique de Lyon et le fondateur de la Société d’Économie Politique de cette même ville
[19].
Néanmoins il adopte une position en surplomb, d’où il appelle à un « retour au
libéralisme », titre d’un article qu’il fait paraître dans la
Revue de Paris le 1
er janvier
1938, et tente de faire émerger un nouveau libéralisme : le « libéralisme constructeur ». Louis Rougier reproche au libéralisme classique (le « laissez-faire, laissezpasser ») sa croyance en un ordre naturel, tel qu’il serait suffisant de « laisser librement
agir pour réaliser dans une nation le maximum de prospérité au prix du minimum
d’efforts et de dépenses »
[20]. A une théorie optimiste qui peut favoriser la naissance
d’une économie de monopoles il oppose un néo-libéralisme supposant « un ordre
juridique tel que la possibilité de la libre concurrence soit toujours sauvegardée »
[21].
Parallèlement, il fustige l’économie dirigée : « plus un régime économique s’écarte
des conditions de la libre concurrence basée sur l’automatisme des prix, plus il sacrifie
l’intérêt des consommateurs à des fins extra-économiques, plus l’économie se planifie, plus elle tombe dans l’arbitraire et dans l’oppression »
[22]. Son libéralisme se
veut une troisième voie entre « laissez-faire » et planisme, qu’il renvoie dos à dos,
comme le communisme et le fascisme, pour proposer, quel que soit le problème
considéré, une seule alternative, le néo-libéralisme :
Être [néo-] libéral, ce n’est pas, comme le « manchesterien », laisser les voitures circuler
dans tous les sens, suivant leur bon plaisir, d’où résulteraient des encombrements et
des accidents incessants; ce n’est pas, comme le « planiste », fixer à chaque voiture
son heure de sortie et son itinéraire; c’est imposer un Code de la route tout en admettant qu’il n’est pas forcément le même au temps des transports accélérés qu’au temps
des diligences [23].
Se dire néo-libéral, c’est donc se démarquer du « libéralisme orthodoxe »
[24],
et s’opposer au « planisme », tout en reconnaissant à l’État la possibilité d’intervenir,
si son action reste subordonnée au marché. Louis Rougier se fait fondateur et rénovateur de doctrines
[25]. Il se prête les attributs d’un prophète, révélant au nom de
la science des vérités cachées. Il dénonce sans relâche ce qu’il appelle « les mystiques »
de son temps, ces doctrines libérales, totalitaires ou démocratiques, qui ne sont « fondées ni en raison ni en expérience, qui explicitent simplement, en les colorant de
pseudo-démonstrations scientifiques, certaines attitudes sentimentales, certains préjugés de classe, certaines habitudes mentales; en bref certains partis pris passionnés »
[26]. Aux croyances irraisonnées le prophète oppose la vérité qu’il met au jour :
Le libéralisme constructeur, qui est le libéralisme véritable, ne permet pas qu’on utilise
la liberté pour tuer la liberté. Il diffère radicalement en cela du libéralisme manchesterien, qui ne peut être que conservateur ou anarchique, et du planisme socialiste, qui
est nécessairement despotique et arbitraire [27].
Armé de ce simple message, Louis Rougier va de conférences en conférences,
parvenant à faire des « convertis », lui qui se dit investi d’une mission, puisqu’il a le
sentiment, « comme le bouc émissaire de l’Écriture, de [se] charger de tout le ridicule
du monde »
[28].
« La crise du capitalisme »
De fait, il rencontre un certain succès, qui ne peut se comprendre que dans un
contexte de crise économique et politique.
Si les principes libéraux restent proclamés à l’université et dans l’administration,
depuis 1932, les gouvernements s’engagent dans un « interventionnisme défensif »
[29], tandis qu’au sein des milieux intellectuels et politiques, la contestation du
libéralisme bat son plein. Elle prend deux formes principales : le corporatisme et le
planisme.
Inspiré par la doctrine sociale catholique, le corporatisme entend réconcilier les
classes sociales par l’association professionnelle, considérée comme une cellule de
base de la société, qui doit arbitrer les antagonismes entre les groupes et réglementer
la production. Il s’agit de supprimer la lutte des classes et de réguler l’activité. Près
de 400 documents en langue française ont été publiés sur ce thème de janvier 1934
à janvier 1943
[30]. Il est cependant difficile de trouver une unité au corporatisme,
défendu à la fois par des militants d’extrême droite proches de l’Action Française,
des personnalistes
d’Esprit, qui veulent mettre à bas le système capitaliste, et des
« réformistes », comme François Perroux, qui souhaite l’avènement d’une « communauté de travail » dans laquelle patrons et ouvriers seraient obligatoirement affiliés à
un syndicat librement choisi, la corporation ayant un pouvoir de fixation des prix et
la puissance publique intervenant en tant que « tiers départageant »
[31]. Si certains
patrons catholiques sont favorables au corporatisme et que des syndicalistes réhabilitent la notion de métier par rapport au raisonnement en termes de classes
[32], le
corporatisme reste confiné dans des cercles restreints
[33].
Plus influent est le planisme. L’expression est née au début des années 1930,
sous la plume du socialiste belge Henri de Man. Professant une révision du marxisme,
qui abandonne le principe de la socialisation des moyens de production, Henri de
Man fait du plan une fin en soi, qui consiste à donner à l’État, par la nationalisation
du crédit et la construction d’une économie mixte, le contrôle de l’activité économique. Vers le milieu des années 1930, parce que la crise économique est à son apogée, la plupart des groupements politiques ou syndicaux ont un plan à proposer :
Révolution constructive, groupe en marge de la S.F.I.O., le Parti Radical, les Jeunes
Radicaux, le Comité de Vigilance des intellectuels antifascistes, la C.G.T., le Groupe
du 9 juillet 1934, qui rassemble, sous le patronage de Jules Romains, des militants
venus aussi bien du syndicalisme que des ligues de droite... Certains plans parlent de
« socialisations », d’autres de « nationalisations »; certains se concilient avec une forme
de corporatisme, alors que d’autres s’y opposent; certains remettent en cause le
capitalisme, d’autres y restent fidèles. Bref, il n’y a pas d’unité doctrinale, même si
on peut affirmer que les plans ont en commun la volonté d’offrir une solution alternative à l’économie libérale prête à fonctionner immédiatement, et confèrent à l’État
une autorité nouvelle dans le domaine économique, par la mise en place d’organismes de prévision, de planification et la division de l’économie en deux secteurs, l’un
planifié et l’autre soumis aux règles du marché. Comme le note ironiquement Henry
Noyelle, à propos du plan des Radicaux, « le plus raisonnable des programmes est
tenu aujourd’hui de se qualifier plan, même s’il ne vise qu’à des réformes mineures
et, pour justifier son titre, il croit devoir postuler la faillite d’un régime qu’il se propose
de consolider »
[34]. Le planisme n’a pas de base sociologique bien définie. On y
trouve associés universitaires, syndicalistes modérés, techniciens...
Il n’en reste pas moins que face à la crise économique, les libéraux doutent. Le
débat organisé en 1935 par l’Académie des Sciences Morales et Politiques sur la
« crise du capitalisme » en est révélateur. Alors que Jacques Rueff, inspecteur des
Finances expert en matière de politique monétaire, défend la thèse selon laquelle la
crise économique et sa durée sont liées à l’intervention de l’État
[35], Charles Rist,
universitaire reconnu, coopté dans les conseils d’administration de plusieurs banques,
peu susceptible de sympathie pour l’économie dirigée, conteste un exposé « si catégorique » et Louis Marlio, grand patron de l’aluminium
[36], professeur d’économie
à l’École Libre des Sciences Politiques, affirme « qu’il serait aussi utopique de vouloir
supprimer complètement l’interventionnisme que de lui demander de résoudre toutes
les difficultés actuelles »
[37]. De son côté, la Société d’Économie Politique, également l’un des bastions du libéralisme traditionnel, se veut désormais « plus tolérante
et plus éclectique », parce que la crise montre qu’il n’y a « aucun idéal qui ne doive
se plier à des compromis avec la réalité »
[38]. Même des partis comme l’Alliance
Démocratique amendent leur doctrine et tentent d’y intégrer des éléments de corporatisme et de dirigisme
[39].
Cependant un changement s’opère au cours des années 1937-1938. On peut
y voir la conséquence de l’échec relatif du Front Populaire, qui dans bien des domaines n’a pas engagé de véritables « réformes de structures ». Léon Blum n’a pas retenu
la solution planiste, dont il se méfiait
[40], si bien que le planisme se trouve remis
en cause par une partie de ses défenseurs qui doutent de son avenir. Jean Duret,
par exemple, l’un des architectes du Plan de la C.G.T., constate à la troisième conférence internationale des plans du travail qu’il :
est puéril de compter sur le rapatriement des capitaux et sur des investissements massifs. Il semble donc qu’on devra ou bien capituler, ou bien s’orienter dans une autre
voie, c’est-à-dire considérer la situation réelle telle qu’elle se présente aujourd’hui et
s’attacher à développer l’économie de ce pays avec les ressources qui existent et avec
les possibilités que les pouvoirs publics possèdent [41].
Quant à la politique économique mise en place en 1938 par le gouvernement
Daladier-Reynaud qui met fin au Front Populaire, elle est à l’opposé du planisme ou
du dirigisme : refus du contrôle des changes, aménagement des quarante heures,
tentative de retour à l’équilibre budgétaire, fin de la politique du pouvoir d’achat.
« Mélange de forces spontanées du marché et d’intervention étatique »
[42], elle marque un certain retour au libéralisme sans pour autant que l’État soit absent.
La crise a donc engendré un brouillage des points de repère dans l’ordre des
doctrines économiques. Le libéralisme est vigoureusement critiqué, sans toutefois
que ses concurrents parviennent à imposer leurs solutions.
A cela s’ajoute la crise politique : les institutions de la III
e République sont contestées depuis plusieurs années, même si les différents projets de réforme de l’État n’ont
guère abouti, le Front Populaire se disloque et les forces antiparlementaires prolifèrent. Les tensions internationales contribuent largement au désordre. Crise du libéralisme économique, la crise des années 1930 est aussi celle du libéralisme politique
[43]. Louis Rougier écrit ainsi à Raymond Aron :
On a pu voir le syndicat des instituteurs et [celui] des P.T.T. prêter main-forte à l’Action
Française, Gringoire publier des articles de Tardieu qui étaient le contre-pied des éditoriaux, le Président et le Vice-président de l’Alliance Démocratique adopter un point
de vue radicalement opposé, une campagne de fausses nouvelles qui étaient en somme
véritables, des arguments sur la non-validité du pacte franco-tchèque qui dépassent
toute la mauvaise foi technique [...], une foule en délire acclamant Daladier qui rapporte
la signature d’une des plus grandes défaites de la France et de l’Angleterre ! [44].
Dans un contexte où les principes dominants de vision économique et politique
du monde sont partiellement remis en cause, un discours qui se pare des attributs
de la nouveauté peut rallier de larges soutiens. De fait, les écrits de Louis Rougier
s’apparentent à une
self fullfilling prophecy. La prédiction d’un « retour au libéralisme » faite en janvier 1938 semble se réaliser grâce à la politique menée par l’équipe
Daladier-Reynaud. Louis Rougier peut ainsi affirmer que du « plan théorique, l’offensive néo-libérale [est passée] sur le plan pratique »
[45]. Il peut même se targuer d’y
avoir contribué : François-Félix Legueu, chroniqueur financier qui dans le
Figaro du
29 octobre 1938 avait écrit que
Les Mystiques économiques de Louis Rougier était
un ouvrage « parfaitement objectif, lucide et calme »
[46], devient deux jours plus tard
expert auprès de la Présidence du Conseil
[47].
Le discours de Louis Rougier, par le flou qu’il entretient entre libéralisme et
rupture d’avec le libéralisme, tombe à point nommé pour fédérer des groupes que
tout semble opposer. Ses textes, par la place qu’ils accordent au droit, autorisent
l’application d’un point de vue de juriste à l’économie, conforme à l’enseignement
dispensé dans les Facultés de droit
[48]; se référant à la Science, ils doivent pouvoir
toucher les ingénieurs d’X-Crise, qui condamnent le laissez-faire, sans rejeter nécessairement le capitalisme
[49], et, de manière générale, ils opèrent des synthèses
susceptibles de leur rallier des soutiens diversifiés. Aussi
Les Mystiques économiques
suscite-t-il surtout des éloges. Dans le
Bulletin de X-Crise, là où a été publiée la
célèbre conférence d’Auguste Detœuf annonçant la mort du libéralisme, le contenu
du livre n’est même pas discuté, l’auteur des notices bibliographiques écrivant simplement : « nous ne saurions mieux marquer l’intérêt qui s’attache à cet ouvrage qu’en
en publiant [...] l’avant-propos »
[50]. Par certains radicaux, comme Pierre Dominique, rédacteur en chef de
La République, l’ouvrage est considéré comme « d’une
importance extrême »
[51]. Quant au baron Seillière, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, il affirme dans le
Journal des Débats que
« M. Louis Rougier nous donne sur
Les mystiques économiques un ouvrage fort
pénétrant »
[52]. Seuls quelques universitaires semblent plus réservés. Mais si Gaëtan
Pirou s’interroge dans la
Revue d’Économie Politique sur les mesures concrètes qui
pourraient en être tirées
[53], globalement,
Les Mystiques économiques sont un
succès.
L’ouvrage n’est pas isolé. Si le prophète peut mobiliser, c’est en partie parce
qu’il s’appuie sur une maison d’édition, qui donne au néo-libéralisme un point
d’ancrage concret dans l’espace des théories économiques.
La Librairie de Médicis, « citadelle du néo-libéralisme »
La Librairie de Médicis a été fondée en 1937 par Marie-Thérèse Génin
[54].
Née en mars 1906, elle est la fille d’un inspecteur des chemins de fer de l’Est, mort
lorsqu’elle est âgée de 16 ans. Vivant auprès de sa mère, elle obtient une licence ès
lettres en 1927 et décide alors de se « prendre en main », en devenant l’assistante
de plusieurs députés de droite de sa région. En 1936, Désiré Ferry, pour qui elle
travaille, lui demande d’écrire des articles sur le Front Populaire. Débute alors véritablement son engagement politique. Quittant Nancy pour Paris, Marie-Thérèse
Génin trouve un poste dans le « bureau de documentation » que dirige l’industriel
Marcel Bourgeois, du Comité des Industries Chimiques de France, homme marqué
à droite, qui finance de la propagande anticommuniste ainsi que le Parti Populaire
Français
[55]. Son bureau a pour but de lutter contre les idées jugées subversives
dans le monde du travail. Constatant la relative inefficacité de son action, il encourage
Marie-Thérèse Génin à fonder une maison d’édition ciblant un public intellectuel
[56] :
An « intelligent » man will always be attracted by an « intelligent » book. I think the first
task of propaganda is the publishing of books [...] by famous authors. One should
never forget that all revolutions rose or developed through a book : most great faiths
rest on a book : The Bible, The Gospels, The Koran, Das Kapital, and – horresco
referens – Mein Kampf. The influence of the printed word is enormous [57].
C’est donc en suivant le principe selon lequel « quand une restauration est faite
dans les esprits, il ne s’écoule jamais très longtemps avant qu’elle n’apparaisse dans
les faits »
[58] qu’ont été fondées les Éditions de la Librairie de Médicis. De 1937 à
1940, une quarantaine de livres et brochures sont mis en circulation. Louis Rougier
semble avoir joué un rôle décisif dans le choix des publications
[59].
Les thèmes retenus n’ont rien d’original. Trois livres sur l’U.R.S.S.
[60] et surtout une impressionnante collection d’écrits d’économistes universitaires, visant à
disqualifier le dirigisme :
Le Socialisme et
Illusions du protectionnisme et de
l’autarcie de Ludwig von Mises,
Quelques faux remèdes à la dépression économique de Umberto Ricci,
Guide à travers les panacées économiques de Fritz
Machlup,
La politique du pouvoir d’achat devant les faits d’André Piettre,
La crise
et ses remèdes de Bernard Lavergne (une charge contre l’économie dirigée),
L’économie planifiée et l’ordre international de Lionel Robbins (idem),
L’économie
dirigée en régime collectiviste (idem), livre collectif introduit et conclu par Friedrich
Hayek
[61]... Tous ces ouvrages qui dénoncent l’intervention de l’État dans l’économie définissent le point de vue de leurs auteurs par la négative. Dès lors, leur réception est sans surprise. A l’Académie des Sciences Morales et Politiques et à la Société
d’Économie Politique, ils connaissent un franc succès. Après plusieurs années où les
débats en économie se sont centrés sur l’économie dirigée et le corporatisme, Henri
Truchy affirme son soulagement devant un ouvrage comme celui de Lionel Robbins,
qui en finit avec la notion de plan :
Plan, ce vieux mot, s’est révélé étonnamment prolifique dans la littérature économique
contemporaine. Il a engendré planification, planisme, économie planifiée, quelques-uns disent même économie planée, ce qui dépasse scandaleusement les bornes du
néologisme licite [62].
Quant paraît
Le Socialisme de Ludwig von Mises, Ernest Seillière s’enthousiasme pour « un considérable ouvrage qui envisage vraiment sous toutes ses faces
le problème capital du temps présent »
[63]. A la Société d’Économie Politique, on
salue particulièrement le livre de Bernard Lavergne, l’un de ses membres, ainsi que
celui de Fritz Machlup
[64]. Le
Journal des Économistes considère ces mêmes
ouvrages comme les meilleurs sur les sujets qu’ils abordent : « L’ouvrage de M. von
Mises détruit, et ce n’est pas son moindre mérite, les préjugés que la propagande
socialiste répand dans le public »
[65]; « Robbins, en nous montrant les possibilités
de rétablissement de la paix et de la prospérité, fait à la fois œuvre de technicien de
grande classe et d’homme de bonne volonté »
[66]. A l’opposé de ces éloges, le
Bulletin d’X-Crise, où
Le Socialisme de Ludwig von Mises est présenté comme
plein de « combats d’arrière-garde »
[67], et les commentaires de Louis Vallon, qui
dans
Syndicats, journal de la tendance pacifiste et anticommuniste de la C.G.T.,
écrit que certaines des publications de la Librairie de Médicis sont certes des œuvres
importantes, mais d’autres demeurent de « vieilles chansons réactionnaires qui ont
déjà bercé nos grands-pères »
[68].
Si les jugements semblent tranchés, la publication de ces ouvrages produit un
effet de nombre et affirme l’existence d’une école de doctrine. Doter le néo-libéra-lisme d’une maison d’édition, c’est déjà en partie l’institutionnaliser et surtout lui
attacher des noms. Pour la Société d’Économie Politique « les tendances vers une
renaissance du libéralisme prennent une forme de plus en plus agissante et
concrète »
[69]. Dans la
Revue d’Économie Politique, on parle de la « campagne
puissamment orchestrée en vue de déclencher [...] une renaissance intellectuelle du
libéralisme »
[70]. Louis Vallon va plus loin encore :
La Librairie de Médicis vient de publier en quelques mois, à la suite les uns des autres,
plusieurs livres qui attaquent à fond les thèses essentielles du socialisme, du syndicalisme, du collectivisme et prônent l’instauration d’un libéralisme nouveau [...]. N’en
doutons pas, il faudra répondre et pour répondre ajuster les idées et renouveler la
doctrine [71].
La parution de La cité libre (The Good Society) de Walter Lippmann, influent
éditorialiste au New York Herald Tribune, fournit l’occasion à Louis Rougier d’organiser du 26 au 30 août 1938 un colloque à l’Institut International de Coopération
Intellectuelle.
Naissance du néo-libéralisme
Le moment fondateur : le Colloque Walter Lippmann
La cité libre est, sur le fond, assez proche des
Mystiques économiques. Parallèlement à une dénonciation du fascisme et du communisme, mis en équivalence
parce que prônant la dictature d’un chef et d’un parti et remettant en cause l’économie libérale, Walter Lippmann opère une critique du libéralisme classique, foncièrement conservateur, tout en affirmant que le marché est « le seul moyen possible
de réaliser sous forme de travail utile la synthèse d’un travail divisé analytiquement »
[72]. Il oppose le libéralisme, « la ligne de conduite qui cherche à réformer
l’ordre social pour satisfaire les besoins et réaliser les promesses d’un mode de production basé sur la division du travail », au collectivisme, « la ligne de conduite qui
promet de conserver les avantages matériels de l’économie nouvelle, tout en voulant
établir le principe régulateur interne à savoir le marché »
[73]. L’originalité de
l’ouvrage est le rôle qu’il attribue à la loi : elle doit non seulement permettre de fixer
les droits et obligations individuels, mais aussi instituer le marché et les règles de son
fonctionnement. Pour Walter Lippmann, le marché est une construction historique,
qui n’existe que parce qu’un cadre institutionnel le permet. Dès lors, ce que le législateur a construit peut être défait et l’État doit imposer la concurrence si elle ne
fonctionne pas d’elle-même.
La cité libre, peut-être parce que son auteur est étranger et qu’elle « ne prétend
pas être une œuvre de haute technicité »
[74], a un très large succès. L’ouvrage
semble convaincre à la Faculté de droit comme à X-Crise, où l’on souligne « qu’il
vient à son heure en restituant au libéralisme sa signification humaine et en offrant
un signe de ralliement à tous ceux qui refusent d’identifier le totalitarisme et la civilisation »
[75]. C’est grâce à cet accueil favorable que Louis Rougier peut organiser
le Colloque Walter Lippmann.
Outre un important contingent étranger, qui comprend Jose Castillejo (Espagne), Marcel van Zeeland (Belgique), John Bell Condliffe, Friedrich von Hayek,
Michael Polanyi
[76] (Grande-Bretagne), Michael Heilperin (Pologne
[77]), Ludwig
von Mises, Alexander Rustow, Wilhelm Röpke, le Docteur Schutz (École Autrichienne), B. Hooper et Walter Lippman (États-Unis), participent des professeurs de
la Faculté de droit (Louis Baudin et Bernard Lavergne), des patrons rationalisateurs
(Louis Marlio, Auguste Detœuf, Ernest Mercier) ou liés aux Éditions de Médicis (Marcel Bourgeois), des hauts fonctionnaires de l’administration économique (Jacques
Rueff et Roger Auboin, directeur général de la Banque des Règlements Internationaux), et enfin ceux que Louis Rougier appelle « les jeunes du Congrès »
[78] (Raymond Aron
[79], Étienne Mantoux, Robert Marjolin, André Piatier).
Pour les réunir, Louis Rougier s’est appuyé sur des réseaux nationaux et internationaux, étroitement imbriqués.
Auguste Detœuf, Ernest Mercier et Louis Marlio sont des patrons polytechniciens de l’industrie électrique et hydroélectrique, unis par des liens à la fois professionnels, politiques et amicaux. Louis Rougier n’est étranger ni au groupe des
Nouveaux Cahiers qu’anime Auguste Detœuf
[80] ni à X-Crise, dont font partie Auguste
Detœuf, Ernest Mercier et Jacques Rueff
[81].
Bernard Lavergne et Louis Baudin sont, comme Jacques Rueff et Louis Marlio,
membres de la Société d’Économie Politique et sont liés aux Éditions de Médicis,
que Marcel Bourgeois a contribué à faire naître. Bernard Lavergne peut, en outre,
par sa participation au Comité technique pour la Réforme de l’État, être rattaché au
Redressement Français
[82], mouvement néo-capitaliste fondé par Ernest Mercier
dans les années 1920.
Raymond Aron, Étienne Mantoux et Robert Marjolin font partie de la Société
des Amis d’Élie Halévy, groupe présidé par Célestin Bouglé, constitué en 1937, au
lendemain de la mort de l’enseignant de l’École Libre des Sciences Politiques, qui
s’est fixé comme objectif de publier l’histoire du socialisme européen au XIX
e siècle,
que professait Élie Halévy depuis de longues années
[83]. C’est par l’intermédiaire
d’Élie Halévy que se sont rencontrés Raymond Aron et Étienne Mantoux
[84], de
même que c’est grâce à Célestin Bouglé, sous-directeur de l’École Normale Supérieure, que sont devenus amis Robert Marjolin et Raymond Aron
[85]. Robert Marjolin est par ailleurs, avec André Piatier, l’un des collaborateurs de Charles Rist à
l’Institut Scientifique de Recherches Économiques et Sociales. Également proche de
Charles Rist, Roger Auboin est un des chroniqueurs attitrés de
L’Europe Nouvelle,
le journal de Louise Weiss, dans lequel écrit aussi Robert Marjolin.
Louis Rougier dispose de contacts à l’étranger, notamment avec les enseignants
libéraux de l’Institut Universitaire des Hautes Études Internationales de Genève (Ludwig von Mises, Michael Heilperin, Wilhelm Röpke), institution dirigée par Paul Mantoux, professeur au C.N.A.M., père d’Étienne Mantoux, et William Rappard, directeur de la Section des Mandats de la S.D.N., professeur à l’Université de Genève.
C’est à l’I.U.H.E.I. que Louis Rougier a donné en juin 1935 les conférences qui sont
à l’origine de ses
Mystiques économiques et en juin 1937 celles qui ont servi de
base à ses
Mystiques politiques
[86]. Wilhelm Röpke, avant de rejoindre l’I.U.H.E.I.,
enseignait à l’Université d’Istanbul (1933-1937), où Alexander Rustow est professeur
depuis 1934. Tous deux font partie de l’école libérale allemande de Freiburg
[87].
Ludwig von Mises, dont Louis Rougier est devenu l’intime, est le maître de Freidrich
Hayek qui enseigne à la London School of Economics depuis 1931. Comme Lionel
Robbins, il y anime des séminaires, qu’a suivis Étienne Mantoux
[88].
José Castillejo, secrétaire général de la Fondation nationale pour les investigations scientifiques de Madrid, et John Bell Condliffe, qui enseigne le commerce à
l’Université de Londres, sont membres de la Commission Internationale de Coopération Intellectuelle, service technique de la S.D.N., qui prépare les délibérations de
l’Institut International de Coopération Intellectuelle
[89]. L’I.I.C.I. a recours à des
experts comme André Piatier
[90], jeune docteur en droit, secrétaire général de l’Institut International de Finances Publiques, et organise la Conférence Permanente des
Hautes Études Internationales, forum réunissant des responsables politiques et économiques, qui se tient une fois par an, pour lequel Étienne Mantoux et Michael
Heilperin ont rédigé des rapports
[91]. Ce dernier intervient également dans les
congrès de la Chambre de Commerce Internationale, tout comme John Bell
Condliffe
[92], Marcel Van Zeeland et Louis Marlio
[93], qui appartient à la délégation française de la C.G.P.F.
On peut enfin noter que Robert Marjolin est chargé des relations internationales
de l’Institut Scientifique de Recherches Économiques et Sociales, qui compte parmi
ses correspondants José Castillejo, Lionel Robbins, John Bell Condliffe et Wilhelm
Röpke
[94] et que Michael Heilperin et Ludwig von Mises ont participé au Congrès
International des Sciences Économiques qui s’est tenu à Paris en 1937, auquel assistaient Louis Baudin, Bernard Lavergne, Robert Marjolin, André Piatier et Jacques
Rueff et dont Louis Marlio était un des responsables
[95].
Le Colloque Lippmann a donc pu être organisé par Louis Rougier grâce à des
réseaux préexistants.
L’ambition de la réunion est grande : esquisser les linéaments « d’une doctrine
appelée par les uns “libéralisme constructeur”, [...] par les autres “néo-capitalisme”
[termes] auxquels l’usage semble prévaloir de donner le nom de “néo-libéralisme” ».
Il s’agit de « réviser le procès du capitalisme et [de] chercher à définir la doctrine, les
conditions de réalisation, les tâches nouvelles d’un libéralisme véritable »
[96]. Après
des allocutions d’ouverture de Louis Rougier et Walter Lippmann, les débats ont
pour objet la crise du libéralisme et se concluent par l’adoption d’un « agenda » et de
solutions pratiques. Il ne règne pas une atmosphère de consensus. La définition
même du néo-libéralisme pose problème, le terme de libéralisme étant pour certains
une « catégorie historique dépassée »
[97]. Louis Baudin veut lui substituer « individualisme »
[98], Louis Rougier préfère le terme « néo-libéralisme », alors que Jacques
Rueff y est hostile, souhaitant un retour pur et simple au libéralisme
[99]. Au-delà
des querelles de mots, la dénomination de la doctrine nouvelle est un enjeu de luttes.
Jacques Rueff, le directeur du Mouvement général des fonds, se fait le garant de
l’orthodoxie, prônant le simple jeu du mécanisme des prix. Louis Baudin, professeur
à la Faculté de droit de Paris, se réfère à l’histoire des doctrines économiques et veut
se placer sous le drapeau des grands classiques : Adam Smith, Jean-Baptiste Say,
Stuart Mill, plutôt que d’apparaître comme un disciple du « laissez-faire » d’un Bastiat
ou d’un Molinari, qui pour beaucoup signifie le « laissez-souffrir »
[100]. Quant à
Louis Rougier, il entend naturellement jouer son rôle de prophète d’une doctrine
nouvelle.
Pour chacun des sujets abordés, des lignes de clivage apparaissent. Deux débats
sont même marqués par de franches oppositions : celui sur la concentration industrielle, que critiquent les économistes universitaires au nom du marché et de la concurrence, alors que les industriels Louis Marlio, président du cartel international de l’aluminium, et Auguste Detœuf, patron d’Alsthom, s’en font logiquement les défenseurs;
celui sur la monnaie, que Jacques Rueff ou Louis Baudin ne sont pas prêts à voir
dirigée alors que Walter Lippmann le prône.
On ne peut donc guère parler d’unité du néo-libéralisme. Plusieurs commentateurs ont mis deux pôles en évidence. D’un côté, « ceux pour qui le néo-libéralisme
est foncièrement différent, dans son esprit et son programme, du libéralisme traditionnel »
[101] où l’on retrouve, outre Louis Rougier, Auguste Detœuf, Louis Marlio
et Walter Lippmann et de l’autre, le « vieux libéralisme » qu’incarneraient Jacques
Rueff, Louis Baudin et les représentants de l’École autrichienne. Mais s’il est vrai que
l’on observe une division entre les néo-libéraux, on ne peut pas pour autant affirmer
que « la réunion s’était achevée en fait par un appel au retour pur et simple au
libéralisme et par l’adhésion de tous à ses dogmes fondateurs » et qu’ainsi le Colloque
Walter Lippmann marquerait « plus un désir de retour aux sources – voire un combat
d’arrière-garde – que la naissance d’une nouvelle doctrine »
[102]. Il constitue en
réalité une double rupture dans l’histoire du libéralisme économique.
Sur le plan doctrinal, il se conclut par l’adoption unanime d’un manifeste,
« l’Agenda du libéralisme », qui énonce plusieurs principes contraires au libéralisme
classique. En premier lieu, il met en avant l’idée d’un interventionnisme juridique de
l’État : « c’est à l’État qu’incombe la responsabilité de déterminer le régime juridique
qui sert de cadre au libre développement des activités économiques ». En second lieu,
il élargit les attributions que la théorie classique lui concède : un État libéral « peut et
doit percevoir par l’impôt une partie du revenu national et en consacrer le montant
au financement collectif de : 1o La Défense nationale; 2o Les assurances sociales;
3o Les services sociaux; 4o L’enseignement; 5o La recherche scientifique ». En
troisième lieu, il reconnaît plus largement à l’État un droit d’intervention car :
A. [...] les prix du marché sont affectés par le régime de la propriété et des contrats.
B. [...] l’utilité maxima est un bien social, mais n’est pas nécessairement le seul qui
doive être recherché.
C. [...] même lorsque la production est régie par le mécanisme des prix, les sacrifices
qu’implique le fonctionnement du système peuvent être mis à la charge de la collectivité [103].
La seconde rupture qu’introduit le Colloque Walter Lippmann est la naissance
d’une organisation internationale des néo-libéraux : le Centre International d’Études
pour la Rénovation du Libéralisme (C.I.R.L.). Il a pour mission de promouvoir le
néo-libéralisme, grâce à la diffusion de publications et l’organisation de manifestations publiques et privées. Plusieurs thèmes ont été retenus lors du Colloque Lippmann : les formes d’intervention des pouvoirs publics compatibles avec le mécanisme
des prix; économie libérale et économie de guerre; les fonctions et les structures
de l’État libéral; les relations économiques internationales entre pays libéraux; l’attitude des États libéraux vis-à-vis des États totalitaires; les problèmes de la « résorption » des économies totalitaires; l’éducation libérale des élites et des masses
[104].
Du Colloque au Centre « International »
Contrairement à ce qu’affirment les rares travaux qui mentionnent son existence, le C.I.R.L. n’est pas mort-né
[105]. Entre le Colloque Lippmann et le début
de la Seconde Guerre mondiale, une mouvance néo-libérale s’est structurée en
France. Pour l’année 1939 sont prévus des exposés non seulement de Louis Marlio,
Louis Rougier, Jacques Rueff, André Piatier, mais aussi Louis Salleron, corporatiste
d’extrême droite qui enseigne à la Faculté Libre de droit de Paris
[106], Roland
Maspetiol, maître des requêtes au Conseil d’État, auteur d’un ouvrage sur « l’économie paysanne » publié par les Éditions de Médicis
[107], René Courtin, qui enseigne
à la Faculté de droit de Montpellier, Étienne Mantoux, le premier Français a avoir
proposé un article de fond sur la
Théorie générale de Keynes
[108], Robert Gibrat,
professeur à l’École des Mines, l’un des animateurs d’X-Crise, et Robert Lacoste,
secrétaire de la Fédération des fonctionnaires de la C.G.T. et l’un des artisans de
son plan
[109]. Un certain nombre n’ont pu avoir lieu : André Piatier est mobilisé
en mars
[110]; Robert Gibrat annule en raison « de la tension internationale »
[111];
René Courtin ne peut se déplacer depuis Montpellier, parce qu’à ses engagements
universitaires s’ajoutent une famille « qui comprendra bientôt quatre enfants » et « la
responsabilité d’une exploitation agricole importante »
[112]. Cinq ou six séances
publiques se sont effectivement tenues au Musée Social, mais la guerre interrompt
le programme des réunions
[113]. Quant aux publications, si un seul
Cahier du
C.I.R.L. est paru, d’autres étaient en préparation
[114]. L’existence du C.I.R.L. a
donc bien été éphémère, mais non son impact.
D’emblée, il faut préciser que le C.I.R.L. n’a d’international que le nom. Lors
du Colloque Lippmann est prévue la mise en place de sections étrangères : aux
États-Unis avec Walter Lippmann, en Angleterre avec Friedrich Hayek et en Suisse
avec Wilhelm Röpke. Selon un tract du C.I.R.L. diffusé en 1939, des centres seraient
en formation à Bâle, Bruxelles, Genève, Londres, aux États-Unis (Harvard, New
York, Princeton, Washington) et d’autres projetés aux Pays-Bas, dans les États scandinaves et en Amérique du Sud
[115]. Si dans ces pays il existe des groupes libéraux
constitués, le C.I.R.L. ne s’y est sans doute pas développé en tant que tel. Certains
sont confrontés à des problèmes matériels. Walter Lippmann écrit ainsi, après avoir
constaté le désordre international engendré par les accords de Munich :
That does not alter my feeling about the urgency of the studies that we have undertaken, though it might alter, I should think, our practical attitude on immediate questions of policy. [...] But for the moment my view is that the best way to obtain money
in America in support would to be able to show Americans the beginning of something
in Europe. I don’t know personnally any rich men whom I could or would ask for
money but if you published one cahier I think that on the basis of that it might be
possible to raise some money in the United States [116].
D’autres expriment leur crainte de paraître clairement marqués dans le camp
libéral. C’est le cas de Maurice Ansiaux, doyen de l’Université libre de Bruxelles
[117],
ou du Norvégien Trygve J.B. Hoff, rédacteur en chef de
Farmand, qui se dit prêt à
mettre en place un centre à Oslo, mais souligne « que nous servirons la cause beaucoup mieux si nous ne nous lions pas officiellement avec un mouvement qui peut
être – et qui sera – caractérisé comme un mouvement politique »
[118].
Louis Rougier reçoit des lettres de félicitations des participants étrangers au
Colloque Lippmann, Michael Polanyi, qui suggère des thèmes d’études, comme le
chômage
[119], ou Wilhelm Röpke, qui regrette de ne pouvoir se rendre en
France
[120]. Mais si le Centre français compte statutairement une quarantaine de
membres étrangers, il s’agit pour la plupart de Belges (31 sur 42)
[121], ce qu’explique l’existence d’institutions comme le Congrès des Économistes de Langue Française. L’espace international du néo-libéralisme n’est donc qu’en voie de constitution
à la fin des années 1930, même si Louis Rougier a acquis une certaine notoriété et
si Gaëtan Pirou, auteur de
Néo-libéralisme, néo-corporatisme, néo-socialisme, permet, grâce aux conférences qu’il donne à l’étranger, de faire connaître les débats du
Colloque Walter Lippmann
[122].
En France, le néo-libéralisme peut être appréhendé avec plus de précision. Le
C.I.R.L. a eu une existence réelle
[123], dont témoigne le fait que lorsque l’imminence de la guerre oblige à ralentir les activités, certains s’en plaignent :
Plusieurs auditeurs, particulièrement actifs, de nos premières séances m’ont exprimé
récemment le vœu de voir nos réunions devenir si possible plus fréquentes, et en tout
cas non arrêtées par les préoccupations présentes. [...] Si nous renonçons à nos réunions en raison de nos préoccupations d’ordre général et qui dureront, sans doute
plusieurs mois, nous ne reprendrions pas l’exécution de notre programme avant longtemps [124].
Le Centre fonctionne par cooptation. Trois « niveaux » d’adhésion ont été statutairement établis : des membres fondateurs (Louis Baudin, Marcel Bourgeois,
Marie-Thérèse Génin, Étienne Mantoux, Louis Marlio, Louis Rougier, Jacques Rueff)
constituent le bureau de l’association; des membres associés participent aux recherches et aux séances plénières; de « simples » adhérents assistent uniquement à ces
dernières
[125].
Les archives n’ont pas laissé de traces de l’ensemble des procédures d’adhésion.
On dispose néanmoins d’informations qui montrent que toutes les demandes ne sont
pas également honorées. A certains, comme André Vincent, ingénieur en Alsace,
n’est adressée que de la documentation et ce bien qu’il déclare adhérer moralement
au mouvement néo-libéral
[126]. A d’autres on accorde plus d’attention, tel Léonard
Rist, fils de Charles Rist, dont Jacques Rueff écrit qu’il n’y a « que des avantages à
l’accueillir et à lui envoyer des convocations »
[127]. Dans l’ensemble, il faut pouvoir
se réclamer d’un titre ayant une image positive aux yeux des dirigeants du C.I.R.L. :
être le fils d’une personne reconnue comme faisant autorité dans le camp libéral,
être soi-même perçu comme un libéral engagé, ou déclaré libéral par l’un des membres, comme Pierre Fromont, professeur à la Faculté de droit de Rennes dont René
Courtin écrit qu’il « n’est pas un libéral aussi extrémiste que [lui] » mais [que] « c’est
un homme de bon sens »
[128].
Le C.I.R.L. recherche avant tout des adhésions « précieuses »
[129], systématiquement mises en avant, comme celles de Joseph Barthélémy, de Charles Rist,
d’André Siegfried, professeurs reconnus par les milieux politiques et économiques,
ou de Francesco Nitti, plusieurs fois ministre et Président du Conseil en Italie avant
l’arrivée au pouvoir de Mussolini. Des soutiens officiels sont également sollicités, celui
de Victor Boret, sénateur, ou de Joseph Caillaux
[130].
Il s’agit aussi de gagner d’autres milieux. Les réformistes modérés (Hyacinthe
Dubreuil), les syndicalistes non communistes (René Belin, Louis Vallon, Robert
Lacoste...), les catholiques corporatistes comme Louis Salleron, ou les militants
d’autres organisations libérales, à l’image de Pierre Lhoste-Lachaume, du Groupement de Défense des Libertés Économiques, ne sont pas écartés. Le C.I.R.L. se
présente comme un « groupe d’action politique absolument en dehors des partis »
[131], il faut donc qu’il puisse apparaître transcender les clivages traditionnels.
Et dans cette perspective, Wilhelm Röpke peut féliciter Louis Rougier d’avoir « réussi
à attirer les chefs du syndicalisme »
[132].
Relais et soutiens du néo-libéralisme
Du fait de ce recrutement différencié, plusieurs groupes peuvent être distingués
[133].
Un premier est constitué d’entrepreneurs de la seconde industrialisation
[134],
proches d’X-Crise ou des
Nouveaux Cahiers, majoritairement passés par Polytechnique et les grands corps, qui se caractérisent par un haut niveau de formation, une
forte interconnexion et un important prestige social. On compte parmi ces patrons
les plus influents des années 1930 : des leaders de la C.G.P.F. (René-Paul Duchemin,
Max Hermant, Louis Marlio, René Mayer...), du Comité central de l’organisation
professionnelle (André Monestier) et des représentants de l’aile modernisatrice
comme Auguste Detœuf. Si certains ont qualifié le Front Populaire de « temps des
ouragans »
[135] pour les patrons, les années 1938-1939 sont l’occasion d’un véritable renouveau pour le patronat et son principal syndicat, qui se réorganise et trouve
avec le gouvernement Daladier l’occasion de prendre sa revanche sur les organisations ouvrières
[136]. Ceux qui fréquentent le C.I.R.L., compte tenu de leur position,
sont sans doute parmi les premiers à en profiter. Les patrons néo-libéraux sont des
patrons dont la plus grande partie de la trajectoire est placée sous le signe du public,
au double sens, de proximité avec les instances étatiques et de visibilité, et dont le
libéralisme vise à rationaliser l’ensemble de l’économie sur le plan national et international. Ils accordent un rôle économique à l’État, son action devant, comme celle
des entreprises, être rationalisée. Défenseurs de « l’économie organisée », ou du
« néo-capitalisme » qui entend instaurer une régulation de l’activité économique (par
les ententes industrielles et les accords entre groupes) et de la vie sociale (par la
corporation ou le dialogue social), ils critiquent le libéralisme classique qu’incarnent
les professeurs de la Faculté de droit : il « restera un cas particulier applicable aux
conditions du XVIII
e et du XIX
e siècle »
[137] tant qu’il ne se fondera pas sur les pratiques
et sur une approche « empirique » des réalités économiques. Ces praticiens de l’économie importent leurs pratiques dans la théorie
[138], ce qui conduit non à une
simple rationalisation idéologique de la pratique, mais à une véritable technicisation
du libéralisme, considéré comme un art, au sens technique du terme :
Le libéralisme social constitue [...] le schéma d’un art destiné à construire un ordre
social, en tenant compte non seulement des lois de toute nature, y compris les lois
économiques, mais également des faits et surtout de l’évolution psychologique et
morale des populations du monde entier [139].
Le néo-libéralisme est conçu à la manière d’une procédure, qui utilise des instruments scientifiques, comme « la division du travail », ne fonctionnant que grâce à
« la spécialisation des aptitudes et la concentration des industries »
[140] pour établir
ordre et stabilité sociale. S’opère ainsi une dissociation entre la philosophie libérale
et l’économie organisée en tant que pratique, qui permet « de placer chaque être,
chaque chose au poste qui convient le mieux à sa nature »
[141].
Un second groupe est composé d’universitaires, dont l’appréhension du libéralisme est toute autre
[142]. Formés pour la plupart à la Faculté de droit et disposant
de lieux qui leur permettent d’affirmer une certaine homogénéité doctrinale (Congrès
des Économistes de Langue Française,
Revue d’Économie Politique par exemple),
ils ne s’écartent guère de l’orthodoxie libérale, bien que certains feignent vouloir
fonder, au-delà des clivages théoriques, une « économie politique sans doctrine »
[143]. Les fondements philosophiques du libéralisme sont censés garantir son
efficacité : le libéralisme est le seul régime pouvant permettre l’épanouissement de
l’individu, « unité première dont dérive la vie »
[144], celui qui permet le maintien de
la démocratie, car « qui tue la liberté économique tue du même coup la liberté politique et inversement »
[145] et pour le libéral, « la liberté est une fin en soi, si on
entend par là la possibilité pour tout individu de se réaliser pleinement »
[146]. C’est
au nom de la philosophie libérale qu’est contestée la volonté des patrons-ingénieurs
de rationaliser l’économie et de constituer des ententes
[147]. Cependant il serait
caricatural de faire des universitaires libéraux de simples contemplateurs de la doctrine. Les économistes « officiels » sont conscients d’une crise relative de leur profession, liée en partie à l’impossibilité de donner des solutions concrètes à la crise. Aussi
certains tentent-ils d’opérer un mouvement vers l’étude de la pratique, inverse à celui
des patrons et ingénieurs, sans doute suscité par la violence de leurs critiques
[148],
mais qui les en rapproche. Puisqu’il ne suffit pas de laisser faire le marché pour que
l’économie libérale fonctionne, il s’agit « en compliquant les hypothèses [...] de retrouver la réalité dans son illogisme et dans sa profusion [...], de retrouver l’homme de
chair, de passion et d’esprit borné qui subit des entraînements grégaires, obéit à des
croyances mystiques et ne sait jamais calculer les incidences de ses actes »
[149].
Entre le milieu universitaire et celui des patrons rationalisateurs, se dessine un
espace intermédiaire, dont les représentants, qui peuvent jouer le rôle de médiateurs,
appartiennent à la grande bourgeoisie. En témoignent des origines sociales élevées,
des lieux de résidence (17 membres du C.I.R.L. habitent le XVI
e arrondissement),
des formations (Polytechnique ou la Faculté de droit et l’École Libre des Sciences
Politiques), un niveau de diplôme rarement inférieur au doctorat, et des activités
professionnelles prestigieuses (du professeur de la Faculté de droit de Paris au patron
cumulant les sièges dans les conseils d’administration). On y trouve des individus
célèbres, qui écrivent dans la presse quotidienne (André Siegfried au
Figaro ou
Joseph Barthélémy au
Temps), souvent décorés, notamment de la Légion d’Honneur [29], inscrits au
Bottin Mondain [28] et parfois membres de hauts lieux de
reconnaissance académique, comme l’Institut de France (Joseph Barthélémy, Charles Rist, Louis Marlio et André Siegfried font partie de l’Académie des Sciences
Morales et Politiques, André Chaumeix de l’Académie Française). Ces personnalités
publiques écrivent dans les grandes revues : la
Revue bleue, libérale et universitaire,
La Revue des Deux Mondes, « bastion des autorités académiques, politiques et militaires »
[150], la
Revue de Paris, plus littéraire. Dans cette bourgeoisie honorée, se
côtoient patrons, hauts fonctionnaires, universitaires parisiens, liés par l’appartenance à des clubs mondains ou au corps enseignant de l’École Libre des Sciences
Politiques. Pour une partie de ces individus, la participation aux activités du C.I.R.L.
va « de soi ». On ne peut pas ne pas faire appel à eux, même si leur implication réelle
n’est pas garantie.
Plus surprenante peut paraître la présence de membres de la C.G.T. Ils proviennent de deux tendances distinctes. La première,
Syndicats, unie autour du journal du même nom, a pour porte-parole René Belin. Anticommuniste
[151], elle vise
à rassembler une partie des ex-confédérés. La seconde, dite « centriste », dont sont
issus Christian Pineau
[152] et Robert Lacoste, soutient la direction de Léon Jouhaux, qui s’est unie avec les communistes contre la non-intervention en Espagne
[153]. Si les positionnements des deux tendances peuvent être résumés de la
sorte, les choses deviennent d’autant plus complexes que l’on se rapproche de la
Seconde Guerre mondiale. René Belin, qui se marginalise progressivement, considère que son action se réduit « à des combats d’arrière-garde contre la grande manœuvre communiste de colonisation syndicale »
[154]. Quant à l’alliance du courant centriste avec les ex-unitaires, elle est en partie affaire de circonstances. La présence de
représentants de ces deux courants au C.I.R.L. est révélatrice de la désorganisation
interne de la C.G.T. et de l’état d’esprit d’une partie des planistes après le Front
Populaire. Selon Louis Vallon, ce dernier n’a tout simplement pas su avoir « la politique économique de sa politique sociale »
[155]. Participer aux débats sur le néo-libéralisme peut être le moyen de trouver de nouvelles voies alternatives au libéralisme
traditionnel et des appuis extérieurs au syndicat
[156], divisé, et pour qui la grève
générale du 30 novembre 1938 a été un échec. Cela ne signifie aucunement que
ces membres de la C.G.T. adhèrent pleinement au néo-libéralisme
[157]. Mais dans
un contexte de crise globale, économique, politique et internationale, alors que la
C.G.T. elle-même est en crise, les ambiguïtés du discours néo-libéral permettent des
convergences inattendues. Selon Louis Vallon, on assiste même à un :
curieux rapprochement d’idées jusqu’ici opposées que nous tenions à signaler à ceux
qui croient comme nous que dans les rudes batailles de demain, la classe ouvrière
devra, pour sauver son idéal et ses possibilités d’avenir, s’associer à tous ceux qui
défendent les valeurs essentielles de la civilisation occidentale, la liberté de l’homme et
la possibilité du progrès futur [158].
La cohabitation d’individus venant d’horizons sociaux et politiques aussi différents ne peut se comprendre qu’en relation avec une crise affectant toutes les couches
de la société. Le Front Populaire semble avoir été le déclencheur. Le néo-libéralisme
cristallise de franches oppositions, celles de professeurs d’économie, de patrons ainsi
que de dirigeants d’administrations économiques, et des déceptions, celles de jeunes
universitaires (Raymond Aron, Robert Marjolin) ou de syndicalistes. La naissance du
néo-libéralisme témoigne de la manière dont des élites traditionnelles, concurrencées
par la montée en puissance des techniciens, qu’ils soient chefs d’entreprise, ingénieurs ou syndicalistes, doivent accepter de faire des compromis face au développement d’une critique sociale qui sous des aspects multiformes conteste non seulement
le mode de production économique en vigueur, mais aussi les mécanismes qui président à la désignation des responsables politiques. Il semble qu’à bien des égards
Pierre Dieterlen ait vu juste lorsqu’il présente le Colloque Walter Lippmann comme
le « Colloque de la peur » :
Cette peur, l’actualité la légitimait : tension internationale portée à son comble par
l’affaire des Sudètes [...], séquelles de la grande dépression et son souvenir encore
vivace; le message keynésien qui venait de retentir; les théories de la maturité qui
battaient leur plein; l’inquiétude provoquée par l’expérience Roosevelt non encore
muée en confortable sévérité. L’échec du « bloc or » et les dévaluations en cascade
donnaient à réfléchir. Pour tout dire, le libéralisme avait mauvaise conscience [159].
Cependant une autre situation de crise a mis fin à l’expérience : la Seconde
Guerre mondiale. Les partisans du néo-libéralisme ont pris des orientations différentes : certains sont entrés dans la Résistance ou ont rejoint Londres (Raymond Aron,
René Courtin, Gaston Leduc, Robert Marjolin...), d’autres ont joué un rôle important
à Vichy (Joseph Barthélémy, Émile Mireaux, Henri Moysset...), certains ont choisi
de ne pas s’engager (Charles Rist) ou de s’exiler (Louis Marlio), si bien qu’au lendemain de la guerre, il ne reste plus grand-chose de l’espace né dans les années 1930.
Le néo-libéralisme connaît même un double échec : dans l’ordre des doctrines économiques d’abord, ses principaux représentants (Jacques Rueff notamment) ne bénéficiant plus de l’autorité qui était la leur avant-guerre et le néo-libéralisme étant concurrencé par une vulgate keynésienne; dans l’ordre des politiques économiques ensuite,
les réformes de la Libération semblant consacrer la victoire du planisme et de l’interventionnisme étatique
[160]. Le néo-libéralisme tend ainsi à devenir l’arme doctrinale
d’économistes libéraux traditionnels qui contestent le keynésianisme et soutiennent
les revendications du patronat contre l’intervention de l’État
[161]. Pour autant, le
néo-libéralisme n’a pas disparu. Les nationalisations, la mise en place des institutions
de l’État-Providence, la Guerre Froide ont favorisé l’apparition de nouvelles organisations. Sur le plan international est née la Société du Mont-Pèlerin; en France, le
Point de Rencontre Libéral-Spiritualiste de Pierre Lhoste-Lachaume, l’Association
de la Libre Entreprise et le Groupe de Recherches Économiques et Sociales
(G.R.E.C.S.) de Maurice Allais et Auguste Detœuf. Les Éditions de Médicis continuent à publier des ouvrages jusque dans les années 1970 et diffusent des périodiques
comme la
Nouvelle Revue de l’Économie contemporaine, dans laquelle écrivent
aussi bien certains des néo-libéraux des années 1930 que des nouveaux venus (Bertrand de Jouvenel, par exemple).
Louis Rougier, lui, n’a guère connu de consécration
[162]. Seuls Jacques Rueff,
qui voit en lui le « grand ouvrier de la restauration libérale », et Maurice Allais, qui le
qualifie de « prince de la pensée », lui accordent une place de choix au panthéon du
libéralisme
[163]. La compromission avec le régime de Vichy a en quelque sorte été
« fatale » à un « non-économiste » dans un univers idéologique qu’il a pourtant contribué à structurer. Elle est invoquée pour écarter Louis Rougier quand Friedrich Hayek
et Wilhelm Röpke fondent la Société du Mont-Pèlerin
[164]. Il n’y est admis qu’à la
fin des années 1950, au moment où il est réintégré dans l’Éducation Nationale et
où il semble retrouver une position semblable à celle qu’il occupait dans les années
1930 : en 1957 est organisé un colloque international du libéralisme économique,
qui se veut le prolongement du Colloque Lippmann
[165], et l’année suivante, Maurice Allais fait appel à Louis Rougier pour mettre sur pied le Mouvement pour une
Société Libre
[166]. Cependant, lorsqu’en 1972 il présente sa candidature au Grand
Prix André Arnoux, que décerne la très libérale Association pour la Liberté Économique et le Progrès Social pour couronner une œuvre « qui tend à mettre en relief
le rôle de la liberté économique comme facteur du progrès social et de la promotion
de l’homme »
[167], c’est un échec. L’année précédente, son dossier n’avait même
pas été examiné
[168].
[*]
Allocataire de recherche en sociologie à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales.
[(1)]
R. F. KUISEL,
Le capitalisme et l’État en France, Paris, Gallimard, 1984, p. 224 et 410-448.
Cette définition du « néo-libéralisme » a en partie été reprise dans les travaux français. Ainsi, Michel
Margairaz emploie le terme « néo-libéralisme » pour désigner dans la France des années 1930 ceux qui
« estiment que l’économie libérale [...] a fait faillite, et [qui] se montrent soucieux de sauver du capitalisme
ce qui peut encore l’être » (M. MARGAIRAZ,
L’État, les finances et l’économie. L’histoire d’une conversion 1932-1952, vol. I, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 1991,
p. 317).
[(2)]
Par exemple : B. THÉRET, « Rhétorique économique et action politique. Le néo-libéralisme comme
fracture entre l’économique et le social », in P. PERRINEAU (dir.),
L’engagement politique. Déclin ou
mutation ?, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1994, p. 313-334.
[(3)]
Les actes du Colloque Lippmann ont été publiés. Cf. C.I.R.L.,
Compte rendu des séances du
Colloque Walter Lippmann, 26-30 août 1938, Paris, Éditions de Médicis, 1939.
[(4)]
Pour un aperçu du mouvement planiste : H. NOYELLE, « Les plans de reconstruction économique
et sociale à l’étranger et en France »,
Revue d’économie politique, septembre-octobre 1934,
p. 1595-1668. Sur le planisme et la gauche, voir en particulier J. AMOYAL, « Les origines socialistes et
syndicalistes de la planification en France »,
Le Mouvement Social, avril-juin 1974 et J.-F. BIARD,
Le
socialisme devant ses choix, Paris, Publications de la Sorbonne, 1985.
[(5)]
R. COCKETT,
Thinking the Unthinkable. Think-Tanks and the Economic Counter-Revolution
(1931-1983), New York, Harper Collins, 1994, p. 57.
[(6)]
Paris, Éditions du Cheval ailé, 1945 et Paris, Grasset, 1954.
[(7)]
R. FRANK, « Vichy et les Britanniques 1940-1941 », in J.-P. AZÉMA et F. BÉDARIDA (dir.),
Vichy et
les Français, Paris, Fayard, 1992, p. 146.
[(8)]
Les archives de Louis Rougier ont été déposées au Château de Lourmarin (Provence) par sa femme
Lucie Rougier à partir de 1983. Un premier classement en a été réalisé en 1986. L’un de ses auteurs a
écrit un article sur Louis Rougier et le néo-libéralisme (T. LECOQ, « Louis Rougier et le néo-libéralisme de
l’entre-deux-guerres »,
Revue de Synthèse, avril-juin 1989, p. 241-255). Il laisse cependant de côté les
ressorts sociaux et organisationnels du néo-libéralisme pour se concentrer sur l’histoire des idées économiques. Nous avons nous-même procédé à une réorganisation et inventorié les documents concernant le
libéralisme économique en avril 2000. Ils sont désormais regroupés en 14 cartons, référencés de R1 à
R14.
[(9)]
L. VALLON, « Offensive du néo-libéralisme »,
Syndicats, 4 janvier 1939.
[(10)]
Louis Rougier est un enseignant de province dans un univers essentiellement parisien, qui s’affirme
antichrétien (voir à ce propos son ouvrage
Celse ou le conflit de la civilisation antique et du christianisme primitif, Paris, Delpeuch, 1926) et positiviste à une époque où le spiritualisme occupe encore des
positions dominantes et connaît même un renouveau dans les milieux « non conformistes ». Sur les philosophes, cf. J.-L. FABIANI,
Les Philosophes et la République, Paris, Éditions de Minuit, 1988.
[(11)]
On peut en trouver une illustration dans J.-L. LOUBET DEL BAYLE,
Les non-conformistes des
années 1930. Une tentative de renouvellement de la pensée politique française, Paris, Éditions du
Seuil, 1969,2
e éd. 1987.
[(12)]
R. ARON, « Réflexion sur les problèmes économiques français »,
Revue de Métaphysique et de
Morale, n
o 4,1937, p. 793-822.
[(13)]
L. ROUGIER,
Les mystiques économiques, Paris, Éditions de Médicis, 1938, p. 39.
[(14)]
R1, L. ROUGIER, « Le libéralisme constructif », conférence du 28 mai 1938 à l’Union pour la Vérité,
p. 1-2.
[(15)]
R3, L. ROUGIER, conférence, s.l. n.d. En 1932, il s’est rendu en U.R.S.S. à la demande d’Anatole
de Monzie; en 1934, il est chargé par la Fondation Rockefeller d’un voyage d’études sur la situation des
intellectuels en Europe Centrale.
[(16)]
R2, L. ROUGIER, « L’offensive du néo-libéralisme », conférence faite devant la Société d’Économie
Politique de Lyon, p. 1.
[(17)]
Louis Rougier a présidé en 1935 le premier congrès international de philosophie scientifique et
a publié de nombreux articles et ouvrages dans ce domaine.
[(18)]
L. ROUGIER, « Le protestantisme et le capitalisme moderne »,
Revue de Paris, 15 octobre 1928,
p. 899-926.
[(19)]
R2, L. ROUGIER, « L’offensive du néo-libéralisme »,
conf. cit., p. 3.
[(20)]
L. ROUGIER,
Les mystiques économiques,
op. cit., p. 71.
[(23)]
C.I.R.L.,
Compte rendu...,
op. cit., p. 16.
[(24)]
Terme qu’utilise L. Rougier à plusieurs reprises dans ses notes (R4).
[(25)]
M. WEBER,
Économie et Société, t. I, Paris, Presses Pocket, vol. 2,1995, p. 190.
[(26)]
L. ROUGIER,
Les mystiques économiques,
op. cit., p. 7.
[(28)]
L. ROUGIER, « L’offensive du néo-libéralisme »,
conf. cit., p. 3.
[(29)]
M. MARGAIRAZ,
L’État, les finances et l’économie,
op. cit., p. 30.
[(30)]
J.-P. LE CROM,
Syndicats nous voilà ! Vichy et le corporatisme, Paris, Éditions de l’Atelier,
1995, p. 63.
[(31)]
F. PERROUX,
Capitalisme et communauté de travail, Paris, Librairie du Recueil Sirey, 1938.
[(32)]
J.-P. LE CROM,
Syndicats nous voilà !...,
op. cit., p. 94.
[(33)]
R. KUISEL,
Le capitalisme...,
op. cit., p. 188.
[(34)]
H. NOYELLE, « Les plans de reconstruction... »,
art. cit., p. 248.
[(35)]
J. RUEFF,
La crise du capitalisme, Paris, Éditions de la Revue Bleue, 1935, p. 5-9.
[(36)]
La trajectoire de Louis Marlio a été analysée par H. MORSEL, « Louis Marlio, position idéologique
et comportement politique. Un dirigeant d’une grande entreprise dans la première moitié du XX
e siècle »,
in I. GRINBERG, F. HACHEZ-LEROY (dir.),
Industrialisation et sociétés en Europe occidentale de la fin du
XIXe siècle à nos jours. L’âge de l’aluminium, Paris, Armand Colin, 1997, p. 106-124. Ce texte est l’un
des rares à évoquer la naissance du néo-libéralisme en France et notamment le « libéralisme social » que
prône Louis Marlio. Cependant Henri Morsel se trompe à plusieurs reprises lorsqu’il évoque le colloque
Lippmann. D’une part, il reprend les informations approximatives et inexactes que donne Louis Marlio
dans l’un de ses ouvrages (
Lionel, Paris, Flammarion, 1946, p. 10) : Lionel Robbins et William Beveridge
n’ont pas assisté à la réunion. D’autre part, on ne peut pas affirmer que les relations internationales de
Louis Marlio « l’ont amené à organiser » le colloque. Louis Marlio le souligne lui-même : il s’agit « d’un
colloque que nous avions organisé quelques amis et moi »
(ibid.). Il sera, par contre, le président du Centre
International de Rénovation du Libéralisme auquel le Colloque Lippmann a donné naissance.
[(37)]
J. RUEFF,
La crise du capitalisme,
op. cit., p. 10 et 21.
[(38)]
E. ALLIX,
Annales de la Société d’Économie Politique, n
o 1, janvier 1938, p. 2.
[(39)]
O. WIEVIORKA, « Une droite moderniste et libérale sous l’occupation : l’exemple de
la Vie industrielle »,
Histoire, économie et société, 3
e trimestre 1985, p. 401.
[(40)]
Sur ce point : J.-F. BIARD,
Le socialisme devant ses choix,
op. cit.
[(41)]
IIIe conférence internationale des plans du travail, Abbaye de Pontigny, 23-24 octobre 1937,
p. 63.
[(42)]
R. KUISEL,
Le capitalisme,
op. cit., p. 224.
[(43)]
On peut en trouver une illustration dans S. LAURENT,
Daniel Halévy, Paris, Grasset, 2001,
p. 363-403.
[(44)]
Lettre de L. Rougier à R. Aron, 9 septembre 1938. Fonds Raymond Aron, Centre de recherches
politiques Raymond Aron, E.H.E.S.S. Les archives personnelles de Raymond Aron peuvent être consultées avec l’autorisation de Dominique Schnapper. La date indiquée sur la lettre de Louis Rougier
(9/9/1938) est sans doute fausse puisque les accords de Munich ont été conclus le 30 septembre. Il doit
s’agir du 9 octobre.
[(45)]
L. ROUGIER, « L’offensive du néo-libéralisme »,
Le Figaro, 29 octobre 1938.
[(46)]
F.-F. LEGUEU, « Défense et illustration de l’économie libérale »,
Le Figaro, 29 octobre 1938.
[(47)]
Louis Rougier semble avoir eu des contacts avec le gouvernement. Umberto Ricci lui écrit ainsi
le 11 juin 1939 : « Röpke [...] m’a raconté vos triomphes politiques (il faut les appeler ainsi), car non
seulement vous avez fondé un mouvement néo-libéral [...] mais vous avez été en rapport avec Paul Reynaud » (R1).
[(48)]
Il faut rappeler que l’économie n’est alors qu’une discipline auxiliaire dans les Facultés de droit et
qu’elle ne parvient que difficilement à affirmer son autonomie (L. LE VAN-LEMESLE, « L’économie politique
à la conquête d’une légitimité »,
Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n
o 47-48,1983).
[(49)]
Sur X-Crise : M. MARGAIRAZ, « Les autodidactes et les experts : X-Crise, réseaux et parcours intellectuels dans la France des années 1930 », in B. BELHOSTE, A. DAHAN-DALMEDICO, D. PESTRE, A. PICON
(dir.),
La France des X, deux siècles d’histoire, Paris, Économica, 1995, p. 169-181 et surtout O. DARD,
Jean Coutrot, de l’ingénieur au prophète, Besançon, Presses Universitaires franc-comtoises, 1999.
[(50)]
Bulletin mensuel du C.P.E.E., janvier 1938, p. 43-45.
[(51)]
P. DOMINIQUE,
Les Nouvelles Littéraires, 7 mai 1938.
[(52)]
E. SEILLIÈRE,
Le Journal des Débats, 14 mai 1938.
[(53)]
G. PIROU, « Jugements nouveaux sur le capitalisme »,
Revue d’Économie Politique, juillet-août
1938, p. 1097-1120.
[(54)]
Les éléments concernant Marie-Thérèse Génin proviennent d’une note que nous a généreusement
adressée sa nièce Béatrice Contonson ainsi que de documents relatifs à la Librairie de Médicis, dont
disposait la famille.
[(55)]
C. NICK,
Résurrection. Naissance de la Ve République, un coup d’État démocratique, Paris,
Fayard, 1998, p. 102.
[(56)]
Interview à un journal canadien, citée dans la notice que nous a remise la famille de Marie-Thérèse
Génin.
[(57)]
M.-T. GÉNIN, « Reflections on propaganda »,
The Owl, avril 1951, p. 13.
[(58)]
A. MAUROIS, préface à W. LIPPMANN,
La cité libre, Paris, Éditions de Médicis, 1938, p. 10.
[(59)]
C’est ce qui ressort de sa correspondance.
[(60)]
La femme en U.R.S.S., 1937; B. BRUTZKUS,
U.R.S.S., terrain d’expériences économiques,
1937; W. DRABOVITCH,
Le régime de l’U.R.S.S. à son 20e anniversaire, 1938.
[(61)]
Il s’agit à notre connaissance de sa première publication en langue française.
La route de la
servitude, l’un de ses plus célèbres ouvrages, sera également publié aux Éditions de Médicis en 1946.
[(62)]
Revue des Travaux de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, janvier-février 1939,
p. 138.
[(63)]
Revue des Travaux de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, septembre-octobre
1938, p. 712.
[(64)]
Annales de la Société d’Économie Politique, n
o 9,1938, p. 204.
[(65)]
Le Journal des Économistes, mars-avril 1938, p. 227.
[(66)]
Le Journal des Économistes, novembre-décembre 1938, p. 616.
[(67)]
Bulletin mensuel du C.P.E.E., novembre 1938, p. 23.
[(68)]
L. VALLON, « Offensive du néo-libéralisme »,
art. cit.
[(69)]
Annales de la Société d’Économie Politique, n
o 9,1938, p. 204.
[(70)]
G. PIROU,
Revue d’économie politique, septembre-octobre 1938, p. 93.
[(71)]
L. VALLON, « Offensive du néo-libéralisme »,
art. cit.
[(72)]
W. LIPPMANN,
La cité libre, op. cit., p. 217.
[(74)]
G. PIROU,
Revue d’Économie Politique, septembre-octobre 1938, p. 1458.
[(75)]
Bulletin mensuel du C.P.E.E., janvier 1939, p. 37.
[(76)]
Michael Polanyi, frère de Karl Polanyi, est professeur de chimie à l’université de Manchester. Il
s’oriente progressivement vers les sciences sociales et la philosophie.
[(77)]
On reprend la présentation faite officiellement lors du Colloque Lippmann. En réalité, Michael
Heilperin, né à Varsovie en 1909, a fait ses études supérieures en Suisse et y réside.
[(78)]
Lettre de L. Rougier à R. Aron, déjà citée.
[(79)]
Curieusement Raymond Aron dans ses mémoires écrit n’avoir rencontré Friedrich Hayek que
pendant la guerre par l’intermédiaire de Robert Marjolin (R. ARON,
50 ans de réflexions politiques.
Mémoires, Paris, Julliard, 1983, p. 167). Ce dernier n’évoque pas non plus le Colloque Lippmann dans
ses mémoires. Par contre, il souligne qu’à la fin des années 1930 sa trajectoire politique s’est infléchie.
Bien que restant proche des socialistes, il penche pour un « certain libéralisme économique », ce qui est
sans doute à comprendre en relation avec ses activités auprès de Charles Rist : « C’est encore un sujet
d’étonnement de constater que j’ai pu ainsi vivre, pendant deux ou trois ans, dans deux mondes complètement distincts » (R. MARJOLIN,
Le travail d’une vie, Paris, Robert Laffont, 1986, p. 63).
[(80)]
R1, Lettre des
Nouveaux Cahiers, s.d.; lettres d’A. Detœuf, s.d. Dans les deux cas il est probable
que l’année soit 1937.
[(81)]
On trouve dans ses archives des notes relatives à des conférences tenues à X-Crise (R4) et en
1939 Louis Rougier fait partie du jury chargé de remettre le prix d’X-Crise (« Le prix du Centre »,
Bulletin
mensuel du C.P.E.E., janvier 1939, p. 27).
[(82)]
Sur ce point : R. KUISEL,
Ernest Mercier, French technocrat, Berkeley, University of California
Press, 1967.
[(83)]
R. ARON, « Avant-propos de la première édition », in E. HALÉVY,
Histoire du socialisme européen, Paris, Gallimard, 1974, p. 15-17. On peut par ailleurs consulter la correspondance entre Étienne
Mantoux et Raymond Aron à l’E.H.E.S.S. (Fonds Raymond Aron, Centre de recherches politiques Raymond-Aron).
[(84)]
Sur Étienne Mantoux : V. DUCLERT, « Étienne Mantoux, le visage d’une génération intellectuelle »,
Cahiers Jean Jaurès, avril-juin 1996, p. 81-104.
[(85)]
R. MARJOLIN, « Les années 1930 »,
Commentaire, février 1985, p. 19. Pour plus de détails sur
les réseaux de Célestin Bouglé et le Centre de Documentation sociale de l’École Normale Supérieure, où
ont travaillé Raymond Aron et Robert Marjolin : A. PAJON,
Les sociologues français de l’entre-deux-guerres et la tentation du politique, thèse de doctorat d’histoire, Institut d’Études Politiques de Paris,
1997, vol. 2, p. 201 et suiv.
[(86)]
L. ROUGIER,
Les mystiques politiques contemporaines et leurs incidences internationales,
Genève, Institut universitaire des Hautes études internationales, 1937.
[(87)]
Sur ces personnalités importantes du néo-libéralisme allemand, on peut consulter la thèse publiée
de F. BILGER,
La pensée économique libérale dans l’Allemagne contemporaine, Paris, L.G.D.J., 1964.
[(88)]
V. DUCLERT, « Étienne Mantoux... »,
art. cit., p. 94.
[(89)]
S.D.N.,
L’Institut International de Coopération Intellectuelle, Paris, 1930.
[(90)]
Coopération intellectuelle, janvier-février 1938, p. 12.
[(91)]
M. HEILPERIN,
Le problème monétaire des matières premières et le rétablissement des échanges internationaux, Paris, Institut International de Coopération Intellectuelle, 1938; E. MANTOUX et
alii,
Le problème des matières premières, Paris, Institut International de Coopération Intellectuelle, 1939.
[(92)]
L’Économie internationale, juin 1937.
[(93)]
L’Économie internationale, juillet-août 1937 et août 1939.
[(94)]
I.S.R.E.S.,
Rapport d’activité, 1933-1939.
[(95)]
Ses actes ont été publiés en quatre volumes chez Domat-Montchrestien en 1937.
[(96)]
C.I.R.L.,
Compte rendu..., op. cit., p. 7.
[(101)]
G. PIROU,
Néo-libéralisme, néo-corporatisme, néo-socialisme, Paris, Gallimard, 1939, p. 62.
Gaétan Pirou est le premier auteur à avoir analysé les débats du Colloque Walter Lippmann. On retrouve
la distinction en deux pôles qu’il opère dans les thèses de droit de M. MARCULESCO,
La critique du
libéralisme d’après les auteurs néo-libéraux, Paris, Impr. de M. Lavergne, 1943 et J. CROS,
Le néo-libéralisme et la révision du libéralisme, Toulouse, 1950. Elle est contestée in : L. BAUDIN,
L’aube d’un
nouveau libéralisme, Paris, Éditions de Médicis, 1953, p. 145.
[(102)]
L. BADEL,
Un milieu libéral et européen. Le grand commerce français (1925-1948), Paris,
Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 1999, p. 372; note p. 373.
[(103)]
C.I.R.L.,
Compte rendu..., op. cit., p. 100-101.
[(105)]
R. COCKETT,
Thinking..., op. cit., p. 57; K. DIXON,
Les évangélistes du marché. Les intellectuels britanniques et le néo-libéralisme, Paris, Raisons d’agir, 1998, p. 7.
[(106)]
Sa présence est révélatrice de la complexité du positionnement des corporatistes vis-à-vis du
libéralisme. Louis Salleron, qui représente les corporations agricoles au Conseil National de Vichy sous
l’Occupation, est l’auteur après-guerre de plusieurs ouvrages sur le libéralisme économique. Dans le même
ordre d’idées, on peut citer le fait que François Perroux, partisan de la « communauté de travail », soit
statutairement membre du C.I.R.L. et proche des Éditions de Médicis. C’est là qu’il fait publier pendant
la Seconde Guerre mondiale sa série d’ouvrages intitulés
Renaître. Soulignons que la maison d’édition
de Marie-Thérèse Génin semble avoir été favorable au Régime de Vichy et, en tout cas, à la Fondation
Française pour l’Étude des Problèmes Humains (Fondation Carrel) dont François Perroux est un membre
éminent. On trouve en effet dans son catalogue, outre les travaux précités de François Perroux, deux des
Cahiers de la Fondation Carrel (les numéros 2 et 3) ainsi que l’ouvrage du médecin du travail R. BARTHE,
L’Usine, laboratoire de l’homme, Paris, Éditions de Médicis, 1943.
[(107)]
R. MASPETIOL,
L’économie paysanne, Paris, Éditions de Médicis, 1939. Cet ouvrage a été salué
dans les milieux libéraux, comme en témoigne le chaleureux accueil que lui réserve le
Journal des Économistes, parce qu’il affirme « la solidarité profonde [du monde paysan] avec les intérêts de l’ensemble
des forces économiques libres de la nation » (
Le Journal des Économistes, mars-avril 1939, p. 223).
[(108)]
E. MANTOUX, « La “théorie générale” de M. Keynes »,
Revue d’Économie Politique, novembredécembre 1937, p. 1559-1590. Étienne Mantoux se montre très critique vis-à-vis du maître ouvrage de
Keynes. Pour lui, ce dernier grâce à son « génie mystificateur » est arrivé à « la justification ésotérique des
préjugés de l’homme de la rue » (p. 1590).
[(109)]
R1, C.I.R.L., « Programme des séances d’études ».
[(110)]
R1, Lettre d’A. Piatier, 21 mars 1939.
[(111)]
R1, Lettre de R. Gibrat, 17 avril 1939.
[(112)]
R1, Lettre de R. Courtin, s.d.
[(113)]
M.-T. GÉNIN, « Le néo-libéralisme », conférence, s.l. s.d., p. 9.
[(114)]
Plusieurs lettres attestent l’envoi d’articles pour les
Cahiers. Surtout figurent dans les archives
Louis Rougier (R1) les épreuves d’un texte intitulé « La liberté et le système économique ».
[(115)]
R1, C.I.R.L., Document sans titre, 4 p.
[(116)]
R1, Lettre de W. Lippmann, 28 octobre 1938.
[(117)]
R1, Lettre de M. Ansiaux, 13 juillet 1939.
[(118)]
R1, Lettre de T.J.B. Hoff, 27 et 28 octobre 1938 et 22 novembre et 10 décembre 1938.
[(119)]
R1, Lettre de M. Polanyi, 9 février 1939.
[(120)]
R1, Lettre de W. Röpke, 21 mars 1939.
[(121)]
R1, C.I.R.L., « Statuts », 21 avril 1939.
[(122)]
R1, Lettre citée de M. Ansiaux pour la Belgique; lettres de L. von Mises, 23 février 1939 et
U. Ricci, 11 juin 1939 pour la Suisse.
[(123)]
Il semble que le C.I.R.L. a pu bénéficier du financement de la Fondation Rockefeller. Kittredge,
son représentant à Paris, fait partie des membres statutaires de l’association. Dans une lettre du 16 juin
1939, Louis Marlio invite d’ailleurs Louis Rougier à l’accompagner avec Marcel Bourgeois pour lui rendre
visite à la Fondation (R1).
[(124)]
R1, Lettre de M. Bourgeois, 21 avril 1939.
[(125)]
R1, C.I.R.L., « Statuts », 21 avril 1939.
[(126)]
R1, Lettre du 2 avril 1939 et réponse du 4 avril 1939. Sur André Vincent, l’un des futurs
responsables, auprès d’Alfred Sauvy, de l’Institut de Conjoncture, voir
Les Comptes de la puissance
publique. Histoire de la comptabilité nationale et du plan. Entretiens recueillis et présentés par F. FOUR-QUET, Paris, Encres Éditions Recherches, 1980.
[(127)]
R1, Lettre de J. Rueff, 4 avril 1939.
[(128)]
R1, Lettre de R. Courtin, 1
er mai 1939.
[(129)]
R1, L. MARLIO, « Le néo-libéralisme », conférence de presse le 15 mars 1939, p. 2.
[(130)]
R1, Lettre du secrétariat de V. Boret, 7 mars 1939 et lettre de J. Caillaux, 27 juillet 1939.
[(131)]
Lettre de L. Rougier à R. Aron, déjà citée.
[(132)]
R1, Lettre de W. Röpke, 31 mars 1939.
[(133)]
Le recrutement du C.I.R.L. a été étudié à l’aide d’outils statistiques, notamment l’analyse des
correspondances multiples et celle des réseaux sociaux. Pour plus de détails : F. DENORD,
Les origines
du néo-libéralisme en France. Genèse et structure d’une doctrine économique, mémoire de D.E.A.
de sociologie réalisé sous la direction de Rémi Lenoir, E.H.E.S.S., 2000.
[(134)]
M. LÉVY-LEBOYER (dir.),
Le patronat de la seconde industrialisation, Paris, Éditions ouvrières,
1979.
[(135)]
G. LEFRANC,
Les organisations patronales en France du passé au présent, Paris, Payot, 1976,
p. 101 et suiv.
[(136)]
Cf. P. FRIDENSON, « Le patronat français », in R. RÉMOND et J. BOURDIN (dir.),
La France et les
Français en 1938-1939, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1979 et I. KOL-BOOM,
La revanche des patrons, Paris, Flammarion, 1986.
[(137)]
A. DETŒUF, « La fin du libéralisme », in G. BRUN
et alii,
X-Crise. De la récurrence des crises
économiques, Paris, Économica, 1981, p. 76.
[(138)]
Les ententes économiques se trouvent ainsi justifiées parce qu’elles permettent d’abaisser le prix
de revient et le prix de vente, alors qu’elles s’opposent au fonctionnement concurrentiel du marché.
[(139)]
L. MARLIO,
Dictature ou liberté, Paris, Flammarion, 1940, p. 220.
[(140)]
R1, L. MARLIO, « Le néo-libéralisme », conférence de presse, p. 2.
[(141)]
L. MARLIO,
Dictature ou liberté, op. cit., p. 41.
[(142)]
Sur les économistes universitaires, se reporter aux travaux de L. LE VAN-LEMESLE et notamment
à
L’enseignement de l’économie politique en France (1860-1939), thèse de doctorat d’État, Université
Paris I, 1993. Le colloque Walter Lippmann y est évoqué (p. 867). Cependant, contrairement à ce
qu’affirme L. Le Van-Lemesle, René Courtin n’a pas participé au colloque. Il est néanmoins membre du
C.I.R.L. et fera partie de la Société du Mont-Pèlerin, dont il écrira en 1948 qu’elle est « la seule possibilité
de créer un cadre pour le néo-libéralisme » (cité in R.M. HARTWELL,
A history of the Mont Pélerin Society,
Indianapolis, Liberty Fund, 1995, p. 84).
[(143)]
J. LESCURE, « Une économie politique sans doctrine »,
Revue d’économie politique, janvierfévrier 1937, p. 28-42.
[(144)]
L. BAUDIN,
L’aube d’un nouveau libéralisme, op. cit., p. 32.
[(145)]
J. BARTHÉLÉMY, « Les expériences économiques de la Révolution Française »,
Supplément à
Réalisme économique, 26 mai 1939, p. 5.
[(146)]
E. MANTOUX, in C.I.R.L.,
Compte rendu..., op. cit., p. 22.
[(147)]
Par exemple : A. PIETTRE,
L’évolution des ententes industrielles en France depuis la crise,
Paris, Sirey, 1936.
[(148)]
Voir sur ce point L. LE VAN-LEMESLE, « La crise et l’enseignement de l’économie politique en
France : la remise en cause d’une légitimité »,
Recherches et travaux de l’I.H.E.S., novembre 1982.
[(149)]
C.I.R.L.,
Compte rendu..., op. cit., p. 17.
[(150)]
A. KARAKATSOULIS, « La Revue des Deux Mondes », in J. JULLIARD et M. WINOCK (dir.),
Dictionnaire des intellectuels français, Paris, Le Seuil, 1996, p. 972.
[(151)]
M.-F. ROGLIANO, « L’anticommunisme dans la C.G.T. : “Syndicats” »,
Le Mouvement Social,
avril-juin 1974.
[(152)]
Christian Pineau écrit par ailleurs régulièrement dans
Syndicats, notamment dans la rubrique
« Réalités économiques » entre octobre 1936 et janvier 1937.
[(153)]
J. BRUHAT, « La C.G.T. », in R. RÉMOND et J. BOURDIN (dir.),
La France et les Français en
1938-1939, op. cit., p. 170.
[(154)]
R. BELIN,
Du Secrétariat de la C.G.T. : mémoires 1933-1942, Paris, Albatros, 1978, p. 72.
[(155)]
J.-L. PANNÉ, « Louis Vallon », in J. MAITRON (dir.),
Dictionnaire biographique du mouvement
ouvrier français (1914-1939), Paris, Éditions ouvrières, t. 43,1993, p. 39.
[(156)]
On retrouve une partie de ces mêmes syndicalistes aux
Nouveaux Cahiers d’Auguste Detœuf
(cf. F. PERTHUIS,
Auguste Detœuf (1883-1947) ou l’ingénieur bâtisseur de l’impossible paix, mémoire
de D.E.A. d’histoire, Institut d’Études Politiques de Paris, 1990).
[(157)]
L. VALLON, « Une offensive idéologique du libéralisme »,
La Tribune des Fonctionnaires, 28 janvier 1939. Il écrit notamment : « Est-ce à dire que les thèses néo-libérales, défendues avec talent, nous
apparaissent comme irrésistiblement séduisantes ? Non certes ! Mais lorsqu’elles émanent d’un homme
comme Walter Lippmann, dont la probité intellectuelle et la conscience morale sont incontestées, nous
pensons qu’il ne saurait être que profitable au mouvement ouvrier de les connaître et de les discuter ».
[(158)]
L. VALLON, « De l’agenda du libéralisme au plan de la C.G.T. »,
Syndicats, 25 janvier 1939.
[(159)]
P. DIETERLEN, « Deux autocritiques du libéralisme »,
Critique, mars 1958, p. 268.
[(160)]
Sur ces deux points, voir O. DARD, « Théoriciens et praticiens de l’économie : un changement
de paradigme », in S. BERSTEIN et P. MILZA (dir.),
L’année 1947, Paris, Presses de Sciences Po, 2000,
p. 78-91.
[(161)]
L. BADEL,
Un milieu libéral et européen..., op. cit., p. 369-381.
[(162)]
On ne traite pas ici de la réception de l’œuvre de Louis Rougier dans certains cercles politiques
restreints comme ceux de la « Nouvelle Droite ». Les archives de Louis Rougier contiennent de nombreux
éléments sur ses relations avec Alain de Benoist et le G.R.E.C.E.
[(163)]
M. ALLAIS,
Louis Rougier prince de la pensée, Lourmarin de Provence, Fondation de Lourmarin R. Laurent-Vibert et Association des amis de Lourmarin, 1990 et dédicace de Jacques Rueff (Bibliothèque de Louis Rougier).
[(165)]
Centre Paul-Hymans,
Travaux du colloque international du libéralisme économique, Bruxelles, 1958.
[(166)]
M. ALLAIS,
Louis Rougier..., op. cit., p. 14.
[(167)]
Liberté économique et progrès social, n
o 4, mars 1970.
[(168)]
R14, Lettre à G. Lemonnier, 29 mai 1972. Sur Guy Lemonnier et l’A.L.E.P.S., cf. J. LÉVY,
Le
dossier Georges Albertini. Une intelligence avec l’ennemi, Paris, L’Harmattan, 1992, p. 199 et suiv.