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S'inscrire Alertes e-mail - Le Mouvement Social Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLa recherche sur le stalinisme en Allemagne
AuteurStefan Plaggenborg[*] [*] Professeur d’histoire d’Europe de l’Est à l’Université...
suitedu même auteur
A peine sommes-nous entrés dans le XXIe siècle que nous tournons notre regard vers le défunt polarité XXe siècle européen. Qu’en restera-t-il ? Ce siècle court, guerrier, révolutionnaire et sanglant en sa première moitié, marqué par la paix et la fragile des blocs dans sa seconde partie, a séparé le continent européen en deux galaxies distinctes, situation déjà dépassée depuis longtemps. C’est la Seconde Guerre mondiale qui a servi de charnière entre ces deux phases. Que Hitler ait, par sa guerre d’extermination, catapulté l’U.R.S.S. au rang de puissance mondiale reste le paradoxe de cette époque. Rétrospectivement, les dictatures nazie et soviétique constituent les forces marquantes, avant que l’Amérique entre en lice. Et pourtant : en Europe, le siècle a commencé à Petrograd en 1917 et s’est achevé à Prague, Varsovie, Budapest, Leipzig et finalement à Moscou. Le XXe siècle a été le siècle soviétique.
2 On pourrait supposer qu’en Allemagne, où il existe d’amples recherches sur le national-socialisme, se ramifiant en de nombreuses études locales, l’intérêt scientifique pour le stalinisme aurait été particulièrement marqué, sur la base de l’expérience de la dictature. Il n’en a pas été ainsi, comme nous devrons le montrer. Longtemps, l’historiographie allemande est restée étrangement muette à propos de la situation en U.R.S.S. Cela peut étonner, vu le déchaînement de l’anticommunisme en République fédérale pendant des décennies : il n’y aurait guère eu de meilleurs arguments pour la socialisation capitaliste et pour l’orientation pro-occidentale des jeunes générations qu’une explication approfondie sur le stalinisme, dans la mesure où elle était alors possible. En Allemagne de l’Ouest, personne n’a écrit une œuvre aussi approfondie (et faisant date) que How Russia is ruled de Merle Fainsod (1953).
3 Peut-être ce déficit a-t-il aussi des avantages : le titre de cet article pourrait donner au lecteur l’impression qu’il existe une historiographie nationale spécifique, allemande en l’occurrence, du stalinisme. Pour le dire d’emblée : ce problème n’existe pas. Mais il y a des contextes de recherche déterminés et des dispositions conditionnées par l’histoire qui caractérisent le milieu de la recherche ouest-allemande sur le stalinisme. C’est là que se situe à coup sûr la différence avec d’autres pays, et se détacher des circonstances suscitées par l’histoire allemande a été une question soulevée par le changement générationnel et politique dans l’ancienne République fédérale et en Europe de l’Est en 1989-1991, changement qui a aussi affecté les paradigmes scientifiques.
4 Il n’existait pas en R.D.A. de recherche sur le stalinisme digne de ce nom. Cette situation s’est prolongée après 1989. Lorsque des chercheurs ouest-allemands ont évalué, après la réunification, les facultés d’histoire des universités est-allemandes et l’Académie des Sciences, il en résulta des fermetures d’instituts entiers et des licenciements massifs d’historiennes et d’historiens. Les chaires furent occupées par des Allemands de l’Ouest, dont beaucoup attendaient un poste depuis longtemps. Lors de la restructuration, on n’a pas pensé à explorer le stalinisme dans son pays d’origine, bien que l’héritage historique de cette époque fût partout sensible en R.D.A. Cette cécité des « réformateurs » ouest-allemands en matière de politique de recherche et de formation n’a pas d’explication, mis à part le désintérêt de la majorité des historiens allemands pour l’histoire de l’Europe de l’Est en général. C’est avec lenteur que commence parmi les contemporanéistes allemands une évolution, à l’issue de laquelle, peut-être, les spécialistes « d’histoire générale » (comme on dit en Allemagne), en fait d’histoire allemande, reconnaîtront que le stalinisme représente un thème central de l’histoire contemporaine de l’Europe et le thème le plus important de l’histoire récente de la Russie et de l’Europe de l’Est. Quand il est question dans ce qui suit de l’Allemagne avant 1989, il s’agit uniquement de la R.F.A.
5 La recherche sur le stalinisme en Allemagne ne peut guère se réclamer d’une tradition. Vu d’aujourd’hui, on peut dire que les recherches systématiques, aux méthodes soignées, sur le stalinisme sont menées par la génération des historiens nés au plus tôt dans les années 1950. Si on se demande pourquoi les historiens reconnus de l’Europe orientale ou de la Russie, appartenant à la génération précédente, n’ont pas du tout étudié l’histoire soviétique après 1929 (ou pas d’une manière notable), on ne trouve aucune réponse à cette question dans la littérature existante. En outre, il faut prendre garde au fait que les chaires d’histoire est-européenne - dans les universités ouest-allemandes après 1945, il n’y avait plus de chaire spécifique consacrée à la Russie - avaient été occupées aussi par des représentants de cette Ostforschung qui s’était compromise avec le national-socialisme [1] [1] E. OBERLÄNDER (Hg. ), Geschichte Osteuropas : Zur Entwicklung...
suite. Nombre des professeurs titulaires qui, après la Seconde Guerre mondiale, ont représenté l’histoire est-européenne en Allemagne étaient originaires des régions sur lesquelles ils écrivaient. Parmi eux, les Allemands des pays baltes formaient un groupe dominant. Certains, comme Herbert Ludat, Reinhard Wittram et Werner Conze, avaient espéré faire carrière en cherchant à se rapprocher du national-socialisme et en faisant preuve d’opportunisme, voire d’une attitude ouvertement nazie : conformément à leur espoir, leur carrière s’est déroulée avec succès, par exemple à l’Université du Reich à Poznan. Bien qu’après 1945 ces historiens aient à leur actif des travaux scientifiques tout à fait notables, ils ont ressenti le besoin de se justifier à cause de leur attitude et de leur œuvre à l’époque nazie. Cette justification a été plus ou moins approfondie, la disposition à se justifier a été d’intensité diverse [2] [2] W. SCHULZE, O. G. OEXLE (Hg. ), Deutsche Historiker im Nationalsozialismus,...
suite. Il est sûr que, d’une part, ces historiens, ayant vécu la période, préféraient se consacrer à des époques plus anciennes de l’histoire esteuropéenne; d’autre part, leur implication dans le national-socialisme a peut-être eu pour résultat que l’impulsion antibolchevique n’a pas conduit à se charger des problèmes brûlants du temps présent. Au surplus, ils ont affronté avant tout la question des influences de la colonisation et de la culture allemandes en Europe orientale à des époques plus anciennes.
6 Il est caractéristique que l’histoire de l’Ostforschung et de la recherche sur l’Europe orientale après 1945 dans les universités allemandes ne soit pas encore écrite. Ce sont avant tout les remarquables continuités entre les années 1930 et l’Université ouest-allemande d’après-guerre qui ont besoin d’être soigneusement étudiées. Sans doute y a-t-il des débuts prometteurs [3] [3] E. MüHLE, « Ostforschung : Beobachtungen zu Aufstieg...
suite. Vu d’aujourd’hui, en outre, il apparaît que même les rénovateurs de la science historique allemande dans les années 1960 (les créateurs de la Sozialgeschichte et de la Gesellschaftsgeschichte) ont pendant des décennies protégé par le silence le passé de leurs maîtres, qui leur était connu. C’est seulement lors de la Journée des historiens à Francfort-sur-le-Main (1998) qu’une section a discuté pour la première fois ouvertement et publiquement de l’implication d’historiens dans le national-socialisme. La question décisive de savoir si, dans les attitudes des historiens concernés, il s’agissait d’affinités avec le nazisme ou d’adhésion, comme le pensait le spécialiste du national-socialisme Hans Mommsen (né en 1925), reste à clarifier : c’est la mission de la jeune génération [4] [4] W. SCHULZE, O. G. OEXLE (Hg. ), Deutsche Historiker. . . , op. ...
suite. Des représentants de l’histoire est-européenne, qui se sont distingués par une particulière proximité à l’égard du nazisme, n’ont pas vu explorer leur passé. La solidarité académique s’est exprimée même après 1995, lorsque Dietrich Geyer, historien renommé de la Russie, appartenant à l’ancienne génération, a remarqué que la jeune génération des historiens traitait enfin le « thème inconvenant », que les plus anciens ont tu pendant des décennies [5] [5] D. GEYER, Osteuropäische Geschichte und das Ende der kommunistischen...
suite. Le « travail tardif de clarification » aurait aussi pu commencer plus tôt.
7 Quant à la recherche sur le stalinisme, on retiendra que la science historique en République fédérale d’Allemagne, dans ce domaine aussi, a été beaucoup plus tributaire des limites historiques, de la spécificité des circonstances d’après-guerre et de la continuité du personnel que cela n’a été perceptible jusqu’à présent d’un point de vue purement scientifique. Cet état de choses caractérise la recherche allemande sur le stalinisme. Pour ces raisons, elle a pris du retard sur la soviétologie nord-américaine, en plein développement. Naturellement, d’autres facteurs jouent un rôle dans l’histoire de ce retard : l’émigration russe vers l’Amérique du Nord, les dotations plus importantes (en personnel et en argent) de la recherche sur l’Europe de l’Est et enfin le débat plus intense sur le totalitarisme, qui cherchait à comprendre le nationalsocialisme et le communisme dans une perspective comparative. Le développement de l’historiographie de la Russie (stalinisme inclus) après la guerre a donc besoin d’être historicisé, pour dégager la spécificité des conditions de naissance de la recherche sur le stalinisme en Allemagne.
8 Visiblement, les jeunes historiens se situaient dans le contexte de ces conditions de développement, au contact desquelles ils modifiaient leurs intérêts scientifiques. Le fait que la critique de l’anticommunisme occidental et des sociétés occidentales, menée de l’intérieur, le mouvement américain contre la guerre au Vietnam et les révoltes étudiantes en Europe, la réception renouvelée de Marx en Occident et le début de la politique de détente ont fait apparaître comme de moins en moins appropriée la théorie du totalitarisme, jusqu’alors couramment utilisée pour décrire les systèmes communistes, montre donc à quel point l’historiographie du stalinisme est elle-même encastrée dans l’histoire. Ce sont la rupture sociale de la fin des années 1960, le changement de paradigme dans la science historique, devenue science sociale historique (historische Sozialwissenschaft), et enfin la jeune génération d’historiens (critique à l’égard des recherches guidées par la théorie du totalitarisme), qui, tous ensemble, ont donné naissance à une série de recherches sur la Russie soviétique. Ce n’est pas par hasard qu’après la révolte étudiante de 1968, la recherche en histoire soviétique a pris cette nouvelle direction. Ce n’est pas non plus par hasard que cette recherche ne s’est pas tournée vers le stalinisme, mais vers la Révolution. Les historiens « progressistes » s’intéressaient moins au socialisme « déformé » et à la Terreur de l’ère stalinienne qu’à la question (dirigée contre les recherches antérieures) de savoir quels arrière-plans, quels processus et quels résultats sociaux on pouvait attribuer à la révolution de 1917 et aux débuts du pouvoir soviétique [6] [6] Par exemple, entre autres, H. HAUMANN, Beginn der Planwirtschaft. ...
suite. Bref : on étudiait davantage la rupture révolutionnaire que les terroristes années 1930 et le socialisme réellement existant de l’ère stalinienne (et post-stalinienne), qui n’avait pas grand-chose de bon, qu’il aurait été difficile de défendre contre les recherches antérieures et qui, peut-être, aurait radicalement remis en question des instruments d’analyse, influencés par le marxisme, qui tiraient leur légitimation particulière de l’existence d’une contre-société non capitaliste. Ainsi s’explique que le tournant scientifique, politique et générationnel de la fin des années 1960 et du début des années 1970 n’ait guère donné naissance immédiatement à des recherches productives sur le stalinisme.
9 Il est tout à fait sûr que le développement entravé de la recherche sur le stalinisme ou son inexistence après 1968 s’éclaire par la polarisation politique régnant en République fédérale, qui opposait l’ancienne génération d’historiens, pratiquant l’histoire politique comme une histoire de la domination, aux jeunes, marqués par 1968 et attachés aux méthodes de l’histoire sociale. Le relatif désintérêt pour le « socialisme déformé » de l’époque stalinienne s’explique sans aucun doute, en partie, de cette façon. Une question intéressante, mais sans réponse possible à l’heure actuelle, se pose : mènerons-nous bientôt en Allemagne un nouveau débat historique, cette fois sur l’attitude implicitement positive d’historiens de gauche à l’égard du stalinisme, violent et exterminateur, et de l’État répressif de la phase post-stalinienne ? Il vaudrait mieux en parler aujourd’hui que d’être questionné plus tard à ce sujet. On ne trouve pas en Allemagne de confrontations ou de règlements de comptes autobiographiques dans le style d’un François Furet [7] [7] F. FURET, Le passé d’une illusion, Paris, Robert Laffont...
suite ou d’un Stéphane Courtois [8] [8] S. COURTOIS (dir. ), Le livre noir du communisme, Paris,...
suite.
10 Quand la recherche sur le stalinisme commence en Allemagne (il y a donc peu de temps), elle est liée à plusieurs phénomènes de type analogue au bouleversement de la fin des années 1960. A nouveau, intervient un changement de paradigme, cette fois de l’histoire sociale à l’histoire culturelle moderne, accompagné d’un nouveau changement de génération. En outre, avec l’ouverture des archives, liée à l’effondrement de l’Union soviétique, les historiens qui étudient le stalinisme ont obtenu des possibilités de recherche inattendues. Il était presque obligatoire qu’en Allemagne aussi, l’intérêt pour l’histoire soviétique s’étende aux années 1930, peu abordées jusqu’ici.
11 Ici, cependant, tout ne doit pas être peint en noir. Naturellement, il y a eu quelques travaux. Parmi les premiers, Werner Hofmann s’est confronté au stalinisme [9] [9] W. HOFMANN, Stalinismus und Antikommunismus : Zur Soziologie...
suite. Sa performance a consisté à opposer l’historicisation du stalinisme aux interprétations (inspirées de la théorie du totalitarisme) d’une typologie de la domination statique, vraiment incapable de changer. Sociologue, Hofmann a consacré son attention à la société soviétique et à ses processus de transformation. Il l’a décrite comme objet d’évolutions, en définissant le stalinisme comme un « ordre intérieur et extérieur, excessivement orienté vers le pouvoir, d’une société déclarée en transition vers le socialisme » [10] [10] W. HOFMANN, in Was ist Stalinismus ?, op. cit. , p. 29. ...
suite. Les deux innovations introduites par Hofmann, l’historicisation et la description du stalinisme comme une société soviétique structurée par le pouvoir, ont marqué un progrès [11] [11] Cf. la reprise récente du concept de pouvoir par J. A. GETTY,...
suite. Cependant Hofmann n’a pas prolongé ses réflexions par une sociologie des relations de pouvoir dans la société stalinienne, mais achevé ses analyses, de façon caractéristique, par un chapitre sur le « dépassement du stalinisme ». L’approche marxiste, novatrice dans son potentiel explicatif sur la « sociologie de la dictature du prolétariat », a en même temps imposé au professeur de l’Université de Marbourg des contraintes dans l’analyse, qui l’ont conduit à parler des réalisations historiques durables du stalinisme même : le changement des rapports de production et la transformation de la société. A la fin des années 1960, l’interprétation de Hofmann, à fondements scientifiques et politiques, revenait à remettre le marxisme-léninisme sur ses pieds, pour le rendre fécond comme projet de société alternatif. Dans cette mesure, ce sociologue incarnait le dilemme de la recherche allemande sur l’U.R.S.S. inspirée par l’esprit de révolte de la fin des années 1960 : son exemple met en évidence une interprétation du stalinisme qui restreint elle-même ses analyses. Pourtant Hofmann a été celui qui, à contre-courant de son époque, a voulu comprendre le socialisme déformé de l’époque stalinienne et ne s’est pas tourné vers les toutes premières années post-révolutionnaires. C’est en cela aussi que réside sa place éminente. Et enfin, il s’est opposé énergiquement à une comparaison irréfléchie entre stalinisme et national-socialisme : selon lui, « il est scientifiquement indéfendable de réunir sous le super-concept de “totalitarisme” des systèmes aussi opposés que le “communisme” (ou le stalinisme) et le national-socialisme (ou le fascisme) et de les rendre comparables et cela témoigne d’une complète méconnaissance des différences fondamentales entre ces deux ordres sociaux » [12] [12] W. HOFMANN, Grundelemente der Wirtschaftsgesellschaft, Reinbek...
suite. Ce point nous occupera encore infra.
12 Hofmann n’a pu exercer d’influence durable sur la recherche [13] [13] J. HöSLER, « Der “Exzess der Macht” - Werner Hofmanns...
suite. C’est peut-être lié à sa mort prématurée en 1969. Son analyse marxiste du stalinisme, à visée politique, est aussi rejetée par ceux qui auparavant se sentaient effleurés par son inspiration et qui, en tant que « gauche ayant fait défection », se sentent maintenant plutôt attirés par l’histoire du « monde vécu des hommes » [14] [14] J. BABEROWSKI, « Briefe zum Referat von Joachim Hösler »,...
suite.
13 C’est dans la confrontation avec le modèle du totalitarisme et encore, en partie, sous l’influence de Hofmann qu’est né le volume de 1982 sur le stalinisme, publié par Gernot Erler et Walter Süss [15] [15] G. ERLER / W. SüSS (Hg. ), Stalinismus. Probleme der Sowjetgesellschaft...
suite. Ce livre a essayé de minorer l’histoire politique au profit d’une orientation vers la société soviétique sous le stalinisme. Les contributions rassemblées dans cet ouvrage, qui concernent entre autres la politique industrielle, l’agriculture, la culture, reflètent les centres d’intérêt et la situation des sources au début des années 1980. En général, elles reposent sur des matériaux peu accessibles, nulle part des documents d’archives ne sont exploités et souvent il s’agit de réflexions schématisées sous forme de thèses, parfois hypothétiques.
14 Il est certain que les travaux de Hans-Henning Schröder sur l’histoire sociale du parti bolchevique dans les années 1920-1934 [16] [16] H. -H. SCHRöDER, Arbeiterschaft, Wirtschaftsführung und...
suite sont importants et restent fondamentaux. Ces recherches sur les relations entre les membres du parti, sa composition sociale, sa politique de recrutement, les débats entre bolcheviks et la politique économique ont pu offrir pour la première fois des aperçus sur la vie interne du parti, qui jusqu’alors était plus ou moins regardé de l’extérieur, comme une organisation sociale fermée. Nous devons à Schröder d’avoir pu acquérir une vision plus approfondie des interactions entre processus politiques et processus sociaux. Il a réussi à montrer clairement comment, dans les années 1920 et aux débuts du stalinisme, les caractéristiques sociales du parti ont rendu possible l’ascension de Staline et l’emprise du phénomène stalinien. Ses deux études apportent une solide contribution aux approches qui cherchent à sonder ce qu’il y a de social dans le politique, comme Moshe Lewin l’a aussi entrepris [17] [17] M. LEWIN, The Making of the Soviet System. Essays in the...
suite. Naturellement, le deuxième volume de Schröder (1988) a souffert de la valeur documentaire limitée des matériaux publiés, déficit dont l’auteur était très conscient. Cependant ses deux études méritent le qualificatif de fondamentales et de novatrices, parce qu’il n’existe pas pour l’instant d’analyse sociale plus soigneuse du parti bolchevique. Schröder a en particulier attiré l’attention sur le phénomène des promus, qui depuis est devenu un topos de la recherche sur le stalinisme.
15 Parmi les « précurseurs » des recherches actuelles sur le stalinisme, il faut encore nommer l’étude de Robert Maier sur le mouvement stakhanoviste en 1935-1938 [18] [18] R. MAIER, Die Stachanov-Bewegung 1935-1938. Der Stachanovismus...
suite. Elle s’occupe d’un thème vraiment stalinien, à une époque où le stalinisme n’était pas encore au centre des intérêts des chercheurs. Elle montre comment le mouvement stakhanoviste a fait l’objet d’une exploitation politique, en fabriquant des boucs émissaires et en conduisant à « bouffer du spécialiste », mais a aussi créé l’anarchie dans la production. L’effet économique recherché fut mince : à cause de la discontinuité de la production, l’industrie arriva au bord de l’effondrement, ce qui était exactement le contraire de ce que les responsables politiques avaient espéré du mouvement stakhanoviste. Maier peut ainsi nous faire voir les conséquences économiques désastreuses du mouvement stakhanoviste. Outre cette vue profonde sur le quotidien de l’usine, il réussit à raconter le stalinisme de ces années sous l’angle de l’histoire sociale. Il s’agit ici de l’histoire de promus, venant des couches les plus basses de la société, et qui étaient souvent les descendants de victimes du stalinisme à ses débuts. Ici se manifeste un phénomène particulier : comment, en effet, a-t-il pu se faire que des groupes de victimes du premier stalinisme ou des personnes directement liées à ces groupes - par exemple des fils de koulaks - soient devenus ensuite de vigoureux champions du stalinisme ? Nous trouvons la réponse à cette question dans les egodocuments des années 1930 [19] [19] J. HELLBECK (Hg. ), Tagebuch aus Moskau 1931-1939, Munich,...
suite. Maier a pu aussi montrer comment ces homines novi prêts à obtenir de l’avancement ont développé un esprit de corps, qui s’exprimait aussi dans la délation visant la direction de l’entreprise. Les stakhanovistes de l’usine et la police politique travaillaient en harmonie, et même en camarades. Pour le régime, cette campagne servait d’exutoire au mécontentement accumulé, qui menaçait de se transformer brusquement en agression ouverte. Il est remarquable que les stéréotypes accusateurs qui se sont exprimés lors du procès contre Pjatakov et Radek (entre autres) aient déjà été répandus auparavant parmi les stakhanovistes. En forçant légèrement, on peut dire : les stakhanovistes se sont ouvert la voie vers les sommets par des dénonciations. A la vérité, l’espoir de diminuer ainsi l’anarchie dans la production s’est avéré être une illusion. Et l’excellent travail de Maier peut encore nous faire découvrir un autre domaine, la mentalité des stakhanovistes. L’histoire du mouvement stakhanoviste montre quelles forces le social engineering du stalinisme pouvait déployer. Pour les promus, le système stalinien rendait manifestes les possibilités de mobilité sociale. Dès lors qu’ils les utilisaient et que l’État rétribuait avec persistance leurs activités, ils se voyaient confirmés dans leurs actes et aussi justifiés par les réactions positives de l’État. Staline, en tant qu’incarnation de ce régime de mobilité sociale, devint un Guide incontesté, sur qui cette couche de promus a projeté ses souhaits et ses perspectives d’avenir, et que l’on acceptait avec reconnaissance, comme le père de l’amélioration de la société. Ainsi, il y a déjà dix ans environ que quelques spécificités fondamentales du stalinisme dans les années 1930 ont été étudiées de façon exemplaire, en s’appuyant sur le mouvement stakhanoviste. Il va de soi qu’il faut considérer comme constitutifs du stalinisme l’image de soi, la formation des identités et aussi, avant tout, le phénomène des promus, déjà décrit par Hans-Henning Schröder [20] [20] Outre les travaux déjà cités de H. -H. SCHRöDER, cf. ...
suite.
16 En dehors des études citées supra, il n’existait pratiquement pas de recherche vivante sur le stalinisme en Allemagne jusque dans les années 1990 [21] [21] A. PETER, R. MAIER (Hg. ), Die Sowjetunion im Zeichen des...
suite. C’est seulement dans la seconde moitié des années 1990 que le changement de paradigme et de génération, déjà évoqué, et l’ouverture des archives en Russie ont porté leurs fruits. L’état des connaissances et des conceptions a trouvé son expression dans deux recueils collectifs, parus en 1998 [22] [22] M. HILDERMEIER (Hg. ), Stalinismus, op. cit. ; S. PLAGGENBORG...
suite : le volume édité par l’auteur de ces lignes est plus important pour le présent article, dans la mesure où il contient les travaux de la jeune génération des historiennes et historiens du stalinisme en Allemagne. Dans l’intervalle, la recherche sur le stalinisme s’est aussi institutionnalisée. Le cercle de travail « recherche sur le stalinisme » a organisé plusieurs rencontres de travail depuis ses débuts, il y a cinq ans [23] [23] Cercle de travail « recherche sur le stalinisme » :...
suite.
17 Ces recherches récentes (des cinq ou six dernières années) sur le stalinisme se sont largement détachées des générations précédentes en termes de génération, de méthode et par leur absence de visées politiques. A nouveau, il est caractéristique que, dans ces nouvelles conditions aussi, les « historiens de 1968 » ne se soient pas exprimés sur le stalinisme, ou seulement à la marge, ou que leurs intérêts scientifiques ne se soient pas portés vers les domaines centraux de l’histoire politique et sociale du stalinisme.
18 La recherche récente sur le stalinisme, qui naturellement a reçu une très forte impulsion avec l’ouverture des archives soviétiques, ne se laisse définir ni par ses méthodes ni par ses thèmes, mais veut clarifier des problèmes, des références théoriques, des questions de méthode et, au-delà des situations empiriques, soumettre au débat diverses façons d’aborder une question [24] [24] S. PLAGGENBORG, « Die wichtigsten Herangehensweisen an...
suite. Ainsi, le spectre des travaux de recherche apparaît comme hétérogène. Cependant on discerne nettement une orientation de méthode. Ce qui prédomine, ce sont les approches d’histoire de la culture, où il est question avant tout de comportement, d’expérience historique, de formation des identités et de mentalités.
19 Le nombre de recherches qui se préoccupent des dispositions mentales des acteurs historiques à tous les niveaux de la société s’accroît. C’est ainsi que Dietmar Neutatz a écrit, sur les ouvriers des chantiers du métro de Moscou, une histoire de la société et des mentalités, qui renvoie aux questions posées par Robert Maier [25] [25] D. NEUTATZ, « Zwischen Enthusiasmus und politischer Kontrolle. ...
suite. On voit à quel point les ouvriers, hétérogènes au point de vue social, ont été intégrés au système de domination du stalinisme, où les organisations du parti, le Komsomol et les syndicats prenaient une grande importance. La forte participation des jeunes ouvriers était étonnante. Neutatz relate le degré élevé de création d’identités suscité par la participation à cette œuvre prestigieuse du socialisme. Ces résultats, vérifiés, dans un cadre temporel et spatial limité, sur une population qu’on peut embrasser du regard, font de l’enquête de Neutatz une micro-étude, qui démontre à nouveau combien était fort le potentiel d’union entre le régime et une partie de la population, à quel point les ouvriers se sont laissés corrompre en faveur du régime par les moyens les plus simples et ont accepté les normes de valeurs et les règles de comportement venues « d’en haut ». Dans une étude riche en détails, centrée sur une seule entreprise de Jaroslavl’, Gabriele Gorzka a pu recréer le quotidien d’ouvriers dans les années 1930 [26] [26] G. GORZKA, « Krasnyj Perekop. Betriebsalltag und Arbeiterinteressen...
suite. D’enthousiasme il n’y avait nulle trace, on observait plutôt de la désorganisation, des conflits entre les différents niveaux de décision dans l’entreprise et entre ouvriers, et surtout l’absence de planification dans le travail politique et culturel. Gorzka parle du refus partiel des stratégies politiques du parti. Robert Maier a pu prouver que les femmes - sauf les paysannes, qui résistaient, et que Staline a pourtant commencé à courtiser - ont apporté leur contribution au culte de Staline et que le tournant vers une politique étatique de la maternité au milieu des années 1930 a pu redonner aux femmes, dans une grande mesure, le sentiment perdu de leur propre valeur [27] [27] R. MAIER, « Die Frauen stellen die Hälfte der Bevölkerung...
suite. Susanne Conze a montré que lors de la reconstruction, après 1945, l’État a mené une politique à l’égard des femmes inspirée uniquement par les besoins de l’État et de l’économie et s’est opposé en fin de compte à tous les souhaits d’émancipation des femmes [28] [28] S. CONZE, « Weder Emanzipation noch Tradition. Stalinistische...
suite.
20 Dans le domaine de l’agriculture soviétique à l’époque de la NEP et du stalinisme, les travaux de Stephan Merl sont fondamentaux : depuis de nombreuses années, ce chercheur s’est consacré à l’histoire agraire de l’Union soviétique dans l’entre-deux-guerres. Cependant il n’a pas étudié l’agriculture et les paysans dans la perspective des « mondes de vie » [29] [29] S. MERL, Die Anfänge der Kollektivierung in der Sowjetunion...
suite. De ses études sur l’agriculture collectivisée et la dékoulakisation il ressort qu’à la fin des années 1920, la crise, d’origine interne, a poussé le régime à une fuite en avant (justifiée par l’idéologie), qui a eu des conséquences dévastatrices sur la production agricole, les milieux sociaux de la campagne, la culture rurale originelle, les traditions et les paysans eux-mêmes. Merl montre à quel point la production agricole a fortement baissé du fait de la campagne de collectivisation, comment et pourquoi l’État en est venu à liquider le seul groupe de la paysannerie produisant des surplus; il montre aussi que la dékoulakisation a fait des milliers de victimes. Il est sûr que ces recherches d’histoire économique et sociale peuvent être considérées comme fondamentales en ce qui concerne la situation à la campagne.
21 A côté des ouvriers, des femmes, des paysans et des intellectuels [30] [30] D. BEYRAU, Intelligenz und Dissens. Die russischen Bildungsschichten...
suite, la jeunesse aussi est entrée récemment dans le champ visuel des historiens [31] [31] C. KUHR-KOROLEV, S. PLAGGENBORG, M. WELLMANN (Hg. ), Sowjetjugend...
suite. Contrairement à l’image caricaturale d’une jeunesse soviétique enthousiaste, donnée par la propagande, il devient de plus en plus clair que l’histoire de la jeunesse ressemble beaucoup plus à une histoire d’abandon social et psychique, de frustration, de suicides, de désespoir et de misère morale, marquée par des tentatives du régime pour discipliner et influencer les jeunes, et par la réaction d’opposition de ces derniers. Dans les années 1930, le régime politisait et criminalisait les formes de comportement des jeunes. Ainsi, le conflit latent de générations s’est transformé en problème de pouvoir, les déviances des jeunes étant étiquetées comme des déviations dangereuses pour la société.
22 Dans divers articles, Jörg Baberowski s’est livré à des variations sur le thème du stalinisme comme phénomène impérial [32] [32] J. BABEROWSKI, « Stalinismus als imperiales Phänomen. ...
suite. Il décrit comment le stalinisme a essayé, par des moyens terroristes, de moderniser l’Asie centrale « arriérée » et, ce faisant, n’a pas seulement employé des stratégies contre-productives, mais encore obtenu le contraire de ce qu’il espérait. La façon de « coloniser les mondes vécus » (Habermas) a pris une forme violente, la politique d’homogénéisation des situations a cherché à briser les contextes et les relations sociales originels et transmis par tradition orale. Dans ses effets, le stalinisme apparaît aussi comme un résultat de l’incursion des circonstances empiriques régnant à la périphérie dans la pensée unifiante du centre de l’Empire (Moscou). Cette polarité n’a pu être « résolue » que par la violence. Dans un article impressionnant, Corinna Kuhr a décrit les ravages survenus lorsque la Terreur a provoqué des conséquences sociales que le régime a essayé de résoudre, comme d’habitude, par voie administrative [33] [33] C. KUHR, « Kinder von “Volksfeinden” als Opfer des...
suite. Sur l’exemple des enfants d’ennemis du peuple arrêtés, Kuhr explique les ruptures biographiques vécues par les victimes, et avant tout le cynique système de prise en charge des enfants que l’État stalinien avait désignés pour le rôle de victimes. Dans ce cas, se manifestent les effets de multiplication incontrôlables des actions de l’État, qui non seulement détruisaient des vies et, à la longue, des mondes vécus, mais démontrent aussi l’incapacité du régime à traiter de façon adéquate les problèmes qu’il avait lui-même provoqués.
23 Toute recherche sur le stalinisme doit se poser la question suivante : qu’est-ce qui distingue les années 1928-1953 des périodes antérieures et postérieures de l’histoire ? Il est manifeste que les éléments structurels fondamentaux de l’Union soviétique ont été créés à l’époque stalinienne. Il est aussi évident que tous les problèmes décisifs de l’ère post-stalinienne étaient liés au maintien des structures du stalinisme. L’histoire post-stalinienne de l’U.R.S.S. est une tentative pour sortir du stalinisme, et cela vaut aussi pour l’imperium soviétique, qui se forme à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et dont les traits fondamentaux ont aussi été dessinés au temps de Staline. C’est pourquoi, au lendemain de l’enterrement de Staline, certains excès des années précédentes ont été éliminés et, avant tout, une amnistie partielle proclamée pour les détenus des camps [34] [34] V. NAUMOV (Hg. ), Lavrentij Berija, 1953. Stenogramma ijul’skogo...
suite. Cependant les piliers du système, mis en place dans les années 1930, restèrent inchangés. Pourtant c’est la Terreur qui distingue le stalinisme de la période postérieure à 1954 (cette année est choisie avec circonspection, parce que l’assassinat de l’assassin Beria en décembre 1953 se situe dans la continuité de la violence stalinienne, bien que Staline soit mort, comme on sait, en mars de la même année). La Terreur est l’élément central du stalinisme, si l’on songe que les rapports de propriété, l’économie planifiée, l’agriculture collectivisée, la domination du parti unique, le culte de la personnalité, l’idéologie et les appareils de répression ne se limitent pas à la seule période 1928-1953.
24 La recherche a pris en considération la question de la Terreur stalinienne avant même la publication en allemand du Livre noir du communisme (1998) [35] [35] S. COURTOIS (dir. ), Le livre noir. . . , op. cit. ...
suite. Merl, Maier, Schröder ont traité de cette composante centrale du stalinisme, chacun avec sa perspective et ses centres d’intérêt scientifique. Dans les deux volumes sur le stalinisme parus en 1998, les questions de la Terreur sont représentées de manière marquante [36] [36] M. HILDERMEIER (Hg. ), Stalinismus. . . , op. cit. ; S. PLAGGENBORG...
suite. En Allemagne, le Livre noir du communisme a suscité un débat moins animé qu’en France [37] [37] S. CREUZBERGER, I. MANNTEUFEL, J. UNSER, « Kommunismus...
suite. Nicolas Werth a essayé d’y décrire la Terreur en U.R.S.S. comme un principe courant de l’entre-deux-guerres soviétique [38] [38] N. WERTH, « Un État contre son peuple », in S. COURTOIS...
suite. Il serait tout à fait inadéquat de répéter ici aux lecteurs français les explications de Werth. Mais on doit évoquer un problème.
25 Werth a décrit la Terreur en Union soviétique comme un phénomène continu, contradictoire et non linéaire, qui ne commence pas seulement avec le stalinisme à la fin des années 1920. Pourtant, bien qu’il différencie les ruptures et les contradictions des cycles de violence léninien et stalinien, la Terreur est pour lui une forme de domination ayant pour dynamique propre le goût pour la poigne. Werth attribue clairement la responsabilité historique de cette Terreur aux dirigeants bolcheviques. Staline lui-même a assez souvent institué la Terreur à des fins de pouvoir. Le problème n’est pas tant celui des initiateurs et des responsables d’actes terroristes; il s’agit plutôt de savoir comment on peut expliquer la violence comme trait fondamental de l’histoire soviétique des années 1917-1953, en allant au-delà des descriptions empiriques de Werth. La Terreur n’était pas seulement un procédé pour assurer la domination, établi et exécuté par quelques-uns, mais aussi un principe d’action traversant toute la société. En outre, dans la description de la violence comme Terreur, se dissimule l’hypothèse de base, implicite, que la situation en U.R.S.S. se laisse réduire à l’opposition entre dominants et dominés. Mais cette dichotomie se dissout très vite, quand on jette un regard sur les formes de déroulement de la violence. Ce n’est qu’en séparant les concepts qu’apparaissent des perspectives différentes : la Terreur est une technique de domination, la violence est une pratique (Praxis) sociale, qui fait partie des dispositions des acteurs historiques. C’est pourquoi on a essayé de décrire le « stalinisme comme histoire de la violence » : une violence naissant des tendances historiques de la révolution et de la guerre civile, qui, en tant que violence révolutionnaire, a été usurpée par le régime bolchevique pour être désormais instituée contre les ennemis de la révolution, définis à chaque fois en fonction des besoins. L’État a institutionnalisé la violence. La violence révolutionnaire des masses est devenue violence révolutionnaire au nom des masses. Dans le stalinisme, la violence était liée au droit et à la Justice, à la pratique pénale, à l’imposition de la discipline et à la modernisation. C’est justement ce dernier aspect qui a contribué de façon essentielle à l’accélération et à la radicalisation des formes de violence. Recommandons à tous les partisans de la théorie de la modernisation l’étude de l’Union soviétique, afin de connaître le visage de Janus du progrès présumé et de l’anéantissement des économies et des mondes vécus traditionnels, des traditions et des relations sociales héritées [39] [39] S. PLAGGENBORG, « Gewalt und Militanz in Sowjetrussland...
suite.
26 Finalement, la violence n’est pas restée l’affaire de l’État. La science historique ne pourra pas esquiver la question des coupables. Les rapports entre coupables, participation, résistance, refus (et les nombreuses nuances entre ces attitudes) sont des questions centrales du stalinisme. En tout cas, la résistance ne doit pas être surestimée. Elle existait à la double périphérie de l’Empire soviétique : d’une part, aux marges géographiques; d’autre part, dans la population rurale périphérique de Russie intérieure, « arriérée » au point de vue idéologique, culturel et économique. Pourtant, après la collectivisation et la dékoulakisation, la résistance s’est affaiblie ou s’est dissimulée derrière des formes de refus. Le stalinisme a fait des millions de victimes, mais n’a produit aucune résistance notable. Cela signifie que la société soviétique ne doit être décrite ni comme soumise, livrée au communisme de commandement, ni comme s’opposant massivement. C’était plutôt une société qui, pour une grande part, utilisait, avec une tendance à approuver le système, les marges d’action inhérentes à la conception révolutionnaire du chef et qui s’arrangeait, fermait en partie les yeux sur l’extermination de femmes et d’hommes et y prenait part. Ce consensus fondamental a été une force historique, car sans lui le stalinisme n’aurait pu devenir un phénomène de masse. Finalement, le stalinisme était dans les têtes [40] [40] S. PLAGGENBORG, « Stalinismusforschung : wie weiter ? »,...
suite.
27 On a aussi pris en considération l’histoire culturelle du stalinisme [41] [41] H. GüNTHER, Der sozialistische übermensch. M. Gor’kij...
suite. Au-delà, quelques recherches se tournent vers les formes de représentation du régime. Le culte de Staline [42] [42] B. ENNKER, « Politische Herrschaft und Stalinkult 1929-1939 »,...
suite en fait partie; voir aussi une étude sur les fêtes officielles à Voronez˘ à la fin des années 1920 et au début des années 1930 [43] [43] M. ROLF, Fest und Herrschaft. Das sowjetische Massenfest...
suite. Il existe également des travaux sur la situation des émigrants communistes en U.R.S.S. dans les années 1930 [44] [44] C. TISCHLER, Flucht in die Verfolgung. Deutsche Emigranten...
suite.
28 Cette vue d’ensemble, qui ne reflète que de façon schématisée la diversité thématique et les centres d’intérêt de la recherche sur le stalinisme en Allemagne, indique pourtant, au moins, que les études sur la domination politique, jadis représentées de façon notable, sont passées de mode. En outre, la comparaison entre nationalsocialisme et stalinisme, également menée autrefois à l’aide des catégories analytiques de la théorie totalitaire, pose un problème, qui s’aggrave [45] [45] Cf. le point de vue critique exprimé dernièrement par...
suite : les niveaux de comparaison esquissés par cette théorie ne sont pas envisagés par les études citées supra. Au lieu de cela, elles soulignent implicitement que le stalinisme est d’une autre espèce. En outre, rappelons-nous la constatation de Hofmann, pour qui les deux systèmes étaient incompatibles, affirmation qui reposait déjà sur la critique de la théorie du totalitarisme. D’un autre côté, la science historique est prise dans un piège depuis la querelle des historiens allemands en 1986 [46] [46] « Querelle des historiens » : cf. Die Dokumentation...
suite : elle se défendait (et se défend de moins en moins) contre la comparaison entre les deux dictatures, et pourtant on exige d’elle ce devoir. On ne peut se débarrasser des provocations des historiens « de droite » par des références lapidaires à l’incomparabilité des deux régimes : il faut y répondre sur le plan scientifique. Le Livre noir du communisme, qui, dans ses rudes affirmations globales (à coup sûr, la contribution de Werth est encore l’une des plus mesurées), a moins fécondé le questionnement scientifique qu’il n’a, surtout, prêté main-forte à la démonisation du communisme en s’appuyant sur les chiffres et sur une approche anhistorique, ne peut revendiquer une autorité papale (et n’en a pas le droit), en tant que « manuel de la politique communiste d’extermination ». Mais que doit-on comparer ? et quelles sont les catégories de l’analyse comparative ? Comment l’analyse comparative peut-elle rendre compte des sources historiques, des voies de développement, des structures sociales différentes, des processus différents qui modèlent la société, des soutiens inégaux aux deux régimes, de l’inégal niveau d’industrialisation, des idéologies différentes, de la Terreur, des définitions des ennemis et de la durée différente des deux systèmes, pour se limiter à quelques aspects ?
29 Il n’est sûrement pas fortuit que trois conférences sur « Domination nationalsocialiste et domination stalinienne. Possibilités et limites de la comparaison » (Hambourg, 1994-1995) [47] [47] Organisées par la Forschungsstelle zur Geschichte des Nationalsozialismus...
suite aient abouti à la conclusion que, certes, les deux régimes présentaient des ressemblances au niveau superficiel de la domination, mais qu’on pouvait à peine trouver des dénominateurs communs dans l’histoire du développement de ces régimes. C’est vrai aussi, précisément, pour la Terreur et la violence [48] [48] D. DAHLMANN, G. HIRSCHFELD (Hg. ), Lager, Zwangsarbeit, Vertreibung...
suite. Le stalinisme a déployé en temps de paix un potentiel d’extermination qui cherche son égal. Le marxisme-léninisme, même dans sa version stalinienne, n’était pas une idéologie d’extermination, mais en pratique il était violent. Il n’y avait pas de racisme stimulé par l’idéologie, pas d’installations industrielles d’extermination et pas de guerre contre un ennemi extérieur pour déchaîner l’extermination. Et pourtant, le stalinisme a exterminé des vies humaines à une échelle gigantesque. Dans ces conditions, que reste-t-il d’autre que la comparaison du nombre des victimes, qui ne peut donner aucune réponse à la question « d’où cela vient-il » ? C’est là que se manifestent les limites de l’analyse du best-seller Livre Noir. Pour cette raison, disons encore une fois que la recherche sur la violence ne peut rester à l’état d’apologies, de positivisme empirique ou de contextes d’explication quasi-religieux [49] [49] D. DINER, « Gedächtnis und Erkenntnis : Nationalsozialismus...
suite, mais que la caractéristique centrale des deux dictatures, les crimes contre l’humanité échappant en apparence à toute rationalité, doit être historicisée, et ce avec les méthodes dont dispose la science historique moderne.
30 Il est douteux que les aspects comparatifs immédiats soient scientifiquement féconds quand, en gros, ils débouchent sur l’idée que les conditions sociales étaient le plus souvent incompatibles, mais qu’il y avait des analogies dans certains domaines de la culture (de la politique culturelle) et de l’autoreprésentation de ces régimes, et que des procédés différents dans les deux États pouvaient conduire à des résultats semblables [50] [50] M. VETTER (Hg. ), Terroristische Diktaturen im 20. Jahrhundert. ...
suite. En tout cas, la comparaison, branche un peu passée de mode d’une discipline historique de plus en plus spécialisée, n’a jusqu’à présent pas pu apporter sur nazisme et stalinisme le surplus de connaissance nécessaire pour écrire une histoire intégrée du XXe siècle en Europe, où les dictatures exterminatrices en Allemagne et en Union soviétique, ainsi que leurs radiations respectives dans d’autres sociétés européennes, tiennent une place centrale.
31 Mais ce sera le point de contact de l’historiographie des deux régimes : insérer les deux dictatures sanglantes dans une histoire des crises de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Ainsi, peuvent apparaître plus clairement les dispositions historiques et les cadres du devenir de ces régimes, qui - face à certaines similitudes et analogies structurelles - ont cependant trouvé des réponses très différentes aux dispositions historiques très différentes de la Russie et de l’Allemagne, mais peuvent être considérés comme des régimes de réponse à la crise de la modernité. Cette approche permet de décrire une cohérence des origines historiques des deux régimes, issus de la crise européenne, sans niveler pour autant les voies de développement spécifiquement allemandes ou russes, par exemple les traditions révolutionnaires du peuple. Dans les premiers discours soviétiques sur « l’homme nouveau » et la société de l’avenir, la perception du monde ne se manifeste que trop clairement : la transformation cognitive des hommes, le dressage et la fonctionnalisation des corps humains, les phénomènes de crise du monde moderne, la technicisation de l’avenir, la pénétration de la science dans le quotidien, la désindividualisation [51] [51] S. PLAGGENBORG, Revolutionskultur, Menschenbilder und kulturelle...
suite. En outre - c’est aussi important, car, dans le cas de la Russie soviétique, il s’agissait d’un redoublement de la crise - l’histoire soviétique a commencé à une époque de complète décomposition des structures et de perte de la tradition, qui ont rendu impossible la formation de pouvoirs civilisateurs de veto contre la dissolution générale [52] [52] S. PLAGGENBORG, « Grundprobleme der Kulturgeschichte der...
suite. Dans le cas de la Russie soviétique, en plus, la monstrueuse polarité du capitalisme et du socialisme a conduit à la contre-modernité dévastatrice du stalinisme.
32 Après la réunification, la science historique allemande a encore pris une nouvelle dimension comparative : il s’agit de la comparaison entre la R.D.A. et l’Union soviétique. A un premier stade, celui du triomphe politique et de l’exaltation scientifique, les chercheurs ouest-allemands pensaient pouvoir insérer la R.D.A. dans une comparaison avec le stalinisme et le national-socialisme et ont même créé un Institut à cette fin, en Allemagne de l’Est, ce qui ne manque pas de sel [53] [53] Institut Hannah Arendt pour la recherche comparative sur...
suite. Mais il est vite apparu que cette comparaison reposait sur des bases scientifiques faibles, parce que la situation n’était pas comparable. Les intentions politiques qui ont présidé à cette entreprise ont vite provoqué une crise, qui a conduit l’Institut au bord de la disparition [54] [54] Frankfurter Allgemeine Zeitung, 10 janvier 2000; 14 janvier...
suite.
33 Les liens entre le stalinisme et la zone soviétique d’occupation/R.D.A. concernent les premières années et l’établissement de la domination communiste dans cette zone d’occupation [55] [55] H. ADOMEIT, Imperial Overstretch : Germany in Soviet...
suite. Il se révèle difficile d’apprendre quelque chose sur le stalinisme grâce aux recherches concernant la R.D.A. après 1953, du seul fait que l’U.R.S.S. a quitté le stade du stalinisme, sans toutefois rompre de nombreuses continuités structurelles. C’est en 1953, au plus tard en 1956 qu’a commencé la déstalinisation de l’Union soviétique, asynchrone dans les divers secteurs. Elle a échoué, ce qui a finalement abouti à l’effondrement de tous les piliers du système. La conclusion de tout cela fut l’écroulement complet du système [56] [56] S. PLAGGENBORG (Hg. ), Handbuch der Geschichte Russlands,...
suite.
Notes
[ *] Professeur d’histoire d’Europe de l’Est à l’Université de Marbourg. Traduit de l’allemand par Jean-Paul DEPRETTO.
[ (1)] E. OBERLÄNDER (Hg.), Geschichte Osteuropas : Zur Entwicklung einer historischen Disziplin in Deutschland, Österreich und der Schweiz 1945-1990, Stuttgart, 1992.
[ (2)] W. SCHULZE, O.G. OEXLE (Hg.), Deutsche Historiker im Nationalsozialismus, FrancfortsurleMain, 1999.
[ (3)] E. MÜHLE, « Ostforschung : Beobachtungen zu Aufstieg und Niedergang eines geschichtswissenschaftlichen Paradigmas », Zeitschrift für Ostmitteleuropaforschung, 46,1997, p. 317-350.
[ (4)] W. SCHULZE, O.G. OEXLE (Hg.), Deutsche Historiker..., op. cit.
[ (5)] D. GEYER, Osteuropäische Geschichte und das Ende der kommunistischen Zeit, Heidelberg, 1996, p. 29.
[ (6)] Par exemple, entre autres, H. HAUMANN, Beginn der Planwirtschaft. Elektrifizierung, Wirtschaftsplanung und gesellschaftliche Entwicklung Sowjetrusslands 1917-1921, Düsseldorf, 1974; G. MEYER, Studien zur sozialökonomischen Entwicklung Sowjetrusslands 1921-1923 : die Beziehungen zwischen Stadt und Land zu Beginn der Neuen Ökonomischen Politik, Cologne, 1974; R. LORENZ, Sozialgeschichte der Sowjetunion, Francfort-sur-le-Main, 1976; S. MERL, Der Agrarmarkt und die Neue Ökonomische Politik : die Anfänge staatlicher Lenkung der Landwirtschaft in der Sowjetunion 1925-1928, Munich, etc., 1981; U. BRÜGMANN, Die russischen Gewerkschaften in Revolution und Bürgerkrieg 1917-1919, Francfort-sur-le-Main, 1972; les théories du droit de Pas˘ukanis et Stuc˘ka ont été publiées en allemand.
[ (7)] F. FURET, Le passé d’une illusion, Paris, Robert Laffont et Calmann-Lévy, 1995.
[ (8)] S. COURTOIS (dir.), Le livre noir du communisme, Paris, Robert Laffont, 1997.
[ (9)] W. HOFMANN, Stalinismus und Antikommunismus : Zur Soziologie des Ost-West-Konflikts, Francfort-sur-le-Main, 1969, p. 9-127; F. DEPPE, G. MEYER (Hg.), Was ist Stalinismus ?, Heilbronn, 1984 : nouvelle édition du chapitre correspondant du livre précédent.
[ (10)] W. HOFMANN, in Was ist Stalinismus ?, op. cit., p. 29.
[ (11)] Cf. la reprise récente du concept de pouvoir par J.A. GETTY, « Afraid of Their Shadows : The Bolshevik Recourse to Terror, 1932-1938 », in M. HILDERMEIER (Hg.), Stalinismus vor dem Zweiten Weltkrieg. Neue Wege der Forschung, Munich, 1998, p. 169-191; S. PLAGGENBORG, « Gewalt im Stalinismus. Skizzen zu einer Tätergeschichte », ibid., p. 193-207.
[ (12)] W. HOFMANN, Grundelemente der Wirtschaftsgesellschaft, Reinbek b. Hamburg, 1969, p. 117 et suiv.
[ (13)] J. HÖSLER, « Der “Exzess der Macht” - Werner Hofmanns Stalinismusverständnis und seine Rezeption », in H. CLASS et al. (Hg.), Werner Hofmann, Gesellschaftslehre in praktischer Absicht, Marbourg, 1999, p. 131-145; G. MEYER, « Sozialismus-Stalinismus », ibid., p. 153-176.
[ (14)] J. BABEROWSKI, « Briefe zum Referat von Joachim Hösler », ibid., p. 147 et suiv.
[ (15)] G. ERLER /W. SÜSS (Hg.), Stalinismus. Probleme der Sowjetgesellschaft zwischen Kollektivierung und Weltkrieg, Francfort-sur-le-Main-New York, 1982.
[ (16)] H.-H. SCHRÖDER, Arbeiterschaft, Wirtschaftsführung und Parteibürokratie während der Neuen Ökonomischen Politik. Eine Sozialgeschichte der bolschewistischen Partei 1920-1928, Berlin, 1982; Industrialisierung und Parteibürokratie in der Sowjetunion. Ein sozialgeschichtlicher Versuch über die Anfangsphase des Stalinismus (1928-1934), Berlin, 1988.
[ (17)] M. LEWIN, The Making of the Soviet System. Essays in the Social History of Interwar Russia, New York, 1985.
[ (18)] R. MAIER, Die Stachanov-Bewegung 1935-1938. Der Stachanovismus als tragendes und verschärfendes Moment der Stalinisierung der sowjetischen Gesellschaft, Stuttgart, 1990.
[ (19)] J. HELLBECK (Hg.), Tagebuch aus Moskau 1931-1939, Munich, 1996.
[ (20)] Outre les travaux déjà cités de H.-H. SCHRÖDER, cf. son article « Neue Arbeiter und neue Bürokraten. Gesellschaftlicher Wandel als konstituierendes Element von “Stalinismus” in den Jahren 1928-1934 », Vierteljahresschrift für Wirtschafts- und Sozialgeschichte, 73,1986, p. 488-519.
[ (21)] A. PETER, R. MAIER (Hg.), Die Sowjetunion im Zeichen des Stalinismus, Cologne, 1991.
[ (22)] M. HILDERMEIER (Hg.), Stalinismus, op. cit.; S. PLAGGENBORG (Hg.), Stalinismus : Neue Forschungen und Konzepte, Berlin, 1998.
[ (23)] Cercle de travail « recherche sur le stalinisme » : centre organisationnel à Marbourg (adresse électronique : ooo oeg@mailer. uni-marburg. de). La rencontre de janvier 2001 avait pour thème la question des coupables et des complices du stalinisme.
[ (24)] S. PLAGGENBORG, « Die wichtigsten Herangehensweisen an den Stalinismus in der westlichen Forschung », ibid., p. 13-33.
[ (25)] D. NEUTATZ, « Zwischen Enthusiasmus und politischer Kontrolle. Die Arbeiter und das Regime am Beispiel von Metrostroj », ibid., p. 185-208; « Arbeiterschaft und Stalinismus am Beispiel der Moskauer Metro », in M. HILDERMEIER (Hg.), Stalinismus..., op. cit., p. 99-117. Sa monographie consacrée à ce thème est sous presse.
[ (26)] G. GORZKA, « Krasnyj Perekop. Betriebsalltag und Arbeiterinteressen am Beispiel der Textilarbeiterschaft in Jaroslavl’in den 1930er Jahren », in S. PLAGGENBORG (Hg.), Stalinismus..., op. cit., p. 209-242.
[ (27)] R. MAIER, « Die Frauen stellen die Hälfte der Bevölkerung unseres Landes. Stalins Besinnung auf das weibliche Geschlecht », ibid., p. 243-266.
[ (28)] S. CONZE, « Weder Emanzipation noch Tradition. Stalinistische Frauenpolitik in den vierziger Jahren », ibid., p. 293-320; Sowjetische Industriearbeiterinnen in den vierziger Jahren. Die Auswirkungen des Zweiten Welktrieges auf die Erwerbstätigkeit von Frauen in der U.d. S.S.R. 1941-1950, Stuttgart, 2001.
[ (29)] S. MERL, Die Anfänge der Kollektivierung in der Sowjetunion 1928-1930. Der Übergang zur staatlichen Reglementierung der Produktions- und Marktbeziehungen im Dorf, Wiesbaden, 1985; Sozialer Aufstieg im sowjetischen Kolchossystem der 30er Jahre ? Über das Schicksal der bäuerlichen Parteimitglieder, Dorfsowjetvorsitzenden, Posteninhaber in Kolchosen, Mechanisatoren und Stachanovleute, Berlin, 1990; Bauern unter Stalin. Die Formierung des sowjetischen Kolchossystems 1930-1941, Berlin, 1990.
[ (30)] D. BEYRAU, Intelligenz und Dissens. Die russischen Bildungsschichten in der Sowjetunion 1917-1985, Göttingen, 1993.
[ (31)] C. KUHR-KOROLEV, S. PLAGGENBORG, M. WELLMANN (Hg.), Sowjetjugend 1917-1941. Generation zwischen Revolution und Resignation, Essen, 2001.
[ (32)] J. BABEROWSKI, « Stalinismus als imperiales Phänomen. Die islamischen Regionen der Sowjetunion 1920-1941 », in S. PLAGGENBORG (Hg.), Stalinismus..., op. cit., p. 113-150; « Stalinismus an der Peripherie. Das Beispiel Azerbajdz˘an 1920-1941 », in M. HILDERMEIER (Hg.), Stalinismus..., op. cit., p. 307-335; cf. aussi divers articles ultérieurs du même auteur sur ce thème, dont la dernière synthèse figure dans « Entweder für den Sozialismus oder nach Archangel’sk ! Stalinismus als Feldzug gegen das Fremde », Osteuropa, 50,2000, cahier 6, p. 617-637.
[ (33)] C. KUHR, « Kinder von “Volksfeinden” als Opfer des stalinistischen Terrors 1936-1938 », in S. PLAGGENBORG (Hg.), Stalinismus..., op. cit., p. 391-418.
[ (34)] V. NAUMOV (Hg.), Lavrentij Berija, 1953. Stenogramma ijul’skogo plenuma C.K. K.P.S.S. i drugie dokumenty, Moscou, 1999.
[ (35)] S. COURTOIS (dir.), Le livre noir..., op. cit.
[ (36)] M. HILDERMEIER (Hg.), Stalinismus..., op. cit.; S. PLAGGENBORG (Hg.), Stalinismus..., op. cit.
[ (37)] S. CREUZBERGER, I. MANNTEUFEL, J. UNSER, « Kommunismus und Terror. Das “Schwarzbuch des Kommunismus” - Hauptthesen und - Argumente », Osteuropa, 50,2000, cahier 6, p. 585-592, avec des données sur le débat allemand.
[ (38)] N. WERTH, « Un État contre son peuple », in S. COURTOIS (dir.), Le livre noir..., op. cit.
[ (39)] S. PLAGGENBORG, « Gewalt und Militanz in Sowjetrussland 1917-1929 », Jahrbücher für osteuropäische Geschichte, 44,1996, p. 409-430; « Weltkrieg, Bürgerkrieg, Klassenkrieg : Mentalitätsgeschichtliche Versuche über die Gewalt in Sowjetrussland », Historische Anthropologie, 3,1995, p. 493-505; « Stalinismus als Gewaltgeschichte », in S. PLAGGENBORG (Hg.), Stalinismus..., op. cit., p. 71-112.
[ (40)] S. PLAGGENBORG, « Stalinismusforschung : wie weiter ? », ibid., p. 443-452; « Gewalt im Stalinismus. Skizzen zu einer Tätergeschichte », in M. HILDERMEIER (Hg.), Stalinismus..., op. cit., p. 193-207; S. SCHATTENBERG, « Die Frage nach den Tätern. Zur Neukonzeptualisierung der Sowjetforschung am Beispiel von Ingenieuren der 20er und 30er Jahre », Osteuropa, 50,2000, cahier 6, p. 638-655; J. HELL-BECK (Hg.), Tagebuch..., op. cit.
[ (41)] H. GÜNTHER, Der sozialistische Übermensch. M. Gor’kij und der sowjetische Heldenmythos, Stuttgart-Weimar, 1993; id. (ed.), The Culture of the Stalin Period, Londres, 1990; G. GORZKA (Hg.), Kultur im Stalinismus. Sowjetische Kultur und Kunst der 30er bis 50er Jahre, Brême, 1994; K. EIMER-MACHER, Die sowjetische Literaturpolitik 1917-1932. Von der Vielfalt zur Bolschewisierung der Literatur, Bochum, 1994.
[ (42)] B. ENNKER, « Politische Herrschaft und Stalinkult 1929-1939 », in S. PLAGGENBORG (Hg.), Stalinismus..., op. cit., p. 151-184.
[ (43)] M. ROLF, Fest und Herrschaft. Das sowjetische Massenfest in Voronez˘ und dem zentralen russischen Schwarzerdegebiet 1927-1932, maîtrise, Université Humboldt, Berlin, 1998 (édition russe : Sovetskij massovyj prazdnik v Voronez˘e i central’no-c˘ernozëmnoj oblasti Rossii, 1927-1932, Voronez˘, 2000).
[ (44)] C. TISCHLER, Flucht in die Verfolgung. Deutsche Emigranten im sowjetischen Exil 1933-1945, Münster, 1995; H. WEBER, D. STARITZ (Hg.), Kommunisten verfolgen Kommunisten. Stalinistischer Terror und « Säuberungen” in den kommunistischen Parteien Europas seit den dreissiger Jahren, Berlin, 1993; H. SCHAFFRANEK, Zwischen N.K.V.D. und Gestapo. Die Auslieferung deutscher und österreichischer Antifaschisten aus der Sowjetunion an Nazideutschland 1937-1941, FrancfortsurleMain, 1990.
[ (45)] Cf. le point de vue critique exprimé dernièrement par H.-H. SCHRÖDER, « Der “Stalinismus” - ein totalitäres Regime ? Zur Erklärungskraft eines politischen Begriffs », Osteuropa, 46,1996, p. 150-163.
[ (46)] « Querelle des historiens » : cf. Die Dokumentation der Kontroverse um die Einzigartigkeit der nationalsozialistischen Judenvernichtung, Munich, 1987.
[ (47)] Organisées par la Forschungsstelle zur Geschichte des Nationalsozialismus der Hansestadt Hamburg.
[ (48)] D. DAHLMANN, G. HIRSCHFELD (Hg.), Lager, Zwangsarbeit, Vertreibung und Deportation. Dimensionen der Massenverbrechen in der Sowjetunion und Deutschland 1933-1945, Essen, 1999.
[ (49)] D. DINER, « Gedächtnis und Erkenntnis : Nationalsozialismus und Stalinismus im Vergleichsdiskurs », Osteuropa, 50,2000, cahier 6, p. 698-708.
[ (50)] M. VETTER (Hg.), Terroristische Diktaturen im 20. Jahrhundert. Strukturelemente der nationalsozialistischen und stalinistischen Herrschaft, Opladen, 1996.
[ (51)] S. PLAGGENBORG, Revolutionskultur, Menschenbilder und kulturelle Praxis in Sowjetrussland zwischen Oktoberrevolution und Stalinismus, Cologne, 1996 (édition russe : Revoljucija i kul’tura : kul’turnye orientiry v period mez˘du Okjabr’skoj revoljuciej i epoxoj Stalinizma, Saint-Pétersbourg, 2000).
[ (52)] S. PLAGGENBORG, « Grundprobleme der Kulturgeschichte der sowjetischen Zwischenkriegszeit », Jahrbücher für osteuropäische Geschichte, 48,2000, p. 109-118.
[ (53)] Institut Hannah Arendt pour la recherche comparative sur le totalitarisme (Dresde).
[ (54)] Frankfurter Allgemeine Zeitung, 10 janvier 2000; 14 janvier 2001.
[ (55)] H. ADOMEIT, Imperial Overstretch : Germany in Soviet Policy from Stalin to Gorbachev. An Analysis Based on New Archival Evidence, Memoirs and Interviews, Baden-Baden, 1998.
[ (56)] S. PLAGGENBORG (Hg.), Handbuch der Geschichte Russlands, vol. 5 : 1945-1991, Stuttgart, 2001.
POUR CITER CET ARTICLE
Stefan Plaggenborg « La recherche sur le stalinisme en Allemagne », Le Mouvement Social 3/2001 (no 196), p. 155-170.
URL : www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2001-3-page-155.htm.
DOI : 10.3917/lms.196.0155.




