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S'inscrire Alertes e-mail - Le Mouvement Social Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLes conflits du travail en Russie soviétique pendant le « communisme de guerre » et la N.E.P.
AuteursA.J. Andreev du même auteur
Le mouvement ouvrier et les grèves constituaient l’un des thèmes les plus étudiés par l’historiographie soviétique. Des milliers de travaux [1] [1] Ce chiffre inclut cinquante publications des auteurs du...
suite ont été consacrés à ces sujets, ainsi que des dizaines de conférences et de tables rondes. On peut parler d’une certaine canonisation de ce domaine de la science historique soviétique, presque aussi idéologisé que l’histoire du P.C.U.S. (ce n’est pas étonnant : officiellement, la classe ouvrière était considérée comme la « force dirigeante » de la société soviétique).
2 La décennie écoulée a été une période dramatique pour ce secteur de la nouvelle historiographie de la Russie post-soviétique. La majorité des historiens de la classe ouvrière se sont tournés vers d’autres problèmes d’histoire de la Russie, les jeunes s’intéressent à des sujets moins explorés. C’est seulement ces dernières années qu’on peut noter un intérêt accru pour l’histoire ouvrière en Russie : on réexamine certaines conceptions schématiques du rôle des différents partis de gauche dans le développement du mouvement ouvrier, on accorde plus d’importance à la différenciation interne de la classe ouvrière, on étudie la motivation au travail, la vie quotidienne, etc. Ce processus est favorisé par la mise en circulation de nouvelles sources : par exemple, au cours de la dernière décennie, ont été publiés plusieurs tomes de la Chronique du mouvement ouvrier en Russie, qui décrit chaque conflit du travail dans les entreprises de Russie de 1895 à 1917.
3 La dernière décennie a aussi ouvert de nouveaux domaines d’étude de la classe ouvrière soviétique. Ainsi, le thème des conflits du travail (des grèves, principalement) dans la période 1918-1929 était pratiquement terra incognita[2] [2] En latin dans le texte (note du traducteur). ...
suite pour les historiens soviétiques. La majorité d’entre eux ignorait complètement l’existence de protestations ouvrières, de grèves en Russie soviétique; cette thématique était en fait interdite depuis le début des années 1930 et les principales sources étaient inaccessibles. Dans l’industrie soviétique, les grèves elles-mêmes étaient hors la loi depuis la même époque.
4 L’ouverture, dans les années 1990, de nombreux fonds d’archives centrales et locales, jusqu’alors secrets, a permis de reconstituer le tableau des conflits du travail au début de la période soviétique, leur structure et leur dynamique. Ce tableau est complété par la littérature éditée dans les années 1920, quand les autorités ne contrôlaient pas encore strictement ce genre de publications.
5 Dans la seconde moitié des années 1990, les auteurs du présent article ont participé à un projet international sur l’histoire des conflits du travail en Russie soviétique, dont l’initiative revient au professeur W. Rosenberg (Université du Michigan). Dans cet article, nous essayons de reconstruire la structure par branche et la dynamique (régionale aussi, en partie) des protestations ouvrières, de mettre au jour les principales causes des conflits du travail dans l’industrie soviétique avant le « Grand Tournant » de 1929.
Historiographie
6 L’historiographie soviétique a très peu étudié les conflits du travail en Russie soviétique (1918-1929) : ce thème avait un statut particulier, « indésirable », en raison de son caractère « idéologiquement délicat ». Une telle approche ne déformait pas seulement le tableau des conflits du travail eux-mêmes, elle donnait aussi une représentation inexacte des difficultés de développement de l’industrie avant tout, du degré de tension sociale dans le pays et de la résolution de la « question ouvrière ». C’est pourquoi l’étude des conflits du travail à l’époque soviétique a une portée d’actualité : elle permet de reconstituer un tableau économique et social objectif, authentique, plus complet; elle aide à clarifier et à caractériser les causes des difficultés actuelles, qui s’enracinent dans le passé et découlent de la situation réelle.
7 Comme on sait, le droit de grève a été reconnu avec certaines réserves dans une résolution du onzième Congrès du P.C.R. (b) (mars-avril 1922) et dans les décisions du cinquième Congrès panrusse des syndicats (septembre 1922). La résolution du Congrès du Parti notait que les syndicats, voués à la défense des intérêts des ouvriers, doivent en même temps les pénétrer de l’idée que, dans un État prolétarien, le recours à la grève ne peut être expliqué et justifié que par les déformations de cet État prolétarien et toutes les survivances capitalistes dans ses institutions d’un côté, par le bas niveau politique et l’arriération des masses travailleuses de l’autre, et que les négociations entre les syndicats et la direction des entreprises doivent être le moyen normal de résolution des conflits (pour cela, il est nécessaire de créer des commissions des conflits) [3] [3] Cf. KPSS v rezoljucijax i rešenijax s’ezdov, konferencij...
suite. Cette position a été réaffirmée dans le « Compte rendu » du Conseil central des syndicats au sixième Congrès des syndicats (1924). Il y était dit : sur la question des grèves, « les syndicats sont partis de cette thèse intangible : en U.R.S.S., dans les entreprises d’État, la grève ne peut être admise comme une méthode normale de résolution des conflits. A la limite, dans les entreprises d’État, la grève ne pouvait se produire que par suite d’une déformation bureaucratique d’un organe d’État... ». Ailleurs dans le même « Compte rendu », il était dit qu’en matière de résolution des conflits dans les entreprises d’État, la principale tâche des syndicats consistait à les prévenir. « La tactique des syndicats pour la résolution des conflits – notait encore le “compte rendu” – a été déterminée par le fait que les syndicats, dans tous les conflits en matière de travail salarié, sont du côté de la défense des intérêts ouvriers. Ce faisant, les syndicats devaient prendre une position qui permette à la masse ouvrière de se convaincre par la pratique que le syndicat la défend efficacement. En même temps, les syndicats devaient tenir compte aussi des intérêts de la production et, sur l’exemple de chaque conflit, expliquer aux ouvriers le lien indissoluble entre leur condition matérielle et la situation de l’industrie d’État. Dans ce contexte difficile, les syndicats n’ont pas toujours choisi la juste tactique dans la résolution des conflits » [4] [4] Professional’nye sojuzy S. S. S. R. 1922-1924 gg. Otc˘et...
suite.
8 Il serait inexact d’affirmer que la littérature soviétique ignorait complètement les conflits du travail, grèves comprises, en Russie soviétique (1918-1929). Mais il est vrai qu’aucun travail spécialisé – aucune monographie sur ce thème – n’a vu le jour. Il n’y a pas eu non plus de recueils de documents consacrés à ce sujet. Néanmoins des données fragmentaires sur les conflits du travail ont été publiées dans les journaux et les revues syndicales. Pendant longtemps, ces données ont été la principale source d’informations sur cette question.
9 On ne trouve de matériaux sur l’examen de ces questions dans les plus hautes instances des syndicats, des soviets et du Parti que pour les premières années de la période soviétique. Ensuite, ils ont été classés « secret » et n’étaient pas accessibles au public. C’est seulement dans des travaux consacrés aux premières années du pouvoir soviétique à Petrograd, Moscou, en Sibérie, dans la région du Don, et aussi en Géorgie, édités dans les années 1930-1960, que l’on peut trouver des références non seulement à la presse, mais aussi à des documents conservés dans les archives régionales et centrales – au CGAORiSS S.S.S.R. (aujourd’hui le G.A.R.F.) et même aux Archives centrales du Parti de l’Institut du marxisme-léninisme près le Comité central du P.C.U.S. (aujourd’hui le R.G.A.S.P.I.) [5] [5] R. G. A. S. P. I. , fonds 17, inventaire 6, dossier 350 (Tula,...
suite. Mais, dans la majorité des cas, ces livres parlaient de grèves dans des entreprises situées sur des territoires gouvernés par les Blancs ou les Allemands [6] [6] Cf. Profsojuzy Sibiri v bor’be za vlast’ Sovetov. 1917-1919...
suite. Les mentions de grèves sur le territoire soviétique étaient habituellement accompagnées de l’indication qu’elles avaient été organisées par les mencheviks et les S.R. [7] [7] Cf. Pobeda Oktjabr’skoj socialistic˘eskoj revoljucii...
suite.
10 Que représentaient la littérature sur les conflits du travail et l’information qu’elle contenait ?
11 Il n’est pas sans intérêt de noter que sur cent travaux et « Chroniques » recensés, portant sur l’établissement du pouvoir soviétique, la guerre civile, la N.E.P., les syndicats et l’industrie, les deux tiers ont dû être éliminés : il se trouva que seulement 35 d’entre eux contenaient des données qui nous intéressaient. L’information concernait habituellement la période 1918-1924. Dans la littérature publiée, peu abondante, les données sur les grèves et conflits concernaient en général les entreprises privées ou en location. Pour la période postérieure à la guerre civile, c’était presque une règle [8] [8] G. BELKIN, Raboc˘ij vopros v c˘astnoj promyšlennosti,...
suite.
12 Parmi les auteurs qui ont écrit sur cette question ou l’ont abordée dans leurs travaux, il convient de citer avant tout S.G. Strumilin, A.M. Stopani, I.J. Trifonov, A.F. Kiselev et G. Belkin. On trouvait dans ces travaux des synthèses statistiques annuelles (trimestrielles, mensuelles) sur les conflits du travail (mais elles n’existent pas pour toutes les années) et des informations sur des grèves et des conflits particuliers (ce matériau aussi était fragmentaire). Parmi les publications contenant des articles et des matériaux statistiques sur les conflits du travail, il faut citer Materialy po statistike truda Severnoj oblasti (fasc. 2,3,5, Petrograd. Sous la direction de S.G. Strumilin, responsable adjoint du département de statistique), la revue Voprosy truda (organe mensuel du commissariat du peuple au Travail, rédacteur en chef A.M. Stopani), le guide Naëmnyj trud v Rossii i na Zapade. 1913-1925. C˘ 1. Naëmnyj trud v Rossii (Moscou, 1927), la revue Golos koz˘evnika (Moscou, 1922-1929), les « Comptes rendus » du Conseil central des syndicats aux Congrès des syndicats, publiés sous le titre de Professional’nye sojuzy S.S.S.R., etc. Mais il est significatif que ces matériaux n’aient pas été utilisés dans les travaux de synthèse sur l’économie nationale et le développement social du pays.
13 Mais, avec le temps, surtout à partir de la fin des années 1920, les publications de matériaux sur les conflits du travail ont diminué de manière marquée, se sont « éteintes », même dans les documents officiels. Il n’y avait aucune donnée sur les conflits du travail dans le livre Trud v S.S.S.R.. Spravoc˘nik. 1926-1930 (Moscou, 1930), publié par le secteur d’économie et de statistique du Gosplan ou dans le livre Professional’nye sojuzy na novom etape. Sbornik materialov k XVI s’ezdu VKP(b) (Moscou, 1930), alors qu’on pouvait trouver de telles données dans les publications analogues des années précédentes (1927 et autres). Selon V. Kunin, qui a pris connaissance des matériaux du Conseil central des syndicats et des syndicats de branche, « il n’a pas été possible de trouver des mentions de grèves à partir de 1930 », même dans les documents officiels des syndicats [9] [9] V. KUNIN, « Grèves », Argumenty i fakty, mai 1990,...
suite.
14 C’est seulement dans les années 1990 que l’intérêt pour ce thème s’est élargi. Des travaux spécialisés ont paru sur ce sujet [10] [10] Ibid. ; A. F. KISELEV, Profsojuzy i sovetskoe gosudarstvo,...
suite, on a publié des documents – des journaux caractérisant l’état d’esprit des ouvriers et expliquant les causes du maintien de la « tension sociale ». Ainsi, dans une lettre de B.I. Magidov, secrétaire du comité de Parti de la province de Poltava (Ukraine), à Staline, secrétaire du Comité central du R.K.P. (10 novembre 1923), publiée dans le récent recueil de documents Bol’ševistskoe rukovodstvo. Perepiska. 1912-1927 (Moscou, 1996), il était dit :
15
Dix mille ouvriers du Donbass préfèrent descendre chaque jour dans les mines, vivre au milieu des roches, dans les entrailles de la terre à une profondeur de 200,300, 500 sagènes [11] [11] Sagène : 2,13 m (note du traducteur). ...
suite : là, le mineur se sent mieux que dans son « appartement ».
Vous savez que dans un arrondissement minier (district Aleksandro-Gruševskij), tous les mineurs (environ 30-35 000) ont fait grève pendant dix jours et ont refusé à l’unanimité d’accepter une paie correspondant à 40 % de leur dû.
Les ouvriers du Donbass disent ce qui les empêche de régler leurs comptes, à la façon des mineurs, avec les dirigeants du Donbass, à qui ils reprochent leur aplomb et leurs offenses aux mineurs pendant cinq ans, leurs duperies systématiques et leurs tromperies : ils n’ont rempli presque aucune de leurs promesses, et il y en a eu des centaines...
« Nous aurions réglé nos comptes, soyez-en convaincus, répète le mineur (peut-être excité par une provocation des mencheviks), mais voilà, il est impossible de trahir la révolution allemande ». Tout cela a été dit officiellement au Plénum du Comité central du P.C. (b) ukrainien par un responsable, membre du Comité central, représentant le Donbass.
Nous ne comprenons pas tout à fait pourquoi, systématiquement, nous ne payons pas les ouvriers du Donbass, alors que nous payons rubis sur l’ongle, deux fois par mois, une armée de 200 000 fonctionnaires soviétiques... Dans la région paysanne [12] [12] En ukrainien dans le texte (idem). ...
suite de Poltava, nous voyons le paradis soviétique, mais dans le Donbass prolétarien on fait grève de façon planifiée et tout à fait systématiquement. Il y a de quoi réfléchir sérieusement, cam.[arade] Staline [13] [13] Bol’ševistskoe rukovodstvo. Perepiska. 1912-1927, Moscou,...
suite ».
16 Dans le « Journal » récemment publié du vice-président du Syndicat des métallurgistes, B.G. Kozelev, figure la note suivante à propos de la conférence coopérative d’un district de Leningrad, réunie en septembre 1927 à l’usine Putilov [14] [14] Cf. « Dnevnik B. G. Kozeleva. 1927-1930 gg. », Istoric˘eskij...
suite :
17
suite), selon une déclaration de l’O.G.P.U., « doit être reconnue comme un phénomène exceptionnel » par la radicalité des interventions, l’absence d’organisation et le nombre d’attaques de voyous.
Le rapport du Comité ouvrier a été constamment interrompu par des cris : « mais où est le sucre ? », « assez », « à bas », etc. On n’a pas laissé le co-rapporteur qui devait s’exprimer au nom du bureau coopératif, on a saboté son rapport. Le modeleur Abramov a dit : « Voilà, nous avons entendu un rapport sur le travail coopératif et culturel de la Direction, probablement ils appellent travail culturel la vente de vodka au Département foncier rue Stac˘ek et le fait d’habituer les ouvriers à l’ivrognerie. Il vaudrait mieux ne pas déshonorer la culture qu’il y a chez nous ».
Il a parlé du manque de farine et de beurre à la c.(oopérative), et noté qu’on en trouve chez le commerçant privé. On a parlé du pain de mauvaise qualité, des harengs pourris, etc. Quand l’ouvrier Belousov, de l’atelier des forges, a dit que la coopération, selon la formule d’Il’ic˘, c’est la voie vers le socialisme – alors, au mot « socialisme », on a entendu des cris : « Il nous faut du beurre, pas du socialisme », « Assez ! » – et le discours de Belousov fut saboté. La conclus(ion) du rapporteur fut sabotée par des cris « assez », « à bas », etc.
La résolution proposée par la Direction de la c.(oopérative) de l’usine n’est pas passée.
Au milieu de tout le bruit, l’ouvrier Kozlov se mit à lire la résolution suivante : « Considérer le travail de la direction comme mauvais, la conférence trouve nécessaire de réélire la direction de la c.(oopérative), et de refuser d’augmenter la part sociale jusqu’à 15 roubles ». Cette résolution fut appuyée par des cris : « juste ».
18 Et B.G. Kozelev conclut :
19
suite.
20 Cet extrait de « Journal » de la seconde moitié des années 1920 caractérise avec assez de relief les conditions socio-économiques qui ont créé les bases des conflits du travail massifs survenus même pendant l’année 1927, celle du dixième anniversaire d’Octobre.
21 Que représentaient les matériaux sur les conflits du travail qui ont cependant été publiés ?
22 Les données les plus générales – statistiques – ont été publiées dans le recueil Naëmnyj trud v Rossii i na Zapade et dans le livre Professional’nye sojuzy S.S.S.R. 1926-1928. Otc˘ët VCSPS k VIII s’ezdu profsojuzov, où figure une synthèse annuelle du nombre de grèves et de grévistes dans tout le pays entre 1922 et 1928, répartis entre entreprises d’État, coopératives, collectives et privées.
23 Le tableau 1 reproduit ces données.
24 Avant d’analyser ce tableau, il convient de noter que les données de 1922-1923 divergent un peu de celles citées dans le « Compte rendu » du Conseil central des syndicats au sixième Congrès des syndicats. Ainsi, pour le nombre de grèves et de grévistes dans les entreprises d’État, le « Compte rendu » donne respectivement : 446 et 381 grèves, 192 000 et 165 000 grévistes, contre 90 et 135 grèves dans le secteur privé, avec 4 800 et 5 200 participants [17] [17] Otc˘et VCSPS k VI s’ezdu professional’nyx sojuzov,...
suite. Cependant, comme cette source ne fournit pas de séries chronologiques de données, il faut utiliser les données du recueil Naëmnyj trud.
Tableau 1. - Nombre de grèves et de grévistes en U.R.S.S. en 1922-1928
25 Le tableau contient des indicateurs très impressionnants, même si on les compare au mouvement ouvrier de la période tsariste, en prenant pour référence des années qui n’étaient pas celles du plus grand essor de ce mouvement. Les chiffres cités dépassent les indicateurs de 1895-1904, à la veille de la révolution de 1905, et de l’année 1915. Il faut retenir aussi que le nombre de grèves et de grévistes est plus élevé dans les entreprises d’État que dans les entreprises coopératives, collectives et privées. Le tableau indique une baisse marquée du nombre de grèves et de grévistes dans les entreprises d’État en 1924-1927, par rapport à 1922-1923. Mais ce phénomène ne s’observe pas dans les entreprises coopératives et privées.
26 Alors qu’en 1925 les deux groupes d’entreprises (d’État et autres) étaient pratiquement à égalité pour le nombre de grèves, les entreprises d’État dépassaient de beaucoup (presque de dix fois) les coopératives et le secteur privé quant au nombre de grévistes. Grâce à leur politique, les autorités ont réussi à obtenir un recul marqué de la vague de grèves, mais cette vague est restée très importante, surtout dans les entreprises d’État.
27 L’article de A.M. Stopani cite des données sur le nombre de grèves et de grévistes en 1923, réparties par branches d’industrie. En outre, les données globales à l’échelle nationale pour 1922-1923 indiquaient les causes des grèves : 1) salaire, 2) revendication d’un contrat collectif, 3) autres, et aussi leurs résultats : victoire totale, partielle ou défaite.
28 Ces données figurent au tableau 2.
29 Elles permettent de se représenter le degré d’activité gréviste des ouvriers de différentes branches. La première place revenait ici aux mineurs et aux métallurgistes, pour le nombre de grèves et de grévistes (respectivement 155 et 77 200 pour les premiers, 117 et 43 300 pour les seconds), loin devant les ouvriers du textile qui venaient au troisième rang, avec 12 grèves et 9 000 grévistes. On peut aussi noter l’activité des travailleurs de la chimie, du bois, de l’industrie alimentaire, des transports locaux et du cuir.
30 Selon les données du « Compte rendu » du Conseil central des syndicats au huitième Congrès des syndicats, en 1927 le niveau d’activité gréviste dans les différentes branches avait changé par rapport à la première moitié des années 1920. Le bâtiment était passé au premier rang avec 75 grèves (6 600 participants), devant le textile (40 grèves, 4 000 grévistes) et ensuite seulement les mines – 53 grèves, 3 800 participants – et les métaux : 34 grèves, 2 900 grévistes.
31 En 1923, la majorité des grèves résultait du mécontentement en matière de salaire : c’était le cas pour presque 80 % d’entre elles, et 96 % des grévistes. En l’occurrence, la cause principale était le retard dans le paiement des salaires (66 % des participants) et leur insuffisance (22 %). Quant aux motifs non salariaux, ils concernaient un nombre relativement petit de grèves et de grévistes : pour la conclusion de contrats collectifs : 13,7 % des grèves, et 1,7 % des participants; « autres causes » : 6,5 % des grèves, et 2,4 % des grévistes.
32 Avec le temps, les causes des grèves connaissent des changements. En 1926, 86,4 % d’entre elles avaient pour motif les salaires. Mais, parmi ces grèves, 15,6 % seulement avaient été provoquées par des retards de paiement, et 64,3 % s’expliquaient par le mécontentement lié aux normes et aux taux de salaire aux pièces. En 1927, ces indicateurs étaient respectivement de 77,4 %; 8,1 % et 58,1 %. « Ces chiffres – disait le “Compte rendu” du Conseil central des syndicats au huitième Congrès des syndicats – montrent un assainissement en matière de respect des délais de paiement des salaires, et une amélioration de la tarification du travail. Le pourcentage de grèves provoquées par le mécontentement en matière de conditions de vie et de travail a augmenté ».
Tableau 2. - Nombre de grèves et de grévistes dans les différentes branches de l’économie soviétique en 1923 (données des syndicats de branche)
33 En ce qui concerne les résultats des grèves, en 1922-1923,17,2 % des grévistes ont remporté une victoire totale, 37,6 % une victoire partielle et 45,2 % n’ont rien obtenu. Par la suite, on a enregistré certaines évolutions positives dans ce domaine aussi. En 1927, dans les entreprises d’État, 36,7 % des grèves se sont terminées par une victoire complète des ouvriers, 32,1 % par une victoire partielle et 32,2 % par une défaite (il est vrai que dans le secteur privé, la proportion de grèves victorieuses est restée faible : 3,6 %).
34 Dans le « Compte rendu » du Conseil central des syndicats au sixième Congrès des syndicats (1924), on notait que dans l’énorme majorité des cas, les grèves démarraient à l’insu des syndicats, en dehors d’eux et parfois contre leur volonté, ce qui témoignait « d’une certaine coupure entre des organisations syndicales et la masse de leurs membres, d’une insuffisante sensibilité de ces syndicats aux besoins des ouvriers, de leur incapacité à saisir l’état d’esprit des ouvriers et, par suite, à prévenir les conflits (et, en l’occurrence, leurs formes aiguës), en prenant en main l’initiative de les résoudre pacifiquement » [18] [18] Professional’nye sojuzy S. S. S. R. 1922-1924 gg. , op. cit. ,...
suite.
35 Toute une série d’ouvrages ont publié des données de la « statistique courante » sur le mouvement gréviste dans certains centres industriels, dans certaines provinces et républiques.
36 K. Jakovleva a publié dans Materialy po statistike truda (fasc. 5, Petrograd, 1919) des données sur les grèves à Petrograd pendant les trois premiers mois de 1919 (cf. tableau 3). Dans un bref avant-propos, elle a énuméré les entreprises touchées par des grèves et a noté qu’en janvier et février, les grèves étaient « provoquées par le manque de nourriture » et que les grévistes revendiquaient une augmentation de la ration de pain, demandant un quart de livre [19] [19] Livre : 410 grammes (note du traducteur). ...
suite. En mars, sous l’influence de la propagande antisoviétique menée, selon les informations des organismes de recensement des grèves, par le parti S.R. de gauche, éclata une grève englobant simultanément les ouvriers d’une série d’entreprises. Les premiers à se mettre en grève, le 6 mars, furent les ouvriers de l’usine Putilov. Les principales revendications avancées par l’assemblée générale étaient les suivantes :
Tableau 3. - Le mouvement des grèves à Petrograd en janvier-mars 1919
37
- « Utilisation, pour construire et diriger l’État, en particulier pour organiser l’approvisionnement alimentaire, de cadres et de spécialistes expérimentés, indépendamment de leur appartenance politique »,
- « Liberté de faire venir tous les produits alimentaires, rationnés ou non »,
- « Augmentation de la ration de pain sans diminution de la norme existante pour les autres citoyens »,
- « Augmentation des taux de salaire ».
38 Sur les 16 grèves de mars, la statistique officielle en a classé 15 comme « grèves à caractère non économique (politique ou autre) ». Au total, 34 700 ouvriers ont pris part à la grève de mars. Sur trois mois, le nombre de grévistes représente 30,6 % de l’effectif total des entreprises employant plus de 50 ouvriers. Les hommes constituaient la majorité des grévistes, mais les femmes (14 800) en représentaient environ le tiers, et on trouvait aussi des adolescents (2 800). Ce sont les métallurgistes qui ont fourni le principal contingent de grévistes. 45 % d’entre eux ont cessé le travail; ils ont donné 57 % des grévistes. Les travailleur(se)s du textile arrivaient en deuxième position. Conformément aux règles en vigueur, « l’énorme majorité des ouvriers grévistes n’ont pas été payés » [20] [20] Materialy po statistike truda, fasc. 5, op. cit. , p. 53. ...
suite.
39 C’est seulement dans les publications de ces dernières années que le thème des grèves a commencé à recevoir un autre éclairage. S.V. Manoškina, auteur d’une des premières (et encore peu nombreuses) « Chroniques » des actions de masse des ouvriers (1921-1925) dans le district sibérien d’Anz˘ero-Sudz˘ensk (Kuzbass), a mis au jour et décrit 10 grèves et 8 « émotions » dans ce district; elle remarque :
40
En 1922-1923,10 à 20 % des mineurs inscrits sur la liste du personnel ne sont pas allés au travail, et ce de façon répétée. Les ouvriers étaient mécontents des bas salaires, l’autorité du pouvoir central et du pouvoir local diminuait... Dans le district houiller, l’ordre ne tenait que grâce aux vieux mineurs, passés par l’école de la discipline capitaliste du travail, et qui acceptaient consciemment des sacrifices au nom de l’avenir.
41 En même temps, l’auteur note que le travail mené au Centre de conservation des documents d’histoire contemporaine (Krasnojarsk) a permis de découvrir des données sur des actions ouvrières dans les années 1920, touchant les entreprises suivantes : ateliers des chemins de fer (Krasnojarsk), imprimerie de la ville d’Enisejsk, usines de cuir de Novonikolaevsk (Novosibirsk), mines de Korkino, usine métallurgique de Krasnojarsk; les revendications avancées étaient aussi bien politiques qu’économiques [21] [21] S. V. MANOŠKINA, « Vers une chronique du mouvement ouvrier...
suite.
42 Les recherches de ce genre élargissent beaucoup les possibilités de traitement de ce thème important.
43 Dans les documents officiels d’avant 1917, à côté du terme « grèves », figurait aussi celui de « plaintes » (individuelles et collectives [22] [22] Cf. Svod otc˘etov fabric˘nyx inspektorov za. 1901 g. ,...
suite). Ces plaintes ne s’accompagnaient pas d’arrêts de travail (ou alors ces derniers étaient brefs). A l’époque soviétique, on vit apparaître dans les documents le mot « conflit du travail », qui désignait les conflits entre les ouvriers et leurs syndicats d’un côté, l’administration de l’entreprise de l’autre, ne débouchant pas sur une grève. Le nombre de conflits dépassait de plusieurs centaines de fois celui des grèves (stac˘ki, zabastovki).
44 A partir du début des années 1920, la majorité des conflits fut examinée par les chambres de conciliation et les tribunaux d’arbitrage, qui apparurent dans la seconde moitié de l’année 1922. Ces organes devinrent stables grâce à la publication du nouveau Code du Travail, ce qui permit de commencer en janvier 1923 « un enregistrement correct de leur activité auprès du Département du Travail » (la Commission des conflits qui fonctionna parallèlement pendant quelque temps fut liquidée par une résolution du Comité exécutif central du 22 mars 1923 et par les résolutions des Présidiums des soviets locaux qui l’ont suivie).
45 Les organes de conciliation et d’arbitrage ne connaissaient que des affaires qui leur parvenaient par un commun accord des parties en conflit. Leurs décisions étaient définitives et n’étaient « sujettes à appel auprès des autorités chargées du contrôle du respect de la légalité » que dans des cas exceptionnels. A la chambre de conciliation, les conflits étaient réglés exclusivement par entente entre les parties (le représentant du Département du Travail se contentait d’inciter les parties à la conciliation, sans participer à la résolution du conflit). En revanche, au tribunal d’arbitrage, lorsqu’il était impossible de parvenir à un accord volontaire, un surarbitre prenait de son propre chef une décision, qui était obligatoire pour toutes les parties.
46 Certaines publications fournissaient des données sur la proportion de participants à un conflit par rapport au nombre total de travailleurs salariés. Ainsi, selon le livre Trud v Moskovskoj gubernii v. 1923-1925 gg. Sbornik statistic˘eskix materialov (fasc. 2, Moscou, Bureau de statistique du travail du Conseil des syndicats de la province de Moscou, 1926), ce pourcentage, à Moscou, était de 40 % en 1923, de 45,9 % en 1924 : le nombre total de conflits examinés par les organes de conciliation était respectivement de 799 et 1 481, et le nombre de participants de 185 000 et de 254 000. Le même livre donne des informations sur le nombre de conflits examinés par les chambres de conciliation et par le tribunal d’arbitrage. A Moscou, ces indicateurs étaient les suivants :
Chambres de conciliation : 1923 534 conflits 109 000 participants Tribunal d’arbitrage : 1923 408 conflits 116 000 participants 1924 490 conflits 206 000 participants
47 De cet exemple, local il est vrai, il découle que dans la seconde moitié des années 1920, le rôle des tribunaux d’arbitrage s’est renforcé, avec un poids décisif du surarbitre [23] [23] Trud v Moskovskoj gubernii v. 1923-1925 gg. Sbornik statistic˘eskix...
suite.
48 Les Materialy po statistike truda Severnoj oblasti (fasc. 2,3,5), publiés sous la direction de S.G. Strumilin, citent des données sur les petits conflits collectifs, examinés et liquidés par le Département des conflits du Commissariat au Travail de la région de Petrograd, de novembre 1917 à octobre 1918 (cf. le tableau 4).
49 Ces données ont été placées dans la rubrique « Statistiques courantes » et ne sont pas accompagnées d’un commentaire. Mais, sur le tableau 4, on voit que le « mouvement des conflits » avait une très grande ampleur. Métallurgistes (33,6 %) et ouvrier(e)s du textile (23,4 %) fournissaient le plus grand nombre de participants. Les salaires étaient la principale cause des conflits. Il n’y en a eu que quatre sur le temps de travail, avec 277 participants. Quant aux autres conditions de travail et de vie, elles ont donné lieu à 20 conflits (25 000 participants). Enfin, si l’on considère le nombre de personnes impliquées, la majorité des conflits s’est terminée par un compromis. Le nombre des ouvriers qui ont gagné (7 300) est inférieur à celui des perdants (8 400).
50 Par la suite, la presse syndicale a publié des informations sur les grèves et les conflits non accompagnés d’arrêts de travail, mais de manière irrégulière, incomplète.
51 V. Bujanov a publié dans Vestnik truda (1926, no 2) une synthèse sur les conflits du travail en 1923,1924 et au premier semestre de 1925. Cette synthèse indiquait le nombre de conflits et de participants dans les entreprises publiques, coopératives et collectives, privées, ainsi que les causes des conflits – mécontentement lié aux salaires, aux conditions d’embauche ou à des licenciements – et leurs résultats (cf. tableaux 5 à 7).
52 Il ressort de ces tableaux que la majorité des conflits avait lieu dans des entreprises d’État. Leur part dépasse de 2 à 3 fois celle des entreprises coopératives, collectives et privées. La différence quant au nombre de participants était encore plus importante (9 à 10 fois).
53 En tenant compte du fait que les données pour 1925 sont incomplètes, on peut parler avec quelques réserves d’une tendance à l’augmentation du nombre de conflits et de participants, au moins dans les entreprises d’État (mais non dans les entreprises coopératives et collectives). Dans le privé, le nombre de conflits avait aussi tendance à s’accroître, alors que, visiblement, le nombre de participants baissait un peu.
54 Pour la majorité des participants aux conflits (de 67 à 85 %), les salaires étaient la principale cause de mécontentement. Il est vrai que la proportion de participants à des conflits salariaux avait tendance à diminuer de façon assez constante. Les « questions d’embauche et de licenciement » constituaient l’autre cause de mécontentement enregistrée par la statistique, mais elles concernaient au plus (en 1923) 2,6 % des participants.
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Tableau 5. - Nombre des conflits et des participants en 1923,1924 et au premier semestre de 1925 par catégorie d’entreprises
Tableau 6. - Statistique des causes d’apparition des conflits
Tableau 7. - Statistique de l’issue des conflits
55 La part des participants à des conflits réglés à l’avantage des ouvriers représentait 24 à 45 %; pour les compromis, elle était de 40 à 67 %, et de 9 à 15 % pour les victoires de l’employeur.
56 L’article de V. Bujanov contenait aussi des données sur le nombre de conflits et de participants pour certains syndicats de branche en 1923,1924 et au premier semestre de 1925 (cf. tableau 8).
Tableau 8. - Nombre de conflits du travail par syndicat
57 Le tableau montre que, dans quatre cas sur cinq, le nombre de conflits et de participants avait tendance à augmenter dans la période considérée (il faut prendre en considération le fait que les données de 1925 ne couvrent que le premier semestre). Le textile est le seul cas où l’on observe une réduction du nombre de participants aux conflits.
58 Nous avons pu comparer les données sur les conflits en 1923 avec celles concernant les grèves. Il est naturel que le nombre de conflits et de participants dépasse, en général, celui des grèves et des grévistes. Les mineurs constituaient une exception. Si les mineurs et les métallurgistes, donc l’industrie lourde, venaient en tête pour le nombre de grévistes et de grèves, les ouvriers du textile, de l’industrie alimentaire et les métallurgistes occupaient les premières positions pour ce qui est des conflits.
59 En conclusion, il faut constater que les publications sur les grèves et les autres conflits du travail en Russie soviétique et en U.R.S.S. dans les années 1920 ne sont pas abondantes et ont un caractère surtout syndical, mais qu’elles contiennent des données qui nous intéressent, au moins pour certaines années. Quant aux travaux des historiens soviétiques, ils concernaient surtout les conflits du travail pendant la guerre civile et étudiaient avant tout les conflits dans les territoires gouvernés par les Blancs et les Allemands. Les mentions de grèves et de conflits en Russie soviétique et en U.R.S.S. (1922-1929) et les données factuelles à ce sujet portaient presque exclusivement sur les entreprises privées ou affermées. Jusqu’aux années 1990, les historiens n’ont pas utilisé les informations sur les grèves et les conflits du travail au milieu des années 1920, publiées par des économistes. Seules la vague de grèves des années 1990 en Russie et la liberté de choisir ses thèmes de recherche ont provoqué un intérêt pour l’histoire des conflits du travail pendant les premières décennies du pouvoir soviétique. Mais, pour l’instant, cet intérêt a un caractère plus « journalistique » que scientifique.
60 Mais même les matériaux cités supra montrent à quel point cette thématique ouvre des perspectives pour éclairer sous tous leurs aspects une série de questions importantes ayant trait au développement social et économique du pays.
Les rapports de synthèse (svodki) du Département Information du Comité central du P.C.
61 Comme nous l’avons déjà noté, l’existence de conflits du travail dans les années 1920 était passée sous silence par l’historiographie soviétique et leur étude n’est devenue possible qu’après l’ouverture d’un large accès aux documents des Archives du Parti, naguère enterrés pour longtemps avec la marque « Secret ». L’examen des sources que nous proposons s’appuie sur les matériaux de ce seul centre d’archives, qui rassemble des données sur les conflits tirées de divers rapports des organisations locales envoyés à l’appareil du Comité central pour analyse. Naturellement, ces données ne prétendent pas à l’exhaustivité, ni à une fiabilité absolue : chacune des informations citées peut et doit être vérifiée à l’aide d’autres sources : journaux centraux et locaux, statistique locale d’usine, etc. A notre avis, cependant, le tableau dressé à partir de ces données reflète correctement la marche générale et les causes du mécontentement des ouvriers dans les conditions difficiles de l’économie « de transition » de la N.E.P. : ces difficultés deviennent encore plus évidentes pour nous si l’on se réfère à la situation économique actuelle de la Russie et aux processus sociaux qu’elle engendre.
62 Les rapports de synthèse du Département Information du Comité central du parti bolchevique pour les années 1924-1930 (R.G.A.S.P.I., fonds 17, inventaire 32) que nous examinons représentent de brefs comptes rendus sur la vie du parti et de l’économie, rédigés sur la base de lettres confidentielles, de rapports et de synthèses, envoyés au Département Information par l’O.G.P.U., ainsi que par des comités de parti de provinces et de districts. Bien qu’ils soient qualifiés d’« hebdomadaires », ces rapports de synthèse avaient en moyenne une périodicité à peu près bimensuelle et couvraient une période d’un mois. Ils avaient un tirage limité (jusqu’à quinze exemplaires) et étaient destinés à un cercle déterminé de personnes au secrétariat du Comité central (leur liste est jointe à chaque document : y figurent constamment Molotov et Staline, mais aussi des fonctionnaires de moindre rang). Ces documents étaient signés du responsable du Département Information et, chaque fois que ce dernier changeait, les principes de composition et le contenu de ces synthèses se modifiaient : il n’y avait pas de formulaire unique.
63 Les informations sur les grèves ou le mécontentement ouvrier dans les premiers dossiers de l’inventaire 32, concernant le milieu de l’année 1924, figurent sous le titre « Matériaux sur l’humeur des masses ouvrières et leur attitude à l’égard du parti et du pouvoir soviétique » (dossier 4), placé en annexe au rapport principal du Département. Ensuite, les données du même type trouvent place dans les synthèses « hebdomadaires », sous l’intitulé « Conflits dans les entreprises », « Grèves » ou dans la rubrique « Industrie et classe ouvrière ». Au bout de quelque temps (un ou plusieurs mois), les données sont synthétisées, mais irrégulièrement et de façon plus ou moins minutieuse. Les tableaux les plus détaillés sur les grèves concernent l’année 1926 (par exemple, d. 87, feuillet 16 et autres) : ils peuvent indiquer non seulement le nombre de grèves par mois, mais aussi le nombre de grévistes, de jours-hommes perdus, et le mode de résolution du conflit.
64 En dépit de l’abondance (ou au contraire du manque) d’informations sur le conflit fournies par les lettres des comités locaux (du parti), le Département Information du Comité central établissait minutieusement dans chaque cas la cause principale du mécontentement et l’indiquait aussi dans les tableaux de synthèse. Parmi ces causes, on trouvait au premier plan, en général, les retards de salaire, mais aussi l’augmentation des normes de rendement, la diminution des taux de salaire, les réductions de personnel, les conditions de travail inacceptables, le comportement de l’administration, etc. Le mécontentement général en matière de salaires et de normes de rendement était associé à juste titre à la fois aux défauts de la gestion de l’économie et aux campagnes périodiques pour l’élévation de la productivité du travail, auxquelles les ouvriers réagissaient souvent négativement, comme le notent les rapports de synthèse. Assez fréquemment, cette réaction est présentée comme la conséquence de l’insuffisance du travail du parti sur place : parfois, elle prenait des nuances antisoviétiques. En même temps, plus d’une fois, les descriptions des causes des grèves n’indiquent pas les mots d’ordre politiques, qui ne figurent pas non plus dans les listes de revendications des grévistes.
65 La géographie des actions ouvrières est large et englobe presque toute l’Union Soviétique – on note des grèves en Extrême-Orient, dans les régions « nationales » (Kalmoukie, Bouriatie, Asie Centrale) et, naturellement, dans les provinces industrielles de Russie centrale et d’Ukraine. L’été, le nombre d’arrêts de travail augmente de deux ou trois fois par rapport à l’hiver, à cause des grèves d’ouvriers saisonniers. Sur la base des données existantes, il est impossible de se prononcer nettement sur la dynamique du mouvement gréviste, bien qu’il existe une tendance claire à la hausse du nombre de grèves de 1924 à 1927. Par exemple, 43 arrêts de travail ont eu lieu pendant l’été 1926 (du 15 juin au 6 juillet) et 63 du 26 juillet au 15 août 1927 (dont 41 dans des activités saisonnières : construction, extraction de la tourbe, abattage d’arbres, chargement, etc.). Quant à l’hiver, le mois de décembre 1924 a connu 21 cas de grève, et janvier 1926,41. Juin 1926 a vu le « pic » des grèves : 139 en un mois.
66 On n’observe aucun lien marqué entre le nombre d’arrêts de travail et leur localisation géographique : seule la région économique centrale (provinces de Moscou et d’Ivanovo Voznesensk) connaît une certaine « concentration » des grèves – jusqu’à 10 par mois en été –, ainsi que les grands centres industriels : Leningrad, Niz˘nij Novgorod, etc. D’autre part, ces mouvements sont souvent liés aux pénibles conditions régnant dans certaines branches : ce sont les entreprises de la métallurgie, des industries minière, textile et forestière qui sont le plus souvent touchées. Les grèves sont plus nombreuses dans les petites entreprises que dans les grandes. Rares (mais ils existent) sont les cas d’immobilisation d’usines entières ayant plus de 1 000 travailleurs (l’usine Profintern à Brjansk, la fabrique de contreplaqué à Staraja Russa, dans la région de Novgorod); en général, la révolte se limite à un département ou à un atelier.
67 L’écrasante majorité des grèves dont nous connaissons la durée ne s’est pas prolongée plus d’une journée et s’est terminée par une résolution pacifique du conflit. Dans les rapports, ces petites grèves sont désignées de façon diverse : volynki, d’une ou de quelques heures, retards délibérés ou absence pour maladie simulée; ital’janka, grève italienne, où les ouvriers vont à leur poste, mais ne se mettent pas au travail. L’apparition de l’administration permet la satisfaction des revendications des ouvriers (par exemple, sur la conclusion d’une nouvelle convention collective, ou sur le retour aux anciennes normes de rendement), ou au moins la reprise du travail. Dans le pire des cas, le mouvement est suivi du licenciement d’ouvriers, puis d’une purge du parti et du syndicat.
68 Une des plus grandes grèves de la période considérée a eu lieu à l’usine Profintern de Brjansk le 11 janvier 1925 (d. 22, f. 18). Une baisse des taux de salaire, dont on n’avait pas informé de manière convenable, causa une révolte spontanée, à laquelle participèrent jusqu’à 2 000 personnes. Prirent part à ce mouvement des communistes, qui, comme les autres ouvriers, n’étaient pas prêts à une baisse des salaires et ne soutenaient pas la ligne de la direction du parti (ainsi, dans un département où il y avait 80 communistes, seules dix personnes votèrent la résolution de la cellule). « Des protestations » ont retenti à propos de l’organisation du meeting de toute l’usine, mais, lors de la réunion des bureaux des cellules de l’entreprise, on réussit à prendre des mesures pour régler la question. Néanmoins le rapport de synthèse note que les ouvriers étaient abattus.
69 Dans la même région de Brjansk, l’usine de construction mécanique de Ljudinovo est agitée pendant plusieurs mois : les ouvriers cessent le travail, tantôt dans un département, tantôt dans un autre (d. 4, f. 156; d. 14, f. 31; d. 85, f. 4). En décembre 1924,120 fondeurs ne sont pas allés au travail, à cause de normes de rendement trop élevées; après quoi, 62 personnes furent licenciées, les autres reprirent le travail ou partirent dans le Sud gagner leur vie. En 1926, une situation « alarmante » du même type apparaît à l’usine Krasnyj Putilovec à Leningrad, où quelques volynki ont lieu au printemps et à l’été : la plus importante implique 950 personnes et dure 2,5 heures; elle avait pour cause une baisse de salaire. Ici, on note une forme de protestation comme la détérioration volontaire de produits (atelier de fonderie de cuivre : d. 85, f. 24; d. 88, f. 2). L’usine de fonte de Kasli a connu sa cinquième grève consécutive en 1926; y participent, du 4 au 7 juillet, 1 800 personnes (92 % du personnel des trois fonderies); une fois de plus, elle avait pour cause une baisse des taux de salaire et une augmentation des normes de rendement (d. 88, f. 16).
70 Souvent, les actions des ouvriers étaient dirigées de façon indirecte contre la ligne du parti, avant tout contre diverses campagnes. Dans le textile, ils protestent contre le passage de deux machines à trois [24] [24] Il s’agit du nombre de machines que chaque ouvrier(e)...
suite (dans une fabrique de tissage de la province de Tver’, une pétition contre cette mesure a circulé parmi les ouvriers – d. 91, f. 16), dans la province de Tula ceux des ateliers de transmissions ont tenu une réunion illégale où, parmi des revendications sur le paiement au rendement et l’introduction d’un supplément légal de salaire, ils se sont élevés contre le prélèvement de 1 % en faveur des ouvriers anglais [25] [25] Les syndicats soviétiques collectaient de l’argent pour...
suite. Lors de cette réunion, fut adoptée une adresse à la Commission des taux et des conflits et au syndicat des métallurgistes : un délégué fut élu pour aller à Moscou (d. 90, f. 18).
71 Les retards de salaire pouvaient être à l’origine de durs conflits. Ainsi, à l’usine de C˘ usovoj (arrondissement de Perm’), 300 personnes ont exigé le versement immédiat de leur salaire, en retard d’un jour. Une commission créée par les ouvriers vérifia la caisse de l’usine et confirma qu’il n’y avait pas d’argent. Après le paiement des salaires le lendemain, le travail reprit (d. 86, f. 2). Et à l’usine Trud (district de Murom, province de Vladimir), une grève due au non-paiement des salaires et à l’augmentation des normes (de rendement) dura deux semaines et conduisit à un nouvel enregistrement du syndicat (d. 14, f. 32).
72 L’existence de diverses formes de propriété constituait une particularité des conflits du travail sous la N.E.P. et, même si la majorité des grèves avait lieu dans le secteur d’État (majoritaire dans l’industrie), on rencontrait aussi des manifestations de mécontentement dans les entreprises privées. Dans le district de Lipeck, une firme privée de travail du bois connut une grève causée par des retards de salaire et l’absence de vêtements de travail, et accompagnée de bris de machines. Un arrêt de travail s’est prolongé du 18 juillet au 4 août 1924 à l’usine Probuz˘denie, louée par la compagnie Nec˘aev, « soutenue, dit le rapport, par le parti et le soviet » (d. 8, f. 17,174).
73 Les grèves dans les régions « nationales » [26] [26] C’est-à-dire habitées par des peuples non russes (idem). ...
suite étaient compliquées par l’opposition entre population locale et ouvriers russes, créée par la politique des directions d’entreprise. Ainsi, dans une exploitation de Kalmoukie, lors d’une grève d’ouvriers russes, qui revendiquaient une augmentation de salaire, on embaucha 500 ouvriers kalmouks (d. 22, f. 81). Aux gares de Termez et de Karši, en Asie Centrale, l’arrêt de travail, sur lequel l’information est assez vague, a duré respectivement 8 et 4 jours et, au moment décisif, on fit appel à « l’intervention des forces armées » (d. 89, f. 20).
74 Les mauvaises relations des ouvriers avec l’administration provoquaient souvent des révoltes, débouchant sur des grèves ou restant à l’état de menaces. La grève (5 jours) des débardeurs de Samara, qui vit la création d’un comité révolutionnaire de lutte pour l’augmentation des salaires, s’accompagna de « violences contre les responsables économiques » : des communistes participèrent activement à ce mouvement (d. 25, f. 61). Des heurts entre les ouvriers et l’administration (chemins de fer de Moscou; usine de Duminic˘i, province de Brjansk) s’accompagnaient de menaces « de chasser sur une brouette » ingénieurs et dirigeants (d. 22, f. 33,119). Dans une mine du district d’Anz˘ero-Sudz˘ensk, la révolte se termina par l’expulsion du directeur sur une brouette (d. 26, f. 33). A l’usine de Ljudinovo, le conflit se solda par une tragédie, l’assassinat d’un contremaître, qui persécutait l’un des ouvriers (d. 82, f. 1v).
75 Outre les fréquentes grèves de débardeurs, déjà mentionnées, on rencontre chez les saisonniers de grandes révoltes dans les exploitations de tourbe : ainsi, en juin 1926,5 000 personnes exigèrent la baisse des normes de rendement et l’augmentation des salaires dans les provinces de Leningrad et de Novgorod (d. 88, f. 1b).
76 Ainsi, les rapports de synthèse fournissent un riche matériau pour l’étude du mouvement ouvrier en U.R.S.S. dans les dix premières années du pouvoir soviétique. Les rapports de 1926-1927 présentent en outre l’intérêt de donner des informations à la fois sur les grèves et sur les manifestations de mécontentement qui n’ont pas débouché sur des révoltes ouvertes. Les causes de ce mécontentement restent toujours les mêmes – les normes de rendement et les salaires –, bien qu’il soit parfois aussi question de la vie interne du collectif de travail : l’absence de pain à la coopérative de l’usine (dans 9 entreprises de l’Oural à la fois, cf. d. 90, f. 16), les licenciements (d. 89, f. 21), etc. Le nombre de cas où le mécontentement n’aboutissait pas à un arrêt de travail est comparable à celui des grèves : quelques dizaines par mois.
77 Hélas, les dernières informations détaillées sur les conflits dans la production données par les rapports du Département Information concernent le deuxième semestre de 1927 (d. 110). Les tentatives pour découvrir des matériaux plus tardifs dans l’inventaire 32 du fonds du Comité central n’ont donné aucun résultat. Deux conclusions viennent à l’esprit : ou bien les difficultés politico-économiques de 1928 (affaire de Chakhty, arrêt de la N.E.P. et politique d’industrialisation) ont conduit à une forte baisse du mouvement gréviste, ou bien ces données ont cessé de parvenir au Département Information, c’est-à-dire qu’elles sont sorties de sa compétence. Néanmoins même les matériaux dont nous disposons enrichissent beaucoup notre vision de la vie de la classe ouvrière en U.R.S.S. et de la situation dans laquelle s’est produit le tournant décisif de la fin des années 1920, qui a conduit à la mise en place définitive du système totalitaire.
Conclusion
78 Ainsi, les sources étudiées donnent des indicateurs étonnamment élevés d’intensité des conflits du travail au début de la période soviétique, même par comparaison avec l’époque tsariste (à l’exclusion des phases de développement maximal du mouvement ouvrier). Ces indicateurs sont comparables aux moyennes annuelles de 1895-1904 [27] [27] Et assez souvent les dépassent. ...
suite (à la veille de la révolution), de 1908-1911 et aussi de 1915 (sous la N.E.P., certaines années, le nombre de grèves a été supérieur à 400 et le nombre de grévistes a presque atteint 200 000 personnes). Les sources indiquent une baisse marquée du nombre de grèves et de grévistes entre 1922-1923 et 1924-1927 dans les entreprises d’État, mais non dans les secteurs coopératif et privé. Le changement du système statistique et le renforcement de la répression contre les militants ont provoqué une forte baisse du nombre de grèves enregistrées à la fin des années 1920. Les données sur la répartition par branche des conflits du travail sont intéressantes. Ainsi, en 1923, ce sont les mines qui donnent le plus grand nombre de grèves (155) et de grévistes (77 189) : la majorité de ces conflits (presque 80 %, représentant 96 % des participants) avait pour cause des revendications concernant les salaires, en retard (66 % des grévistes) ou trop bas (22 %). Le rôle de ces deux motifs a changé avec le temps : en 1926,86,4 % des mouvements avaient un caractère salarial, mais sur ce total 15,6 % seulement protestaient contre des retards de la paie, et 64 % résultaient du mécontentement créé par les normes (de rendement) et les taux de salaire aux pièces.
79 Le projet de recherche international mentionné dans l’introduction a mis en circulation pour la première fois des données systématisées sur la dynamique et la structure des conflits du travail en 1918-1929. Ces données montrent que, même si le caractère de ces conflits a changé après 1917, leur intensité est restée comparable à ce qu’elle était dans les années relativement « calmes » des trois décennies précédentes. Comme avant, les causes économiques (avant tout les salaires) constituaient les principaux motifs des grèves et autres conflits du travail. Ainsi, on peut (jusqu’à un certain point) dire que 1917 n’a pas marqué de « rupture » du mouvement gréviste en Russie.
Notes
[ *] Professeurs et chercheurs à l’Université de Moscou et à l’Institut d’histoire de la Russie (Académie des sciences). Traduction de Jean-Paul DEPRETTO.
[ (1)] Ce chiffre inclut cinquante publications des auteurs du présent article.
[ (2)] En latin dans le texte (note du traducteur).
[ (3)] Cf. KPSS v rezoljucijax i rešenijax s’ezdov, konferencij i plenumov CK, t. II, Moscou, 1983, p. 485-486; Stenografic˘eskij otc˘et pjatogo vserossijskogo s’ezda professional’nyx sojuzov, Moscou, 1922, p. 105.
[ (4)] Professional’nye sojuzy S.S.S.R. 1922-1924 gg. Otc˘et VCSPS k VI s’ezdu profsojuzov, Moscou, Conseil central des syndicats, 1924, p. 223 et 229.
[ (5)] R.G.A.S.P.I., fonds 17, inventaire 6, dossier 350 (Tula, avril 1919); inv. 8, d. 36 (Krivoj Rog, 1923); inv. 216, d. 606 (district de Lipeck, province de Tambov, 1924); f. 85, inv. 24, d. 551 (Arménie, 1922).
[ (6)] Cf. Profsojuzy Sibiri v bor’be za vlast’ Sovetov. 1917-1919 gg., Novosibirsk, 1928, p. 89, 111-113; Bor’ba za vlast’ Sovetov na Donu. 1917-1920 gg., Sb. dokumentov, Rostov-sur-le-Don, 1957, p. 418-419; Bor’ba za vlast’ Sovetov v Tomskoj gubernii (1917-1919 gg.), Tomsk, 1957, p. 394; Bor’ba za sovetskuju vlast’ v Krymu, t. I, Simperopol, 1961, p. 45; Raboc˘ij klass Sovetskoj Rossii v pervyj god diktatury proletariata, Moscou, 1964, p. 369; Xronika revoljucionnyx sobytij v Krymu. 1917-1920 gg., Simferopol, 1969, p. 159; Istorija sovetskogo raboc˘ego klassa v 6 tomax, t. I : 1917-1920 gg., Moscou, 1984, p. 300.
[ (7)] Cf. Pobeda Oktjabr’skoj socialistic˘eskoj revoljucii v Niz˘egorodskoj gubernii, Gor’kij, 1957, p. 548; Put’ bor’by i pobed. Xronika Tul’skoj organizacii KPSS. 1883-1978, Livre I, Tula, 1978, p. 203.
[ (8)] G. BELKIN, Raboc˘ij vopros v c˘astnoj promyšlennosti, Moscou, 1926, p. 55 (données pour 1923); J. FIN, Opyt stac˘ki v Sovetskoj Rossii, Moscou, 1924, p. 5-10 (grève d’ouvriers et d’employés au marché Trubnyj en 1922); Promyšlennost’ i raboc˘ij klass Ukrainskoj S.S.R. v period vosstanovlenija narodnogo xozjajstva (1921-1925), Sb. dokumentov, Kiev, 1956 (grève dans un atelier de couture à Odessa, mai 1923); I.J. TRIFONOV, Klassy i klassovaja bor’ba v S.S.S.R. v nac˘ale NEPa, Leningrad, 1969, p. 137-139.
[ (9)] V. KUNIN, « Grèves », Argumenty i fakty, mai 1990, no 21, p. 7.
[ (10)] Ibid.; A.F. KISELEV, Profsojuzy i sovetskoe gosudarstvo, Moscou, 1991; A.A. IGLICKIJ, A.L. RAJXCAUM, « De l’histoire des grèves ouvrières en Russie (1919-1925) », in Novye dviz˘enija trudjašc˘ixsja : opyt Rossii i drugix stran SNG, 1re partie, Moscou, 1992, p. 127-135; E.E. GOLUBEV, Uroven’ z˘izni sovetskix raboc˘ix v gody NEPa. 1921-1927, Thèse de 3e cycle, Jaroslavl’, 1995; id., « Les formes de protestation sociale des ouvriers sous la N.E.P. (sur l’exemple des provinces de Haute Volga) », in Aktual’nye problemy estestvennyx i gumanitarnyx nauk. Otec˘estvennaja istorija, Jaroslavl’, 1995, p. 141-144; S.V. MANOŠKINA, « Vers une chronique du mouvement ouvrier dans le district d’Anz˘ero-Sudz˘ensk en 1921-1925 », in Materialy k xronike obšc˘estvennogo dvis˘enija v Sibiri v. 1895-1917 gg., fasc. 2, Tomsk, 1995, p. 165-168.
[ (11)] Sagène : 2,13 m (note du traducteur).
[ (12)] En ukrainien dans le texte (idem).
[ (13)] Bol’ševistskoe rukovodstvo. Perepiska. 1912-1927, Moscou, 1996, p. 284-285. Envoyé plus tôt, le rapport de B.I. Magidov a été examiné lors d’une réunion de l’Orgbjuro du Comité central le 8 octobre 1923.
[ (14)] Cf. « Dnevnik B.G. Kozeleva. 1927-1930 gg. », Istoric˘eskij arxiv, 1996, nos 5-6, p. 159-160.
[ (15)] Les précisions figurant entre parenthèses ont été ajoutées par les auteurs de l’article (note du traducteur).
[ (16)] Il s’agit du dixième anniversaire de la révolution d’Octobre (idem).
[ (17)] Otc˘et VCSPS k VI s’ezdu professional’nyx sojuzov, Moscou, Conseil central des syndicats, 1924, p. 229 et 231.
[ (18)] Professional’nye sojuzy S.S.S.R. 1922-1924 gg., op. cit., p. 230.
[ (19)] Livre : 410 grammes (note du traducteur).
[ (20)] Materialy po statistike truda, fasc. 5, op. cit., p. 53.
[ (21)] S.V. MANOŠKINA, « Vers une chronique du mouvement ouvrier dans le district d’Anz˘ero-Sudz˘ensk... », art. cit., p. 166.
[ (22)] Cf. Svod otc˘etov fabric˘nyx inspektorov za. 1901 g., Saint-Pétersbourg, 1903, p. 48-49; Svod... za. 1905 g., ibid., 1908, p. 52-53; Svod... za 1914 g., ibid., 1915, p. 172-173.
[ (23)] Trud v Moskovskoj gubernii v. 1923-1925 gg. Sbornik statistic˘eskix materialov, fasc. 2, Moscou, 1926, p. 420-422. Cf. aussi Trud v Moskve i Moskovskoj gub. v. 1924-1925 gg. Kratkij statistic˘eskij spravoc˘nik MGSPS, Moscou, 1926, p. 112-120.
[ (24)] Il s’agit du nombre de machines que chaque ouvrier(e) doit surveiller (note du traducteur).
[ (25)] Les syndicats soviétiques collectaient de l’argent pour soutenir les grèves dans les pays capitalistes (idem).
[ (26)] C’est-à-dire habitées par des peuples non russes (idem).
[ (27)] Et assez souvent les dépassent.
Résumé
Cet article traite des protestations ouvrières dans les premières années de la Russie soviétique (1918-1929) – un phénomène presque inconnu des spécialistes d’histoire sociale soviétique. Il va sans dire que les études historiques sur les grèves et autres formes de protestations ouvrières massives étaient interdites en Union Soviétique depuis 1930. Dans les années 1990, quand les fonds « fermés » des archives soviétiques furent ouverts, il devint possible d’avoir accès à des matériaux jusqu’alors secrets sur la dynamique et la structure des conflits du travail dans l’industrie soviétique, leur dimension régionale et leur répartition par branche. Les publications des années 1920 enrichissent ce tableau. Il était inattendu de découvrir que le niveau des protestations ouvrières était comparable à ceux des années 1890-1910 (révolutions exlues). La plupart des grèves et autres conflits du travail avaient pour cause principale des revendications salariales (comme dans les années « calmes » d’avant 1917). Ainsi, nous pouvons conclure qu’il n’y a pas eu de rupture substantielle dans l’activité gréviste en 1917 (bien que le contexte des grèves fût tout à fait différent).
The labor conflicts in Soviet Russia during « War Communism» and NEP. The paper deals with labor activism in the early Soviet Russia (1918-1929) – a phenomenon practically unknown to specialists in Soviet social history. Needless to say that historical studies of strikes and other forms of mass workers’ protest were forbidden in Soviet Union since 1930. In the 1990s, when « closed » sections of Soviet archives were opened, it became possible to get an access to formerly secret archival materials on dynamics and structure of labor conflicts in the Soviet industry-both in the regional and branch dimensions. Publications of the 1920s add to this picture. It was unexpected to discover that the level of labor activism was comparable to those of the 1890s-1910s (excluding years of revolutions). Most of strikes and other labor conflicts had as their main reason worker’s dissatisfaction with their wages (like it was in « calm » years before the Revolution of 1917). So, we can conclude that there was no substantial gap in strike activities in 1917 (although the context of strikes was quite different).
PLAN DE L'ARTICLE
- Historiographie
- Les rapports de synthèse (svodki) du Département Information du Comité central du P.C.
- Conclusion
POUR CITER CET ARTICLE
A.J. Andreev et al. « Les conflits du travail en Russie soviétique pendant le « communisme de guerre » et la N.E.P. », Le Mouvement Social 3/2001 (no 196), p. 41-62.
URL : www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2001-3-page-41.htm.
DOI : 10.3917/lms.196.0041.












