Le Mouvement Social 2002/1
Le Mouvement Social
2002/1 (no 198)
184 pages
Editeur
Revue précédemment diffusée par les Éditions Ouvrières (jusqu'en 1993), puis par les Éditions de l'Atelier (de 1993 à 2007).

DOI 10.3917/lms.198.0111
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Vous consultezFéminin/masculin : les enjeux du genre dans l’Espagne de la Seconde République au franquisme

AuteurYannick Ripa[*] [*] Maîtresse de conférences d’histoire contemporaine à...
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du même auteur



Nos valeureux légionnaires et réguliers ont montré aux rouges ce que c’est qu’être un homme. Et par la même occasion, aux femmes de rouges; elles « ont enfin connu de vrais hommes et non des miliciens castrés », triviale, abjecte, dérapage d’une guerre sans honneur, fasciste, machiste... cette déclaration du général franquiste Queipo de Llano au cours de son émission radiophonique de propagande le 23 juillet 1936 à Séville a fait couler beaucoup d’encre. Elle a souvent pris place dans les argumentaires des historiens qui se sont efforcés d’analyser le conflit qui déchire l’Espagne de 1936 à 1939; mais ils n’ont pas dépassé la surface des mots pour en saisir le sens profond : la dimension sexuée de cette guerre, caricaturée à l’extrême par l’injurieuse diatribe du dirigeant des forces nationales de l’Andalousie [1] [1] Seules des historiennes ont noté cet aspect dans le cadre...
suite
. Cette grossièreté s’inscrit dans un ensemble de discours et de pratiques articulés autour du masculin ou du féminin; en cela elle n’est pas politiquement gratuite : elle véhicule le regard que les rebelles portent sur les républicains, être dévirilisés par une république-femme.

2 Ce constat invite non seulement à comprendre la dynamique de cette articulation dans une « culture de guerre » éventuellement spécifique, car fratricide, et donc à percevoir un possible équivalent chez les forces de gauche, mais aussi à rechercher si la différence des sexes n’est pas une pierre angulaire de ce conflit, voire de ce type de conflits puisqu’ils n’ont pas comme objectif la possession de territoire ou une remise en cause de l’équilibre international mais qu’ils opposent deux projets de société. Or le genre, constitutif de toute société, est dans cette guerre où s’affrontent démocratie et totalitarisme, modernité et tradition, laïcité et cléricalisme un enjeu majeur. A preuve : l’existence d’un balancement entre les mesures républicaines qui travaillent à l’égalité des sexes et leur suppression par les rebelles au fur et à mesure de leur progression [2] [2] 4 septembre 1936, suppression de la mixité dans les écoles...
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. Cette réaction pour être mieux comprise réclame de questionner la jeune république sur sa politique de genre.

Une république féministe ?

3 Les républicains purent claironner que le régime, sorti comme par surprise des urnes lors des élections municipales d’avril 1931, avait davantage fait en quelques semaines pour les femmes que des siècles de monarchie : leur train de mesures met fin à l’infériorisation séculaire des femmes, ancrée dans la tradition catholique si présente, si pressante, en Espagne. Il augure de nouveaux rapports de sexes dans la société que les républicains entendent mettre en place. Ce constat permet de qualifier de féministe la république puisqu’elle travaille à l’égalité des sexes, mais il convient dans le cadre de notre réflexion d’affiner l’analyse en recherchant les motifs qui ont conduit à cette politique favorable aux femmes. Résulte-t-elle d’une adhésion des républicains aux revendications des féministes espagnoles, ou d’une stratégie politique qui ne repose pas sur une analyse de l’articulation féminin/ masculin, y compris pour affirmer que l’universalisme annule cette distinction ?

4 Première évidence, le féminisme n’est pas une force politico-sociale à la veille de la chute de la monarchie. Si depuis les années 1920, il a cessé d’être l’affaire de quelques-unes et a gagné de l’audience dans les classes moyennes, il demeure très urbain et minoritaire. Les féministes réclament une refonte du droit matrimonial incluant le divorce, une meilleure éducation des femmes débouchant sur des métiers rémunérateurs et, pour certaines, l’accès à la citoyenneté par le droit de vote, mais leur influence est faible [3] [3] Voir G. SCANLON, La Polemica feminista en la Espan˜a contemporanea...
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.

5 Seconde évidence : les politiques se réfèrent peu ou pas aux féministes quand ils abordent la « question des femmes » dans les dernières années de la monarchie; l’expression révèle que les femmes sont conçues comme une catégorie qui pose problème et mérite un traitement circonstancié, correspondant à la nature féminine. La tautologie du raisonnement met en exergue sa pauvreté, son enfermement dans une définition naturaliste du féminin et par là même du masculin. Dans leur majorité, les intellectuels pensent, à l’instar d’un Ortegat y Gasset, que les femmes sont dépendantes de la nature et donc éloignées de la raison, instrument masculin. Quant au très influent docteur Gregorio Maran˜on, républicain de gauche et défenseur de la théorie de la bisexualité, il pense que les qualités morales et intellectuelles sont uniquement masculines et que le destin de la femme se confond avec sa fonction biologique. Aussi est-il pour le divorce mais contre le droit de vote des femmes.

6 Peut-on dans ce cas parler d’un féminisme, même en précisant qu’il n’est pas intégral, dès lors qu’il entérine l’affirmation d’une infériorité naturelle du féminin par rapport au masculin ? Pour les partis politiques de gauche, il ne s’agit donc pas de modifier ces définitions, mais de traiter à partir d’elles « la question des femmes ». Aussi n’abordent-ils le sujet que sur le terrain du social et du droit civil. Ils défendent donc la division des sphères sans avancer toujours à visage découvert.

7 L’action du nouveau régime s’inscrit dans la continuité de cette approche. Fidèles au programme de Saint Sébastien du 18 août 1930, les républicains veulent transformer la société civile et civique et donc expurger les injustices héritées de la monarchie des Bourbons. S’attaquer à la sujétion des femmes participe de cet objectif. Cette politique bute, toutefois, sur la frontière invisible mais rigide qui ferme aux femmes le politique, domaine masculin. Ne pouvant être en deçà des réformes du dictateur Miguel Primo de Rivera [4] [4] 8 mars 1924 : droit de vote municipal aux femmes. 12...
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, le gouvernement rend toutes les femmes de plus de vingt-trois ans éligibles par décret du 8 mai 1931, mais dans la pratique il souhaiterait que seules les femmes réputées exceptionnelles bénéficient de cette mesure. Ce jugement subjectif révèle une différenciation du féminin et du masculin : il induit la capacité naturelle des hommes à être élus parce qu’hommes et la nécessité pour les femmes de prouver leur exceptionnalité, c’est-à-dire leur non-conformité au féminin ordinaire, lequel implique une incapacité par nature à gérer la cité. Occuper une charge politique n’est donc pas un droit mais une capacité innée chez les hommes, acquise chez des femmes. Un tel raisonnement est contraire à l’égalité des sexes; on comprend dès lors la nécessité d’un débat sur le droit de vote des femmes mais aussi son sens réel : il signifie que le suffrage universel n’est pas posé comme un principe inhérent à la démocratie; il fixe les bornes du « féminisme » des parlementaires bridé par leur attachement à la division traditionnelle des rôles. Le premier projet de Constitution proposé aux Cortès le 14 juillet par la Commission Juridique désignée à cet effet par le gouvernement provisoire au printemps ne donne pas le droit de vote aux femmes, alors que son président, l’avocat conservateur Ossorio y Gallardo, proposait le suffrage des célibataires et des veuves pour ne pas troubler la paix des ménages.

8 La cause des femmes est sauvée par le rejet en bloc de ce préprojet. La nouvelle commission désignée le 18 juillet se compose de vingt et un députés dont une femme, la féministe et radicale Clara Campoamor. Cette dernière contraint ses collègues à penser l’égalité des sexes non comme un objet périphérique du projet constitutionnel mais comme un élément de sa colonne vertébrale. La bataille est rude et emportée par étapes [5] [5] Sur la controverse suffragiste, voir Y. RIPA, « Le Droit...
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 : la proposition présentée aux Cortès le 27 août, fortement inspirée des constitutions du Mexique (1917), de la Russie (1918) et surtout de la république de Weimar (1919), déclare que « Ne pourront être fondement de privilège juridique : la naissance, la classe sociale, la richesse, les idées politiques et les croyances religieuses » et elle ajoute, à la ligne suivante, « Est reconnue en principe (souligné par nous) l’égalité des droits des deux sexes ». Cette formule, évidente concession, ne considère l’égalité des droits des deux sexes ni comme naturelle ni comme une des bases de la démocratie. Contre ce « oui mais » à l’égalité des sexes, Clara Campoamor obtient le vote d’un amendement, futur article 25 de la Constitution : « Ne pourront être fondement de privilège juridique : la nature, la filiation, le sexe, la classe sociale, la richesse, les idées politiques et les croyances religieuses. L’État ne reconnaît ni distinctions ni titres nobiliaires ».

9 En découle l’article 40 qui ouvre les emplois et les charges publiques à tous les Espagnols sans distinction de sexe, selon leur mérite et leur capacité. Le respect de l’article 25 ne permet plus de repousser le suffrage universel; effectivement, le projet accorde par l’article 36 le droit de vote aux femmes. Mais, en Espagne comme ailleurs, dès qu’il s’agit des droits politiques des femmes, les grands principes se trouvent malmenés par les grands préjugés sur le féminin, par l’attachement d’une société masculine à son pouvoir exclusif, et par des considérations politiciennes qui privilégient le résultat sur le droit, aux dépends des seules femmes, cela s’entend.

10 Aussi la démocratie et sa nature ne sont-elles pas au cœur des débats qui agitent les Cortès du 1er septembre au 1er octobre 1931. Pour la majorité des républicains, il s’agit de faire preuve de pragmatisme : le spectre d’un vote conservateur des femmes, influencées par les prêtres, est agité par les radicaux qui demandent le report du droit de vote. L’existence d’une pétition, signée par un million et demi d’Espagnoles, de toutes provinces, Catalogne excepté, en faveur de l’Église, de la famille et de l’enseignement catholique consolide cet argument; elle est déposée aux Cortès le 30 septembre par des délégués de la Unión de las Damas espan˜olas appuyées par la présence du leader de la droite catholique Gil Robles. Les antisuffragistes au nom de la défense de la république l’évoquent mais dans le même temps ils passent sous silence l’adhésion au nouveau régime d’associations de femmes et de féministes, tel El Lyceum Club Feminino Espan˜ol, et l’adresse de l’Asociacion Nacional de Mujeres Espan˜olas le 1er octobre aux Cortès et à la presse se référant clairement au principe démocratique : « Messieurs les députés, ne souillez pas la Constitution en y établissant des privilèges. Nous voulons l’égalité des droits électoraux. Vive la République. »

11 Cet « oubli » de l’appui de femmes à la République dénonce la résistance des députés au gommage des frontières de sexes. Toutefois cet antisuffragisme se justifie, en paroles du moins, par le contexte; il laisse donc entrebâiller la porte au suffragisme, appelant à l’éducation des femmes et à leur laïcisation. C’est du reste la position de la radicale socialiste Victoria Kent qui déclare préférer renoncer à son idéal féministe au nom de sa « ferveur démocratique et républicaine libérale » [6] [6] Les débats aux Cortès sont consignés dans El Diario de...
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. Elle ne paraît pas avoir conscience que la soi-disant inopportunité du vote des femmes tient au peu de cas qui est fait de leur droit à la citoyenneté. A preuve, aucune voix ne s’élève pour retirer le droit de vote au clergé et aux hommes connus pour soutenir l’ancien régime. Les femmes qui encouragent les droites conservatrices sont exclues de la citoyenneté active, et leur engagement prive de leurs droits les autres femmes par simple identité de sexe alors que les hommes du même bord jouissent, quant à eux, de la pleine citoyenneté...

12 Pour d’autres députés de gauche, ce n’est pas l’éducation des femmes qui est en cause mais leur nature dominée par leurs sens et leur sexe. Leur capacité mentale à savoir user à bon escient du bulletin de vote est mise en doute. Fort de ces considérations, le député Ayuso, membre du Parti républicain fédéral, propose que le droit de vote soit accordé aux hommes à partir de vingt-trois ans et aux femmes à compter de quarante-cinq, âge où, à l’en croire, « la belle moitié du genre humain » serait en possession de ses capacités intellectuelles. Les commentaires savoureux qui accueillent la proposition abaissent le débat et dévalorisent la question du suffrage universel, désertant le domaine de la philosophie et des sciences politiques.

13 Seule Clara Campoamor lui restitue sa dimension originelle : elle refuse de dissocier droit de vote des femmes et démocratie et relie le suffrage des femmes à l’article 25 : ne pas le respecter est contraire aux promesses de détruire l’ancien régime, et signifie mépriser la démocratie, transformer une « République démocratique où tous les pouvoirs émanent du peuple en une République aristocratique de privilège masculin (souligné par nous) ». Seule, elle se réfère à l’universalité des droits : exclure les femmes de la citoyenneté intégrale nie leur qualité d’êtres humains.

14 L’absence de réflexion sur l’universalisme confirme que l’antisuffragisme au nom du républicanisme voile l’incapacité des députés à se défaire des représentations traditionnelles du féminin et du masculin. Prétendre émanciper les femmes du passé et les exclure de la démocratie n’est possible que si le masculin et le féminin continuent à être pensés dans une différence hiérarchisée. La construction du genre, bien intégrée, fonctionne en dépit des déclarations de principe.

15 La droite manie, pour sa part, sans vergogne le paradoxe : d’une part, elle se déclare favorable au vote des femmes, n’hésitant pas à se référer aux principes démocratiques et aux expériences étrangères; d’autre part, elle ne cesse de se montrer attachée à leur rôle naturel : féminin rime avec conjugalité, maternité et religiosité. Ce suffragisme opportuniste ne veut pas remettre en cause la définition du féminin; il attend que les femmes votent comme leur mari, leur père ou leur curé sous la domination desquels elles doivent demeurer.

16 Au reste, la victoire suffragiste – remportée à l’arraché par 160 voix pour, 121 contre et 188 abstentions grâce à la plaidoirie de Clara Campoamor – est peu évoquée au nom des grands principes mais souvent au nom de la « galanterie », un hommage masculin au beau sexe qui n’a rien à voir ni avec les exigences de la démocratie ni avec un comportement féministe : « La galanterie a obtenu un triomphe incontestable. [...] Il est beau de penser que les poètes de demain chanteront en sonnets ce jour de 1931 où les fils de l’Espagne jouèrent à pile ou face un régime pour plaire à leurs femmes » [7] [7] El Sol, 2 octobre 1931. ...
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.

17 La politique de genre de la Seconde République s’avère donc davantage relever d’une stratégie politique dirigée contre l’ancien régime que d’une réelle volonté d’instaurer l’égalité des sexes. Derrière la façade d’un féminisme, persiste un attachement à la représentation traditionnelle du masculin et du féminin. Ce n’est pas là l’interprétation de la droite traditionaliste; elle déplore le brouillage des frontières de sexes et la pénétration des femmes dans des domaines publics; elle y voit une attaque à l’encontre des fondements de l’identité espagnole.

18 Championne de cette théorie : la phalange, créée le 29 octobre 1933 par le jeune avocat José Antonio Primo de Rivera.

Une phalange virile

19 Son discours inaugural au théâtre de la Comédie repose sur la dénonciation de la perte de l’identité espagnole, l’hispanidad [l’hispanéité], et la justification de l’existence de la phalange par la qualité de ses membres, modèles référentiels aptes à régénérer la Nation. Il assimile sa déclaration à « un acte d’affirmation nationale » et précise que la phalange n’est pas un parti, mais un mouvement. Sa finalité première est de se battre pour la Patrie qui « est une unité totale dans laquelle s’intègrent tous les individus et toutes les classes ». Mais il n’est ici question que d’individus mâles qui appartiennent à une élite; si « le mouvement phalangiste n’est pas une manière de penser [mais] une manière d’être » [8] [8] J. A. PRIMO DE RIVERA, Obras completas, Madrid, Ediciones...
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, comme le souhaite son fondateur, ce modo de ser est à l’évidence masculin.

20 De fait, José Antonio – ainsi qu’on le nomme rapidement pour le distinguer de son père et montrer qu’il a su se faire un prénom – se présente comme l’incarnation de ce que doit être un Espagnol, digne héritier des conquistadores. Aristocrate, il se plaît à rappeler sa naissance et son paraître – cheveux gominés, chemise blanche cravatée – est celui d’un sen˜orito. Comme tel, il prétend entrer en politique pour défendre l’honneur de son père, et n’hésite pas à gifler le fameux Queipo de Llano qui lui semblait injurier le nom paternel. Ce comportement chevaleresque renvoie au passé de l’Espagne et dénonce la tiédeur, voire la dévirilisation, de la jeunesse masculine des années 1930, désœuvrée depuis l’échec du Maroc et la déroute monarchique. José Antonio, ce « héros de roman de cape et d’épée » [9] [9] C. BOWERS, My Mission in Spain, 1933-1939, New York, 1954,...
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, est l’incarnation de l’idéal masculin. Par leur engagement à ses côtés, les phalangistes deviendront « des hommes, des vrais ». Cet Homme, que le leader valorise en le plaçant au centre du monde, est fait de courage, de volonté, de force, de morale, toutes qualités masculines qui sont constitutives de l’hispanidad. Des phalangistes, le leader attend qu’ils soient « forts, sobres chastes aussi mais chastes comme des guerriers ». Il oppose chasteté et luxure, laquelle sera souvent rapprochée du régime républicain. José Antonio y voit « une espèce de libéralisme de la chair » et précise que « la puissance virile c’est autre chose » [10] [10] Fe, no 6, février 1934, cité in M. -A. BARRACHINA,...
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, une autre chose que la Phalange n’aura de cesse de préciser.

21 Quant au programme politique de José Antonio – antilibéral, antiparlementariste, antimarxiste alors que le leader se proclame « antirien » –, il se noie dans une rhétorique obscure qui permet le rassemblement; il propose de défendre « joyeusement, poétiquement » l’Espagne; voilà pour le moins une « façon d’être » peu conforme à la virilité des conquistadores. Pour défendre la justice et la patrie, la violence n’est à la fondation de la phalange qu’un ultime recours, elle ne participe donc pas alors de l’identité masculine.

22 Les jours passant, la « dialectique des poings et des revolvers », expression joséantonienne, devient usuelle. Elle s’inscrit dans la dégradation des rapports socio-politiques et dans l’explosion des violences de rue. Il ne saurait être question ni de rappeler cette évolution contextuelle ni d’en rechercher les causes et les responsabilités, seule importe ici la gloire qu’en tirent, pour se définir, les militants : la violence est prônée comme une vertu virile et devient une caractéristique de l’être phalangiste.

23 Mouvement par et pour des hommes, emblème du masculin, la phalange exclut à son origine les femmes par mépris du féminin et par valorisation de la violence [11] [11] Justification du refus d’accepter des femmes lors de l’organisation...
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. Aussi toute réflexion sur la différence des sexes est-elle absente de la doctrine phalangiste; dans le respect de la tradition espagnole, la Femme n’est évoquée et défendue qu’en tant que mère. La république est donc aussi condamnée pour ses réformes féministes. Si José Antonio fustige le divorce, ce n’est pas la désacralisation du mariage et la liberté qu’il donne aux conjoints qui attirent ses foudres mais la dégradation des rapports homme/femme au détriment des femmes :

24

Vous qui êtes nés et avez vécu dans un foyer où le père était l’autorité et la mère l’amour, où le père représentait le travail et la mère le pardon, comment pouvez-vous comprendre maintenant que vos filles, une fois mariées, soient abandonnées de la même façon qu’on quitte la salle quand un film déplaît [12] [12] Déclaration de 1933, cité in M. -A. BARRACHINA, « La...
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.

25 Pourtant en juin 1934 la Section féminine de la phalange est créée, à l’initiative de sept femmes, étonnantes d’obstination à appartenir à un mouvement qui les refuse et ne les conçoit qu’au foyer alors que certaines d’entre elles poursuivent des études universitaires. Mais la séduction joséantonienne a fonctionné au-delà de ses ambitions : attirer les hommes [13] [13] Voir Y. RIPA, « Une séduction détournée : Primo...
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. La présence à la tête du groupe de la sœur de José Antonio, Pilar Primo de Rivera, explique en partie l’accord du leader. Mais celui-ci ne remet pas en cause sa définition, certes succincte, du féminin : les femmes n’entrent pas dans la phalange à égalité avec les hommes, elles forment une Section qui leur est réservée, sous le contrôle de la phalange, la vraie. La répartition des rôles est respectée : les femmes travaillent dans l’assistance (secours, soutien, travaux de couture...), résolvant ainsi tous les problèmes matériels auxquels se heurtait l’organisation. Elles se joignent au mouvement sans heurter le machisme identitaire des militants qui les regardent comme des êtres fragiles et inférieurs; leur entrée ainsi conçue ne dénature pas le mouvement viril.

26 Mais leur audience auprès de femmes contraint le chef phalangiste à exposer sa vision du féminin.

La phalange et « le sentiment féminin de l’existence »

27 Badajoz, 28 avril 1935 : en marge d’un discours, José Antonio s’adresse à des membres de la Section féminine et à des sympathisantes. Quelques paroles, nécessaires réponses à une demande de partisanes en quête d’identité au sein du mouvement, emphatiques selon l’habitude du tribun. Quelques phrases, pourtant creuses, sont promises à un grand avenir : des années durant, bien après l’exécution de José Antonio par les républicains le 20 novembre 1936, elles serviront aux femmes phalangistes de tables de la loi et légitimeront l’action de la Section féminine, alors au service du franquisme victorieux :

28

Le véritable féminisme ne devrait pas consister à vouloir pour les femmes des fonctions qu’aujourd’hui l’on considère comme supérieures, mais à entourer d’une plus grande dignité humaine et sociale les fonctions féminines [14] [14] J. A. PRIMO DE RIVERA, Obras. . . , op. cit. , p.  143. ...
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.

29 Ainsi sont rejetées en bloc les réformes républicaines et l’entrée des femmes sur le marché du travail salarié et sur la scène politique. Cette condamnation s’accompagne d’un jugement moral qui relève de la définition du féminisme phalangiste laquelle repose sur celle du féminin. Les républicains sont accusés de nuire aux femmes puisqu’ils agissent contre leur nature qui détermine leurs fonctions sociales, à savoir celles de mère et d’épouse. Les Phalangistes, en revanche, tout en ne s’affirmant pas féministes, se posent en soutiens des femmes : ils défendent le respect du féminin qui ne doit pas être défiguré par l’adoption de comportements masculins. Au nombre de ceux-ci, José Antonio voit et déplore l’égoïsme. Pauvres hommes qui rêvent d’acquérir la vertu cardinale des femmes : l’abnégation. Et José Antonio qui n’est pas à un paradoxe près d’affirmer que

30

Notre mouvement par certains aspects spécifiques assume le mieux un sentiment féminin de l’existence [...]. L’homme – je sais, mesdames, que je contribue par cette confession à diminuer un peu le piédestal où il a été posé – est égoïste, la femme, presque toujours, accepte une vie de soumission, de service, d’abnégation offerte à une tâche.
La Phalange est aussi ainsi [15] [15] Ibid. ...
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.

31 Penser irrecevable ce discours par les contradictions qu’il semble renfermer et en conclure à une cécité des femmes, favorables à leur endoctrinement, seraient oublier la spécificité du féminisme espagnol. Il faut se déprendre des définitions des féminismes français et anglo-saxons qui réclament très tôt l’égalité des droits – serait-ce même au nom des devoirs qui incombent aux mères – et revendiquent vigoureusement avec l’avènement de la Troisième République le droit de vote.

32 A sa naissance, le féminisme espagnol est un féminisme de la différence qui se bat pour l’amélioration de la condition des femmes dans leurs fonctions traditionnelles; il est donc respectueux du genre. Il ne remet pas en cause le modèle de la perfecta casada, épouse parfaite et ange du foyer, sublimé depuis son élaboration au XVIe siècle par Luis de Leon et intégré de mère en fille. Ces féministes désirent une éducation meilleure et spécifique pour les femmes, adaptée à leur rôle « naturel », pour accomplir au mieux leur divine mission au sein de la famille et de l’Église. Conservateur, attaché à l’image catholique de la différence des sexes, le féminisme ne demande donc pas une modification des fondements du féminin ni une transformation du statut des femmes en fonction de celui des hommes.

33 Cette posture féministe est favorisée par le contexte politique de l’Espagne du long XIXe siècle, dans laquelle le progrès peut être envisagé hors de l’obtention des droits politiques. Il a favorisé la désaffection des femmes pour le politique, longtemps déconsidéré. Dans les années 1930, ce courant féministe persiste et occupe un terrain non négligeable à côté d’un féminisme égalitariste, malgré des accents teintés de naturalisme.

34 La déclaration de José Antonio n’est donc pas incongrue; elle tricote le genre séculaire avec un féminisme qui en est respectueux, tout en paraissant inverser les valeurs : viriles seraient les jeunes filles qui, en vraies femmes, ne mettent pas de borne à leur abnégation; féminins seraient les militants qui, en vrais hommes, emprunteraient aux femmes leur abnégation pour servir sans entrave la cause phalangiste. Mais cette confusion ne relève que de la rhétorique : chaque sexe demeure à sa place.

Virilisation contre efféminisation

35 A la veille de la guerre civile, les camps qui vont s’affronter ont esquissé les traits principaux qui dessinent des figures du genre antinomiques. Ces deux modèles ne résument pas toutes les tendances de l’échiquier politique. Les anarchistes, par exemple, se déclarent favorables à une totale égalité des sexes au public comme au privé [16] [16] Voir M. ACKERSBER, Free women of Spain : Anarchism...
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. A ce stade, plusieurs remarques s’imposent.

36 La définition du féminin est devenue une préoccupation commune, mais la « question des femmes » s’est transformée en une mise en question du féminin, devenant l’un des points d’ancrage, dans les discours, de l’affrontement entre modernité et tradition. La pratique est moins dichotomique et la complexité l’emporte sur la clarté : les mesures républicaines en faveur des femmes s’insèrent dans une stratégie de rupture avec le passé qui ne révolutionne pas l’appréhension du féminin par la majorité : la maternité demeure l’essence de la féminité, y compris chez des féministes égalitaristes.

37 Cette approche voisine dangereusement avec celle de l’extrême droite qui affiche son attachement à la différence des sexes et entend la restaurer dans l’ensemble de la société. Ce cousinage, qui démontre le poids des préjugés, est l’héritage d’un passé commun. La culture séculaire du genre est intériorisée par tous, même par ceux qui comme les républicains en dénoncent les effets. Leur rejet rationnel ne parvient pas toujours à extirper les racines de comportements acquis de longue date. Les anarchistes mêmes ne se détachent pas de cette emprise et l’égalité des sexes qu’ils prônent s’arrête bien souvent à la porte de leurs foyers [17] [17] Voir Y. RIPA, « Le genre dans la pensée anarcho-syndicaliste...
suite
. Ainsi si les motifs varient d’une position politique à une autre, demeure une même toile de fond, tissée par des siècles de domination masculine et de misogynie ordinaire.

38 Ceci explique sans doute largement cela : le masculin ne donne pas lieu à un traitement équivalent, ni dans sa forme ni dans son fond. Le silence des républicains contraste avec les dithyrambes phalangistes sur la virilité.

39 A l’évidence, il n’existe pas aux yeux des premiers de « question des hommes », impensable énonciation. S’il faut envisager l’intégration des femmes dans la démocratie et la république, c’est bien qu’à leur avènement elles se confondent avec le masculin; seule la validité de l’inclusion des femmes au peuple souverain mérite réflexion. Penser le masculin n’est pas nécessaire : son identité va de soi, comme son inscription dans la société.

40 Tout autre, on l’a vu, est la position de l’extrême droite. Elle s’applique non à modifier l’identité masculine mais à en réaffirmer la définition, qu’elle estime avoir été malmenée, puis trahie; son apologie de la virilité est bâtie en contrepoint de l’Autre accusé, rejeté. A gauche, on ne trouve aucune configuration équivalente.

41 La perte des valeurs est donc jugée responsable de la dévirilisation des Espagnols, de leur efféminisation. Mais cette accusation ne suffit pas à la Phalange; sa diatribe passe de la dénonciation de la dégénérescence des individus à celle du régime.

42 Certes la crise de l’identité masculine est datée d’avant la république, mais celle-ci, vécue comme une femme, au-delà de sa représentation symbolique, est accusée de l’avoir accentuée : elle a opté pour des valeurs censées relever du féminin, elle a inclus les femmes dans la démocratie, elle les a « émancipées ». Aussi le nouveau régime est-il lui aussi perçu comme dégénéré. L’arrivée au pouvoir du Front populaire en 1936 radicalise les discours d’extrême droite, en libère la fantasmagorie : voilà la république gangrenée par « le virus marxiste ». Pour éviter la contagion de tout le corps social, pour rendre à l’Espagne sa force masculine, il faut un homme, un vrai, un chef. Dès 1933, José Antonio appelait de ses vœux ce caudillo. Franco aura soin de s’en souvenir.

Le genre dans la guerre civile

43 Tout conflit modifie les rôles traditionnels des sexes, par l’absence quotidienne des hommes; la transformation des frontières de sexes peut provoquer une accélération des évolutions du genre, souvent repérables avant les hostilités, sans augurer de leur devenir la paix revenue.

44 La guerre d’Espagne n’échappe pas à ce qui, en la matière, pourrait bien être une règle mais son déclenchement et sa nature compliquent la donne. Elle éclate sous la forme d’un Pronunciamento, acte de militaires de carrière, exclusivement masculin donc. Mais cet énième coup de force dans l’histoire espagnole échoue par la résistance populaire, laquelle mobilise d’emblée des hommes et des femmes. Les un(e)s étaient, avant le 18 juillet 1936, militant(e)s ou sympathisant(e)s républicain(e)s, socialistes, communistes, anarchistes, trotskistes, les autres sont, en un jour, politisé(e)s par l’acte d’agression des rebelles contre le gouvernement légitime : la démocratie et la liberté les rassemblent mais les trouvent militairement désemparé(e)s puisqu’une partie de l’armée a suivi les généraux félons. Pour pallier cette désertion, le peuple doit s’armer, ce qui au demeurant ne signifie pas qu’il soit apte à former une armée opérationnelle face à des corps expérimentés ou même à savoir faire usage des armes.

45 Le gouvernement républicain s’adapte aux mouvements populaires, les gérant plus que les suscitant. Les casernes et dépôts sont vidés de leurs armes par une foule d’hommes et de femmes. Cette mixité du peuple combattant n’a pas été réfléchie, elle naît de l’urgence. Quelques milliers de femmes seulement auraient été alors concernées mais leur présence et l’acceptation, de fait, de leur prise d’armes rompent avec le sexe de la guerre, bastion masculin dont les hommes tirent gloire, honneur et supériorité, fût-ce au prix de leur sang. Le souvenir de la Révolution française qui refuse le port des armes aux femmes, revendiqué comme l’expression de la citoyenneté par une Théroigne de Méricourt, donne la mesure de l’innovation de la République espagnole attaquée. Cette explosion du genre en son lieu le plus verrouillé – outre la prise de conscience féminine qu’elle suppose – prouve le chemin accompli depuis 1931 : l’intégration des femmes dans le souverain.

46 Les rebelles ne s’y trompent pas : alors qu’ils désignent sous le terme rojos [rouges] leurs opposants, les tirant ainsi vers l’extrême gauche, leur vocabulaire s’enrichit du féminin rojas[18] [18] Le français ne permettant pas de distinguer le féminin...
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. Ils interprètent ainsi la présence des femmes sur une scène virile comme une confirmation de la décadence de leurs adversaires, voire de leur dépravation. Toucher au féminin semble relever de l’offense au sacré. Cette déviation, inhérente à la « gauche », à en croire les nationalistes, extrait les rojas du féminin. Ces femmes ont perdu l’essence de la féminité : douceur, soumission, instinct maternel, abnégation. Les discours rebelles se focalisent dans un premier temps sur les miliciennes revêtues du mono azul. Bleu de travail, cette salopette signe l’appartenance au prolétariat, elle homogénéise, par une asexuation plus que par une masculinisation, les forces armées populaires; son port répond aussi, tout simplement à une exigence pratique des combats. Mais, ici comme ailleurs, porter la culotte est un marquage du sexe du pouvoir. Aussi la figure de la milicienne est-elle brandie par les rebelles comme un épouvantail, annonciateur du funeste avenir qui menace tout homme en cas de victoire de l’adversaire. Elle est donc instrumentalisée par la propagande nationaliste qui attise les peurs masculines, voire celles des femmes attachées à la culture traditionnelle du genre. Aussi les rebelles forcent-ils le trait et sont-ils muets sur les représentations de la figure de la milicienne par le camp opposé.

47 Sur les affiches et cartes postales qui appellent le peuple au combat républicain, l’image de la milicienne est, en revanche, centrale. Ces représentations, néanmoins, n’évoquent ni les ouvrières ni la majorité des Espagnoles, mais la minorité avantgardiste des années 1920, échappée du genre, hésitant entre la silhouette de la garçonne et la beauté de Marlène Dietrich. Cette image s’écarte de la réalité : elle hypersexualise tout à la fois ces combattantes, malgré et par leur tenue, et prétend répondre aux fantasmes des hommes [19] [19] Voir M. NASH, Rojas. . . , op. cit. , chap. 2. ...
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. Cette projection s’adresse à eux; pour être efficace en termes de propagande, elle convoque les stéréotypes du masculin/ féminin en une suggestive comparaison, jamais clairement énoncée donc. Elle dénigre en tant que mâles ceux qui ne s’engagent pas : faire moins que les femmes, se montrer moins valeureux, moins hardis que le sexe faible, c’est déchoir du rang d’homme à celui de femmelette.

48 Moins que d’un faire-valoir du féminin et de ses capacités insoupçonnées qui mettraient bas les préjugés ancrés, la représentation de la milicienne sert à aiguillonner les hommes tièdes, à tirer vers le haut le masculin. Toutefois, même déviée de sa finalité, elle se situe dans la louange. Sa réception participe de l’espérance de certaines femmes de voir émerger de la guerre une nouvelle construction, voire l’égalité, des sexes. Cette illusion ne dure que le temps d’un été. Le mot d’ordre est désormais : los hombres a luchar, las mujeres a trabajar [les hommes à lutter, les femmes à travailler], ou plus visuellement encore los hombres al frente, las mujeres a la retaguardia [les hommes au front, les femmes à l’arrière]. Et les combattantes de rendre leurs armes, non aux ennemis vainqueurs, mais aux hommes de leur camp... Cette défaite des femmes dont quelques-unes seulement mesurent la réelle portée, masquée par un discours de circonstance sur les exigences matérielles, diffusé, qui plus est, par Dolorès Ibarruri, emblématique Pasionaria, les conduit à l’arrière. Les journaux valorisent alors leur action, les exhortent en tant que mères au sacrifice d’elles-mêmes et des leurs, mais insidieusement ils précisent déjà qu’elles ne sont que des remplaçantes des hommes, en une frappante similitude avec la presse française de la Première Guerre mondiale.

49 Les rebelles ne rendent compte de la Retaguardia républicaine que pour insister sur le mépris dans lequel la condition féminine est tenue en sa fragilité constitutionnelle. Les rojas demeurent donc pour eux des combattantes dont la caricature grossit avec l’escalade et le durcissement du conflit. Déjà déféminisées, virilisées, les rojas sont alors animalisées. Media et romans nationalistes les traitent de « bêtes sauvages », de « hyènes assoiffées de sang ». La violence des combattantes, hors du code masculin de la guerre, est fustigée comme l’expression de l’anormalité : les rojas agissent pour satisfaire leurs pulsions sexuelles, inconvenantes. Les nationaux suggèrent que ces femmes occupent un terrain masculin parce qu’il a été déserté par les républicains pour cause d’efféminisation. Les lourdes plaisanteries de la soldatesque nationale marquent l’identité sexuelle des ennemis du sceau de l’impuissance et de l’homosexualité. A côté « du juif, du franc-maçon » se campe « l’homosexuel », danger à abattre; Queipo de Llano encore : « A tout efféminé ou inverti qui lance une quelconque infamie sur ce Mouvement, je lui dis qu’il sera abattu comme un chien » [20] [20] Cité in J. ESCLAVAY GALAN, Coitus interruptus. La represion...
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50 La perte de virilité des hommes de leur camp aveugle les rojas des romans pro-nationalistes : plus dures et plus cruelles que les rojos, des femmelettes, elles s’imaginent aussi virilement supérieures aux rebelles. Ce fantasme est un des ressorts de ces novelas :

51

Implacables, violentes, insolentes, elles n’admettaient aucune excuse et ne concédaient aucun délai. Quelques-unes, la voix cassée à force de crier, insultaient leurs prisonniers du camion, relevaient leurs jupes et se frappaient le ventre mis à nu affirmant porter en lui davantage de caractère viril que leurs prisonniers [21] [21] W. FERNANDEZ FLOREZ, Una isla en el mar rojo, Madrid, 1939...
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52 Folle prétention : les lecteurs(rices) savent eux que l’Espagne virile se confond avec les rebelles. Les chansons grivoises le fredonnent : Cojonudo, el commandante/Cojonudo, el capitán/Cojonudos los sargentos/Y los falangistas, más [plus] [Cojon : Vulgaire, couille, cojonudo, en avoir].

53 La multiplication des bordels de campagne dans la zone nationaliste, la classification qualitative des maisons prostitutionnelles en ville, la mise en légende des exploits sexuels qui s’y accomplissent, la réputation de leurs prostituées aux surnoms connus de tous, contribuent à forger l’image virile de l’Espagne par une érotisation de ses défenseurs, souvent proche de la pornographie. Incompatible avec la morale religieuse que la Croisade impose, en opposition avec le rigorisme de Franco, elle est certes un effet de la guerre mais elle est surtout l’aboutissement de l’exaltation fasciste du mâle. Celle-ci est aidée par la référence donjuanesque, fierté de tant d’Espagnols. En cela les nationaux n’innovent pas; leur originalité repose sur l’usage politique qu’ils font du sang, du sexe et de la mort, « ce trinôme typiquement espagnol », selon la célèbre expression du critique Antonio Otero Seco.

54 Bien pâles apparaissent en comparaison « leurs femmes »; cette pâleur virginale convient à la configuration du masculin et du féminin dans la cosmogonie nationaliste : dans l’universel [lo universal], l’homme est le soleil, astre central, la femme est dans son ombre [en la sombra]. Les femmes du camp rebelle respectent, elles, les caractères naturels du féminin et les fonctions sociales qui en découlent. Elles ne sont donc pas des combattantes armes à la main, des nationalistes engagées aux responsabilités politiques. Leur courage, leur dignité se mesurent à leurs capacités à déjouer les difficultés quotidiennes, à faire face à l’absence du conjoint, à opposer à la « force brutale marxiste » la froideur hiératique de la souffrance et du sacrifice. En tout cela, elles sont femmes quand les rojas sont femelles. Et parce que fidèles à leur mari, à Dieu et l’Espagne, elles sont aussi des héroïnes emblématiques de la Croisade [22] [22] Sur le rôle de la littérature dans la propagande franquiste,...
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55 Mais les nationalistes ne sauraient se contenter ni de la mise en accusation des « rouges comtaminées par le virus marxiste », ni de la seule valorisation littéraire de leur définition du féminin; leur reconquista passe aussi par celle du genre et les franquistes pensent déjà à un après victorieux; la vie, promet Franco, y sera « dure, la vie difficile des peuples virils » [23] [23] Cité in J. ESCLAVAY GALAN, Coitus interruptus. . . , op. cit. ,...
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Rayonnement du masculin/construction du féminin

56 Confondu avec l’Espagne victorieuse, et avec son peuple, celui des vainqueurs, le masculin n’a besoin ni d’être défini, ni d’être construit. Pour lors, Franco n’opte pas pour la réconciliation mais pour la répression, les vaincus ne seront pas remodelés. Et le dirigeant du Nouvel État de récupérer le mythe de José Antonio pour parfaire son pouvoir de Caudillo [24] [24] Voir Y. RIPA, « Une séduction détournée : Primo...
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57 Au quotidien, le masculin s’affirme dans son rapport – sa supériorité – au féminin. Il endosse les vieux habits du machisme. L’homme franquiste tire gloire d’être un mujerriego [homme à femmes, coureur de jupons], peu sourcilleux une fois de plus de l’austérité qu’incarne pourtant à la perfection Franco. De toutes parts, règne la double morale : elle renforce l’inégalité homme/femme, les écarts comportementaux entre le foyer et le dehors, et l’hypocrisie d’une soi-disant éthique.

58 En ces années 1940, les hommes semblent également obsédés par le soupçon d’homosexualité qu’un vêtement ou la tenue d’une cigarette à main droite, geste dit féminin, pourrait faire naître. Boire, fumer, jouer au ballon deviennent, à l’écoute des ritournelles de rue, les garanties de la masculinité et éloigne de la pire tare : ser maricon [« être pédé »].

59 Masculine et hétérocentrée sera la société franquiste. Les femmes de la Phalange, toutes d’abnégation, le savent et l’acceptent depuis toujours.

60 En avril 1937, Franco confirme l’existence et le rôle de la Section féminine de la Phalange (S.F.F.), ses statuts de janvier affirmaient que « le but essentiel de la femme en sa fonction humaine est de servir de complément à l’homme », déjà ils précisaient que l’une de ses actions devait être d’« incorporer la partie féminine du peuple espagnol à l’œuvre de reconstruction de la Nation, à l’œuvre nationale syndicaliste de justice, à l’œuvre d’exaltation impériale de l’Espagne ». Lors du Second conseil national tenu après la bataille de Teruel, le 15 janvier 1938, Pilar Primo de Rivera adhère à ce qui deviendra la politique du genre franquiste et définit la nécessaire formation des femmes de la Phalange :

61

Il faut avoir conscience qu’il faut former les camarades des Sections féminines et leur enseigner notre doctrine sans les éloigner en rien de la mission colossale qu’elles ont en tant que femmes dans la vie.
Le véritable devoir des femmes à l’égard de la Patrie consiste à former les familles sur de justes bases d’austérité et de joie sur lesquelles se développe toute la tradition [...].
Ce que nous ne ferons pas c’est les [les femmes] mettre en concurrence avec eux, les hommes, parce qu’elles n’arriveront jamais à les égaler et, en revanche, elles y perdraient toute l’élégance et toute la grâce indispensables à la vie en commun [25] [25] P. PRIMO DE RIVERA, Fe y conducta, Discursos, Madrid, Ed. ...
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62 Non seulement la S.F.F. soutient la hiérarchisation du masculin/féminin, mais elle la pose en postulat pérenne. Aucune marche vers l’égalité entre les deux sexes n’est envisageable. Seule la possible perfectibilité des femmes dans le cadre de leur nature anime la pédagogie de la Section féminine. Mais, elle ne conçoit pas non plus les femmes à égalité : une pyramide des mérites les distingue les unes des autres. Au sommet, les dirigeantes de la S.F.F. que Pilar ne confond pas dans ce discours avec l’ensemble des « camarades »; celles-ci forment pourtant une élite; leur comportement, voire leur saine beauté, expression de leur bonté et du don d’elles-mêmes au régime, permet de les reconnaître en un simple regard. Les femmes phalangistes ont adapté el modo de ser de José Antonio dont elles se réclament. Il leur est inculqué par une formation interne à la Phalange : elle allie éducation religieuse, domestique et socio-politique, liant inextricablement ces éléments. Ainsi formées les femmes de la Section pourront répandre la bonne parole nationale syndicaliste et éduquer toutes les Espagnoles. Leur mission, alors que la victoire semble proche, entre en effet dans sa troisième phase : la première période n’a concerné que quelques femmes qui suivirent José Antonio et les phalangistes fondateurs jusqu’aux portes des prisons républicaines; la deuxième a monopolisé les femmes phalangistes dans la « défense de la patrie », les a dédiées aux tâches d’assistance accomplies avec soumission et abnégation, elles se sont épanouies par le sacrifice consenti auprès des combattants de la Croisade; cette ultime phase leur confie l’immense responsabilité d’organiser la face féminine de la société franquiste, en éradiquant toute l’éducation antérieure et plus particulièrement « la formation communiste avec toute la barbarie qu’elle porte en elle » [26] [26] Ibid. , p.  4. ...
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63 « La formation authentique des femmes » s’apparente donc à un lavage de cerveau et à un endoctrinement. Car, si l’éducation des femmes phalangistes repose sur leur volontaire adhésion, voire leur enthousiasme, celle de la masse des femmes apparaît contrainte. Appliquée aux rojas, elle ne peut être que coercitive.

64 L’instrument de cette coercition a été créé le 7 octobre 1937 dans la zone nationaliste : le Service social, d’une durée de six mois, consiste à effectuer des travaux administratifs, techniques, sanitaires et autres. Il concerne toutes les Espagnoles entre 17 et 35 ans, à l’exception des malades, des épouses et veuves ayant à charge deux enfants, et de celles ayant déjà consacré le temps requis à l’assistance médicale ou aux diverses aides au Front. Le décret du 28 novembre 1937 réglemente ce « Service Social de la Femme ». Ne pas s’y soumettre entraîne des mesures de rétorsion telle l’impossibilité de se présenter à un emploi public, d’accéder à une responsabilité politique... L’étau se resserre sur les femmes avec l’avancée des troupes rebelles; la répression et le prosélytisme marchent main dans la main. Si la première, exercée par des hommes, touche les deux sexes, avec de notables différences quantitatives et qualitatives, le second, appliqué par des femmes, ne s’adresse qu’aux femmes. A celles comptées dans le camp adverse par seule fidélité géographique [27] [27] Cette expression communément employée par les historiens...
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, à celles censées avoir obéi à leur mari sans en partager l’engagement, à celles, nombreuses, jusqu’alors apolitiques; à de multiples femmes donc qui, quelle que soit leur situation initiale, sont jugées malléables par nature.

65 La victoire franquiste acquise, la Section féminine phalangiste rend hommage au Caudillo et à ses soldats; c’est là l’unique justification de sa présence à Medina del Campo le 30 mai 1939, car « la seule mission assignée aux femmes envers la patrie, c’est le foyer ». Pilar Primo de Rivera promet la poursuite du travail débuté pendant le conflit dans les écoles de formation. Il devrait permettre de rendre la vie familiale si agréable aux hommes qu’ils se tiendront éloignés des lieux de perdition. Quant aux femmes, elles repeupleront l’Espagne et éduqueront les enfants dans le respect de l’esprit du régime et de la religion. Ainsi naîtra pour une Espagne nouvelle, « Une Grande et Libre », la « Femme Nouvelle », version franquiste de l’Espagnole traditionnelle, attachée à deux idéaux : l’un est incarné par sainte Thérèse de Jésus, considérée comme « Sainte de la Race », emblème de la Croisade contre le luthérianisme, l’autre par Isabelle la Catholique, emblème de l’Espagne, sortie de son union avec Ferdinand d’Aragon, reine de la Reconquista contre les musulmans et de la conquista américaine.

66 Distillée insidieusement par des vecteurs à l’innocente apparence telles les troupes des « Chœurs et Danses » de la Section féminine, propices à toucher des femmes analphabètes, ou martelée par le Service social, les écoles ambulantes – las catedras ambulantes – qui atteignent les villages les plus reculés à partir de 1946, et les écoles pour petites filles qui font une place majeure à la Formation familiale et sociale – el Convivencia social – la politique du genre devient tentaculaire et aspire à contrôler toute la vie des femmes, jusque dans leur démarche, leur mode vestimentaire ou leur intimité.

67 A en croire les affirmations de Pilar Primo de Rivera, seule dirigeante de la S.F.F. de sa création à sa dissolution en 1977,90 % des Espagnoles seraient passées par le Service social. S’il est aventureux de chiffrer le nombre des femmes touchées par les pratiques phalangistes, il est évident que leur influence a porté sur des millions d’entre elles et plusieurs générations. On peut moins encore évaluer les répercussions sur l’entourage de ces femmes, féminin et masculin, et notamment sur leurs enfants. En sus de ces incertitudes, demeure le problème majeur que pose une politique de genre, aussi dictatoriale soit-elle : celui du consentement conscient de femmes et de son sens, et celui de l’intégration inconsciente des représentations du féminin et de la différence des sexes par d’autres.

68 Seule certitude acquise : l’impossibilité de maintenir durant tout le franquisme la hiérarchie entre masculin et féminin, responsable par ailleurs d’un fossé, voire d’une incompréhension, entre hommes et femmes. En 1943, Pilar Primo de Rivera voyait dans l’inégalité des sexes l’expression de la volonté divine : « Les femmes ne découvrent jamais rien : il leur manque le talent créateur, réservé par Dieu à des intelligences masculines; nous autres, nous ne pouvons rien faire de plus que d’interpréter mieux ou moins bien ce que les hommes ont fait » [28] [28] P. PRIMO DE RIVERA, Fe y conducta. . . , op. cit. , p.  72. ...
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. Et pourtant, en 1961, c’est la Section féminine qui est l’initiatrice des « lois sur l’Égalité des Droits politiques, professionnels et le travail de la femme ». Celles-ci affirment d’emblée qu’en droit, le sexe ne peut être discriminant. La loi reconnaît donc désormais à « la femme » les mêmes droits qu’à « l’homme » pour exercer toute activité politique ou professionnelle.

69 Reste à comprendre la cause profonde de ce bouleversement de l’articulation masculin/féminin, trop vite mis sur le compte de l’évolution de la société. Cette explication, pour le moins courte dans le cadre du franquisme, ne peut ni exhumer le rôle joué par la résistance de femmes à la politique du genre, ni découvrir d’autres éléments explicatifs, ni même comprendre la signification politique de ce retournement.

 

Notes

[ *] Maîtresse de conférences d’histoire contemporaine à l’Université Paris VIII.Retour

[ (1)] Seules des historiennes ont noté cet aspect dans le cadre de travaux centrés sur les femmes; deux d’entre elles se sont davantage interrogées sur les politiques de genre des protagonistes, sans toutefois les croiser, voir particulièrement M.-A. BARRACHINA, Propagande et culture dans l’Espagne franquiste, 1936-1945, Grenoble, Ellug, 1998; M. NASH, Rojas. Las Mujeres republicanas en la Guerra Civil, Madrid, Taurus, 1999.Retour

[ (2)] 4 septembre 1936, suppression de la mixité dans les écoles primaires et secondaires, 9 mars 1938 mesures contre le travail des femmes, 12 mars 1938 rétablissement du Code civil de 1889, de forte inspiration napoléonienne et donc suppression du divorce; sur les mesures républicaines en faveur des femmes, voir D. BUSSY-GENEVOIS, « Femmes d’Espagne de la République au franquisme », in G. DUBY, M. PERROT (dir.), Histoire des femmes en Occident, vol. 5 sous la direction de F. THÉBAUD, Paris, Plon, 1992, p. 169-183.Retour

[ (3)] Voir G. SCANLON, La Polemica feminista en la Espan˜a contemporanea (1868-1974), Madrid, Siglo XXI, 1976.Retour

[ (4)] 8 mars 1924 : droit de vote municipal aux femmes. 12 avril 1924 : suffrage aux veuves et aux célibataires. Abolis à la chute de la dictature.Retour

[ (5)] Sur la controverse suffragiste, voir Y. RIPA, « Le Droit de vote des femmes sous la IIe République espagnole », in J. PORTES (dir.), Autour de la démocratie aux États-Unis d’Amérique et en Europe occidentale de 1918 à 1989, Paris, Ellipses, 1999, p. 179-183.Retour

[ (6)] Les débats aux Cortès sont consignés dans El Diario de Sesiones de Cortès de la II Républica, 1931-1939.Retour

[ (7)] El Sol, 2 octobre 1931.Retour

[ (8)] J.A. PRIMO DE RIVERA, Obras completas, Madrid, Ediciones de la Visecretaria de Educacion popular de F.E.T. y de las J.O.N.S., 1945, p. 24.Retour

[ (9)] C. BOWERS, My Mission in Spain, 1933-1939, New York, 1954, p. 28, cité in A. IMATZ, José Antonio et la phalange espagnole, Paris, Albatros, 1981, p. 15 [ambassadeur des États-Unis].Retour

[ (10)] Fe, no 6, février 1934, cité in M.-A. BARRACHINA, « La Section féminine de la phalange espagnole. L’exclusion du politique comme aboutissement d’un discours survalorisant », in R. THALMANN (dir.), Femmes et fascismes, Paris, Tierce, 1986, p. 126.Retour

[ (11)] Justification du refus d’accepter des femmes lors de l’organisation de la phalange le 2 novembre 1933. Il leur est conseillé de s’inscrire au Syndicat espagnol universitaire, dépendant de la phalange.Retour

[ (12)] Déclaration de 1933, cité in M.-A. BARRACHINA, « La Section féminine... », art. cit., p. 24.Retour

[ (13)] Voir Y. RIPA, « Une séduction détournée : Primo de Rivera et Franco », in A. FARGE, C. DAUPHIN (dir.), Séduction et sociétés, approches historiques, Paris, Le Seuil, 2001, p. 247-272.Retour

[ (14)] J.A. PRIMO DE RIVERA, Obras..., op. cit., p. 143.Retour

[ (15)] Ibid.Retour

[ (16)] Voir M. ACKERSBER, Free women of Spain : Anarchism and the struggle for the emancipation of women, Bloomington, Indiana University Press, 1991.Retour

[ (17)] Voir Y. RIPA, « Le genre dans la pensée anarcho-syndicaliste espagnole (1910-1939) », CLIO. Histoire, femmes et sociétés, « Métiers, corporations, syndicalismes », no 3, coordonné par M. ZancariniFournel, 1996, p. 196-203.Retour

[ (18)] Le français ne permettant pas de distinguer le féminin du masculin, nous aurons recours à l’espagnol pour plus de clarté sur le sexe de l’individu désigné par « rouge ».Retour

[ (19)] Voir M. NASH, Rojas..., op. cit., chap. 2.Retour

[ (20)] Cité in J. ESCLAVAY GALAN, Coitus interruptus. La represion sexual y sus heroicos alivios en la Espan˜a franquista, Barcelone, Planeta, 1997, p. 44.Retour

[ (21)] W. FERNANDEZ FLOREZ, Una isla en el mar rojo, Madrid, 1939 [1re édition non datée], p. 178.Retour

[ (22)] Sur le rôle de la littérature dans la propagande franquiste, voir Y. RIPA, « La construction des archétypes féminins dans les romans franquistes : un projet politique », in O. KRAKOVITCH, G. SELLIER (dir.), L’Exclusion des femmes, Masculinité et politique dans la culture du XXe siècle, Bruxelles, Complexe, 2001, p. 73-88.Retour

[ (23)] Cité in J. ESCLAVAY GALAN, Coitus interruptus..., op. cit., p. 69.Retour

[ (24)] Voir Y. RIPA, « Une séduction détournée : Primo de Rivera et Franco », art. cit.Retour

[ (25)] P. PRIMO DE RIVERA, Fe y conducta, Discursos, Madrid, Ed. de la Seccion feminina de F.E.T. y de las J.O.N.S., s.d., p. 5.Retour

[ (26)] Ibid., p. 4.Retour

[ (27)] Cette expression communément employée par les historiens de la Guerre civile indique l’adhésion, en apparence, à l’un des deux camps de personnes qui au lendemain du coup d’État se sont réveillées dans une zone dominée par l’un des protagonistes.Retour

[ (28)] P. PRIMO DE RIVERA, Fe y conducta..., op. cit., p. 72.Retour

Résumé

La guerre civile espagnole fait du genre un enjeu, accentuant les oppositions sur la différence des sexes des années 30. Les mesures républicaines en faveur des femmes s’inscrivaient dans une stratégie de rupture avec l’ancien régime, plus que dans une volonté d’instaurer l’égalité des sexes. Mais droite conservatrice et extrême droite fustigent la dimension féministe de la république. La Phalange s’identifie à la virilité confondue avec l’hispanité; elle prône « le véritable féminisme », protecteur de la hiérarchie des sexes et sublime l’abnégation féminine. La guerre civile instrumentalise et complexifie « la question des femmes » : elle montre les limites du féminisme des gauches et renforce l’antiféminisme des nationalistes. Elle annonce la constitution de la société franquiste : masculine et hétérocentrée. Le féminin y est enfermé dans un moule rigide, propre à contrôler les femmes et à les manipuler pour renforcer la dictature.



Gender at stake in Spain, from the Second Republic to Franco.
Republicans carry measures favourable to women, as a way to signal a break from the Old Régime. Nationalists identify themselves to virility, and cast feminity into a rigid mold, so as to control women and reinforce dictatorship.

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POUR CITER CET ARTICLE

Yannick Ripa « Féminin/masculin : les enjeux du genre dans l'Espagne de la Seconde République au franquisme », Le Mouvement Social 1/2002 (no 198), p. 111-127.
URL :
www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2002-1-page-111.htm.
DOI : 10.3917/lms.198.0111.