Le Mouvement Social 2002/1
Le Mouvement Social
2002/1 (no 198)
184 pages
Editeur
Revue précédemment diffusée par les Éditions Ouvrières (jusqu'en 1993), puis par les Éditions de l'Atelier (de 1993 à 2007).

DOI 10.3917/lms.198.0035
A propos de cette revue Site Web
Acheter en ligne

Ce numéro ou un abonnement.

Ajouter au panier Ajouter au panier - Le Mouvement Social
Le Mouvement Social 2002/1 (no 198) 14 €

Versions papier et électronique : le numéro est expédié par poste.
Il est également accessible immédiatement en ligne.

Abonnement annuel 2013 56 €

Tous les numéros en ligne sont immédiatement accessibles.

ATTENTION : cette offre d'abonnement est exclusivement réservée
aux particuliers. Pour un abonnement institutionnel, veuillez
vous adresser à l'éditeur de la revue ou à votre agence d'abonnements.

Cairn.info respecte votre vie privée
Alertes e-mail

Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.

S'inscrire Alertes e-mail - Le Mouvement Social

Être averti par courriel à chaque nouvelle parution :
d'un numéro de cette revue
d'une publication de Paul Pasteur
d'une citation de cet article

Votre adresse e-mail

Gérer vos alertes sur Cairn.info

Cairn.info respecte votre vie privée

Vous consultezLe semeur, la semence et le fidèle combattant de l’avenir ou la masculinité dans la social-démocratie autrichienne (1888-1934)

AuteurPaul Pasteur[*] [*] Maître de conférences d’histoire contemporaine à l’Université...
suite
du même auteur



En 1997, lors d’un discours d’ouverture de l’I.T.H., la Conférence internatio-nale d’histoire sociale et ouvrière, un représentant social-démocrate de la municipalité de Linz s’est plaint de devoir dire « ouvriers et ouvrières » (Arbeiter und Arbeiterinnen), d’être obligé de respecter les féminins, ce qui en allemand se fait plus aisément qu’en français, mais qui exige un minimum de vigilance linguistique. Pour ce conseiller municipal social-démocrate, le caractère de classe devait primer sur le genre. Il perpétuait ainsi une longue tradition de la social-démocratie autrichienne, entamée lors du Congrès de réunification à Hainfeld : sa misogynie. Fin 1888, Anna Altmann, la seule femme déléguée de toute la Cisleithanie, envoyée par un groupe d’ouvriers et d’ouvrières de Polzental en Bohême, est refoulée à l’entrée du congrès et ne peut donc pas participer à la création du Parti ouvrier socialdémocrate. Les militants justifient leur position en expliquant qu’ils préfèrent un homme. Selon eux, les femmes sont trop peu politisées. Ce reproche de manque de conscience politique sera récurrent dans l’histoire de la social-démocratie autrichienne.

2 Cette misogynie, présente dès les débuts, a persisté jusqu’à aujourd’hui. Rappelons des faits récents. En 1992, le Parti social-démocrate en quête de candidat pour l’élection présidentielle refuse de porter son choix sur Johanna Dohnal, alors ministre du Droit des femmes, disposant d’un fort capital de sympathie, et pas uniquement chez les femmes. En février 2000, le Parti social-démocrate après être resté sans interruption trente ans au pouvoir se voit obligé de rejoindre l’opposition. Il se débarrasse en quelques jours d’un homme devenu encombrant et n’ayant pas su éviter la déroute politique : Viktor Klima, président du parti et dernier chancelier social-démocrate en date. Quelques voix se font alors entendre pour suggérer qu’une femme pourrait devenir présidente du parti. Immédiatement, le Comité directeur du parti fait savoir que celui-ci « ne serait pas encore mûr » [1] [1] O. R. F. , Der Report, février 2000; Der Standard, numéros...
suite
et nomme Alfred Gusenbauer président provisoire. Ce dernier a, néanmoins, compris la demande sociale puisque, sans pour autant renoncer à la présidence du parti, il s’est entouré de deux femmes secrétaires du parti.

3 Si cette misogynie offre l’expression la plus criante de l’omniprésence masculine dans l’histoire de ce mouvement, on peut relever d’autres traces du masculin dans l’histoire du Parti social-démocrate. Ces dernières années, sociologues, anthropologues, historiens ont commencé à jeter quelques jalons dans ce nouveau champ de recherche qu’est l’étude du masculin, mais personne n’est encore capable d’expliquer quand et comment la domination masculine est apparue et s’est imposée à l’ensemble des sociétés. Pour certains, comme Robert W. Connell [2] [2] R. W. CONNELL, Masculinities, Cambridge, Polity Press, 1995,...
suite
, elle est liée au début de la colonisation du monde par les pays d’Europe occidentale. D’autres comme G.L. Mosse proposent une datation plus récente, la fin du XVIIIe siècle [3] [3] G. L. MOSSE, L’image de l’homme. L’invention de la...
suite
. Travaillant depuis vingt ans sur les archives du mouvement social-démocrate et sur le mouvement des femmes en Autriche, principalement pendant l’entre-deux-guerres, mon seul objectif est de traquer et de présenter ici quelques exemples de l’expression du « masculin », car la majorité des études existantes proposent des explications globalisantes avec peu de faits concrets. A priori toutes les sources, produites par les hommes et parfois par les femmes, en portent les traces. Si les cas les plus extrêmes de la domination, comme la misogynie ou l’exclusion des femmes, sont les plus aisément repérables et les plus connus, plus complexe s’avère le repérage de cette expression du « masculin » au quotidien. Pour les contemporains, cette catégorie n’est pas perceptible. Même parmi les femmes sociales-démocrates qui ont lutté pour l’égalité des sexes dans la société et au sein de leur propre mouvement, très rares sont celles qui remettent en question radicalement l’organisation sociale des genres telle qu’elles la vivent et qu’elles la subissent. Le primat du masculin est d’autant moins perçu que la social-démocratie est, à l’époque, un mouvement pour lequel prime la lutte des classes et qui tend vers le socialisme, un universel où la justice sociale garantirait les droits de chacun.

Misogynie, première réponse des hommes à l’entrée des femmes en politique

4 La social-démocratie en tant que mouvement social veut substituer au modèle dominant de la masculinité, une autre expression de la masculinité [4] [4] G. L. MOSSE, L’image de l’homme. . . , op. cit. , p.  123...
suite
. Notons que le ou les modèles dominants sont eux-mêmes cruellement en crise comme l’a montré Jacques Le Rider [5] [5] J. LE RIDER, Modernité viennoise et crises de l’identité,...
suite
. Dans l’empire austrohongrois, interfèrent, en effet, un modèle social et un modèle national dominants. En matière de genre, en revanche, la référence est exclusivement masculine. En un mot, pour un social-démocrate viennois, il vaut mieux, au tournant du siècle, être un métallurgiste allemand qu’une blanchisseuse tchèque. Néanmoins, suivant les périodes, les propositions évoluent pour mieux coller aux représentations dominantes. Si le congrès social-démocrate de Neudörfl en 1874 réclame encore la limitation du travail féminin, quinze ans plus tard, la social-démocratie autrichienne revendique l’égalité entre les sexes, tout en refusant l’entrée du congrès à Anna Altmann. Pour obtenir reconnaissance, les femmes socialesdémocrates ont dû protester contre la politique antiféministe du parti et même boycotter les congrès en 1896 et 1897 [6] [6] Sur cette période, consulter G. HAUCH, « “Genossinnen. . . ...
suite
. En 1898, exaspérées par les déclarations et les attitudes machistes de leurs « camarades masculins », les militantes décident d’organiser la première conférence d’empire des femmes. Dans une lettre ouverte à la direction du parti en Basse-Autriche, Maria Krasa écrit : « Nous en avons assez d’être tolérées ou de siéger dans des instances à titre décoratif » [7] [7] Arbeiterinnenzeitung, 3 février 1898. ...
suite
.

5 Pour préserver leur chasse gardée que sont le parti et la politique, les hommes refusent de concéder la moindre parcelle de pouvoir et tentent d’évacuer les revendications féminines. La méthode favorite des dirigeants est le recours à la plaisanterie, qui renforce la solidarité masculine des présents. C’est le cas, par exemple, en 1899 lorsqu’Adelheid Popp réclame à la tribune du congrès plus de déléguées et propose un amendement. Elle ajoute à l’adresse des hommes : « Ne craignez rien, même en votant l’amendement le congrès ne débordera pas de déléguées femmes ! ». Victor Adler lui répond en plaisantant : « La camarade Popp nous laisse déjà entrevoir qu’elles ne viendront pas toutes. Alors, nous n’avons rien à objecter ». Le procès-verbal du congrès note « hilarité » [8] [8] Verhandlungen des Gesamtparteitages der Sozialdemokratie...
suite
. Viktor Adler, toujours présenté comme le « père » de la social-démocratie autrichienne, poursuit : « Pourquoi devrions-nous adopter dans l’organisation quelque chose alors que nous savons d’avance que cela ne sera pas appliqué ? ». Cette manière de traiter les revendications féminines est caractéristique. Un an auparavant, Adelheid Popp avait eu maille à partir avec Franz Schuhmeier [9] [9] Franz Schuhmeier personnifiait le prolétaire viennois,...
suite
, le très populaire responsable viennois de l’organisation, qui, d’après le procès-verbal, déclarait : « Je disais, déjà avant, qu’il y a deux points de vue sur l’organisation des femmes : le jugement des socialistes célibataires et celui de ceux qui sont mariés. (Rires et contradictions). Je peux affirmer que plus le camarade est actif dans l’organisation, plus sa femme a à faire à la maison. Pour ma part, je vous expliquerai qu’elles n’ont pas besoin d’organiser ma moitié préférée, je m’en débrouille tout seul ! (Rires) » [10] [10] Il y a en allemand un jeu de mot sur « organisieren »...
suite
. Après l’expérience gouvernementale de 1918-1920 et l’espoir de revenir au gouvernement, les hommes semblent mieux contrôler leurs propos publics, mais loin des manifestations politiques officielles dans les lieux privés et cercles professionnels, les plaisanteries sur les femmes, comme sur les juifs, restent de mise.

6 Lorsque « l’humour » et la raillerie ne suffisent pas, les hommes utilisent des arguments d’autorité. Ces arguments d’autorité se fondent sur le fait que seuls les hommes comprendraient les enjeux politiques et qu’eux seuls auraient la fibre et le sens de la responsabilité politique. En 1905, la direction masculine du parti décide l’abandon de la revendication du suffrage universel, masculin et féminin, au profit du seul suffrage universel masculin. Cette résolution suscite des critiques internationales, en particulier d’August Bebel, mais les Autrichiens ne cèdent pas et font valoir l’argument politique, à savoir la capacité de mobilisation et finalement le succès de l’opération. De même, pendant la Première Guerre mondiale, la direction s’oppose à la participation des militantes à la Conférence de Zimmerwald. Viktor Adler écrit, agacé, à Karl Kautsky que Clara Zetkin essaie de semer le trouble dans son parti par l’intermédiaire des « bonnes femmes » [11] [11] Cité in G. HAUCH, « Die diskrete Charme des Nebenwiderspruchs...
suite
. En 1926, lors du congrès de Linz, la direction masculine refuse de consigner dans le programme du parti le droit à l’avortement. Otto Bauer évoque l’intérêt suprême du parti et Julius Tandler, professeur de médecine et sénateur de Vienne chargé de la santé publique, farouchement opposé à l’avortement, fait valoir son savoir. Or Julius Tandler est bien connu dans le parti pour sa misogynie. Mais, bien qu’il ait déclaré devant des amphithéâtres bondés que les femmes n’avaient rien à faire sur les bancs de l’université et que leur place était à la maison [12] [12] P. PASTEUR, Femmes dans le mouvement ouvrier autrichien...
suite
, il conserve, néanmoins, l’estime des intellectuels sociauxdémocrates [13] [13] F. SCHEU, Ein Band der Freundschaft Schwarzwald-Kreis und...
suite
. Ces arguments d’autorité marquant l’espace masculin et la supériorité des hommes sur les femmes émaillent la vie quotidienne du parti. Rosa Jochmann, une jeune ouvrière, qui écorche le mot, étranger pour elle, d’« Hygiene », se fait rabrouer lors d’un meeting par le responsable local : « Camarade Jochmann, lorsqu’on est incapable de prononcer correctement un mot, on ne prend pas la parole » [14] [14] M. SPORRER / H. STEINER (Hg. ), Rosa Jochmann. Zeitzeugin,...
suite
. Stella Klein-Löw, jeune étudiante désirant travailler pour le parti, se retrouve face à un mur d’incompréhension lorsqu’elle se présente au milieu des années 1920 pour la première fois dans une section de quartier où ne siègent que des hommes.

7 D’un strict point de vue théorique, les sociaux-démocrates savent qu’ils doivent tolérer les femmes, mais tout laisse à penser qu’une grande partie des hommes vit cela comme une épreuve. Le refus de l’égalité entre les sexes se traduit même dans la politique salariale du parti. On constate que les employées du parti ou des syndicats perçoivent une rémunération inférieure à celle des hommes. Adelheid Popp proteste, d’ailleurs, contre la discrimination dont elle est l’objet, car elle ne touche que 5 Gulden par semaine, alors que Viktor Adler, lui aussi salarié du parti, touche cinq fois plus [15] [15] G. HAUCH, « Die diskrete Charme des Nebenwiderspruchs »,...
suite
.

8 Si, à la lecture de la presse sociale-démocrate, on a souvent l’impression qu’il y a une volonté de s’autocensurer, le refoulé fait vite surface. Un seul exemple. Dans le numéro de février 1929 des Jeunesses ouvrières socialistes Der Jugendliche Arbeiter (Le jeune travailleur, au masculin), une rubrique « la discussion du mois » met en scène une jeune fille et un jeune homme. La jeune fille, Grete, interpelle le garçon et lui demande s’il va au bal le lendemain. « Bien sûr, c’est cher le bal, mais c’est tellement bien ! » dit-elle. Le garçon lui répond : « Mais non ma petite Grete ! Ce n’est pas de cette manière qu’on épargne de l’argent pour Vienne. Des bals, il y en a chaque année. Aujourd’hui il n’y a que Vienne qui compte [un rassemblement des jeunesses socialistes est organisé à Vienne]. Alors économise ! » [16] [16] Der jugendliche Arbeiter, février 1929, p.  7. ...
suite
. Le court texte reproduit les clichés traditionnels : la fille instinctive et dispendieuse et le garçon sérieux, réfléchi et politique.

Le masculin, genre humain ?

9 La lecture de la presse, des procès-verbaux des congrès ou conférences rend compte d’un universel masculin que la classe ouvrière a pour mission de sauver des griffes du capitalisme. Mission d’autant plus aisée à atteindre que l’allemand a un mot der Mensch, l’être humain, qui inclut l’homme, la femme et l’enfant. Il convient de souligner, en effet, que le genre des mots, différent suivant les langues, façonne les réflexes et la pensée. Il est vrai aussi qu’en allemand, le « parti » et le « mouvement » sont du genre féminin bien qu’ils soient en Autriche largement dominés par les hommes. Après la Première Guerre mondiale, l’objectif principal du mouvement est de former der neue Mensch, un nouvel être humain, et des centaines de brochures ou d’articles sont consacrées à ce thème [17] [17] Les écrits de Max Adler sont les plus connus, mais ils...
suite
. En revanche, quelques brochures et quelques articles seulement sont consacrés à Die neue Frau, la femme nouvelle [18] [18] Cf. H. GRUBER, « The “New Woman” : Realities...
suite
, mais pas un seul article, pas une seule ligne ne traite de der neue Mann, du nouvel homme, car il est évident pour tout le monde qu’il se confond avec der neue Mensch.

10 De nombreuses sources permettent de comprendre comment le masculin est sans cesse réaffirmé comme la référence. Par exemple, les chants du mouvement ouvrier répètent inlassablement les formes et modèles du masculin et permettent qu’ils soient intégrés par tous les militant(e)s. Dans ces chants, seuls les hommes apparaissent comme des acteurs de l’histoire. Brüder, zur Sonne, zur Freiheit (Frères, vers le soleil, vers la liberté), un des chants les plus populaires du monde germanophone, ne laisse aucune place aux femmes. Quant au chant du mouvement ouvrier viennois, Die Arbeiter von Wien (Les ouvriers de Vienne), il ne fait référence qu’à des figures masculines : le travailleur, le semeur, le valeureux combattant [19] [19] Wir sind die Arbeiter von Wien / Der Sämann, die Saat...
suite
.

11 Si on considère l’organe théorique de la social-démocratie autrichienne Der Kampf, il se dégage une conception du monde uniquement masculine. Les articles contribuent à renforcer une vision du monde où les hommes dominent : le capitaliste, le koulak, l’ouvrier qui est tout à la fois « objet d’exploitation, consommateur, acheteur » [20] [20] Der Kampf, 1930, p.  223. ...
suite
. Les femmes sont seulement mentionnées dans les articles sur la question féminine ou sur le mariage. Lorsqu’il est question de la politique culturelle de la social-démocratie, là encore, seuls sont cités l’intellectuel, le travailleur, le metteur en scène, le chef d’orchestre, le directeur de théâtre. Seuls des hommes semblent peupler le monde artistique [21] [21] Cf. les textes d’Oskar Pollak, David Josef Bach in Der...
suite
.

12 La statistique permet aussi de présenter le masculin comme légitime et universel. Ainsi lorsque Der jugendliche Arbeiter propose un diagramme sur la crise économique mondiale [22] [22] Der jugendliche Arbeiter, février 1931, p.  5. ...
suite
, on constate que les chômeurs sont représentés par des pictogrammes qui sont des hommes mais que les chômeuses n’existent pas. Autre exemple relevé dans le quotidien populaire social-démocrate Das kleine Blatt : pour illustrer l’avancée électorale de la social-démocratie de 1919 à 1927, ce sont des figures masculines qui symbolisent les résultats aux élections du parti socialdémocrate et du bloc conservateur. Or, depuis janvier 1919, les Autrichiennes votent [23] [23] Das kleine Blatt, 7 novembre 1930. ...
suite
. Pourtant, dans les statistiques d’Otto Neurath, fondateur du Musée économique et social, les figurines féminines existent, mais elles n’apparaissent que dans des contextes de différenciation de sexes bien précis : membres masculins et féminins du parti ou des syndicats, population masculine et féminine d’un pays, mais bien souvent lorsqu’il s’agit de présenter une catégorie sociale, celle-ci se décline au masculin [24] [24] Si F. STADLER, Arbeiterbildung in der Zwischenkriegszeit...
suite
.

13 Cette tendance se confirme lorsqu’on examine l’iconographie. La première impression est que les femmes sont peu nombreuses sur les couvertures de revue. Deux exemples corroborent ce sentiment. Pour Der Sozialdemokrat, revue mensuelle destinée aux adhérents viennois du parti, les résultats sont sans équivoque. Sur les huit années conservées avec leurs couvertures de première page [25] [25] En croisant les collections conservées au V. G. A. et à...
suite
, 49 numéros sur 96 représentent un ou plusieurs hommes, soit 51 %. Cinq présentent un homme et une femme, quatre une femme, dont une statue, une seule représente la vie de famille avec père, mère, enfant. Enfin les autres couvertures sont le plus souvent consacrées à Vienne la Rouge ou à la vie ouvrière : les cheminées d’usine, les marteaux, symboles phalliques par excellence, concourent à rappeler le pouvoir des hommes. Dans les représentations de foules, de même, les femmes sont soit peu visibles, soit totalement absentes [26] [26] Comme c’est le cas en 1931. On voit des foules d’affamés,...
suite
. Le modèle proposé à l’adhérent socialdémocrate viennois est donc un homme alors que la section viennoise compte plus de 150 000 femmes en 1929, soit 36 % des effectifs [27] [27] En 1929, le Parti social-démocrate autrichien compte 229...
suite
. Dans Der Kuckuck, la revue satirique qui paraît à partir de 1927, les femmes sont un peu plus présentes mais cela tient, à la fois, au public visé, à la date de parution de la revue et aux ambitions de sa direction. Der Kuckuck utilise, comme la revue Regards en France ou l’ArbeiterIllustrierteZeitung en Allemagne, la photographie et les photomontages. On y dénombre pour 54 % de représentations d’hommes, seuls ou en groupe, 13 % de femmes, 5 % de couples hommes-femmes et 28 % d’autres sujets [28] [28] Sur 155 couvertures recensées, 84 sont consacrées aux...
suite
. Si les femmes sont un peu plus présentes en couverture, elles le sont par contre nettement plus dans les pages intérieures, contrairement aux autres revues sociales-démocrates. On peut s’étonner du très faible pourcentage de représentation des couples, alors que la famille constitue un axe permanent et central de la social-démocratie [29] [29] Voir M. MESNER, Frauensache ? Zur Auseinandersetzung...
suite
.

14 Quel est le contenu de ces illustrations ou de ces photos ? Une première catégorie se dégage aisément : les portraits des « pères » fondateurs : Viktor Adler, Karl Marx, Friedrich Engels. Dans l’entre-deux-guerres, pas un mois de novembre sans un portrait de Viktor Adler, mort la veille de la proclamation de la république en 1918 [30] [30] Dans la presse pour la jeunesse, on trouve à plusieurs...
suite
. Dès qu’un militant de premier plan décède ou atteint soixante-dix ans un article hagiographique lui est consacré. De cette masse d’hommes, seules deux figures féminines émergent : Adelheid Popp et Therese Schlesinger [31] [31] En raison de l’engagement au sein du Parti communiste...
suite
. On note aussi la tendance du mouvement ouvrier à se réapproprier l’histoire nationale en inscrivant ces portraits de sociaux-démocrates dans une galerie plus large d’hommes, Goethe, Schiller ou les révolutionnaires de 1848, qui ont modelé « l’histoire et la culture allemandes ».

15 A partir des années 1920, on relève une autre représentation de l’homme : le nu. Les nus masculins illustrant la presse sociale-démocrate autrichienne ne se différencient pas de l’idéal de beauté alors présent dans la photographie de nus allemande ou autrichienne. Ainsi quelle différence pourrait-on trouver entre les nus publiés dans les revues sociales-démocrates Arbeitersport, Der Naturfreund ou Der Kuckcuck et ceux d’Ingeborg Boysen, d’Arthur Schulz, de Kurt Reichert [32] [32] Voire plus tard de Leni Riefensthal, si ce n’est le travail...
suite
 ? A priori aucune, ils correspondent au goût de l’époque : présentation du sujet dans la nature, avec une prédilection pour les plans d’eau, seul ou en groupe, toujours en train de réaliser une activité sportive : lancer de balle ou de projectile, saut, etc. Or, si on compare ces photographies à celles réalisées aux États-Unis, on note une grande différence. Johnny Weissmuller, les Ritter Brothers ou les modèles d’Edwin Townsend posent ostensiblement et mettent en valeur une sensualité masculine [33] [33] D. LEDDICK, The Male Nude, Cologne, Taschen Verlag, 1998. ...
suite
. L’absence de pilosité des hommes dessinés ou photographiés dans la presse socialedémocrate rappelle que ce mouvement a fait sien, au même titre que les mouvements fascistes ou nazis, l’idéal de la beauté grecque tel qu’il fut défini au début du XIXe par Winckelmann. Dans L’image de l’homme, l’invention de la virilité, George L. Mosse montre que les classes moyennes en Europe centrale ont associé la Bildung à la virilité [34] [34] G. L. MOSSE, L’image de l’homme, op. cit. , deuxième...
suite
, à une idée du « beau » où prédomine le masculin. La socialdémocratie autrichienne a repris à son compte cet héritage qui a transité par le mouvement libéral et le mouvement national allemand.

16 Nous ne disposons, malheureusement, d’aucune indication biographique sur les photographes ou les dessinateurs, en particulier sur Franz Mynni [35] [35] Son nom est souvent mal orthographié (Mymmi, Mynni, Myni). ...
suite
, qui a fourni de multiples illustrations à la presse sociale-démocrate, ni d’aucun commentaire sur la réception de ces photos ou illustrations par les contemporains. Lorsqu’elles paraissent dans les revues sportives, elles sont censées valoriser le corps et la culture du corps, mais lorsqu’elles sont destinées à une revue comme Der Sozialdemokrat, on peut se demander ce que « le bon père de famille » social-démocrate pouvait bien voir dans ces dessins dont certains particulièrement érotiques pourraient figurer dans une revue homosexuelle [36] [36] Cf. Der Sozialdemokrat. Parmi les dessins de Mynni quelques-uns...
suite
. Quelle intention motive le dessinateur ou la direction sociale-démocrate ? Il est fort probable que comme en Union soviétique [37] [37] La représentation du travailleur social-démocrate autrichien...
suite
, l’homoérotisme ne puisse être perçu en tant qu’objet et qu’ainsi il passe la barrière de la censure.

17 On doit rappeler également que la pratique du naturisme était déjà répandue dans les cercles les plus radicaux de la social-démocratie dès la première décennie du XXe siècle et replacer cette pratique dans un contexte plus large de culture des bains et de la nature en Autriche [38] [38] Das Bad. Körperkultur und Hygiene im 19. und 20. Jahrhundert,...
suite
. Pendant l’entre-deux-guerres, ces pratiques se développent et bénéficient d’une approbation implicite de la part de la direction du Parti social-démocrate. Celle-ci utilise cette nouvelle culture du corps dans sa lutte sourde contre l’Église catholique et contre le courant chrétien-social. La presse catholique dénonce la présence et la vue des randonneurs ou des gymnastes ouvriers qui se promènent dans les montagnes ou sur les berges des fleuves à demi dévêtus et réclame même parfois « l’intervention de la gendarmerie » [39] [39] Vorarlberger Volksblatt, 19 août 1921 cité in K. GREUSSING...
suite
. Cette nudité totale ou partielle (de l’homme) offre plusieurs avantages d’un point de vue politique et idéologique : elle provoque le camp catholique qui crie à l’indécence et surtout elle montre un corps masculin qui, nu, devient incomparablement plus beau que celui du bourgeois ou du petit-bourgeois, toujours représentés comme malingres ou obèses [40] [40] F. PASTEUR, « Bourgeois, prolétaires et justice sociale...
suite
. Cet homme nu ou largement dévêtu est toujours présenté comme un géant imposant sa volonté à ses adversaires. Nu, le prolétaire reprend alors un avantage que l’habit lui dénie, car dans les années 1920 et 1930 même endimanché le prolétaire a toujours l’air gauche ou débraillé. On a l’impression que les sociauxdémocrates entretiennent l’illusion que la nudité fait disparaître l’appartenance de classe. Les vêtements traduisant l’oppression de classe, la presse sociale-démocrate, quotidienne ou hebdomadaire, mène des campagnes pour promouvoir une mode prolétarienne dégageant les corps et les esprits du carcan des vêtements bourgeois. Au début des années 1930, devant le développement des formations paramilitaires conservatrices et les premiers succès des nazis, le mouvement social-démocrate finit par adopter pour ses jeunesses l’uniforme, qui permet de « reconnaître les siens » et de cour-circuiter la mode bourgeoise [41] [41] Der jugendliche Arbeiter, octobre 1932, p.  2. ...
suite
. Les Jeunesses ouvrières socialistes font campagne pour le nouvel uniforme de l’organisation, qui doit donner une impression d’unité, comme celui des « camarades allemands ». L’uniforme retenu est bleu pour les deux sexes, corsage et jupe pour les filles, chemise assez longue sur le pantalon pour les garçons. La propagande sociale-démocrate parle alors des « blaue Blusen », les chemises bleues [42] [42] Der jugendliche Arbeiter, no 1 et no...
suite
qui doivent symboliser une nouvelle génération, tout aussi virile que les précédentes, mais qui se veut « moderne ». Répondant à la progression des courants fascisants ou nazis, le mouvement social-démocrate, dans son ensemble, se virilise et se militarise dès le début des années 1930. A côté de l’uniforme, on pourrait relever le lexique de plus en plus guerrier, l’adoption des trois flèches comme nouvel emblème du parti, la proposition d’adopter comme salut le bras droit tendu avec le poing serré [43] [43] B. RASKY, Arbeiterfesttage. Die Fest- und Ferienkultur der...
suite
. En 1930, l’inauguration du Karl-Marx-Hof avec la statue de l’éphèbe intitulée « le semeur » semble clore un chapitre où le masculin, porteur de l’avenir de l’humanité, pouvait être représenté par un modèle non agressif [44] [44] Statue d’Otto Hofner. Pour d’autres modèles d’éphèbes...
suite
. Au cours des années 1920, en effet, plusieurs illustrations de la presse socialedémocrate laissent entrevoir une figure qui pourrait être androgyne. En l’absence d’information sur les auteurs de ces dessins, on peut seulement s’interroger sur leurs motivations. Est-ce un témoignage de la volonté de dépasser la différence des sexes ou, influence de l’éducation chrétienne, la volonté de revenir à une situation originelle, où masculin et féminin ne faisaient qu’un ?

18 Dans l’iconographie sociale-démocrate, une troisième représentation mérite attention : celle de l’ennemi de classe qui contribue à renforcer le monde masculin. Cet adversaire est toujours un homme : le bourgeois, le capitaliste, le prêtre ou le prélat honni, Monseigneur Seipel [45] [45] Ignaz Seipel (1876-1932), prêtre catholique, professeur...
suite
. La social-démocratie autrichienne a fait appel à plusieurs reprises lors de campagnes électorales à l’affichiste hongrois Mihaly Biró qui oppose un travailleur géant au torse dénudé aux capitalistes habillés de noir et chapeautés [46] [46] Biro Mihaly Platatok – Plakate 1886-1948, Budapest-Vienne,...
suite
. Du monde bourgeois, on ne voit que les hommes. En Autriche, il n’y a ni Georg Grosz ni Otto Dix pour caricaturer les femmes de la bourgeoisie. Celles-ci sont une nouvelle fois exclues du jeu politique et de celui de l’affrontement de classe qui se réduit à une lutte entre hommes.

Mixité et « coéducation »

19 Le programme de Hainfeld de la social-démocratie de 1889 reconnaît en principe l’égalité entre les sexes. Par leurs luttes et l’incessante pression qu’elles exercent sur la direction du parti, les femmes finissent par imposer leur présence au sein du mouvement. Des secteurs marginaux du parti prennent conscience de la réalité de la domination masculine et comprennent l’intérêt politique que l’ensemble du mouvement peut en tirer. Remettre en cause une partie de cette domination, c’est déstabiliser l’adversaire principal que sont les chrétiens-sociaux. Militer pour une réforme du mariage, pour le droit au divorce, pour le contrôle des naissances, pour la mixité et la « coéducation » sape les bases mêmes de l’adversaire politique qui défend avec encore plus d’acharnement les piliers de la domination masculine [47] [47] P. PASTEUR, Vers l’homme nouveau ? Pratiques politiques...
suite
. Cependant, les responsables masculins du parti, plus proches dans leur vie quotidienne et dans leurs aspirations des modèles dominants dans la société, se méfient de ces mouvements, ils essayent de les utiliser mais les neutralisent dès que l’affrontement avec les chrétiens-sociaux nécessite de prendre véritablement position dans le Kulturkampf et risque d’entraîner une remise en cause des fondements de la société.

20 La proclamation de la République en 1918 oblige la social-démocratie à appliquer au sein du parti le principe revendiqué de mixité. Un amendement adopté sans enthousiasme lors du congrès de 1918 décide de la fusion des deux structures, le parti des hommes et l’organisation féminine [48] [48] Avant 1914, la loi de 1867 interdisait aux femmes, aux enfants,...
suite
. Nous savons que les militantes étaient fort réservées face à ce processus de fusion. Selon Adelheid Popp, les femmes pensent que « partout où les hommes et les femmes sont ensemble dans une organisation les femmes sont désavantagées » [49] [49] Der Sozialdemokrat, 1919 (article d’A. Popp conservé...
suite
, ce qui laisse supposer que les hommes s’emparent du pouvoir et des leviers de commande et que les femmes ont peu de prise sur les décisions. Cette impression est confirmée lorsqu’on lit les instructions pour les hommes de confiance (Vertrauensmann qui n’a pas de féminin). Le sommaire de la brochure de Robert Danneberg est édifiant. Aucune responsabilité ne se décline au féminin. Sont cités, en revanche, l’homme de confiance, le président, le trésorier, le secrétaire, le responsable de la formation, le bibliothécaire, le colporteur, le responsable du S.O. Les femmes ne figurent même pas comme responsables du « travail féminin dans l’organisation du parti » [50] [50] R. DANNEBERG, Der Vertrauensmann. Winke für alle, die in...
suite
. D’après les rapports rédigés en 1928 par les militantes de chaque province fédérale, les premières années de cette organisation commune auraient été « difficiles » et les heurts entre hommes et femmes constants [51] [51] Zehn Jahre gemeinsame Organisation, Vienne, Frauenzentralkomitee,...
suite
. Lorsqu’on sait à quel point la revendication d’autonomie financière a compté pour le mouvement des femmes des années 1970, il est intéressant de noter que la première crainte des femmes est de voir disparaître l’autonomie financière dont elles disposaient autrefois. Les hommes quant à eux spécifient bien clairement que « les comités féminins ne doivent pas gérer d’affaires d’argent » [52] [52] R. DANNEBERG, Der Vertrauensmann, op. cit. , p.  36. ...
suite
. La seconde inquiétude est très longuement explicitée : le sentiment de se sentir « perdues » dans un « grand parti masculin ». Minoritaires, elles sont confrontées aux hommes qui juste après la guerre, école de virilité s’il en est, sont particulièrement soudés entre eux. Pour les moindres « responsabilités », que ce soit le colportage ou la trésorerie d’une section, les hommes arguent du fait que les femmes sont inexpérimentées et qu’elles disposent de moins de temps qu’eux [53] [53] P. PASTEUR, Femmes dans le mouvement ouvrier autrichien,...
suite
. Cette fusion a, entre autres, pour conséquence un repli des militantes sur les structures féminines du parti et sur le travail dit culturel, ce qui laisse le champ libre aux hommes dans tous les domaines jugés « nobles » par ceux-ci et par l’idéologie dominante de l’époque [54] [54] P. PASTEUR, « Les militantes sociales-démocrates autrichiennes :...
suite
.

21 Un article anodin sur l’état de la presse du mouvement social-démocrate résume très bien la perception des sexes que peut avoir un responsable social-démocrate moyen. Alois Jalkotzy dont le but est de restructurer la presse sociale-démocrate, prend l’exemple d’un homme de confiance (Vertrauensmann) qui milite au parti et adhère au syndicat des métallurgistes qui, plus que tout autre profession, symbolise la virilité. Il appartient également « aux libres penseurs, aux Amis de la nature » et bien naturellement au Schutzbund. Toutes ces associations sont pensées comme des structures essentiellement masculines, alors que les Libres penseurs ont un taux de féminisation supérieur à celui du parti. « Mais l’homme est marié et a des enfants. Sa femme est on le comprend bien abonnée à Die Unzufriedene. Elle reçoit en tant que membre de l’organisation politique Die Frau[55] [55] Die Frau est la revue féminine mensuelle du Parti social-démocrate...
suite
, elle est membre des Amis de l’enfance... Naturellement elle est membre d’une coopérative » [56] [56] A. JALKOTZY, « Die Parteipresse », Der Kampf, 1930,...
suite
, sous entendu de consommation. Ce court extrait fixe les rôles de chaque sexe et son appartenance organisationnelle.

22 Les sociaux-démocrates font cependant quelques efforts. Ainsi apparaissent les formulations : « Genossen und Genossinnen » (Camarades et camarades), « Arbeiter und Arbeiterinnen » (Ouvriers et ouvrières). Dans les appels électoraux, la direction masculine n’oublie jamais « les électrices » car dans une logique d’accès au pouvoir par les urnes, chaque voix compte. Cependant, il n’est pas rare que seul le masculin soit employé alors que le texte s’adresse aux salariés ou aux militants des deux sexes. La forme des procès-verbaux des congrès du parti ne permet pas de savoir s’il était d’usage de commencer une intervention par « Werte Genossinnen und Genossen » (Chères camarades et chers camarades) ou non. Sur cinq procès-verbaux de congrès seuls ceux des années 1930 et 1931 mentionnent cette formule pour les interventions de Otto Bauer et de Julius Deutsch [57] [57] Parteitag 1930 – Protokoll des sozialdemokratischen Parteitages,...
suite
. S’agit-il d’un début d’évolution ou non ? Impossible à dire, car ni pour Adelheid Popp, ni pour Therese Schlesinger, ni pour Käthe Leichter pour lesquelles le féminin est incontournable, cette expression n’est retranscrite dans les procès-verbaux.

23 Si la coéducation est revendiquée par la social-démocratie, elle s’inscrit cependant dans une perspective où l’élément masculin continue à dominer. Daniel WelzerLang désigne ces lieux où se construit le masculin, « où l’homosocialité peut se vivre et s’expérimenter dans le groupe de pairs », comme « la maison-des-hom-mes » [58] [58] D. WELZER-LANG (dir. ), Nouvelles approches des hommes et...
suite
. Les sociaux-démocrates de l’entre-deux-guerres ont mis en place plusieurs structures qui ne correspondent qu’imparfaitement à cette définition et qui, a priori, ne devraient pas pouvoir remplir cette mission puisque mixtes mais où, néanmoins, le masculin est omniprésent et se transmet ainsi dans les associations, toutes dirigées par des hommes, qui encadrent et forment la jeunesse : les Amis de l’Enfance, une organisation para-scolaire, les Faucons rouges (Rote Falken) qui rassemblent les enfants à partir de 10 ans et les Jeunesses ouvrières socialistes enfin.

24 Un petit livre destiné aux jeunes enfants et aux « chefs de groupe » des Faucons rouges laisse entrevoir la contradiction dans laquelle se débat le mouvement socialdémocrate : d’un côté insister sur la mixité et d’autre part transmettre les références du masculin. Dans ce livret rédigé par Anton Tesarek, sur 37 illustrations ou croquis, 15 présentent un ou plusieurs hommes ou garçons, 3 des hommes et des femmes ensemble, 19 des paysages, des croquis, des illustrations diverses. Il est donc impossible pour une petite fille ou une adolescente de se reconnaître dans ces représentations ou dans les conseils tous énoncés au masculin : « Adresse-toi au premier Faucon rouge que tu rencontres, il te conduira à son chef de groupe » [59] [59] A. TESAREK, Das Buch der Roten Falken, Vienne, Jungbrunnen,...
suite
, « lorsqu’un nouveau arrive dans le groupe » [60] [60] Ibid. , p.  27. ...
suite
, « un ami et un protecteur de la nature » [61] [61] Ibid. , p.  31. ...
suite
. D’autres exemples sont tout aussi significatifs. Il est conseillé « au chef » de protéger le nouveau ou le plus faible « des moqueries » [62] [62] Ibid. , p.  10. ...
suite
. De même, lorsque l’auteur veut donner un exemple de la solidarité de classe, il écrit : « Le père a souvent raconté comment cela se passe lors d’une grève. Comment les camarades qui ont du travail s’occupent des grévistes bien qu’ils souffrent eux-mêmes de la misère. Ou la mère : quand une voisine est malade et que personne ne peut s’occuper d’elle, alors les femmes d’ouvriers de la maison s’entraident. Il y en a une qui fait le ménage, l’autre apporte un peu à manger, la troisième s’occupe du linge » [63] [63] Ibid. , p.  28. ...
suite
. Après avoir demandé au Faucon rouge de respecter ses engagements, l’auteur conclut en s’adressant aux seuls garçons : « Promets-le, petit gars ! » [64] [64] Ibid. , p.  35. ...
suite
.

25 Néanmoins au sein des Faucons rouges, des Amis de l’Enfance, des Jeunesses ouvrières socialistes, des expériences d’éducation mixte, nouvelles pour l’époque, sont menées, en particulier des camps de vacances qui déchaînent la furie de la presse chrétienne-sociale et suscitent les critiques de certains sociaux-démocrates. Julius Tandler, le sénateur de la ville de Vienne, est ainsi raillé par les partisans et adeptes de la coéducation qui le comparent à l’évêque de Linz, Mgr Gföllner [65] [65] F. SCHEU, Ein Band der Freundschaft, op. cit. , p.  190. ...
suite
.

Les bastions de la masculinité

26 On relève, enfin, chez les sociaux-démocrates la volonté de construire ou de conserver, malgré la mixité proclamée, des îlots de masculinité dont les femmes sont exclues. La technique et le sport permettent de définir ces espaces d’homosocialité dans les organisations dites culturelles de la social-démocratie. Parmi ces associations à vocation masculine, signalons les regroupements de photographes, chasseurs, pêcheurs, joueurs d’échecs et footballeurs.

27 L’électricité, la radio, la photographie, les moteurs, l’automobile, l’aviation passionnent les socialistes. Mais ces nouvelles techniques sont un domaine exclusivement masculin, et ce d’autant plus aisément que les femmes sont exclues des bureaux d’étude et de secteurs entiers de la production industrielle. Parmi les nombreuses organisations du mouvement social-démocrate, on relève l’apparition dans la seconde moitié des années 1920 d’une Union des radio-amateurs ouvriers. Or, lorsqu’on feuillette le bulletin ou lorsqu’on regarde les photos de l’organisation, on constate l’absence de femmes. Lors de l’inauguration d’une exposition des radio-amateurs ouvriers dans le deuxième arrondissement de Vienne en 1929, par exemple, sur les trente et une personnes présentes sur la photo, pas une seule femme [66] [66] H. MAIMANN (Hg. ), Die ersten hundert Jahre österreichische...
suite
.

28 Les publications laissent également une large place aux pages spécialisées dans les techniques : nombreux conseils et schémas pour les électriciens, les photographes, amateurs-radio, mais aussi explication sur le fonctionnement des automobiles, des avions, etc. Ce goût pour la technologie est entretenu dès le plus jeune âge. Dans le petit livre pour les Faucons rouges, on peut lire : « Chacun de nous aime la machine. Comme le père, le grand frère ou le fils du voisin l’aime, quand il la nettoie ou la brique » [67] [67] A. TESAREK, Das Buch der Roten Falken, op. cit. , p.  35. ...
suite
. Pour illustrer cet amour de la machine, l’auteur renvoie aussi aux scènes quotidiennes et tout particulièrement au tramway et à ce héros de la classe ouvrière auréolé de prestige auprès des jeunes garçons, un « seigneur, un maître » [68] [68] Ibid. , p.  33-34. ...
suite
 : le conducteur du tramway. « Le chauffeur est là inflexible comme de l’acier, les yeux fixés sur les deux rails étincelants ». Toutes les qualités requises de l’homme socialdémocrate sont présentes : maîtrise, inflexibilité, sérieux, compétence [69] [69] Précisons que les traitements adhèrent majoritairement...
suite
.

29 Le sport constintue un autre domaine masculin. Dans la presse sportive ouvrière, toute une iconographie met en scène la virilité [70] [70] Arbeitersport, Der Naturfreund. ...
suite
. Les articles et photos y glorifient le corps masculin, mettent en valeur les muscles, la force et les prestations sportives même à une époque où la social-démocratie est encore hostile au sport de compétition. Le football, encore très controversé dans l’entre-deux-guerres dans les milieux sociaux-démocrates, fournit des exemples de l’expression du masculin sans fard. Wolfgang Maderthaner et Roman Horak parlent de « mise en scène de la virilité » [71] [71] W. MADERTHANER, R. HORAK, Mehr als ein Spiel. Fussball und...
suite
. Celle-ci s’opère sur le terrain de sport et dans les discussions interminables qui suivent le match. La sociabilité sportive crée comme pour les nouvelles techniques, une « grammaire masculine ». Les militants peuvent discuter des heures sur la passe, l’attitude du goal, etc., excluant par l’usage d’un lexique savant et masculin les femmes de l’espace public ou privé. Dans Histoire d’une vie, Elias Canetti qui habitait à proximité du stade Rapid raconte qu’il entendait de sa chambre la foule : «... Je ne connaissais pas les équipes. Il y avait deux masses animées de la même nervosité et qui parlaient la même langue » [72] [72] E. CANETTI, Histoire d’une vie – Le flambeau dans l’oreille,...
suite
. Il se souvient que les « cris de triomphe étaient poussés à cause d’un but qui avait été marqué... On pouvait entendre aussi, et le son était différent, un cri de déception ». Elias Canetti omet cependant de dire qu’il s’agissait de foules masculines. Sur toutes les photos des années 1920, de rares femmes avec un chapeau cloche se détachent d’une foule masculine. Wolfgang Maderthaner souligne que lorsque des femmes accompagnent les hommes à un match, elles ont le statut de petite amie ou de fiancée, une fois mariées, leur place est à la maison. Une lettre de lecteur adressée à l’Arbeiter-Zeitung exprime clairement l’irrésistible attraction qu’exerce le football sur les sociaux-démocrates : « C’est comme à l’époque des gladiateurs ensanglantés et des combats de taureaux, mais dans une forme éthique bien plus élevée » [73] [73] Arbeiter-Zeitung, 3 août 1921. ...
suite
car la social-démocratie, en tant qu’expression politique de l’aristocratie ouvrière, dénonce la populace et ses débordements, et s’en tient à une masculinité policée et respectable [74] [74] Arbeiter-Zeitung, 24 novembre 1921. ...
suite
.

30 Les études sur le nationalisme allemand et plus récemment sur le nationalpopulisme ont mis en avant ces structures exclusivement masculines (Männerbund) qui inculquent aux différentes générations de garçons les mêmes réflexes politiques et idéologiques et les comportements de genre [75] [75] K. THEWELEIT, Männerphantasien 1 + 2, Munich, Piper/ K. N. O. ,...
suite
. Dans une large mesure, les associations culturelles sociales-démocrates offrent aux hommes des espaces de sociabilité masculine, comparables à ces Männerbünde. Officiellement, ces associations sont mixtes, bien que certaines comme les Amis de la Nature aient créé un statut de membre associé pour l’épouse et les filles de l’adhérent masculin, statut justifié par une cotisation moins élevée et donc une volonté d’alléger les budgets des familles [76] [76] P. PASTEUR, Vers l’homme nouveau ?, op. cit. , p.  402-403. ...
suite
. Mais elles font peu de cas des femmes, à l’instar des Amis de la Nature. Paul Richter, député social-démocrate et président de l’association, déclare ainsi à la tribune de l’Assemblée Générale en 1932 : « Je crois que nous sommes la seule organisation du prolétariat socialiste au monde dans laquelle on ne trouve pas une seule femme dans les rangs des délégués » [77] [77] Protokoll der Reichsversammlung des Touristenvereins « Die...
suite
. Mais, plus encore, ce sont les activités féminines qui sont éclairantes. Lors des sorties collectives, lors de la construction et l’entretien des chalets, les militantes remplissent des tâches dévolues à leur sexe : la préparation des repas, la vaisselle, la couture pour l’entretien des chalets de l’association. Elles partagent avec les hommes la randonnée, bien que les photos attestent de petits groupes formés d’hommes et d’autres de femmes, les uns et les autres discutant entre eux. Cette association, comme tant d’autres, ne se démarque pas dans sa conception des rôles des sexes des associations bourgeoises.

31 On constate, de plus, une lutte incessante des hommes pour conserver des espaces exclusivement masculins. Au fur et à mesure que l’association s’ouvre aux femmes, les hommes créent de nouvelles structures fermées aux femmes : tout d’abord le ski, puis les femmes s’en emparant, une section d’alpinistes que les femmes sont très rares à intégrer. Prouver leur virilité, leur force physique demeure une nécessité et une quête permanentes pour ces militants. Ce monde masculin se retrouve aussi chez les cyclistes ouvriers. L’analyse des photographies de groupes montre, là aussi, à quel point les femmes sont absentes. Lorsqu’elles sont valorisées, c’est en groupe spécifique, et elles reproduisent des clichés féminins classiques : elles font du vélo avec des fleurs sur le guidon ou elles forment une ronde avec leurs bicyclettes.

32 Mais l’association masculine par excellence est le Schutzbund. En raison du Traité de Saint-Germain, l’Autriche ne peut disposer d’une force militaire conséquente. A côté d’une armée fédérale squelettique, les organisations politiques forment des structures para-militaires [78] [78] J. KöLBL, Essai sur les milices armées sous la Première...
suite
. Les sociaux-démocrates autrichiens à l’instar de leurs collègues allemands avec la Reichsbanner mettent en place le Republikanischer Schutzbund (La ligue de protection républicaine). La virilité trouve ici une expression sans frein : discipline, port de l’uniforme, bottes ou veste de cuir, jeux des armes, défilés militaires dans les villes ou bourgades, exercices militaires, soirées entre hommes, démonstration de force, salut au drapeau, mythe du S.O. (Service d’ordre) [79] [79] Le membre du S. O. , si bien connu dans le mouvement ouvrier...
suite
. Tous les réflexes virils se retrouvent du simple membre du service d’ordre au chef. Un vrai culte est voué à l’ancien général Theodor Körner, qui deviendra Président de la République de 1951 à 1957. Après les affrontements armés de février 1934, le mouvement social-démocrate honore ses martyrs assassinés ou pendus par les austrofascistes. La mort, le sacrifice pour la cause de la classe ouvrière deviennent des attributs de la virilité, ce qui ressort clairement des textes et illustrations exaltant les héros que sont devenus Koloman Wallisch, Karl Münichreiter, Georg Weissel. Ils rejoignent les autres saints du mouvement ouvrier : Franz Schuhmeier, Giacomo Matteotti, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, seule femme du panthéon des héros assassinés.

33 Cependant, comme George L. Mosse l’écrit, la social-démocratie promeut des programmes de réforme de la masculinité [80] [80] G. L. MOSSE, L’image de l’homme. . . , op. cit. , p.  136. ...
suite
. Parmi les aménagements, la lutte contre l’alcoolisme, qui s’inscrit dans une perspective eugéniste revendiquée par le parti autrichien, prend une place de choix. Le point 8 des statuts de l’Association des abstinents ouvriers stipule qu’il convient de bannir les « traditions liées à la boisson dans les associations conviviales du prolétariat » [81] [81] Was die Abstinenten wollen ?, Vienne, p.  1,2. ...
suite
. Bombance et beuveries ne figurent pas au tableau d’or du mouvement ouvrier autrichien qui répète inlassablement cette phrase attribuée à Viktor Adler : « L’ouvrier qui pense ne boit pas et l’ouvrier qui boit ne pense pas ». C’est surtout dans la presse féminine que transparaît l’image négative de l’alcoolique qui est un mauvais mari, un mauvais père, un mauvais travailleur, un mauvais militant. Il s’oppose à l’homme presque idéal qui est à la fois bon mari, bon père, bon fils, bon travailleur, bon militant [82] [82] J. GEHMACHER, Die Alkoholfrage als Frauenfrage, maîtrise,...
suite
. Et si la presse socialedémocrate offre à longueur de pages des représentations de la beauté masculine, lorsque l’homme est époux, père ou militant, elle met en garde les femmes contre les apparences physiques qui peuvent cacher brutalité, égoïsme ou tout autre défaut [83] [83] Die Unzufriedene, 20 février 1932, p.  1. ...
suite
. Il s’agit là en fait d’une manière de lutter contre l’influence des médias, en particulier du cinéma qui, selon la direction sociale-démocrate, fascine trop les femmes et offre en spectacle un autre type de beauté. Les hommes n’apprécient pas l’engouement des femmes pour les acteurs, les chanteurs d’opérette ou, sous l’empire, pour les militaires, et en particulier pour les hussards hongrois.

La virilité au quotidien

34 Dans ce contexte de concurrence déloyale, les militants sociaux-démocrates affichent leur virilité. Contrairement aux représentations de leur presse, les responsables sociaux-démocrates portent barbe ou moustache. La force physique de l’ouvrier définit sa virilité, la barbe définit celle de l’intellectuel [84] [84] Sur une couverture de Der Sozialdemokrat datant de janvier...
suite
. Comme tous les hommes à l’époque, ils portent un chapeau pour les notables nationaux ou locaux, une casquette pour les ouvriers sociaux-démocrates. Conformément encore aux usages de la société autrichienne, les titres sont mentionnés et utilisés quotidiennement, on parle du « Doktor Renner », du « Doktor Bauer », etc. Là aussi c’est l’apanage des hommes : pour toute la période, on ne dénombre que quatre Frau Doktor[85] [85] Käthe Leichter, Helene Bauer, Jenny Adler-Herzmark, Margret...
suite
qui, par leur qualification, entrent dans le monde très fermé du savoir masculin.

35 La paternité allant de soi, elle n’est pas mise en évidence, elle s’inscrit toujours dans un processus de filiation patrilinéaire. Facile à démontrer lorsqu’il s’agit de l’aristocratie du mouvement social-démocrate, où Viktor Adler enfante Friedrich, où dans la famille Rauscher Karl enfante Karl et Franz, Emma Adler n’apparaissant, elle, qu’en tant qu’épouse ou mère, ce phénomène existe à tous les échelons du militantisme. Les références « fils de », « père de » ponctuent le discours biographique social-démocrate. Des illustrations montrent parfois les pères près des enfants, mais il est impensable qu’ils puissent être occupés à des tâches domestiques. On lit aussi la paternité en creux dans des slogans tels que « Ne battez pas vos enfants ! » ou les campagnes contre l’alcoolisme.

36 Lorsqu’ils sont mariés, ces hommes l’affichent, le nom de l’épouse est mentionné au hasard d’un article. Les couples stables disposent d’un immense crédit de sympathie. La femme doit pouvoir être identifiée comme une auxiliaire efficace de son époux, mais si elle revendique et assume sa part de responsabilité dans le couple et dans la vie sociale, elle devient une mégère, une harpie [86] [86] A titre d’exemples, citons Marianne Pollak, épouse d’Oscar...
suite
. Dans leur volonté de défier les catholiques, certains ont tendance à afficher le caractère « hors norme » de leurs relations : Otto Bauer est marié à Helene Bauer plus âgée que lui et entretient une relation avec une femme plus jeune [87] [87] H. GRUBER, Red Vienna. Experiment in Working-Class Culture...
suite
. Julius Deutsch assume sa relation avec une sportive libre penseuse, Marie Deutsch-Kramer.

37 Même dans un monde où seuls les rapports hétérosexuels sont admis, certaines relations trop compliquées doivent être passées sous silence, par exemple celles qui lient Friedrich Adler et Sofie Lazarsfeld. On note dans les biographies de militants une grande discrétion à propos de leur vie sexuelle, seuls la première rencontre avec leur future épouse ou le coup de foudre sont mentionnés. A ma connaissance, un seul militant fait, dans ce domaine comme dans bien d’autres, preuve de franchise et livre quelques indications sur sa vie sexuelle, ou plutôt sur son absence de vie sexuelle pendant plusieurs années. Josef Buttinger dans Ortswechsel, raconte comment, permanent social-démocrate dans une petite ville industrielle de Carinthie, il choisit volontairement l’abstinence sexuelle pour ne pas provoquer la jalousie des jeunes filles dont il avait en charge la formation politique. Il explique aussi comment il évite les provocations avec une femme d’âge mûr, militante sociale-démocrate. Il précise qu’il n’était pas question pour lui d’avoir recours à la masturbation, parce qu’elle était « aussi nuisible à la santé que l’alcool et le tabac » et qu’elle témoignait en plus d’une « marque de faiblesse de caractère » [88] [88] J. BUTTINGER, Ortswechsel. Die Geschichte meiner Jugend,...
suite
. Dans les deux pages que consacre Josef Buttinger à la question, il résume toutes les attitudes normées en matière sexuelle qui dominent chez les sociaux-démocrates de l’époque.

38 Une des cibles préférées des moralistes sociaux-démocrates touche au célibat des prêtres. Le traitement de cette question soulève un voile sur la perception de ces militants de la sexualité en général et certainement de leur propre sexualité. Les prêtres sont souvent accusés de perversions sexuelles [89] [89] Cf. la revue Die Leuchtrakete. ...
suite
. Ils concentrent tout ce qui est condamnable aux yeux des sociaux-démocrates, masturbateurs, pédophiles supposés, ils sont de plus, avec les patrons soupçonnés d’être les pères des milliers d’enfants illégitimes qui naissent chaque année en Autriche.

39 Les autres, homosexuels, bisexuels, transsexuels, n’existent pas pour l’institution qu’est le parti. Seule la revue féminine Die Unzufriedene accorde au début des années 1930 une timide place à l’homosexualité masculine [90] [90] Die Unzufriedene, 1930, no 41. ...
suite
. Pourtant on peut se demander comment les dirigeants et intellectuels sociaux-démocrates pouvaient faire semblant d’ignorer les positions de leurs « frères » allemands qui, officiellement, soutenaient l’Institut de Magnus Hirschfeld [91] [91] F. TAMAGNE, Histoire de l’homosexualité en Europe. Berlin,...
suite
, les déclarations de Karl Kraus dans Die Fackel en faveur de la dépénalisation de l’homosexualité et la pétition présentée par Otto Eckstein en mai 1930 et avril 1931 [92] [92] A. BRUNNER, H. SULZENBACHER, Schwules Wien. Reiseführer...
suite
. Jusqu’à aujourd’hui l’homosexualité d’un ou d’une militante de premier plan est un tabou absolu et ne doit pas être révélée.

40 Même dans la mort, l’idéal à atteindre est le masculin. La mort héroïque ne peut être que celle d’un homme et lors des oraisons funèbres, au cimetière ou au crématorium, les étapes de la vie de l’homme sont une dernière fois marquées : fils de prolétaire, époux, père, collègue, militant [93] [93] P. PASTEUR, « Le mouvement ouvrier et la mort », in...
suite
.

41 Bâtisseur, penseur politique, militant appliqué, travailleur soucieux du progrès et de l’hygiène, l’homme est imposé comme modèle unique, légitimé au nom de l’universalité du socialisme. Si la social-démocratie autrichienne prône une virilité moins agressive que celle défendue par les mouvements politiques concurrents, chrétienssociaux ou nationalistes allemands, les cadres dirigeants et les militants adhèrent à ces représentations de l’idéal masculin. Sans fard, ils travaillent à conserver la domination du masculin sur le parti et l’ensemble du mouvement. A cette fin, ils ne contrôlent pas seulement les instances qui élaborent la ligne politique et théorique, mais utilisent la presse et les institutions chargées de la formation et de la transmission du savoir pour n’offrir aux militants et aux militantes qu’une seule référence, qu’un seul modèle : le genre masculin. Tous les moyens sont bons : exclusion et humiliation des femmes, recours à l’autorité, invocation de l’intérêt suprême du parti, renforcement insidieux des bastions de la masculinité dans les associations culturelles et sportives malgré la volonté déclarée de favoriser la mixité du mouvement.

 

Notes

[ *] Maître de conférences d’histoire contemporaine à l’Université de Rouen.Retour

[ (1)] O.R.F., Der Report, février 2000; Der Standard, numéros du 14 au 19 février 2000.Retour

[ (2)] R.W. CONNELL, Masculinities, Cambridge, Polity Press, 1995, version allemande Der gemachte Mann. Konstruktion und Krise von Männlichkeiten, Opladen, Leske und Budrich, 2e éd., 2000.Retour

[ (3)] G.L. MOSSE, L’image de l’homme. L’invention de la virilité moderne, Paris, Presses Pocket, 1997. A. RAUCH, Le premier sexe, Paris, Hachette, 2000.Retour

[ (4)] G.L. MOSSE, L’image de l’homme..., op. cit., p. 123 et suivantes.Retour

[ (5)] J. LE RIDER, Modernité viennoise et crises de l’identité, Paris, P.U.F., réédition 2000.Retour

[ (6)] Sur cette période, consulter G. HAUCH, « “Genossinnen... (lebhafte Heikerkeit)” Zur Situation sozialdemokratischer Frauen in der sozialdemokratischen Männerwelt vor 1914 », in E. FRÖSCHL, M. MESNER, H. ZOITL (Hg.), Die Bewegung. Hundert Jahre Sozialdemokratie in Österreich. Vienne, Passagen Verlag, 1990, p. 137-146.Retour

[ (7)] Arbeiterinnenzeitung, 3 février 1898.Retour

[ (8)] Verhandlungen des Gesamtparteitages der Sozialdemokratie in Österreich, Brünn 24-29.9.1899, Vienne, p. 64.Retour

[ (9)] Franz Schuhmeier personnifiait le prolétaire viennois, il a été souvent opposé à Karl Lueger, le maire chrétien-social de Vienne, les deux personnages savaient s’adresser aux travailleurs en wienerisch (dialecte viennois), tous deux savaient jouer sur le trouble émanant de leur personnalité allié à un discours faussement radical. Franz Schuhmeier en tant qu’anticlérical fut un adversaire acharné du droit de vote des femmes, il a été assassiné en 1913.Retour

[ (10)] Il y a en allemand un jeu de mot sur « organisieren » qui peut signifier « organiser » et « se débrouiller ». Verhandlungen des Parteitages der deutschen Sozialdemokratie Österreichs, Linz 29.5.-1.6.1898, Vienne, p. 115.Retour

[ (11)] Cité in G. HAUCH, « Die diskrete Charme des Nebenwiderspruchs – Zur sozialdemokratischen Frauenbewegung vor 1918 », in W. MADERTHANER (Hg.), Sozialdemokratie und Habsburgerstaat, Vienne, Löcker Verlag, 1988, p. 117.Retour

[ (12)] P. PASTEUR, Femmes dans le mouvement ouvrier autrichien 1918-1934, thèse de doctorat d’études germaniques, Université de Rouen, 1986, p. 99.Retour

[ (13)] F. SCHEU, Ein Band der Freundschaft Schwarzwald-Kreis und Entstehung der Vereinigung Sozialistischer Mittelschüler, Vienne-Cologne-Graz, Böhlau, 1985, p. 127,129.Retour

[ (14)] M. SPORRER /H. STEINER (Hg.), Rosa Jochmann. Zeitzeugin, Vienne, Europaverlag, 1983, p. 28.Retour

[ (15)] G. HAUCH, « Die diskrete Charme des Nebenwiderspruchs », art. cit., p. 105, et les cartons 687, 688,690 de « Politique sociale » du ministère des Affaires sociales conservés aux Archives fédérales.Retour

[ (16)] Der jugendliche Arbeiter, février 1929, p. 7.Retour

[ (17)] Les écrits de Max Adler sont les plus connus, mais ils ne sont pas les seuls.Retour

[ (18)] Cf. H. GRUBER, « The “New Woman” : Realities and Illusions of Gender Equality in Red Vienna », in H. GRUBER and P.M. GRAVES (eds.), Women and Socialism, Socialism and Women : Europe between the two World Wars, Oxford, Berghahn Books, 1998, p. 56-93; P. PASTEUR, Femmes..., op. cit., p. 355-459.Retour

[ (19)] Wir sind die Arbeiter von Wien / Der Sämann, die Saat und das Feld / Der Zukunft der treue Kämpfer (Nous sommes les travailleurs de Vienne / le semeur, la semence et le champ / le fidèle combattant de l’avenir).Retour

[ (20)] Der Kampf, 1930, p. 223.Retour

[ (21)] Cf. les textes d’Oskar Pollak, David Josef Bach in Der Kampf, 1929.Retour

[ (22)] Der jugendliche Arbeiter, février 1931, p. 5.Retour

[ (23)] Das kleine Blatt, 7 novembre 1930.Retour

[ (24)] Si F. STADLER, Arbeiterbildung in der Zwischenkriegszeit Otto Neurath – Gerd Arntz, Vienne-Munich, Löcker Verlag, 1982, fait une place aux genres, dans la réalité, à savoir la presse hebdomadaire ou mensuelle sociale-démocrate, c’est l’impression inverse qui domine.Retour

[ (25)] En croisant les collections conservées au V.G.A. et à la Bibliothèque de la Chambre des Ouvriers et des Employés de Vienne.Retour

[ (26)] Comme c’est le cas en 1931. On voit des foules d’affamés, de marcheurs de la faim et on ne distingue pas les hommes des femmes.Retour

[ (27)] En 1929, le Parti social-démocrate autrichien compte 229 660 adhérentes, soit 32 % des effectifs. Trois femmes figurent parmi les 20 membres de la direction nationale.Retour

[ (28)] Sur 155 couvertures recensées, 84 sont consacrées aux hommes, 20 aux femmes, 8 aux couples hommes-femmes, 43 à d’autres thèmes.Retour

[ (29)] Voir M. MESNER, Frauensache ? Zur Auseinandersetzung um den Schwangerschaftsabbruch in Österreich, Vienne, Jugend & Volk, 1994,342 p.Retour

[ (30)] Dans la presse pour la jeunesse, on trouve à plusieurs reprises des portraits de Lénine mort en 1924.Retour

[ (31)] En raison de l’engagement au sein du Parti communiste allemand de Rosa Luxemburg et de Clara Zetkin, celles-ci sont rarement présentes dans la presse sociale-démocrate autrichienne.Retour

[ (32)] Voire plus tard de Leni Riefensthal, si ce n’est le travail de la photographe et la mise en valeur de la tête ou du visage du personnage.Retour

[ (33)] D. LEDDICK, The Male Nude, Cologne, Taschen Verlag, 1998.Retour

[ (34)] G.L. MOSSE, L’image de l’homme, op. cit., deuxième chapitre.Retour

[ (35)] Son nom est souvent mal orthographié (Mymmi, Mynni, Myni). Quant aux photographes, leurs noms ne sont jamais publiés.Retour

[ (36)] Cf. Der Sozialdemokrat. Parmi les dessins de Mynni quelques-uns sont très surprenants : octobre 1927 (p. 147), mai 1928 (p. 73), janvier 1929 (p. 1), 1931 (p. 131). Le plus ambigu est celui paru en janvier 1928 qui présente des hommes nus construisant un temple et porte le titre « Construisons fièrement le temple de notre parti ».Retour

[ (37)] La représentation du travailleur social-démocrate autrichien se différencie très nettement de celle du prolétaire soviétique qui est rarement dénudé et où les marins sont surreprésentés à cause de Lebedev.Retour

[ (38)] Das Bad. Körperkultur und Hygiene im 19. und 20. Jahrhundert, Catalogue de l’exposition présentée au Historisches Museum der Stadt Wien, 23.3.1991-8.3.1992, Vienne, 1991; F. KELLER (Hg.), Lobau – Die Nackerten von Wien, Vienne, Junius Verlag, 1985.Retour

[ (39)] Vorarlberger Volksblatt, 19 août 1921 cité in K. GREUSSING (Hg.), Die Roten am Land Arbeitsleben und Arbeiterbewegung im westlichen Österreich, Steyr, Museum Industrielle Arbeitswelt, 1989, p. 123.Retour

[ (40)] F. PASTEUR, « Bourgeois, prolétaires et justice sociale dans les publications de la social-démocratie autrichienne à l’époque de François-Joseph », in G. RAVY, J. BENAY (dir.), Satire – Parodie – Pamphlet – Caricature en Autriche à l’époque de François-Joseph (1848-1914), Rouen, P.U.R., 1999, p. 195-206.Retour

[ (41)] Der jugendliche Arbeiter, octobre 1932, p. 2.Retour

[ (42)] Der jugendliche Arbeiter, no 1 et no 3,1930.Retour

[ (43)] B. RASKY, Arbeiterfesttage. Die Fest- und Ferienkultur der sozialdemokratischen Bewegung in der Ersten Republik Österreich 1918-1934, Vienne-Zurich, Europaverlag, 1992, p. 220.Retour

[ (44)] Statue d’Otto Hofner. Pour d’autres modèles d’éphèbes voir K. STIMMER (Hg.), Die Arbeiter von Wien. Ein sozialdemokratischer Stadtführer, Vienne, Jugend & Volk, 1988.Retour

[ (45)] Ignaz Seipel (1876-1932), prêtre catholique, professeur de théologie, chancelier fédéral de 1922 à 1924, puis de 1926 à 1929, responsable aux yeux des sociaux-démocrates de l’assainissement financier imposé par la S.D.N.Retour

[ (46)] Biro Mihaly Platatok – Plakate 1886-1948, Budapest-Vienne, Kiado, 1986, p. 87 (A.Z.), 100-101,1923,114-115,117,122.Retour

[ (47)] P. PASTEUR, Vers l’homme nouveau ? Pratiques politiques et culturelles de la socialdémocratie autrichienne 1880-1934, thèse de doctorat d’histoire contemporaine, Université de Poitiers, 1994, p. 219-228,1108-1113.Retour

[ (48)] Avant 1914, la loi de 1867 interdisait aux femmes, aux enfants, aux étrangers d’appartenir aux organisations politiques.Retour

[ (49)] Der Sozialdemokrat, 1919 (article d’A. Popp conservé au Verein für Geschichte der Arbeiterbewegung, dossier Adelheid Popp).Retour

[ (50)] R. DANNEBERG, Der Vertrauensmann. Winke für alle, die in der Arbeiterbewegung wirken, Vienne, Wiener Volksbuchhandlung, 1929, p. 2.Retour

[ (51)] Zehn Jahre gemeinsame Organisation, Vienne, Frauenzentralkomitee, 1929,36 p.Retour

[ (52)] R. DANNEBERG, Der Vertrauensmann, op. cit., p. 36.Retour

[ (53)] P. PASTEUR, Femmes dans le mouvement ouvrier autrichien, op. cit., p. 163-167.Retour

[ (54)] P. PASTEUR, « Les militantes sociales-démocrates autrichiennes : militantes politiques ou militantes culturelles ? », in J. DENIOT /C. DUTHEIL (dir.), Métamorphoses ouvrières, tome 2, Paris, L’Harmattan, 1995, p. 213-223.Retour

[ (55)] Die Frau est la revue féminine mensuelle du Parti social-démocrate à partir de 1923.Retour

[ (56)] A. JALKOTZY, « Die Parteipresse », Der Kampf, 1930, p. 409.Retour

[ (57)] Parteitag 1930 – Protokoll des sozialdemokratischen Parteitages, Ottakring-Wien 6-8.12.1930, Vienne, Wiener Volksbuchhandlung, p. 48; Parteitag 1931 Graz, Vienne, 1931, p. 11.Retour

[ (58)] D. WELZER-LANG (dir.), Nouvelles approches des hommes et du masculin, Toulouse, P.U.M., 2000, p. 115.Retour

[ (59)] A. TESAREK, Das Buch der Roten Falken, Vienne, Jungbrunnen, 1926, p. 8.Retour

[ (60)] Ibid., p. 27.Retour

[ (61)] Ibid., p. 31.Retour

[ (62)] Ibid., p. 10.Retour

[ (63)] Ibid., p. 28.Retour

[ (64)] Ibid., p. 35.Retour

[ (65)] F. SCHEU, Ein Band der Freundschaft, op. cit., p. 190.Retour

[ (66)] H. MAIMANN (Hg.), Die ersten hundert Jahre österreichische Sozialdemokratie 1888-1988, Vienne-Munich, Verlag Christian Brandstätter, 1988, p. 151.Retour

[ (67)] A. TESAREK, Das Buch der Roten Falken, op. cit., p. 35.Retour

[ (68)] Ibid., p. 33-34.Retour

[ (69)] Précisons que les traitements adhèrent majoritairement au Parti social-démocrate.Retour

[ (70)] Arbeitersport, Der Naturfreund.Retour

[ (71)] W. MADERTHANER, R. HORAK, Mehr als ein Spiel. Fussball und populare Kulturen im Wien der Moderne, Vienne, Löcker Verlag, 1997, p. 21.Retour

[ (72)] E. CANETTI, Histoire d’une vie – Le flambeau dans l’oreille, Paris, Le livre de poche, 1982, p. 290.Retour

[ (73)] Arbeiter-Zeitung, 3 août 1921.Retour

[ (74)] Arbeiter-Zeitung, 24 novembre 1921.Retour

[ (75)] K. THEWELEIT, Männerphantasien 1 + 2, Munich, Piper/K.N.O., 2000.Retour

[ (76)] P. PASTEUR, Vers l’homme nouveau ?, op. cit., p. 402-403.Retour

[ (77)] Protokoll der Reichsversammlung des Touristenvereins « Die Naturfreunde », 1932, p. 17.Retour

[ (78)] J. KÖLBL, Essai sur les milices armées sous la Première République autrichienne, thèse de doctorat d’études germaniques, Université de Lille III, 1994.Retour

[ (79)] Le membre du S.O., si bien connu dans le mouvement ouvrier français de la C.G.T. aux trotskystes de la L.C.R. ou de l’O.C.I., mériterait à lui seul une étude approfondie.Retour

[ (80)] G.L. MOSSE, L’image de l’homme..., op. cit., p. 136.Retour

[ (81)] Was die Abstinenten wollen ?, Vienne, p. 1,2.Retour

[ (82)] J. GEHMACHER, Die Alkoholfrage als Frauenfrage, maîtrise, Université de Vienne, 1987.Retour

[ (83)] Die Unzufriedene, 20 février 1932, p. 1.Retour

[ (84)] Sur une couverture de Der Sozialdemokrat datant de janvier 1924 et mettant en scène Vienne la Rouge, deux hommes portent la pancarte Der Sozialdemokrat, un est un ouvrier au torse nu avec un tablier et ses outils à ses pieds et un intellectuel à barbe en costume avec des livres ou registres et des instruments de mesure.Retour

[ (85)] Käthe Leichter, Helene Bauer, Jenny Adler-Herzmark, Margret Hilferding. Stella Klein-Löw entrera au début des années 1930 dans ce cercle très fermé.Retour

[ (86)] A titre d’exemples, citons Marianne Pollak, épouse d’Oscar Pollak, Marie Deutsch-Kramer, seconde compagne de Julius Deutsch.Retour

[ (87)] H. GRUBER, Red Vienna. Experiment in Working-Class Culture 1919-1934, Oxford, Oxford University Press, 1991, p. 178.Retour

[ (88)] J. BUTTINGER, Ortswechsel. Die Geschichte meiner Jugend, Francfort/Main, Verlag Neue Kritik, 1979, p. 123-125.Retour

[ (89)] Cf. la revue Die Leuchtrakete.Retour

[ (90)] Die Unzufriedene, 1930, no 41.Retour

[ (91)] F. TAMAGNE, Histoire de l’homosexualité en Europe. Berlin, Londres, Paris, 1919-1939, Paris, Éditions du Seuil, 2000.Retour

[ (92)] A. BRUNNER, H. SULZENBACHER, Schwules Wien. Reiseführer durch die Metropole, Vienne, Promedia, 1998, p. 56-74.Retour

[ (93)] P. PASTEUR, « Le mouvement ouvrier et la mort », in B. UNFRIED und C. SCHINDLER (Hg.), Riten, Mythen und Symbole. Die Arbeiterbewegung zwischen « Zivilreligion » und Volkskultur, 33. Linzer Konferenz, Leipzig, A.V.A., 1999, p. 265-270.Retour

Résumé

La social-démocratie autrichienne tend à légitimer le masculin en tant que valeur universelle, en tant qu’unique genre de la classe ouvrière consciente de ses intérêts de classe. Le parti, les associations culturelles sont des lieux privilégiés où se construit et se transmet le masculin. Dès le départ, les hommes luttent contre l’entrée des femmes dans la sphère politique. A leurs yeux celles-ci menacent leur domination sur l’ensemble du mouvement, mais aussi sur l’ensemble de la société. Ils adoptent donc des stratégies d’exclusion des femmes qui se traduisent par le recours à une misogynie sans fard, qui conjugue l’emploi de l’humour, les arguments d’autorité, l’intérêt suprême du parti. D’autres moyens consistent au travers de la presse, de la construction de l’histoire politique et culturelle, des statistiques, des loisirs à ne proposer que des modèles ou des références masculines qui s’imposent comme les seules envisageables. Même la mixité et la « coéducation » servent à renforcer le masculin.



Masculinity in Austrian social-democracy, 1888-1934.
In Austrian social-democracy, even mixity and co-education are used to reinforce the hegemony of masculinity. Men adopt various strategies to exclude women from the political sphere.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Paul Pasteur « Le semeur, la semence et le fidèle combattant de l'avenir ou la masculinité dans la social-démocratie autrichienne (1888-1934) », Le Mouvement Social 1/2002 (no 198), p. 35-53.
URL :
www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2002-1-page-35.htm.
DOI : 10.3917/lms.198.0035.