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S'inscrire Alertes e-mail - Le Mouvement Social Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLes historiens français face à la protection sociale (1950-2000)
AuteurAtsushi Fukusawa[*] [*] Université Ritsumeikan. ...
suitedu même auteur
Comparativement à leurs homologues européens et aux chercheurs d’autres disciplines, les historiens français du social se sont peu intéressés jusqu’aux années 1980 à la protection sociale et à l’« État-providence ». Cette situation historiographique tient sans doute en partie à la connotation péjorative du terme d’État(-)providence [1] [1] C’est un « vocabulaire dont les libéraux se servaient...
suite, forgé de manière explicitement critique sous le Second Empire [2] [2] R. CASTEL, Les Métamorphoses de la question sociale :...
suite, auquel ne sont donc pas associées les valeurs positives que l’on prête au Welfare State, création du XXe siècle, sorte de contre-modèle à l’État hitlérien tenu pour un Power State et surtout un Warfare State. Ce qui peut être présenté comme le produit d’un mariage entre État et protection sociale [3] [3] Cf. B. THÉRET, « L’État-providence à l’épreuve...
suite n’intéresse guère les historiens, dont les travaux portent encore essentiellement sur le mouvement ouvrier et syndical. Il a en fait fallu attendre que d’aucuns annoncent la crise de l’État-Providence [4] [4] C’est notamment le cas lors d’un colloque de l’O. C. D. E. ...
suite pour que certains historiens français prennent conscience que le système de sécurité sociale, et donc le type de Welfare State dont s’est doté la France, sont, à bien des égards, plus étroitement liés qu’ailleurs aux mouvements sociaux, sans qu’il s’agisse de conforter le mythe d’une Sécurité sociale perçue dans son ensemble comme une conquête ouvrière [5] [5] On peut toutefois affirmer que dans une certaine mesure...
suite. L’éditorial de Jacques Caritey (Guy Thuillier) dans Le Mouvement Social d’octobre-décembre 1986, « Une idée neuve : l’histoire de la Sécurité sociale », souligne les perspectives offertes par le défrichement de ce nouveau champ de recherches historiques, avant que l’effondrement de l’Union soviétique n’amène les Français à s’intéresser de plus en plus au réformisme social. Seize ans plus tard, il est peut-être temps de faire un bilan de ces recherches et de mettre en évidence les pistes qui semblent les plus prometteuses.
Le déficit initial
2 Mis à part un ouvrage presque contemporain de l’Américain Henry C. Galant [6] [6] H. C. GALANT, Histoire politique de la Sécurité sociale...
suite, les premiers travaux importants d’après la Seconde Guerre mondiale sur la protection sociale se consacrent à l’histoire des retraites et sont de l’ordre de l’histoire « institutionnelle », c’est-à-dire faite par l’institution elle-même. En 1962 est publié le rapport de la Commission d’Étude des problèmes de la vieillesse [7] [7] Grâce à une bonne enquête réalisée en 1958, mais éditée...
suite, présidée par Pierre Laroque, fondateur de la Sécurité sociale, et l’année suivante, c’est l’ancien directeur adjoint de la Sécurité sociale, Francis Netter, qui retrace l’histoire des retraites avant le XXe siècle puis, deux ans plus tard, de 1895 à 1945 [8] [8] « Les retraites en France avant le XXe siècle »,...
suite. Ces travaux, bien que proposant un premier panorama d’ensemble restent largement récapitulatifs et n’interrogent pas les liens historiquement complexes entre protection sociale et mouvements sociaux. Rares sont les historiens qui tentent à cette époque de prendre au sérieux cette problématique. En 1964, Antoine Prost souligne la forte influence que les régimes de retraites établis avant la Grande Guerre ont exercée dans quelques professions (fonctionnaires, salariés de l’État, mineurs, cheminots) sur l’évolution des mentalités et sur les conditions de vie des vieillards [9] [9] A. PROST, « Jalons pour une histoire des retraites et...
suite. En 1967, Henri Hatzfeld montre dans une thèse pionnière que « la sécurité sociale est née des initiatives du grand patronat, des aspirations ouvrières, de l’action d’une partie toujours accrue des forces syndicales et de la politique sociale des partis de gauche, sans parler du rôle grandissant de quelques grands commis de l’État » [10] [10] H. HATZFELD, Du Paupérisme à la Sécurité sociale, 1850-1940 :...
suite. S’imposant « d’étudier la mutation de la sécurité-propriété à la sécurité-droit du travail » [11] [11] Ibid. , p. 321 et 27. ...
suite, il voit une raison essentielle à la lenteur du développement de cette dernière en France au XIXe siècle dans l’« idée selon laquelle le salariat était un état transitoire dont les meilleurs travailleurs étaient destinés à sortir par l’accession à la propriété » [12] [12] Ibid. , p. 326. Cette idée est bien exprimée par...
suite. L’essor de la grande industrie, quoique tardif, anéantit cette idée, et c’est au niveau des grandes entreprises que la protection sociale prend progressivement ses formes modernes, à travers des initiatives patronales d’abord, et ensuite grâce à l’effort assez long et ardu des ouvriers pour obtenir, avec le soutien législatif de l’État, la sécuritédroit du travail. C’est ainsi que la thèse d’Esping-Andersen selon laquelle le Welfare State français serait à classer dans le modèle « corporatiste », a été devancée par ces recherches pionnières des années 1960 [13] [13] G. ESPING-ANDERSEN, Les trois mondes de l’État-providence,...
suite.
3 En contraste cependant avec les grands travaux sur l’histoire du mouvement ouvrier et syndical, ceux de Rolande Trempé, de Jacques Julliard, de Michelle Perrot et d’Yves Lequin, tous publiés dans les années 1970, ne sont ces années-là réalisées que peu de recherches historiques d’envergure sur la protection sociale. Mentionnons quelques rares exceptions, notamment la magnifique thèse de Jacques Léonard soutenue en 1976 [14] [14] J. LÉONARD,
suite
suite. A cela près, presque tout s’est passé comme si l’espoir révolutionnaire soixante-huitard et le réformisme politique du Programme commun, dans un contexte marqué par les travaux de Michel Foucault [16] [16] Notamment Surveiller et punir : naissance de la prison,...
suite, laissaient de côté le réformisme social.
4 C’est de l’État que viendra le renouveau des recherches sur la protection sociale, notamment à travers le Comité d’histoire de la Sécurité sociale, créé par arrêté interministériel du 9 mars 1973 sous la houlette d’Edgar Faure, ministre des Affaires sociales, sur la suggestion de Guy Thuillier, conseiller référendaire à la Cour des Comptes, et membre du cabinet du ministre [17] [17] P. LAROQUE, Au service de l’homme et du droit : souvenirs...
suite. Ce Comité, présidé par Pierre Laroque, tout en s’efforçant de faciliter l’accès aux archives de la protection sociale, d’une grande richesse mais dispersées et quasi inexploitées, suscite la création d’associations ou de comités régionaux et organise depuis 1978, au Congrès national des sociétés savantes, un colloque annuel consacré à l’histoire de la Sécurité sociale et de la protection sociale. Les colloques tenus successivement à Nancy (1978), Bordeaux (1979), Caen (1980), Perpignan (1981), Brest (1982), Paris (1983), Montpellier (1985), Lyon (1987), Strasbourg (1988), Paris (1989), Avignon (1990), Chambéry (1991), Clermont-Ferrand (1992), etc., témoignent d’autant d’avancées dans les recherches historiques sur la protection sociale. Quant au Comité d’histoire de la Sécurité sociale et à son support juridique et financier, l’Association pour l’étude de l’histoire de la Sécurité sociale (A.E.H.S.S.), son programme est dès la fin des années 1970 de mettre en chantier une « histoire de la Sécurité Sociale par les textes, destinée à dégager, à travers les documents les plus marquants, l’évolution générale des idées et des institutions en France de 1789 à nos jours » [18] [18] Ibid. , p. 7; COMITÉ D’HISTOIRE DE LA SÉCURITÉ...
suite.
5 Jusqu’aux années 1980, l’histoire de la protection sociale est donc largement restée une histoire institutionnelle et n’a pas su mobiliser les historiens du mouvement social. Les effets conjugués de la crise économique, de la remise en cause des systèmes de protection sociale et de la contestation de l’interventionnisme étatique vont cependant amener les historiens à réfléchir d’une part, à la genèse des dispositifs modernes de protection sociale et d’autre part, à cette transformation majeure qu’a été le passage d’une problématique de l’assistance à celle de la prévoyance volontaire [19] [19] R. CASTEL, Les métamorphoses. . . , op. cit. , p. 469. ...
suite. Un objet de recherche s’est imposé : la mutualité.
Constitution d’un champ de recherches : la mutualité
6 Durant les années 1980, deux revues spécialisées, Prévenir et La Revue de l’Économie sociale, fondées respectivement en 1979 et 1984, contribuent au redémarrage de recherches historiques sur la protection sociale avec pour thème de prédilection la mutualité. Une quinzaine d’années après sa thèse, Henri Hatzfeld « reste convaincu qu’on ne saurait faire sortir la sécurité sociale de la mutualité comme une plante de la graine qui en contient la virtualité. Les institutions créées par le patronat des grandes entreprises, qui donneront naissance à certains de nos régimes spéciaux, semblent avoir joué un rôle historiquement plus important » [20] [20] H. HATZFELD, « La difficile mutation de la sécurité-propriété...
suite. Guy Caire souligne pourtant que « la protection sociale a été pendant longtemps le fait de la mutualité qui partageait ce rôle avec la famille, les collectivités locales puis de plus en plus avec l’État » [21] [21] G. CAIRE, « Syndicalisme, Sécurité sociale, Mutualité »,...
suite. C’est ainsi que les historiens du mouvement social français devront éclaircir le rôle précis joué par la mutualité dans la création du système français de Sécurité sociale. L’enjeu n’est sans doute pas seulement historiographique, c’est toute une conception des relations sociales qui est discutée dans une situation de crise, alors que le libéralisme économique a le vent en poupe.
7 Un colloque commémorant le premier Congrès national des sociétés de secours mutuels, tenu à Lyon en septembre 1883, est organisé cent ans plus tard par la Fédération nationale des mutuelles de travailleurs et par la revue Prévenir qui a déjà consacré plusieurs numéros à l’histoire de la mutualité [22] [22] Notamment le numéro 4 en octobre 1981. ...
suite. Madeleine Rebérioux, dans la présentation du numéro spécial consacré à ce colloque, constatant que la mutualité « est en quelque sorte resté[e] sur la plage, au moins en tant qu’objet autonome », insiste : « Il est grand temps de sortir de ces incertitudes. D’autant que la crise actuelle rend plus sensibles l’importance de la protection sociale et celle de l’entraide mutuelle » [23] [23] « Autour du premier congrès des sociétés de secours...
suite. On s’intéresse de plus en plus à la spécificité française, notamment à l’éloignement entre mutualité et mouvement ouvrier et syndical à partir du Second Empire. Henri Hatzfeld, tout en admettant qu’en France « la mutualité en vient à s’implanter dans les classes moyennes », fait une suggestion fort intéressante au point de vue comparatif : « Gérer des caisses d’entraide est une pratique délicate. Dans cet apprentissage, les ouvriers anglais n’ont-ils pas été aidés par l’expérience acquise par certains d’entre eux dans les communautés religieuses telles que les paroisses méthodistes [où ils ont pu trouver des sympathisants dès le XVIIIe siècle] ? [En revanche en France] cette pratique, qui aurait demandé apprentissage et continuité, a été contrariée par l’application de la législation répressive sur les associations ouvrières » [24] [24] H. HATZFELD, « Note sur la mutualité au XIXe...
suite. Alain Cottereau, qui note un retournement complet de l’Église vis-à-vis de la prévoyance bourgeoise (elle fulminait contre celle-ci à la fin du XVIIIe siècle, mais se met à fustiger son absence chez les ouvriers dès le début du XIXe siècle), signale que « durant tout le XIXe siècle a existé un contentieux entre la logique institutionnelle des sociétés de secours mutuels et les pratiques collectives ouvrières ». Aussi schématise-t-il les deux phases suivantes du mutualisme au XIXe siècle : « Dans un premier temps, d’importantes minorités ouvrières se groupèrent en mutuelles, mais leurs sociétés n’obéissaient pas à la logique institutionnelle du secours mutuel. Dans un second temps, la logique des secours mutuels fut mieux imposée par les autorités, mais les ouvriers cessèrent d’adhérer librement aux mutuelles » [25] [25] A. COTTEREAU, « Prévoyance des uns, imprévoyance des...
suite. Ce second temps se situe sans doute à partir du Second Empire et, du point de vue ouvrier, « la domestication des mutuelles » y avait largement réussi. Olivier Faure, lui, insiste sur « un rôle révolutionnaire » de la mutualité au XIXe siècle, notamment pour la médicalisation de la société française : « les mutuelles ont permis à des quantités considérables de gens d’accéder aux formes contemporaines de soins et ont par là contribué à modifier l’exercice de la médecine, les relations médecins/malades et à créer les attitudes et les comportements qui sont les nôtres en matière de soins et de maladies » [26] [26] O. FAURE, « Le rôle de la mutualité dans l’essor des...
suite.
8 Ce colloque de 1983 inaugure des études approfondies sur l’histoire de la mutualité, éclairant ses traits caractéristiques essentiels. Dans ces conditions, c’est au tour de la Fédération nationale de la Mutualité française, pivot du mouvement mutualiste, de rompre avec une habituelle indifférence à sa propre histoire. Elle décide, au cours de son Congrès national de Lyon en juin 1985, d’« une vaste opération de recherche et de reconstitution de son patrimoine historique » [27] [27] M. DREYFUS, La mutualité : une histoire maintenant...
suite. Dès 1986 paraît ainsi le premier ouvrage de synthèse important sur le mouvement mutualiste français [28] [28] B. GIBAUD, De la Mutualité à la Sécurité sociale :...
suite. C’est encore la revue Prévenir qui consacre en 1989, année du bicentenaire de la Révolution Française, deux livraisons aux travaux de sa table ronde sur l’attitude du mouvement ouvrier face à la santé et introduit une approche comparative internationale et pluridisciplinaire [29] [29] Prévenir, 2e semestre 1989. ...
suite.
9 Les débats passionnés du début des années 1980 sur la protection sociale doivent se comprendre dans un contexte politique spécifique, même si des éléments plus conjoncturels, comme le centenaire de la mutualité, ont joué un rôle. Il faut attendre les années 1990 pour assister véritablement à l’éclosion, quoique pas encore à la pleine floraison, des recherches historiques sur la protection sociale. Elles s’opèrent avant tout dans trois directions : un élargissement aux domaines multiples de la protection sociale, un élargissement dans le temps, le XXe siècle étant pris dans son intégralité, un élargissement dans l’espace enfin, avec l’introduction de la comparaison internationale.
Nouveaux regards
10 Jusqu’aux années 1980, les historiens et sociologues français s’intéressaient surtout aux problèmes de la santé dans lesquels ils incluaient la mutualité. Ils se penchent désormais sur d’autres domaines de la protection sociale, en particulier celui des retraites. Ce qui peut paraître comme un retour aux origines, les premières recherches des années 1960 traitant déjà des retraites, se fait sur d’autres bases. Ce sont, entre autres, Bruno Dumons et Gilles Pollet qui, depuis leurs thèses de doctorat soutenues en 1990, s’y consacrent. De leur point de vue « la mise en place d’une politique sociale de retraite représente [...] un enjeu considérable puisqu’elle pose à l’origine la question centrale du rôle de l’État en matière sociale, de la nécessité ou non d’un État-providence » [30] [30] B. DUMONS, G. POLLET, « La naissance d’une politique...
suite. Sans doute la mutualité, bien qu’elle joue « un rôle révolutionnaire » dans la médicalisation de la société, ne peut-elle le tenir en matière de retraites, les vieillards mutualistes ne pouvant ni vivre, ni même survivre des pensions servies par la seule mutualité, dont le montant moyen « ne dépasse jamais les 100 francs par an » avant la Première Guerre mondiale [31] [31] A. REIMAT,
suite
suite. Christian Topalov, étudiant à l’échelle internationale le processus de mise en forme de la question du chômage, montre que « si les chômeurs relèvent en principe des nouvelles bureaucraties du placement et de l’assurance, les pauvres sont renvoyés vers une assistance rationalisée par les nouveaux professionnels du travail social et de la méthode clinique » [33] [33] C. TOPALOV, Naissance du chômeur, 1880-1910, Paris, Albin...
suite. Et c’est plus de trente ans après les premiers travaux en la matière qu’est publié un ouvrage sur l’histoire des allocations familiales en France [34] [34] J. ANCELIN, L’action sociale familiale et les caisses...
suite.
11 Dans les années 1980, les recherches de Dominique Simon sur les assurances sociales d’entre deux guerres [35] [35] « Le patronat face aux assurances sociales : 1920-1930 »,...
suite étaient exceptionnelles [36] [36] Mentionnons néanmoins les rares études sur les Assurances...
suite. Il faut attendre la décennie suivante pour qu’émergent des travaux historiques sur la protection sociale depuis la Grande Guerre. Bruno Valat publie alors un article sur le temps de la Résistance, puis un ouvrage portant sur l’après-Seconde Guerre mondiale [37] [37] « Résistance et Sécurité sociale, 1941-1944 », Revue...
suite. De surcroît, son article stimule une recherche collective sur la période de Vichy sous la direction de Philippe-Jean Hesse et Jean-Pierre Le Crom [38] [38] P. -J. HESSE et J. -P. LE CROM (dir. ), La protection sociale...
suite. Pierre Guillaume consacre à la santé deux ouvrages portant également sur le XXe siècle [39] [39] Le rôle social du médecin depuis deux siècles :...
suite. On ne doit par ailleurs point négliger la synthèse de Michel Dreyfus sur l’histoire des deux composantes, mutualiste et syndicale, du mouvement social français [40] [40] M. DREYFUS, Liberté, Égalité, Mutualité : Mutualisme...
suite. C’est encore dans les années 1990 que prennent corps des études approfondies sur la protection sociale antérieure au XIXe siècle [41] [41] J. IMBERT, La protection sociale sous la Révolution Française,...
suite.
12 Enfin, dans la lignée des recherches comparatives internationales déjà amorcées à la fin des années 1980 [42] [42] Par exemple deux articles parus dans la revue Mil neuf cent,...
suite, incluant l’étude des transferts et de la circulation des expériences nationales, François-Xavier Merrien publie en 1990 deux articles qui préconisent un comparatisme socio-historique [43] [43] « États-providences : l’empreinte des origines »,...
suite. Rainer Gregarek éclaircit notamment les relations franco-allemandes en matière de protection sociale d’avant la Première Guerre mondiale [44] [44] « Joutes franco-allemandes autour du thème de la paix...
suite. Dans la même perspective, en 1992 se tient à la Maison de la Mutualité le premier colloque international sur l’histoire comparative des sociétés de secours mutuels [45] [45] M. DREYFUS et B. GIBAUD (dir. ), Mutualités de tous les...
suite.
13 Le temps est maintenant venu, en s’appuyant sur des recherches fraîchement écloses, d’une synthèse suffisamment articulée pour mettre en relief l’histoire complète de la protection sociale en France. Il conviendrait d’éclaircir plus précisément encore le rôle joué respectivement par les mouvements mutualiste et syndical tout en distinguant de multiples domaines (entre autres, santé et retraite), dans l’édification des assurances sociales (pas seulement celles de 1928-1930), de la Sécurité sociale et de l’État social. De plus, pour envisager l’ensemble de la protection sociale, il ne faudrait pas limiter ces recherches à la garantie des revenus de remplacement en argent, les services sociaux en nature étant de plus en plus importants dans l’État social contemporain. Enfin et peut-être surtout, par souci d’égalité véritable des deux sexes, il conviendrait d’éclairer historiquement le Gender bias observable au sein de la protection sociale, dont la réalité est indiscutable [46] [46] Les recherches en la matière semblent insuffisantes en...
suite.
Notes
[ *] Université Ritsumeikan.
[ (1)] C’est un « vocabulaire dont les libéraux se servaient pour en dénoncer l’éventualité. L’expression est mal venue, à cause de sa signification négative » (F. EWALD, L’État-providence, Paris, Grasset, 1986, p. 373).
[ (2)] R. CASTEL, Les Métamorphoses de la question sociale : Une chronique du salariat, Paris, Fayard, 1995, p. 280-283; P. ROSANVALLON, La crise de l’État-providence, Paris, Le Seuil, 1981, p. 141. Robert Castel, préférant le terme d’État social qui « intervient en tant que réducteur d’insécurité » dans la logique de l’assurance, souligne que « l’expression d’“État providence” est particulièrement inadéquate en laissant entendre qu’il serait avant tout un pourvoyeur de secours dans la logique de l’assistance » (R. CAS-TEL, « Le choix de l’État social », in P. AUVERGNON (dir.), L’État à l’épreuve du social, Paris, Syllepse, 1998, p. 105).
[ (3)] Cf. B. THÉRET, « L’État-providence à l’épreuve des comparaisons internationales », ibid., p. 122.
[ (4)] C’est notamment le cas lors d’un colloque de l’O.C.D.E. organisé à Paris en 1980, intitulé The Welfare State in crisis, dont les actes ont été publiés sous le titre L’État protecteur en crise. Rapport de la Conférence sur les politiques sociales dans les années 80, Paris, O.C.D.E., 1981.
[ (5)] On peut toutefois affirmer que dans une certaine mesure « la présence des travailleurs dans les Conseils d’administration des Caisses est un des aspects de la Sécurité sociale par lequel celle-ci apparaît le plus nettement comme une conquête ouvrière » (Centre d’Étude des Relations Sociales, Sécurité sociale et conflits de classes, Paris, Les Éditions ouvrières, 1962, p. 137).
[ (6)] H. C. GALANT, Histoire politique de la Sécurité sociale française, 1945-1952, Paris, Armand Colin, 1955.
[ (7)] Grâce à une bonne enquête réalisée en 1958, mais éditée presque 40 ans plus tard, nous savons que, pour les trois quarts des assurés d’alors « la préoccupation de la retraite reste toujours plus importante que celle des remboursements [des soins médicaux] » (J.-D. REYNAUD et A. CATRICE-LOREY, Les Assurés et la Sécurité sociale : étude sur les assurés du régime général en 1958, Paris, Association pour l’étude de l’histoire de la Sécurité sociale, 1996, p. 82).
[ (8)] « Les retraites en France avant le XXe siècle », Droit Social, juin 1963 et « Les retraites en France au cours de la période 1895-1945 », Droit social, juillet-août 1965 et septembre-octobre 1965.
[ (9)] A. PROST, « Jalons pour une histoire des retraites et des retraités », Revue d’histoire moderne et contemporaine, octobre-décembre 1964.
[ (10)] H. HATZFELD, Du Paupérisme à la Sécurité sociale, 1850-1940 : essai sur les origines de la sécurité sociale en France, Paris, Armand Colin, 1971, p. 327.
[ (11)] Ibid., p. 321 et 27.
[ (12)] Ibid., p. 326. Cette idée est bien exprimée par Jean-Baptiste Ferrouillat dans son rapport présenté au nom du Comité du travail à l’Assemblée nationale le 1er février 1849 : « Ce n’est pas assez pour la République que de proclamer la liberté comme droit absolu; elle doit s’appliquer à la donner à tous comme faculté réelle. Elle doit suivre le travailleur dans toutes les phases de son existence, depuis le berceau à la tombe, le couvrir sans cesse de sa vigilante protection et le conduire peu à peu, comme par la main, à la possession du capital, à la propriété, gage réel de sa liberté, signe matériel de son émancipation » (cité par F. EWALD, L’État-providence, op. cit., p. 209).
[ (13)] G. ESPING-ANDERSEN, Les trois mondes de l’État-providence, Paris, P.U.F., 1999.
[ (14)] J. LÉONARD, 
[ (15)] C. BÉNICHOU, « Jacques Léonard : pour une histoire, globale mais désabusée, de la santé », Vingtième siècle, octobre-décembre 1993.
[ (16)] Notamment Surveiller et punir : naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975 et Histoire de la sexualité, tome I : La volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976, ainsi que les travaux des sociologues foucaldiens (dont J. DONZELOT, La police des familles, Paris, Éditions de Minuit, 1977 et P. MEYER, L’enfant et la raison d’État, Paris, Le Seuil, 1977).
[ (17)] P. LAROQUE, Au service de l’homme et du droit : souvenirs et réflexions, Paris, A.E.H.S.S., 1993, p. 317.
[ (18)] Ibid., p. 7; COMITÉ D’HISTOIRE DE LA SÉCURITÉ SOCIALE, La Sécurité sociale, son Histoire à travers les textes, tome I : 1780-1870, 1988 (1re éd.) et 1994 (2e éd.); tome II : 1870-1945, 1996; tome III : 1945-1981, 1988.
[ (19)] R. CASTEL, Les métamorphoses..., op. cit., p. 469.
[ (20)] H. HATZFELD, « La difficile mutation de la sécurité-propriété à la sécurité-droits », Prévenir, mars 1982, p. 55-56.
[ (21)] G. CAIRE, « Syndicalisme, Sécurité sociale, Mutualité », La Revue de l’Économie sociale, octobredécembre 1984, La dynamique mutualiste, p. 175. Il annonce un glissement de la problématique des historiens français : « On pressent bien que, par l’histoire, le mouvement social qui a donné naissance à la Mutualité, suscité le syndicalisme et contribué à la création de la Sécurité sociale, constitue le fil directeur qu’il nous faut découvrir » (p. 167).
[ (22)] Notamment le numéro 4 en octobre 1981.
[ (23)] « Autour du premier congrès des sociétés de secours mutuels, Lyon, 1883-1983 », Prévenir, mai 1984, p. 4.
[ (24)] H. HATZFELD, « Note sur la mutualité au XIXe siècle », ibid., p.19.
[ (25)] A. COTTEREAU, « Prévoyance des uns, imprévoyance des autres : questions sur les cultures ouvrières, face aux principes de l’assurance mutuelle, au XIXe siècle », ibid., p. 66 et 68.
[ (26)] O. FAURE, « Le rôle de la mutualité dans l’essor des soins (1850-1914) : premier aperçu », ibid., p. 69.
[ (27)] M. DREYFUS, La mutualité : une histoire maintenant accessible, Paris, Mutualité Française, 1988, p. 89.
[ (28)] B. GIBAUD, De la Mutualité à la Sécurité sociale : conflits et convergences, Paris, Les Éditions ouvrières, 1986. Il a déjà soutenu sa thèse de doctorat, Mutualité-Sécurité sociale. Le rendez-vous manqué de 1945, thèse d’économie sociale, Université du Maine, 1984.
[ (29)] Prévenir, 2e semestre 1989.
[ (30)] B. DUMONS, G. POLLET, « La naissance d’une politique sociale : les retraites en France (1900-1914) », Revue française de science politique, octobre 1991, et L’État et les retraites : genèse d’une politique, Paris, Belin, 1994.
[ (31)] A. REIMAT, 
[ (32)] D. RENARD, « Assistance et assurance dans la constitution du système de protection sociale français », Genèses, janvier 1995.
[ (33)] C. TOPALOV, Naissance du chômeur, 1880-1910, Paris, Albin Michel, 1994, p. 408.
[ (34)] J. ANCELIN, L’action sociale familiale et les caisses d’allocations familiales, un siècle d’histoire, Paris, A.E.H.S.S., 1997.
[ (35)] « Le patronat face aux assurances sociales : 1920-1930 », Le Mouvement Social, octobredécembre 1986 et « Les assurances sociales et les mutualistes », Revue d’histoire moderne et contemporaine, octobre-décembre 1987.
[ (36)] Mentionnons néanmoins les rares études sur les Assurances sociales : J. CAVIGNAC, « Le syndicalisme girondin face aux Assurances sociales, 1925-1930 », in Colloque sur l’histoire de la Sécurité sociale, Nancy, 1978; B. DUCOS, Aux origines de la Sécurité sociale. Les Assurances sociales en Haute-Garonne (1928-1936), Paris, Association pour l’étude de la Sécurité sociale, 1985; J.-C. POIRIER, « Le rôle de l’État et de l’initiative privée dans la mise en place des assurances sociales », in Colloque sur l’histoire de la Sécurité sociale, Montpellier, 1985.
[ (37)] « Résistance et Sécurité sociale, 1941-1944 », Revue historique, octobre-décembre 1994 et Histoire de la Sécurité sociale (1945-1967). L’État, l’institution et la santé, Paris, Economica, 2001.
[ (38)] P.-J. HESSE et J.-P. LE CROM (dir.), La protection sociale sous le régime de Vichy, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2001.
[ (39)] Le rôle social du médecin depuis deux siècles : 1800-1945, Paris, Association pour l’étude de la Sécurité sociale, 1996; 
[ (40)] M. DREYFUS, Liberté, Égalité, Mutualité : Mutualisme et syndicalisme 1852-1967, Paris, Les Éditions de l’Atelier, 2001.
[ (41)] J. IMBERT, La protection sociale sous la Révolution Française, Paris, 1990; C. DUPRAT, Pour l’amour de l’humanité. Le temps des philanthropes. La philanthropie parisienne des Lumières à la monarchie de Juillet, t. I, Paris, Éditions du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, 1993; Du même auteur, 
[ (42)] Par exemple deux articles parus dans la revue Mil neuf cent, no 7,1989 : A. RASMUSSEN, « Les Congrès internationaux liés aux Expositions universelles de Paris (1867-1900) » et E. LECERF, « Les Conférences internationales pour la lutte contre le chômage au début du siècle »; B. DUMONS, G. POLLET, « Les combats pour l’assurance-vieillesse en Europe au tournant du XXe siècle », Gérontologie et société, juillet 1989.
[ (43)] « États-providences : l’empreinte des origines », Revue française des affaires sociales, juillet-septembre 1990 et « État et politiques sociales : contribution à une théorie “néo-institutionnaliste” », Sociologie du travail, juillet-septembre 1990.
[ (44)] « Joutes franco-allemandes autour du thème de la paix sociale », Cahiers d’Études germaniques, 1991 et « Le face-à-face de la République française et de l’Empire allemand dans les politiques sociales : l’exemple des associations internationales au tournant du XXe siècle », Revue germanique internationale, octobre-décembre 1995. Il publie aussi « Une législation protectrice : les Congrès des assurances sociales, l’Association pour la protection légale des travailleurs et l’Association pour la lutte contre le chômage, 1889-1914 », in C. TOPALOV (dir.), Laboratoires du nouveau siècle : la nébuleuse réformatrice et ses réseaux en France, 1880-1914, Paris, Éditions de l’E.H.E.S.S., 1999.
[ (45)] M. DREYFUS et B. GIBAUD (dir.), Mutualités de tous les pays. Un passé riche d’avenir, Paris, Fédération nationale de la Mutualité française, 1995 et M. DREYFUS, « Avis de recherches », Vingtième siècle, juillet-septembre 1993, p. 91.
[ (46)] Les recherches en la matière semblent insuffisantes en France, malgré quelques études intéressantes. E. DIEBOLT, Les associations face aux institutions : les femmes dans l’action sanitaire, sociale et culturelle, 1900-1965, thèse d’État, Université Paris VII, 1993; C. BELLIARD, 
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POUR CITER CET ARTICLE
Atsushi Fukusawa « Les historiens français face à la protection sociale (1950-2000) », Le Mouvement Social 3/2002 (no 200), p. 129-137.
URL : www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2002-3-page-129.htm.
DOI : 10.3917/lms.200.0129.




