2002
Le Mouvement Social
Georges Lefebvre (1874-1959), ou une histoire sociale possible
Stéphane Buzzi
[*]
Suivre la trajectoire de Georges Lefebvre permet de comprendre la création institutionnelle et intellectuelle de l’histoire sociale en France. En effet, en s’éloignant d’une hypothèse
brutale qui ferait des « origines socio-économiques » d’un seul l’explication de la naissance de
l’histoire sociale, on se propose d’élargir le champ de l’étude biographique à celle des configurations dans lesquelles Georges Lefebvre s’est placé : participant à la création des Annales
dès 1929, défenseur d’Ernest Labrousse, il est aussi un historien reprenant un questionnement
déjà en place dès le début du XXe siècle, celui des origines sociales de la Révolution. Ses travaux
s’inscrivent dans ces perspectives, s’appuyant institutionnellement sur la Commission Jaurès,
créée pour organiser la collecte des faits économiques et sociaux. Ainsi, on peut montrer que
la naissance du paradigme majeur de l’histoire sociale française des années 1950-1960 n’est
autre que la reprise d’efforts entamés par Georges Lefebvre; l’organisation, les sources et le
projet pilote étaient siens : les étudiants de Labrousse remplaçaient les érudits locaux. Il ne
faut cependant pas ignorer, en plus de l’histoire des faits sociaux, une conception de la connaissance historique qui n’éliminait aucun « fait » historique, politique, culturel ou militaire : en cela,
Georges Lefebvre montre que la rupture avec l’histoire « positiviste » n’a pas été aussi grande
qu’on ne le croit, d’autant plus que sous sa plume, l’innovation est toujours fille de la tradition.
Observing Georges Lefebvre’s trajectory allows to understand the institutional and
intellectual founding of Social History in France. As a matter of fact, diverging from a
brutal assumption that would explain the birth of Social History by a single man’s social
and economical background, we suggest to extend the field of biographical study to that
intellectual and professional configuration in which Georges Lefebvre put himself. He
took part in the creation of the Annales as soon as 1929 and he stood up for Emest
Labrousse; he is also a historian who stated a questioning that has already been set up
as soon as the beginning of the 20th century about the social origins of the Revolution.
His work is part of these perspectives and is based institutionally on the Jaurès commission created in order to gather social and economical facts. So, it can be shown that
participating in the birth of the major paradigm of the French social history during the
1950s and 1960s is just taking again Georges Lefebvre’s efforts. The organization, the
sources and the pilot project were his. Labrousse’s students took the place of the local
scholars. One must be fully aware that besides the history of the social facts, there was
an idea of history knowledge that did not eliminate any historical, political, cultural or
military « fact ». Thus Georges Lefebvre shows that breaking with « positivist » history was
not so final and as for him, when he writes, innovation is always daughter of tradition.
Pour Ernest Labrousse, Georges Lefebvre fut, avec Bloch et Febvre, l’une des
« trois cimes de la chaîne »
[1]. Mais sous la plume de François Furet, il n’était
plus qu’un « historien étroit, imbattable pour une cote d’archives », auquel on
ne pouvait concéder « qu’un positivisme plus moderne et plus rigoureux »
[2]. Dépasser les argumentations
ad hominem, accepter de sortir des identifications simplistes
entre un nom et un homme, un homme et une époque, ou un homme et son école,
bref, sortir du piège de la constance d’un nom, permet de reconstituer une trajectoire,
en opposant à l’unicité d’un nom la multiplicité des influences, des maîtres et des
rivaux
[3]. Retracer la vie de Georges Lefebvre permet de saisir les débuts de l’histoire
sociale à une époque où les règles de ce discours ne sont pas encore écrites
[4].
Cette biographie n’est que le moyen de comprendre comment une carrière et un
projet « individuels » font valoir une configuration
[5] dans le métier d’historien et des
projets communs d’histoire sociale, tels ceux des
Annales
[6]. Pour cela, quatre
points d’observation ont été privilégiés. On se propose de discuter des rapports entre
Georges Lefebvre et les
Annales, revue d’histoire économique et sociale, momentclé d’une génération intellectuelle (I); de la genèse institutionnelle et intellectuelle de
l’histoire sociale autour de l’histoire révolutionnaire (II); de la formation initiale de
Georges Lefebvre, provinciale, et des originalités de ses thèmes d’étude (III); de ses
rapports avec Ernest Labrousse, à l’origine d’une histoire statistique et départementale, centrée sur la bourgeoisie (IV). Il s’agit de voir dans quelle mesure ce maître de
l’histoire révolutionnaire a été un premier organisateur de l’histoire sociale, avant
que ne règne le paradigme labroussien.
Naissance des Annales,
naissance de l’histoire sociale ?
A la fin de 1927, Georges Lefebvre fut élu à la chaire d’histoire contemporaine
de l’université de Strasbourg, à l’instigation des fondateurs des
Annales
[7]. Il fut
ensuite un collaborateur assez important de la nouvelle revue, avec 43 textes publiés
avant 1938
[8]. Dès lors, il paraît nécessaire de discuter de son appartenance à la
génération des
Annales – un groupe de contemporains dotés d’une formation sociale
et intellectuelle commune dans la profession historienne – pour apprécier la réalité
de « l’école » d’histoire sociale comme réponse à une crise du métier suscitée par une
pénurie de postes parisiens
[9].
L’hypothèse d’une génération des
Annales et de ses idées s’illustre assez bien
pour les fondateurs de la revue : héritiers de l’élite universitaire (réussite scolaire,
parisienne et ulmienne), d’âges proches et insérés dans des réseaux de sociabilité
similaires, sinon identiques. Georges Lefebvre, lui, est issu d’un milieu très modeste,
d’une université de province, et n’a été reçu à l’agrégation qu’à sa troisième tentative.
Il a toujours revendiqué son absence de liens avec les « milieux parisiens »
[10]. Si la
différence d’âge avec Lucien Febvre est faible (4 ans), Marc Bloch est en revanche
de 12 ans son cadet. Il faut laisser de côté l’hypothèse « générationnelle » pour expliquer la participation de Georges Lefebvre aux
Annales. Du point de vue de la carrière, il apparaît dans une situation plus difficile que celle des fondateurs de la revue :
si l’on entend par jeunesse l’âge socialement défini par des apprentissages menant
à une position de réussite, par la poursuite d’une trajectoire vers une place reconnue
légitime (la Sorbonne), alors Georges Lefebvre est un
vieux jeune, avec, quand il
arrive à Strasbourg à 55 ans, seulement cinq ans de carrière universitaire derrière
lui... à rapprocher d’un âge moyen pour le début d’une carrière universitaire, pour
les historiens, qui était de 37 ans et 5 mois en 1929
[11]. Les fondateurs des
Annales quitteront Strasbourg après plus d’une dizaine d’années. Une carrière après Strasbourg était-elle pensable pour Georges Lefebvre ?
Au-delà de l’attente commune d’un poste parisien (Georges Lefebvre est candidat à une maîtrise de conférences en Sorbonne dès 1926), il y a la proximité des
intérêts intellectuels; comme la thèse de Lucien Febvre, les
Paysans du Nord
s’appuient sur la géographie, les genres de vie, les paysages agraires; l’étude des
mentalités rapproche
La Grande Peur, les
Foules Révolutionnaire des
Rois Thaumaturges ou des travaux de Maurice Halbwachs; enfin, il y a un mépris commun
du
morbus biographicus
[12].
Si les postures intellectuelles de Marc Bloch (l’originalité) et de Lucien Febvre
(la rhétorique contestataire) sont connues, que dire de celle de Georges Lefebvre ?
A l’occasion de sa leçon inaugurale à Strasbourg
[13], il pratique un discours bien
éloigné de celui de Marc Bloch ou de Lucien Febvre puisqu’il capitalise ostensiblement les mérites de la « méthode » positiviste, au nom d’une méthode améliorée (et
non pas critiquée ou rejetée). Contraste singulier aussi, par rapport à l’histoire révolutionnaire déchirée entre Alphonse Aulard et Albert Mathiez. Tout renouvellement
critique est nié par Lefebvre qui s’inscrit dans la tradition universitaire, présentée
dans une unité un peu artificielle. Il s’agit d’affirmer la continuité de la filiation légitime, l’Université. Ainsi le marxisme est-il présenté comme « consensuel » chez les
historiens de la Révolution tel Philippe Sagnac, professeur en Sorbonne... pourtant
politiquement libéral pour qui « l’hypothèse de travail » marxiste signifie avant tout
un intérêt pour les bases matérielles de l’action politique et la pression sociale
[14].
Quant à l’innovation, elle n’apparaît pas dans le discours de Lefebvre, sinon infiltrée
dans le récit des légitimités universitaires. C’est pourtant tout autrement qu’il est
présenté, à quelques mois de distance, par Marc Bloch : « très naturellement, c’est
le problème des classes qui, avant tout, préoccupe M. Lefebvre »
[15].
Un discours public au nom de la profession coexiste donc avec une originalité,
un intérêt pour les classes qui signalent l’approche propre de l’historien, qui s’illustre
dans la revue. L’irénisme peut quant à lui se justifier par la différence qu’il marque
avec le discours d’Albert Mathiez, sa personnalité difficile et ses nombreuses querelles, tant avec Aulard, ses disciples qu’avec ses anciens collaborateurs (Vellay, Gustave
Laurent)
[16]. Le légitimisme de Lefebvre peut s’interpréter à l’aune de la faiblesse
relative des réseaux et des relais à sa disposition dans la profession
[17].
La part essentielle jouée dans les premières années des Annales est démontrable par l’inventaire chiffré des contributions. Mais l’usage des Annales par Georges
Lefebvre, parmi les autres lieux de publication possibles, doit aussi retenir l’attention,
ainsi que les jeux d’échos avec les travaux contemporains, afin de restituer la configuration intellectuelle dans laquelle se construit sa pensée.
Si l’on considère le projet des
Annales comme une promotion de l’histoire
économique et sociale, Georges Lefebvre y joue un rôle essentiel : très peu d’articles(2), certes, mais pas moins de 41 comptes rendus représentant, dans les premières
années de la revue, 39,5 % de l’ensemble des textes publiés par Georges Lefebvre
(1929-1931). On sait l’importance de ces comptes rendus critiques, sommes actualisées de la littérature concernant des problèmes historiques, philosophiques ou économiques, en particulier en langue étrangère. Ainsi Georges Lefebvre compare un
ouvrage de Pierre Benaerts à la littérature allemande que celui-ci prétend résumer
[18], ou analyse une édition des œuvres complètes d’Engels et Marx
[19], marquant ainsi une adhésion au « style » des
Annales : ouverture internationale et disciplinaire. Georges Lefebvre indiquait la priorité donnée à l’histoire économique : elle
« s’impose maintenant à l’attention [...], on compromettrait l’avenir si l’on ne marquait le progrès à faire »
[20]. L’insertion dans le projet économique et social de la
revue apparaît clairement : le premier numéro comportait déjà un compte rendu très
élogieux des
Paysans du Nord, rédigé par Marc Bloch. Celui-ci, analysant un ouvrage
d’histoire rurale, fera même de cette thèse un ouvrage de référence
[21]. Réciproquement, c’est Georges Lefebvre qui donne, dans la
Revue d’histoire moderne, un
compte rendu très favorable des
Caractères originaux de l’histoire rurale française
[22]. L’adhésion aux idées du groupe du Strasbourg se retrouve dans la participation à la
Quatrième Semaine Internationale de Synthèse en 1932 (lieu découvert par l’intermédiaire de Lucien Febvre), où il expose ses
Foules
révolutionnaires
[23]. L’amitié personnelle forte qui s’est nouée entre les trois hommes ne surprend donc pas
[24] et on ne s’étonne pas du rôle constituant que jouent
les deux articles de Georges Lefebvre dans les
Annales. L’un en 1929 présente la
spécificité de la révolution paysanne, à partir des
Paysans du Nord. C’est le premier
texte à expliciter l’apport principal de sa thèse en tant que tel
[25]. L’autre, en 1937,
est une introduction aux travaux d’Ernest Labrousse
[26].
Mais les Annales ne sont pas alors le seul espace d’expression de Georges
Lefebvre. Il faut aussi observer ses contributions régulières à des revues incarnant
mieux l’orthodoxie, la tradition de la profession dans la Revue Historique et la Revue
d’histoire moderne, 5 et 9 contributions (soit le tiers des publications de Georges
Lefebvre), entre 1929 et 1931. En étendant le champ d’observation, il paraît que le
rôle des Annales comme espace de publication décroît après 1932 (9,6 % des publications en revue, de 1932 à 1941) et devient comparable à celui de revues plus
officielles, la Revue historique ou la Revue d’histoire moderne (6,8 %). Et le fait
que Georges Lefebvre soit chargé du bulletin bibliographique de la Revue historique
pour la période de la Révolution et de l’Empire dès 1930 montre la notoriété déjà
acquise.
La déflation des contributions aux
Annales après 1932 s’explique d’abord par
la conquête des
Annales historiques de la Révolution française. Albert Mathiez
ayant été foudroyé par une attaque en plein milieu d’un cours (février 1932), Lefebvre, bien que n’ayant que de faibles attaches dans la Société d’études robespierristes,
est choisi comme le seul remplaçant possible : universitaire sans querelle envers
Mathiez, auteur d’une thèse de grande notoriété, et d’histoire
sociale – alors qu’il
était impossible d’élire le titulaire de la chaire en Sorbonne, Sagnac, choisi par
Aulard
[27]. Dès lors, Lefebvre publie essentiellement dans « sa » revue : 79,3 % de
ses contributions, soit 22,2 textes par an (!). Explique-t-on ainsi l’abandon relatif des
Annales ?
D’une part, cette évolution doit être comparée avec celle des fondateurs, puisque Marc Bloch tenait lui-même le bulletin pour la période médiévale dans la Revue
historique et dans Le Moyen Age, et que Lucien Febvre était membre fondateur du
comité de rédaction de la Revue d’histoire moderne. D’autre part, les contributions
de Lefebvre aux Annales décroissent, mais ne s’interrompent qu’en 1937. Surtout,
les Annales historiques de la Révolution française permettent d’encourager l’orientation économique et sociale qui est celle des Annales, en l’appliquant à une période
d’étude stratégique (la Révolution). Que l’éminence acquise au sein des publications
d’histoire révolutionnaire soit un lieu stratégique pour l’histoire économique et
sociale, c’est aussi une évidence. L’explication de la Révolution en termes économiques et sociaux est d’actualité dès la fin du XIXe siècle. Restait à l’institutionnaliser
dans une revue.
La légitimité d’une science « économique et sociale »
L’histoire institutionnelle de la science historique permet d’éclairer la configuration dans laquelle se placent Georges Lefebvre et ses premiers travaux, dans une
profession en évolution malgré les apparences rétrospectives d’unanimisme positiviste.
Sa thèse de doctorat, soutenue en 1924,
Les Paysans du Nord
[28], est encore
un modèle de thèse d’histoire sociale des campagnes, avec des outils nouveaux tels
le calcul d’un seuil de subsistance
[29], la reconstitution des patrimoines, la géographie des milieux et l’histoire des groupes sociaux. Dans un plan d’abord chronologique (Ancien Régime puis Révolution), les thèmes se suivent dans l’ordre devenu
depuis canonique : paysages naturels, paysages agraires, modes de vie, structures
foncières, luttes et événements. L’inspiration est sociale, mais l’expression politique
des luttes qui prennent leur source dans les inégalités constatées n’est jamais déduite
suivant l’automatisme d’une quelconque courroie de transmission. L’histoire des
« infrastructures » est simultanément celle de l’action et des transformations des
« superstructures » (administration, municipalités, sociétés politiques, villages, écoles,
etc.), sans schématisme. Les raccourcis de vocabulaire marxisants ici employés ne
le sont pas dans le texte de la thèse, ce qui montre la prudence dans l’utilisation de
« l’hypothèse de travail » marxienne. Il s’agit d’abord de pouvoir écrire du point de
vue du peuple, de ses conditions de vie, de regarder l’histoire par en bas. Aspect le
plus nouveau, la statistique permet de mesurer la répartition sociale de la propriété
foncière, problème au cœur de la thèse et qui a supposé le minutieux dépouillement
d’archives départementales et municipales (208 communes sur les 671 du département). Mais l’usage des statistiques est masqué. Il n’apparaît ouvertement que dans
des tableaux rejetés dans les annexes. Ces deux cents pages de statistiques signalent
un travail d’approche nouveau des sources, tout aussi remarquable que le souci de
saisir l’histoire à cette échelle.
La thèse de Lefebvre est jugée par d’éminents universitaires : Seignobos, Eisenmann (historien en Sorbonne), le géographe Albert Demangeon, Alphonse Aulard,
premier détenteur de la chaire d’Histoire de la Révolution, enfin l’archiviste Camille
Bloch. Le rapporteur est Philippe Sagnac, successeur d’Aulard en Sorbonne depuis
1922. Il faut dire que l’impétrant professe déjà à Henri-IV. Cette thèse est un succès
(très honorable, félicitations), même si elle n’est pas tout entière comprise. La composition du jury illustre la configuration de la profession historienne du moment. Les
réactions que la thèse suscite permettent d’entrevoir les débats en cours sur le métier
d’historien. Ainsi, le compte rendu d’Alphonse Aulard, publié dans sa revue, rallie
le consensus formel du jury (« le jury a été unanime à féliciter l’auteur de ce bon
travail »), évoquant une thèse « des plus solides et une des plus neuves qui aient été
connues à la Sorbonne »
[30]. Mais d’après Georges Lefebvre, il en fut tout autrement lors de la soutenance : Aulard n’avait « pas pris de mitaines pour me dire que
mes
Paysans du Nord étaient un bon catalogue sans omission »
[31]. De la même
façon, le compte rendu de Mathiez, bien que globalement élogieux, lui reprochait de
ne pas donner de perspective nationale et politique, ni de « synthèse » pour l’histoire
de France
[32]. En proposant une thèse à l’échelle locale, Georges Lefebvre adoptait
un point de vue que tous n’acceptent pas. Albert Demangeon est plus positif car la
thèse emprunte largement les outils de la monographie régionale de la géographie
vidalienne
[33]. Camille Bloch et Philippe Sagnac sont, quant à eux, depuis alors
trente ans partisans et praticiens d’une histoire d’abord locale, régionale. Au début
du siècle, l’un proposait des études de la répartition de la propriété dans une
paroisse
[34], tandis que l’autre, au détour d’un compte rendu de thèse s’interrogeait
ainsi : « ne valait-il pas mieux mettre en tête de l’ouvrage l’état économique, précédé
d’une description physique du pays et d’une peinture physique et morale des habitants, considérer l’économie de la Flandre comme un facteur capital, prépondérant
même, comme une cause agissante pouvant seule expliquer le développement politique et administratif de la province ? »
[35]. Géographie physique, humaine, histoire
économique, histoire politique le plan d’étude de la thèse est déjà là. Aussi l’avis du
rapporteur Sagnac est-il très positif : le candidat a su « faire œuvre d’historien »,
c’est-à-dire,
« au-delà des chiffres et des faits matériels, montrer les hommes qui
travaillent et qui souffrent »
[36]. La thèse de Lefebvre répond à l’espoir formulé un
quart de siècle auparavant. Il existe donc au sein du jury deux types de questions :
l’histoire des faits matériels et sociaux peut-elle remplacer l’histoire politique ? les
sources locales font-elles, seules, sens pour l’histoire ?
Ces questions se posaient d’autant plus qu’était apparue l’histoire contemporaine, à la fin des années 1880, au moment où les sciences sociales proprement
dites se constituaient. Les Paysans du Nord témoignent du déplacement des attentions et du questionnement des sources, en particulier quantitatif.
La génération postérieure au centenaire de la Révolution, avec la fondation de
la Société d’histoire moderne et contemporaine et de la Société d’histoire moderne,
montre son intérêt pour une histoire postérieure à 1715, en se désintéressant du
Moyen Age et de l’époque moderne. Dès le début, la section « économique et sociale »
est d’importance dans la
Revue d’histoire moderne et contemporaine. Un Jules
Flammermont, chartiste, « avait imaginé d’abandonner cette période et de transporter dans l’histoire moderne les méthodes d’érudition du Moyen Age »
[37] c’est le
premier maître de Georges Lefebvre à l’université. Abandon qui n’est pas original,
puisqu’on a pu dire aussi de Georges Bourgin et de Seignobos qu’ils « avaient l’un
et autre professé d’abord la foi médiévale pour l’abjurer ensuite au profit du modernisme »
[38]. Cet intérêt pour une période pensée autour de la Révolution se double
toujours d’un intérêt pour l’économique et le social, social parfois inspiré de Durkheim (Albert Mathiez), même si ces aspects sont presque toujours inféodés à une
vision politique. L’unité est aussi celle d’intellectuels dreyfusards dont Jean Jaurès
était un représentant des plus éminents
[39].
Mais alors à la rareté relative des documents médiévaux lointains succède l’abondance des sources administratives, fiscales et littéraires et des témoignages. Plus de
documents, donc une histoire plus positive. Le problème devient pratique : comment
collecter et critiquer autant de « faits » – faits qui n’apparaissent pas sous la forme de
textes à critiquer, et dont la méthode d’analyse ne peut être la simple diplomatique ?
C’est le questionnement de la répartition de la propriété foncière qui est exemplaire
pour comprendre au bout de quelle chaîne de travaux on peut placer les Paysans
du Nord.
En fait de méthode, Camille Bloch apportait déjà un élément de réponse, dès
1899. Interrogeant la propriété foncière au travers des registres du vingtième, dans
des paroisses du Loiret, il proposait un classement par catégorie sociale (les classes
sont celles du vingtième). Prudemment, l’historien établissait un tableau en pourcentages... bien vite retranscrit en proportions plus accessibles (1/3,1/7, etc.). Du fait
des sources
locales, Camille Bloch concluait sur l’insignifiance du résultat (pour l’Histoire de France), mais implicitement marquait la nécessité de faire reposer l’histoire
nationale sur la multiplication des études locales
[40]. L’étude démontrait aussi la
réception d’une perspective nouvelle pour l’histoire universitaire, celle d’un lien entre
répartition de la propriété foncière et Révolution, initiée par les historiens russes :
on comprend alors la présence de Camille Bloch dans le jury de soutenance d’une
thèse qui procède d’un même quantitativisme prudent.
Les historiens russes ont en effet joué un rôle séminal dans cet examen de la
répartition sociale de la propriété, problème qui se présentait pour ainsi dire de
lui-même après l’abolition du servage (1861); ils aboutissent à des tentatives d’évaluation chiffrée, à partir d’archives locales censément représentatives
[41]. Ivan Loutchisky produit des réponses statistiques : propriété paysanne avant la Révolution,
30 %; après la vente des Biens Nationaux, 53,2 % (1792)
[42]. L’incomplétude de
l’étude autant que la qualité du dépouillement sont les premiers éléments de la critique. Mais la forte contradiction que Marcel Marion lui oppose se fait sur le même
terrain méthodologique
[43]. Il est à noter que c’est Philippe Sagnac qui donne le
compte rendu des travaux de Loutchisky, très positif, dans la
Revue d’histoire
moderne et contemporaine. Il en viendra à pratiquer lui-même une histoire à base
statistique
[44].
Le succès du traitement statistique pour produire une histoire sociale de la Révolution est tel qu’il est au fondement de la Commission de recherche et de publication
des documents relatifs à la vie économique pendant la Révolution française, créée à
l’instigation de Jean Jaurès par arrêté ministériel (23 décembre 1903), et dotée d’un
budget de 60 000 francs-or
[45]. Il s’agissait de produire une « vaste synthèse, [de]
retracer l’état de la France en 1789, non seulement [par] quelques vagues documents
épinglés en quelque sorte au hasard, [...] mais d’après un ensemble considérable de
faits bien établis et bien interprétés ». Avant tout, il faudrait « que nous ayons, pour
chaque département, un tableau statistique de la vente des biens nationaux pour
pouvoir faire la ventilation entre les diverses classes, déterminer avec exactitude s’il
y a eu morcellement ou simplement transfert en bloc d’une classe à l’autre »
[46].
L’auteur de l’
Histoire socialiste de la Révolution est aussi lecteur de Loutchisky,
qui se plaint de n’avoir que « des études résumées » pour un petit nombre de régions.
Systématiser des études comparables à celle de Loutchisky est l’un des buts premiers
de la Commission, en regroupant les érudits locaux dans des comités départementaux, afin de faire émerger les meilleurs travaux par la publication et la présentation
devant une assemblée annuelle et parisienne
[47].
Il fallait imposer pour cela une organisation aux érudits locaux qui prend la
forme d’instructions par lesquelles la « sous-commission » (qui est l’organe moteur de
la commission Jaurès) prétend encadrer leurs travaux, y compris au sens propre. Les
instructions proposent des tableaux où les érudits doivent décrire les documents, leur
état de conservation, leur authenticité, leur cote, leur date. C’est marquer le professionnalisme des universitaires par rapport aux érudits
amateurs locaux, explicitement relégués à la préparation de la synthèse historique. Périodisations, thèmes de
recherche, questionnements sont définis
a priori par les instructions, qui révèlent
davantage les débats internes aux professionnels que la réalité des publications à
venir
[48]. Ainsi, pour les méthodes statistiques, Pierre Caron met en garde : « Si
précieux qu’ils soient, ces graphiques, ces tableaux de totaux et de moyennes sont-ils
indispensables ? Il est évident qu’on dépense à les établir beaucoup de temps et de
peine [...]. Présentée sous cette forme synthétique, l’erreur serait plus dangereuse
parce qu’elle aurait plus de chance de s’établir »
[49]. C’est dire que les statistiques,
utilisées sans arrière-plan théorique ou mathématique, posent problème (échantillon,
représentativité sont
terra incognita). Plus généralement, les instructions rejettent
les idées de Simiand mais approuvent Loutchisky : preuves de l’empirisme du métier.
Si elle fournit un état des lieux méthodologique et problématique de l’histoire
révolutionnaire, la commission Jaurès est surtout le lieu institutionnel où Georges
Lefebvre se produit comme historien. Le début de ses recherches d’histoire rurale
dans le Nord coïncide avec son entrée au comité départemental du Nord de la commission (1907). Le cadre départemental de ses thèses (principale et complémentaire),
l’influence de Loutchisky, l’outil statistique le rattachent au programme initial formulé
par Jaurès et expriment la volonté de voir l’histoire par les yeux du peuple. Les deux
articles, complémentaires, de Georges Lefebvre en 1928 dans la
Revue d’histoire
moderne fournissent une synthèse sur la propriété foncière, bien plus qu’un exposé
de sa thèse (la révolution paysanne). L’insistance sur la continuité envers ses prédécesseurs en est un des traits principaux. Les mérites des études de Marcel Marion et
d’Ivan Loutchisky sont vantés dans les mêmes termes : l’un a « mis fin aux vaines
polémiques et tracé le plan général du travail à entreprendre »
[50], l’autre a eu « le
mérite de déblayer le terrain des affirmations gratuites et contradictoires »
[51]; ils
ont « posé les questions et indiqué les sources »
[52], par exemple « les rôles d’imposition »
[53]. Malheureusement, les publications de la commission Jaurès ont été
décevantes en se bornant « à reproduire des actes de vente ». « Que nous manquait-il
à ce moment-là ? Un guide pratique, un exemple vivant qui nous éclairât sur les
difficultés et les moyens de les surmonter »
[54]. L’histoire sociale manque d’une
méthode menée au terme d’une étude complète. Complète, c’est-à-dire qui évite
l’écueil rencontré par Marcel Marion qui « procède par échantillon sans pouvoir
s’appuyer sur une statistique » et « doit se borner à des sondages ». Car « individuellement, les documents sont d’un intérêt médiocre; ce qui compte, c’est le résultat
d’ensemble »
[55]. Georges Lefebvre attribue à Ivan Loutchisky le mérite d’avoir compris « que la question pouvait être éclaircie par une évaluation quantitative », « par
des pourcentages approximatifs »
[56].
Georges Lefebvre en vient alors à présenter les résultats de sa thèse (n’est-ce
pas là un « exemple vivant » ?), pour esquisser un tableau régional de la propriété
foncière d’après les études existantes, mettant au second plan l’opposition, la contradiction entre les résultats de Marion et de Loutchisky. En soulignant la diversité régionale, il rend logique la continuité dans laquelle il s’inscrit : utiliser la méthode quantitative de Loutchisky, répondre au « regret » de Marion « de ne pouvoir donner
d’indications quantitatives générales »
[57], réaliser le programme esquissé par tous
deux. Comme à Strasbourg, l’innovation, l’invitation à de nouveaux travaux se placent toujours dans la tradition savante : l’article indique la démographie, illustrée par
les travaux de Camille Bloch dans le Loiret et de Messance : « Ce peut être la clé de
la plupart des problèmes [...], au moins dénombrer les naissances et les décès dans
les actes de catholicité »
[58]. La méthode s’applique à une source déterminée, et
passe par un dépouillement systématique : c’est une histoire différente de l’histoire
politique et nationale. Mais il s’agit encore d’écrire une histoire positive (documentée). L’effort d’autoprésentation de l’historien va à l’opposé d’une rhétorique de la
rupture : en citant Messance, il le rappelait.
Les articles de 1928 apportent une profondeur nouvelle à la lecture historique
dans ses niveaux économiques et sociaux, grâce à l’accumulation des dépouillements
à l’échelle communale et départementale. Ces questions devenues banales connaissent enfin des réponses mieux charpentées, avec sa thèse, et ses efforts titanesques
de dépouillement et de compilation statistique. Son travail fait partie des rares succès
de la commission Jaurès qui espérait organiser une recherche collective en mobilisant
les érudits locaux : il était allé au-delà du catalogue, sans pour autant établir une
synthèse historique au sens classique.
La synthèse était attachée à l’exigence d’une histoire sérieuse, politique et nationale. Mais l’ambition de l’« économique et social » à laquelle les
Paysans du Nord,
et plus tard, des œuvres comme la
Grande Peur ou les
Foules Révolutionnaires
répondent, c’est celle d’une histoire écrite au ras du sol, du point de vue du peuple :
comme disait Sagnac en 1900, « on ne doit pas seulement considérer l’augmentation
des produits [les nombres] mais aussi le bien-être des classes rurales les plus déshéritées. L’agronomie n’est pas tout; il y a aussi les petits cultivateurs »
[59]. On est ici
proche de Jaurès, partisan d’une histoire vue par les yeux du peuple
[60].
Peut-on dire que cette perspective découle des origines modestes de Georges
Lefebvre ? Ses coordonnées socio-économiques ont-elles réellement décidé de
l’orientation de son œuvre historique
[61] ? Pour mesurer ce rôle, nous allons remettre la biographie à l’endroit.
Georges Lefebvre, paysan du Nord ?
Déterminismes du milieu lillois
La trajectoire au terme de laquelle Georges Lefebvre devient un grand historien
n’est pas une ligne droite. Si les origines modestes expliquent en partie la lenteur de
sa carrière, le « poids » des origines populaires est à nuancer sérieusement, à l’aune
de nombreux accidents de parcours.
On ne s’étonne pas de voir en Georges Lefebvre un produit de la méritocratie
républicaine : petit-fils de cardeur flamand, fils d’un employé comptable d’une firme
textile lilloise, il réussit le baccalauréat spécial comme boursier. Georges Lefebvre
s’est ensuite plu à souligner les avantages que l’enseignement spécial lui a procurés
pour ses travaux d’historien : langues vivantes, mathématiques (statistiques ?), droit
et économie. Puis en un an le baccalauréat classique, avec des rudiments nécessaires
de grec et de latin, mais pas assez pour pouvoir « songer à l’École Normale [Supérieure] »
[62]. Toujours boursier, il est à l’Université de Lille à partir de 1892. Agrégatif en 1897, admissible en 1898, il est admis au huitième rang en 1899.
Le caractère original de cette réussite scolaire pour un fils d’employé, petit-fils
de paysan, est cependant à relativiser. Un oncle maternel est directeur de lycée, ce
qui nuance certainement la modestie de ses origines, intellectuelles en tout cas. La
réussite comparable de son jeune frère Théodore (professeur de géographie à l’université de Poitiers) rappelle que la réussite scolaire n’apparaît pas au milieu de nulle
part, et rarement loin de tout héritage culturel. D’autre part, l’historien est un historien par défaut : n’ayant pas obtenu de bourse pour la préparation à Saint-Cyr, il
s’oriente vers la faculté des Lettres (et l’histoire) où une bourse lui est accordée. Là,
ses sujets d’étude sont bien loin de la Révolution et du peuple paysan : son premier
travail remarquable est une traduction de la
Constitutional history of England, de
Willliam Stubbs; sa première publication appartient à l’histoire positive, c’est une
« nouvelle relation du siège de Lille en 1667 »
[63], qui reproduit avec l’appareil
critique le document lui-même. L’arrivée de Philippe Sagnac à Lille, en remplacement de Jules Flammermont (décédé en 1898), au moment où Lefebvre est reçu à
l’agrégation, est trop tardive pour en faire un maître (Lefebvre n’a évoqué que des
entretiens avec Sagnac, non une direction)
[64].
L’univers de Georges Lefebvre est d’abord celui d’un professeur qui s’adonne
à l’érudition historique et locale, ainsi que le montre une première contribution à un
congrès d’érudits à Dunkerque (juillet 1907). Mais revenu en poste en Flandre (1903),
il a lu l’histoire de Jaurès et rencontré Sagnac
[65]. Quant à la
Revue du Nord, qui
publie les premiers travaux de Lefebvre et l’ensemble des historiens professionnels
(archivistes et universitaires) présents à Lille au début du siècle dernier, on retrouve
à sa tête un groupe dirigeant la
Revue d’histoire moderne et contemporaine, par
ailleurs auteurs de l’
Histoire de France de Lavisse
[66] : Alexandre de Saint-Léger,
Charles Petit-Dutaillis, Philippe Sagnac, Pierre Caron
[67]. Ils sont tous également
auteurs d’instructions pour la commission Jaurès, intéressés par les aspects économiques et sociaux. Perspectives économiques et sociales qui étaient d’autant plus
« naturelles » pour Lefebvre qu’il était un adhérent de la première heure de la S.F.I.O.
(1905).
C’est dans ce milieu lillois que Georges Lefebvre est progressivement reconnu
comme historien : premiers comptes rendus dans la
Revue du Nord (1910, à
36 ans), puis publication par la commission Jaurès de sa thèse complémentaire, objet
d’une communication au sein de l’Assemblée générale de la commission Jaurès
[68].
Ce sont les
Documents relatifs à l’histoire des subsistances dans le district de
Bergues. Sources, méthodes, histoire
[69] : le titre rappelle à la fois la méthode
critique, les dénominations légitimes (les subsistances) et le découpage géographique
de la commission. C’est enfin la reconnaissance devant une scène nationale et parisienne de ses mérites : le « meilleur travail sur le Maximum » pour Albert Mathiez.
On remarque le retard déjà pris par rapport aux universitaires « moyens » : Georges
Lefebvre avait 40 ans en 1913, tandis qu’Albert Mathiez avait soutenu sa thèse principale à 30 ans (en 1904) et Lucien Febvre à 33 ans (en 1911).
Ce « retard » est accentué par la guerre, qui empêche la publication de la thèse
principale. La paix revenue, Georges Lefebvre retrouve ses notes à Lille, mais
l’absence de l’aide financière de la commission, moribonde, l’oblige à attendre les
droits d’auteur de la traduction de Stubbs pour une publication qui se fait après avoir
largement expurgé le texte. Ce n’est qu’alors qu’il peut soutenir une thèse qui est à
la confluence d’un itinéraire atypique, de l’histoire économique et sociale et de l’utilisation des sources locales (l’échelle départementale, la synthèse par la statistique),
se situant à l’aboutissement de débats entamés dès le tournant du siècle, institutionnalisés par la commission Jaurès.
Cette institution qui a connu un échec, dans son incapacité à utiliser les « érudits », a néanmoins été le cadre qui permet à Lefebvre de trouver un espace d’expression nationale, et de se hisser de la position d’érudit à celle d’historien. Mais la
réponse que propose Georges Lefebvre n’est pas acceptée par tous, on l’a vu. Georges Lefebvre savait lui-même avoir « longtemps [...] prêché dans le désert »
[70]. La
construction, l’unité originale ne sont pas saisies. C’est pourquoi les publications
jusqu’aux
Annales sont des articles qui répondent à des questions déjà posées et
utilisent des grilles de réflexion préexistantes. L’exposition pleine et entière de la
thématique de la « révolution paysanne » ne vient que lors du premier article publié
dans les
Annales, cinq ans après la soutenance de la thèse : la nouvelle revue apporte
bien un regard nouveau sur l’histoire sociale.
C’est pour aller au-delà du « catalogue » local que Georges Lefebvre a écrit la
Grande Peur, construction d’histoire sociale nationale à partir de l’interrogation des
faits locaux : il voulait « prouver qu’il était capable d’écrire un livre comme celui-ci »
[71]. Les origines sociales de Lefebvre, son appartenance socialiste, son admiration pour Jaurès (sans vraie rencontre) rejoignent une histoire « vue par » le peuple.
Mais le lieu de sa formation et de son information le rattache directement à l’école
méthodique et à ses jeunes maîtres parmi les plus en vue (Flammermont, Sagnac),
qui justement voulaient une histoire sociale, par nécessité régionale, utilisant la géographie, l’économie, et qui saurait s’intéresser au peuple. Et la commission Jaurès
a été une voie de communication et de reconnaissance plus rapide que la collaboration à une revue provinciale.
Couronné du titre de docteur, Georges Lefebvre est rapidement élu à l’université de Clermont (1924). L’échec en Sorbonne (1926), face à Raymond Guyot, et
la présence d’Albert Mathiez (qui y occupe une suppléance à partir de 1929) semblaient lui barrer toute ambition parisienne. On comprend pourquoi la mort de
Mathiez est un événement important : non seulement c’est l’acquisition des
Annales
historiques de la Révolution française mais aussi l’élimination du principal rival
objectif, auquel il se substitue dans une revue non sans importance, où il reprend la
défense du consensus universitaire, reléguant les querelles internes au second
plan
[72]. A partir de 1932, Georges Lefebvre peut ainsi orienter plus directement
l’histoire de la Révolution dans un sens plus « économique et social » : si Mathiez a
introduit la classe dans la Révolution sans l’étudier, Lefebvre, lui, l’étudie directement
[73], en organisant des recherches collectives sans précédent. Ce qui apparaît
aujourd’hui comme un legs des
Annales des années 1930 connaît ses véritables
essais significatifs autour du cent cinquantenaire de la Révolution, vrai début de la
recherche collective, sous la conduite de Georges Lefebvre. Que le même historien
ait aussi été celui qui a permis la reconnaissance de Labrousse n’est pas fortuit.
L’histoire sociale de la Révolution :
y a-t-il un « cas Labrousse » ?
Prendre la reconnaissance de Labrousse, en 1937, par le monde des historiens
pour un malentendu
[74], c’est méconnaître le tournant plus général de la profession,
dans l’usage de la statistique. L’adoption des travaux labroussiens s’inscrit dans les
projets plus généraux de recherches collectives initiés par Lefebvre
[75].
Pour comprendre ce rôle moteur, il faut expliquer la réussite de la carrière de
Georges Lefebvre, qui lui permet de faire valoir son adhésion aux méthodes labroussiennes. De nouveau son parcours n’est pas sans avoir eu sa part d’inattendu : élu
maître de conférences à la Sorbonne après le décès de Raymond Guyot
[76] (12 mars
1935), il est très rapidement élu à la chaire d’Histoire de la Révolution (7 mai 1937)...
grâce au véritable
deus ex machina qu’a été le décret de septembre 1936 fixant la
retraite universitaire à 70 ans : Philippe Sagnac devait ainsi quitter l’université avant
mai 1938
[77]. Nouvelle accélération providentielle de la carrière de Georges Lefebvre. Là encore, on peut mettre en doute le rôle des
Annales comme instrument de
conquête. Et les liens noués à Strasbourg persistent, comme en témoigne Jean-René
Suratteau dont le mémoire principal de diplôme d’études supérieures fut écrit sous
la direction de Marc Bloch, tandis que le mémoire annexe le fut sous celle de Lefebvre
[78].
Désormais, la promotion de l’innovation se fait de concert avec Marc Bloch,
mais dans une prudence réelle, puisqu’elle ne se fait ouvertement qu’une fois Lefebvre installé en Sorbonne. C’est ainsi que sa présentation de la thèse d’Ernest
Labrousse
[79] à la Société d’histoire moderne et contemporaine (1936-1937)
n’intervient que trois ans après sa publication (1933). Cette thèse n’est pas la seule
à utiliser pareillement chiffres, graphiques, et à se réclamer de François Simiand.
Pourquoi le succès des méthodes inspirées de Simiand n’est-il venu qu’en 1936 ?
L’échec que Robert Schnerb avait connu lors de sa soutenance en 1933 aide
à le comprendre. Élève de Mathiez, il cite abondamment Simiand mais aussi Aulard.
Son article de 1934, dans les
Annales historiques de la Révolution française, sur
la disparition du papier-monnaie pendant le Directoire comporte un graphique des
prix nominaux des grains (sur une feuille de papier glacé spécialement insérée : marquons l’effort éditorial) et trois pages de tableaux, discutant des mercuriales comme
moyen nouveau de preuve dans l’histoire économique et sociale
[80]. Et Robert
Schnerb, dans sa thèse, à l’instar des
Paysans..., rejetait graphiques et tableaux en
annexe.
La publication de cet article utilisant mercuriales, statistiques et se référant à
François Simiand témoigne de la part de Georges Lefebvre d’une attitude qui va
au-delà de la neutralité, par rapport au consensus historien. Cependant la prudence
doctorale restait de mise : lors de la soutenance de la thèse de Robert Schnerb
(1933)
[81] devant les violentes attaques de Marcel Marion, président du jury, Georges Lefebvre ne fut que d’un secours muet
[82]. Son attitude est totalement différente
en 1936-1937, tant lors de réunions de la Société d’histoire moderne et contemporaine que dans les revues. Assuré de la chaire en Sorbonne, Georges Lefebvre
joue de tout son poids institutionnel en publiant un article de sa plume dans les
Annales historiques de la Révolution française, et une version légèrement résumée
de cet article dans les
Annales, pour défendre l’
Esquisse..., précédant un texte
d’Ernest Labrousse résumant sa thèse, illustré par des graphiques sur papier
glacé
[83]. Lefebvre présente l’innovation avec la rhétorique nécessaire à l’acceptation d’une référence à Simiand.
Cette prudence, cet irénisme rhétorique expliquent aussi pourquoi c’est Georges Lefebvre, et non Marc Bloch, qui se charge de la présentation à la Société
d’histoire moderne et contemporaine. Sa diplomatie va même jusqu’à conclure sur
les espoirs placés dans l’enquête sur les prix, dirigée par Henri Hauser... après avoir
commencé par une « explication » des travaux de Simiand ! Simiand et Hauser
s’étaient pourtant affrontés dans la querelle de 1903 : François Simiand s’en était
pris à Henri Hauser comme mauvais exemple de l’historien « positiviste ». Dans les
années 1930, Hauser continuait à vouloir étudier le concret des prix (des exemples
de prix « vrais », tels qu’ils peuvent apparaître dans les comptabilités privées), s’opposant à Marc Bloch (partisan d’une histoire sérielle inspirée de Simiand) : en 1932,
lors d’une réunion du comité pour l’histoire internationale des prix, Ernest Labrousse
avait déjà présenté une étude de mercuriales, mais Henri Hauser avait fortement mis
en doute la valeur de ses méthodes
[84].
C’est dire que la présentation et les précautions oratoires de Georges Lefebvre
n’étaient pas vaines. Il n’empêche : l’article de Labrousse s’appuie sur deux pleines
pages de graphiques, des mercuriales, aussi bien que sur un travail plus classique sur
ses sources
[85]. Le ton de cet article se rapproche de l’irénisme et de la démarche
générale de Georges Lefebvre, et sait marquer ses distances envers les audaces critiques de François Simiand.
Pour Labrousse, le retour aux sources s’impose comme un acte de foi historiographique jamais désavoué. Loin de relever d’une simple rhétorique, [...] l’établissement critique de la source coïncide avec l’établissement du statut historique d’une documentation massive et élargie
[86].
Les études de mercuriales s’insèrent dans un projet global de recherches collectives, aux intérêts plus divers. Placé à des sommets institutionnels, Lefebvre établit
de véritables structures de recherche : création de l’Institut historique de la Révolution
française, obtention de crédits pour des vacations confiées à des étudiants chargés
de dépouillements normalisés. Depuis 1930, la commission Jaurès avait connu un
changement remarquable dans sa composition et son organisation. Aux membres
présents depuis la création s’est ajoutée une constellation de professeurs divers, dont
Henri Hauser, François Simiand ou Marc Bloch. Son activité n’était plus la publication de sources mais de thèses : ainsi celles de Marc Bouloiseau et de Robert
Schnerb
[87]. Les déceptions causées par des érudits qui ne savaient pas « travailler »
[88], malgré les instructions, ont fait préférer l’étudiant. Tenant la chaire en
Sorbonne, Georges Lefebvre prend place au sein de la commission Jaurès comme
son naturel dirigeant (vice-président, 1938), après avoir participé à ses débats de
façon très épisodique jusqu’en 1935, sinon au sein du comité départemental du
Bas-Rhin
[89].
Or le cent cinquantenaire de la Révolution est l’occasion pour Lefebvre d’orienter les crédits, de redéfinir l’ambition des recherches collectives de la commission
Jaurès, alors que les enjeux idéologiques (et, partant, les moyens) face aux célébrations totalitaires (fascistes et nazies) ne sont pas absents
[90]. La quantification devient
centrale : « il faut compter ». L’histoire pourra « s’attribuer un caractère propre au
sein de l’érudition si elle s’incorpore les procédés de la statistique [par] la constitution
et de l’étude de séries continues qui permettent le calcul des indices et l’établissement
de courbes »
[91]. Ainsi, parmi les communications publiées, l’importance donnée
aux méthodes sérielles est visible avec quatre études des mercuriales (la moitié du
second tome). Les enquêtes lancées couvrent de nombreux domaines, suivant le
découpage canonique des instructions d’avant 1914. L’étude des « classes » figure
en bonne place dans le programme de recherches qu’est la « circulaire » de Georges
Lefebvre de 1939
[92]. Dans une lettre adressée au C.N.R.S. pour obtenir des crédits, Lefebvre affirmait que « le champ de recherche est bien défini et l’attribution
précise »
[93] : il s’agit d’une recherche professionnalisée. Cependant la défaite de
1940 enterre ces projets, malgré quelques crédits pour des vacations
[94]. Le S.T.O.,
la déportation ou la résistance enlèvent à Lefebvre ses derniers étudiants chercheurs.
De nouveau la guerre brise les perspectives de l’historien et en 1946, il est mis à la
retraite de l’enseignement supérieur. Il demeure néanmoins le dirigeant de l’Institut
d’histoire de la Révolution française et de la commission Jaurès. Il professe à la
VI
e section des Hautes Études et participe à la création du Centre de Recherches
Historiques de Lucien Febvre, où il supervise en particulier l’édition de sources
(Œuvres de Robespierre) ainsi que des dépouillements systématiques sous forme de
fiches types
[95]. Cependant le choix d’Ernest Labrousse de succéder à Marc Bloch
plutôt qu’à Georges Lefebvre fut une déception
[96]. Lefebvre avait fortement encouragé la réalisation de
La crise de l’économie française à la fin de l’Ancien Régime
et au début de la Révolution
[97].
Ce n’est qu’après le Congrès International des Sciences Historiques de Rome
de 1955 que les enquêtes d’histoire sociale reprennent à une échelle comparable à
celle de 1939. Labrousse répète simplement les questions de Lefebvre : « définir le
bourgeois ? nous ne serions pas d’accord »
[98] fait écho à Lefebvre qui, en 1939,
ne voulait pas « donner [...] une définition synthétique de la bourgeoisie »
[99].
Labrousse ne fait qu’expliciter le projet de 1939, avec une priorité accordée aux
sources, dont le dépouillement reste préalable à la définition des classes elles-mêmes.
Cette priorité rappelle bien Georges Lefebvre, qui affirmait lors du Congrès de Paris
(1950) qu’il n’y avait « pas d’histoire sans érudition ». L’histoire sociale a sa place
dans « l’interaction de multiples facteurs [...] entre l’histoire politique et l’histoire des
idées [en étant] fondée en partie sur des recensements statistiques et [...] attend aussi
ses équipes de recherche »
[100]. Les débuts du programme labroussien se placent
sous la patronage de Georges Lefebvre : les recherches qu’il mène à ce moment-là
(
Les Études Orléanaises, qui seront publiées à titre posthume) devaient être le
modèle des études à venir et c’est lui qui dirige les débats lors du colloque sur les
structures sociales de 1957
[101]. A la fin des années 1950, le nom de Georges
Lefebvre paraît s’identifier à l’histoire sociale, comme en témoigne le fait qu’un
ensemble de comptes rendus d’études variées d’histoire sociale, publié dans les
Annales en 1957, peut s’intituler « L’œuvre de Georges Lefebvre »
[102].
Ainsi la vie d’historien de Georges Lefebvre permet-elle de comprendre comment la pratique « positiviste » débouche sur l’histoire sociale, avec un goût d’inachevé, dans la difficulté rencontrée à trouver des instruments de classification aussi
satisfaisants pour l’étude de la population d’Orléans que l’avait été le seuil de subsistance dans les
Paysans du Nord. Étudier la trajectoire de Georges Lefebvre place
l’historiographie dans un temps plus long que le mythe originel des
Annales, en
remontant à la première époque de la commission Jaurès. Voir dans l’œuvre de
Georges Lefebvre le reflet du « peuple », c’est ignorer que les institutions, elles aussi,
pensent
[103], et ignorer également une vie riche en accidents. Il revient bien à
Georges Lefebvre d’avoir pratiqué, étendu et généralisé l’histoire sociale par des
méthodes statistiques, largement empiriques : le moment essentiel est 1939, que les
« Voies nouvelles... » d’Ernest Labrousse répètent. De ce point de vue la convergence
avec Marc Bloch est certaine. L’œuvre de Georges Lefebvre, exceptionnelle par le
courage déployé face aux différents « retards » que sa carrière professorale a connus,
et face à la masse considérable des sources neuves, est sans doute celle qui a annoncé
et préparé le mieux des recherches collectives, embryonnaires jusqu’aux efforts de
1936-1940. Que cette pratique de la recherche « à deux étages »
[104] (avec d’une
part des étudiants qui dépouillent et d’autre part des « maîtres en histoire », en charge
de la synthèse) ne corresponde pas à l’histoire-problème si souvent évoquée par
Lucien Febvre relève de l’évidence. Dès 1950, Jean Meuvret le constatait
[105]. S’il
fallait bien d’abord compter, comme il aimait à le répéter, compter et organiser les
recherches ne suffisaient pas pour construire un récit historique total et restituer
pleinement les phénomènes sociaux. « Le meurtre du comte de Dampierre »
[106],
publié peu après la « circulaire » de 1939, et
La Grande Peur, tellement plus
« actuels »
[107], témoignent des limites de toute identification de l’historien avec un
« paradigme » kuhnien.
[*]
Professeur agrégé d’histoire, doctorant à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales.
Il faut signaler les rôles actifs de Paul-André Rosental (E.H.E.S.S.-I.N.E.D.) qui a orienté cette recherche
et a suivi les nombreux avatars du texte, et d’Olivier Dumoulin (Rouen-G.R.H.I.S.) qui a été un critique
attentif et dont la thèse a été plus qu’utile. Je dois également faire part de ma gratitude à Claude Mazauric
et à Daniel Roche, dont la bienveillance a en partie permis de pallier les lacunes de mon information; à
Maria-Novella Borghetti pour ses remarques et le complément apporté par sa thèse sur Ernest Labrousse;
à Bruno Bertheuil (Rouen), Pierre Goubert, Madeleine Rebérioux qui ont également prêté main forte à
mes investigations; à Catherine Duprat qui m’a permis d’accéder au fonds de la bibliothèque de l’I.H.R.F.
Enfin, je remercie O. Sauvage pour sa relecture.
[(1)]
E. LABROUSSE, « Georges Lefebvre »,
Annales E.S.C., 1960, p. 1.
[(2)]
F. FURET, « Histoire universitaire de la Révolution », in F. FURET, M. OZOUF (dir.),
Dictionnaire critique de la Révolution française, Paris, 1998, p. 995 et suiv.
[(3)]
P. BOURDIEU, « L’illusion biographique »,
Actes de la recherche en sciences sociales, 1982,
p. 69-72.
[(4)]
L. MUCCHIELLI, « Aux origines de la « Nouvelle Histoire » en France : l’évolution intellectuelle et la
formation du champ des sciences sociales (1880-1930) »,
Revue de Synthèse, janvier-mars 1995.
[(5)]
N. ELIAS,
La Société des individus, Paris, Fayard, 1991, p. 55-56.
La Société de cour, Paris,
Flammarion, 1985, p. 152-153.
[(6)]
M.-C. LAVAL,
L’historien et le peuple, l’exemple de Georges Lefebvre, thèse d’État de droit,
Université de Dijon, 1978, au contraire articule individu, origines sociales et références aux textes (Michelet, Jaurès).
[(7)]
G. CANDAR, J. PLUET-DESPATIN (dir.),
De la Revue de Synthèse aux Annales. Lettres à Henri Berr
(1911-1954), Paris, Fayard, 1997, p. 299.
[(8)]
Ce calcul n’inclut que les textes publiés en revue, recensés in J. FRIGUGLIETTI,
Bibliographie de
Georges Lefebvre, Paris, Société des études robespierristes, 1972.
[(9)]
O. DUMOULIN,
Profession « historien », un « métier » en crise ? (1919-1939), thèse de doctorat de
3
e cycle, E.H.E.S.S., 1983.
[(10)]
G. LEFEBVRE,
« Pro Domo »,
Annales historiques de la Révolution française, 1946, p. 188.
[(11)]
O. DUMOULIN,
Profession...,
op. cit., p. 54.
[(13)]
G. LEFEBVRE, « Les historiens de la Révolution française. Leçon d’ouverture d’un cours public sur
l’histoire de la Révolution »,
Bulletin de la Faculté des lettres de Strasbourg, t. VIII, 1929, p. 43-50 et
t. IX, 1930, p. 96-102.
[(14)]
P. SAGNAC,
La Législation civile pendant la Révolution, thèse d’État, Université de Paris, 1898.
[(15)]
M. BLOCH,
Annales H.E.S., t. I, 1929, cité in E. LABROUSSE, « Georges Lefebvre »,
art. cit., p. 1.
[(16)]
J. FRIGUGLIETTI,
Albert Mathiez : historien révolutionnaire, 1874-1932, Paris, Société des études robespierristes, 1974, p. 83 et suiv.
[(17)]
R. HOGGART,
La culture du pauvre, Paris, Éditions de Minuit, 1970, p. 345-362.
[(18)]
G. LEFEBVRE, « L’histoire économique au service de l’histoire politique : à propos des origines de
la grande industrie allemande »,
Annales H.E.S., t. V, 1933, p. 591-594.
[(19)]
G. LEFEBVRE, « Œuvres complètes de Karl Max, Œuvres complètes de Fr. Engels »,
Annales
H.E.S., t. V, 1933, p. 527-528.
[(20)]
G. LEFEBVRE, « L’histoire économique... »,
art. cit.
[(21)]
M. BLOCH, [sur R.H. Andrews,
Les paysans des Mauges au XVIIIe siècle, Tours, 1935],
Annales
H.E.S., 1935.
[(22)]
« Les caractères originaux de l’histoire rurale de la France »,
Revue d’histoire moderne, t. VII,
1932, p. 61-76.
[(23)]
G. LEFEBVRE, « Les foules révolutionnaires », in
Quatrième Semaine Internationale de Synthèse.
La Foule, Paris, 1934, et
Annales historiques de la Révolution française, 1934, p. 79-107.
[(24)]
J. GODECHOT,
Un jury pour la Révolution, Paris, Robert Laffont, 1974, p. 311. G. LEFEBVRE,
« Marc Bloch et Strasbourg. Souvenirs d’une grande histoire », in
Mémorial de la faculté des lettres de
Strasbourg (1939-1945), Strasbourg,
Annales historiques de la Révolution françase, 1945, p. 405.
[(25)]
G. LEFEBVRE, « La place de la Révolution dans l’histoire agraire de la France »,
Annales H.E.S.,
t. I, 1929, p. 506-523.
[(26)]
G. LEFEBVRE, « Le mouvement des prix et les origines de la Révolution française »,
Annales H.E.S.,
t. IX, 1937, p. 139-170 et
Annales historiques de la Révolution française, t. XIV, 1937, p. 289-329.
[(27)]
J.-R. SURATTEAU, « Georges Lefebvre et Ernest Labrousse »,
Annales historiques de la Révolution française, t. LXI, avril-juin 1989, p. 122.
[(28)]
Les Paysans du Nord pendant la Révolution française, thèse d’État, Université de Lille, 1924.
[(29)]
Les Paysans du Nord pendant la Révolution, Bari, Laterza, 1954, p. 293 et suiv.
[(30)]
A. AULARD, « Le doctorat de M. Lefebvre »,
La Révolution française, t. LXXVII, 1924, p. 218 et
suiv.
[(31)]
J. PALOU, « Georges Lefebvre et le peuple »,
Annales historiques de la Révolution française,
t. XXXII, 1960, p. 85-89.
[(32)]
A. MATHIEZ,
Annales révolutionnaires, 1914, p. 736.
[(33)]
A. DEMANGEON, « Géographie et Histoire. Les paysans du Nord pendant la Révolution française »,
Annales de géographie, 1924, p. 62-66.
[(34)]
C. BLOCH, « La répartition de la propriété foncière à la veille de la Révolution dans des paroisses
de la généralité d’Orléans »,
Revue d’histoire moderne, t. II, 1900-1901, p. 254 et suiv.
[(35)]
P. SAGNAC, [compte rendu de la thèse d’Alexandre de Saint-Léger,
Histoire de la Flandre
(1659-1789), Lille, 1898],
Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. II, 1900-1901, p. 213.
[(36)]
P. SAGNAC, [compte rendu de la thèse de Georges Lefebvre],
Revue du Nord, t. X, p. 305-314.
C’est moi qui souligne.
[(37)]
G. LEFEBVRE,
Naissance de l’historiographie moderne [1946], Paris, Flammarion, 1971, p. 291.
[(38)]
M. FRANÇOIS, « Georges Bourgin »,
Bibliothèque de l’École des Chartes, 117,1959, p. 368.
[(39)]
L. MUCCHIELLI, « Aux origines... »,
art. cit.
[(40)]
C. BLOCH, « La répartition... »,
art. cit., p. 258-260.
[(41)]
G. OLIVIA, « Georges Lefebvre et les historiens russes de la Révolution »,
Annales historiques de
la Révolution française, t. LI, 1979, p. 399-410.
[(42)]
I. LOUTCHISKY,
La petite propriété en France avant la Révolution française et la vente des
biens nationaux, Paris, Champion, 1897, et
Quelques remarques sur la vente des biens nationaux,
Paris, Champion, 1913.
[(43)]
M. MARlON,
La vente des biens nationaux pendant la Révolution française, Paris, Champion,
1908.
[(44)]
P. SAGNAC, « Étude statistique sur le clergé constitutionnel et le clergé réfractaire en 1791 »,
Revue
d’histoire moderne et contemporaine, t. VIII, 1906-1907.
[(45)]
M. BOULOISEAU, « De Jaurès à Georges Lefebvre. La commission d’histoire économique de la
Révolution »,
Annales historiques de la Révolution française, t. XXXII, 1960, p. 57-66.
[(46)]
J. JAURÈS, Discours à la Chambre des députés, 27 novembre 1903, cité in
Notes et Documents
sur les travaux de la Commission de recherche et de publication des documents relatifs à la vie
économique pendant la Révolution française, Paris, Éd. E. Leroux, 1913.
[(47)]
G. OLIVIA, « Georges Lefebvre et les historiens russes... »,
art. cit.
[(48)]
Notes et Documents...,
op. cit.
[(49)]
P. CARON, in
Bulletin de la commission de recherche et de publication des documents relatifs
à la vie économique pendant la Révolution française, 1913, p. 338.
[(50)]
« Les recherches relatives à la vente des biens nationaux »,
Revue d’histoire moderne, t. III, 1928,
p. 188-219.
[(51)]
« Les recherches relatives à la répartition de la propriété foncière à la fin de l’Ancien Régime »,
ibid., t. III, 1928, p. 103-130.
[(52)]
« Les recherches relatives à la vente... »,
art. cit.
[(53)]
« Les recherches relatives à la répartition... »,
art. cit.
[(54)]
« Les recherches relatives à la vente... »,
art. cit.
[(56)]
« Les recherches relatives à la répartition... »,
art. cit.
[(57)]
« Les recherches relatives à la vente... »,
art. cit.
[(58)]
« Les recherches relatives à la répartition... »,
art. cit.
[(59)]
P. SAGNAC, [compte rendu de R. Graffin,
Les biens communaux en France],
Revue d’histoire
moderne et contemporaine, t. I, 1899-1900.
[(60)]
J. JAURÈS,
Histoire socialiste..., Constituante et législative, t. I-II, Paris, J. Rouff, 1901.
[(61)]
M.-C. LAVAL,
L’historien et le peuple...,
op. cit.
[(62)]
G. LEFEBVRE,
« Pro Domo »,
art. cit., p. 188.
[(63)]
« Une nouvelle relation du siège de Lille en 1667 »,
Annales de l’Est et du Nord, t. III, 1907,
p. 391-409.
[(64)]
G. LEFEBVRE,
« Pro Domo »,
art. cit., p. 189.
[(65)]
L. MUCCHIELLI, « Aux origines... »,
art. cit.
[(66)]
C. PETIT-DUTAILLIS,
Histoire de France des origines à la Révolution, Charles VII, Louis XI,
Charles VIII, t. IV, vol. 2, Paris, Hachette, 1902. A. DE SAINT-LÉGER, A. REBELLIAU, P. SAGNAC,
E. LAVISSE,
Histoire de France des origines à la Révolution, Louis XIV et la fin du règne (1685-1715),
t. VIII, Paris, 1908. H. CARRÉ, P. SAGNAC, E. LAVISSE,
Le règne de Louis XVI (1774-1789), t. XI, vol. 1,
Paris, 1911.
[(67)]
P. CARON,
Bulletin d’histoire économique de la Révolution, 1913, p. 338.
[(68)]
« L’application du Maximum général dans le district de Bergues », in Commission de recherche et
de publication des documents relatifs à la vie économique de la Révolution,
Assemblée générale de la
Commission centrale et des comités départementaux des 3,4 et 5 février 1913. Compte rendu des
séances. Communications, Paris, Imprimerie Nationale, 1915, p. 191-222.
[(69)]
Documents relatifs à l’histoire des subsistances dans le district de Bergues, Paris, Imprimerie
Nationale, t. I, 1913 et t. II, 1921.
[(70)]
J. PALOU, « Georges Lefebvre... »,
art. cit.
[(72)]
G. LEFEBVRE, « Sur Danton »,
Annales historiques de la Révolution française, t. IX, 1932,
p. 193-210.
[(73)]
E. LABROUSSE, « Georges Lefebvre dans l’évolution de l’historiographie française »,
ibid., t. XXII,
1969, p. 551.
[(74)]
J.-Y. GRENIER, B. LEPETIT, « L’expérience... »,
art. cit.
[(75)]
G. LEFEBVRE, « Nécessité de la coopération entre travailleurs particulièrement en ce qui concerne
l’histoire économique et sociale »,
Bulletin de la Société d’histoire moderne, 13, mai 1926, p. 266.
[(76)]
J. SURATTEAU, « Georges Lefebvre... »,
art. cit.
[(77)]
O. DUMOULIN,
Profession...,
op. cit., p. 92.
[(78)]
C. MAZAURIC, « Hommage à Jean-René Suratteau »,
Annales historiques de la Révolution française, t. LXIX, 1998, p. 314 et suiv.
[(79)]
E. LABROUSSE,
Esquisse du mouvement des prix et des revenus en France au XVIIIe siècle, thèse
de droit, 2 t., Paris, Dalloz, 1933.
[(80)]
R. SCHNERB, « La dépression économique sous le Directoire après la disparition du papier monnaie »,
Annales historiques de la Révolution française, t. XI, 1934.
[(81)]
R. SCHNERB,
Les contributions directes à l’époque de la Révolution dans le département du
Puy-du-Dôme, thèse d’État, Paris, Alcan, 1933.
Id., Recueil de textes et de tableaux relatifs à la
patente à l’époque de la Révolution dans le département du Puy-de-Dôme, thèse complémentaire,
Paris, Alcan, 1933.
[(82)]
M. SCHNERB, « Un cruel malentendu », in M. SCHNERB (dir.),
Robert Schnerb, Paris, 1964, p. 44.
[(83)]
G. LEFEBVRE, « Le mouvement des prix et les origines de la Révolution française »,
Annales H.E.S.,
t. IX, 1937, p. 139-170 et
Annales historiques de la Révolution française, t. XIV, 1937, p. 289-329;
E. LABROUSSE, « Quelques observations sur la lecture des courbes économiques »,
Annales H.E.S., t. IX,
p. 382-410.
[(84)]
Cité in O. DUMOULIN, « Aux origines de l’histoire des prix »,
Annales E.S.C., 1990, p. 521;
E. LABROUSSE, « Le prix du blé en France dans la seconde moitié du XVIII
e siècle, d’après les statistiques du
Contrôle général »,
Revue d’histoire économique et sociale, t. XIX, 1931, p. 133-211.
[(85)]
E. LABROUSSE, « Quelques observations... »,
art. cit.
[(86)]
M.-N. BORGHETTI,
L’œuvre de Camille-Ernest Labrousse, thèse de doctorat d’histoire,
E.H.E.S.S., 2000, p. 188.
[(87)]
M. BOULOISEAU, « De Jaurès... »,
art. cit., p. 61-62.
[(88)]
A. MATHIEZ,
Annales révolutionnaires, t. I, 1909, p. 407.
[(89)]
G. LEFEBVRE,
Questions agraires au temps de la Terreur, Strasbourg, Imprimerie F. Lenig, 1932.
[(90)]
P. ORY,
Une nation pour mémoire : 1889,1939,1989, Paris, Presses de la F.N.S.P., 1992;
G. LEFEBVRE,
Quatre-Vingt-Neuf, Paris, Maison du Livre Français, 1939.
[(91)]
G. LEFEBVRE, « Rapport général », in Commission de recherche et de publication des documents
relatifs à la vie économique de la Révolution,
Assemblée générale de la Commission centrale et des
Comités départementaux, t. 1, Besançon, 1942, p. 25-29.
[(92)]
G. LEFEBVRE, « Circulaire adressée aux Comités départementaux et aux S