Le Mouvement Social
La Découverte

I.S.B.N.sans
224 pages

p. 153 à 164
doi: en cours

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no 202 2003/1

La Marche Blanche de Belgique (octobre 1996) : un mouvement de masse spectaculaire, mais éphémère

Marc Hooghe Gita Deneckere
L’article présente une analyse des origines et des éléments déterminants de la mobilisation spectaculaire de l’été 1996, ainsi qu’un bilan provisoire des retombés de la Marche Blanche sur le fonctionnement du système politique belge. La Marche Blanche fut exceptionnelle et unique. Elle doit cette position unique non seulement à son origine – l’affaire Dutroux, qui se situait essentiellement au-delà de la politique – mais encore à certaines caractéristiques qui tiennent spécifiquement à la culture politique belge. Largement médiatisée, l’affaire Dutroux déboucha sur une vague de protestation inédite. L’énergie de la révolte fut canalisée dans une Marche Blanche de grande dignité dotée d’une signification politique marquée alors même que son organisation, émanation d’une coalition de groupuscules locaux et récents, fut mise sur pied en 13 jours. La Marche n’a pas manqué de faire impression sur l’élite politique du pays. A partir de ce constat, l’article montre comment les détenteurs du pouvoir firent des concessions dès qu’ils sentirent que l’ordre public était menacé. Pourtant, un an à peine après sa naissance, le rôle politique du « mouvement blanc » était terminé. Ainsi la signification politique de la Marche Blanche apparaît-elle fortement liée à son époque. Si l’ambiance prérévolutionnaire que le « mouvement blanc » réussit momentanément à créer lui assura un indéniable impact politique, elle ne donna pas davantage le jour à des organisations durables qu’à une nouvelle sociabilité ou à de nouvelles identités. The paper presents an analysis of the origins and determinants of the spectacular mobilisation in the summer of 1996, together with a provisory balance of the effects of the White March on the functioning of the Belgian political system. The White March was exceptional and unique. This position was due not only to the origins – the Dutroux affair, situated essentially beyond politics – but also to certain specific characteristics of Belgian political culture. As a result of mediatisation, the Dutroux affair discharged itself into a wave of protest never seen before. The energy of revolt was channeled into a dignified White March with a pronounced political significance, whereas the organisation emanated from a bunch of recently created local committees and was set up in 13 days. The March didn’t fail to impress the political elite. The paper shows how the readiness of government to make political concessions was closely related to the perception that public order was being menaced. Nevertheless, barely a year after its « birth », the political role of the « white movement » was finished. The political significance of the White March was thus very limited to its time. While the prerevolutionary atmosphere the white movement momentarily succeeded to create did assure an undeniable political impact, the movement didn’t lead into durable organisations, new sociabilities or new identities.
• L’exploitation médiatique et politique de l’affaire Dutroux
• La Marche Blanche du 20 octobre 1996
• Un bouillon de culture fait de méfiance
• L’impact de la Marche Blanche


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