Droit et mouvement.
Quelques réflexions sur l’usage du droit par le mouvement des soldats américains pendant la guerre du Viêt Nam
Michèle Gibault
Parce que l’armée est une institution particulièrement hiérarchisée et coercitive où, malgré
l’existence d’un code de la justice militaire, la possibilité d’invoquer le droit reste formelle, le
mouvement des soldats américains pendant la guerre du Viêt Nam est un cas éclairant du
recours au droit par un mouvement politique, et de ses limites. Nous nous interrogeons sur
l’articulation entre un mouvement faisant preuve d’un antimilitarisme souvent radical et l’exigence apparemment réformiste du droit. A travers quelques exemples, nous montrons qu’on
ne peut confondre formes légalistes de lutte et finalité politique du mouvement, mais que
l’invocation du droit est pour un mouvement une arme à double tranchant. Ce mouvement
des « sans droits », « sans grade » a recours au droit pour changer la vie et ce faisant réinvente
la démocratie.
Despite the existence of a Code of Military Justice which formalizes a number of GI
rights, the army is in fact a rigidly authoritarian and coercive structure. The extraordinary
GI movement that developed during the Vietnam War illustrates to what extent a political
movement is able to invoke rights and make use of judicial resources, and with what
limitations. How can a radical antimilitary movement take advantage of legality and
phrase its demands in terms of reforms ? Examining a number of GI struggles during the
Vietnam War, we try to show that one should not confuse legalistic tactics and the political aims of a movement. For a radical movement recourse to the law is a double-edged
weapon. This rank-and-file movement made militant use of the possibilities offered by
the law in order to change their lives and in so doing they invented new forms of
democracy.
• Le Mouvement G.I. : aperçu historique
• Les sources
• Les formes du mouvement et ses organisations
• Les programmes
• La question des droits
et les formes légalistes de lutte
— L’exercice ardu des droits du 1er amendement :
liberté d’association, d’opinion, de pétition, de presse...
— Presse et matériel politique : l’enjeu de la distribution
• Luttes légalistes ou formes légalistes de lutte ?
Affaire d’opportunité tactique
ou constitutionnalisme républicain ?
— Jurenas à Fort Greely, Where Are We à Fort Huachuca :
comment comprendre le légalisme G.I. ?
• Le légalisme comme impasse
— Deux interprétations du recours à la légalité