2004
Le Mouvement Social
Pour une histoire de la consommation en Allemagne au XXe siècle
Heinz-Gerhard Haupt
[*]
Il peut paraître hautement prétentieux de présenter à
un public français des résultats de recherches sur la
consommation en Allemagne rédigés principalement
par des historiens allemands tant l’histoire et la socio-logie françaises ont avancé plus vite que leurs homologues allemandes. Les études d’histoire quantitative et
anthropologique de l’école des
Annales n’ont trouvé que
tardivement des échos en Allemagne. Le chapitre
superbe de sa thèse d’État que Michelle Perrot a
consacré dans les années 1970 à « l’ouvrier consommateur » n’a jusqu’à aujourd’hui pas d’équivalent dans les
ouvrages d’histoire ouvrière allemande. L’attention que
Daniel Roche porte à une histoire de la consommation
qui intègre production, commercialisation et distribution
sociale peut aussi servir d’exemple pour des recherches
d’histoire contemporaine en Allemagne. Enfin en socio-logie, c’est Maurice Halbwachs qui a intégré dans ses
études sur le niveau de vie des enquêtes allemandes, et
comment ne pas citer Pierre Bourdieu qui n’a pas seulement souligné l’importance sociale et culturelle de
posséder certains biens, mais aussi combien leur appropriation et leur emploi font partie de l’habitus
[1]. Certes,
la distance entre les recherches est moins grande quand
on s’approche du XX
e siècle (le rapport tend même à
s’inverser) pour lequel les deux historiographies restent
tributaires des concepts et travaux développés aux
États-Unis ou publiés par les Anglo-Saxons sur la France
comme sur l’Allemagne
[2].
Ceci dit, ni la sociologie ni l’histoire allemandes n’ont
négligé complètement l’étude de la consommation. Il
suffit de citer le nom de Georg Simmel et les pages
lucides qu’il a consacrées à la vie moderne, notamment
à la consommation et à la mode, ainsi que l’école de
Francfort et son analyse acerbe de la consommation de
masse en tant que mécanisme d’aliénation de
l’homme
[3]. Dans les travaux sociologiques du présent,
la consommation a fait son entrée parmi les éléments
du « style de vie » ou de la « société d’aventure »
(
Erlebnisgesellschaft)
[4]. Il ne manque pas non plus
d’études solides publiées par des historiens sociaux sur
les XIX
e et XX
e siècles. Hans-Jürgen Teuteberg et ses disciples à l’université de Münster sont à mentionner avec
leurs travaux sur l’histoire de l’alimentation surtout.
Mais leurs recherches restaient consacrées au long
XIX
e siècle et portent avant tout sur la distribution sociale
des biens
[5]. Curieusement, les deux champs privilégiés de l’histoire sociale en Allemagne pendant les
années 1970 et 1980 – l’histoire ouvrière et celle de la
bourgeoisie – n’ont pas retenu l’importance de la
consommation en tant qu’élément constitutif d’une
classe, contrairement à l’historiographie autrichienne et
suisse par exemple
[6]. Cette lacune résultait surtout du
peu d’attention que cette historiographie a consacré à
l’étude des pratiques sociales. Font exception à cette
tendance générale un bon nombre de recherches sur la
consommation ouvrière s’appuyant sur des enquêtes
contemporaines et quantitatives, des recherches sur les
organisations de la consommation, telles que les grands
magasins et les associations de consommateurs – et la
politique de la consommation
[7]. Ce sont surtout les
années 1990 qui ont vu paraître des études importantes
sur la part de la consommation dans ce qui a été appelé
la reconstruction allemande ainsi que sur la R.D.A. dont
l’étude a été le champ privilégié de l’histoire du temps
présent en Allemagne
[8]. On doit aussi mettre à part le
gros volume dirigé par Hannes Siegrist, Hartmut Kaelble
et Jürgen Kocka qui, dans une perspective européenne,
fait le point des recherches entreprises en Allemagne et
s’efforce de les orienter vers des paradigmes nouveaux
[9]. Mais il est vrai qu’encore aujourd’hui l’étude
de la consommation reste quelque peu en marge de
l’historiographie allemande car aucune école doctorale
ne lui est consacrée ni aucune action thématique programmée en République Fédérale d’Allemagne.
Au-delà de l’intérêt de présenter à un public français
des travaux d’historiens et d’anthropologues allemands,
ce numéro spécial peut donner lieu à une interrogation
sur la périodisation de l’histoire de l’Allemagne du
XXe siècle, et permettre de présenter celle-ci comme un
laboratoire intéressant de différents régimes de consommation et de dépasser des clivages entre histoire sociale,
politique et culturelle qui dans le passé ont profondément marqué l’historiographie allemande.
Les manuels, mais aussi les synthèses de l’histoire
allemande du XX
e siècle sont marqués par la chronologie
politique. 1914,1918-1919,1933,1945,1949 et 1989 restent les tournants. Le quatrième volume de la grande
histoire de la société allemande de Hans-Ulrich Wehler
qui vient de paraître s’inscrit dans cette tradition. Wehler
distingue l’Empire dans la Première Guerre mondiale
1914-1918, la République de Weimar 1918-1933, l’autorité charismatique et la société allemande dans le « Troisième Reich » 1933-1945 et « les suites de la guerre
totale perdue, 1945-1949 »
[10]. Or les résultats de l’histoire de la consommation suggèrent d’autres
découpages et invitent à opérer d’autres rapprochements, susciter d’autres interrogations et réfléchir
sur d’autres continuités. Si l’on cherche une époque
dans laquelle on peut parler de « l’invention du consommateur » dans les débats publics et dans l’attention des
contemporains, les années 1880-1920 s’imposent. Dans
cette période, le discours sur les grands magasins souligne les dangers pour les femmes qui consomment, le
luxe auquel les consommateurs pourraient s’adonner
devient un ennemi public dans un certain discours
conservateur et catholique, les syndicats, les villes et
l’administration se penchent sur le budget ouvrier pour
détecter l’origine de la question sociale et trouver dans
la précaution et l’épargne un moyen pour la surmonter,
enfin les partis politiques (parmi lesquels la socialdémocratie) découvrent l’importance des intérêts des
consommateurs
[11]. Pendant la Première Guerre
mondiale où la consommation revêt une importance
capitale à l’arrière, sur « l’autre front », Belinda Davis a
pu montrer combien le gouvernement impérial a été
obligé de respecter publiquement la dignité des
ménagères et leur habileté qu’il aurait bien voulu rendre
responsable de la pénurie due au blocus et au manque
de prévision
[12]. Une période postérieure s’étend des
années 1920 à la fin des années 1950 si l’on en croit les
recherches de Michael Wildt et Axel Schildt. Ils soutiennent que le budget moyen des familles ouvrières reste
même après 1945 voisin de celui de la fin des années
1920 et des années 1930. Bien qu’une société de
consommation de masse soit en marche (et la possession de radios, de motos ou de certaines machines
ménagères en fait foi), leur halo social restait circonscrit.
L’accès aux vacances et aux voyages, donc à une certaine culture de loisir, que le national-socialisme favorisait et étendait partiellement aux ouvriers, restait
lui-même limité. Même le style de vie et les goûts –
comme le souligne C. Conrad – gardaient dans les
années 1950 une certaine ressemblance avec les années
1930
[13]. Un consensus général s’est cependant établi
sur le début de la consommation dans les années 1960
quand la propriété de machines à laver ou de télévisions,
le confort amélioré des appartements, la confection de
masse et la voiture se généralisent progressivement et
que la publicité pénètre de plus en plus la société, pour
stimuler de nouveaux besoins. John Brewer est arrivé à
partir d’autres prémisses à une périodisation analogue.
Il distingue la mise en place de la consommation
moderne, les grands magasins et les radios, Paris et
Berlin, les termes de commerce et d’envie, du débat en
Allemagne et aux États-Unis sur la société de masse, en
particulier sur le rôle du marché, de l’uniformité des
biens et de la communication de masse. La dernière
période est, selon lui, celle dans laquelle, pendant les
années 1980, des intellectuels perçoivent la consommation comme partie d’un monde d’images et de communication dans lequel l’individu perd de son unité
[14]. Ce
découpage intègre le national-socialisme dans des tendances plus larges, réduit au moins pour l’histoire de la
consommation son importance, relativise la coupure de
1945 et associe l’étude du premier après-guerre à celle
de la République de Weimar et du nazisme. Il peut ouvrir
des nouvelles perspectives pour la recherche. Il devrait
être vérifié ou modifié pour d’autres études sur d’autres
pratiques sociales.
L’histoire de la consommation allemande du
XX
e siècle peut aussi être vue comme un laboratoire de
différents régimes de consommation. À cette époque ne
s’affrontent pas seulement les politiques bourgeoises et
fordistes, un certain malthusianisme et les principes de
la production de masse dont Victoria de Grazia a souligné l’importance
[15], mais aussi trois régimes
différents : fascisme, communisme, démocratie libérale.
La tentation est grande – et Ernst Nolte y a maintes fois
succombé – d’écrire cette histoire comme celle de la victoire de l’économie libérale, de la démocratie parlementaire et d’un État peu interventionniste. Cette histoire
pourrait aussi se confondre avec celle de l’imposition
d’un modèle américain. C’est surtout le lien entre le
consommateur et le citoyen qui a été débattu
[16]. On
peut certes distinguer les régimes selon la manière dont
ils reconnaissent le droit du citoyen à avoir accès à des
biens et à des services. Mais des études historiques
manquent sur les moments où ce lien prend le dessus
sur d’autres formes de légitimation du régime en place
comme les acquis sociaux. Ce sont surtout les périodes
de crise alimentaire – l’inflation, les années après 1945
– qui ont été étudiées car elles ont donné lieu à des manifestations traditionnelles des consommateurs qui – en
se référant souvent à leurs droits de citoyens – exigeaient la satisfaction de leurs besoins immédiats. Ils se
manifestaient aussi en régime communiste lorsque la
situation de la consommation s’est détériorée comme
en R.D.A. en 1953. Aussi dans les études sur la politique
des syndicats le dilemme de ceux-ci a été reconnu : ils
devaient satisfaire les aspirations à un niveau supérieur
de biens de consommation tout en restant fermes sur
les droits sociaux acquis. Le débat actuel sur la justice
mené dans la social-démocratie allemande reprend ce
problème
[17].
L’analyse historique s’est surtout concentrée sur le
national-socialisme et la R.D.A. en soulevant la question
de savoir si leur politique de consommation a été moderniste ou traditionaliste. Les articles d’Ina Merkel et
d’Uwe Spiekermann font apparaître comment les deux
régimes ont tenté de diriger le consommateur vers
certains produits, d’imposer des restrictions et des goûts
et donc de lui faire supporter les frais d’une politique
économique soit d’autarcie et de réarmement soit productiviste. Ces deux contributions démontrent qu’aussi
bien en Allemagne nazie qu’en R.D.A. cette politique a
échoué et que les consommateurs mais aussi des
industries et professions liées à la consommation ont
dans bien des cas suivi leur logique propre, souvent en
désaccord avec les principes de la politique gouvernementale. Il reste que l’encadrement politique au moins
sous le nazisme a aussi eu des effets néfastes, non pas
tant sur les instituts de sondage et méthodes d’étude de
marché, comme le montre Christoph Conrad, mais dans
l’organisation de la publicité, qui n’était pas seulement
orientée vers des motifs et un langage traditionnels,
mais aussi professionnellement divisée entre ceux qui
la concevaient et ceux qui l’appliquaient. Hartmut Berghoff a détecté dans cette orientation la raison d’une professionnalisation lente du métier après 1945 et d’une
facile américanisation de la publicité allemande
[18]. Il
est tentant d’écrire l’histoire de la consommation en
R.D.A. comme un échec : il y fut impossible de rattraper
la consommation occidentale, de développer des
produits concurrentiels avec les marques américaines
– le blue jeans en est l’exemple le plus communément
cité –, de dépasser un certain goût petit-bourgeois traditionnel. Contrairement au nazisme (et contredisant
toute juxtaposition facile entre communisme et fascisme), la R.D.A. a développé, selon Ina Merkel, au moins
pour une certaine période, une utopie propre de la
consommation. Elle accordait des droits sociaux et un
approvisionnement bon marché en produits de première
nécessité, mais refusait le luxe et le superflu. Toutefois
le veto des citoyens, leur orientation en faveur d’un
modèle de consommation mis en scène tous les soirs à
la télévision ouest-allemande et des lacunes – comme
dirait Ina Merkel – dans le développement des possibilités de participation des citoyens ont fait échouer ce
projet et peuvent expliquer que le gouvernement
Honecker a donné dans la période après 1970 la priorité
à la croissance des industries de consommation
[19].
Éduquer le consommateur que l’on considère comme
aveugle et irrationnel selon les impératifs de la politique
industrielle et économique des deux régimes, telle
semble avoir été la devise. Cette stratégie a échoué. Le
« quant-à-soi » (Eigensinn) des consommateurs semble
avoir été plus fort.
L’histoire de la consommation est aussi un domaine
dans lequel les clivages du paysage historiographique
peuvent et doivent être surmontés. Sont nécessaires à
son analyse des études de la culture matérielle, de la
production et distribution des biens, de l’accès des
classes et groupes sociaux à certains produits, de la professionnalisation des métiers de la consommation, des
politiques développées dans ce champ, mais aussi des
significations que les acteurs sociaux ont données aux
biens et aux pratiques de consommation.
Dans la continuité des réflexions d’Arun Appadurai
Daniel Roche a déjà suivi pour l’Ancien Régime la carrière des biens de consommation de la production
jusqu’au recyclage et a souligné l’importance des différentes étapes de cette transformation du produit
[20].
Des études sur la voiture, la radio ou la bicyclette pourraient être particulièrement intéressantes pour le
XXe siècle. L’article de Marie-Noële Denis montre quel
avantage l’analyse peut tirer des travaux des anthropologues qui analysent l’introduction de nouvelles techniques comme dépendant d’une culture ambiante.
L’apport des historiens des techniques serait aussi le
bienvenu dans ce contexte
[21]. De même, en histoire
économique, l’étude de la consommation attire davantage l’attention sur les industries des biens de consommation, mais aussi – et ceci dans une perspective
nouvelle et transnationale – sur les liens qui s’établissaient et s’établissent entre les colonies ou les pays du
prétendu Tiers Monde et les métropoles. Les effets que
l’exportation a eus sur les économies des métropoles
mais aussi sur les pays producteurs revêtent pour la
seconde moitié du XX
e siècle, et même avant, une importance capitale. Déjà en anthropologie, l’étude magistrale
de Sidney Mintz sur le sucre a montré une voie à
suivre
[22]. L’étude sociale des consommateurs reste
difficile à faire tant sont rares les documents qui permettent un accès direct. Certes, les catalogues des grands
magasins, quelques livres de dépenses plus souvent
conservés dans la bourgeoisie que dans les classes
populaires, des descriptions sur les mœurs, des rapports
des observateurs sociaux tels que les prêtres, les travailleurs sociaux, les sociologues nous apprennent
quelque chose sur qui consomme quoi à quel moment.
Pour la seconde moitié du XX
e siècle, les études de
marché et sondages, dont Christophe Conrad reconstitue la généalogie et le fonctionnement, fournissent des
données plus nombreuses, mais aussi complexes à
déchiffrer. Il est important de distinguer dans une histoire de la consommation l’acte de vendre et d’acheter
de l’utilisation du produit lui-même, la manière de
manger, de s’habiller, de se meubler – le premier étant
plus facile à saisir pour l’historien que le second. Les
grands magasins, la publicité, le petit commerce de
détail, les coopératives de consommation sont pour
cette raison mieux connus que l’acte de consommer lui-même qui demande une approche anthropologique
[23]. Mais d’autres sujets d’histoire sociale
peuvent apparaître différemment si on les associe à
l’histoire de la consommation. L’urbanisation du
XX
e siècle a été accompagnée par le développement des
boutiques, grands magasins et chaînes à succursales
multiples. Mais l’apparition des malls reste à étudier
dans ses effets sur la structure des quartiers d’habitation, les relations entre les habitants et les pratiques de
consommation
[24]. Outre les classes sociales, les différences sexuelles, ethniques, de classe d’âge ont été
retenues comme facteur important de différenciation.
On a souvent écrit que la consommation était décrite
normativement comme un domaine féminin, mais le
comportement des femmes comme consommatrices
reste encore à cerner
[25]. De même, l’apport à la
consommation en Allemagne des immigrants soit de
l’Europe de l’est après 1945 soit de la vague des immigrations ouvrières est un sujet quelque peu
délaissé
[26]. Enfin, la segmentation de la consommation selon les groupes d’âge, le ciblage de la publicité,
le développement d’une nourriture des bébés, des
jeunes, mais aussi des personnes âgées font partie
d’une histoire du XX
e siècle. Si dans ces domaines des
recherches restent à faire en Allemagne, il y a cependant
un champ qui a été surtout délaissé, c’est l’histoire culturelle de la consommation
[27]. Mieux connaître le sens
et la signification attribués aux différents objets par des
groupes différents, l’attrait exercé par le monde de la
lumière et des couleurs, la lecture des signes associés
aux produits, ceci doit être la tâche d’une approche
d’histoire culturelle
[28]. Mais il serait aussi utile, dans
le sens d’une histoire des concepts, de poursuivre le
développement des termes clés apparaissant dans les
débats sur la consommation tels que luxe, envie, besoin,
nécessité à travers leur cheminement discursif
[29].
Dans tous ces contextes, il s’agit de reconstituer le rôle
de la consommation pas seulement comme marqueur
de situations, mais aussi comme participant à la formation d’identités
[30]. En effet, on ne sait pas encore bien
comment les manières de consommer entrent dans des
concepts d’identités sociale, sexuelle, régionale ou
nationale
[31]. Dans ce contexte, l’apport des recherches
sur les identités est à retenir. Il ne s’agit pas d’une identité cohérente, mais d’une multiplicité d’identités parmi
lesquelles la consommation peut jouer un rôle. Cette
entreprise pourrait être facilitée par un retour de l’historiographie allemande à un auteur français dont la réception en Allemagne reste à faire, un retour à Michel de
Certeau
[32].
[*]
Professeur d’histoire contemporaine à l’Institut Universitaire Européen. L’idée de ce numéro a été formulée lors de la VIII
e table ronde francoallemande d’histoire sociale en septembre 2001 sur l’histoire de la
consommation dans les deux pays. Cette série de rencontres de jeunes
chercheurs, financée par le C.N.R.S., la M.S.H. et la D.F.G., fut initiée par
Patrick Fridenson et Yves Lequin, Hartmut Kaelble et moi-même et dès le
début activement soutenue par Hinnerk Bruhns. La table ronde de 2001
fut la première à laquelle Yves Lequin, à cause de sa retraite, n’a pas
participé. A l’occasion de cette publication je tiens à lui témoigner ma
reconnaissance et mon amitié. Je remercie Patrick Fridenson pour ses
suggestions quant à la forme finale de la présente introduction. Plusieurs
de ces tables rondes ont donné lieu à publication, dont la première :
Y. LEQUIN et S. VANDECASTEELE (dir.),
L’usine et le bureau, Lyon, 1990.
[(1)]
M. PERROT,
Les ouvriers en grève. France 1871-1890, Paris, 1974,
p. 203-252; D. ROCHE,
Histoire des choses banales. Naissance de la
consommation XVIIe - XIXe siècle, Paris, 1997, et
La culture des apparences.
Une histoire du vêtement, XVIIe - XVIIIe siècle, Paris, 1989. P. BOURDIEU,
La Distinction. Critique sociale du jugement, Paris, 1979; M. HALBWACHS,
L’évolution des besoins dans les classes ouvrières, Paris, 1933.
[(2)]
Un bon aperçu des études américaines sur la consommation en
Allemagne mais aussi de la recherche allemande : A. CONFINO et R. KOSHAR,
« Regimes of Consumer Culture : New Narratives in Twentieth-Century
German History »,
German History, 19,2001, p. 135-161.
[(3)]
G. SIMMEL, « Die Großstädte und das Geistesleben », in
id.,
Brücke
und Tor, Stuttgart, 1957;
id., « Die Mode und die Mode », in
Gesamtausgabe, vol. 8, Francfort, 4,1993, p. 344-347. M. HORKHEIMER et
T.W. ADORNO,
Dialektik der Aufklärung, Nimègue, 1944; D. FRISBY,
Fragments of Modernity. Theories of Modernity in the Work of Simmel,
Kracauer and Benjamin, Londres, 1985.
[(4)]
H.P. MÜLLER,
Sozialstruktur und Lebensstile : Der neuere theoretische Diskurs über soziale Ungleichheit, Francfort-sur-le-Main, 1993;
G. SCHULZE,
Die Erlebnisgesellschaft. Kultursoziologie der Gegenwart,
Francfort-sur-le-Main, 1993.
[(5)]
H.J. TEUTEBERG et G. WIEGELMANN (Hg.),
Der Wandel der Nahrungsgewohnheiten unter dem Einfluss der Industrialisierung, Göttingen, 1972;
H.J. TEUTEBERG,
European Food History. A Research Review, Leicester,
1992.
[(6)]
R. SANDGRUBER,
Die Anfänge der Konsumgesellschaft. Konsumgüterverbrauch, Lebensstandard und Alltagskultur in Österreich im 18. und
19. Jahrhundert, Munich, 1982; A. TANNER,
Arbeitsame Patriotenwohlanständige Damen. Bürgertum und Bürgerlichkeit in der Schweiz 1830-1914,
Zurich, 1995; P. SARRASIN,
Stadt der Bürger. Struktureller Wandel und bürgerliche Lebenswelt, Bâle, 1990.
[(7)]
A. TRIEBEL,
Zwei Klassen und die Vielfalt des Konsums. Haushaltsbudgetierung bei abhängigen Erwerbstätigen in Deutschland im ersten
Drittel des 20. Jahrhunderts, 2 vol., Berlin, 1991; R. SPREE, « Knappheit und
differentieller Konsum während des ersten Drittels des 20. Jahrhunderts
in Deutschland », in H. SIEGENTHALER (Hg.),
Ressourcenverknappung als
Problem der Wirtschaftsgeschichte, Berlin, 1990, p. 171-221; H.P. ULL-MANN, « Der Kaiser bei Wertheim – Warenhäuser im wilhelminischen
Deutschland », in C. DIPPER
et al. (Hg.),
Europäische Sozialgeschichte. Festschrift für Wolfgang Schieder, Berlin, 2000, p. 223-236; H. HOMBURG,
« Warenhausunternehmen und ihre Gründer in Frankreich und Deutschland oder : eine diskrete Elite und mancherlei Mythen »,
Jahrbuch für
Wirtschaftsgeschichte, 1992, p. 183-219; d’autres ouvrages dans :
H.-G. HAUPT,
Konsum und Handel. Europa im 19. und 20. Jahrhundert,
Göttingen, 2003, p. 65-89; M. PRINZ,
Brot und Dividende. Konsumvereine
in Deutschland und England vor 1914, Göttingen, 1996; C. NONN, « Vom
Konsumentenprotest zum Konsens. Lebensmittelverbraucher und Agrarpolitik in Deutschland 1900-1955 », in H. BERGHOFF (Hg.),
Konsumpolitik.
Die Regulierung des privaten Verbrauchs im 20. Jahrhundert, Göttingen,
1999, p. 23-46; C. NONN,
Verbraucherprotest und Parteiensystem im wilhelminischen Deutschland, Düsseldorf, 1996.
[(8)]
Comme l’écrivent A. CONFINO et R. KOSHAR, « Regimes... »,
art. cit.,
p. 137 : « it is only 1990 that German-speaking scholars themselves have
begun to outline the history of a broader culture of consumption in the
modern period ».
[(9)]
H. SIEGRIST
et alii (Hg.),
Europäische Konsumgeschichte. Zur
Gesellschafts – und Kulturgeschichte des Konsums (18. bis 20. Jahrhundert), Francfort-sur-le-Main, 1997.
[(10)]
H.-U. WEHLER,
Deutsche Gesellschaftsgeschichte, t. IV :
Vom
Beginn des Ersten Weltkriegs bis zur Gründung der beiden deutschen
Staaten, 1914-1949, Munich, 2003; cf. aussi M. PRINZ et M. FREESE,
« Sozialer Wandel und politische Zäsuren seit der Zwischenkriegszeit.
Methodische Probleme und Ergebnisse », in eidem (Hg.),
Politische
Zäsuren und gesellschaftlicher Wandel im 20. Jahrundert. Regionale und
vergleichende Perspektiven, Paderborn, 1996, p. 1-34.
[(11)]
W.G. BRECKMAN, « Disciplining Consumption : The Debate about
Luxury in Wilhelmine Germany, 1890-1914 »,
Journal of Social History,
24,1991, p. 485-505; C. NONN,
Verbraucherprotest...,
op. cit.; H.-G. HAUPT,
Konsum...,
op. cit., p. 65.
[(12)]
B. DAVIS, « Food Scarcity and the Empowerment of the Female
Consumer in World War I Berlin », in V. de GRAZIA et E. FURLOUGH (eds.),
The Sex of Things. Gender and Consumption in Historical Perspective,
Berkeley, 1996, p. 287-310.
[(13)]
M. WILDT,
Am Beginn der « Konsumgesellschaft ». Mangelerfahrung, Lebenshaltung, Wohlstandshoffnung in Westdeutschland in den
fünfziger Jahren, Hambourg, 1994;
id.,
Vom kleinen Wohlstand : Eine Konsumgeschichte der fünfziger Jahre, Hambourg, 1994. A. SCHILDT,
Moderne
Zeiten. Freizeit, Massenmedien und « Zeitgeist » in der Bundesrepublik
der 50er Jahre, Hambourg, 1995;
id. et A. SYWOTTECK (Hg.),
Modernisierung im Wiederaufbau : die westdeutsche Gesellschaft der 50er Jahre,
Bonn, 1993;
id.,
Ankunft im Westen : ein Essay zur Erfolgsgeschichte der
Bundesrepublik, Francfort/M., 1999; A. ANDERSEN,
Der Traum vom guten
Leben : Alltags – und Konsumgeschichte vom Wirtschaftswunder bis
heute, Francfort-sur-le-Main, 1997; M. PRINZ, « Vor der Konsumgesellschaft. Pessimistische Zukunftserwartungen, gesellschaftliche Leitbilder
und regionale “Evidenz” »,
Westfälische Forschungen, 48,1998,
p. 511-555; A. von SALDERN, « Massenfreizeitkultur im Visier »,
Archiv für
Sozialgeschichte, 33,1993, p. 21-58; A. CONFINO et R. KOSHAR,
« Regimes... »,
art. cit., p. 150 sqq.
[(14)]
J. BREWER, « Was können wir aus der Geschichte der frühen Neuzeit für die moderne Konsumgeschichte lernen ? », in H. SIEGRIST
et alii
(Hg.),
Europäische Konsumgeschichte...,
op. cit., p. 51-74; H. SIEGRIST,
« Konsum, Kultur und Gesellschaft im modernen Europa »,
ibid., p. 13-50;
J. TANNER
et al. (Hg.),
Geschichte der Konsumgesellschaft. Märkte, Kultur
und Identität (15.-20. Jahrhundert), Zurich, 1998.
[(15)]
V. de GRAZIA, « Changing Consumption Regimes in Europe,
1930-1970. Comparative Perspectives on the Distribution Problem », in
S. STRASSER
et al. (eds.),
Getting and Spending. European and American
Consumer Societies in the Twentieth Century, Cambridge, 1998, p. 59-83.
[(16)]
Cf. l’article convaincant de F. TRENTMANN, « Bread, Milk and Democracy. Consumption and Citizenship in Twentieth Century Britain », in
M. DAUNTON et M. HILTON (eds.),
The Politics of Consumption, New York,
2001, p. 135-166; l’article de S. KROEN, « Der Aufstieg des Kundenbürgers ?
Eine politische Allegorie für unsere Zeit », in M. PRINZ (Hg.),
Der lange Weg
in den Überfluss. Anfänge und Entwicklung der Konsumgesellschaft seit
der Vormoderne, Paderborn, 2003 est stimulant, mais à mon goût trop
centré sur une histoire des idées.
[(17)]
M. GAILUS et H. VOLKMANN (Hg.),
Der Kampf um das tägliche Brot.
Nahrungsmangel, Versorgungspolitik und Protest 1770-1990, Opladen,
1994; M. GEYER,
Verkehrte Welt. Revolution, Inflation und Moderne, München 1914-1924, Göttingen, 1998; K. PENCE, « “You as a Woman Will
Understand” : Consumption, Gender and the Relationship between State
and Citizenry in the GDR’s Crisis of 17 June 1953 »,
German History, 19,
2001, p. 218-252; « Die Gerechtigkeitsdebatte »,
Neue Gesellschaft. Frankfurter Hefte, 9,2003, p. 8-23.
[(18)]
H. BERGHOFF, « Von der “Reklame” zur Verbrauchslenkung. Werbung im nationalsozialistischen Deutschland », in
id. (Hg.),
Konsumpolitik,
op. cit., p. 77-112;
id., « Konsumgüterindustrie im Nationalsozialismus.
Marketing im Spannungsfeld von Profit – und Regimeinteressen »,
Archiv
für Sozialgeschichte, 36,1996, p. 293-322; G. KÖNKE, « “Modernisierungsschub” oder relative Stagnation ? Einige Anmerkungen zum Verhältnis
von Nationalsozialismus und Moderne »,
Geschichte und Gesellschaft, 20,
1994, p. 585-610; B. SÖSEMANN,
Der Nationalsozialismus und die deutsche
Gesellschaft. Einführung und Überblick, Stuttgart, 2002; D. REINHARDT,
Von
der Reklame zum Marketing. Geschichte der Wirtschaftswerbung in Deutschland, Berlin, 1993; U. WESTPHAL,
Werbung im Dritten Reich, Berlin, 1989.
[(19)]
I. MERKEL,
Utopie und Bedürfnis : Die Geschichte der Konsumkultur
in der D.D.R., Cologne, 1999;
id., « Consumer Culture in the G.D.R., or
How the Struggle for Antimodernity Was Lost on the Battleground of
Consumer Culture », in S. STRASSER
et al. (eds.),
Getting and Spending...,
op. cit., p. 281-299; cf. aussi P. POUTROS, « Lebensmittelkonsum, Versorgungskrisen und die Entscheidung für den “Goldbroiler”. Problemlagen
und Lösungsversuche der Agrar – und Konsumpolitik in der D.D.R.,
1958-1968 »,
Archiv für Sozialgeschichte, 39,1999, p. 391-421; R. BESSEL
et R. JESSEN (Hg.),
Die Grenzen der Diktatur. Staat und Gesellschaft in der
D.D.R., Göttingen, 1996.
[(20)]
A. APPADURAI, « Introduction : Commodities and the Politics of
Value », in
id. (ed.),
The Social Life of Things. Commodities in Cultural
Perspective, Cambridge, 1986; cf. aussi D. POULOT, « Une nouvelle histoire
de la culture matérielle »,
Revue d’histoire moderne et contemporaine, 44,
1997, p. 344-357.
[(21)]
Décevant : W. RUPPERT (Hg.),
Fahrrad, Auto, Fernsehschrank : Zur
Kulturgeschichte der Alltagsdinge, Francfort-sur-le-Main, 1993. Intéressante et prometteuse par contre la thèse de Anne-Katrin EBERT (Bielefeld)
sur la bicyclette en Allemagne et aux Pays-Bas en tant que symbole
national, 1900-1930; novateur : J. ZEITLIN, « The Vehicle of desire : The Trabant, the Wartburg and the end of the G.D.R. »,
German History, 15,1997,
p. 358-380.
[(22)]
S. MINTZ,
Sucre blanc, misère noire : le goût et le pouvoir, Paris,
1991; cf. une étude de cas : V. WÜNDERICH, « Die Kolonialware Kaffee von
der Erzeugung in Guatemala bis zum Verbrauch in Deutschland. Aus der
transatlantischen Biographie eines « produktiven » Genussmittels
(1860-1895) »,
Jahrbuch für Wirtschaftsgeschichte, 1994, p. 37-60, et
« Zum globalen Kontext von Konsumgesellschaft und Konsumgeschichte.
Kritische und weiterführende Bemerkungen », in H. SIEGRIST
et al. (Hg.),
Europäische Konsumgeschichte...,
op. cit., p. 789-810.
[(23)]
Une intéressante approche : J. TANNER,
Fabrikmahlzeit, Ernährungswissenschaft, Industriearbeit und Volksernährung der Schweiz
1890-1950, Zurich, 1999.
[(24)]
H.J. TEUTEBERG (Hg.),
Durchbruch zum modernen Massenkonsum.
Lebensmittelmärkte und Lebensmittelqualität im Städtewachstum des
Industriezeitalters, Münster, 1987; cf. aussi l’étude de cas de M. JUDT,
« Reshaping Shopping Environments : The Competition Between the City
of Boston and its Suburbs », in S. STRASSER
et al. (eds.),
Getting and Spending...,
op. cit., p. 301-316; J. SCHLÖR,
Nachts in der großen Stadt : Paris,
Berlin, London 1840-1930, Munich, 1991.
[(25)]
Cf. surtout E. CARTER,
How German is she ? Postwar German
Reconstruction and the Consuming Woman, Ann Arbor, 1997 (cf. les
remarques critiques de C. CONRAD ); N. REAGIN, « Comparing Apples and
Oranges : Housewives and the Politics of Consumption in Interwar Germany », in S. STRASSER
et al. (eds.),
Getting and Spending...,
op. cit.,
p. 241-261. M.L. ROBERTS, « Gender, Consumption and Commodity
Culture »,
American Historical Review, 193,1998, p. 817-844.
[(26)]
M. HEFNER,
Der Gastarbeiter als Konsument : segmentspezifische
Analyse des Konsumverhaltens in einer westdeutschen Großstadt, Göttingen, 1978; J. TANNER, « Italienische “Makkaroni-esser” in der Schweiz.
Migration von Arbeitskräften und Kulinarische Tradition », in H.J. TEUTE-BERG
et al. (Hg.),
Essen und kulturelle Identität. Europäische Perspektiven,
Berlin, 1996, p. 476.
[(27)]
Tel est l’argument principal d’A. CONFINO et R. KOSHAR,
« Regimes... »,
art. cit.
[(28)]
Cf. J. BAUDRILLARD,
La société de consommation. Ses mythes, ses
structures, Paris, 1970,
Pour une critique de l’économie politique du signe,
Paris, 1972 et
Simulacres et simulations, Paris, 1981.
[(29)]
Cette étude a été sugérée par A. CONFINO et R. KOSHAR,
« Regimes... »,
art. cit.
[(30)]
Cette distinction a aidé à l’analyse dans H.-G. HAUPT,
Konsum...,
op. cit., p. 93 sqq.
[(31)]
Quelques exemples dans A. CONFINO et R. KOSHAR, « Regimes... »,
art. cit., p. 159 et surtout H. SIEGRIST, « Regionalisierung im Medium des
Konsums », dans « Konsum und Region im 20. Jahrhundert »,
Comparativ, 11,2001, p. 7-26;
id., « Konsum, Kultur, und Gesellschaft... »,
art.
cit., p. 36-38; stimulant : F. TRENTMANN, « National identity and consumer
politics : free trade and tariff reform », in D. WINCH and P.K. O’BRIEN (eds.),
The Political Economy of British Historical Experience 1688-1914, Oxford,
2002, p. 215-242.
[(32)]
M. de CERTEAU,
L’invention du quotidien, I :
Arts de faire, Paris,
1980.