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S'inscrire Alertes e-mail - Le Mouvement Social Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLes curés historiens de village et les tentatives de restauration de l’autorité cléricale après la Révolution
AuteurFrançois Ploux[*] [*] Maître de conférences d’histoire contemporaine à l’Université...
suitedu même auteur
C’est en observant de l’intérieur le fonctionnement concret de la micropolis paroissiale que l’on peut tenter de mettre au jour les processus sociaux qui, au cours du xixe siècle, ont rendu possible la contestation par les paysans de l’autorité du clergé catholique. L’établissement, en vertu de la loi du 14 décembre 1789, d’un réseau de municipalités peu ou prou calqué sur celui des paroisses a ouvert une première brèche dans le système d’emprise sur lequel reposait le pouvoir des curés[1] [1] En particulier dans l’Ouest, où paroisse et communauté...
suite. Sous le régime du Concordat, bien des difficultés rencontrées par les prêtres dans leurs paroisses sont à mettre en relation avec la dissociation du civil et du religieux qu’a instaurée cette loi fondatrice[2] [2] P. Boutry, Prêtres et paroisses au pays du curé d’Ars,...
suite. La création des communes, qui seront supprimées sous le Directoire avant d’être rétablies en pluviôse an VIII, s’est en effet accompagnée du transfert à l’autorité civile d’une partie des anciennes prérogatives du curé (en matière par exemple d’assistance aux pauvres, ou de diffusion de l’information). Les curés de campagne, qu’un sentiment très vif de leur supériorité et de leur dignité incite à se comporter en véritables chefs de village, rencontrent désormais en la personne du maire un concurrent sérieux. En effet les paysans semblent avoir très vite admis la légitimité de l’autorité des magistrats municipaux (en témoigne notamment le rôle joué par les édiles dans les formes négociées de règlement des différends privés)[3] [3] F. Ploux, Guerres paysannes en Quercy. Violences, conciliations...
suite. Au xixe siècle plusieurs facteurs viendront encore accroître le prestige du maire. On peut mentionner le rétablissement des scrutins municipaux en 1831[4] [4] Rappelons cependant qu’avant 1884, et hormis sous la IIe...
suite. Mais il faut surtout souligner que le processus d’intégration des campagnes à l’État-Nation, dont on a pu affirmer qu’il avait précipité la dissolution des solidarités et des identités villageoises, a paradoxalement contribué à accroître l’importance de l’institution municipale dans la vie quotidienne des ruraux : la municipalité a en effet joué le rôle de relais de la pénétration du pouvoir central dans les campagnes (c’est par l’intermédiaire du maire que les paysans accèdent à certaines ressources publiques)[5] [5] Sur ce point, voir les analyses fines de C. Thibon,
2 Le clergé post-révolutionnaire, tout imprégné d’une conception englobante du magistère religieux[6] [6] Y. Déloye,
suite
3 Il est vrai que sous le régime du Concordat, les sphères de compétence respectives du prêtre et du maire continuent de se superposer en partie. Cette indétermination relative quant au tracé de la ligne de partage entre le temporel et le spirituel non seulement fait surgir quantité de points de friction potentiels (la municipalité et la cure s’affrontent au sujet de la sonnerie des cloches[7] [7] A. Corbin,
suite
4 Le recours, sans cesse plus systématique dans les querelles villageoises, à une rhétorique anticléricale témoigne de l’affirmation d’une conscience municipale, mais encore de la progressive laïcisation des appartenances territoriales. Si, comme l’affirme Philippe Boutry, « la paroisse assume en France, à la veille de la Révolution, l’ensemble des fonctions dévolues à la territorialité, […] exprime et définit la communauté des habitants »[8] [8] P. Boutry, « Remarques sur la laïcisation du territoire...
suite, elle cesse progressivement, à mesure que la pratique religieuse et que la foi s’individualisent, de jouer ce rôle de matrice de la vie collective et des identités villageoises. On assiste au dépérissement de la vie associative paroissiale, désormais spécialisée dans les activités purement spirituelles[9] [9] P. Goujon, Le vigneron citoyen. Mâconnais et Chalonnais...
suite.
5 Au xixe siècle, le pouvoir municipal s’efforce d’affirmer son emprise sur l’espace communautaire et de prendre le contrôle de la gestion du temps social[10] [10] B. Delpal,
suite
6 Il faut encore ajouter que le clergé catholique conçoit la relation pastorale en se référant à un modèle – celui du berger menant son troupeau – que lui inspire une conception contestée de l’ordre social. Cet idéal d’une communauté déférente et unanime[11] [11] Dont Timothy Le Goff et Donald Sutherland ont souligné...
suite, où chacun est à sa place et s’en satisfait, apparaît de plus en plus difficile à atteindre. On trouverait certes bien des exemples de ces curés chefs de village capables de mobiliser toute une paroisse dans un ambitieux projet de construction d’une église neuve[12] [12] Voir par exemple P. Boutry, Prêtres et paroisses…, op. ...
suite. Mais les mutations qui affectent la société française une fois franchi le mitan du siècle – l’accroissement de la mobilité résidentielle, la pénétration dans les campagnes des idées démocratiques, l’affirmation d’une citoyenneté individualisée, la consolidation de la petite exploitation indépendante… – rendent illusoire la perpétuation de modes traditionnels de domination. D’où peut-être la propension des curés, confrontés à ces communautés laïcisées, de moins en moins dociles, plus conflictuelles, à imposer brutalement leur autorité. Mais cet « esprit de domination » – révélateur des difficultés rencontrées – ne fait en réalité qu’alimenter une hostilité latente.
7 L’essor sans précédent, à compter des années 1840, d’une érudition ecclésiastique au sein de laquelle le clergé paroissial se révèle particulièrement dynamique s’inscrit dans ce contexte d’une émancipation des masses paysannes. Il participe d’une stratégie plus globale de reconquête d’une autorité chancelante. Car l’Église a très tôt pris conscience de ce que la pratique de l’histoire micro-locale des paroisses, dont le clergé s’était fait une spécialité, parce qu’elle s’apparentait à une forme d’appropriation des lieux par une petite élite d’intellectuels de village[13] [13] B. de L’Estoile, « Le goût du passé. Érudition...
suite, pouvait contribuer à renforcer l’emprise du clergé sur les collectivités villageoises.
Une recomposition du champ de l’érudition locale
8 Il est nécessaire, si l’on veut pouvoir apprécier en quoi l’investissement des petites notabilités villageoises dans la recherche historique peut être une source de prestige, de considération, de spécifier les propriétés sociologiques de la nébuleuse érudite. En effet, écrire l’histoire d’une paroisse ou d’une commune (entités que le xixe siècle définit comme autant de parcelles microscopiques du grand tout national), revient à participer à une entreprise collective : l’exploration, par quelques milliers d’érudits provinciaux, de la France locale.
9 À la fin de l’Ancien Régime, la recherche locale est en effet une activité très élitiste, dont le développement n’est pas sans rapport avec l’affirmation, dans les milieux dirigeants des grandes villes du royaume, d’une conscience régionale. On assiste à la faveur de la Révolution à l’amorce d’un processus d’élargissement de la base sociale du champ de l’érudition provinciale, déjà perceptible dans les dernières décennies du xviiie siècle[14] [14] Nous suivons ici les analyses très pénétrantes de F. ...
suite. Sous le règne de Louis-Philippe, la bourgeoisie capacitaire se révèle très active, aux côtés de l’ancienne aristocratie foncière, dans la vaste entreprise de mise en valeur de la France locale qui caractérise cette période. La sociabilité érudite n’en demeure pas moins un univers très fermé de notables instruits disposant de ressources et de loisirs[15] [15] J. -P. Chaline,
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suite). En revanche les salariés, les employés, les boutiquiers sont totalement absents de cet univers avant les toutes dernières années du siècle[17] [17] J. -P. Chaline, Sociabilité…, op. cit. ...
suite.
10 C’est dans les années 1835-1840 que furent publiées les premières monographies de commune ou de paroisse rurales. Auparavant, les historiens ne s’intéressaient guère à l’histoire de ces petites localités. Mais, dans un contexte de valorisation de la sphère locale[18] [18] S. Gerson, The Pride of Place. Local Memories and Political...
suite et d’intensification du travail d’inventaire du patrimoine architectural des provinces, l’érudition est portée à la miniaturisation de la description[19] [19] Phénomène bien mis en évidence par O. Parsis-Barubé,...
suite. Les auteurs de monographies qui travaillèrent sous le règne de Louis-Philippe, affiliés pour la plupart à une ou plusieurs sociétés savantes, appartenaient aux catégories privilégiées de la société française. Mais très vite, dès les années 1850-1860, des chercheurs d’origine plus modeste sont venus s’agréger à cette première génération d’historiens de village. C’est pourquoi la composition du groupe des savants amateurs ayant produit au moins un article, une brochure ou un ouvrage portant sur une commune rurale en particulier diffère assez nettement de celle des érudits pris dans leur ensemble. Le dépouillement systématique des bulletins périodiques édités par trente-trois sociétés savantes nous a permis de relever le nom de deux cent cinquante auteurs pour lesquels nous disposons d’informations relatives à leur identité sociale[20] [20] Précisons que n’ont pas été pris en compte, dans ces...
suite. La publication de ces bulletins sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France a été l’un des critères qui ont présidé à leur sélection. Le dossier « sociétés savantes » de cette bibliothèque numérique permet en effet de consulter la quasi-totalité des périodiques édités par les groupements érudits d’Aquitaine[21] [21] Bulletin de la société historique et archéologique du...
suite, de Lorraine[22] [22] Mémoires de l’Académie de Stanislas [1853-1931]. Annales...
suite, de Bretagne et de Vendée[23] [23] Bulletin de la Société archéologique et historique des...
suite. On ne peut évidemment espérer, sur la base d’un échantillon aussi restreint, aller au-delà de la mise au jour de quelques grandes propriétés du champ de l’érudition villageoise. Cependant il ressort clairement de l’exploitation de ces données que l’histoire micro-locale des villages est dominée par trois grandes figures : le curé de campagne, l’instituteur laïque et le propriétaire titré. 23,7 % des auteurs sont en effet des hommes d’église, pour la plupart desservants d’une succursale. 20,7 % sont des instituteurs de campagne. 15,9 % des propriétaires nobles. Les diplômés du supérieur, largement majoritaires dans le champ de l’érudition, ne représentent que 18,5 % des auteurs de monographie de village.
11 Près de la moitié des auteurs (44,4 %) sont par conséquent de modestes intellectuels de village, en général spécialisés dans l’histoire de la localité où ils résident et où ils exercent leurs fonctions. L’invention, aux alentours de 1840, de la monographie de commune s’est accompagnée d’une démocratisation du champ de l’érudition. Mais c’est par la petite porte que ces chercheurs de village pénètrent dans un univers encore très élitiste. Si les cadres dirigeants de la sociabilité savante, de même que les inspecteurs d’académie ou que les évêques férus d’histoire, ne cessent d’encourager l’étude des localités rurales (par exemple en organisant des concours de monographies), ce type d’exercice ne s’en situe pas moins au dernier degré de l’échelle du prestige intellectuel. La rédaction d’une monographie de village n’est d’ailleurs jamais une fin en soi : elle s’inscrit toujours dans une entreprise plus ambitieuse, telle que l’élaboration de l’histoire d’un diocèse, d’un département ou d’une province … Des érudits de village on attend d’abord qu’ils fournissent des détails, un matériau brut, que d’autres, plus savants et plus habiles, sauront exploiter. Ils doivent s’interdire toutes considérations personnelles, résister à la tentation d’énoncer des généralités. Les qualités requises pour réaliser une bonne monographie sont la patience, le labeur, l’exactitude, l’exhaustivité, bien plus que la hauteur de vue. La plupart des auteurs semblent d’ailleurs avoir accepté ce statut subalterne qui leur est assigné. Ainsi l’abbé Goustat dans sa monographie de La Linde (Dordogne) :
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13 Les historiens de village aiment à se comparer à des ouvriers apportant leur petite pierre à l’édification d’un vaste monument (assimilé, dans le cas des monographies des paroisses d’un diocèse, à une cathédrale).
14 En fait, la déconcentration du labeur que préconisent ceux qui souhaitent associer un réseau d’érudits de village à l’élaboration collective d’une histoire provinciale ou nationale repose sur le principe d’un partage social du travail intellectuel. Car ces instituteurs et ces curés, qui ne peuvent se prévaloir du titre de savant qu’à condition de se cantonner dans l’étude de l’infiniment petit, sont pour la plupart sortis du peuple. Et leur investissement souvent passionné dans la recherche historique n’est pas sans rapport avec une trajectoire sociale ascendante.
Prestige de l’intellectuel de village
15 Bien des difficultés rencontrées par les curés de campagne dans leur paroisse doivent en effet être mises en relation avec la modestie de leurs origines familiales. Faute de disposer de l’autorité naturelle que confère, dans cette société, l’appartenance aux classes possédantes, et confrontés à la montée des oppositions, les prêtres vont être de plus en plus nombreux à chercher une source nouvelle de considération dans la constitution d’un savoir relatif à la paroisse dont il sont titulaires.
16 Quantité de travaux ont mis en évidence la démocratisation et la ruralisation du recrutement du clergé après la Révolution[25] [25] On pourra en particulier se reporter à la synthèse de...
suite. Tandis que sous l’Ancien Régime le clergé séculier était majoritairement issu de la bourgeoisie urbaine, au xixe siècle les curés de campagne sont pour la plupart des fils d’artisan ou de cultivateur. Certes, la proportion de prêtres nés en ville continue d’être supérieure à celle des urbains dans l’ensemble de la société. Cependant le contingent de curés originaires des campagnes dépasse généralement 50 % (la proportion de ruraux augmente dans les diocèses les plus fervents). On observe par ailleurs une tendance séculaire à l’accroissement de la part des curés nés dans une commune rurale[26] [26] La part des fils de cultivateur parmi les jeunes garçons...
suite. Toutefois les curés de campagne sont rarement issus des catégories les plus modestes de la société villageoise. On ne compte parmi eux qu’une infime minorité de fils de domestique ou de journalier (leur nombre tend cependant à augmenter au cours du xixe siècle). Et le niveau d’instruction de leur géniteur est nettement supérieur à la moyenne[27] [27] R. Gibson, Les notables et l’Église dans le diocèse...
suite.
17 L’ordination n’en est pas moins perçue dans les campagnes comme une forme de promotion sociale. La rédaction d’un article, d’une notice ou d’un ouvrage d’histoire locale, travail qui sera adressé au comité compétent d’une institution savante, commenté en séance, publié dans un bulletin périodique et parfois récompensé par un prix, vient sanctionner l’accession de son modeste auteur à l’élite des gens instruits. Certes, il est rare que les auteurs des toutes premières monographies paroissiales, lorsqu’ils exposent leurs motivations, évoquent la nécessité pour le clergé rural de fonder son autorité sur des bases neuves. Ces travaux procèdent essentiellement du goût apparemment désintéressé d’une petite minorité de prêtres pour l’étude du passé local. Mais à une époque où l’illettrisme régresse et où les paysans, qui en perçoivent davantage l’utilité, accordent sans cesse plus d’importance à l’instruction, l’inscription d’un petit notable dans la nébuleuse érudite est une source de prestige et de considération.
18 Ajoutons qu’il n’est pas du tout certain que l’enseignement dispensé dans les séminaires ait directement contribué à susciter, parmi ces fils de laboureurs ou d’artisans, des vocations d’érudits. Avant les années 1860, la place accordée à l’histoire dans la formation des prêtres est pratiquement nulle. L’accent est mis sur l’acquisition d’un savoir directement utile à l’exercice du ministère paroissial, le reste étant jugé accessoire. Le séminaire est d’abord le lieu où le futur prêtre intériorise les « vertus » propres à son état : piété, décence, réserve, chasteté … « Le “bon prêtre” du xixe siècle apprend au séminaire une règle de vie, un mode spécifiquement clérical de comportement et de pensée fondé sur la discipline intérieure et extérieure, la maîtrise des gestes et des paroles, l’ordre et la mesure »[28] [28] P. Boutry, « “Vertus d’état” et clergé intellectuel »,...
suite. Les premières générations de prêtres concordataires ne brillent guère par leur culture intellectuelle. Et l’on peut affirmer que les curés historiens qui ont travaillé dans les années 1840-1870 étaient, en matière de recherche érudite, de vrais autodidactes. C’est seulement après 1860 que l’Église, soucieuse de donner à ses membres les moyens d’affronter les polémiques du siècle, va renforcer la part de la science et de l’histoire dans l’enseignement dispensé au séminaire[29] [29] S. Milbach, Prêtres historiens et pèlerinages du diocèse...
suite.
19 De manière générale tout est mis en œuvre, au séminaire, pour tenir le futur prêtre à l’écart du monde. Et ces curés sortis du peuple font figure, dans leur paroisse, d’hommes à part : étrangers aux valeurs de la culture villageoise, ils vivent en marge de la sociabilité ordinaire. Dans les diocèses les plus pratiquants, où le taux d’ordination est élevé, les curés de paroisse n’officient certes jamais très loin de la localité dont il sont originaires. Ajoutons qu’il n’est pas rare qu’un prêtre, auteur, déjà, de travaux consacrés à l’une des paroisses où il a exercé son ministère, se consacre, la retraite venue, à l’histoire de son village natal. Il n’empêche que le moule du séminaire a fait du prêtre un être à part : le port de la soutane est le signe extérieur d’une mise à distance du monde profane.
20 L’attitude toute de réserve et d’autoritarisme qui les caractérise n’est pas sans rapport avec leur trajectoire sociale ascendante : la conscience de s’être élevés au-dessus du commun des mortels peut expliquer leur obsession de la préséance, l’importance qu’ils accordent aux manifestations minuscules de leur suprématie, leur volonté de tout régenter – ce que les contemporains désignent comme l’« esprit de domination » du clergé, lequel alimente en retour la contestation anticléricale.
L’histoire locale, moyen d’apostolat rural
21 Il est évidemment très difficile pour ces curés, qui, observe Philippe Boutry, vivent la relation pastorale « sur le mode de la distance et de l’exclusion »[30] [30] Prêtre et paroisses…, op. cit. ...
suite, de réaliser dans leur paroisse l’idéal qu’ils ne cessent de poursuivre d’un rapport fusionnel avec leurs ouailles. Mais précisément la pratique de l’histoire, dès lors qu’il s’agit d’une histoire locale, susceptible d’intéresser les paysans, offre à ces curés cloîtrés dans leur presbytère[31] [31] La fréquentation de l’élite des sociétés savantes...
suite la possibilité de nouer, avec la communauté des paroissiens, des relations d’un type nouveau. En premier lieu parce que le travail d’enquête fournit un prétexte pour aller à la rencontre des anciens, interrogés au sujet d’un usage, d’une tradition, d’une légende, d’un épisode de l’histoire de la localité[32] [32] L’abbé Pouchous, auteur d’une monographie de Plonévez-Porzay...
suite… Et c’est aussi, bien sûr, en diffusant auprès de la population la somme de connaissances qu’ils ont accumulées que les prêtres érudits manifestent leur appartenance à la communauté villageoise. Les familles sont invitées à se plonger dans la lecture d’opuscules qu’on a pris soin de distribuer et qui signalent symboliquement la présence du pasteur au cœur même des chaumières. Les nombreuses dédicaces adressées aux paroissiens sont à ce propos fort révélatrices. En voici deux exemples :
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24 L’alphabétisation des campagnes offre aux curés soucieux de s’ouvrir au monde de nouvelles possibilités de communication avec les fidèles. Le bulletin paroissial constitue d’ailleurs l’un des principaux vecteurs de diffusion, dans les villages, de ce savoir historique local[35] [35] Abbé Maurice, L’histoire locale. Moyen d’apostolat...
suite.
25 Dans les toutes dernières années du xixe siècle, plusieurs disciples de Frédéric Le Play proches de la Société des Agriculteurs de France ont pris conscience de ce qu’une certaine familiarité entre les paysans et les « autorités sociales » était la condition de la perpétuation dans les campagnes de rapports de domination paternalistes. C’est dans le but d’encourager et de faciliter cette reconquête par les notables volontiers absentéistes de leur statut de guides naturels des collectivités villageoises que ces militants de l’agrarisme conservateur lancent, en 1897, un concours annuel de monographies communales. En employant leurs loisirs à écrire des monographies, affirme l’auteur d’un opuscule programmatique, les notables « verraient tomber la barrière des préjugés que la différence de situation élève entre eux et le paysan, s’ils prenaient la peine de converser familièrement avec lui, de s’enquérir de ce qui le préoccupe, de ce qui le touche, de ce qui lui manque »[36] [36] A. Mascarel, De l’intérêt des monographies de communes,...
suite. À vrai dire, bien davantage que des riches propriétaires terriens, ce sont des instituteurs et des desservants de paroisse qui vont entendre cet appel et participer au concours.
26 Il est difficile d’apprécier dans quelle mesure les curés historiens de village qui écrivaient dans les années 1850-1880 avaient pleinement conscience de ce que leur statut d’érudits contribuait à fonder leur autorité locale, et d’évaluer jusqu’à quel point la volonté de conserver l’estime des villageois motivait leur investissement dans la recherche. Il est clair, en revanche, qu’au début du xxe siècle les hommes d’Église savent tous les bénéfices que le curé de campagne peut tirer de la pratique de l’histoire. En témoignent notamment les réactions enthousiastes qu’a suscitée la publication par l’abbé Maurice, curé de la paroisse de Frequiennes (Seine-Maritime), d’un petit ouvrage intitulé L’histoire locale. Moyen d’apostolat rural[37] [37] Abbé Maurice, L’histoire locale…, op. cit. ...
suite. Dans une lettre de félicitation adressée à l’auteur, Mgr Ruch, évêque de Strasbourg, observe que le curé,
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28 Jean Guiraud, rédacteur en chef de La Croix, affirme de son côté que l’histoire peut contribuer à rapprocher le curé de ses ouailles :
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30 L’histoire, observent encore plusieurs interlocuteurs de l’abbé Maurice, rend plus attrayant le bulletin paroissial. Elle permet en outre de pénétrer dans les mileux hostiles[39] [39] Ainsi Mgr Grente, du Mans : « Je connais des...
suite.
La paroisse : petite patrie et grande famille
31 Au xixe siècle, la mise en récit par l’érudition locale de l’histoire des villages de France et la diffusion auprès d’un lectorat populaire de la somme de connaissances ainsi accumulée ont favorisé l’émergence d’une nouvelle conscience territoriale. Dans le même temps, en effet, le double processus de repli des familles paysannes sur la sphère privée et d’intégration des villages à l’État-Nation provoquait le dépérissement des solidarités traditionnelles, dont la vie coutumière constituait pour l’essentiel le socle. L’alphabétisation des populations rurales, qui impliquait la disparition de toute une culture orale essentiellement collective – puisque conditionnée par l’intensité des échanges à l’intérieur du groupe –, fut l’un des principaux facteurs de la décomposition des solidarités coutumières[40] [40] Sur ce point particulier, voir la conclusion de F. Furet...
suite. Cependant le passage d’une culture de la communication orale à une culture de la lecture et de l’écrit ne s’est pas véritablement accompagné de la dilution des appartenances territoriales et des identités villageoises. On assiste plutôt, au cours de cette période charnière, à une reconfiguration des identités de terroir. L’élaboration d’un savoir historique sur les communes ou les paroisses rurales, les procédures d’inventaire sélectif de leur patrimoine architectural et de leurs traditions, ont produit une nouvelle territorialité villageoise. La mise à la disposition des habitants de ce stock de connaissances a favorisé l’émergence d’une conscience historique locale, qui fut un puissant facteur de cohésion. Et aussi une source de prestige pour tous ceux qui, par un patient travail d’exploration des archives, ont contribué à faire advenir cette mémoire collective. Écoutons l’abbé Élie, curé de Saint-Contest (Calvados). Pendant un quart de siècle, il a recueilli quantité de faits relatifs à l’histoire de cette localité, s’enquérant en particulier auprès des vieillards des événements de la Révolution :
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33 Ajoutons que cette histoire locale qu’invente l’érudition villageoise après 1840 n’est jamais que la réplique en miniature de la grande histoire nationale (elle en reproduit les principales articulations chronologiques). Les historiens du terroir ont travaillé à la promotion d’une identité cumulative : l’appartenance des paysans à la petite patrie municipale médiatise leur inscription dans la grande patrie française, laquelle réunit en un faisceau harmonieux l’ensemble des 36 000 petits organismes locaux[42] [42] H. Pérès, « Identité communale, République et...
suite.
34 Très impliqué dans cette vaste entreprise de redéfinition des coordonnées de l’identité villageoise, le clergé séculier s’est trouvé en concurrence avec une foule d’érudits laïques, dont la plupart professaient des opinions diamétralement opposées aux siennes[43] [43] Sur les instituteurs et le local : J. -F. Chanet, L’École...
suite. Et les hommes d’Église ont toujours refusé d’abandonner à leurs adversaires le soin de relater l’histoire des communes rurales. À cela rien d’étonnant, puisque, sous le couvert de recherche érudite, c’est toute une conception de l’ordre communautaire que véhiculent les monographies de village. Il faut rappeler que durant tout le xixe siècle, les différentes familles politiques s’opposent quant à la manière de définir le lien social en relation avec la territorialité[44] [44] S. Hazareesingh, From Subject to Citizen : the Second...
suite. Pour les monarchistes les plus hostiles à l’individualisme supposé destructeur de la Révolution française, la perpétuation des solidarités communales était la condition de la restauration d’une société paternaliste, organiciste et décentralisée. La commune, héritière des anciennes communautés d’habitants, née de la nature même des choses, à l’image de la famille dont elle n’est qu’une extension, est le cadre à l’intérieur duquel peut s’organiser le patronage notabiliaire. Et les châtelains vont s’efforcer de réaliser dans la pratique – par l’évergétisme municipal ou paroissial – cet idéal d’une communauté fondée sur la domination consentie, et soudée par la vigueur du sentiment religieux[45] [45] C. -I. Brelot, La noblesse réinventée : nobles de...
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35 C’est une définition conservatrice de la localité, propre à légitimer l’autorité des notables traditionnels que les ecclésiastiques distillent par petites touches dans leurs travaux. L’assimilation de la paroisse à une grande famille patriarcale en constitue le noyau dur. La métaphore désigne un idéal à atteindre : celui d’une communauté fondée sur l’acceptation par les membres du groupe de la tutelle bienveillante du pasteur, et sur l’existence de sentiments de mutuelle affection. Inutile de souligner combien ce type de discours peut contribuer à gommer tout l’arbitraire du pouvoir clérical. Mais il s’agit aussi de disqualifier et de désamorcer le conflit, dont on sait par expérience qu’il peut nourrir la contestation. « Nous appelons malheur pour une localité, écrit le desservant de Sucé (Loire-Inférieure), une scission qui divise les habitants, entretient les haines, suscite les querelles et partage les forces »[46] [46] Abbé P. Grégoire, Essais historiques…, op. cit. ...
suite. Et le même auteur, évoquant le différend qui a agité la commune de Gorges (Loire-Inférieure) au sujet de la construction d’une école de filles, observe que :
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37 Par ailleurs, l’écriture d’une monographie offre l’occasion aux curés historiens d’insister sur la dimension religieuse des appartenances territoriales et des identités villageoises :
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39 L’administration des sacrements vient sanctionner l’inscription des fidèles dans la communauté paroissiale.
40 C’est parce qu’ils ont clairement conscience de ce que l’intégration des villages dans la Nation risque de provoquer l’éclatement des cadres sociaux traditionnels, et met en péril les fondements même de leur autorité, qu’un nombre sans cesse croissant de curés s’acharnent à promouvoir, au moyen d’un savoir historique local, une nouvelle conscience territoriale. Mais ils s’efforcent aussi, dans leurs monographies, de mettre en valeur cette France des terroirs que menace l’avènement d’une civilisation urbaine. De démontrer aux jeunes paysans, tentés par l’exode vers la ville, que le bonheur vrai est à l’ombre du clocher, et qu’en s’éloignant de leur chaumière, ils courent au devant de cruelles désillusions. Apprenez à mieux connaître votre petite patrie, ne cessent de marteler les historiens de village, vous apprendrez à mieux l’apprécier. Les auteurs de monographies communales se donnent pour ambition de faire l’éloge de la France des petites patries locales. L’idée, sans cesse ressassée, en des formules stéréotypées, selon laquelle c’est en s’attachant à sa petite patrie que les paysans apprendront à aimer la France est censée conjurer le risque, inhérent à l’intégration nationale, d’un affaiblissement des attaches locales, prélude au déracinement.
41 La valorisation de la sédentarité par cette idéologie localiste dont la monographie paroissiale est l’un des principaux vecteurs procède aussi de l’idée (qu’exprime notamment Thiers dans son fameux discours du 31 mai 1850 sur les modalités d’attribution du droit de vote) que les habitants des villages sont soumis à un système de contraintes morales et de surveillance informelle auxquelles le migrant, lui, échappe. La « vile multitude » est bien cette foule immorale qui se dérobe à l’emprise du groupe en se fondant dans l’anonymat des grandes villes. L’exode rural apparaît de cette manière comme une acte d’insubordination.
42 Enfermer les paysans dans le local. Telle était l’ambition de cette science historique des villages dont les curés et les succursalistes furent, aux côtés des instituteurs républicains, les principaux protagonistes. Il s’agissait, en apprenant aux paysans à s’intéresser à l’histoire de leur paroisse, d’alimenter cet amour du clocher dont l’intensité seule pouvait soustraire les ruraux au champ d’attraction des villes. Mais aussi de perpétuer des solidarités communautaires qui conditionnaient la reproduction de formes traditionnelles de domination. Reste à savoir quel fut l’impact réel de ce type de stratégie d’appropriation d’un groupe et d’un territoire. Il est difficile, en l’état actuel de nos connaissances, d’en apprécier l’efficacité. Mais de toute évidence, les correspondants de l’abbé Maurice firent preuve de beaucoup d’optimisme. L’histoire locale fut peut-être un bon moyen d’apostolat rural ; mais qu’un nombre considérable de curés s’y soient consacrés n’a pa suffi à empêcher l’avènement d’une société sécularisée. Et en dépit des efforts déployés par les historiens du terroir pour convaincre leurs lecteurs de la supériorité de la vie au sein des petites patries villageoises, les communes rurales ont continué de se dépeupler.
Notes
[ *] Maître de conférences d’histoire contemporaine à l’Université de Bretagne Sud, membre du Cerhio (UMR 6258).
[ 1] En particulier dans l’Ouest, où paroisse et communauté d’habitants étaient sous l’Ancien Régime deux institutions à peine différenciées. Sur le traumatisme consécutif aux réformes de 1789-1790, voir notamment C. Tilly, La Vendée : révolution et contre-révolution, Paris, Fayard, 1970, et D. M. G. Sutherland, Les Chouans : les origines sociales de la contre-révolution populaire en Bretagne, Rennes, Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, 1990.
[ 2] P. Boutry, Prêtres et paroisses au pays du curé d’Ars, Paris, Le Cerf, 1986.
[ 3] F. Ploux, Guerres paysannes en Quercy. Violences, conciliations et répression pénale dans les campagnes du Lot (1810-1860), Paris, La Boutique de l’Histoire, 2002, p. 230 et suiv. Sous l’Ancien Régime, on faisait bien davantage appel au curé (N. Castan, Justice et répression en Languedoc à l’époque des Lumières, Paris, Flammarion, 1980, p. 34-47).
[ 4] Rappelons cependant qu’avant 1884, et hormis sous la IIe République, les maires ne sont pas élus, mais désignés par le préfet parmi les conseillers municipaux (cette dernière contrainte est même levée sous l’Empire et sous l’Ordre moral).
[ 5] Sur ce point, voir les analyses fines de C. Thibon, 
[ 6] Y. Déloye, 
[ 7] A. Corbin, 
[ 8] P. Boutry, « Remarques sur la laïcisation du territoire rural. Commune et paroisse en France au xixe siècle », in Territoire et territorialité, Laboratoire de sciences sociales de l’ENS, n° 1, 1983, p. 45. Cette symbiose est bien plus poussée dans l’Ouest que, par exemple, dans le Midi des consulats.
[ 9] P. Goujon, Le vigneron citoyen. Mâconnais et Chalonnais (1848-1914), Paris, Éditions du CTHS, 1993, p. 17 sq.
[ 10] B. Delpal, 
[ 11] Dont Timothy Le Goff et Donald Sutherland ont souligné la prégnance dans l’imaginaire des royalistes en Bretagne au xviiie siècle : T. J. A. Le Goff, D. M. G. Sutherland, « The Revolution and the Rural Community in Eighteenth-Century Brittany », Past and Present, 62, 1974, p. 96-119.
[ 12] Voir par exemple P. Boutry, Prêtres et paroisses…, op. cit. La lecture du journal de l’abbé Jean-Baptiste Allain, curé de la paroisse de Crossac (Loire-Inférieure), permet d’observer comment se construit l’autorité d’un curé de campagne dans une région où le poids de l’Église est considérable. À la fois bâtisseur d’une nouvelle église, défenseur des intérêts matériels de la communauté, censeur impitoyable des déviances morales, l’abbé règne en maître absolu sur ses paroissiens. Abbé Allain, 
[ 13] B. de L’Estoile, « Le goût du passé. Érudition locale et appropriation du territoire », Terrain, n° 37, septembre 2001, p. 123-138.
[ 14] Nous suivons ici les analyses très pénétrantes de F. Guillet, Naissance de la Normandie. Genèse et épanouissement d’une image régionale en France, 1750-1850, Caen, Annales de Normandie, 2000, et « Entre stratégie sociale et quête érudite : les notables normands et la fabrication de la Normandie au xixe siècle », Le Mouvement Social, avril-juin 2003, p. 89-111.
[ 15] J.-P. Chaline, 
[ 16] En 1870, les sociétés savantes bretonnes spécialisées dans les études historiques comptent, parmi leurs membres, 6,1 % d’ecclésiastiques. J.-Y. Guiomar, 
[ 17] J.-P. Chaline, Sociabilité…, op. cit.
[ 18] S. Gerson, The Pride of Place. Local Memories and Political Culture in Nineteenth-Century France, Ithaca - Londres, Cornell University Press, 2003.
[ 19] Phénomène bien mis en évidence par O. Parsis-Barubé, 
[ 20] Précisons que n’ont pas été pris en compte, dans ces calculs, les innombrables monographies réalisées par des curés ou des instituteurs à la demande de leurs supérieurs hiérarchiques (dans le cadre par exemple d’un concours académique ou d’une exposition scolaire).
[ 21] Bulletin de la société historique et archéologique du Périgord [1874-1937]. Actes de l’Académie royale [puis nationale] des sciences, belles lettres et arts de Bordeaux [1839-1930]. Recueil des Actes de la commission des arts et monuments de la Charente-Inférieure [1860-1921]. Revue de l’Agenais et des anciennes provinces du Sud-Ouest [1874-1936].
[ 22] Mémoires de l’Académie de Stanislas [1853-1931]. Annales de la Société d’Émulation du département des Vosges [1861-1912]. Annuaire de la Société d’histoire et d’archéologie lorraine [1888-1926]. Bulletin mensuel de la Société d’archéologie lorraine [1901-1927]. Bulletin de la Société d’archéologie lorraine [1849-1858]. Bulletin de la Société d’archéologie et d’histoire de la Moselle [1858-1874]. Bulletin de la Société philomathique vosgienne [1875-1930]. Journal de la Société d’archéologie et du comité du Musée lorrain [1853-1900]. Mémoires de l’Académie nationale de Metz. Mémoires de la Société d’archéologie lorraine [1852-1932]. Mémoires de la Société des lettres de Bar-le-Duc [1871-1923]. Mémoires de la Société philomathique de Verdun 1840-1901]. Le Pays lorrain [1904-1919].
[ 23] Bulletin de la Société archéologique et historique des Côtes-du-Nord. Revue de Bretagne et de Vendée [1854-1914]. Annales de la Société académique de Nantes et de la Loire-Inférieure [1830-1914]. Annuaire départemental de la Société d’Emulation de la Vendée [1855-1914]. Bulletins et mémoires de la Société d’émulation des Côtes du Nord [1837-1937]. Bulletin de la Société polymathique du Morbihan [1861-1930]. Bulletins et mémoires de la Société archéologique d’Ille-et-Vilaine [1862-1936]. Bulletin de la Société archéologique du Finistère [1874-1924]. Bulletin de la Société d’histoire et d’archéologie de Nantes et de Loire-inférieure [1859-1921]. Revue historique de l’Ouest [1885-1901]. Bulletins et mémoires de la société archéologique du départ. d’Ille-et-Vilaine [1862-1921]. Ont également été consultés : Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie. Bulletin monumental de la Société française d’archéologie. Mémoires de la Société des sciences naturelles et d’antiquités de la Creuse [1847-1913]. Société historique et archéologique de l’arrondissement de Pontoise et du Vexin [1879-1921]. Bulletin de la Société d’études d’Avallon [1860-1914]. Bulletin de la société des agriculteurs de France [1897-1908].
[ 24] « La Linde et les libertés communales à Linde », Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1883, p. 76.
[ 25] On pourra en particulier se reporter à la synthèse de R. Gibson, A Social History of French Catholicism, 1789-1914, Londres, Routledge, 1989, notamment p. 63 sq.
[ 26] La part des fils de cultivateur parmi les jeunes garçons admis au séminaire de Brou est en constante augmentation au cours du siècle : elle atteint déjà 94 % à la fin de la Restauration (P. Boutry, « “Vertus d’état” et clergé intellectuel : la crise du modèle « sulpicien » dans la formation des prêtres français au xixe siècle », in Problèmes d’histoire de l’éducation. Actes du séminaire de l’École française de Rome et l’Universita di Roma « La Sapienza », Rome, École française de Rome, 1988, p. 223. Même poids écrasant des ruraux au séminaire de Lyon (91 %, Ibid.)
[ 27] R. Gibson, Les notables et l’Église dans le diocèse de Périgueux, 1821-1905, thèse de doctorat d’histoire, Université de Lyon III, 1979. Même constat dans le diocèse du Mans, où l’artisanat et le petit commerce fournissent un grand nombre de prêtres (ils sont fils de cordonnier, de tailleur, de charpentier, de boucher, de boulanger). Leur niveau d’instruction est supérieur à celui de la paysannerie. P. Foucault, « L’origine socio-professionnelle du clergé sarthois durant la période concordataire (1801-1905) », in 
[ 28] P. Boutry, « “Vertus d’état” et clergé intellectuel », art. cit., p. 216. Voir aussi C. Langlois, « Le temps des séminaristes. La formation cléricale en France aux xixe et xxe siècles », in Problèmes d’histoire de l’éducation…, op. cit., p. 229-255.
[ 29] S. Milbach, Prêtres historiens et pèlerinages du diocèse de Dijon (1860-1914), Dijon, Éditions Universitaires de Dijon, 2000.
[ 30] Prêtre et paroisses…, op. cit.
[ 31] La fréquentation de l’élite des sociétés savantes vient compenser l’isolement moral dont souffrent les curés que leur statut de lettrés marginalise au village.
[ 32] L’abbé Pouchous, auteur d’une monographie de Plonévez-Porzay (Finistère), interroge les vieillards au sujet de la célébration de la messe dans une chapelle disparue (Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, 1891). Jean-Marie Guilloux, vicaire à Brandivy (Morbihan), enquête auprès des anciens sur la pratique religieuse et recueille de leur bouche des légendes locales (« Études sur une paroisse bretonne. Brandivy », Revue historique de l’Ouest, 1890). L’abbé Grégoire, pour écrire l’histoire des guerres de Vendée aux Eschaubrognes, sollicite la mémoire familiale (« Les Eschaubrognes », Revue historique de l’Ouest, 1899).
[ 33] Abbé P. Grégoire, Essais historiques sur la paroisse de Sucé (commune de la Loire-Inférieure), Nantes, Imprimerie de Vincent Forest et Emile Grimaud, 1876.
[ 34] Une commune rurale avant la Révolution ou Histoire de la baronnie de Merville. Pays de Guyenne. Sénéchaussée et diocèse de Toulouse, Toulouse, E. Privat, 1891, rééd. Paris, Le Livre d’histoire, 2003.
[ 35] Abbé Maurice, L’histoire locale. Moyen d’apostolat rural. Justification et méthode, Rouen, chez Lestringant, 1937. L’abbé Gabard, curé de Saint-Aubin-de-Baubigné, aurait diffusé huit cents exemplaires de son travail dans la localité (des Deux-Sèvres), dédié à ses paroissiens.
[ 36] A. Mascarel, De l’intérêt des monographies de communes, Ligugé, Imprimerie Saint-Martin, 1900. Sur ce concours, dont l’initiateur fut Émile Cheysson, un disciple de Le Play, voir les Comptes rendus des travaux de la Société des Agriculteurs de France, t. XXVIII, 1897, et suivants.
[ 37] Abbé Maurice, L’histoire locale…, op. cit.
[ 38] J. Guiraud, rédacteur en chef de La Croix, ibid.
[ 39] Ainsi Mgr Grente, du Mans : « Je connais des Bulletins paroissiaux qui n’ont pénétré en des milieux hostiles que par les notes historiques publiées par le curé : l’histoire a fait passer les conseils du pasteur ». Ibid., p. XIX.
[ 40] Sur ce point particulier, voir la conclusion de F. Furet et J. Ozouf in Lire et écrire. L’alphabétisation des Français de Calvin à Jules Ferry, Paris, Éditions de Minuit, 1977, p. 358.
[ 41] Abbé Elie, 
[ 42] H. Pérès, « Identité communale, République et communalisation. À propos des monuments aux morts des villages », Revue française de science politique, 39/5, 1989, p. 665-690.
[ 43] Sur les instituteurs et le local : J.-F. Chanet, L’École républicaine et les petites patries, Paris, Aubier, 1996.
[ 44] S. Hazareesingh, From Subject to Citizen : the Second Empire and the Emergence of Modern French Democracy, Princeton, Princeton University Press, 1998.
[ 45] C.-I. Brelot, La noblesse réinventée : nobles de Franche-Comté de 1814 à 1870, Paris, Les Belles Lettres, 1992, 2 vol.
[ 46] Abbé P. Grégoire, Essais historiques…, op. cit.
[ 47] Abbé P. Grégoire, Paroisse et commune de Gorges. Département de la Loire-Inférieure, 1912 [rééd. Imprimerie graphique de l’Ouest, 1990].
[ 48] A. Mascarel, « L’amour du clocher. Principe d’attachement au sol natal », in 
Résumé
Au lendemain de la Révolution, les villageois sont sans cesse plus nombreux à contester l’autorité du clergé paroissial. Après 1860, cette mise en cause devient radicale. En outre, l’autorité du prêtre souffre de la progressive laïcisation des appartenances territoriales : la vie religieuse ne joue plus le rôle de matrice de la sociabilité villageoise. À partir des années 1840, les hommes d’Église ont pris conscience de ce que la pratique de l’histoire micro-locale des paroisses pouvait contribuer à renforcer l’emprise du clergé sur les collectivités villageoises. Le curé qui met en récit le passé du village contribue à faire émerger une conscience historique locale, laquelle constitue un puissant facteur de cohésion. Par ailleurs les curés érudits s’efforcent, dans leurs travaux, de promouvoir une définition de la localité propre à légitimer leur autorité : la paroisse est assimilée à une grande famille patriarcale et les auteurs insistent sur la dimension religieuse des identités territoriales.
In the years after the French Revolution, an ever-increasing number of villagers contested the authority of the parish clergy. After 1860, this challenge became more radical. The priest’s authority suffered further erosion from the progressive secularization of the village notion of belonging: religious life no longer played a central role in the matrix of village sociability. Beginning in the 1840s, men of the Church became aware of the practice of local parish history and how it could reinforce the prestige and local influence of the clergy. The curé who wrote an historical account of the village contributed to the emergence of local historical consciousness, itself a powerful cohesive influence. In addition, the historian-priests endeavored in their work to promote a definition of the local community in a way that could legitimate their own authority: the parish was compared to a large patriarchal family and the authors emphasized the religious dimension of village identity.
PLAN DE L'ARTICLE
- Une recomposition du champ de l’érudition locale
- Prestige de l’intellectuel de village
- L’histoire locale, moyen d’apostolat rural
POUR CITER CET ARTICLE
François Ploux « Les curés historiens de village et les tentatives de restauration de l'autorité cléricale après la Révolution », Le Mouvement Social 3/2008 (n° 224), p. 21-33.
URL : www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2008-3-page-21.htm.
DOI : 10.3917/lms.224.0021.




