2001
Le Moyen Age
Constructions chrétiennes d’un espace politique
Dominique IOGNA-PRAT
CNRS – Auxerre
Les anthropologues de la territorialité nationale posent aux historiens la
question des « origines » propre à expliquer la nature de l’ancrage identitaire
dans le territoire
[1]. En matière de nation, dans le sens actuel du terme – qui
date du XVIIIe siècle dans sa variante culturelle (Herder) ou politique
(Rousseau) –, le médiéviste n’a pas grand-chose à dire, sinon que la genèse
des États au cours du Moyen Âge éclaire, mais indirectement, le problème
des « protonationalismes », ce qui revient à dire que le nationalisme
moderne s’alimente à nombre de matériaux anciens, manières de
rémanences médiévales
[2]. Sur la question de la patrie et de l’histoire – ou
plutôt les histoires – de l’appartenance à un territoire national, le médiéviste
a, en revanche, beaucoup à apporter. C’est ce que nous tenterons de rappeler
sur la base d’une étude classique (E. Kantorowicz) et de publications
récentes
[3], mais suivant un angle d’attaque particulier : la « spatialisation du
sacré» dans l’Occident médiéval. L’anthropologue A. Zempléni a défini la
patrie comme une « aire de rémanence possible de toutes sortes de
territorialités antérieures – religieuses, politiques, linguistiques, ethniques,
culturelles –
[4]». En nous focalisant sur les deux premières de ces formes de
territorialité, nous essaierons de voir comment l’Église, tout en entraînant les
fidèles vers l’Au-delà, s’est constituée comme un pouvoir ici-bas, comment
la chrétienté latine s’est définie comme une monarchie spirituelle
territorialisée, phénomène propre à marquer toute l’histoire occidentale des
formes d’encadrement, de contrôle, de sujétion (en un mot, l’histoire des
pouvoirs, et à faire des théories politiques médiévales avant tout des
théologies politiques.
1 Patria: antécédents romains et carolingiens
Dans un article célèbre (
Pro patria mori), E. Kantorowicz considérait que, pour
les Grecs et les Romains, la
patria était d’abord la cité par opposition à
l’Empire,
Orbis romanum,
patria lointaine sans référent territorial. L’étude
récente de Y. Thomas remet en cause le consensus historiographique qui
règne chez les spécialistes de l’Antiquité autour du principe territorial de la
cité, « mode d’appartenance à la communauté politique et à ses divisions se
fondant sur le territoire plutôt que sur la lignée ». En fait, dans l’organisation
de la cité antique, le
lien ancestral prévaut sur le
lieu
[5]. Il faut attendre le Moyen
Âge occidental pour voir se renverser la notion d’« origine » et s’opérer un
« reflux de l’ancestralité au profit du sol (reflux du lien au temps et montée
du lien au sol qui sont une condition pour qu’émerge une véritable pensée du
territoire, une véritable organisation étatique territoriale
[6]».
Reprenant à nouveaux frais le dossier de la
patria articulée à l’
origo,
Y. Thomas énonce un principe de base : la disjonction entre patrie locale
(
patria propria) et patrie romaine (
patria communis) et le passage de l’une à
l’autre. Suivant ce principe, on n’est citoyen romain qu’à travers sa propre
patrie et on continue à être dans sa propre patrie à Rome. Cette fiction
territoriale confère au sol de la Ville (et à son représentant, l’empereur) une
véritable ubiquité parce que les
patriae propriae sont incorporées à la
patria
communis. Il ne s’agit pas d’un État territorial mais d’un espace mêlant
l’hétérogénéité des différentes
patriae propriae et l’ubiquité d’une
patria
communis. Ce couple notionnel posé, Y. Thomas précise ce qu’est la
patria
propria. Ce n’est pas le lieu de résidence (
domicilium qui fait l’
incola mais pas
le citoyen), ni le lieu de naissance. C’est le lieu d’origine (
origo), le
lien
d’ascendance sur trois générations, la patrie des aïeux qui fait le citoyen
romain. Dans les faits, les trois termes –
domicilium, lieu de naissance,
origo –
peuvent se confondre, mais le droit romain postule leur disjonction
[7]. Rome
même, la
patria communis, a une
patria propria, une
origo rituelle, qui n’est pas
dans la Ville mais à Lavinium, où la légende des origines troyennes de Rome
fait débarquer Énée
[8].
La riche étude de Y. Thomas invite à penser que l’histoire ultérieure de la
notion de
patria, cela jusqu’à l’époque contemporaine, n’est sans doute rien
d’autre qu’un jeu de variations à l’infini sur ce couple notionnel de base repris
et infléchi à volonté: la
patria propria est ainsi réaménagée de façons multiples
pour devenir le lieu de naissance et de résidence, tandis que la
patria
communis est investie par la chrétienté (au ciel et sur la terre), par l’Église
romaine, par telle monarchie nationale ou telle principauté territoriale.
L’important est de noter qu’au départ
patria suppose de jouer sur deux
registres – microscopique et macroscopique – et que la notion ne renvoie
jamais à un espace homogène et borné. De ce point de vue, les travaux sur les
noms de pays – à commencer par l’étude du cas catalan aux Xe-XIIe siècles
menée par M. Zimmermann ou celui de la Touraine étudié par É. Lorans
[9] –
permettent de montrer qu’à la référence au « pays », qui joue sur des
localisations géographiques tangibles (à défaut d’être toujours précises),
s’articule la relation à la
patria, au sens restreint ou large mais toujours floue
et émotionnelle du terme. Dire des relations de dépendances (ma
patria
propria, le comté, le duché, le royaume, la chrétienté, la patrie céleste…) ne
suppose donc pas de définir une inscription territoriale précise.
La
patria médiévale a bénéficié, depuis une vingtaine d’années, des
importants travaux de l’École allemande publiés dans la série
Nationes, en
particulier sous la plume de J. Ehlers, B. Schneidmüller et Th. Eichenberger.
Ces travaux répondent pour partie aux thèses défendues par l’historien
hongrois J. Szúcs dans son livre,
Nation und Geschichte, paru en allemand en
1981
[10], et regardent largement, par ailleurs, du côté français. La tentative qui
est faite dans cette note à deux voix
[11] de mêler trois modèles nationaux
(Allemagne, France, Hongrie) s’inscrit donc largement dans le cadre des
tentatives d’analyse comparée qui marquent, depuis les années cinquante,
l’historiographie du protonationalisme médiéval. On se contentera d’abord
de résumer les apports récents de l’École allemande sur la notion de
patria au
haut Moyen Âge (jusqu’au Xe siècle), sur la base de l’ouvrage de Th.
Eichenberger. Les alentours de l’an Mil offrent un tournant commode à notre
analyse qui se poursuivra dans trois directions. Nous nous intéresserons à la
construction politique et territoriale entreprise par les Capétiens dans
l’ancienne Francie occidentale des Carolingiens, appelée à devenir
regnum
Francorum puis
regnum Franciae, avant de nous tourner vers une construction
politique neuve, le royaume de Hongrie. Pour sa part, P. Monnet se penche,
dans cette même livraison du
Moyen Âge, sur la
patria médiévale vue
d’Allemagne
.
L’installation des peuples germaniques aux Ve-VIe siècles dans les parties
occidentale et septentrionale de l’ancien Empire romain contribue à
régionaliser ce qui était pensé jusque-là comme une
oikumèné, un espace
politique unifié mais multiculturel. Avec les Francs, les
gentes sont
regroupées dans le cadre de
regna qui récupèrent les anciennes divisions
territoriales romaines et contribuent à une fixation juridiquedes
populations.
Ciuitates et
pagi sont, dès le VIIe siècle, assimilées à des
patriae
(patria Andegauensis, patria Aruernica…), mais à chacune de ces
ciuitatespagipatriae répond un droit« national » (salique ou burgonde par exemple); il
s’agit de ressorts juridiques qui, à terme, concernent tous les habitants qu’ils
soient d’origine germanique ou gallo-romaine
[12]. Comme dans le monde
romain, l’appartenance juridique à la
patria se fait sous la forme d’un lien à
ses aïeux sur trois générations sans qu’il y ait une nécessaire adéquation de
la
patria aux lieux de naissance et de résidence. Ce principe est encore celui
des souverains et législateurs carolingiensqui exigent que « chacun observe
la loi et la coutume de sa patrie » (
ut uniuscuiusque patriae legem uel
consuetudinem obseruaret)
[13]. Au total, les
patriae propriae renvoient donc à la
gens, au
mos et à la
lex.
Au cours du haut Moyen Âge, la notion de patria propria comme foyer
originel – patri–atria – tend à incorporer le lieu de naissance, absent de la
définition romaine. Isidore de Séville soutient déjà, au VIIe siècle, qu’on
« appelle patrie un lieu de naissance commun » (Patria autem uocata quod
communis sit omnium qui in ea nati sunt). Il faut néanmoins des siècles pour que
cette définition passe, si l’on peut dire, au rang de lieu commun; Hugues
d’Honau dit ainsi, sur un air d’évidence vers 1180, que « la patrie est ce qui
unit diverses familles à un lieu de naissance et d’habitation » (Unio patriae est
qua diuersae hominum familiae in unius loci natiuitate uel habitatione
uniuntur). C’est qu’au XIIe siècle, au terme d’une évolution fort longue –
comme l’attestent désormais massivement les travaux archéologiques
relatifs aux terroirs, à la genèse du village et à la naissance du cimetière
chrétien –, les populations sont fixées aussi bien d’un point de vue temporel
(seigneuries) que spirituel (paroisses). Dans les deux cas, on notera que le
rapport territorial est médiat : ce sont les liens de dépendance à un protecteur
(le seigneur laïc ou le saint patron) qui déterminent l’inscription dans un lieu.
Le haut Moyen Âge conserve le couple notionnel de basehérité du monde
romain : patria propria (adaptée à la ciuitas et au pagus, puis confondue avec
le lieu de naissance, de résidence et d’inhumation) et patria communis qui tend
à désigner l’aire plus vaste de l’Empire carolingien, puis des royaumes et des
principautés territoriales. Par quelles voies l’ancienne notion romaine de
patria communis a-t-elle été adaptée à une réalité socio-politique nouvelle ? Il
s’agit là d’une question complexe qu’il serait possible d’aborder en suivant
de nombreuses pistes. Les historiens allemands font ainsi remarquer que,
dans le monde germanique, la langue a incontestablement été, dès les IXe-Xe
siècles, un véhicule d’unification « patriotique ». Nous nous en tiendrons ici
à un facteur essentiel, mais bien sûr pas unique, la sacralisation de la notion
de patria communis.
E. Kantorowicz a fait remarquer qu’avec le christianisme, la
patria
communis de l’Antiquité est montée au ciel. Un simple exemple
hagiographique permettra de mesurer la profondeur de la notation. Saint
Germain d’Auxerre meurt en 448 à Ravenne
[14]. Suivant son biographe,
Constance de Lyon, c’est le Christ lui-même qui annonce au saint qu’il va
gagner la « patrie », lieu du repos éternel (
ad patriam non ad peregrinationem te
dirigo ubi habebitis quietem et requiem sempiternam). Mais le mourant demande
à l’impératrice Galla Placidia que « le limon de son corps soit remis à sa
patrie » ([…]
ut gleba corporis sui patriae redderetur). Le saint n’oublie certes pas
sa
patria propria, mais la
patria communis qu’il mérite de gagner est désormais
céleste.
Au même titre que les structures territoriales romaines dans lesquelles
l’Église latine se glisse, la
patria se trouve progressivement christianisée
[15].
Cette
patria communis christianisée est, ensuite, dans les mondes
wisigothique et carolingien au cœur de théories politiques qui consacrent la
« trinité»
rex/princeps, gens, patria. Le prince ou le roi, considéré comme le
pater patriae, est investi de la mission divine de protéger les gens de sa patrie.
Pareille identification de la
gens et de la
patria au
pater patriae explique peut-être l’image du tripode (une des figures de la trifonctionnalité médio-latine
attestée en Angleterre dès le Xe siècle) suivant laquelle les trois ordres
fonctionnels qui organisent la société chrétienne (orants, guerriers,
producteurs) sont résumés dans la personne royale
[16]. L’époque
carolingienne et surtout le IXe siècle, dans le contexte de la seconde vague
d’invasions (Normands, Sarrasins, Hongrois), contribuent d’une façon
déterminante à la sacralisation de la notion de
patria communis. La
defensio
patriae est définie comme une obligation morale, un devoir de solidarité.
Celui qui mène la lutte est considéré comme
proditor patriae, expositor
christianitatis. La
patria est la
patria christianorum par opposition aux païens et
aux infidèles. C’est sur ce terreau que s’élabore ensuite, aux XIe-XIIIe siècles,
la notion de croisade, effort collectif de construction d’une
patria communis
universelledotée d’un centre, la
Terra sancta, point d’articulation entre les
deux dimensions de la
patria communis, terrestre et céleste.
Au terme de cette évolution, acquise entre les années 1100 et 1200, tout le
problèmeest de savoir dans quelle mesure s’opère ou ne s’opère pas le
transfert de cette patria communis sacrée à une entité politique donnée. À ce
propos, E. Kantorowicz a formulé deux hypothèses de travail relatives à la
sacralisation du pouvoir royal encore opérantes pour notre réflexion
d’aujourd’hui :
1. L’influence du mouvement de croisade et de la notion de Terre
saintesur la conception du
regnum; aux XIIe-XIIIe siècles, suivant l’exemple
donné par la levée d’impôts pour les croisades, se réalise le transfert à
certains royaumes (France et Sicile par exemple) d’un impôt
ad tuitionem ou
ad defensionem patriae avec phénomène de sacralisation de l’entité bénificiaire
(
Francia Deo sacra)
[17]; d’où l’assimilation de la mort pour la défense de la
couronne au martyre qui permet d’accéder à la vie éternelle
[18]. Ajoutons que
ce contexte « sacrificiel » favorise, par ailleurs, la conception médiévale
d’une subordination de la
patria propria à la
patria communis, la première
devant être sacrifiée à la seconde
[19].
2. La définition d’un nouveau concept organologique de l’État, avec
transfert de l’Église au royaume de la notion de
corpus mysticum – après être
passé, dans le contexte de la discussion autour du réalisme eucharistique
suscitée par Béranger de Tours au milieu du XIe siècle, du Christ corps
mystique à l’Église corps mystique. Deux autres influences se sont
combinées à la première pour définir ce nouveau concept organologique du
regnum : d’une part, le droit romain et la notion de
persona ficta pour désigner
groupes et communautés; d’autre part, l’éthique et la doctrine sociale
aristotéliciennessuivant lesquelles chacun fait
par nature partie d’une
communauté sociale. Au carrefour de toutes ces influences, la
patria
(
communis ou
propria, c’est-à-dire quelle que soit sa dimension : village, ville,
province royaume, univers) prend les atours d’un
corpus mysticum
[20].
Sur la base des hypothèses de travail d’E. Kantorowicz, réexaminées à la
lecture d’études récentes relatives aux historiographies nationales ou
dynastiques et aux doctrines politiques tout au long du Moyen Âge classique
(1000-1300), nous évoquerons maintenant deux modèles de sanctification
d’un espace patriotique : la construction capétienne, modèle d’une
« surchristianisation » de la royauté et de la patrie; le royaume hongrois
christianisé et sanctifié par la famille des Árpads.
2 La patria du roi de France « Très chrétien »
Le
regnum capétien est le cadre d’affirmation, dès le XIe siècle, d’un principe
dynastique et monarchique permettant la création d’un espace de
souveraineté, de légitimité, de gouvernement, avec un élargissement
progressif à tout le royaume de la référence franque – phénomène
d’inclusion auquel on peut opposer, dans l’Empire, le rétrécissement de cette
même référence à la Franconie
[21]. Pareille affirmation est rendue possible – là
encore dans un singulier contraste avec la situation de l’Empire – au prix
d’une « surchristianisation » du
regnum
[22]. Ce vaste problème suppose d’être
examiné dans un cadre chronologique assez ample : depuis 987, date de
l’avènement d’Hugues Capet, jusqu’à 1298, année de la canonisation de
Louis IX, plus connu sous la figure royale emblématique de « Saint Louis ».
Les Capétiens sont pourtant partis de bien bas. À l’avènement d’Hugues
Capet, en 987, le
regnum se limite en pratique à l’Île-de-France, principauté
territoriale traditionnelle des Robertiens
[23]. Ce sont alors les « intellectuels »,
c’est-à-dire les hommes d’Église – aussi bien moines qu’évêques –, qui
contribuent à sauvegarder le principe royal dans un mouvement profond qui
mène d’Abbon de Fleury, abbé de Saint-Benoît (Fleury-sur-Loire) au
tournant de l’an Mil, jusqu’à Suger, abbé de Saint-Denis au XIIe siècle. Cette
sauvegarde passe par quatre voies principales : l’idéologie des trois ordres
fonctionnels, la sanctification liturgique et hagiographique de la personne
royale, la paix et la suzeraineté.
–L’idéologie des trois ordres fonctionnels a permis l’assimilation d’une
conception de l’ordre (aussi bien social que cosmique) sous la forme d’une
collaboration étroite entre les orants dirigés par les évêques ou les moines et
les guerriers menés par le roi. Quelle que fût pratiquement la faiblesse de ce
dernier, le principe de son pouvoir comme garant de l’ordre n’a jamais été
entamé
[24].
–Le premier sacre capétien connu, celui de Louis VI en 1108, se déroule
suivant l’
ordo dit de Fulrad datant du dernier quart du Xe siècle. Cet
ordo
contribue à assimiler le sacre royal à un sacre épiscopal, ce qui permet à
certains clercs, tel Hugues de Fleury au XIIe siècle, de soutenir que « le roi
dans son royaume semble être l’image du Père tout-puissant et l’évêque du
Christ »
[25]. Au service de la conception d’un roi-prêtre, dont l’onction est
surnaturelle, on mobilise la légende rémoise de la sainte ampoule créée par
Hincmar au IXe siècle et on établit un lien direct entre le baptême de Clovis
et le sacre du roi. Il ne restait plus, ensuite, qu’à sanctifier le souverain. Alors
que les Carolingiens n’ont pas produit de saint, dès le XIe siècle, on songe à
sanctifier Robert II dit le Pieux, auquel Helgaud de Fleury consacre une Vie
montrant le roi à l’école du Christ. C’est également avec Robert, décrit en
train de toucher les malades, que démarre la tradition des pouvoirs
guérisseurs du roi oint. Tel est le terreau qui aboutit, à l’époque encore
lointaine des procédures romaines de sanctification, à la canonisation de
Saint Louis (1298).
–La vieille notion carolingienne de paix identifiée au roi ne s’est jamais
vraiment perdue. Mais dans la pratique, fin Xe et courant XIe siècle, la paix du
royaume c’est d’abord la Paix de Dieu, autrement dit la paix des assemblées
menées par les ecclésiastiques. La réappropriation royale de la paix date des
règnes de Louis VI et de Louis VII. Dans sa Vie de Louis VI, Suger présente
la « défense des églises et des pauvres » comme inhérente à l’office royal
[26];
recourant à une métaphore spatiale fort éloquente, il parle de « l’asile ouvert
à tous de la majesté royale »
[27]. Sous la régence assurée par Suger à l’occasion
de la IIe croisade (1147-1149), un privilège romain place le royaume capétien
sous la protection du Siège apostolique. Paix de Dieu et paix du prince,
protection des églises et protection du royaume tendent alors à se confondre.
Quelques années plus tard, le pouvoir supérieur du roi en matière de paix est
explicitement affirmé. Sur la base de la législation ecclésiastique antérieure,
l’ordonnance royale de 1155 formule que tout bris de paix non sanctionné par
le juge ordinaire (seigneur ou prince) et donc susceptible de dégénérer
concerne le roi.
–La pensée théologico-politique de Suger et des moines de Saint-Denis,
véritable « atelier de Vulcain » de la royauté capétienne (l’expression est de
Bernard de Clairvaux), est fortement imprégnée de la pensée de leur saint
patron, identifié par erreur à Denys l’Aréopagite, l’auteur néoplatonicien des
Hiérarchies célestes et ecclésiastiques. Sans doute la conception dionysienne de
l’ordre du monde sous la forme d’une structure hiérarchisée n’a-t-elle pas été
sans influence sur la façon de penser le royaume et la place du roi comme
suzerain au sommet de la hiérarchie féodale. Le royaume idéal de Suger est
ainsi conçu sous la forme d’une hiérarchie de fiefs dans la mouvance du roi
qui occupe le faîte de cette construction. On notera aussi avec intérêt que c’est
à cette époque (le milieu du XIIe siècle) que les clercs au service du roi
commencent à utiliser pour figurer le
regnum la référence corporelle
familière au vocabulaire ecclésiologique. Le royaume est un corps dont la
tête est le roi. Il est doué d’unicité dans la diversité. C’est pourquoi l’on parle
du
totum regnum Francorum et de l’
uniuersitas regni. À court terme, dès le
courant du XIIIe siècle, cette unicité dans la diversité identifiée à la tête royale
permet de passer du
regnum Francorum au
regnum Franciae, le tout d’un
royaume aux membres divers s’identifiant à une partie, la
Francia, l’ÎledeFrance, cœur du domaine royal. Il convient d’ajouter que le processus
d’abstraction politique à l’œuvre dans la formulation de l’
uniuersitas regni a
été facilité par le recours à la notion de
corona regni. Le terme de couronne
désigne au départ l’ornement du sacre conservé à l’abbaye de Saint-Denis.
Mais l’insigne devient progressivement le support d’une représentation
abstraite, distincte de la personne physique du roi censé le porter, « un
principe supérieur symbolisant la permanence de la fonction royale, le cercle
idéal dont la substance est constituée de toutes les églises et de toutes les
seigneuries du royaume
[28] ». La métaphore physiologique du
regnum, corps
du roi entouré de légistes (si prégnante dès le règne de Philippe IV le Bel), va
contribuer, par ailleurs, à la constitution de « corps » de grands serviteurs de
l’État.
Dans le long processus d’affirmation d’une
patria communis capétienne,
identifiée au « royaume de France » – terme qui apparaît en 1205 –, le règne
de Philippe II Auguste (1180-1223) représente un temps de maturation
capital tant sur le plan pratique que sur celui des représentations. Le
royaume se dilate; il se structure en unités administratives (bailliages,
sénéchaussées) référées au centre symbolique qu’est le roi; il se fixe, en se
dotant d’une capitale, Paris, où sont installés les instruments du pouvoir
(archives, trésor) et que l’on qualifie, comme la Rome de jadis, de
patria
communis, façon de dire que tous les habitants des différentes
patriae propriae
du royaume sont chez eux dans la capitale
[29]. C’est du règne de Philippe II que
date la notion, formulée par le pape Innocent III (lettre
Per venerabilem de
1202), de « roi empereur en son royaume ». C’est à cette époque aussi qu’est
mise en forme la première historiographie royale
[30]. Rigord (v.1186-1206)
entreprend les
Gesta Philippi Augusti poursuivis par Guillaume le Breton
jusque vers 1120 et destinés à servir plus tard de point de départ aux
Grandes
chroniques de France. Guillaume le Breton entreprend également la rédaction
des
Philippides pour célébrer la victoire de Bouvines, en 1214, contre
l’Empereur Otton IV, Jean sans Terre et le comte de Flandre, Ferrand. Les
thèmes développés dans ces textes sont à placer aux lointaines origines de la
« naissance de la nation France » étudiée par C. Beaune
[31]. Le
regnum est décrit
comme un espace purifié par le souverain,
rex christianissimus, qui nettoie la
France des hérétiques et bannit les juifs
[32]. On célèbre l’union du roi et de son
peuple. À la naissance de l’héritier, Louis VIII, en 1187, la joie inonde « tout
le peuple de Paris et l’ensemble des provinces » du royaume (
uniuersas
prouincias). La victoire de Bouvines est celle du souverain et de son peuple
tout entier, nobles et gens des communes faisant corps avec le roi. Tout le
royaume « communie dans une même ferveur » :
« Maintenant, en tous les lieux où s’étend le sol de notre vaste
royaume, qui contient en son sein tant de bourgs, tant de châteaux,
tant de comtés, tant de duchés […] toute ville, tout village, tout
château, tout pays ressent avec la même ardeur les joies d’une
victoire commune à tous, et s’attribue en propre ce qui appartient
à tous en commun, en sorte que ces applaudissements universels
se répandent en tous lieux, et qu’une seule victoire a fait naître
mille triomphes [33]. »
Dans ce texte très riche, on retiendra le jeu sur les parties et le tout sous la
forme d’une appropriation de ce qui est commun, la victoire, référence
unique appelée à se démultiplier en « mille triomphes ». Au titre des parties,
on notera que cette célébration patriotique fait une place aux « pays » (pagi),
référence locale pensée dans le vaste concert d’une patrie commune.
Il convient de dire un mot pour finir des effets à long terme de la
« surchristianisation » de la royauté capétienne accomplie entre le XIe et le
XIIIe siècle. Ces effets peuvent être placés sous deux rubriques : d’une part,
la naturalisation du roi et du royaume, d’autre part la survalorisation du rôle
que le roi de France est amené à jouer dans la chrétienté.
Le Moyen Âge conçoit l’ordre comme une disposition naturelle voulue
par Dieu. S’attaquer à l’ordre, c’est aller contre la nature. Dans ces conditions,
on peut comprendre que la « surchristianisation » du souverain capétien ait
amené les clercs de l’entourage royal à recourir à la notion de nature. Dans
sa Vie de Louis VI, Suger dit déjà qu’il n’est « ni permis, ni naturel que les
Français soient soumis aux Anglais, ni même les Anglais aux Français »
[34].
Dès le XIIIe siècle, le régnicole, sujet du roi de France, est qualifié de
« naturel », c’est-à-dire natif du royaume par opposition à l’étranger.
Inversement, on considère que le roi de France ne saurait être que français;
il est le seigneur naturel du royaume par hérédité suivant les conceptions
séminales de l’anthropologie aristotélicienne
[35]. Les princes qui, lors de la
Guerre de cent ans, s’allient à « l’ennemi » anglais sont accusés par leurs
adversaires de crime contre nature. Jean Juvenal des Ursins prononce à leur
encontre et au bénéfice du royaume identifié à l’espace de la réserve
eucharistique, cette sentence très forte :
Vous estes denaturés et à proprement
parler hors de votre tabernacle
[36]. Plus que toute autre, la référence à l’Eucharistie
est propre à suggérer que le royaume est saint.
La sanctification de la personne royale entamée avec Robert le Pieux, au
XIe siècle, et cimentée avec la canonisation de Louis IX, en 1298, aboutit, aux
XIVe-XVe siècles, à la qualification officielle et exclusive au bénéfice du roi de
France de « Très chrétien ». À côté du sacre et du pouvoir thaumaturgique,
d’autres signes célestes manifestent la sainteté ès qualité du souverain
français : l’oriflamme d’origine surnaturelle et le miracle des trois fleurs de
lys censées symboliser la Trinité. Les doctrinaires de l’entourage royal
soutiennent que le souverain est supérieur aux lois (
rex solutus legibus) et que
son pouvoir ne vient pas du pape mais directement de Dieu. Ils connaissent
certes le principe fixé par Thomas d’Aquin suivant lequel tout pouvoir vient
de Dieu qui le confie au prince par l’intermédiaire du peuple (
a Deo per
populum). Pour autant, comme l’a remarqué J. Krynen, en France, à partir de
la fin du XIVe siècle, ce type de considération se trouve évacué: « L’idéologie
montante du roi très chrétien ne peut s’accommoder d’un rappel trop
pressant de l’intervention populaire aux sources de l’autorité
[37] ». D’où un
criant déficit, dans la pensée politique française de la fin du Moyen Âge, en
matière de pacte et de contrat. Le roi étant très chrétien, « son » peuple est
assimilé au peuple d’Israël et le royaume de France à la Terre sainte
[38]. Un rôle
central revient aux Capétiens et à leurs successeurs dans les entreprises de
croisade, aux deux derniers siècles du Moyen Âge mais aussi bien après–
songeons au projet de conquête de l’Égypte présenté par Leibniz à Louis XIV
en 1671-1672
[39].
Si proche de Dieu, le roi « Très chrétien » est amené à secourir l’Église
souffrante en cas de besoin. Le point de départ de cette sollicitude royale se
trouve dans l’affrontement de Philippe IV le Bel et du pape Boniface VIII.
L’un des propagandistes du roi et acteur du drame, Nogaret, soutient qu’en
violentant « la nation gauloise, nation notoirement très chrétienne » (
natio
gallicana, natio notorie christianissima), le pape a péché. C’est donc un
hérétique dont il faut débarrasser la chrétienté
[40]. La France, pays pur qui
« ignore les monstres » (hérétiques, juifs, infidèles– pour reprendre une
formule jadis appliquée par Jérôme à la Gaule), se confond avec l’Église
souffrante qu’il convient de sauver. Lors du Grand schisme, les clercs
français, tel Gerson en 1392, enjoignent au roi de diriger la barque de Pierre
parce que
Toute crestienté, sire, est vostre pais […]
[41]. Dans le long terme du
patriotisme français, les Capétiens puis les Valois parviennent ainsi à élargir
l’acception de la
patria communis: le royaume des Francs métonymiquement
identifié à l’une de ses parties, la
Francia, puis l’ensemble de la
res publica
christiana traditionnellement détentrice, depuis les papes grégoriens à la fin
du XIe siècle, du qualificatif romain de
patria communis. Comme la grenouille
qui se prend pour un bœuf, le « pays » capétien (l’Île-de-France) s’étend
progressivement aux dimensions jamais clairement délimitées ni
circonscrites d’une vaste
patria, le royaume de France et même la Chrétienté.
C’est sur ces bases idéologiques qu’est appelé à se constituer l’absolutisme
national français dont on connaît l’extraordinaire aptitude à la dilatation et
à l’inclusion. Mais dans quelle mesure cette évolution extrême constitue-t-elle une « exception » française ? Seule une approche comparée peut laisser
espérer une réponse.
3 Une patria chrétienne des confins : la Hongrie
[42]
La délicate question des origines hongroises a été rouverte tout récemment
par G. Kristó dans son essai,
Hungarian history in the ninth century
[43].
Reprenant l’ensemble des données fournies par l’archéologie, la linguistique
et les sources écrites – en particulier le
De administrando Imperio de l’empereur
Constantin Porphyrogénète et les mémoires du chroniqueur musulman
Dzsajhani –, l’auteur se penche tour à tour sur l’ethnogenèse des Hongrois,
qui se séparent de la famille obi-ougrienne vers 500 av. J.-C.; leur premier
habitat, la
Magna Hungaria, dans la région de la Volga; ses rapports avec
d’autres peuples : les Huns (suivant une tradition historiographique
occidentale du XIIe siècle), les Turcs, les Khazars, les Petchenèques; la
conquête du bassin des Carpates à la fin des années 800; la question du
leadership politico-religieux et du principat sacré, depuis Levedi, qui organise
la fédération des tribus hongroises (mélange de tribus fino-ougriennes et de
tribus turques) dans les années 830, jusqu’à Árpád (886-907), dont les
héritiers dirigent la principauté puis le royaume hongrois jusqu’au début du
XIVe siècle
[44]. Le prince Géza (970-997) est le premier à recevoir le baptême.
Vajk, son fils, est baptisé son le nom d’Étienne et règne comme prince de 997
à 1000, puis comme roi de 1000 à 1038, la légende voulant que la couronne du
sacre ait été envoyée par le pape Silvestre II. C’est Étienne qui jette les bases
du nouvel État chrétien, créant à la fois les limites territoriales du royaume,
ses structures politiques et ses cadres ecclésiastiques.
Depuis les essais d’I.Bibó et de J. Szúcs, la question du modèle politique
hongrois fait l’objet de discussions animées
[45]. S’inspirant de la typologie
élaborée par Th. Mayer – fort discutée par les historiens allemands actuels –,
J. Szúcs a caractérisé la première construction politique arpadienne de
« suite du prince » (
Gefolgschaft), formée de deux cercles concentriques. Le
premier est constitué de l’Église et d’une aristocratie laïque fermée, définie
par le roi Étienne lui-même, dans l’
Institutio morum – manière de miroir au
prince destiné à son fils Émeric – de « milice » et non pas de « service »
[46]. Le
second cercle comprend une paysannerie hétérogène. La version hongroise
de la vassalité qui structure l’aristocratie repose sur des liens personnels mais
ne constitue pas un système institutionnel enraciné dans le fief (c’est-à-dire
territorialisé)
[47]. De la « suite du prince », on passe, dès la fin du XIIIe siècle,
à un système d’ordres. L’organologie arpadienne est précoce. L’
Institutio
morum fait référence à l’image de l’Église corps du Christ appliquée à l’Église
et au royaume hongrois
[48]. Dès 1270, l’Église et l’aristocratie laïque (qui se
dote des traits distinctifs d’une noblesse et dont le poids quantitatif est
important : 4% de la population contre une moyenne de 1% en Europe
occidentale) se définissent sous la forme d’une
communitas regni qui exclut la
paysannerie. Aux États généraux, les députés de la noblesse se considèrent
comme « les représentants du corps entier du royaume » ; selon la théorie
ultérieure (moderne) de la Sainte Couronne, seuls les nobles peuvent êtres les
membres du corps mystique qu’est le royaume
[49]. Par rapport aux
conceptions organologiques occidentales, le système d’ordres hongrois offre
trois variantes importantes : 1)le peuple est exclu de la
communitas regni; 2)
l’absence des « petits cercles de liberté» (I. Bibó) que sont les communes;
3)le souverain est certes pensé comme la tête du corps que constitue le
royaume, mais le dualisme pouvoir royal/ordres relève d’une organologie
disjointe. Selon J. Szúcs, le royaume hongrois représente un « entre-deux » à
mi-chemin entre le modèle occidental d’un corps politique dépositaire
théorique de la souveraineté – avec deux variantes principalessuivant que
la notion de contrat souverain/peuple est plus (Angleterre) ou moins
(France) exprimée – et l’autocratie impériale orientale (russe), type de société
étatisée depuis le haut. La
via media hongroise serait caractérisée par
l’impossible émergence d’une monarchie nationale s’expliquant tant par le
dualisme politique médiéval que par le contexte moderne après la défaite de
Mohács (1526), l’installation des Turcs, puis l’intégration de l’ancien
royaume dans l’espace politique des Habsbourgs; pour autant, l’existence
d’un
corpus politicum « exclut une subordination unilatérale de type russe à
un absolutisme impérial
[50] ».
En réponse à cet essai de modélisation, historiens et anthropologues ont
accumulé depuis vingt ans les travaux relatifs à la patrie et à la nation
hongroises. Les études récentes d’A. Zempléni offrent à la fois un bon résumé
des discussions actuelles et une stimulante mise en perspective personnelle
des problèmes historiques posés à l’analyste contemporain par le
protonationalisme médiéval hongrois
[51]. Dans le cadre d’une évolution
dialectique du nationalisme belliqueux européen, au cours du XIXe siècle,
qui revient à « prendre la patrie pour le pays, placé sous la souveraineté de
l’État-nation
[52] », A. Zempléni met l’accent sur la disjonction et le
recouvrement partiel de trois termes :
haza, ország, állam. Le dernier,
désignant l’État, est une création du milieu du XIXe siècle. Les deux premiers,
en revanche, obligent à remonter jusqu’au Moyen Âge. Le substantif
haza,
forgé à partir de la racine
ház (maison), apparaît entre 1372 et 1448. Il a quatre
sens principaux : la maison; le lieu de naissance et de résidence; la
communauté des citoyens vivant dans un même espace politique et sous les
mêmes lois; le pays et ses habitants permanents. Ainsi définie, la patrie
hongroise (
haza) renvoie à une inscription territoriale à la fois forte et floue.
Forte, parce que la
haza est pensée comme une « terre sépulcrale », une
manière de « berceau-tombe »
[53]; floue et d’amplitude variable – comme l’est
originellement la patrie, tantôt propre tantôt commune –, la territorialité de
la
haza n’est jamais définie par les limites tangibles de l’État (
állam) et du
ország. Le mot
ország désigne originellement, sous la forme
urszág, l’aire de
souveraineté des chefs de tribus hongrois (
ur). Avec la création du royaume,
au XIe siècle, son acception glisse naturellement de cette première aire à une
seconde, le
regnum, d’abord aire de souveraineté du seul roi, puis des ordres
du royaume dont le roi est la tête. Le terme renvoie à une inscription
territoriale précise; dans le vocabulaire moderne, il désigne le « pays » (la
Hongrie), symboliquement marqué, à l’époque contemporaine, par les
stations du parcours de la Sainte Dextre (la relique de la main de saint
Étienne), qui, au gré des besoins d’affirmation de l’espace national, part pour
sa « marche du pays »
[54].
Pareilles manipulations des restes du premier roi chrétien méritent un
minimum d’examen rétrospectif pour saisir le substrat médiéval des
représentations nationales contemporaines. Cet examen se limitera ici à
l’étude du phénomène de sacralisation du
regnum de Hongrie à l’époque
arpadienne sur la base de travaux récents consacrés aux textes
hagiographiques, qui occupent une place de choix à l’intérieur des premières
sources narratives hongroises rédigées au cours des XIe, XIIe et XIIIe siècles
[55].
Le lancement de la première hagiographie hongroise est lié aux premières
élévations solennelles, en 1083, sous l’impulsion de Ladislas Ier (1077-1095),
qui accède au pouvoir après avoir renversé le roi légitime, Salomon, et se
montre soucieux d’ancrer son règne dans les origines chrétiennes du pays
magnifiées à travers cinq grandes figures de saints : un évêque martyr,
Gérard; deux ermites, André-Zoerard et Benoît; et surtout deux souverains,
Étienne et son fils, mort en bas âge, Émeric. Ladislas est lui-même canonisé
en 1192, poursuivant la lignée des saints rois garants de la sacralité de la
patrie hongroise. Viennent ensuite des saintes femmes d’origine royale :
Élisabeth (1207-1231), fille d’André II, canonisée en 1235 dans un contexte
plus impérial que proprement hongrois, ainsi que Marguerite (1242-1271),
longtemps vénérée, mais qui n’est canonisée qu’en 1943. La dynastie
d’Anjou, qui succède à celle des Árpads avec Charles Ier Robert (1308-1342),
mène une active politique de propagation des saints hongrois dont les
portraits couvrent les murs des églises du pays. C’est l’époque de création
d’un légendier royal, sous la forme de compléments apportés à la
Légende
dorée de Jacques de Voragine qui intègrent les trois rois de Hongrie canonisés,
Ladislas (27 juillet), Étienne (20 août) et Émeric (5 novembre), correspondant
aux typesdu vieux sage (Étienne), du combattant (Ladislas) et du jeune
homme pieux (Émeric)
[56]. Le
Légendaire illustré de Hongrie, sans doute fait à
la demande de Charles Ier Robert, y ajoute les légendes de Démétrius, Gérard,
Louis d’Anjou; à terme, on aboutit à une annexe hongroise officielle à la
Légende dorée. On en vient même à reprocher à Jacques de Voragine d’avoir
mal « agi en n’écrivant rien ni d’Étienne, ni de Ladislas, ni d’Émeric » et l’on
note que c’est à juste titre qu’on l’appelle « Voragine » puisqu’il a « mangé
tous les saints hongrois ». Une édition séparée d’un légendier de saints
hongrois paraît en incunable dès la fin du XVe siècle
[57].
Les recherches récentes de G. Klaniczay
[58] sont consacrées à l’émergence
d’une sainteté royale dynastique dès la seconde moitié du XIe siècle, replacée
dans une perspective comparatiste propre à mettre en valeur à la fois les
influences subies de l’extérieur (modèles anglo-saxon, ottonien, russe, voire
capétien) et les traits originaux. Dans le cadre large d’une histoire comparée
de la royauté sacrée en Europe entre la fin de l’époque carolingienne et le XIIe
siècle, les légendes de saints rois hongrois offrent, en parfaite consonance
avec les tentatives en cours chez les Ottoniens autour des figures de saintes
reines et du saint roi Henri II, la première définition de sainteté d’un roi non
martyr, célébré par sa fonction et dont le caractère sacré peut être héréditaire.
Ce tournant est principalement marqué par les différentes Légendes de saint
Étienne, roi évangélisateur, apôtre et fondateur d’Église,
miles Christi et
défenseur de la chrétienté contre ses ennemis intérieurs et extérieurs.
La
Legenda maior d’Étienne, contemporaine de la canonisation du saint roi,
accorde une place importante à la christianisation de la Hongrie
[59]. Le texte
commence par une référence à l’évangélisation des différentes parties du
monde : Rome et la « monarchie » de l’Empire, divers
regna, principatus et
prouinciae – aucune
patria, aucune
natio n’étant oubliée. Il s’agit là d’une
simple adaptation du thème bien connu de la
diuisio apostolorum. La mission
chrétienne, au lendemain de la Pentecôte, est pensée comme la dilatation
d’un corps dont les saints représentent les membres et le Christ la tête.
L’articulation Christ-saints détermine une répartition des tâches dans
l’œuvre de diffusion du christianisme : le monde relève du Christ, tandis que
les saints s’occupent des partiesdont ils devront répondre le jour du
Jugement, comme le suggère Grégoire le Grand dans l’une de ses homélies
[60].
À l’époque carolingienne, Alcuin traite le problème de façon classique quand
il brosse un inventaire des différentes « patries » des saints : « Pierre et Paul
à Rome, Ambroise à Milan, les saints de la légion thébaine à Agaune, Hilaire
à Poitiers, Martin à Tours, Denys à Paris et Remi en Champagne
[61] ». Un siècle
plus tard – c’est-à-dire au courant du IXe siècle –, la fête de la
diuisio
apostolorum consacre l’unité de l’Église dans la division des propagateurs de
la parole du Christ. L’histoire de la division des apôtres est d’abord rapportée
par les Actes apocryphes des apôtres. Mais c’est Isidore de Séville, dans le
De
ortu et obitu patrum
[62], qui lui donne sa forme canonique, ensuite reprise et
infléchie au gré des besoins ecclésiologiques. Dans le cas de la Hongrie,
l’apôtre est identifié à un roi et la progression de l’évangélisation se confond
avec le mouvement de tout un peuple. La
Legenda maior d’Étienne décrit les
Magyars païens, guidés par la Providence pour châtier les chrétiens, quittant
leurs
sedes naturelles pour gagner leur « patrie » en Pannonie, laquelle ne
devient telle qu’après la christianisation. Adalbert, le missionnaire, baptise
les
alumpni patriae et c’est alors seulement qu’un nom est donné à la terre
d’élection, la Hongrie (
lux in Hungaria)
[63]. On notera la double qualification
dont joue l’auteur : à côté de la
patria, il y a le
regnum Pannonicum
[64], toute la
construction politique des souverains chrétiens arpadiens consistant à faire
correspondre les deux termes.
La Légende et les textes de la liturgie composés en l’honneur d’Étienne
permettent de suivre de façon assez détaillée les modalités de constitution
idéale d’un espace chrétien. Le sermon
De sancto Stephano, en référence au
verset 21 du Ps 9 (
Constitue Domine legislatorem super eos), chante la conversion
des Hongrois, « gentils » qui deviennent des « hommes » grâce à leur saint
roi, apôtre et législateur
[65]. Dans son
Institutio morum, le souverain apprend à
son fils que, par la vertu contraignante de l’étymologie, le qualificatif
augustus attaché au titre de
rex fait obligation au roi d’augmenter (
augere)
l’Église, ce qui revient à dire que sa fonction est de contribuer à la dilatation
du royaume et de la
christianitas
[66]. De son côté, la
Legenda maior s’attache à
décrire l’action d’un roi organisateur d’Église. Il créé dix évêchés et une
métropole, Ezstergom; sous son règne, les églises, les chapitres et les
monastères fleurissent partout, de nombreux clercs, touchés par l’Esprit-Saint, abandonnant leurs
sedes propriae pour se mettre au service du roiapôtre
[67]; il construit, au lieu dit la « montagne sacrée » (Pannonhalma), un
monastère placé sous le patronage de saint Martin
[68], pontife qui protège le
royaume en compagnie de Georges, guerrier et martyr, de la Vierge, à
laquelle le roi consacre la Hongrie, et, bien sûr, du Christ, auquel le roi
s’identifie
in ore, in corde et in cunctis actibus
[69]. Lettres et diplômes royaux
attestent, par ailleurs, une volonté royale de sanctification de l’espace en voie
de christianisation par l’acquisition de reliques. Étienne sollicite l’abbé
Odilon de Cluny
[70]; Ladislas cherche à acquérir des restes de saint Benoît en
s’adressant au Mont-Cassin
[71]; sous son règne, une relique du Saint Sang est
acquise par le monastère Geramszentbenedek
[72]. Plus important pour notre
propos est le marquage de la patrie par le corps du roi. En prélude à
l’évocation de la constitution des cadres de l’Église hongroise et en une
éloquente confusion entre Église (communauté des fidèles) et église
(monument), la
Legenda maior d’Étienne décrit le saint s’allongeant
fréquemment sur le sol de la « sainte église » (
domus sancte ecclesie)
[73]. Ladislas,
magnifié comme « l’athète de la patrie », fait corps avec la terre des Hongrois.
Sa Légende, composée au XIIIe siècle
[74], développe le thème de l’élection du
roi comme chef des armées chrétiennes par les princes participants à la
première croisade – vœu que viennent contrarier la maladie puis la mort du
souverain. À la fin du XVe siècle, Laskai Osvát, dans un sermon en l’honneur
de Ladislas, insiste sur le fait que Dieu a tenu à faire don du corps du saint
roi aux Hongrois et n’a pas permis qu’il se désagrège dans un royaume
étranger
[75]. Les miracles
post mortem mis par écrit dans la Légende de saint
Ladislas sont situés à la fois au cœur du royaume et dans les régions situées
tout autour, comme si le souverain avait pour fonction de protéger les
alentours de la patrie
[76]. On notera, enfin, avec intérêt la fonction judiciaire
que joue la tombe de Ladislas à Nagyvárad (Oradea), « lieu privilégié des
ordalies médiévales hongroises
[77] ».
Le
regnum de Hongrie est identifié, tout au long du Moyen Âge, à la
construction territoriale d’Étienne. Celui-ci et plus encore Ladislas sont
présentés, dans leurs Légendes respectives, comme les défenseurs de la
patria
hongroise – une patrie conçue comme une manière de dilatation du
regnum
situé aux avant-postes de la
christianitas et comme point de départ de
missions, celles des dominicains et franciscains cherchant à convertir les
Coumans au XIIIe siècle ou encore celle du dominicain Julien parti, dans les
années 1230,
in Magna Hungaria évangéliser les Magyars restés au berceau de
la nation. Pareille situation de confins explique l’image de « porte », de « clé»
(
ostium) attachée au royaume dès qu’il est menacé, par les Mongols puis par
les Turcs, – une menace « contre nous » mettant en danger l’ensemble de la
Chrétienté, comme le soutient le roi Béla IV, en 1254, dans une lettre adressée
au pape Innocent IV
[78]. Dans un remarquable phénomène de compression des
rapports périphérie/centre, la « porte » en vient à définir le tout. En 1448,
l’humaniste Jean Vitez, évêque de Warad puis archevêque d’Ezstergom,
parle ainsi de la Hongrie menacée par les Turcs comme de « l’ombilic de
l’Europe ».
Pour autant, le regnum de Hongrie ne se confond pas, au cours du Moyen
Âge, avec une patrie chrétienne, comme cherche à l’être la construction
capétienne périodiquement purifiée de ses hérétiques et de ses juifs. Dès les
origines, c’est un royaume ouvert aux étrangers. Dans l’Institutio morum,
Étienne souligne la valeur de l’accueil :
«[…] les hôtes viennent de divers pays, ils apportent avec eux
différentes langues, coutumes, documents et armes, qui tous
servent à embellir et à orner la cour royale et à donner de la terreur
à l’arrogance des autres nations. Car un royaume qui n’a qu’une
langue et une coutume est faible et fragile [79]. »
Juifs et musulmans habitent le royaume depuis le XIe siècle. Des colons
italiens et saxons s’y installent à partir des années 1140. Après l’invasion des
Mongols (1241-1242), des Coumans et des Iazyges s’établissent
définitivement dans la région entre Danube et Tisza et obtiennent des
privilèges en échange du service militaire. Les uns et les autres représentent
des minorités instituées contribuant à faire du
regnum hongrois une société
multiethnique, multiculturelle et multiconfessionnelle. Comme l’ont montré
les recherches récentes de N. Berend, la présence de ces niches au sein du
royaume ne pose pas, pendant longtemps, de problèmes majeurs
[80]. Rares
sont les tentatives de conversions forcées des musulmans aux XIe-XIIe siècles
et l’on ne connaît qu’une seule expulsion des juifs suivie d’un retour rapide,
dans les années 1360. La différenciation imposée de l’extérieur par le concile
de Latran IV en 1215 et le serment de Bereg sous André II (1205-1235), qui
visent à séparer juifs et musulmans des chrétiens par des signes distinctifs,
se heurtent à une grande force d’inertie. L’évangélisation des Coumans est
lente (elle n’est effective qu’au XVe siècle) et leur identité se maintient très
fortement tout au long du Moyen Âge. Il faut, semble-t-il, attendre les
invasions turques pour que la diversité des confessions au sein du royaume
soit exprimée en termes négatifs. Dans le prologue de sa
Gemma fidei, Laskai
Osvát parle de la multiplicité qui mine le royaume et des dangers qui en
menacent les confins. Au sein du
regnum, la
gens hungarica est nombreuse,
excellente et dominatrice; elle cohabite avec des peuples de « même rite »,
tels les Slaves, les Teutons, les Saxons, mais aussi avec des « schismatiques »
et des « hérétiques », les Grecs, les Valaques, les Arméniens, les Bulgares et
les « perfides » juifs. Aux confins, elle doit contenir la menace, au nord, de la
diabolique Bohême hussite et, au sud, de l’« impie et immonde »
gens
Mahumetica, qui cherche à dévorer et à incorporer le corps et l’âme des fidèles
catholiques.
Au terme de cette rapide exploration des textes majeurs de la première
hagiographie hongroise et sur la base des études mentionnées relatives au
regnum de Hongrie, mais aussi dans l’attente d’un travail d’ensemble sur la
notion de
patria
[81], on peut avancer l’hypothèse que les deux termes,
regnum
et
patria, ont progressivement évolué, des origines jusqu’au tournant des
années 1500, dans le sens d’une disjonction. Dans la première phase de
construction politique arpadienne,
patria désigne de façon privilégiée la terre
d’installation des Magyars convertis et des étrangers qui sont attirés par ce
tropisme chrétien. Mais le terme recouvre alors souvent celui de
regnum, par
exemple dans les diplômes royaux quand il s’agit de désigner l’espace
d’application de la loi et d’exercice de la coutume. Deux facteurs semblent
avoir contribué à ce que, contrairement à ce qui est à l’œuvre en France dans
la construction politique capétienne, les deux termes ne se confondent pas.
Patria, terme référé à la christianisation des origines, ne peut s’appliquer
entièrement au
regnum, qui inclut d’importantes minorités inintégrables
dans l’Église. Mais
patria permet également, au-delà de la construction
territoriale d’Étienne, de penser la dilatation de la Chrétienté aux confins du
regnum. Inversement, les invasions turques et la division du
regnum après la
défaite de Mohács obligent à penser les parties disjointes en termes de
patriae
propriae constitutives d’une
patria communis perdue.
[1]
La présente note bibliographique est l’aboutissement partiel d’un travail
mené au sein d’une équipe de recherche pluridisciplinaire, réunissant des
anthropologues (R. Albert, A. Zempléni), des historiens (D. Iogna-Prat, P. Monnet, D.
Nordman, G. Sankoly) et une psychanalyste (A. Levallois), sous l’intitulé
« Frontières, espaces et identités en Europe », dans le cadre de séminaires organisés
par le CNRS (UMR 5605, Auxerre) et le Collegium Budapest en 1997.
[2]
Voir les travaux anciens commodément rassemblés par C.L.TIPTON,
Nationalism in the Middle Ages, New York, 1972. Pour aborder la question du point de
vue de la genèse de l’État moderne, on se reportera aux différents volumes de
l’entreprise dirigée par W.BLOCKMANS et J.Ph. GENET,
Les origines de l’État moderne en
Europe.
[3]
T.EICHENBERGER, Patria
. Studien zur Bedeutung des Wortes im Mittelalter (6.-12. Jahrhundert), Sigmaringen, 1991; E. KANTOROWICZ,
Pro patria mori in medieval
thought,
American historical Review, t. 56, 1951, p.472-492 (trad. françaisedans
Mourir
pour la patrie, Paris, 1984, p.105-141); J. KRYNEN,
L’Empire du roi. Idées et croyances
politiques en France. XIIIe-XVe siècle, Paris, 1993;
Politik und Heiligenverehrung im
Hochmittelalter, éd. J. PETERSOHN, Sigmaringen, 1994; Y. THOMAS, «
Origine » et
« commune patrie ». Étude de droit public romain (89 av. J.-C.-21 ap. J.-C.), Rome, 1996.
[4]
A.ZEMPLÉNI, Les manques de la nation. Sur quelques propriétés de la
« patrie » et de la « nation » en Hongrie contemporaine,
L’Europe entre cultures et
nations, éd. D.FABRE, Paris, 1996, p.121-155 (ici p.150).
[5]
THOMAS,
« Origine », p. IX et XI.
[6]
Ibid., p.190.
[7]
Ibid., p.55.
[8]
Ibid., p.133s.
[9]
M.ZIMMERMANN, La
patria aux origines de la Catalogne, communication
inédite faite dans le cadre des ateliers du CNRS,
La spatialisation du sacré dans le Moyen
Âge occidental (Auxerre, 1
er mars 1997); É. LORANS,
Le Lochois du haut Moyen Âge au XIIIe
siècle. Territoires, habitats, paysages, Tours, 1996.
[10]
J.SZÚCS,
Nation und Geschichte. Studien, Cologne-Vienne, 1981. Sur cette
étude, voir le long commentaire critique de J.EHLERS, Nation und Geschichte.
Anmerkungen zu einem Versuch,
Zeitschrift für historische Forschung, t. 11, 1984,
p.205-218.
[11]
Voir ci-dessous la contribution de P. MONNET.
[12]
EICHENBERGER, Patria, p.91.
[14]
Vita sancti Germani, éd. R. BORIUS, Paris,1965, p.196-198.
[15]
Sur l’incorporation par l’Église latine des structures territoriales romaines,
voir H.J. SCHMIDT, Grenzen in der mittelalterlichen Kirche. Ekklesiologische und
juristische Konzepte,
Grenzen und Raumvorstellungen (11.-20. Jh.). Frontières et
conceptions de l’espace (11e-20e siècles), éd. G.P.MARCHAL, Zurich, 1996, p.137-162.
[16]
G.DUBY,
Les trois ordres ou l’imaginaire du féodalisme, Paris, 1978, p.127s.
[17]
KANTOROWICZ,
Pro patria mori, p.117 et 119.
[19]
G. POST, Two notes on nationalism in the Middle Ages,
Traditio, t. 9, 1953,
p.284-320 (ici p.287 s. et 291).
[20]
KANTOROWICZ,
Pro patria mori, p.129-131.
[21]
Voir ci-dessous la contribution de P.MONNET.
[22]
Le qualificatif est emprunté à J.KRYNEN.
[23]
Sur les Robertiens et les premiers Capétiens, voir les mises au point
rassemblées à l’occasion du millénaire de l’avènement d’Hugues Capet et publiées
dans la série
Hugues Capet 987-1987. La France de l’an Mil, spécialement le t.3,
Le roi de
France et son royaume autour de l’an Mil, éd. M.PARISSE et X.BARRAL I ALTET, Paris, 1992.
[24]
KRYNEN,
L’Empire du roi, p.23.
[26]
O.GUILLOT, A.RIGAUDIÈRE, Y.SASSIER,
Pouvoir et institution dans la France
médiévale des origines à l’époque féodale, t.1, Paris
, 1994, p.274.
[27]
KRYNEN,
L’Empire du roi, p.36.
[28]
GUILLOT, RIGAUDIÈRE, SASSIER,
Pouvoir et institution dans la France médiévale, t. 1,
p.273.
[29]
Sur la structuration par la royauté de l’espace parisien comme capitale, voir
G.DESMARAIS,
La morphogenèse de Paris des origines à la Révolution, Paris, 1995, p.167-210; je remercie J.MORSEL de m’avoir fait connaître cet ouvrage. Sur l’application à
Paris de la notion de
patria communis, voir P.C.TIMBAL, Civitas parisius, communis
patria,
Économies et sociétés au Moyen Âge. Mélanges offerts à Édouard Perroy, Paris, 1973,
p.661-665.
[30]
KRYNEN,
L’Empire du roi, p.53.
[31]
C.BEAUNE,
Naissance de la nation France, Paris, 1985.
[32]
R.CHAZAN,
Medieval stereotypes and modern antisemitism, Berkeley-Los
Angeles-Londres, 1997, p.52s.
[33]
Cité par KRYNEN,
L’Empire du roi, p.60.
[35]
Ibid., p.333-335.
[39]
A.DUPRONT,
Le mythe de croisade, 4 vol., Paris, 1997, ici t. 1, p.413s.
[40]
KRYNEN,
L’Empire du roi, p.363.
[42]
L’introduction aux sources et à la littérature citées dans les développements
qui suivent m’a été offerte par P. ENGEL, G.KISS, E.MADAS et J.TÖRÖK, que je remercie
chaleureusement.
[43]
G.KRISTÓ,
Hungarian history in the ninth century, Szeged, 1996 [
Histoire de la
Hongrie médiévale, 1.
Le temps des Árpads, Rennes, 2000]; une partie de la matière traitée
dans ce livre se retrouve dans un article du même auteur, La conquête hongroise
(réalité et fiction),
Cahiers d’Études hongroises, t. 8, 1996, p.9-19.
[44]
Une synthèse sur l’histoire du royaume de Hongrie au Moyen Âge est
annoncée par P.ENGEL,
The Realm of St Stephen : a history of medieval Hungary,
895-1526,
Londres, 2001. Il y a également beaucoup à tirer, pour qui lit le hongrois, du
Korai
magyar történeti lexikon (Dictionnaire de l’histoire du Moyen Âge hongrois), en cours de
publication sous la direction de G.KRISTÓ, avec la collaboration de P.ENGEL, F.MAKK,
Budapest, 1995-.
[45]
I.BIBÓ,
Misère des petits États d’Europe de l’Est, Paris, 1986, 2
e éd., 1993 (les essais
rassemblés dans cet ouvrage ont été publiés à Budapest entre 1942 et 1949) ; SZÚCS,
Nation und Geschichte; ID.,
Les trois Europes, trad.franç., Paris, 1985; ID., König
Stephan in der Sicht der modernen ungarischen Geschichtsforschung,
Südost-Forschungen, t. 31, 1972, p.17-40.
[46]
Liber de institutione morum [=
L.I.M.], éd. I.BALOGH,
Scriptores rerum
hungaricarum tempore ducum regumque stirpis Arpadianae gestarum, t. 2, Budapest, 1938,
p.619-627, ici p.623 :
Illi tibi militent, non seruiant.
[47]
SZÚCS,
Les trois Europes, p.56-61.
[48]
De continendo ecclesiastico ritu,
L.I.M., t. 2, p.621; voir SZÚCS, König Stephan,
p.34.
[49]
SZÚCS,
Les trois Europes, p.65 et 106.
[51]
ZEMPLÉNI, Les manques de la nation.
[55]
On trouvera une introduction critique commode aux Légendes de saints
hongrois, due à G. KLANICZAY et à E. MADAS, dans le second volume de la série
Hagiographies. Histoire internationale de la littérature hagiographique latine et vernaculaire
en Occident des origines à 1550, sous la dir. de G. PHILIPPART, Turnhout, 1996, p.103-160.
[56]
E.MADAS, La légende dorée-
Historia Lombardica, en Hongrie,
Spiritualità e
littere nella cultura italiana e ungharese del Basso Medioèvo, sous la dir. de S.GRACCIOTTI
et C.VASOLI, Florence, 1995, p.53-61.
[57]
Ibid., p.59-60.
[58]
G.KLANICZAY,
Rex iustus. Le saint fondateur de la royauté chrétienne,
Cahiers
d’Études hongroises, t. 8, 1996, p.34-58 (cette étude reprend pour partie un chapitre de
la thèse inédite de l’auteur :
Rois saints et princesses bienheureuses. Modèles de sainteté
dynastique en Europe centrale); ID., L’image chevaleresque du saint roi au XII
e siècle,
La
royauté sacrée dans le monde chrétien. Bilan et perspectives, sous la dir. d’A.BOUREAU et
C.S.INGERFLOM, Paris, 1992, p.53-62; on y ajoutera la contribution de l’auteur à
l’ouvrage collectif
Politik und Heiligenverehrung.
[59]
Legenda maior sancti Stephani (=
L.M.S.)
, BHL7918, éd. E.BARTONIEK,
Scriptores
rerum hungaricarum tempore ducum regumque stirpis Arpadianae gestarum, t. 2,
Budapest, 1938, p.377-392.
[60]
Homiliae in Evangelia,
P.L., t. 76, col.1148.
[61]
Vita Willibrordi,
M.G.H., S.R.M., t. 7, p.139.
[62]
Éd. C.CHAPARRO GÓMEZ, Paris, 1985, p. 215-217.
[65]
Sermo 102 De santo Stephano,
Sermones compilati in studio quinqueecclesiensi in
regno Hungarie, éd. E.PETROVICH, P.L.TIMKOVICS, Budapest, 1993, p.216-129, ici p.218.
[68]
L.M.S., p.383. Sur Pannonhalma, voir
Mons sacer 996-1996 Pannonhalma ezer
éve (Mille ans de Pannonhalma), 3 vol.(avec un résumé en allemand aux p.595-623 du
vol. 1), Pannonhalma, 1996. Voir aussi
Mille anni di storia dell’archiabbazia di
Pannonhalma, Rome-Pannonhalma, 1997.
[69]
L.M.S., p.381 (royaume placé sous la protection de la Croix, de la Vierge, de
Martin et de Georges), 387 (consécration du royaume à la Vierge), 392 (identification
du roi au Christ).
[70]
Diplomata Hungariae Antiquissima (1000-1131), éd. G.GYÖRFFY, Budapest,
1992, p.110-111, n° 24.
[71]
Ibid., p.272, n° 92 : […]
ut de sancti Benedicti reliquiis aliquid nostre dirigas patrie.
[72]
J.TÖRÖK, L.LEGEZA, P. SZACSVAY,
Bencések, Budapest, 1996, p.105.
[73]
L.M.S., p.382 : [
…]
frequenter pavimento adherens domus sancte ecclesie.
[74]
Legenda sancti Ladislai regis (=
L.S.L.), éd. E.BARONIEK,
Scriptores rerum
hungaricarum tempore ducum regumque stirpis Arpadianae gestarum, t. 2, Budapest, 1938,
p.515-527.
[75]
OSVALDUS DE LASKO (LASKAI OSVÁT),
Biga salutis, Sermones de sanctis, Haguenau,
1494,
sermo 48 (
De sancto Ladislao rege, 1):
Ecce piissimus Deus ex immensa miseratione tam
preciosa margarita, corpore scilicet beati Ladislai Hungaros voluit dotare, nolens in alieno
regno dissolvi. Je remercie E.MADAS de m’avoir donné accès à ce texte.
[76]
L.S.L., p. 527.
[77]
Hagiographies, p.120.
[78]
N. BERENDT, La sacralisation de l’espace hongrois au XIII
e siècle,
communication inédite faite dans le cadre des ateliers du CNRS,
La spatialisation du
sacré dans le Moyen Âge occidental (Auxerre, 1
er mars 1997).
[79]
L.I.M., p.625, traduction du prince François II Rákóczi en annexe de son
Traité de la puissance, éd. I. BORZSAK, B.KOPECZI, I.KOVACS, Budapest, 1984, p.314.
[80]
N.BEREND, Medieval patterns of social exclusion and integration : the
regulation of non-Christian clothing in the thirteenth century Hungary,
Revue
Mabillon, n. s., t. 8, 1997, p.155-176.
[81]
La matière à une telle étude est largement offerte par les fichiers du
dictionnaire de la latinité hongroise en cours de dépouillement dans le cadre des
activités de l’Académie des Sciences, à Budapest. Je remerciele Dr SOWAK d’avoir mis
ces fichiers à ma disposition.