Le Moyen Age
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-3655-8
210 pages

p. 71 à 99
doi: 10.3917/rma.071.0071

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Tome CVII 2001/1

2001 Le Moyen Age

La patria médiévale vue d’Allemagne, entre construction impériale et identités régionales  [1]

Pierre Monet Mission historique française en Allemagne – Göttingen
Ces réflexions critiques, bibliographiques et problématiques tournent autour de l’approche d’un mot, celui de patria, c’est-à-dire d’une notion qui a joué dans le vocabulaire du Moyen Âge un rôle spécifique et pourtant différent selon les époques et les aires géographiques où il fut employé [2]. Il s’agit donc d’une approche terminologique qui tente d’atteindre toutefois une phénoménologie, c’est-à-dire les différentes acceptions du terme de patria et les référents, qu’ils soient d’ailleurs réels ou fictifs, auxquels il s’applique. Il ne saurait être question, en peu de place, de prétendre apporter aujourd’hui une définition toute faite, tant il est vrai que le long Moyen Âge a justement joué à dessein de la polysémie du mot désignant à la fois et tour à tour l’espace du pays étroit de naissance et d’origine, mais aussi l’espace plus large de la communauté de même droit parfois de même langue [3] ou de même histoire, mais encore l’universalité plus large de la chrétienté et enfin le territoire du prince voire du roi dirigeant cette communauté ou ces espaces d’ampleurs diverses [4]. Mais en liant depuis longtemps, c’est bien ce que les sources enseignent, facteur spatial et facteur affectif, la notion de patria peut contribuer à une réflexion sur ce qui, au Moyen Âge, définit et identifie un territoire. Si l’on estime qu’une telle définition passe principalement au Moyen Âge par une dynastie, un droit et une histoire [5], force est de constater que la patria, dans son évolution et sa complexité, a su combiner à un degré plus ou moins fort ces trois éléments.
La présente mise au point repose sur une série de lectures faites à partir d’une production particulièrement abondante sur ce sujet dans la littérature historique allemande récente. Elle permet ainsi d’offrir un autre regard, celui que livre une conception de l’ancienne patria mûrie dans une aire géographique, l’Allemagne, depuis longtemps structurée par une réalité territoriale et régionale qu’un pouvoir central n’a unifié et estompé qu’à de rares et récentes exceptions [6]. Cette évolution historique influence à n’en pas douter les problématiques et les questionnaires des historiens allemands qui ont su par bonheur travailler l’image que réfléchissait ce passé complexe. Ce faisant, la notion de patria a pris chez eux des connotations et des fonctions qui divergent de celles que le cas français peut faire apercevoir [7], d’où l’intérêt de la double contribution ici présentée avec le concours précieux de D. Iogna-Prat.
Le titre retenu pour cette partie « allemande » qui évolue donc entre construction impériale et identités régionales résulte de l’observation des spécificités des pays germaniques de l’Empire médiéval, un Empire aux visées universelles mais enserré dans un système politique marqué par l’élection, l’articulation entre trois royaumes et un couronnement romain et cela dans un espace traversé de tendances à la parcellisation et à la territorialisation que l’on trouve certes ailleurs mais qui finirent ici par l’emporter [8]. Une dernière remarque liminaire doit être avancée, qui consiste à montrer que la question de la patria, de son emploi, de ses significations et de ses assertions, fut et demeure très généralement liée par les historiens allemands à une réflexion sur la nation et l’émergence d’un sentiment national dans l’Empire au Moyen Âge, de sorte que la réflexion portant sur la langue et les manières de désigner et d’émotionnaliser un territoire constitua en Allemagne la manière d’entamer une analyse difficile de la formation et du devenir de la nation depuis le Moyen Âge. De ce point de vue, personne ne s’étonnera donc du nombre important de titres consacrés à ce problème depuis 1989 [9].
Pour y répondre, les historiens allemands ont traité de la question de la patria précisément conçue comme une contribution au problème d’un nationalisme avant le nationalisme, c’est-à-dire de l’émergence d’un sentiment national et identitaire au Moyen Âge [10]. Il va de soi que la relation particulière que les historiens allemands entretiennent avec l’histoire contemporaine de leur pays détermine en partie l’orientation prise par les débats, en particulier à travers la construction aux XIXe et XXe siècles de deux Empires dont le dernier a conduit à la catastrophe que l’on sait. Il faut dire aussi que ni les mots ni la nature de la construction politique de l’Empire médiéval n’ont aidé à clarifier le débat. En effet, dans l’approche de la nation, du sentiment identitaire, du vivre ensemble [11], d’un « Wir-Gefühl », beaucoup d’historiens s’accordent à retenir la notion de patria comme une clé de lecture utile, c’est-à-dire comme un marqueur d’identité spatiale et comme un terme qui permit ici ou ne permit pas là qu’un sentiment national puisse lier un territoire, son prince et ses habitants. Mais cette réflexion sur une notion qui touche de près ou de loin à l’espace, à la langue [12], à la formation d’un peuple [13] et à l’occupation d’un territoire, à la construction ou non d’un État par ses rois et à l’idéologie qui a pu la soutenir, cette réflexion donc n’a cessé de se développer depuis la réunification de 1990 [14] qui intervient ne l’oublions pas dans un contexte d’après-guerre où pour la première fois, mais dans un cadre de division, un État en Allemagne s’était appelé « Deutschland » [15] alors que depuis le Moyen Âge il n’y avait pas eu d’équivalence ni de correspondance entre la désignation de l’État et du souverain et celle des habitants du pays et de leur langue [16]. Depuis 962 on trouve en effet un Imperator Augustus Romanorum à la tête de l’Imperium et depuis le début du XIIe siècle un Rex Romanorum à la tête du regnum. Si au XIe siècle commencent à se répandre les expressions de Tellus teutonum, Terra teutonica ou Terra teutonicorum, en revanche un regnum teutonicorum n’est employé par le pape que pour amoindrir justement l’empereur dans la Querelle des Investitures (désignant en quelque sorte le tout par une seule partie) [17]. Quant à la langue, si dès 800 le theodiscus désigne la langue germanique du peuple franc, ce terme mit longtemps à désigner autre chose que gentilis ou peuple si l’on veut et le glissement de theodiscus à teutonicus n’est pas encore bien clairement établi par les historiens et les philologues [18]. De surcroît les Teutonici ne désignent quasiment jamais le peuple bien établi des Allemands de l’Empire et l’articulation dans les grands textes politiques entre « Deutches Land » ou « Deutsche Mannen » et « Deutsches Reich » n’est pas faite. C’est seulement au XVe siècle que l’appellation de « Heiliges Römisches Reich deutscher Nation », apparue en 1409 et entérinée 60 ans plus tard, vient combler une lacune et permet une articulation entre langue, pays et nation dont les humanistes ne se priveront pas [19].
Il a donc d’abord fallu que les historiens allemands revisitent ce développement et ces contradictions et prennent position dans un débat ancien, pour l’essentiel issu du XIXe siècle, consistant à savoir si la création d’un nouvel Empire après l’éclatement carolingien avait été l’acte volontaire d’un peuple allemand déjà constitué, certes divisé en peuples et tribus, en « Stämme », mais déjà pourvu d’une conscience propre et distincte de celle des peuples de la Francie occidentale. En faveur de la thèse de la préexistence militeraient une langue commune et la persistance d’entreprises communes telles la réforme de l’Église ou la colonisation des bordures orientales de l’Occident. Mais le paradoxe veut que ce même peuple qui aurait créé son État ait été ensuite débordé, absorbé et finalement étouffé par le succès initial de sa propre construction d’un Empire universel. Toutefois, la même théorie veut qu’en dépit des morcellements et des faiblesses étatiques, défauts pour l’essentiel attribués classiquement à la faute de souverains entraînés vers leurs rêves d’universalisme, imputés à l’opposition du pape et aux intérêts des autres monarques (en particulier le roi français satisfait de voir cette « nation retardée »), en dépit donc de ces fragmentations accentuées ensuite par les divisions confessionnelles des Temps Modernes résultant d’ailleurs, dans ce schéma, des fautes médiévales précédemment commises, il y aurait eu continuité entre tribus germaniques, peuplades du monde franc, duchés ethniques et principautés territoriales puis régions, celles du « Zollverein » voire de la « Bundesrepublik » actuelle.
Il ne reste plus de spécialistes pour y croire, mais il a fallu du temps pour s’en déprendre, et il a fallu des concepts [20], à telle enseigne que J. Ehlers peut écrire en 1989 que pour la première fois la question de la formation d’une nation allemande au Moyen Âge peut être explicitement abordée sans que la communauté historienne s’en émeuve [21]. Bref il a fallu en finir avec l’idée d’une nation retardée ou d’un Empire bloquant la nation, thèse qui suppose de surcroît l’existence improbable d’une nation allemande originelle constituée peu ou prou à la faveur des invasions « germaniques ». Et il a fallu en finir aussi avec l’idée d’un « Sonderweg » allemand, une voie particulière qui ouvre la porte à tous les déterminismes et à toutes les justifications et qui en outre supposerait que l’histoire des autres pays d’Europe présenterait le visage d’un « Normaler Weg », d’une voie normale.
Il n’y a pas de différence de nature entre la construction par exemple de la nation en France et celle de la nation en Allemagne, on a dans les deux cas affaire à un processus long et complexe que l’on ne peut saisir qu’en s’appuyant sur l’éthique politique et religieuse du temps [22], dont la notion de patria fait partie en cela qu’elle contribua à un moment donné et à des degrés variables à la territorialisation d’un sentiment d’appartenance. Il semble justement qu’en Allemagne cette réflexion ait contribué à pulvériser le mythe des ethnies originelles [23], en posant la question des regna, en détaillant le sens et les bases du dualisme roi-Empire, en situant le départ de deux traditions divergentes entre France et Allemagne et en scrutant le modèle de développement français [24]. Cela ne signifie pas que tous les historiens ont été pour autant d’accord entre eux. Mais le résultat importe plus : la renaissance d’une histoire politique du « Reich » médiéval découplée d’une histoire du peuple allemand, elle-même distinguée d’une histoire de l’Allemagne. Est alors apparu que le plus déterminant, dans cette histoire, ce ne sont pas les données de la nature, de l’espace, du sang, du sol ou de la langue, mais que ces données étaient en fait le produit de constructions discursives et d’autre part qu’elles s’intégraient (ou se désintégraient) dans un projet politique voulu et porté non pas par un souverain seul mais par des « Trägergruppen », parmi lesquels les clercs occupent une place déterminante d’autant qu’ils furent longtemps les pourvoyeurs du vocabulaire et des traités politiques.
Or, dans ce contexte historiographique contemporain, parmi les clés de lecture adoptées, la patria a constitué une approche d’une grande fécondité, sans doute parce qu’elle était mieux reliée, en Allemagne, à la question des territoires et sans doute aussi parce qu’elle permettait une comparaison fructueuse avec le cas français. Car c’est en effet une des permanences des travaux allemands sur la question que de glisser d’abord le regard en direction du royaume occidental issu du même héritage franc. On peut dire pour résumer que le bilan de cette comparaison à laquelle les noms d’historiens comme J. Ehlers, B. Schneidmüller, Th. Eichenberger ou P. Moraw et K.F. Werner sont liés porte sur les points suivants [25] :
  1. Sur une base pourtant commune, à savoir qu’ils ne sont pas plus carolingiens que les capétiens, les rois puis empereurs du « Ostfränkisches Reich » partent en effet de plus haut que les rois capétiens au Xe siècle mais dans un contexte territorial et symbolique beaucoup moins clair [26]. La dimension italienne fut par exemple d’emblée présente dans la « renaissance » impériale, la question dynastique est toujours demeurée suspendue au principe électif depuis l’origine car il fallut l’accord presque contractuel des Grands des regna de l’Est : Bavière, Franconie, Saxe et Alémanie.
  2. Il semble que la mobilisation de l’idéologie des trois ordres a été bien moins poussée dans l’Empire, ou en tout cas n’a pas profité au pouvoir royal.
  3. Il existe un inachèvement de la sanctification liturgique de la personne royale par le sacre. Pourtant, avec Otton en 936, des éléments d’une théologie de la souveraineté par le sacre avaient commencé à se développer qui ont en fait été stoppés par la consécration impériale de 962, laquelle semblait, par son essence même, comme avoir résolu le problème. Mais par ailleurs, dans l’Empire, le couronnement royal suit bientôt l’élection et se pratique dans un lieu différent de la désignation. En outre, il n’est pas une fin, mais une étape, une condition nécessaire à l’accession à l’Empire qui se fait à Rome, des mains du pape, mais sous la forme seulement d’un couronnement… La multiplication des élections et contre-élections, sacres et anti-sacres ne va bien entendu pas dans le sens d’une continuité de la valorisation hagiographique… Si la canonisation de Saint Louis est au bout du processus en France, dans l’Empire c’est un point de départ puisque la canonisation concerne Charlemagne, et encore sous une forme contestable puisqu’elle fut accordée par un anti-pape.
  4. À mesure que l’on avance vers le XIIIe siècle qui marque pourtant le point culminant d’une entreprise de sacralisation du pouvoir impérial avec le dernier des Staufen, la mission pacificatrice du roi ne cesse de se vider de son sens et de sa portée, ouvrant la porte à une territorialisation de la paix, à une territorialisation du droit et à la formation de ligues. Plus que jamais, le roi demeure un prince parmi les princes, il n’est jamais parvenu à « sortir » de la noblesse et demeure à ce titre le centre et l’enjeu de forces divergentes, voire l’objet de révoltes, la cible de coalitions.
  5. L’espace compte beaucoup. Le royaume de Germanie n’a ni capitale ni cœur. Force est aussi de constater que l’Empire n’est pas une donnée, c’est un processus historique dans un espace mobile (la colonisation de l’Est). Les composantes politiques de l’Empire ne cessent de changer : adjonction du royaume d’Arles au XIe siècle, transformation de la Bohême en royaume à la fin du XIIe siècle, royaume qui demeure en même temps sous la domination d’un prince électeur… Les repères politiques géographiques ne cessent de changer : passant pour proches du roi (« königsnah ») sous la Ottoniens et les Saliens, la Saxe et la Franconie deviennent distantes du roi (« königsfern ») du XIIIe au XVe siècle, tandis que Souabe et Bavière effectuent le parcours exactement inverse.
  6. Chronologiquement, le moment « augustéen » qui voit en France le parachèvement de l’affirmation d’une patria communis capétienne correspond dans l’Empire à un temps de défaites, de schisme royal, d’absence physique du souverain, de recul de la souveraineté sous la forme d’un large partage des pouvoirs régaliens et à un temps de délitement du système de l’Église d’Empire (« Reichskirchensystem ») [27]. Il n’y a pas eu dans l’Empire de jeu parallèle entre monarchie et principe dynastique pour faire coïncider comme dans le royaume de France espace de souveraineté, espace de légitimité et espace de gouvernement.
  7. Du point de vue terminologique on ne trouve pas de concentration d’emploi comparable à celle qui en France unit regnum Francorum, rex Franciae, lingua et natio gallicana… La langue tudesque est la theodisca, « langue du peuple », mais le regnum est Teutonicorum alors qu’en outre on ne trouve pas de gens Teutonicorum mais des regna Saxoniae ou Alemaniae. Par ailleurs l’Imperium est toujours romanum et depuis 1254 sacrum romanum Imperium sans que jamais la mention allemande (« deutscher Nation ») soit évoquée avant le XVe siècle, le premier référent apparaissant seulement en 1409. Tout s’est passé comme si l’universalisme impérial, réactivé par la Querelle des Investitures et des deux Sacerdoces (il s’agit bien d’une spécificité touchant les rois allemands), avait écrasé la royauté qui n’est pas parvenue à coaguler patriae, regna et gentes dans un espace de souveraineté mais s’est au contraire dissoute en eux, tandis que les territoires réalisaient (pas mal du tout d’ailleurs) cette synthèse à leur profit [28]. En ce sens, les gentes, les regna et les patriae sont demeurés comme autant d’avenirs possibles et de combinaisons envisageables [29].
Au terme de cette brève esquisse, il peut sembler juste de dire que non seulement l’Empire peine de plus en plus à constituer une patria communis mais échoue également à incorporer les patria propriae (si tant est qu’il en ait eu l’intention…) à mesure que croissent les territoires qui forment consciemment ou non un des écrans expliquant le blocage du transfert impérial. L’évolution de l’Empire au Moyen Âge enseigne la survivance tardive et bientôt constitutionnellement organisée d’une dispersion des loyalismes : parce que le « Reich » était au-dessus des États, il n’en fut jamais vraiment un et, ce faisant, ne put jamais devenir une patria. Ce que d’une formule lapidaire J. Fried résume dans l’introduction de sa monumentale histoire de l’Allemagne jusqu’en 1024, introduction intitulée Was heißt deutsch? par les mots suivants : « Gleichsein-Wollen, Nicht-Gleichsein-Können, Anderssein-Müssen…» [30].
Un exemple résume ces contradictions, cette difficulté d’articuler Empire, Allemagne et sentiment d’appartenance et de reconnaissance ressenties jusqu’au sommet par l’empereur lui-même. Il s’agit de l’autobiographie rédigée vraisemblablement au début des années 1350 par le roi des Romains, roi de Bohême et empereur Charles IV (1316-1378). Petit-fils de l’empereur Henri VII et fils du roi Jean de Bohême mort à Crécy, Charles est un enfant de Luxembourg. Il fut élevé en grande partie en France de 1323 à 1330, fut élu roi des Romains en 1346, devient roi de Bohême l’année suivante… Quelle est la patrie de cet homme, quel est son pays d’attache, le choix de son cœur ? Les indices sont contradictoires. Il est tout de même celui qui, par la Bulle d’Or de 1356, maintient un Empire qui n’avait rien d’évident et fait inscrire au début de la loi Omne regnum in se divisum desolabitur (signe lui-même ambivalent d’une conscience de l’indivisibilité de l’Empire mais aussi des menaces d’éclatement qui l’entourent) [31] tout en faisant préciser à la fin de la constitution qu’il enjoint aux princes-électeurs laïques d’élever leurs fils en plusieurs langues car le « Reich » est composé de plusieurs peuples [32]. En même temps, le chroniqueur Jakob Twinger von Königshoefen considérait Charles IV dans sa chronique rédigée entre 1382 et 1393 comme très allemand parce que l’empereur parlait cette langue avec plus d’amour que les autres langues connues de lui [33]. Mais c’est aussi de lui qu’Aeneas Silvio Piccolomini, le futur pape Pie II, dit vers 1445 dans son Historia Bohemica seu de Bohemorum origine ac gestis historia: « Un grand empereur, n’eût été son désir de plus priser la gloire de la couronne de Bohême que celle de l’Empire des Romains » [34]. Peut-être convient-il d’examiner son autobiographie pour trouver sa propre réponse, cette Vita écrite en 20 chapitres dont on possède 12 manuscrits. Son récit couvre son enfance jusqu’à son élection en 1346. Pour les historiens tchèques, il s’agirait d’une œuvre de vieillesse. Pour les historiens allemands, dont son éditeur [35], il s’agirait d’un texte de circonstance et de combat composé vers 1350 en vue de rassembler une dernière fois tous les éléments aptes à légitimer son élection de 1346 comme anti-roi contre Louis de Bavière. À première lecture, la philosophie politique de l’œuvre ne parle guère en faveur d’un quelconque éveil des nations en pleine crise du milieu du XIVe siècle ou d’un hymne à la patria bohêmienne du souverain. Au début du chapitre 2, il s’adresse à ses successeurs en leur parlant de l’antique couronne des rois dont il y a tout lieu de croire qu’il s’agissait de la couronne d’Empire des « Reichsinsignien » dont la confection illustre la royauté biblique de David et Salomon. Dans la suite du paragraphe, on voit le roi célébré comme un vicaire du Christ. Or, parlant de son adversaire Louis de Bavière, il lui refuse le titre de vrai roi et l’appelle toujours Bavarius ou de Bavaria comme si la manœuvre consistait à renvoyer ce faux roi dans sa patria d’origine au-dessus de laquelle s’élève la couronne universelle. En même temps il faut dépasser ce simple cadre contextuel et prendre l’autobiographie de Charles IV pour un véritable traité, une sorte de Miroir de Prince. Et cette œuvre l’est à plus d’un titre, au sens territorial et dynastique du terme, ce qui donne au roi l’occasion de laisser percer des signes d’attachement plus personnels que la défense un peu obligée de la royauté universelle dont il allait réduire le champ en 1356. Quels sont ces signes ? Curieusement ce sont ceux qui le ramènent au plus proche de sa patrie de cœur et d’origine, son royaume bohêmien. On le voit en premier lieu à travers l’histoire de son prénom. En 1316, il fut d’abord appelé Wenceslas dans la tradition familiale et tchèque mais baptisé ensuite en 1323 sous le prénom de Charles dont il dit lui-même qu'il résulte d'une influence française : Misitque me meus pater jam dictus ad dictum regem Francie me existente in septimo anno puericie mee; fecitque me dictus rex Francorum per pontificem confirmari et imposuit michi nomen suum equivocem videlicet Karolus [36]. Il y a surtout le choix subtil du support de sa pensée d’une royauté traditionnelle et universelle issue de son élection comme roi des Romains. Il fonde son exposé sur l’exégèse du passage de Mt, 13,44-52, évoquant le royaume des Cieux comparable à un trésor caché, à un marchand qui cherche de belles perles et à un filet jeté dans la mer [37]. Le choix du texte est en fait fondamental car il s’agit du passage de l’Évangile lu le jour de la fête de sainte Ludmila, l’épouse du premier prince chrétien de Bohême et patronne de ce royaume. Donc, le cœur de la théorie du Reich s’appuie sur une base territoriale, historiographique et hagiographique qui n’a aucune tradition chez les rois allemands puisque Ludmilla est la grand-mère de saint Wenceslas, le christianisateur de la Bohême et prince éponyme de la « Wenzelskrone », cette couronne créée plus tard pour le couronnement de Wenceslas Ier en 1228 et que Charles IV fit restaurer à deux reprises en 1340 et 1376 et placer sur la tête du buste de saint Wenceslas dans la cathédrale Saint-Guy de Prague, la vraie capitale de Charles IV qui y créa la première université en pays allemand… Tels sont, en plein XIVe siècle, les paradoxes de la conscience politique et de l’attachement d’un des grands empereurs de la fin du Moyen Âge. Il semble bien en tout cas qu’entre d’un côté cette attention au proche qui peut devenir soudain si lointain sous la plume royale, ce lien au natif, à l’émotionnel; et de l’autre le rapport nécessaire au politique, qu’il relève de la royauté ou de l’Empire encore prétendu universel, se déploie toute la richesse de la notion de patria au Moyen Âge.
Pour résumer ces quelques remarques liminaires, on peut donc dire que l’attention des historiens allemands, à travers l’élucidation de cette notion de patria, est déterminée par les circonstances contemporaines de l’interrogation liées à la spécificité du débat national après 1945, par une comparaison permanente avec le cas français, par la spécificité de la construction politique et territoriale de l’Empire et de son évolution aux siècles finaux du Moyen Âge.
Dans l’élaboration de cette réflexion, deux ouvrages ont constitué une étape essentielle, celui de Th. Eichenberger [38] et celui de B. Schneidmüller [39]. Tous deux reprennent en compte et dépassent les thèses formulées en 1951 par E. Kantorowicz dans Pro patria mori [40], où l’auteur de Frédéric II [41] et des Deux corps du roi [42] (cet article s’inscrivant d’ailleurs entre les deux publications [43]) posait la question de savoir pourquoi, comment et à partir de quel moment le pouvoir peut exiger la mort et le sacrifice pour lui. L’origine de cette question est d’abord à trouver dans l’interprétation plus générale qui traverse toute l’œuvre de Kantorowicz, à savoir que les penseurs et juristes médiévaux n’ont pas inventé une théorie politique mais une théologie politique [44]. Une telle hypothèse résultait en fait de la problématique d’ensemble retenue par l’historien, celle de l’étude de la naissance de l’État non par la transcendance mais par la perpétuité, étude qui pose le problème du pouvoir charismatique du souverain médiéval. Kantorowicz rappelait d’abord les sens disponibles et historiquement distincts de la patria depuis la polis gréco-romaine, puis le ciel chrétien ou la maison commune augustinienne jusqu’au lieu natal délimité et protégé par le service du duc et du comte. Dans le cadre féodal, on se sacrifie non pas pour une patria abstraite ou un pays érigé en valeur mais avant tout pour son maître et seigneur. Dès lors, le cœur des difficultés réside dans l’élucidation de l’identification entre regnum et patria. Kantorowicz évoque d’abord la nécessité de la défense et met au centre l’idée de la contribution et de l’impôt, donc des transformations de l’État. Ici déjà une identité entre Christus et fiscus a permis un tel glissement entre nécessité, contribution et defensio patriae parce que l’effort du souverain, mené de concert avec le clergé, a porté sur l’adéquation entre possession de Dieu et possession publique, une adéquation qui annonce bientôt l’idée de guerre de Dieu [45]. Or, le génie de Kantorowicz est de parler en l’occurrence de « réémotionnalisation » du concept, mais à laquelle il conviendrait d’ajouter qu’il s’agit aussi d’une forme de sacralisation de l’espace intérieur, tandis que l’extérieur devient l’espace libre ouvert aux croisades ou aux colonisations de toute nature. Enfin, et surtout, Kantorowicz évoque le double mouvement, issu de la Querelle des Investitures, qui voit d’un côté le corps mystique de l’Église se séculariser et en retour le corps administratif s’enrichir d’une dimension mystique (le ministerium se fait mysterium), condition préalable d’une identification entre corps mystique de l’État et corps politique du peuple. Au bout du compte, ce n’est rien moins qu’une possibilité de culte d’adoration des mécanismes de l’État qui s’entrouvrait, par une sorte de naissance des mystères de l’État préparés par un échange constant entre imitatio imperii par le sacerdoce et imitatio sacerdotii par la couronne [46]. Dès lors le sacrifice pro patria peut s’exercer en faveur d’un souverain, d’un État, d’une entité politicojuridicoterritoriale mystique : la mort pour la patrie ne s’est pas paganisée, elle peut simplement s’exercer avec le même contenu émotionnel et sacré envers un nouvel objet. Et ce déplacement s’est d’autant mieux opéré que la souveraineté est devenue immortelle (les deux corps du roi, le roi ne meurt jamais).
C’est à partir de cet ensemble très construit et cohérent que le livre de Th. Eichenberger consacré à la signification de la patria au Moyen Âge du VIe au XIIe siècle réalise un nouveau bilan et constitue en même temps un certain dépassement. Il part tout d’abord d’un héritage antique qui voit la patria mêler le terreau de naissance, la loi et la religion, c’est-à-dire en somme la morale qui servira justement de lieu d’accueil conceptuel une fois que le christianisme aura revisité la notion dont saint Augustin opère une première synthèse. En effet, au VIe siècle déjà, la patrie céleste, après la synthèse augustinienne, est bien à la fois l’État de Dieu et la promesse du paradis : lieu d’attache et point de destination de tous les fidèles. La cité de Dieu est donc devenue un imperium, avant même qu’un nouvel Empire ne prenne justement forme entre Seine, Meuse et Rhin. L’auteur de l’étude repère ensuite, dans l’Occident germanique, entre VIIe et IXe siècle, le moment où la notion s’émancipe de sa racine gréco-latine : la tribu, les premières formes de regroupement de l’habitat, la valorisation de la naissance que réalise l’emploi plus généralisé des noms chargent en effet la notion d’une dimension territoriale et natale plus forte et donc accroissent sa tonalité émotionnelle. La patria devient patri-atria, le foyer des parents au sens large, mais aussi des amis et voisins, avec l’apparition dans les textes narratifs du thème de l’exil intérieur que provoque la perte ou l’éloignement du feu ancestral. Eichenberger étudie ensuite comment, entre le VIe et le Xe siècle, la patria s’intègre dans une trilogie gens-princeps-rex inaugurée par l’Espagne wisigothique, en l’occurrence véritable laboratoire d’une théorie royale qui investit le prince de la mission divine de protéger les gens de sa patrie mais fait de la défense du prince un devoir : échange qui contribue, par une équivalence affective entre la maison et l’État, à construire une émotionnalisation du terme. Au demeurant, l’Empire carolingien va lui-même se construire sur cet héritage, d’autant qu’il trouve dans toutes les anciennes provinces romaines d’Occident un réseau serré de pagi qui confère très vite aux différentes patriae un sens juridique fort. Peu à peu s’opère le partage entre le pouvoir impérial auquel revient le regnum, et les patriae chargées de la diversité des traditions et coutumes, mais la dimension théologique et divine de la monarchie sacrée qu’illustre bien la formule Pro salute patriae dont l’élaboration doit beaucoup, on le sait, à Isidore de Séville et Alcuin, met l’accent sur l’existence d’une étroite corrélation entre le destin d’un pays et la conduite de son prince qui deviendra un topos de tous les Miroirs de prince médiévaux. C’est en partie sur ce lien que Charlemagne bâtit son pouvoir, faisant du roi le défenseur de la paix chrétienne et de la paix divine, et lui conférant le statut d’un véritable pater patriae.
Plus problématique devient ensuite l’évolution du couple patria/regnum dans l’Empire des Saliens et des Staufen comme on peut s’en rendre compte par le fait que le mot patria n’apparaît pas dans les sources royales avant le règne de Conrad III (1093-1152) et, même à ce moment, désigne très rarement l’ensemble de l’Empire. Certes, le rôle central tenu par la notion de « Landfrieden », de paix territoriale, continue d’investir le mot de patrie, au point même de lui conférer un sens plus territorial dans le domaine germanique qu’en toute autre région d’Occident : c’est ainsi que le duc de Saxe est appelé dux patriae [47] comme on trouve comes patriae pour le comte de Thuringe [48]. À partir de cette comparaison entre royauté et principautés dans l’Empire, toute la question est bien de saisir justement en quoi la patria, dans l’Allemagne médiévale, peut sortir altérée de l’absence d’un Reich constitutionnellement un. Il semble que dès le XIe siècle, une identification entre patria et libertas se soit opérée au profit des princes territoriaux, ces derniers n’hésitant pas à porter le titre de pater patriae, y compris et de plus en plus surtout lorsqu’ils avaient pu défendre leurs libertés contre l’empereur (thème dont les Guelfes de Saxe joueront abondamment aux XIIe et XIIIe siècles).
L’apport de la réflexion de Eichenberger tient tout d’abord à montrer qu’entre une patria romaine et une patria plus territorialisée et « nationale » de la fin du Moyen Âge, s’est intercalée entre les VIe et XIIe siècles, une patria théocratique qui a permis à la patria céleste des chrétiens de redescendre sur terre et d’occuper, ce faisant, une fonction politique lourde de répercussions territoriales. Le second apport de sa réflexion tient dans la manière de montrer que le terme de patria joue un rôle fondamental dans l’élaboration d’une pensée politique en Occident. Au départ, en effet, la patria est aussi vaste et variée que la « Heimat » d’un homme : elle parle de géographie, de paysage, de prochain repos de l’âme, de territoire dominé par un comte ou régi par un droit particulier; bref c’est un lieu de vie mais, aussi indistinct soit-il, il s’agit malgré tout d’un terme qui décrit, désigne, identifie et sépare, englobe et met de l’ordre entre ce qui constitue ma patria et celle qui est la patria de l’autre. C’est un mot créateur d’ordre spatial et mental qui saisit un lieu de naissance et d’habitat. Il est à ce titre chargé d’émotions. Le principal tour de force que réussissent les autorités – Église, Rois, Empereurs et princes, soit tour à tour, soit ensemble, soit concurremment – c’est de transférer une partie de cet émotionnel aux attributs et fonctions de l’État qui devient lui-même chargé et porteur d’émotions, processus que l’on peut estimer achevé au XIIe siècle. L’étude de la notion montre la patria intimement liée à un espace ordonné, valorisé, soumis à un droit et à une souveraineté. Il appartient ainsi au rex de sauvegarder la patria de la gens: c’est en ces termes que s’est pensée la royauté carolingienne, dont la souveraineté s’est fondée sur cette équation. C’est donc ainsi que la patria participe de la légitimation de la souveraineté mais conçue comme une souveraineté exercée sur un pays et des gens, légitimation investie alors par le sacré, point d’origine de la naissance de l’idée d’une théocratie royale. Cependant, pourquoi cette théocratie royale parvient en France à empêcher que la territorialisation princière ne submerge la royauté tandis que l’inverse se produit dans l’Empire ?
On peut constater que jusqu’au règne de Barberousse, le mot patria n’est qu’exceptionnellement employé dans les sources impériales et la langue de la chancellerie comme synonyme d’Empire ou de pays allemand. Pour Eichenberger, « Il y a fort à parier que l’absence d’un concept de patria se rapportant explicitement à l’Empire soit liée à l’inactivité constitutionnelle et législative des souverains allemands » [49]. Ce lien entre d’une part l’extension possible ou limitée de la patria au regnum/imperium et d’autre part le degré d’intensité de l’intervention royale et la hauteur des projets politiques de la royauté mérite d’être noté. Il est assuré que l’on trouve en revanche au même moment, on parle ici surtout du XIIe siècle, l’emploi du terme patria pour désigner les grands duchés ethniques tels que la Bavière, la Saxe [50] et la Souabe [51]. Cette double réflexion portant sur l’Empire d’un côté et sur les duchés de l’autre atteste qu’avec le déroulement et l’issue de la Querelle des Investitures [52], donc par le truchement d’une crise politico-religieuse, la patria s’est réfugiée dans un sens de territoire politisé. À une nuance près toutefois. En effet, le seul cas où la patria s’identifie clairement au Reich se remarque dans les écrits historiques. Ainsi, l’Anonyme Kaiserchronik rapporte que les Grands de l’Empire ont rendu hommage à Henri V après son couronnement juxta morem patriae en 1106 [53]. Un autre emploi de patria étendu au Reich s’entend quand il s’agit de désigner l’espace concerné par les paix territoriales proclamées ou garanties par l’empereur (comme celle de 1084). On voit bien alors combien la patria d’Empire demeure vivante quand il est question de la fonction (hommage) ou de la mission (paix) royale, c’est-à-dire quand la théorie de la souveraineté est en jeu. Mais dès qu’il s’agira de lier cette patria théorique à une Reichspatria géographique ou institutionnelle au profit du roi-empereur, l’opération avortera. Spécialement sous Frédéric Barberousse, Henri VI et Frédéric II, les derniers empereurs Staufen. Pourquoi ? Parce que ces souverains payent le prix de la Querelle des Investitures qui, chez les historiens allemands, reçoit une fonction de césure aussi et peut-être plus importante que l’Interrègne traditionnellement daté de 1250-1273. La Querelle des Investitures a vu en plusieurs étapes la royauté allemande confrontée à une réforme de l’Église qui ne demandait pas moins, pour partie, qu’une séparation de l’Église et de l’État et donc engageait une distinction entre ecclesia et patria. Face à cela, la royauté va engager le combat avec l’argumentaire de la théocratie royale, un appareil idéologique à contenu universel et pour une part nostalgique et fortement articulé autour de la notion de la Translatio imperii dont on sait que la papauté finira par avoir le monopole.
Il est assuré que cette manière d’engager le débat n’a pas aidé la pensée politique royale à enraciner et à incarner cette théorie dans un espace politiquement pensé et géographiquement délimité. De ce fait, l’évolution d’une pensée juridique et la création d’un corpus de droit sont demeurés suffisamment détachés de la sphère royale pour que les princes s’en emparent et leur donnent une élaboration très étroitement liée à un territoire précis. C’est bien sûr le cas des deux grandes codifications du XIIIe siècle [54] : le Sachsenspiegel ou Miroir aux Saxons rédigé entre 1220 et 1227 par Eike von Repgow et le Schwabenspiegel rédigé un demi siècle plus tard qui parviennent au résultat manqué par l’État royal, celui de synthétiser lex et patria, espace politique et lieu de naissance, conscience politique du territoire et territorialité des lois. Le droit territorial s’est trouvé, ce faisant, disposer d’une longueur d’avance sur le droit royal (lui-même distancé par le droit canon dont l’élaboration s’est trouvée accélérée par la réforme de l’Église et la Querelle des Investitures au profit de la papauté). D’autre part, une telle évolution a pu transformer le caractère et la perception de la vassalité et donc de la fidélité que les princes territoriaux tendent à tourner à leur profit. Du point de vue des idées politiques, il est intéressant de constater que dans l’esprit d’une partie des princes, en particulier sous le règne de Frédéric II [55], l’empereur n’est plus le sauveur et le protecteur de la patria, mais risque même de devenir le fossoyeur de la patria et des patriae qui entraînerait dans sa chute l’ensemble des princes et de l’Empire dont ils se disaient maintenant les garants. C’est en ce sens que l’utilisation de la notion de patria par les princes n’a pas joué un rôle mineur dans la constitution d’un Collège restreint de princes-électeurs au nombre de sept, chiffre dont on peut considérer qu’il est fixé dès le milieu du XIIIe siècle, c’est-à-dire (il faut bien y songer) chronologiquement juste après le dernier essai et en même temps l’échec d’une royauté impériale fondée sur le sacré pour et par Frédéric II. La période dite de l’Interrègne, marquée par une succession d’élections et de contre-élections qui avaient d’ailleurs commencé par la déposition du Staufen en 1245, est particulièrement favorable à l’accélération d’une territorialisation et d’une « princisation » en Allemagne de la patria que l’on voit de plus en plus accolée aux termes de libertas, un peu comme l’avait fait déjà Henri le Lion, le duc welf de Saxe, qui, dans son combat perdu en 1180 contre Frédéric Barberousse, était toutefois parvenu à construire une légitimation guelfe, distante et distincte de l’empereur, fondée sur une memoria et une fama reposant sur ce lien entre patria et libertas comprise au sens d’indépendance. L’aspect religieux et sacré de cette entreprise s’est incarné dans la mise en place d’une véritable memoria de combat, tandis que l’aspect politique de cette confrontation aboutissant à la déposition d’Henri le Lion en 1180 a vu le prince saxon évoquer les libertés saxonnes mais aussi germaniques contre un Barberousse méridional et italien [56]. Dans le même registre, les travaux de B. Schneidmüller [57] ont également montré combien les efforts architecturaux de Henri le Lion pour sa « capitale » Brunswick et ses encouragements à des entreprises de recomposition et de tri généalogiques ont permis à cette memoria welfe de créer une identité qui puisse s’incarner dans un espace, permettant ainsi à la chronistique régionale de se faire véritable historiographie territoriale, plaçant le ducatus Saxoniae au cœur de la continuité. À lire par exemple la Braunschweigische Chronik ou la Cronica principum Brunsvicensium, on perçoit combien la territorialisation de l’histoire légitime la dynastie en réalisant une synthèse entre titre, pays et famille. Cette synthèse, « dédynastisée » en quelque sorte, pourra d’ailleurs survivre à l’écroulement welfe, par exemple en revivant dans l’historiographie [58] bourgeoise des villes saxonnes [59], comme à Brunswick, les salles du Conseil de ville allant même jusqu’à accueillir à la fin du Moyen Âge un programme iconographique érigeant la dynastie saxonne en garante de la continuité historique de la Saxe. À travers ces productions, on voit le clergé lettré massivement impliqué dans cette entreprise historiographique : le clergé a donc intégré au service de la dynastie et en faveur de la patria territoriale des éléments familiers de sacralisation de l’espace.
Ce ne sont d’ailleurs pas là les seuls signes de l’incarnation des patriae propriae dans les territoires princiers allemands entre XIIe et XIIIe siècles. L’étude de J.M. Moeglin sur la Bavière a bien montré le lent processus qui a conduit les Wittelsbach à reprendre à leur compte une identité régionale faisant coïncider pays, dynastie, historiographie et « Stammesbewußtsein » [60]. Autre exemple encore, celui de la Thuringe [61]. Il s’agit d’une petite principauté qui n’appartient pas aux cas classiques et en même temps délicats et épistémologiquement dangereux des duchés dits « éthniques » de la Bavière, de la Souabe [62], de la Saxe ou de la Franconie. La Thuringe a connu une période assez courte de rayonnement associée à une dynastie, celle des Ludowinger entre 1131 et 1247. À partir de là, la Thuringe est absorbée par la Misnie des Wettin d’une part et par la Hesse des comtes qui sont en train d’entrer dans l’ordre des princes d’Empire (« Reichsfürstenstand ») [63] d’autre part. En outre, depuis Erfurt, l’influence du prince-électeur archevêque de Mayence est très forte. Or, en dépit de cet éclatement, les écrits font état d’une étonnante permanence de l’espace thuringien conçu comme un tout homogène. On retrouve déjà là un élément fondamental de la patria médiévale en Allemagne : le contraste entre éclatement politique et homogénéité de la conception et de la perception de l’espace régional. Second élément fondamental, la manière dont la chronistique régionale se fait le relais et l’écho de cette conscience : la patria fut toujours un thème littéraire fort de la même manière que « Deutschland » apparaît plus précocement et massivement sous la plume des poètes puis des humanistes que sous celle des souverains et de leurs chancelleries. Le fait notable est aussi que l’emploi de marqueurs spécifiques régionaux, regio, natio, pagus ou populus sont apparus dans les sources au même moment où une désignation géographique claire des frontières de la Thuringe était exprimée. Or, par comparaison, on ne trouverait pas l’équivalent au même moment d’une définition aussi claire des frontières de l’Empire ou du royaume de Germanie. En outre, cette délimitation géographique s’est accompagnée d’une localisation d’un centre, autour du bassin de Erfurt, ce que là encore on peinerait à trouver pour l’Empire. Ce « Stammesbewußtsein » qui ne repose pas en fait sur l’unité ethnique originelle d’un « Stamm » comme on l’a longtemps cru, repose en Thuringe sur des éléments politiques, historiques et symboliques et non point naturels. Parmi ces éléments, le droit a joué un rôle important depuis que les sources attestent à partir de 802/803 l’existence d’une Lex Thuringorum, même si les traces effectives d’une personnalité réelle des lois en Thuringe n’apparaissent pas avant le XIIe siècle. Plus importante encore dans la formation d’une conscience thuringienne, l’élaboration d’une tradition historiographique dont J.M. Moeglin a montré la permanence sur cinq siècles [64] et dont on retrouve d’ailleurs la trace dans le Sachsenspiegel. Dans cette historiographie, on notera que la ville, Erfurt, conçue comme centre, joue un rôle décisif à travers les écrits de ses scriptoria et que d’autre part, si une historiographie princière autour des landgraves Ludowinger aux XIIe-XIIIe siècles se développe, elle n’est qu’un élément parmi d’autres : la memoria dynastique n’a pas épuisé ou concentré toute la mémoire et l’identité du Land, de la terre qui semble avoir toujours été investie d’un caractère et d’une histoire propres. Il convient de voir que dans ce processus d’attachement au pays et dans son énonciation, des groupes sociaux et politiques différents sont intervenus : pas seulement les Grands de Thuringe, mais aussi les clercs lettrés, les chroniqueurs urbains [65], les ministériaux…
bref, justement ceux que P. Moraw appelle les « Trägergruppen ». Comment ne pas voir qu’à l’inverse, et en dépit d’une succession dynastique qui tend tout de même à compenser le principe électif du trône des Romains, l’espace impérial n’a jamais eu pour les Allemands cette force d’intégration avant, au mieux, l’extrême fin du Moyen Âge [66] ?… Le cas de la Souabe est intéressant car il présente un cheminement à la fois proche et différent de celui de la Thuringe. Alors que cette dernière ne figurait pas parmi les duchés originels et occupa souvent une position périphérique par rapport à d’autres constructions territoriales voisines (Saxe et Hesse qui finit par entrer à la fin du XIIIe siècle dans la classe des princes d’Empire participant à la « Kur » élective), la Souabe avait au contraire le privilège de l’ancienneté et d’avoir constitué un regnum franc. Or, à la fin du Moyen Âge, ce duché du Sud-Ouest allemand qui a disparu corps et biens au XIIIe siècle avec les derniers Staufen, continue d’être porteur d’une identité forte qui s’articule en grande partie sur un territoire décrit, ressenti et rêvé. Il existe bel et bien aux XIVe et XVe siècles une patria Suevia qui certes ne s’incarne plus dans une entité politique territoriale mais dans un souvenir, une mémoire. La patria est donc aussi le produit d’une création ou d’une continuité discursive; mais il faut distinguer les modèles identitaires régionaux selon les groupes sociaux qui en sont les porteurs. Or, on s’aperçoit que pour désigner cette patrie souabe, les mots se superposent ou se remplacent les uns les autres selon les contextes et selon l’espace pris en compte. Par exemple, en 1493, des villes qui font ou faisaient partie de la ligue des villes souabes parlent de la « gemeine schwäbische Nation ». Le terme de Nation est ici clairement employé pour l’espace urbain régional mais porte en lui la référence à la Deutsche Nation, car ces mêmes villes sont en même temps villes d’Empire et entretiennent un rapport politique et symbolique singulier avec leur royal seigneur. D’autre part, on voit à la fin du XVe siècle les nobles de la région de Constance parler de la « Schwäbische Nation », non plus au sens urbain du terme mais cette fois par opposition aux menées (surtout paysannes) des confédérations helvétiques voisines, le terme de « Nation » se nourrissant bien plus ici de l’idée d’une frontière [67]. On peut même avancer que le vide politique créé par l’absence de reconstitution d’un grand duché souabe après 1266, en provoquant la convoitise des voisins, particulièrement bavarois, a entretenu la conscience d’une identité régionale souabe reposant pour une grande part sur les « libertés souabes » issues du Schwabenspiegel rédigé chronologiquement quelques années après la disparition du duché (un peu comme le Sachsenspiegel l’a été alors que le duché de Saxe n’existait plus…). Quand Frédéric III en 1487 pousse à la constitution d’une ligue souabe pour parer aux velléités des Wittelsbach de Bavière dans la région, il n’a pas en tête de recréer un duché, mais le texte de l’union dit que la Souabe constitue la « vraie patrie » (« recht vatterland ») des seigneurs et villes ligués. C’était le signe que l’on pouvait réveiller une identité territoriale devenue autonome sans avoir besoin de passer par la création d’un duché dynastique. On voit aussi combien le « Land Schwaben », soit le territoire régional, sert de creuset à de nouveaux regroupements politiques dans l’Empire, une réforme qui aboutira à une nouvelle forme d’État dans la première moitié du XVIe siècle, si bien qu’il n’est pas faux de dire que l’identité régionale fondée sur un espace autonomisé a constitué un des piliers de la réforme de l’État impérial [68], et pas seulement la principauté incarnée par la dynastie [69]. Et c’est bien d’ailleurs sur ces bases que travaillèrent les humanistes souabes : ils prirent appui sur cette identité territoriale et ne la créèrent pas. À l’université de Heidelberg, dont beaucoup furent issus, il existait dès 1423 une bursa suevorum. Il n’est pas indifférent de noter que c’est à partir du moment où se développe en plusieurs points de l’Empire, dans la seconde moitié du XIIe siècle, un sentiment d’appartenance exprimée à une patria localement délimitée et incarnée par une dynastie ou son souvenir, c’est-à-dire face d’une part à l’appropriation progressive par les princes de la patria unissant territoire et dynastie et face d’autre part à la réactivation d’une patria sacrée par les Staufen, que certains textes commencent à parler d’une patria urbaine. Parmi plusieurs, deux textes rapportent les campagnes de Barberousse en Italie, les Gesta de Rahewin d’une part et l’anonyme Carmen de gestis Friderici imperatoris in Lombardia [70]. Or, par deux fois, lors du récit d’un siège et d’une attaque d’une ville par l’empereur, le mot patria est employé pour désigner la cité sacrée pour laquelle il convenait de mourir par sacrifice face à des ennemis sans Dieu qui s’en prenaient à l’honor patriae. L’argument deviendrait ensuite un topos littéraire qui allait éclore dans les cités d’Italie, spécialement du Nord. Pour les villes allemandes, le phénomène apparaît plus tard et sous une forme différente mais de sorte toutefois que l’on puisse ici aussi « mourir pour sa ville » [71].
Il semble bien en tout cas que la direction d’ensemble ait été, dans l’Empire, de la descente progressive des attributs de la patria d’une entité plus grande à une entité plus petite. Schématiquement, si nous suivons les études précédemment mentionnées de Th. Eichenberger comme de B. Schneidmüller ou de J. Ehlers, c’est presque l’inverse qui se produit dans le royaume de France.
Comment en France s’est opéré ce transfert des loyalismes des petites entités à une plus grande unité à travers la persistance du Nomen Patriae? C’est l’objet particulier du livre de B. Schneidmüller pour lequel les évolutions sémantiques sont bien des signes de l’évolution des mentalités, de sorte que la chronologie qu’il adopte, du Xe au XIIIe siècle, est fondée non sur la chronologie des règnes, mais sur celle de l’histoire des mots et des appellations, qui est également à ses yeux un calendrier politique [72]. Car l’étonnant est tout de même d’observer qu’à partir d’un petit pays (patria) limité à l’Île-de-France, se développe une politique royale à la dimension d’un royaume franc tout entier sans que le nom en sorte changé et sans que la masse des contemporains en développe aussitôt (mais seulement plus tard) une conscience réflexive et surtout sans que la domination de sujets de moins en moins « francs » change quoi que ce soit à l’affaire. Ce rayonnement du nomen a pu se faire grâce à la continuité d’une récupération des traditions franques et carolingiennes comme on ne la trouve opérée nulle part ailleurs parce que le cœur territorial est demeuré le même alors que, par comparaison, le noyau de la monarchie allemande a très vite cessé d’être franc. À telle enseigne que dès le XIe siècle on peut considérer comme très avancé le processus qui voit d’un côté la Francia s’élargir à l’Ouest tandis que le même terme reçoit une acception plus étroite à l’Est en ne désignant plus que la Franconie (« Franken »). Sa force d’entraînement a été telle que la patria Francorum, bientôt la Francia, s’est même nourrie de termes voisins mais étrangers, comme la Gallia [73], lesquels en retour se sont trouvés investis d’une force d’intégration presque équivalente à celle que possédaient Francia et rex Francorum, de sorte aussi que plus l’espace couvert par la Francia devenait une terre globale de manœuvre politique pour la monarchie capétienne francilienne et plus les espaces lointains, par contraste, renforçaient encore cette unité comme on le voit dans les rapports avec l’Empire et la papauté ou bien les traditions historiographiques issues des croisades qui réalisent le tour de force de baptiser Franci les gens du comté de Toulouse ou les princes normands de Sicile tous unis d’ailleurs dans la même éthique militaire dont la patria devient l’une des composantes. Du IXe au XIIIe siècle, ce ne sont pas les dénominations qui changent mais leur extension liée en fait aux représentations propagées par l’historiographie dont la tâche ne semble pas varier selon la force ou la faiblesse des règnes. De sorte qu’au terme du processus, la réception des théories de la souveraineté issues du droit romain se fit en France à l’exact moment où tous les qualificatifs absorbés par Francia étaient déjà au service de l’idée monarchique, laquelle put sans peine accueillir comme autant de renforts l’utilitas publica, la necessitas, la defensio sans ressentir pour autant le besoin de déclarer une guerre conceptuelle et théorique contre la féodalité. Si bien que la royauté et le rex ne se sont pas imposés contre les féodaux et leurs principautés puisque la bataille des mots et des idées était gagnée avant qu’elle ne commence. Par ailleurs, le rôle de matrice joué par la patria dans ce processus permit à la notion de garder une dimension interne, c’est-à-dire que la conscience de la Francia ne s’est pas épanouie dans un rejet des Alemani ou des Germani. Au terme de ce tour d’horizon historiographique, terminologique et problématique, il serait imprudent de croire que toutes les questions ont reçu des réponses.
Il convient d’abord de remarquer que ce regard historiographique particulièrement jeté sur le royaume français à partir de la patria kantorowiczienne revisitée, est toutefois grandement tributaire d’un certain nombre de présupposés. Est-il sûr par exemple que le royaume capétien fut une « construction kantorowiczienne » en quelque sorte réussie face à un Empire qui en serait la face ratée ? D’autre part, les analyses de B. Schneimüller et de Th. Eichenberger reposent en partie sur cette idée du transfert réussi, par les Capétiens, des loyalismes des petites entités à la plus grande entité grâce à une patria politisée et réémotionnalisée et fait un peu l’économie, ce faisant, d’un passage essentiel et consubstantiel par le sacré. Peut-être la place occupée dans l’historiographie allemande par la Querelle des Investitures, par ailleurs source réelle d’enrichissement conceptuel, a-t-elle un peu joué ici le rôle de prisme déformant.
En second lieu, toutes les pistes de l’analyse lexicale n’ont pas été explorées Tout d’abord se pose la question de la traduction en langue vulgaire de patria. Quand apparaît « Vaterland »? D’autre part reste à élucider la nature et la chronologie du rapport entre l’extension du terme patria et celle de « naturel » comme dans « seigneur naturel ». En réfléchissant à la première question, on peut au moins dire que le terme de patria traduit par « Vaterland » dans un sens général de pays allemand ou d’Empire est très tardif et n’apparaît qu’au XVe siècle sous la plume des premiers humanistes. À la différence de la France où la patria devient un mot des documents et de la chancellerie pour désigner l’ensemble du royaume, le même terme en Allemagne est demeuré dans cet emploi une notion littéraire. Dans les principautés mêmes l’occurrence de patria paraît jusqu’à la fin du Moyen Âge moins importante que celle de terra pour désigner le duché. Mais quelles mentalités se révèlent derrière cet emploi, quelle culture politique ?
En troisième lieu, il semble acceptable d’admettre que la période médiévale est caractérisée par une permanence d’emploi large du terme de patria dont le dénominateur commun paraît être une catégorie spatiale apte à accueillir toutes sortes d’éléments valorisants, un marqueur spatial d’identité nourri de religieux et de sacré. Le tout est donc de savoir lequel de ces sens disponibles va être privilégié en fonction d’un projet politique. Celui de la royauté en France par exemple mobilise la patria dans une trilogie rexgenspatria afin de lier peuple, dynastie et territoire à l’échelle de tout un royaume au point d’accepter de mourir pour lui (et plus seulement pour son seigneur). Mais toute trilogie offre une combinatoire riche de rapports possibles. Ici, on assisterait à une réduction progressive de la polysémie aboutissant à un rapprochement entre patria et gens, au sens où le rex règne sur une terre et des hommes et devient point de cristallisation de la conscience identitaire. Mais dans ce schéma qui remporte aussi bien la faveur de Eichenberger que de Schneidmüller, on ne voit pas exactement d’où vient l’élément territorial inclus dans la patria, élément qui n’est pas réductible à sa seule acception antique ni aux apports dits « barbares ».
Il y aurait donc une sorte d’énigme pour l’Allemagne, celle de présupposés généraux identiques à ceux de la France mais qui n’aboutissent pas à la même perception de la conscience nationale. Car on ne peut pas dévier du fait qu’une permanence de l’Empire, parfois vécue comme une nécessité de l’Empire, existe entre les Xe et XVe siècles : l’Empire est là et surtout le principe dynastique joue bien quand même un rôle. Le pouvoir royal et impérial est objet de consensus et, sans l’empereur, il n’y aurait ni villes d’Empire, ni princes-électeurs. Il n’a pas non plus manqué une forme d’historiographie pour vanter le roi… Il y a toutefois dans tous ces domaines une sorte d’inachèvement allemand, d’impossibilité à faire redescendre la patria sur terre dans un Empire médiéval électif, fait de trois couronnes c’est-à-dire où l’État impérial dépasse par essence le seul royaume de Germanie (qui lui-même ne saurait s’identifier à l’espace de la « nation » allemande…), dans un Empire gouverné par 34 rois de 14 familles différentes entre 911 et 1493 et qui plus est aux frontières orientales d’un extraordinaire mobilité, dans un Empire enfin où l’on ne trouve pas d’Ecclesia germanica comme on trouve une Ecclesia gallicana… Peut-être ne convient-il pas de chercher les raisons de cet inachèvement du côté des institutions, mais plutôt, comme y invite l’historiographie allemande actuelle [74], du côté de la société politique, des agents et décideurs qui avaient intérêt à l’approfondissement du dualisme roi-Empire en germe dans la bulle d’Or de 1356 et qui de fait fut institutionnalisé en 1495 et acheva de découpler empereur et Empire (donc pas du tout dans le sens de l’intégration rex-gens-patria à la française). En même temps, compte tenu du développement politique et de la situation dans les pays allemands au XIVe siècle, la décision de 1356 a contribué à la stabilisation et a donc constitué un cadre d’expression pour l’épanouissement d’une conscience nationale qui va finir, au début du XVIe siècle, par revendiquer cette particularité constitutionnelle allemande. Il faut bien rappeler en effet que la Bulle d’Or de 1356 a été préparée par la déclaration de Rhense en 1338 qui indiquait clairement que seul le roi élu des princes-électeurs était porteur des droits impériaux sans approbation pontificale. Cette affirmation, reposant pour partie sur l’analyse de Lupold de Bebenburg, conseiller de l’archevêque de Trèves et proche de Charles IV, lequel préconisait une séparation entre Imperium et Reich national, constituait finalement le dernier acte de la séculaire Querelle des Investitures en séparant définitivement temporel et spirituel et permit la liaison enfin directe entre roi allemand et empereur et donc l’ancrage ethnique de l’idée impériale.
Deux séries de conclusions peuvent être tirées de l’histoire politique et idéologique comparée menée par l’historiographie allemande récente sur le royaume de France d’une part et sur l’Empire de l’autre à la faveur d’une double réflexion sur la notion de patria.
L’étude du « sentiment national » centrée sur le cas français a dégagé un modèle d’intégration (donc une certaine forme de transcendance) alors que l’Allemagne demeure un modèle de la juxtaposition (donc une certaine forme de continuité) issu de la séparation entre patria et natio. En France, la polysémie du mot patria est capturée par le projet monarchique qui parvient à identifier et faire coïncider territoire, royaume, royauté et gens Francorum. Ce processus n’aurait pas été possible sans une entreprise historiographique de grande ampleur [75] et sans la participation politique et idéologique du clergé. C’est une forme de sacralisation d’un espace politique fermé. L’Empire pour sa part était plus qu’un État et en même temps ne pouvait pas devenir un État. Cet Empire gardait un pouvoir d’intégration politique tant que les bases sur lesquelles reposait son identité gardaient une légitimité acceptée de tous : la romanité, l’impérialisme, la chrétienté universelle. Dès que ces bases chancelèrent, l’Empire dut dans la seconde moitié du XVe siècle opérer une inflexion plus nationale, mais dans un espace déjà saturé par la territorialisation princière qui avait capté en partie à son profit les traditions du patriotisme local et dynastique [76].
D’où la seconde direction des études récentes sur la conscience de soi et l’identité en Allemagne à partir d’exemples régionaux tendant à montrer que la conscience ethnique régionale n’a pas précédé et expliqué mais au contraire suivi la formation de l’Empire. L’ouvrage de Becher étudiant les origines du duché saxon [77] a montré à partir des postulats méthodologiques et heuristiques plus anciens de Wenskus [78] que c’est seulement une fois les Ottoniens sur le trône que prit corps l’idée d’un duché de Saxe qui pût épauler la royauté et que ce n’est qu’avec l’avènement d’Henri Ier que les productions historiographiques considèrent la gens saxonne comme une unité territoriale et politique : l’entreprise suit donc la renaissance royale et ne la précède pas. Par conséquent la royauté n’est pas le produit de la volonté des gentes prétendus originels, et le duché de Saxe n’est pas le résultat d’une construction ethnique mais s’est intégré dans un processus de construction monarchique à l’Est du « Frankenreich ». La gens saxonne ne prend conscience d’elle que par ce processus de construction et d’intégration, de la même façon d’ailleurs que B. Schneidmüller estime que l’histoire allemande est le produit d’une formation impériale post-carolingienne. On peut y voir un exemple parmi d’autres du caractère de l’apport récent de la recherche allemande qui a été dans le sens d’une politisation de la question des origines de la nation, en ce sens que la monarchie fut aussi, au moins au départ, un cadre d’organisation et d’expression d’une ethnogénèse dont sortit en revanche une conscience commune différente de celle que l’on peut observer en France. C’est à partir de là que s’observent des différences : entre un espace plus ouvert en Allemagne du fait des structures impériales et un espace plus fermé dans le royaume de France, mais aussi entre une précocité de la conscience d’un sentiment national en France et sa manifestation plus tardive qui n’est sensible en Allemagne que vers 1500, c’est-à-dire après la fin définitive de la Querelle des Investitures, la fin du couronnement romain de l’empereur, l’établissement du dualisme entre Empire et roi, entre royauté et principautés, la diffusion du terme de « Heiliges Römisches Reich deutscher Nation » consacré sous le règne de Frédéric III (1440-1493) et enfin l’apport des humanistes allemands et la floraison des mythes germaniques.
La grande question qui demeure débattue aujourd’hui encore parmi les historiens allemands concerne la recherche des causes pour lesquelles une histoire allemande différente de l’histoire française au sein d’un même monde franc et quelle que soit la date de son commencement (plutôt au IXe siècle pour Schneidmüller, plutôt au Xe siècle pour les tenants de l’élection, plutôt au XIe siècle pour C. Brühl, plutôt continûment du Xe au XVe siècle pour J. Ehlers…), n’aboutit que très tardivement à une conscience réflexive, c’est-à-dire pour l’essentiel dans les crises de la seconde moitié du XIVe siècle et de la première moitié du XVe siècle. Le grand renversement réalisé, entre autres, par Schneidmüller et Eichenberger, en partie reposant sur l’étude du cas français, tient dans l’affirmation selon laquelle ce n’est pas l’idée impériale qui aurait tué ou retardé en Allemagne la conscience nationale, mais que cette idée reposait en fait sur cette conscience nationale dont l’impérialisme aurait été l’expression privilégiée alors qu’en France cette conscience aboutit à la surchristianisation du regnum capétien [79] dans un espace vécu et présenté comme homogène [80], assurant un passage du rex Francorum au rex Franciae. Finalement, en Allemagne, la conscience nationale se serait concentrée sur l’imperium d’un côté, conduisant à une forme d’aporie, et sur les terrae de l’autre, l’histoire allemande au Moyen Âge faisant l’apprentissage d’une juxtaposition, d’un emboîtement entre imperium et terrae alors même que ses habitants, pour citer J. Ehlers, « ne pouvaient être des Romains, n’étaient plus des Francs et n’avaient pas le droit de devenir des Allemands » [81].
Au regard de l’histoire allemande, il n’y a ainsi pas grand sens à séparer « Heimat » et « Nation ». C’est plus tard seulement que la modernité exigera de séparer Nation et habitants d’un pays plus petit : on parlera alors de patriotisme. Observée dans la multiplicité de ses territoires, l’histoire de l’Empire médiéval enseigne la pluralité des ethnogénèses, la coexistence d’un espace et de plusieurs territoires, d’un peuple et de peuples, l’équivalence entre terra et natio. Il n’y aurait pas par conséquent deux modèles opposés de formation de l’État et de la nation, l’un allemand où la nation aurait créé son État et l’autre français où l’État aurait créé la nation. Il n’y a donc pas de différence de nature car les deux constructions politiques, le royaume de France et l’Empire, contiennent à des moments différents les deux cas de figure qui peuvent d’ailleurs se relayer ou se neutraliser. Ce qui doit retenir l’attention, c’est l’intervention d’un troisième facteur dans ce débat, celui de l’espace, selon que ce territoire a été capable d’être un point d’articulation ou au contraire de désarticulation, d’agrégation ou de désagrégation d’un peuple [82], d’une dynastie, d’une forme politique de souveraineté et d’une histoire; tant il est vrai que ni l’espace ni le peuple qui y vit ne sont des données de la nature. N’étant pas des données naturelles, ce sont des constructions intentionnelles, pour une grande part aussi symboliques, ce qui explique la part très grande que tiennent l’historiographie et ses reconstructions sur lesquelles reposait en partie le consensus politique, même si à la différence des Temps Modernes, le souverain médiéval n’exigeait que de ses proches et des élites (les « Trägergruppen ») et non de tout un peuple de croire à ces fictions. C’est ici que l’historien du droit et des faits politiques est non seulement en mesure mais aussi dans l’obligation de se tourner vers l’historien du religieux et du sacré parce que non seulement les catégories intellectuelles et les outils conceptuels de ces traditions historiographiques ont été construits par le clergé mais aussi parce que l’espace a été défini, ritualisé et balisé, presque inventé, par le sacré au Moyen Âge et parce que les grands mouvements dans l’espace ont eu partie liée, au Moyen Âge, aux grands mouvements de la foi (évangélisation, prédications, croisades, pèlerinages, reconquêtes chrétiennes…). De sorte que les historiens allemands contemporains, et bien des français avec eux, peuvent à juste titre beaucoup apprendre de l’étroite confrontation entre rituels et institutions.
 
NOTES
 
[1] Une partie de ces réflexions ont été présentées au cours de deux communications données dans le cadre des travaux et tables rondes du groupe constitué par D. Iogna-Prat sur La spatialisation du sacré dans le Moyen Âge occidental, la première à Auxerre le 28 février 1997 et la seconde au Collegium de Budapest le 20 mai 1997. Je tiens à remercier vivement D. Iogna-Prat pour m’avoir associé à ce groupe et pour ses très précieux avis et conseils.
[2] K.F. WERNER, Volk, Nation, Geschichtliche Grundbegriffe, sous la dir. de O. BRUNNER, W. CONZE, R. KOSELLECK, t. 7, Stuttgart, 1992, p. 171-281.
[3] R. SCHNELL, Lateinische und volkssprachliche Vorstellungen. Zwei Fallbeispiele (Nationsbewußtsein, Königswahl), Latein und Volkssprache im deutschen Mittelalter (1100-1500), sous la dir. de N. HENKEL, N.F. PALMER, Tübingen, 1992, p. 123-141.
[4] B. SCHNEIDMÜLLER, Nomen Patriae. Die Entstehung Frankreichs in der politischgeographischen Terminologie (10.-13. Jahrhundert), Sigmaringen, 1987; Th. EICHENBERGER, Patria. Studien zur Bedeutung des Wortes im Mittelalter (6.-12. Jahrhundert), 1991 (C.R. par R. WENSKUS dans Göttingische Gelehrte Anzeigen, t. 245, 1993, p. 237-253 et P. MONNET, La patrie au Moyen Âge, Ici-même, t. 100,1994, p. 445-449). Ces deux ouvrages appartiennent à la collection Nationes. Historische und philologische Untersuchungen zur Entstehung der europäischen Nationen im Mittelalter dirigée par H. BEUMANN et W. SCHRÖDER. Pour un bilan sur les travaux de ce groupe et les parutions de cette collection : H. BEUMANN, Zur Nationenbildung im Mittelalter, Nationalismus in vorindustrieller Zeit, sous la dir. de O. DANN, Munich, 1986, p. 21-33 et ID., Europäische Nationenbildung im Mittelalter. Aus der Bilanz eines Forschungsschwerpunktes, Geschichte in Unterricht und Wissenschaft, t. 10,1998, p. 587-593; J. EHLERS, Sentiment impérial, monarchie et régions en Allemagne et en France pendant le haut Moyen Âge, Identité régionale et conscience nationale en France et en Allemagne du Moyen Âge à l’époque moderne, sous la dir. de J.M. MOEGLIN, R. BABEL, Sigmaringen, 1997, p. 15-26.
[5] J.M. MOEGLIN, Les ancêtres du prince. Propagande politique et naissance d’une histoire nationale en Bavière au Moyen Âge (1180-1500), Genève, 1985 ; ID., Nation et nationalisme du Moyen Âge à l'époque moderne (France-Allemagne), Revue historique, t. 611,1999, p. 537-553.
[6] P. MORAW, Bestehende, fehlende und heranwachsende Voraussetzungen des deutschen Nationalbewußtseins im späten Mittelalter, Ansätze und Diskontinuität deutscher Nationsbildung im Mittelalter, éd. J. EHLERS, Sigmaringen, 1989, p. 99-120.
[7] C. BRÜHL, Naissance de deux peuples. Français et Allemands (IXe-XIe siècles), Paris, 1994. On préférera, si possible, l'original à la traduction : Deutschland-Frankreich : die Geburt zweier Völker, Cologne, 1990.
[8] P. MORAW, Von offener Verfassung zu gestalteter Verdichtung. Das Reich im späten Mittelalter, Berlin, 1985; E. ISENMANN, Kaiser, Reich und deutsche Nation am Ausgang des 15. Jahrhunderts, Ansätze und Diskontinuität, p. 145-246.
[9] J. EHLERS, Die deutsche Nation des Mittelalters als Gegenstand der Forschung, Ansätze und Diskontinuität, p. 11-58. Quelques mises au point bibliographiques récentes : J. EHLERS, Was sind und wie bilden sich nationes im mittelalterlichen Europa (10.-15. Jahrhundert)? Begriff und allgemeine Konturen, Mittelalterliche nationes–neuzeitliche Nationen. Probleme der Nationbildung in Europa, sous la dir. de A. BUES, R. REXHEUSER, Wiesbaden, 1995, p. 7-26; B. SCHNEIDMÜLLER, Reich–Volk–Nation : Die Entstehung des deutschen Reiches und der deutschen Nation im Mittelalter, Ibid., p. 73-102; J. EHLERS, Mittelalterliche Voraussetzungen für nationale Identität in der Neuzeit, Nationale und kulturelle Identität, sous la dir. de B. GIESEN, 3E éd., Francfort, 1996, p. 77-99; R. STAUBER, Nationalismus vo dem Nationalsimus ?, Geschichte in Unterricht und Wissenschaft, t. 47,1996, p. 139-165.
[10] P. MORAW, Vom deutschen Zusammenhalt in älterer Zeit, Identität und Geschichte, éd. M. WERNER, Weimar, 1997, p. 27-59.
[11] W. EGGERT, B. PÄTZOLD, Wir-Gefühl und Regnum Saxonum bei frühmittelalterlichen Geschichtsschreibern, Weimar, 1984.
[12] R. SCHNELL, Deutsche Literatur und deutsches Nationsbewußtsein in Spätmittelalter und Früher Neuzeit, Ansätze und Diskontinuität, p. 247-319.
[13] B. SCHNEIDMÜLLER, Nomen gentis. Nations- und Namenbildung im nachkarolingischen Europa, Nomen et gens. Zur historischen Aussagekraft frühmittelalterlicher Personennamen, sous la dir. de D. GEUENICH, W. HAUBRICHS, J. JARNUT, Berlin-New York, 1997, p. 140-156.
[14] Mittelalterforschung nach der Wende, sous la dir. de M. BORGOLTE, Munich, 1995.
[15] J. FRIED, Der Weg in die Geschichte. Die Ursprünge Deutschlands bis 1024, Berlin, 1994. En particulier l’introduction et la conclusion : Was heißt deutsch ?, p. 9-27 et Noch einmal. Was heißt deutsch ?, p. 853-860. Les réponses apportées à ces questions par J. Fried ont alimenté un débat critique parmi les historiens, lancé en particulier par G. ALTHOFF, Von Fakten zu Motiven. Johannes Frieds Beschreibung der Ursprünge Deutschlands, Historische Zeitschrift, t. 260,1995, p. 107-117 avec réponses de J. FRIED dans le même numéro de revue Über das Schreiben von Geschichtswerken und Rezensionen. Eine Erwiderung, p. 119-130 et de M. BORGOLTE, Eine Anthropologie der Anfänge Deutschlands, Göttingische Gelehrter Anzeigen, t. 247,1995, p. 88-102.
[16] K.F. WERNER, Art. Deutschland, Lexikon des Mittelalters, t. 3, Munich-Zurich, 1984, col. 782-789, introduction; P. MORAW, Art. Reich, Geschichtliche Grundbegriffe, t. 5,1984, p. 434-456 b.
[17] H. THOMAS, Theodiscus–Diutiskus–Regnum Teutonicorum. Zu einer neuen Studie über die Anfänge des deutschen Sprach- und Volksnamens, Rheinische Vierteljahrsblätter, t. 51,1987, p. 287-302.
[18] H. THOMAS, Der Ursprung des Wortes theodiscus, Historische Zeitschrift, t. 247, 1988, p. 295-331; ID., Frenkisk. Zur Geschichte von theodiscus und teutonicus im Frankenreich des 9. Jahrhunderts, Beiträge zur Geschichte des Regnum Francorum, sous la dir. de R. SCHIEFFER, Sigmaringen, 1990, p. 67-95; ID., Die Deutschen und die Rezeption ihres Volksnamens, Nord und Süd in der deutschen Geschichte, sous la dir. de W. PARAVICINI, Sigmaringen, 1990, p. 19-50; ID., Das Identitätsproblem der Deutschen im Mittelalter, Geschichte in Wissenschaft und Unterricht, t. 43,1992, p. 135-156; ID., Sur l’histoire du mot « Deutsch » depuis le milieu du XIIe siècle jusqu’à la fin du XIIIe siècle, Identité régionale et conscience nationale, p. 27-35.
[19] H. MÜNKLER, H. GRÜNBERGER, Nationale Identität im Diskurs der deutschen Humanisten, Nationales Bewußtsein und kollektive Identität, sous la dir. de H. BERDING, Francfort, 1994, p. 211-248. Particulièrement sur Ulrich von Hutten : Die Schule des Tyrannen. Lateinische Schriften, éd. et trad. M. TREU, Darmstadt, 1996. Consulter également : Ulrich von Hutten in seiner Zeit, sous la dir de J. SCHILLING, Kassel, 1988; W. KREUTZ, Die Deutschen und Ulrich von Hutten : Rezeption von Autor und Werk, Munich, 1984; H. HOLBORN, Ulrich von Hutten, Göttingen, 1968.
[20] K.F. WERNER, Von Frankenreich zur Entfaltung Deutschlands und Frankreichs. Ursprünge–Strukturen–Beziehungen. Ausgewählte Beiträge, Sigmaringen, 1984. Contient la reprise des articles La genèse des duchés en France et en Allemagne, p. 279-310 et Les duchés « nationaux » d’Allemagne au IXe et Xe siècle », p. 311-328; ID., Völker und Regna, Beiträge zur mittelalterlichen Reichs- und Nationsbildung in Deutschland und Frankreich, sous la dir. de C. BRÜHL et B. SCHNEIDMÜLLER, Munich, 1997, p. 15-44.
[21] J. EHLERS, Die deutsche Nation des Mittelalters als Gegenstand der Forschung,Ansätze und Diskontinuität, p. 11-58.
[22] Fr. RAPP, Nationalbewußtsein und Religion im Spätmittelalter. Ein Vergleich zwischen Frankreich und Deutschland, Beiträge zur mittelalterlichen Reichs- und Nationsbildung, p. 103-110.
[23] Cette question des ethnies était alors reliée à celle des duchés dits ethniques. Le terme de Stammesherzogtum n’existe pas dans les sources de l’époque qui, pour désigner Saxe ou Bavière par exemple, emploient le mot carolingien de regna ou sa traduction « vulgaire » de riche. C’est donc assez dire que ce n’est pas le Stamm, la « tribu » qui est à l’origine des duchés « ethniques », lesquels sont eux-mêmes non point des regroupements historiques, géographiques, ethniques, naturels et empiriques de communautés mais bien plutôt des éléments fictifs, mythiques qui servirent aussi à regrouper. Voir R. WENSKUS, Stammesbildung und Verfassung. Das Werden der frühmittelalterlichen gentes, Cologne-Graz, 1961,2e éd., 1977.
[24] J. EHLERS, Methodische Überlegungen zur Entstehung des deutschen Reiches im Mittelalter und zur nachwanderzeitlichen Nationenbildung, Beiträge zur mittelalterlichen Reichs- und Nationsbildung, p. 1-14.
[25] Cette énumération de points répond à la seconde contribution présentée par D. Iogna-Prat sur la notion dans ce même numéro.
[26] J. EHLERS, Die Entstehung des Deutschen Reiches, Munich, 1994.
[27] B. SCHIMMELPFENNIG, Könige und Fürsten, Kaiser und Papst nach dem Wormser Konkordat, Munich, 1996.
[28] E. SCHUBERT, Fürstliche Herrschaft und Territorium im späten Mittelalter, Munich, 1996.
[29] K.Fr. KRIEGER, König, Reich und Reichsreform im Spätmittelalter, Munich, 1992.
[30] FRIED, Der Weg in die Geschichte, p. 15.
[31] R. SCHNEIDER, Das Königtum als Integrationsfaktor im Reich, Aufsätze und Diskontinuität, p. 59-82.
[32] Cum sacri Romani celsitudo imperii diversarum nacionum moribus, vita et ydiome distinctarum leges habeat […] quod electores principes, ipsius imperii columpne et latera, diversorum ydiomatum et linguarum differenciis instruantur, ut plures intelligant et intelligantur a pluribus […] Qua propter statuimus ut illustrium principum […] electorum filii vel heredes et successores, cum verisimiliter Theutonicum ydioma sibi naturaliter inditum scire presumantur et ab infancia didicisse, incipiendo a septimo Étatis sue anno in gramatica, Italica ac Slavica lingwis instruantur […]. Die Goldene Bulle : Metzer Gesetze, Quellen zur Verfassungsgeschichte des Römisch-deutschen Reiches im Spätmittelalter (1250-1500), éd. L. WEINRICH, Darmstadt, 1983, p. 392-394.
[33] JAKOB TWINGER VON KÖNIGSHOFEN, Chronik, Die Chroniken der deutschen Städte (7-8), Die Chroniken der oberrheinischen Städte, éd. C. HEGEL, rééd., t. 1, Stuttgart, 1961, p. 492-493.
[34] Voir B. FREY, Pater Bohemiae. Böhmens Vater, Stiefvater des Reiches. Kaiser Karl IV. in der Geschichtsschreibung, Francfort, 1978. Sur l’empereur en général : F. SEIBT, Karl IV. Ein Kaiser in Europa, rééd., Munich, 1994. Pour la citation de l’Historia Bohemica de PICCOLOMINI : éd. reprint, Francfort, 1967.
[35] Vita Karoli Quarti. Die Autobiographie Karls IV., éd. H. HILLENBRAND, Stuttgart, 1979 et ID., Die Autobiographie Karls IV., Blätter für deutsche Landesgeschichte, t. 114, 1978, p. 39-72.
[36] Vita Caroli Quarti, p. 82-83.
[37] Ibid., p. 144-166.
[38] Patria. Studien zur Bedeutung des Wortes im Mittelalter (6.-12. Jahrhundert), Sigmaringen, 1991.
[39] Nomen Patriae. Die Entstehung Frankreichs in der politisch-geographischen Terminologie (10.-13. Jahrhundert), Sigmaringen, 1987.
[40] E. KANTOROWICZ, Mourir pour la patrie et autres textes, Paris, 1984.
[41] Paru à Paris en 1987 (trad.).
[42] Paru à Paris en 1989 (trad.).
[43] Kaiser Friedrich der Zweite, Berlin, 1927 ; Pro patria mori in medieval political thought, American historical Review, t. 56,1951, p. 472-492 ; The King’s two bodies, Princeton, 1957.
[44] A. BOUREAU, Histoires d’un historien. Kantorowicz, Paris, 1990.
[45] Dans KANTOROWICZ, Mourir pour la patrie, consulter les articles Christus-Fiscus, p. 59-74 et Mystères de l’État, p. 75-104.
[46] P.E. SCHRAMM, Herrschaftszeichen und Staatssymbolik. Beiträge zu ihrer Geschichte vom dritten bis zum sechzehnten Jahrhundert, 3 vol., Stuttgart, 1954-1956; E. KANTOROWICZ, Les deux corps du roi, Paris, 1989, p. 170-200.
[47] M. BECHER, Rex, Dux und Gens. Untersuchungen zur Entstehung des sächsischen Herzogtums im 9. und 10. Jahrhundert, Paderborn, 1996; B. SCHNEIDMÜLLER, Landesherrschaft, welfische Identität und sächsische Geschichte, Regionale Identität und soziale Gruppen im deutschen Mittelalter, sous la dir. de P. MORAW, Berlin, 1992, p. 65-101.
[48] M. WERNER, Die Anfänge eines Landesbewußtseins in Thüringen, Aspekte thüringisch-hessischer Geschichte, sous la dir. de M. GOCKEL, 1992, p. 81-137.
[49] EICHENBERGER, Patria, p. 140.
[50] BECHER, Rex, Dux und Gens.
[51] Kl. GRAF, Souabe. Identité régionale à la fin du Moyen Âge et à l’époque moderne, Identité régionale et conscience nationale, p. 293-303.
[52] W. HARTMANN, Der Investiturstreit, 2e éd., Munich, 1996.
[53] EICHENBERGER, Patria, p. 142 avec sources et références.
[54] Pour la bibliographie correspondante sur les deux coutumiers, voir Art. Schwabenspiegel et Sachsenspiegel dans Lexikon des Mittelalters, t. 8, Munich-Zurich, 1989, col. 1603-1606 et col. 1240-1242.
[55] D. ABULAFIA, Friedrich II., Berlin, 1992; W. STÜRNER, Friedrich II., 1re part., Die Königsherrschaft im Sizilien und Deutschland 1194-1200, Darmstadt, 1992 ; 2e part., Der Kaiser 1220-1250, Darmstadt, 2000 ; Kl. VAN EICKELS, T. BRÜSCH, Kaiser Friedrich II., Düsseldorf-Zurich, 2000.
[56] O.G. OEXLE, Lignage et parenté, politique et religion dans la noblesse du XIIe siècle : l’Évangéliaire d’Henri le Lion, Cahiers de Civilisation médiévale, t. 36,1993, p. 339-354; ID., Die Memoria Heinrich des Löwens, Memoria in der Gesellschaft des Mittelalters, sous la dir. de D. GEUENICH et O.G. OEXLE, Göttingen, 1994, p. 128-177; ID., Welfische Memoria. Zugleich ein Beitrag über adlige Hauslieferung und die Kriterien ihrer Erforschung, Die Welfen und ihr Braunschweiger Hof im hohen Mittelalter, sous la dir. de B. SCHNEIDMÜLLER, Wiesbaden, 1995, p. 61-94; ID., Fama und Memoria. Legitimationen fürstlicher Herrschaft im 12. Jahrhundert, Heinrich der Löwe und seine Zeit. Herrschaft und Repräsentation der Welfen 1125-1235, sous la dir. de J. LUCKHARDT et Fr. NIEHOFF, t. 2, Munich, 1995, p. 62-69.
[57] Die Welfen und ihr Braunschweiger Hof et B. SCHNEIDMÜLLER, Große Herzöge, oft Kaisern wiederstehend ? Die Welfen im hochmittelalterlichen Europa, Heinrich der Löwe und seine Zeit, t. 2, p. 49-61.
[58] P. JOHANEK, Geschichtsbild und Geschichtsschreibung in den sächsischen Städten im 15. und 16. Jahrhundert, Hanse–Städte–Bünde. Die sächsischen Städte zwischen Elbe und Weser um 1500, sous la dir. de M. PUHLE, Magdebourg, 1996, p. 557-574.
[59] B.U. HUCKER, Ein Städtebund und sein Land : Sachsen–Saxonia–Sassen, Ibid., p. 36-44 et B. SCHNEIDMÜLLER, « Dem Heiligen Römischen Reich zu Ehre ». Sächsische Städte und das Reich im Spätmittelalter, Ibid., p. 45-61.
[60] MOEGLIN, Les ancêtres du prince.
[61] WERNER, Die Anfänge eines Landesbewußtseins in Thüringen, p. 81-137.
[62] Kl. GRAF, Das Land Schwaben im späten Mittelalter, Regionale Identität und soziale Gruppen, p. 127-164
[63] P. MORAW, Die Territoriale Zersplitterung im späten Mittelalter, Die Geschichte Hessens, sous la dir. de U. SCHULTZ, Stuttgart, 1983, p. 60-72; Hessen und Thüringen. Von den Anfängen bis zur Reformation, Marbourg, 1992.
[64] J.M. MOEGLIN, Sentiments d’identité régionale et historiographie en Thuringe à la fin du Moyen Âge, Identité régionale et conscience nationale, p. 325-364.
[65] Pour d’autres exemples hors de Thuringe : H. SCHMIDT, Die deutschen Städtechroniken als Spiegel des bürgerlichen Selbstbewußtseins im Spätmittelalter, Göttingen, 1958. R. HIESTAND, Civis Romanus sum. Zum Selbstverständnis bürgerlichen Führungsschichten in den spätmittelalterlichen Städten, Herkunft und Ursprung. Historische und mythische Formen der Legitimation, sous la dir. de P. WUNDERLI, Sigmaringen, 1994, p. 91-111; R. SPRANDEL, Chronisten als Zeitzeugen, Cologne-Vienne, 1994 et ID., Geschichtsschreiber in Deutschland 1347-1517, Mentalitäten im Mittelalter. Methodische und inhaltliche Probleme, sous la dir. de Fr. GRAUS, Sigmaringen, 1987, p. 289-311. Le cas de Francfort n’est pas sans rapport avec celui d’Erfurt, sans s’appuyer toutefois sur la conscience claire d’un « pays » historique : P. MONNET, Particularismes urbains et patriotisme local dans une ville allemande de la fin du Moyen Âge : Francfort et ses chroniques, Identité régionale et conscience nationale, p. 389-400 et Les Rohrbach de Francfort. Pouvoirs, affaires et parenté à l’aube de la Renaissance, Genève, 1997. Voir aussi la classique mise au point de J.B. MENKE, Geschichtsschreibung und Politik in deutschen Städten des Spätmittelalters, Jahrbuch des kölnischen Geschichtsvereins, t. 33,1958, p. 1-84; t. 34, 1960, p. 85-194.
[66] Fr. GRAUS, Nationale Deutungsmuster der Vergangenheit in spätmittelalterlichen Chroniken, Nationalismus in vorindustrieller Zeit, p. 35-53.
[67] GRAF, Das Land Schwaben im späten Mittelalter.
[68] H. ANGERMEIER, Die Reichsreform 1410-1555, Munich, 1984 et KRIEGER, König, Reich und Reichsreform im Spätmittelalter.
[69] J.M. MOEGLIN, Les dynasties princières allemandes et la notion de Maison à la fin du Moyen Âge, Les princes et le pouvoir au Moyen Âge (XXIIIe Congrès de la SHMES), Paris, 1993, p. 137-154.
[70] EICHENBERGER, Patria, p. 183-192 avec références et sources.
[71] E. ORTH, Die Fehden der Reichsstadt Frankfurt am Main im späten Mittelalter. Fehderecht und Fehdepraxis im 14. und 15. Jahrhundert, Wiesbaden, 1973; H. KOLLER, Die mittelalterliche Stadtmauer als Grundlage städtischen Selbstbewußtseins, Stadt und Krieg, sous la dir. de B. KIRCHGÄSSNER et G. SCHOLZ, Sigmaringen, 1989, p. 9-26; Cl. SIEBER-LEHMANN, Spätmittelalterlicher Nationalismus. Die Burgunderkriege am Oberrhein und in der Eidgenossenschaft, Göttingen, 1995; Chr. HEIDUK, A. HÖFERT, C. ULRICHS, Krieg und Verbrechen nach spätmittelalterlichen Chroniken, Cologne-Weimar-Vienne, 1997; en particulier le chapitre Der Krieg in der Individualperspektive von reichsstädtischem Patriziat und Adel im Spätmittelalter, p. 111-184. Kl. GRAF, Schlachtengedenken in der Stadt, Ibid., p. 83-104; Fr. SCHWIND, 1389. Die Nierderlage von Kronberg/Eschborn. Städtische Selbsbehauptung im dynastischen Umfeld, Frankfurts Archiv für Geschichte und Kunst, t. 63,1997, p. 15-42.
[72] SCHNEIDMÜLLER, Nomen Patriae. Les références aux études françaises se trouvent pour leur part dans la contribution fournie ici-même par D. IOGNA-PRAT.
[73] M. LUGGE, Francia und Gallia im Mittelalter. Untersuchungen über den Zusammenhang zwischen geographisch-historischer Terminologie und politischem Denken vom 6.-15. Jahrhundert, Bonn, 1960.
[74] P. MORAW, Neuere Forschungen zur Reichsverfassung des späten Mittelalters, Mittelalterforschung nach der Wende, p. 453-484.
[75] Sur la participation de l’historiographie à l’émergence d’un tel sentiment dans une perspective européenne, et en dehors des travaux de l’école française, particulièrement derrière B. GUENÉE : Geschichtsschreibung und Geschichtsbewußtsein im späten Mittelalter, sous la dir. de H. PATZE, Sigmaringen, 1987; N. KERSKEN, Geschichtsschreibung im Europa der nationes, Cologne-Vienne, 1996.
[76] Voir, sur ce point, Les princes et l’histoire du XIVe au XVIIIe siècle, sous la dir. de Cl. GRELL, W. PARAVICINI, J. VOS, Paris, 1998, et, plus particulièrement, la contribution de J.M. MOEGLIN dans le vol. : L’histoire des princes et la cristallisation du sentiment d’identité régionale : du comté de Toulouse au landgraviat de Hesse (XIIIe-XVe siècles), p. 13-42.
[77] BECHER, Rex, Dux und Gens
[78] R. WENSKUS, Stammesbildung und Verfassung : das Werden der frühmittelalterlichen gentes, Cologne, 1961.
[79] Voir sur ce point la contribution de D. IOGNA-PRAT.
[80] On pense naturellement à l’ouvrage de C. BEAUNE, Naissance de la nation France, Paris, 1985.
[81] J. EHLERS, Sentiment impérial, monarchie et régions en Allemagne et en France pendant le haut Moyen Âge, Identité régionale et conscience nationale, p. 24.
[82] L’histoire de l’Allemagne aux XIXe et XXe siècles en montre assez la permanence.
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B. SCHNEIDMÜLLER, Nomen Patriae. Die Entstehung Frankreichs...
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[5]
J.M. MOEGLIN, Les ancêtres du prince. Propagande politique ...
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P. MORAW, Bestehende, fehlende und heranwachsende Vorausset...
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[7]
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[10]
P. MORAW, Vom deutschen Zusammenhalt in älterer Zeit, Ident...
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[11]
W. EGGERT, B. PÄTZOLD, Wir-Gefühl und Regnum Saxonum bei f...
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[12]
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B. SCHNEIDMÜLLER, Nomen gentis. Nations- und Namenbildung i...
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Mittelalterforschung nach der Wende, sous la dir. de M. BOR...
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J. FRIED, Der Weg in die Geschichte. Die Ursprünge Deutschl...
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K.F. WERNER, Art. Deutschland, Lexikon des Mittelalters, t....
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H. THOMAS, Theodiscus–Diutiskus–Regnum Teutonicorum. Zu ein...
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H. MÜNKLER, H. GRÜNBERGER, Nationale Identität im Diskurs d...
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[23]
Cette question des ethnies était alors reliée à celle des d...
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J. EHLERS, Die Entstehung des Deutschen Reiches, Munich, 19...
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E. SCHUBERT, Fürstliche Herrschaft und Territorium im späte...
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K.Fr. KRIEGER, König, Reich und Reichsreform im Spätmittela...
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FRIED, Der Weg in die Geschichte, p. 15. Suite de la note...
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R. SCHNEIDER, Das Königtum als Integrationsfaktor im Reich,...
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Cum sacri Romani celsitudo imperii diversarum nacionum mori...
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JAKOB TWINGER VON KÖNIGSHOFEN, Chronik, Die Chroniken der d...
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[34]
Voir B. FREY, Pater Bohemiae. Böhmens Vater, Stiefvater des...
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Vita Karoli Quarti. Die Autobiographie Karls IV., éd. H. HI...
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Vita Caroli Quarti, p. 82-83. Suite de la note...
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Ibid., p. 144-166. Suite de la note...
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Patria. Studien zur Bedeutung des Wortes im Mittelalter (6....
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E. KANTOROWICZ, Mourir pour la patrie et autres textes, Par...
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Paru à Paris en 1987 (trad.). Suite de la note...
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Paru à Paris en 1989 (trad.). Suite de la note...
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Kaiser Friedrich der Zweite, Berlin, 1927 ; Pro patria mori...
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A. BOUREAU, Histoires d’un historien. Kantorowicz, Paris, 1...
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Dans KANTOROWICZ, Mourir pour la patrie, consulter les arti...
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P.E. SCHRAMM, Herrschaftszeichen und Staatssymbolik. Beiträ...
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M. BECHER, Rex, Dux und Gens. Untersuchungen zur Entstehung...
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M. WERNER, Die Anfänge eines Landesbewußtseins in Thüringen...
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EICHENBERGER, Patria, p. 140. Suite de la note...
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BECHER, Rex, Dux und Gens. Suite de la note...
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Kl. GRAF, Souabe. Identité régionale à la fin du Moyen Âge ...
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W. HARTMANN, Der Investiturstreit, 2e éd., Munich, 1996. Suite de la note...
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EICHENBERGER, Patria, p. 142 avec sources et références. Suite de la note...
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Pour la bibliographie correspondante sur les deux coutumier...
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[55]
D. ABULAFIA, Friedrich II., Berlin, 1992; W. STÜRNER, Fried...
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O.G. OEXLE, Lignage et parenté, politique et religion dans ...
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