2001
Le Moyen Age
La patria médiévale vue d’Allemagne, entre construction impériale et identités régionales
[1]
Pierre Monet
Mission historique française en Allemagne – Göttingen
Ces réflexions critiques, bibliographiques et problématiques tournent
autour de l’approche d’un mot, celui de
patria, c’est-à-dire d’une notion qui
a joué dans le vocabulaire du Moyen Âge un rôle spécifique et pourtant
différent selon les époques et les aires géographiques où il fut employé
[2]. Il
s’agit donc d’une approche terminologique qui tente d’atteindre toutefois
une phénoménologie, c’est-à-dire les différentes acceptions du terme de
patria et les référents, qu’ils soient d’ailleurs réels ou fictifs, auxquels il
s’applique. Il ne saurait être question, en peu de place, de prétendre apporter
aujourd’hui une définition toute faite, tant il est vrai que le long Moyen Âge
a justement joué à dessein de la polysémie du mot désignant à la fois et tour
à tour l’espace du pays étroit de naissance et d’origine, mais aussi l’espace
plus large de la communauté de même droit parfois de même langue
[3] ou de
même histoire, mais encore l’universalité plus large de la chrétienté et enfin
le territoire du prince voire du roi dirigeant cette communauté ou ces espaces
d’ampleurs diverses
[4]. Mais en liant depuis longtemps, c’est bien ce que les
sources enseignent, facteur spatial et facteur affectif, la notion de
patria peut
contribuer à une réflexion sur ce qui, au Moyen Âge, définit et identifie un
territoire. Si l’on estime qu’une telle définition passe principalement au
Moyen Âge par une dynastie, un droit et une histoire
[5], force est de constater
que la
patria, dans son évolution et sa complexité, a su combiner à un degré
plus ou moins fort ces trois éléments.
La présente mise au point repose sur une série de lectures faites à partir
d’une production particulièrement abondante sur ce sujet dans la littérature
historique allemande récente. Elle permet ainsi d’offrir un autre regard, celui
que livre une conception de l’ancienne
patria mûrie dans une aire
géographique, l’Allemagne, depuis longtemps structurée par une réalité
territoriale et régionale qu’un pouvoir central n’a unifié et estompé qu’à de
rares et récentes exceptions
[6]. Cette évolution historique influence à n’en pas
douter les problématiques et les questionnaires des historiens allemands qui
ont su par bonheur travailler l’image que réfléchissait ce passé complexe. Ce
faisant, la notion de
patria a pris chez eux des connotations et des fonctions
qui divergent de celles que le cas français peut faire apercevoir
[7], d’où l’intérêt
de la double contribution ici présentée avec le concours précieux de D. Iogna-Prat.
Le titre retenu pour cette partie « allemande » qui évolue donc entre
construction impériale et identités régionales résulte de l’observation des
spécificités des pays germaniques de l’Empire médiéval, un Empire aux
visées universelles mais enserré dans un système politique marqué par
l’élection, l’articulation entre trois royaumes et un couronnement romain et
cela dans un espace traversé de tendances à la parcellisation et à la
territorialisation que l’on trouve certes ailleurs mais qui finirent ici par
l’emporter
[8]. Une dernière remarque liminaire doit être avancée, qui consiste
à montrer que la question de la
patria, de son emploi, de ses significations et
de ses assertions, fut et demeure très généralement liée par les historiens
allemands à une réflexion sur la nation et l’émergence d’un sentiment
national dans l’Empire au Moyen Âge, de sorte que la réflexion portant sur
la langue et les manières de désigner et d’émotionnaliser un territoire
constitua en Allemagne la manière d’entamer une analyse difficile de la
formation et du devenir de la nation depuis le Moyen Âge. De ce point de vue,
personne ne s’étonnera donc du nombre important de titres consacrés à ce
problème depuis 1989
[9].
Pour y répondre, les historiens allemands ont traité de la question de la
patria précisément conçue comme une contribution au problème d’un
nationalisme avant le nationalisme, c’est-à-dire de l’émergence d’un
sentiment national et identitaire au Moyen Âge
[10]. Il va de soi que la relation
particulière que les historiens allemands entretiennent avec l’histoire
contemporaine de leur pays détermine en partie l’orientation prise par les
débats, en particulier à travers la construction aux XIXe et XXe siècles de deux
Empires dont le dernier a conduit à la catastrophe que l’on sait. Il faut dire
aussi que ni les mots ni la nature de la construction politique de l’Empire
médiéval n’ont aidé à clarifier le débat. En effet, dans l’approche de la nation,
du sentiment identitaire, du vivre ensemble
[11], d’un « Wir-Gefühl »,
beaucoup d’historiens s’accordent à retenir la notion de
patria comme une clé
de lecture utile, c’est-à-dire comme un marqueur d’identité spatiale et
comme un terme qui permit ici ou ne permit pas là qu’un sentiment national
puisse lier un territoire, son prince et ses habitants. Mais cette réflexion sur
une notion qui touche de près ou de loin à l’espace, à la langue
[12], à la
formation d’un peuple
[13] et à l’occupation d’un territoire, à la construction ou
non d’un État par ses rois et à l’idéologie qui a pu la soutenir, cette réflexion
donc n’a cessé de se développer depuis la réunification de 1990
[14] qui
intervient ne l’oublions pas dans un contexte d’après-guerre où pour la
première fois, mais dans un cadre de division, un État en Allemagne s’était
appelé « Deutschland »
[15] alors que depuis le Moyen Âge il n’y avait pas eu
d’équivalence ni de correspondance entre la désignation de l’État et du
souverain et celle des habitants du pays et de leur langue
[16]. Depuis 962 on
trouve en effet un
Imperator Augustus Romanorum à la tête de
l’Imperium et
depuis le début du XIIe siècle un
Rex Romanorum à la tête du
regnum. Si au XIe
siècle commencent à se répandre les expressions de
Tellus teutonum,
Terra
teutonica ou
Terra teutonicorum, en revanche un
regnum teutonicorum n’est
employé par le pape que pour amoindrir justement l’empereur dans la
Querelle des Investitures (désignant en quelque sorte le tout par une seule
partie)
[17]. Quant à la langue, si dès 800 le
theodiscus désigne la langue
germanique du peuple franc, ce terme mit longtemps à désigner autre chose
que
gentilis ou peuple si l’on veut et le glissement de
theodiscus à
teutonicus
n’est pas encore bien clairement établi par les historiens et les philologues
[18].
De surcroît les
Teutonici ne désignent quasiment jamais le peuple bien établi
des Allemands de l’Empire et l’articulation dans les grands textes politiques
entre « Deutches Land » ou « Deutsche Mannen » et « Deutsches Reich »
n’est pas faite. C’est seulement au XVe siècle que l’appellation de « Heiliges
Römisches Reich deutscher Nation », apparue en 1409 et entérinée 60 ans
plus tard, vient combler une lacune et permet une articulation entre langue,
pays et nation dont les humanistes ne se priveront pas
[19].
Il a donc d’abord fallu que les historiens allemands revisitent ce
développement et ces contradictions et prennent position dans un débat
ancien, pour l’essentiel issu du XIXe siècle, consistant à savoir si la création
d’un nouvel Empire après l’éclatement carolingien avait été l’acte volontaire
d’un peuple allemand déjà constitué, certes divisé en peuples et tribus, en
« Stämme », mais déjà pourvu d’une conscience propre et distincte de celle
des peuples de la Francie occidentale. En faveur de la thèse de la préexistence
militeraient une langue commune et la persistance d’entreprises communes
telles la réforme de l’Église ou la colonisation des bordures orientales de
l’Occident. Mais le paradoxe veut que ce même peuple qui aurait créé son
État ait été ensuite débordé, absorbé et finalement étouffé par le succès initial
de sa propre construction d’un Empire universel. Toutefois, la même théorie
veut qu’en dépit des morcellements et des faiblesses étatiques, défauts pour
l’essentiel attribués classiquement à la faute de souverains entraînés vers
leurs rêves d’universalisme, imputés à l’opposition du pape et aux intérêts
des autres monarques (en particulier le roi français satisfait de voir cette
« nation retardée »), en dépit donc de ces fragmentations accentuées ensuite
par les divisions confessionnelles des Temps Modernes résultant d’ailleurs,
dans ce schéma, des fautes médiévales précédemment commises, il y aurait
eu continuité entre tribus germaniques, peuplades du monde franc, duchés
ethniques et principautés territoriales puis régions, celles du « Zollverein »
voire de la « Bundesrepublik » actuelle.
Il ne reste plus de spécialistes pour y croire, mais il a fallu du temps pour
s’en déprendre, et il a fallu des concepts
[20], à telle enseigne que J. Ehlers peut
écrire en 1989 que pour la première fois la question de la formation d’une
nation allemande au Moyen Âge peut être explicitement abordée sans que la
communauté historienne s’en émeuve
[21]. Bref il a fallu en finir avec l’idée
d’une nation retardée ou d’un Empire bloquant la nation, thèse qui suppose
de surcroît l’existence improbable d’une nation allemande originelle
constituée peu ou prou à la faveur des invasions « germaniques ». Et il a fallu
en finir aussi avec l’idée d’un « Sonderweg » allemand, une voie particulière
qui ouvre la porte à tous les déterminismes et à toutes les justifications et qui
en outre supposerait que l’histoire des autres pays d’Europe présenterait le
visage d’un « Normaler Weg », d’une voie normale.
Il n’y a pas de différence de nature entre la construction par exemple de la
nation en France et celle de la nation en Allemagne, on a dans les deux cas
affaire à un processus long et complexe que l’on ne peut saisir qu’en
s’appuyant sur l’éthique politique et religieuse du temps
[22], dont la notion de
patria fait partie en cela qu’elle contribua à un moment donné et à des degrés
variables à la territorialisation d’un sentiment d’appartenance. Il semble
justement qu’en Allemagne cette réflexion ait contribué à pulvériser le mythe
des ethnies originelles
[23], en posant la question des
regna, en détaillant le sens
et les bases du dualisme roi-Empire, en situant le départ de deux traditions
divergentes entre France et Allemagne et en scrutant le modèle de
développement français
[24]. Cela ne signifie pas que tous les historiens ont été
pour autant d’accord entre eux. Mais le résultat importe plus : la renaissance
d’une histoire politique du « Reich » médiéval découplée d’une histoire du
peuple allemand, elle-même distinguée d’une histoire de l’Allemagne. Est
alors apparu que le plus déterminant, dans cette histoire, ce ne sont pas les
données de la nature, de l’espace, du sang, du sol ou de la langue, mais que
ces données étaient en fait le produit de constructions discursives et d’autre
part qu’elles s’intégraient (ou se désintégraient) dans un projet politique
voulu et porté non pas par un souverain seul mais par des
« Trägergruppen », parmi lesquels les clercs occupent une place
déterminante d’autant qu’ils furent longtemps les pourvoyeurs du
vocabulaire et des traités politiques.
Or, dans ce contexte historiographique contemporain, parmi les clés de
lecture adoptées, la
patria a constitué une approche d’une grande fécondité,
sans doute parce qu’elle était mieux reliée, en Allemagne, à la question des
territoires et sans doute aussi parce qu’elle permettait une comparaison
fructueuse avec le cas français. Car c’est en effet une des permanences des
travaux allemands sur la question que de glisser d’abord le regard en
direction du royaume occidental issu du même héritage franc. On peut dire
pour résumer que le bilan de cette comparaison à laquelle les noms
d’historiens comme J. Ehlers, B. Schneidmüller, Th. Eichenberger ou
P. Moraw et K.F. Werner sont liés porte sur les points suivants
[25] :
- Sur une base pourtant commune, à savoir qu’ils ne sont pas plus
carolingiens que les capétiens, les rois puis empereurs du « Ostfränkisches
Reich » partent en effet de plus haut que les rois capétiens au Xe siècle mais
dans un contexte territorial et symbolique beaucoup moins clair
[26]. La
dimension italienne fut par exemple d’emblée présente dans la
« renaissance » impériale, la question dynastique est toujours demeurée
suspendue au principe électif depuis l’origine car il fallut l’accord presque
contractuel des Grands des regna de l’Est : Bavière, Franconie, Saxe et
Alémanie.
- Il semble que la mobilisation de l’idéologie des trois ordres a été bien
moins poussée dans l’Empire, ou en tout cas n’a pas profité au pouvoir royal.
- Il existe un inachèvement de la sanctification liturgique de la personne
royale par le sacre. Pourtant, avec Otton en 936, des éléments d’une théologie
de la souveraineté par le sacre avaient commencé à se développer qui ont en
fait été stoppés par la consécration impériale de 962, laquelle semblait, par
son essence même, comme avoir résolu le problème. Mais par ailleurs, dans
l’Empire, le couronnement royal suit bientôt l’élection et se pratique dans un
lieu différent de la désignation. En outre, il n’est pas une fin, mais une étape,
une condition nécessaire à l’accession à l’Empire qui se fait à Rome, des mains
du pape, mais sous la forme seulement d’un couronnement… La
multiplication des élections et contre-élections, sacres et anti-sacres ne va
bien entendu pas dans le sens d’une continuité de la valorisation
hagiographique… Si la canonisation de Saint Louis est au bout du processus
en France, dans l’Empire c’est un point de départ puisque la canonisation
concerne Charlemagne, et encore sous une forme contestable puisqu’elle fut
accordée par un anti-pape.
- À mesure que l’on avance vers le XIIIe siècle qui marque pourtant le
point culminant d’une entreprise de sacralisation du pouvoir impérial avec
le dernier des Staufen, la mission pacificatrice du roi ne cesse de se vider de
son sens et de sa portée, ouvrant la porte à une territorialisation de la paix,
à une territorialisation du droit et à la formation de ligues. Plus que jamais,
le roi demeure un prince parmi les princes, il n’est jamais parvenu à « sortir »
de la noblesse et demeure à ce titre le centre et l’enjeu de forces divergentes,
voire l’objet de révoltes, la cible de coalitions.
- L’espace compte beaucoup. Le royaume de Germanie n’a ni capitale ni
cœur. Force est aussi de constater que l’Empire n’est pas une donnée, c’est un
processus historique dans un espace mobile (la colonisation de l’Est). Les
composantes politiques de l’Empire ne cessent de changer : adjonction du
royaume d’Arles au XIe siècle, transformation de la Bohême en royaume à la
fin du XIIe siècle, royaume qui demeure en même temps sous la domination
d’un prince électeur… Les repères politiques géographiques ne cessent de
changer : passant pour proches du roi (« königsnah ») sous la Ottoniens et les
Saliens, la Saxe et la Franconie deviennent distantes du roi (« königsfern »)
du XIIIe au XVe siècle, tandis que Souabe et Bavière effectuent le parcours
exactement inverse.
- Chronologiquement, le moment « augustéen » qui voit en France le
parachèvement de l’affirmation d’une patria communis capétienne
correspond dans l’Empire à un temps de défaites, de schisme royal,
d’absence physique du souverain, de recul de la souveraineté sous la forme
d’un large partage des pouvoirs régaliens et à un temps de délitement du
système de l’Église d’Empire (« Reichskirchensystem »)
[27]. Il n’y a pas eu dans
l’Empire de jeu parallèle entre monarchie et principe dynastique pour faire
coïncider comme dans le royaume de France espace de souveraineté, espace
de légitimité et espace de gouvernement.
- Du point de vue terminologique on ne trouve pas de concentration
d’emploi comparable à celle qui en France unit regnum Francorum, rex
Franciae, lingua et natio gallicana… La langue tudesque est la theodisca,
« langue du peuple », mais le regnum est Teutonicorum alors qu’en outre on
ne trouve pas de gens Teutonicorum mais des regna Saxoniae ou Alemaniae. Par
ailleurs l’Imperium est toujours romanum et depuis 1254 sacrum romanum
Imperium sans que jamais la mention allemande (« deutscher Nation ») soit
évoquée avant le XVe siècle, le premier référent apparaissant seulement en
1409. Tout s’est passé comme si l’universalisme impérial, réactivé par la
Querelle des Investitures et des deux Sacerdoces (il s’agit bien d’une
spécificité touchant les rois allemands), avait écrasé la royauté qui n’est pas
parvenue à coaguler patriae, regna et gentes dans un espace de souveraineté
mais s’est au contraire dissoute en eux, tandis que les territoires réalisaient
(pas mal du tout d’ailleurs) cette synthèse à leur profit
[28]. En ce sens, les gentes,
les regna et les patriae sont demeurés comme autant d’avenirs possibles et de
combinaisons envisageables
[29].
Au terme de cette brève esquisse, il peut sembler juste de dire que non
seulement l’Empire peine de plus en plus à constituer une
patria communis
mais échoue également à incorporer les
patria propriae (si tant est qu’il en ait
eu l’intention…) à mesure que croissent les territoires qui forment
consciemment ou non un des écrans expliquant le blocage du transfert
impérial. L’évolution de l’Empire au Moyen Âge enseigne la survivance
tardive et bientôt constitutionnellement organisée d’une dispersion des
loyalismes : parce que le « Reich » était au-dessus des États, il n’en fut jamais
vraiment un et, ce faisant, ne put jamais devenir une
patria. Ce que d’une
formule lapidaire J. Fried résume dans l’introduction de sa monumentale
histoire de l’Allemagne jusqu’en 1024, introduction intitulée
Was heißt
deutsch? par les mots suivants : « Gleichsein-Wollen, Nicht-Gleichsein-Können, Anderssein-Müssen…»
[30].
Un exemple résume ces contradictions, cette difficulté d’articuler Empire,
Allemagne et sentiment d’appartenance et de reconnaissance ressenties
jusqu’au sommet par l’empereur lui-même. Il s’agit de l’autobiographie
rédigée vraisemblablement au début des années 1350 par le roi des Romains,
roi de Bohême et empereur Charles IV (1316-1378). Petit-fils de l’empereur
Henri VII et fils du roi Jean de Bohême mort à Crécy, Charles est un enfant
de Luxembourg. Il fut élevé en grande partie en France de 1323 à 1330, fut élu
roi des Romains en 1346, devient roi de Bohême l’année suivante… Quelle est
la patrie de cet homme, quel est son pays d’attache, le choix de son cœur ? Les
indices sont contradictoires. Il est tout de même celui qui, par la Bulle d’Or
de 1356, maintient un Empire qui n’avait rien d’évident et fait inscrire au
début de la loi
Omne regnum in se divisum desolabitur (signe lui-même
ambivalent d’une conscience de l’indivisibilité de l’Empire mais aussi des
menaces d’éclatement qui l’entourent)
[31] tout en faisant préciser à la fin de la
constitution qu’il enjoint aux princes-électeurs laïques d’élever leurs fils en
plusieurs langues car le « Reich » est composé de plusieurs peuples
[32]. En
même temps, le chroniqueur Jakob Twinger von Königshoefen considérait
Charles IV dans sa chronique rédigée entre 1382 et 1393 comme très allemand
parce que l’empereur parlait cette langue avec plus d’amour que les autres
langues connues de lui
[33]. Mais c’est aussi de lui qu’Aeneas Silvio Piccolomini,
le futur pape Pie II, dit vers 1445 dans son
Historia Bohemica seu de Bohemorum
origine ac gestis historia: « Un grand empereur, n’eût été son désir de plus
priser la gloire de la couronne de Bohême que celle de l’Empire des
Romains »
[34]. Peut-être convient-il d’examiner son autobiographie pour
trouver sa propre réponse, cette
Vita écrite en 20 chapitres dont on possède
12 manuscrits. Son récit couvre son enfance jusqu’à son élection en 1346. Pour
les historiens tchèques, il s’agirait d’une œuvre de vieillesse. Pour les
historiens allemands, dont son éditeur
[35], il s’agirait d’un texte de
circonstance et de combat composé vers 1350 en vue de rassembler une
dernière fois tous les éléments aptes à légitimer son élection de 1346 comme
anti-roi contre Louis de Bavière. À première lecture, la philosophie politique
de l’œuvre ne parle guère en faveur d’un quelconque éveil des nations en
pleine crise du milieu du XIVe siècle ou d’un hymne à la
patria bohêmienne
du souverain. Au début du chapitre 2, il s’adresse à ses successeurs en leur
parlant de l’antique couronne des rois dont il y a tout lieu de croire qu’il
s’agissait de la couronne d’Empire des « Reichsinsignien » dont la confection
illustre la royauté biblique de David et Salomon. Dans la suite du
paragraphe, on voit le roi célébré comme un vicaire du Christ. Or, parlant de
son adversaire Louis de Bavière, il lui refuse le titre de vrai roi et l’appelle
toujours
Bavarius ou
de Bavaria comme si la manœuvre consistait à renvoyer
ce faux roi dans sa
patria d’origine au-dessus de laquelle s’élève la couronne
universelle. En même temps il faut dépasser ce simple cadre contextuel et
prendre l’autobiographie de Charles IV pour un véritable traité, une sorte de
Miroir de Prince. Et cette œuvre l’est à plus d’un titre, au sens territorial et
dynastique du terme, ce qui donne au roi l’occasion de laisser percer des
signes d’attachement plus personnels que la défense un peu obligée de la
royauté universelle dont il allait réduire le champ en 1356. Quels sont ces
signes ? Curieusement ce sont ceux qui le ramènent au plus proche de sa
patrie de cœur et d’origine, son royaume bohêmien. On le voit en premier
lieu à travers l’histoire de son prénom. En 1316, il fut d’abord appelé
Wenceslas dans la tradition familiale et tchèque mais baptisé ensuite en 1323
sous le prénom de Charles dont il dit lui-même qu'il résulte d'une influence
française :
Misitque me meus pater jam dictus ad dictum regem Francie me existente
in septimo anno puericie mee; fecitque me dictus rex Francorum per pontificem
confirmari et imposuit michi nomen suum equivocem videlicet Karolus
[36]. Il y a
surtout le choix subtil du support de sa pensée d’une royauté traditionnelle
et universelle issue de son élection comme roi des Romains. Il fonde son
exposé sur l’exégèse du passage de
Mt, 13,44-52, évoquant le royaume des
Cieux comparable à un trésor caché, à un marchand qui cherche de belles
perles et à un filet jeté dans la mer
[37]. Le choix du texte est en fait fondamental
car il s’agit du passage de l’Évangile lu le jour de la fête de sainte Ludmila,
l’épouse du premier prince chrétien de Bohême et patronne de ce royaume.
Donc, le cœur de la théorie du
Reich s’appuie sur une base territoriale,
historiographique et hagiographique qui n’a aucune tradition chez les rois
allemands puisque Ludmilla est la grand-mère de saint Wenceslas, le
christianisateur de la Bohême et prince éponyme de la « Wenzelskrone »,
cette couronne créée plus tard pour le couronnement de Wenceslas Ier en 1228
et que Charles IV fit restaurer à deux reprises en 1340 et 1376 et placer sur la
tête du buste de saint Wenceslas dans la cathédrale Saint-Guy de Prague, la
vraie capitale de Charles IV qui y créa la première université en pays
allemand… Tels sont, en plein XIVe siècle, les paradoxes de la conscience
politique et de l’attachement d’un des grands empereurs de la fin du Moyen
Âge. Il semble bien en tout cas qu’entre d’un côté cette attention au proche
qui peut devenir soudain si lointain sous la plume royale, ce lien au natif, à
l’émotionnel; et de l’autre le rapport nécessaire au politique, qu’il relève de
la royauté ou de l’Empire encore prétendu universel, se déploie toute la
richesse de la notion de
patria au Moyen Âge.
Pour résumer ces quelques remarques liminaires, on peut donc dire que
l’attention des historiens allemands, à travers l’élucidation de cette notion de
patria, est déterminée par les circonstances contemporaines de
l’interrogation liées à la spécificité du débat national après 1945, par une
comparaison permanente avec le cas français, par la spécificité de la
construction politique et territoriale de l’Empire et de son évolution aux
siècles finaux du Moyen Âge.
Dans l’élaboration de cette réflexion, deux ouvrages ont constitué une
étape essentielle, celui de Th. Eichenberger
[38] et celui de B. Schneidmüller
[39].
Tous deux reprennent en compte et dépassent les thèses formulées en 1951
par E. Kantorowicz dans
Pro patria mori
[40], où l’auteur de
Frédéric II
[41] et des
Deux corps du roi
[42] (cet article s’inscrivant d’ailleurs entre les deux
publications
[43]) posait la question de savoir pourquoi, comment et à partir de
quel moment le pouvoir peut exiger la mort et le sacrifice pour lui. L’origine
de cette question est d’abord à trouver dans l’interprétation plus générale qui
traverse toute l’œuvre de Kantorowicz, à savoir que les penseurs et juristes
médiévaux n’ont pas inventé une théorie politique mais une théologie
politique
[44]. Une telle hypothèse résultait en fait de la problématique
d’ensemble retenue par l’historien, celle de l’étude de la naissance de l’État
non par la transcendance mais par la perpétuité, étude qui pose le problème
du pouvoir charismatique du souverain médiéval. Kantorowicz rappelait
d’abord les sens disponibles et historiquement distincts de la
patria depuis la
polis gréco-romaine, puis le ciel chrétien ou la maison commune
augustinienne jusqu’au lieu natal délimité et protégé par le service du duc et
du comte. Dans le cadre féodal, on se sacrifie non pas pour une
patria abstraite
ou un pays érigé en valeur mais avant tout pour son maître et seigneur. Dès
lors, le cœur des difficultés réside dans l’élucidation de l’identification entre
regnum et
patria. Kantorowicz évoque d’abord la nécessité de la défense et
met au centre l’idée de la contribution et de l’impôt, donc des
transformations de l’État. Ici déjà une identité entre
Christus et
fiscus a permis
un tel glissement entre nécessité, contribution et
defensio patriae parce que
l’effort du souverain, mené de concert avec le clergé, a porté sur l’adéquation
entre possession de Dieu et possession publique, une adéquation qui
annonce bientôt l’idée de guerre de Dieu
[45]. Or, le génie de Kantorowicz est
de parler en l’occurrence de « réémotionnalisation » du concept, mais à
laquelle il conviendrait d’ajouter qu’il s’agit aussi d’une forme de
sacralisation de l’espace intérieur, tandis que l’extérieur devient l’espace
libre ouvert aux croisades ou aux colonisations de toute nature. Enfin, et
surtout, Kantorowicz évoque le double mouvement, issu de la Querelle des
Investitures, qui voit d’un côté le corps mystique de l’Église se séculariser et
en retour le corps administratif s’enrichir d’une dimension mystique (le
ministerium se fait
mysterium), condition préalable d’une identification entre
corps mystique de l’État et corps politique du peuple. Au bout du compte, ce
n’est rien moins qu’une possibilité de culte d’adoration des mécanismes de
l’État qui s’entrouvrait, par une sorte de naissance des mystères de l’État
préparés par un échange constant entre
imitatio imperii par le sacerdoce et
imitatio sacerdotii par la couronne
[46]. Dès lors le sacrifice
pro patria peut
s’exercer en faveur d’un souverain, d’un État, d’une entité politicojuridicoterritoriale mystique : la mort pour la patrie ne s’est pas paganisée, elle peut
simplement s’exercer avec le même contenu émotionnel et sacré envers un
nouvel objet. Et ce déplacement s’est d’autant mieux opéré que la
souveraineté est devenue immortelle (les deux corps du roi, le roi ne meurt
jamais).
C’est à partir de cet ensemble très construit et cohérent que le livre de
Th. Eichenberger consacré à la signification de la patria au Moyen Âge du VIe
au XIIe siècle réalise un nouveau bilan et constitue en même temps un certain
dépassement. Il part tout d’abord d’un héritage antique qui voit la patria
mêler le terreau de naissance, la loi et la religion, c’est-à-dire en somme la
morale qui servira justement de lieu d’accueil conceptuel une fois que le
christianisme aura revisité la notion dont saint Augustin opère une première
synthèse. En effet, au VIe siècle déjà, la patrie céleste, après la synthèse
augustinienne, est bien à la fois l’État de Dieu et la promesse du paradis : lieu
d’attache et point de destination de tous les fidèles. La cité de Dieu est donc
devenue un imperium, avant même qu’un nouvel Empire ne prenne
justement forme entre Seine, Meuse et Rhin. L’auteur de l’étude repère
ensuite, dans l’Occident germanique, entre VIIe et IXe siècle, le moment où la
notion s’émancipe de sa racine gréco-latine : la tribu, les premières formes de
regroupement de l’habitat, la valorisation de la naissance que réalise l’emploi
plus généralisé des noms chargent en effet la notion d’une dimension
territoriale et natale plus forte et donc accroissent sa tonalité émotionnelle. La
patria devient patri-atria, le foyer des parents au sens large, mais aussi des
amis et voisins, avec l’apparition dans les textes narratifs du thème de l’exil
intérieur que provoque la perte ou l’éloignement du feu ancestral.
Eichenberger étudie ensuite comment, entre le VIe et le Xe siècle, la patria
s’intègre dans une trilogie gens-princeps-rex inaugurée par l’Espagne
wisigothique, en l’occurrence véritable laboratoire d’une théorie royale qui
investit le prince de la mission divine de protéger les gens de sa patrie mais
fait de la défense du prince un devoir : échange qui contribue, par une
équivalence affective entre la maison et l’État, à construire une
émotionnalisation du terme. Au demeurant, l’Empire carolingien va lui-même se construire sur cet héritage, d’autant qu’il trouve dans toutes les
anciennes provinces romaines d’Occident un réseau serré de pagi qui confère
très vite aux différentes patriae un sens juridique fort. Peu à peu s’opère le
partage entre le pouvoir impérial auquel revient le regnum, et les patriae
chargées de la diversité des traditions et coutumes, mais la dimension
théologique et divine de la monarchie sacrée qu’illustre bien la formule Pro
salute patriae dont l’élaboration doit beaucoup, on le sait, à Isidore de Séville
et Alcuin, met l’accent sur l’existence d’une étroite corrélation entre le destin
d’un pays et la conduite de son prince qui deviendra un topos de tous les
Miroirs de prince médiévaux. C’est en partie sur ce lien que Charlemagne
bâtit son pouvoir, faisant du roi le défenseur de la paix chrétienne et de la paix
divine, et lui conférant le statut d’un véritable pater patriae.
Plus problématique devient ensuite l’évolution du couple
patria/regnum
dans l’Empire des Saliens et des Staufen comme on peut s’en rendre compte
par le fait que le mot
patria n’apparaît pas dans les sources royales avant le
règne de Conrad III (1093-1152) et, même à ce moment, désigne très rarement
l’ensemble de l’Empire. Certes, le rôle central tenu par la notion de
« Landfrieden », de paix territoriale, continue d’investir le mot de patrie, au
point même de lui conférer un sens plus territorial dans le domaine
germanique qu’en toute autre région d’Occident : c’est ainsi que le duc de
Saxe est appelé
dux patriae
[47] comme on trouve
comes patriae pour le comte de
Thuringe
[48]. À partir de cette comparaison entre royauté et principautés dans
l’Empire, toute la question est bien de saisir justement en quoi la
patria, dans
l’Allemagne médiévale, peut sortir altérée de l’absence d’un
Reich
constitutionnellement un. Il semble que dès le XIe siècle, une identification
entre
patria et
libertas se soit opérée au profit des princes territoriaux, ces
derniers n’hésitant pas à porter le titre de
pater patriae, y compris et de plus
en plus surtout lorsqu’ils avaient pu défendre leurs libertés contre
l’empereur (thème dont les Guelfes de Saxe joueront abondamment aux XIIe
et XIIIe siècles).
L’apport de la réflexion de Eichenberger tient tout d’abord à montrer
qu’entre une patria romaine et une patria plus territorialisée et « nationale »
de la fin du Moyen Âge, s’est intercalée entre les VIe et XIIe siècles, une patria
théocratique qui a permis à la patria céleste des chrétiens de redescendre sur
terre et d’occuper, ce faisant, une fonction politique lourde de répercussions
territoriales. Le second apport de sa réflexion tient dans la manière de
montrer que le terme de patria joue un rôle fondamental dans l’élaboration
d’une pensée politique en Occident. Au départ, en effet, la patria est aussi
vaste et variée que la « Heimat » d’un homme : elle parle de géographie, de
paysage, de prochain repos de l’âme, de territoire dominé par un comte ou
régi par un droit particulier; bref c’est un lieu de vie mais, aussi indistinct
soit-il, il s’agit malgré tout d’un terme qui décrit, désigne, identifie et sépare,
englobe et met de l’ordre entre ce qui constitue ma patria et celle qui est la
patria de l’autre. C’est un mot créateur d’ordre spatial et mental qui saisit un
lieu de naissance et d’habitat. Il est à ce titre chargé d’émotions. Le principal
tour de force que réussissent les autorités – Église, Rois, Empereurs et
princes, soit tour à tour, soit ensemble, soit concurremment – c’est de
transférer une partie de cet émotionnel aux attributs et fonctions de l’État qui
devient lui-même chargé et porteur d’émotions, processus que l’on peut
estimer achevé au XIIe siècle. L’étude de la notion montre la patria intimement
liée à un espace ordonné, valorisé, soumis à un droit et à une souveraineté.
Il appartient ainsi au rex de sauvegarder la patria de la gens: c’est en ces
termes que s’est pensée la royauté carolingienne, dont la souveraineté s’est
fondée sur cette équation. C’est donc ainsi que la patria participe de la
légitimation de la souveraineté mais conçue comme une souveraineté exercée
sur un pays et des gens, légitimation investie alors par le sacré, point
d’origine de la naissance de l’idée d’une théocratie royale. Cependant,
pourquoi cette théocratie royale parvient en France à empêcher que la
territorialisation princière ne submerge la royauté tandis que l’inverse se
produit dans l’Empire ?
On peut constater que jusqu’au règne de Barberousse, le mot
patria n’est
qu’exceptionnellement employé dans les sources impériales et la langue de
la chancellerie comme synonyme d’Empire ou de pays allemand. Pour
Eichenberger, « Il y a fort à parier que l’absence d’un concept de
patria se
rapportant explicitement à l’Empire soit liée à l’inactivité constitutionnelle et
législative des souverains allemands »
[49]. Ce lien entre d’une part l’extension
possible ou limitée de la
patria au
regnum/imperium et d’autre part le degré
d’intensité de l’intervention royale et la hauteur des projets politiques de la
royauté mérite d’être noté. Il est assuré que l’on trouve en revanche au même
moment, on parle ici surtout du XIIe siècle, l’emploi du terme
patria pour
désigner les grands duchés ethniques tels que la Bavière, la Saxe
[50] et la
Souabe
[51]. Cette double réflexion portant sur l’Empire d’un côté et sur les
duchés de l’autre atteste qu’avec le déroulement et l’issue de la Querelle des
Investitures
[52], donc par le truchement d’une crise politico-religieuse, la
patria
s’est réfugiée dans un sens de territoire politisé. À une nuance près toutefois.
En effet, le seul cas où la
patria s’identifie clairement au
Reich se remarque
dans les écrits historiques. Ainsi, l’
Anonyme Kaiserchronik rapporte que les
Grands de l’Empire ont rendu hommage à Henri V après son couronnement
juxta morem patriae en 1106
[53]. Un autre emploi de
patria étendu au
Reich
s’entend quand il s’agit de désigner l’espace concerné par les paix
territoriales proclamées ou garanties par l’empereur (comme celle de 1084).
On voit bien alors combien la
patria d’Empire demeure vivante quand il est
question de la fonction (hommage) ou de la mission (paix) royale, c’est-à-dire
quand la théorie de la souveraineté est en jeu. Mais dès qu’il s’agira de lier
cette
patria théorique à une
Reichspatria géographique ou institutionnelle au
profit du roi-empereur, l’opération avortera. Spécialement sous Frédéric
Barberousse, Henri VI et Frédéric II, les derniers empereurs Staufen.
Pourquoi ? Parce que ces souverains payent le prix de la Querelle des
Investitures qui, chez les historiens allemands, reçoit une fonction de césure
aussi et peut-être plus importante que l’Interrègne traditionnellement daté
de 1250-1273. La Querelle des Investitures a vu en plusieurs étapes la royauté
allemande confrontée à une réforme de l’Église qui ne demandait pas moins,
pour partie, qu’une séparation de l’Église et de l’État et donc engageait une
distinction entre
ecclesia et
patria. Face à cela, la royauté va engager le combat
avec l’argumentaire de la théocratie royale, un appareil idéologique à
contenu universel et pour une part nostalgique et fortement articulé autour
de la notion de la
Translatio imperii dont on sait que la papauté finira par avoir
le monopole.
Il est assuré que cette manière d’engager le débat n’a pas aidé la pensée
politique royale à enraciner et à incarner cette théorie dans un espace
politiquement pensé et géographiquement délimité. De ce fait, l’évolution
d’une pensée juridique et la création d’un corpus de droit sont demeurés
suffisamment détachés de la sphère royale pour que les princes s’en
emparent et leur donnent une élaboration très étroitement liée à un territoire
précis. C’est bien sûr le cas des deux grandes codifications du XIIIe siècle
[54] :
le
Sachsenspiegel ou Miroir aux Saxons rédigé entre 1220 et 1227 par Eike von
Repgow et le
Schwabenspiegel rédigé un demi siècle plus tard qui parviennent
au résultat manqué par l’État royal, celui de synthétiser
lex et
patria, espace
politique et lieu de naissance, conscience politique du territoire et
territorialité des lois. Le droit territorial s’est trouvé, ce faisant, disposer
d’une longueur d’avance sur le droit royal (lui-même distancé par le droit
canon dont l’élaboration s’est trouvée accélérée par la réforme de l’Église et
la Querelle des Investitures au profit de la papauté). D’autre part, une telle
évolution a pu transformer le caractère et la perception de la vassalité et donc
de la fidélité que les princes territoriaux tendent à tourner à leur profit. Du
point de vue des idées politiques, il est intéressant de constater que dans
l’esprit d’une partie des princes, en particulier sous le règne de Frédéric II
[55],
l’empereur n’est plus le sauveur et le protecteur de la
patria, mais risque
même de devenir le fossoyeur de la
patria et des
patriae qui entraînerait dans
sa chute l’ensemble des princes et de l’Empire dont ils se disaient maintenant
les garants. C’est en ce sens que l’utilisation de la notion de
patria par les
princes n’a pas joué un rôle mineur dans la constitution d’un Collège
restreint de princes-électeurs au nombre de sept, chiffre dont on peut
considérer qu’il est fixé dès le milieu du XIIIe siècle, c’est-à-dire (il faut bien
y songer) chronologiquement juste après le dernier essai et en même temps
l’échec d’une royauté impériale fondée sur le sacré pour et par Frédéric II. La
période dite de l’Interrègne, marquée par une succession d’élections et de
contre-élections qui avaient d’ailleurs commencé par la déposition du
Staufen en 1245, est particulièrement favorable à l’accélération d’une
territorialisation et d’une « princisation » en Allemagne de la
patria que l’on
voit de plus en plus accolée aux termes de
libertas, un peu comme l’avait fait
déjà Henri le Lion, le duc welf de Saxe, qui, dans son combat perdu en 1180
contre Frédéric Barberousse, était toutefois parvenu à construire une
légitimation guelfe, distante et distincte de l’empereur, fondée sur une
memoria et une
fama reposant sur ce lien entre
patria et
libertas comprise au
sens d’indépendance. L’aspect religieux et sacré de cette entreprise s’est
incarné dans la mise en place d’une véritable
memoria de combat, tandis que
l’aspect politique de cette confrontation aboutissant à la déposition d’Henri
le Lion en 1180 a vu le prince saxon évoquer les libertés saxonnes mais aussi
germaniques contre un Barberousse méridional et italien
[56]. Dans le même
registre, les travaux de B. Schneidmüller
[57] ont également montré combien les
efforts architecturaux de Henri le Lion pour sa « capitale » Brunswick et ses
encouragements à des entreprises de recomposition et de tri généalogiques
ont permis à cette
memoria welfe de créer une identité qui puisse s’incarner
dans un espace, permettant ainsi à la chronistique régionale de se faire
véritable historiographie territoriale, plaçant le
ducatus Saxoniae au cœur de
la continuité. À lire par exemple la
Braunschweigische Chronik ou la
Cronica
principum Brunsvicensium, on perçoit combien la territorialisation de
l’histoire légitime la dynastie en réalisant une synthèse entre titre, pays et
famille. Cette synthèse, « dédynastisée » en quelque sorte, pourra d’ailleurs
survivre à l’écroulement welfe, par exemple en revivant dans
l’historiographie
[58] bourgeoise des villes saxonnes
[59], comme à Brunswick, les
salles du Conseil de ville allant même jusqu’à accueillir à la fin du Moyen Âge
un programme iconographique érigeant la dynastie saxonne en garante de
la continuité historique de la Saxe. À travers ces productions, on voit le clergé
lettré massivement impliqué dans cette entreprise historiographique : le
clergé a donc intégré au service de la dynastie et en faveur de la
patria
territoriale des éléments familiers de sacralisation de l’espace.
Ce ne sont d’ailleurs pas là les seuls signes de l’incarnation des
patriae
propriae dans les territoires princiers allemands entre XIIe et XIIIe siècles.
L’étude de J.M. Moeglin sur la Bavière a bien montré le lent processus qui a
conduit les Wittelsbach à reprendre à leur compte une identité régionale
faisant coïncider pays, dynastie, historiographie et « Stammesbewußtsein »
[60]. Autre exemple encore, celui de la Thuringe
[61]. Il s’agit d’une
petite principauté qui n’appartient pas aux cas classiques et en même temps
délicats et épistémologiquement dangereux des duchés dits « éthniques » de
la Bavière, de la Souabe
[62], de la Saxe ou de la Franconie. La Thuringe a connu
une période assez courte de rayonnement associée à une dynastie, celle des
Ludowinger entre 1131 et 1247. À partir de là, la Thuringe est absorbée par
la Misnie des Wettin d’une part et par la Hesse des comtes qui sont en train
d’entrer dans l’ordre des princes d’Empire (« Reichsfürstenstand »)
[63]
d’autre part. En outre, depuis Erfurt, l’influence du prince-électeur
archevêque de Mayence est très forte. Or, en dépit de cet éclatement, les écrits
font état d’une étonnante permanence de l’espace thuringien conçu comme
un tout homogène. On retrouve déjà là un élément fondamental de la
patria
médiévale en Allemagne : le contraste entre éclatement politique et
homogénéité de la conception et de la perception de l’espace régional.
Second élément fondamental, la manière dont la chronistique régionale se
fait le relais et l’écho de cette conscience : la
patria fut toujours un thème
littéraire fort de la même manière que « Deutschland » apparaît plus
précocement et massivement sous la plume des poètes puis des humanistes
que sous celle des souverains et de leurs chancelleries. Le fait notable est aussi
que l’emploi de marqueurs spécifiques régionaux,
regio,
natio,
pagus ou
populus sont apparus dans les sources au même moment où une désignation
géographique claire des frontières de la Thuringe était exprimée. Or, par
comparaison, on ne trouverait pas l’équivalent au même moment d’une
définition aussi claire des frontières de l’Empire ou du royaume de
Germanie. En outre, cette délimitation géographique s’est accompagnée
d’une localisation d’un centre, autour du bassin de Erfurt, ce que là encore on
peinerait à trouver pour l’Empire. Ce « Stammesbewußtsein » qui ne repose
pas en fait sur l’unité ethnique originelle d’un « Stamm » comme on l’a
longtemps cru, repose en Thuringe sur des éléments politiques, historiques
et symboliques et non point naturels. Parmi ces éléments, le droit a joué un
rôle important depuis que les sources attestent à partir de 802/803 l’existence
d’une
Lex Thuringorum, même si les traces effectives d’une personnalité réelle
des lois en Thuringe n’apparaissent pas avant le XIIe siècle. Plus importante
encore dans la formation d’une conscience thuringienne, l’élaboration d’une
tradition historiographique dont J.M. Moeglin a montré la permanence sur
cinq siècles
[64] et dont on retrouve d’ailleurs la trace dans le
Sachsenspiegel.
Dans cette historiographie, on notera que la ville, Erfurt, conçue comme
centre, joue un rôle décisif à travers les écrits de ses
scriptoria et que d’autre
part, si une historiographie princière autour des landgraves Ludowinger aux
XIIe-XIIIe siècles se développe, elle n’est qu’un élément parmi d’autres : la
memoria dynastique n’a pas épuisé ou concentré toute la mémoire et l’identité
du
Land, de la terre qui semble avoir toujours été investie d’un caractère et
d’une histoire propres. Il convient de voir que dans ce processus
d’attachement au pays et dans son énonciation, des groupes sociaux et
politiques différents sont intervenus : pas seulement les Grands de Thuringe,
mais aussi les clercs lettrés, les chroniqueurs urbains
[65], les ministériaux…
bref, justement ceux que P. Moraw appelle les « Trägergruppen ». Comment
ne pas voir qu’à l’inverse, et en dépit d’une succession dynastique qui tend
tout de même à compenser le principe électif du trône des Romains, l’espace
impérial n’a jamais eu pour les Allemands cette force d’intégration avant, au
mieux, l’extrême fin du Moyen Âge
[66] ?… Le cas de la Souabe est intéressant
car il présente un cheminement à la fois proche et différent de celui de la
Thuringe. Alors que cette dernière ne figurait pas parmi les duchés originels
et occupa souvent une position périphérique par rapport à d’autres
constructions territoriales voisines (Saxe et Hesse qui finit par entrer à la fin
du XIIIe siècle dans la classe des princes d’Empire participant à la « Kur »
élective), la Souabe avait au contraire le privilège de l’ancienneté et d’avoir
constitué un
regnum franc. Or, à la fin du Moyen Âge, ce duché du Sud-Ouest
allemand qui a disparu corps et biens au XIIIe siècle avec les derniers Staufen,
continue d’être porteur d’une identité forte qui s’articule en grande partie sur
un territoire décrit, ressenti et rêvé. Il existe bel et bien aux XIVe et XVe siècles
une
patria Suevia qui certes ne s’incarne plus dans une entité politique
territoriale mais dans un souvenir, une mémoire. La
patria est donc aussi le
produit d’une création ou d’une continuité discursive; mais il faut
distinguer les modèles identitaires régionaux selon les groupes sociaux qui
en sont les porteurs. Or, on s’aperçoit que pour désigner cette patrie souabe,
les mots se superposent ou se remplacent les uns les autres selon les contextes
et selon l’espace pris en compte. Par exemple, en 1493, des villes qui font ou
faisaient partie de la ligue des villes souabes parlent de la « gemeine
schwäbische Nation ». Le terme de
Nation est ici clairement employé pour
l’espace urbain régional mais porte en lui la référence à la
Deutsche Nation, car
ces mêmes villes sont en même temps villes d’Empire et entretiennent un
rapport politique et symbolique singulier avec leur royal seigneur. D’autre
part, on voit à la fin du XVe siècle les nobles de la région de Constance parler
de la « Schwäbische Nation », non plus au sens urbain du terme mais cette
fois par opposition aux menées (surtout paysannes) des confédérations
helvétiques voisines, le terme de « Nation » se nourrissant bien plus ici de
l’idée d’une frontière
[67]. On peut même avancer que le vide politique créé par
l’absence de reconstitution d’un grand duché souabe après 1266, en
provoquant la convoitise des voisins, particulièrement bavarois, a entretenu
la conscience d’une identité régionale souabe reposant pour une grande part
sur les « libertés souabes » issues du
Schwabenspiegel rédigé chronologiquement quelques années après la disparition du duché (un peu comme le
Sachsenspiegel l’a été alors que le duché de Saxe n’existait plus…). Quand
Frédéric III en 1487 pousse à la constitution d’une ligue souabe pour parer
aux velléités des Wittelsbach de Bavière dans la région, il n’a pas en tête de
recréer un duché, mais le texte de l’union dit que la Souabe constitue la « vraie
patrie » (« recht vatterland ») des seigneurs et villes ligués. C’était le signe
que l’on pouvait réveiller une identité territoriale devenue autonome sans
avoir besoin de passer par la création d’un duché dynastique. On voit aussi
combien le « Land Schwaben », soit le territoire régional, sert de creuset à de
nouveaux regroupements politiques dans l’Empire, une réforme qui
aboutira à une nouvelle forme d’État dans la première moitié du XVIe siècle,
si bien qu’il n’est pas faux de dire que l’identité régionale fondée sur un
espace autonomisé a constitué un des piliers de la réforme de l’État
impérial
[68], et pas seulement la principauté incarnée par la dynastie
[69]. Et c’est
bien d’ailleurs sur ces bases que travaillèrent les humanistes souabes : ils
prirent appui sur cette identité territoriale et ne la créèrent pas. À l’université
de Heidelberg, dont beaucoup furent issus, il existait dès 1423 une
bursa
suevorum. Il n’est pas indifférent de noter que c’est à partir du moment où se
développe en plusieurs points de l’Empire, dans la seconde moitié du XIIe
siècle, un sentiment d’appartenance exprimée à une
patria localement
délimitée et incarnée par une dynastie ou son souvenir, c’est-à-dire face
d’une part à l’appropriation progressive par les princes de la
patria unissant
territoire et dynastie et face d’autre part à la réactivation d’une
patria sacrée
par les Staufen, que certains textes commencent à parler d’une
patria urbaine.
Parmi plusieurs, deux textes rapportent les campagnes de Barberousse en
Italie, les
Gesta de Rahewin d’une part et l’anonyme
Carmen de gestis Friderici
imperatoris in Lombardia
[70]. Or, par deux fois, lors du récit d’un siège et d’une
attaque d’une ville par l’empereur, le mot
patria est employé pour désigner
la cité sacrée pour laquelle il convenait de mourir par sacrifice face à des
ennemis sans Dieu qui s’en prenaient à l’
honor patriae. L’argument
deviendrait ensuite un
topos littéraire qui allait éclore dans les cités d’Italie,
spécialement du Nord. Pour les villes allemandes, le phénomène apparaît
plus tard et sous une forme différente mais de sorte toutefois que l’on puisse
ici aussi « mourir pour sa ville »
[71].
Il semble bien en tout cas que la direction d’ensemble ait été, dans
l’Empire, de la descente progressive des attributs de la patria d’une entité
plus grande à une entité plus petite. Schématiquement, si nous suivons les
études précédemment mentionnées de Th. Eichenberger comme de B.
Schneidmüller ou de J. Ehlers, c’est presque l’inverse qui se produit dans le
royaume de France.
Comment en France s’est opéré ce transfert des loyalismes des petites
entités à une plus grande unité à travers la persistance du
Nomen Patriae?
C’est l’objet particulier du livre de B. Schneidmüller pour lequel les
évolutions sémantiques sont bien des signes de l’évolution des mentalités, de
sorte que la chronologie qu’il adopte, du Xe au XIIIe siècle, est fondée non sur
la chronologie des règnes, mais sur celle de l’histoire des mots et des
appellations, qui est également à ses yeux un calendrier politique
[72]. Car
l’étonnant est tout de même d’observer qu’à partir d’un petit pays (
patria)
limité à l’Île-de-France, se développe une politique royale à la dimension
d’un royaume franc tout entier sans que le nom en sorte changé et sans que
la masse des contemporains en développe aussitôt (mais seulement plus
tard) une conscience réflexive et surtout sans que la domination de sujets de
moins en moins « francs » change quoi que ce soit à l’affaire. Ce rayonnement
du
nomen a pu se faire grâce à la continuité d’une récupération des traditions
franques et carolingiennes comme on ne la trouve opérée nulle part ailleurs
parce que le cœur territorial est demeuré le même alors que, par
comparaison, le noyau de la monarchie allemande a très vite cessé d’être
franc. À telle enseigne que dès le XIe siècle on peut considérer comme très
avancé le processus qui voit d’un côté la
Francia s’élargir à l’Ouest tandis que
le même terme reçoit une acception plus étroite à l’Est en ne désignant plus
que la Franconie (« Franken »). Sa force d’entraînement a été telle que la
patria
Francorum, bientôt la
Francia, s’est même nourrie de termes voisins mais
étrangers, comme la
Gallia
[73], lesquels en retour se sont trouvés investis d’une
force d’intégration presque équivalente à celle que possédaient
Francia et
rex
Francorum, de sorte aussi que plus l’espace couvert par la
Francia devenait
une terre globale de manœuvre politique pour la monarchie capétienne
francilienne et plus les espaces lointains, par contraste, renforçaient encore
cette unité comme on le voit dans les rapports avec l’Empire et la papauté ou
bien les traditions historiographiques issues des croisades qui réalisent le
tour de force de baptiser
Franci les gens du comté de Toulouse ou les princes
normands de Sicile tous unis d’ailleurs dans la même éthique militaire dont
la
patria devient l’une des composantes. Du IXe au XIIIe siècle, ce ne sont pas
les dénominations qui changent mais leur extension liée en fait aux
représentations propagées par l’historiographie dont la tâche ne semble pas
varier selon la force ou la faiblesse des règnes. De sorte qu’au terme du
processus, la réception des théories de la souveraineté issues du droit romain
se fit en France à l’exact moment où tous les qualificatifs absorbés par
Francia
étaient déjà au service de l’idée monarchique, laquelle put sans peine
accueillir comme autant de renforts l’
utilitas publica, la
necessitas, la
defensio
sans ressentir pour autant le besoin de déclarer une guerre conceptuelle et
théorique contre la féodalité. Si bien que la royauté et le
rex ne se sont pas
imposés contre les féodaux et leurs principautés puisque la bataille des mots
et des idées était gagnée avant qu’elle ne commence. Par ailleurs, le rôle de
matrice joué par la
patria dans ce processus permit à la notion de garder une
dimension interne, c’est-à-dire que la conscience de la
Francia ne s’est pas
épanouie dans un rejet des
Alemani ou des
Germani. Au terme de ce tour
d’horizon historiographique, terminologique et problématique, il serait
imprudent de croire que toutes les questions ont reçu des réponses.
Il convient d’abord de remarquer que ce regard historiographique
particulièrement jeté sur le royaume français à partir de la patria
kantorowiczienne revisitée, est toutefois grandement tributaire d’un certain
nombre de présupposés. Est-il sûr par exemple que le royaume capétien fut
une « construction kantorowiczienne » en quelque sorte réussie face à un
Empire qui en serait la face ratée ? D’autre part, les analyses de B.
Schneimüller et de Th. Eichenberger reposent en partie sur cette idée du
transfert réussi, par les Capétiens, des loyalismes des petites entités à la plus
grande entité grâce à une patria politisée et réémotionnalisée et fait un peu
l’économie, ce faisant, d’un passage essentiel et consubstantiel par le sacré.
Peut-être la place occupée dans l’historiographie allemande par la Querelle
des Investitures, par ailleurs source réelle d’enrichissement conceptuel, a-t-elle un peu joué ici le rôle de prisme déformant.
En second lieu, toutes les pistes de l’analyse lexicale n’ont pas été explorées
Tout d’abord se pose la question de la traduction en langue vulgaire de patria.
Quand apparaît « Vaterland »? D’autre part reste à élucider la nature et la
chronologie du rapport entre l’extension du terme patria et celle de
« naturel » comme dans « seigneur naturel ». En réfléchissant à la première
question, on peut au moins dire que le terme de patria traduit par
« Vaterland » dans un sens général de pays allemand ou d’Empire est très
tardif et n’apparaît qu’au XVe siècle sous la plume des premiers humanistes.
À la différence de la France où la patria devient un mot des documents et de
la chancellerie pour désigner l’ensemble du royaume, le même terme en
Allemagne est demeuré dans cet emploi une notion littéraire. Dans les
principautés mêmes l’occurrence de patria paraît jusqu’à la fin du Moyen Âge
moins importante que celle de terra pour désigner le duché. Mais quelles
mentalités se révèlent derrière cet emploi, quelle culture politique ?
En troisième lieu, il semble acceptable d’admettre que la période
médiévale est caractérisée par une permanence d’emploi large du terme de
patria dont le dénominateur commun paraît être une catégorie spatiale apte
à accueillir toutes sortes d’éléments valorisants, un marqueur spatial
d’identité nourri de religieux et de sacré. Le tout est donc de savoir lequel de
ces sens disponibles va être privilégié en fonction d’un projet politique. Celui
de la royauté en France par exemple mobilise la patria dans une trilogie rexgenspatria afin de lier peuple, dynastie et territoire à l’échelle de tout un
royaume au point d’accepter de mourir pour lui (et plus seulement pour son
seigneur). Mais toute trilogie offre une combinatoire riche de rapports
possibles. Ici, on assisterait à une réduction progressive de la polysémie
aboutissant à un rapprochement entre patria et gens, au sens où le rex règne
sur une terre et des hommes et devient point de cristallisation de la
conscience identitaire. Mais dans ce schéma qui remporte aussi bien la faveur
de Eichenberger que de Schneidmüller, on ne voit pas exactement d’où vient
l’élément territorial inclus dans la patria, élément qui n’est pas réductible à sa
seule acception antique ni aux apports dits « barbares ».
Il y aurait donc une sorte d’énigme pour l’Allemagne, celle de
présupposés généraux identiques à ceux de la France mais qui n’aboutissent
pas à la même perception de la conscience nationale. Car on ne peut pas
dévier du fait qu’une permanence de l’Empire, parfois vécue comme une
nécessité de l’Empire, existe entre les Xe et XVe siècles : l’Empire est là et
surtout le principe dynastique joue bien quand même un rôle. Le pouvoir
royal et impérial est objet de consensus et, sans l’empereur, il n’y aurait ni
villes d’Empire, ni princes-électeurs. Il n’a pas non plus manqué une forme
d’historiographie pour vanter le roi… Il y a toutefois dans tous ces domaines
une sorte d’inachèvement allemand, d’impossibilité à faire redescendre la
patria sur terre dans un Empire médiéval électif, fait de trois couronnes c’est-à-dire où l’État impérial dépasse par essence le seul royaume de Germanie
(qui lui-même ne saurait s’identifier à l’espace de la « nation » allemande…),
dans un Empire gouverné par 34 rois de 14 familles différentes entre 911 et
1493 et qui plus est aux frontières orientales d’un extraordinaire mobilité,
dans un Empire enfin où l’on ne trouve pas d’
Ecclesia germanica comme on
trouve une
Ecclesia gallicana… Peut-être ne convient-il pas de chercher les
raisons de cet inachèvement du côté des institutions, mais plutôt, comme y
invite l’historiographie allemande actuelle
[74], du côté de la société politique,
des agents et décideurs qui avaient intérêt à l’approfondissement du
dualisme roi-Empire en germe dans la bulle d’Or de 1356 et qui de fait fut
institutionnalisé en 1495 et acheva de découpler empereur et Empire (donc
pas du tout dans le sens de l’intégration
rex-gens-patria à la française). En
même temps, compte tenu du développement politique et de la situation
dans les pays allemands au XIVe siècle, la décision de 1356 a contribué à la
stabilisation et a donc constitué un cadre d’expression pour
l’épanouissement d’une conscience nationale qui va finir, au début du XVIe
siècle, par revendiquer cette particularité constitutionnelle allemande. Il faut
bien rappeler en effet que la Bulle d’Or de 1356 a été préparée par la
déclaration de Rhense en 1338 qui indiquait clairement que seul le roi élu des
princes-électeurs était porteur des droits impériaux sans approbation
pontificale. Cette affirmation, reposant pour partie sur l’analyse de Lupold
de Bebenburg, conseiller de l’archevêque de Trèves et proche de Charles IV,
lequel préconisait une séparation entre
Imperium et
Reich national, constituait
finalement le dernier acte de la séculaire Querelle des Investitures en
séparant définitivement temporel et spirituel et permit la liaison enfin directe
entre roi allemand et empereur et donc l’ancrage ethnique de l’idée
impériale.
Deux séries de conclusions peuvent être tirées de l’histoire politique et
idéologique comparée menée par l’historiographie allemande récente sur le
royaume de France d’une part et sur l’Empire de l’autre à la faveur d’une
double réflexion sur la notion de patria.
L’étude du « sentiment national » centrée sur le cas français a dégagé un
modèle d’intégration (donc une certaine forme de transcendance) alors que
l’Allemagne demeure un modèle de la juxtaposition (donc une certaine
forme de continuité) issu de la séparation entre
patria et
natio. En France, la
polysémie du mot
patria est capturée par le projet monarchique qui parvient
à identifier et faire coïncider territoire, royaume, royauté et
gens Francorum.
Ce processus n’aurait pas été possible sans une entreprise historiographique
de grande ampleur
[75] et sans la participation politique et idéologique du
clergé. C’est une forme de sacralisation d’un espace politique fermé.
L’Empire pour sa part était plus qu’un État et en même temps ne pouvait pas
devenir un État. Cet Empire gardait un pouvoir d’intégration politique tant
que les bases sur lesquelles reposait son identité gardaient une légitimité
acceptée de tous : la romanité, l’impérialisme, la chrétienté universelle. Dès
que ces bases chancelèrent, l’Empire dut dans la seconde moitié du XVe siècle
opérer une inflexion plus nationale, mais dans un espace déjà saturé par la
territorialisation princière qui avait capté en partie à son profit les traditions
du patriotisme local et dynastique
[76].
D’où la seconde direction des études récentes sur la conscience de soi et
l’identité en Allemagne à partir d’exemples régionaux tendant à montrer que
la conscience ethnique régionale n’a pas précédé et expliqué mais au
contraire suivi la formation de l’Empire. L’ouvrage de Becher étudiant les
origines du duché saxon
[77] a montré à partir des postulats méthodologiques
et heuristiques plus anciens de Wenskus
[78] que c’est seulement une fois les
Ottoniens sur le trône que prit corps l’idée d’un duché de Saxe qui pût
épauler la royauté et que ce n’est qu’avec l’avènement d’Henri Ier que les
productions historiographiques considèrent la
gens saxonne comme une
unité territoriale et politique : l’entreprise suit donc la renaissance royale et
ne la précède pas. Par conséquent la royauté n’est pas le produit de la volonté
des
gentes prétendus originels, et le duché de Saxe n’est pas le résultat d’une
construction ethnique mais s’est intégré dans un processus de construction
monarchique à l’Est du « Frankenreich ». La
gens saxonne ne prend
conscience d’elle que par ce processus de construction et d’intégration, de la
même façon d’ailleurs que B. Schneidmüller estime que l’histoire allemande
est le produit d’une formation impériale post-carolingienne. On peut y voir
un exemple parmi d’autres du caractère de l’apport récent de la recherche
allemande qui a été dans le sens d’une politisation de la question des origines
de la nation, en ce sens que la monarchie fut aussi, au moins au départ, un
cadre d’organisation et d’expression d’une ethnogénèse dont sortit en
revanche une conscience commune différente de celle que l’on peut observer
en France. C’est à partir de là que s’observent des différences : entre un
espace plus ouvert en Allemagne du fait des structures impériales et un
espace plus fermé dans le royaume de France, mais aussi entre une précocité
de la conscience d’un sentiment national en France et sa manifestation plus
tardive qui n’est sensible en Allemagne que vers 1500, c’est-à-dire après la fin
définitive de la Querelle des Investitures, la fin du couronnement romain de
l’empereur, l’établissement du dualisme entre Empire et roi, entre royauté et
principautés, la diffusion du terme de « Heiliges Römisches Reich deutscher
Nation » consacré sous le règne de Frédéric III (1440-1493) et enfin l’apport
des humanistes allemands et la floraison des mythes germaniques.
La grande question qui demeure débattue aujourd’hui encore parmi les
historiens allemands concerne la recherche des causes pour lesquelles une
histoire allemande différente de l’histoire française au sein d’un même
monde franc et quelle que soit la date de son commencement (plutôt au IXe
siècle pour Schneidmüller, plutôt au Xe siècle pour les tenants de l’élection,
plutôt au XIe siècle pour C. Brühl, plutôt continûment du Xe au XVe siècle
pour J. Ehlers…), n’aboutit que très tardivement à une conscience réflexive,
c’est-à-dire pour l’essentiel dans les crises de la seconde moitié du XIVe siècle
et de la première moitié du XVe siècle. Le grand renversement réalisé, entre
autres, par Schneidmüller et Eichenberger, en partie reposant sur l’étude du
cas français, tient dans l’affirmation selon laquelle ce n’est pas l’idée
impériale qui aurait tué ou retardé en Allemagne la conscience nationale,
mais que cette idée reposait en fait sur cette conscience nationale dont
l’impérialisme aurait été l’expression privilégiée alors qu’en France cette
conscience aboutit à la surchristianisation du
regnum capétien
[79] dans un
espace vécu et présenté comme homogène
[80], assurant un passage du
rex
Francorum au
rex Franciae. Finalement, en Allemagne, la conscience nationale
se serait concentrée sur l’
imperium d’un côté, conduisant à une forme
d’aporie, et sur les
terrae de l’autre, l’histoire allemande au Moyen Âge
faisant l’apprentissage d’une juxtaposition, d’un emboîtement entre
imperium et
terrae alors même que ses habitants, pour citer J. Ehlers, « ne
pouvaient être des Romains, n’étaient plus des Francs et n’avaient pas le droit
de devenir des Allemands »
[81].
Au regard de l’histoire allemande, il n’y a ainsi pas grand sens à séparer
« Heimat » et « Nation ». C’est plus tard seulement que la modernité exigera
de séparer Nation et habitants d’un pays plus petit : on parlera alors de
patriotisme. Observée dans la multiplicité de ses territoires, l’histoire de
l’Empire médiéval enseigne la pluralité des ethnogénèses, la coexistence
d’un espace et de plusieurs territoires, d’un peuple et de peuples,
l’équivalence entre
terra et
natio. Il n’y aurait pas par conséquent deux
modèles opposés de formation de l’État et de la nation, l’un allemand où la
nation aurait créé son État et l’autre français où l’État aurait créé la nation. Il
n’y a donc pas de différence de nature car les deux constructions politiques,
le royaume de France et l’Empire, contiennent à des moments différents les
deux cas de figure qui peuvent d’ailleurs se relayer ou se neutraliser. Ce qui
doit retenir l’attention, c’est l’intervention d’un troisième facteur dans ce
débat, celui de l’espace, selon que ce territoire a été capable d’être un point
d’articulation ou au contraire de désarticulation, d’agrégation ou de
désagrégation d’un peuple
[82], d’une dynastie, d’une forme politique de
souveraineté et d’une histoire; tant il est vrai que ni l’espace ni le peuple qui
y vit ne sont des données de la nature. N’étant pas des données naturelles, ce
sont des constructions intentionnelles, pour une grande part aussi
symboliques, ce qui explique la part très grande que tiennent
l’historiographie et ses reconstructions sur lesquelles reposait en partie le
consensus politique, même si à la différence des Temps Modernes, le
souverain médiéval n’exigeait que de ses proches et des élites (les
« Trägergruppen ») et non de tout un peuple de croire à ces fictions. C’est ici
que l’historien du droit et des faits politiques est non seulement en mesure
mais aussi dans l’obligation de se tourner vers l’historien du religieux et du
sacré parce que non seulement les catégories intellectuelles et les outils
conceptuels de ces traditions historiographiques ont été construits par le
clergé mais aussi parce que l’espace a été défini, ritualisé et balisé, presque
inventé, par le sacré au Moyen Âge et parce que les grands mouvements dans
l’espace ont eu partie liée, au Moyen Âge, aux grands mouvements de la foi
(évangélisation, prédications, croisades, pèlerinages, reconquêtes
chrétiennes…). De sorte que les historiens allemands contemporains, et bien
des français avec eux, peuvent à juste titre beaucoup apprendre de l’étroite
confrontation entre rituels et institutions.
[1]
Une partie de ces réflexions ont été présentées au cours de deux
communications données dans le cadre des travaux et tables rondes du groupe
constitué par D. Iogna-Prat sur
La spatialisation du sacré dans le Moyen Âge occidental,
la première à Auxerre le 28 février 1997 et la seconde au Collegium de Budapest le 20
mai 1997. Je tiens à remercier vivement D. Iogna-Prat pour m’avoir associé à ce groupe
et pour ses très précieux avis et conseils.
[2]
K.F. WERNER, Volk, Nation,
Geschichtliche Grundbegriffe, sous la dir. de
O. BRUNNER, W. CONZE, R. KOSELLECK, t. 7, Stuttgart, 1992, p. 171-281.
[3]
R. SCHNELL, Lateinische und volkssprachliche Vorstellungen. Zwei
Fallbeispiele (Nationsbewußtsein, Königswahl),
Latein und Volkssprache im deutschen
Mittelalter (1100-1500), sous la dir. de N. HENKEL, N.F. PALMER, Tübingen, 1992, p. 123-141.
[4]
B. SCHNEIDMÜLLER, Nomen Patriae.
Die Entstehung Frankreichs in der politischgeographischen Terminologie (10.-13. Jahrhundert), Sigmaringen, 1987; Th.
EICHENBERGER, Patria
. Studien zur Bedeutung des Wortes im Mittelalter (6.-12.
Jahrhundert), 1991 (C.R. par R. WENSKUS dans
Göttingische Gelehrte Anzeigen, t. 245,
1993, p. 237-253 et P. MONNET, La patrie au Moyen Âge,
Ici-même, t. 100,1994, p. 445-449). Ces deux ouvrages appartiennent à la collection Nationes
. Historische und
philologische Untersuchungen zur Entstehung der europäischen Nationen im Mittelalter
dirigée par H. BEUMANN et W. SCHRÖDER. Pour un bilan sur les travaux de ce groupe et
les parutions de cette collection : H. BEUMANN, Zur Nationenbildung im Mittelalter,
Nationalismus in vorindustrieller Zeit, sous la dir. de O. DANN, Munich, 1986, p. 21-33
et ID., Europäische Nationenbildung im Mittelalter. Aus der Bilanz eines
Forschungsschwerpunktes,
Geschichte in Unterricht und Wissenschaft, t. 10,1998, p.
587-593; J. EHLERS, Sentiment impérial, monarchie et régions en Allemagne et en
France pendant le haut Moyen Âge,
Identité régionale et conscience nationale en France
et en Allemagne du Moyen Âge à l’époque moderne, sous la dir. de J.M. MOEGLIN, R. BABEL,
Sigmaringen, 1997, p. 15-26.
[5]
J.M. MOEGLIN,
Les ancêtres du prince. Propagande politique et naissance d’une
histoire nationale en Bavière au Moyen Âge (1180-1500), Genève, 1985 ; ID., Nation et
nationalisme du Moyen Âge à l'époque moderne (France-Allemagne),
Revue
historique, t. 611,1999, p. 537-553.
[6]
P. MORAW, Bestehende, fehlende und heranwachsende Voraussetzungen des
deutschen Nationalbewußtseins im späten Mittelalter,
Ansätze und Diskontinuität
deutscher Nationsbildung im Mittelalter, éd. J. EHLERS, Sigmaringen, 1989, p. 99-120.
[7]
C. BRÜHL, Naissance de deux peuples. Français et Allemands (IX
e-XI
e siècles),
Paris, 1994. On préférera, si possible, l'original à la traduction :
Deutschland-Frankreich : die Geburt zweier Völker, Cologne, 1990.
[8]
P. MORAW,
Von offener Verfassung zu gestalteter Verdichtung. Das Reich im späten
Mittelalter, Berlin, 1985; E. ISENMANN, Kaiser, Reich und deutsche Nation am Ausgang
des 15. Jahrhunderts,
Ansätze und Diskontinuität, p. 145-246.
[9]
J. EHLERS, Die deutsche Nation des Mittelalters als Gegenstand der
Forschung,
Ansätze und Diskontinuität, p. 11-58. Quelques mises au point
bibliographiques récentes : J. EHLERS, Was sind und wie bilden sich
nationes im
mittelalterlichen Europa (10.-15. Jahrhundert)? Begriff und allgemeine Konturen,
Mittelalterliche nationes
–neuzeitliche Nationen. Probleme der Nationbildung in Europa,
sous la dir. de A. BUES, R. REXHEUSER, Wiesbaden, 1995, p. 7-26; B. SCHNEIDMÜLLER,
Reich–Volk–Nation : Die Entstehung des deutschen Reiches und der deutschen
Nation im Mittelalter,
Ibid., p. 73-102; J. EHLERS, Mittelalterliche Voraussetzungen für
nationale Identität in der Neuzeit,
Nationale und kulturelle Identität, sous la dir. de B.
GIESEN, 3E éd., Francfort, 1996, p. 77-99; R. STAUBER, Nationalismus vo dem
Nationalsimus ?,
Geschichte in Unterricht und Wissenschaft, t. 47,1996, p. 139-165.
[10]
P. MORAW, Vom deutschen Zusammenhalt in älterer Zeit,
Identität und
Geschichte, éd. M. WERNER, Weimar, 1997, p. 27-59.
[11]
W. EGGERT, B. PÄTZOLD,
Wir-Gefühl und Regnum Saxonum
bei
frühmittelalterlichen Geschichtsschreibern, Weimar, 1984.
[12]
R. SCHNELL, Deutsche Literatur und deutsches Nationsbewußtsein in
Spätmittelalter und Früher Neuzeit,
Ansätze und Diskontinuität, p. 247-319.
[13]
B. SCHNEIDMÜLLER,
Nomen gentis. Nations- und Namenbildung im
nachkarolingischen Europa, Nomen et gens.
Zur historischen Aussagekraft
frühmittelalterlicher Personennamen, sous la dir. de D. GEUENICH, W. HAUBRICHS, J.
JARNUT, Berlin-New York, 1997, p. 140-156.
[14]
Mittelalterforschung nach der Wende, sous la dir. de M. BORGOLTE, Munich, 1995.
[15]
J. FRIED,
Der Weg in die Geschichte. Die Ursprünge Deutschlands bis 1024, Berlin,
1994. En particulier l’introduction et la conclusion :
Was heißt deutsch ?, p. 9-27 et
Noch
einmal. Was heißt deutsch ?, p. 853-860. Les réponses apportées à ces questions par J.
Fried ont alimenté un débat critique parmi les historiens, lancé en particulier par G.
ALTHOFF, Von Fakten zu Motiven. Johannes Frieds Beschreibung der Ursprünge
Deutschlands,
Historische Zeitschrift, t. 260,1995, p. 107-117 avec réponses de J. FRIED
dans le même numéro de revue Über das Schreiben von Geschichtswerken und
Rezensionen. Eine Erwiderung, p. 119-130 et de M. BORGOLTE, Eine Anthropologie der
Anfänge Deutschlands,
Göttingische Gelehrter Anzeigen, t. 247,1995, p. 88-102.
[16]
K.F. WERNER, Art. Deutschland,
Lexikon des Mittelalters, t. 3, Munich-Zurich,
1984, col. 782-789, introduction; P. MORAW, Art. Reich,
Geschichtliche Grundbegriffe, t.
5,1984, p. 434-456 b.
[17]
H. THOMAS,
Theodiscus–Diutiskus–Regnum Teutonicorum. Zu einer neuen
Studie über die Anfänge des deutschen Sprach- und Volksnamens,
Rheinische
Vierteljahrsblätter, t. 51,1987, p. 287-302.
[18]
H. THOMAS, Der Ursprung des Wortes
theodiscus,
Historische Zeitschrift, t. 247,
1988, p. 295-331; ID., Frenkisk. Zur Geschichte von
theodiscus und
teutonicus im
Frankenreich des 9. Jahrhunderts,
Beiträge zur Geschichte des Regnum Francorum, sous
la dir. de R. SCHIEFFER, Sigmaringen, 1990, p. 67-95; ID., Die Deutschen und die
Rezeption ihres Volksnamens,
Nord und Süd in der deutschen Geschichte, sous la dir. de
W. PARAVICINI, Sigmaringen, 1990, p. 19-50; ID., Das Identitätsproblem der Deutschen
im Mittelalter,
Geschichte in Wissenschaft und Unterricht, t. 43,1992, p. 135-156; ID., Sur
l’histoire du mot « Deutsch » depuis le milieu du XII
e siècle jusqu’à la fin du XIII
e
siècle,
Identité régionale et conscience nationale, p. 27-35.
[19]
H. MÜNKLER, H. GRÜNBERGER, Nationale Identität im Diskurs der deutschen
Humanisten,
Nationales Bewußtsein und kollektive Identität, sous la dir. de H. BERDING,
Francfort, 1994, p. 211-248. Particulièrement sur Ulrich von Hutten :
Die Schule des
Tyrannen. Lateinische Schriften, éd. et trad. M. TREU, Darmstadt, 1996. Consulter
également :
Ulrich von Hutten in seiner Zeit, sous la dir de J. SCHILLING, Kassel, 1988; W.
KREUTZ,
Die Deutschen und Ulrich von Hutten : Rezeption von Autor und Werk, Munich,
1984; H. HOLBORN,
Ulrich von Hutten, Göttingen, 1968.
[20]
K.F. WERNER,
Von Frankenreich zur Entfaltung Deutschlands und Frankreichs.
Ursprünge–Strukturen–Beziehungen. Ausgewählte Beiträge, Sigmaringen, 1984.
Contient la reprise des articles La genèse des duchés en France et en Allemagne, p.
279-310 et Les duchés « nationaux » d’Allemagne au IX
e et X
e siècle », p. 311-328; ID.,
Völker und
Regna,
Beiträge zur mittelalterlichen Reichs- und Nationsbildung in
Deutschland und Frankreich, sous la dir. de C. BRÜHL et B. SCHNEIDMÜLLER, Munich, 1997,
p. 15-44.
[21]
J. EHLERS, Die deutsche Nation des Mittelalters als Gegenstand der
Forschung,
Ansätze und Diskontinuität, p. 11-58.
[22]
Fr. RAPP, Nationalbewußtsein und Religion im Spätmittelalter. Ein Vergleich
zwischen Frankreich und Deutschland,
Beiträge zur mittelalterlichen Reichs- und
Nationsbildung, p. 103-110.
[23]
Cette question des ethnies était alors reliée à celle des duchés dits ethniques.
Le terme de
Stammesherzogtum n’existe pas dans les sources de l’époque qui, pour
désigner Saxe ou Bavière par exemple, emploient le mot carolingien de
regna ou sa
traduction « vulgaire » de
riche. C’est donc assez dire que ce n’est pas le
Stamm, la
« tribu » qui est à l’origine des duchés « ethniques », lesquels sont eux-mêmes non
point des regroupements historiques, géographiques, ethniques, naturels et
empiriques de communautés mais bien plutôt des éléments fictifs, mythiques qui
servirent
aussi à regrouper. Voir R. WENSKUS,
Stammesbildung und Verfassung. Das
Werden der frühmittelalterlichen gentes, Cologne-Graz, 1961,2
e éd., 1977.
[24]
J. EHLERS, Methodische Überlegungen zur Entstehung des deutschen Reiches
im Mittelalter und zur nachwanderzeitlichen Nationenbildung,
Beiträge zur
mittelalterlichen Reichs- und Nationsbildung, p. 1-14.
[25]
Cette énumération de points répond à la seconde contribution présentée par
D. Iogna-Prat sur la notion dans ce même numéro.
[26]
J. EHLERS,
Die Entstehung des Deutschen Reiches, Munich, 1994.
[27]
B. SCHIMMELPFENNIG,
Könige und Fürsten, Kaiser und Papst nach dem Wormser
Konkordat, Munich, 1996.
[28]
E. SCHUBERT
, Fürstliche Herrschaft und Territorium im späten Mittelalter,
Munich, 1996.
[29]
K.Fr. KRIEGER,
König, Reich und Reichsreform im Spätmittelalter, Munich, 1992.
[30]
FRIED,
Der Weg in die Geschichte, p. 15.
[31]
R. SCHNEIDER, Das Königtum als Integrationsfaktor im Reich,
Aufsätze und
Diskontinuität, p. 59-82.
[32]
Cum sacri Romani celsitudo imperii diversarum nacionum moribus, vita et ydiome
distinctarum leges habeat […] quod electores principes, ipsius imperii columpne et latera,
diversorum ydiomatum et linguarum differenciis instruantur, ut plures intelligant et
intelligantur a pluribus […] Qua propter statuimus ut illustrium principum […] electorum
filii vel heredes et successores, cum verisimiliter Theutonicum ydioma sibi naturaliter inditum
scire presumantur et ab infancia didicisse, incipiendo a septimo Étatis sue anno in gramatica,
Italica ac Slavica lingwis instruantur […]. Die Goldene Bulle : Metzer Gesetze,
Quellen
zur Verfassungsgeschichte des Römisch-deutschen Reiches im Spätmittelalter (1250-1500),
éd. L. WEINRICH, Darmstadt, 1983, p. 392-394.
[33]
JAKOB TWINGER VON KÖNIGSHOFEN,
Chronik,
Die Chroniken der deutschen Städte
(7-8),
Die Chroniken der oberrheinischen Städte, éd. C. HEGEL, rééd., t. 1, Stuttgart, 1961,
p. 492-493.
[34]
Voir B. FREY, Pater Bohemiae.
Böhmens Vater, Stiefvater des Reiches. Kaiser Karl
IV. in der Geschichtsschreibung, Francfort, 1978. Sur l’empereur en général : F. SEIBT,
Karl IV. Ein Kaiser in Europa, rééd., Munich, 1994. Pour la citation de l’
Historia Bohemica
de PICCOLOMINI : éd. reprint, Francfort, 1967.
[35]
Vita Karoli Quarti. Die Autobiographie Karls IV., éd. H. HILLENBRAND, Stuttgart,
1979 et ID., Die Autobiographie Karls IV.,
Blätter für deutsche Landesgeschichte, t. 114,
1978, p. 39-72.
[36]
Vita Caroli Quarti, p. 82-83.
[37]
Ibid., p. 144-166.
[38]
Patria
. Studien zur Bedeutung des Wortes im Mittelalter (6.-12. Jahrhundert),
Sigmaringen, 1991.
[39]
Nomen Patriae.
Die Entstehung Frankreichs in der politisch-geographischen
Terminologie (10.-13. Jahrhundert), Sigmaringen, 1987.
[40]
E. KANTOROWICZ,
Mourir pour la patrie et autres textes, Paris, 1984.
[41]
Paru à Paris en 1987 (trad.).
[42]
Paru à Paris en 1989 (trad.).
[43]
Kaiser Friedrich der Zweite, Berlin, 1927 ;
Pro patria mori in medieval political
thought,
American historical Review, t. 56,1951, p. 472-492 ;
The King’s two bodies,
Princeton, 1957.
[44]
A. BOUREAU,
Histoires d’un historien. Kantorowicz, Paris, 1990.
[45]
Dans KANTOROWICZ,
Mourir pour la patrie, consulter les articles
Christus-Fiscus,
p. 59-74 et Mystères de l’État, p. 75-104.
[46]
P.E. SCHRAMM,
Herrschaftszeichen und Staatssymbolik. Beiträge zu ihrer
Geschichte vom dritten bis zum sechzehnten Jahrhundert, 3 vol., Stuttgart, 1954-1956; E.
KANTOROWICZ,
Les deux corps du roi, Paris, 1989, p. 170-200.
[47]
M. BECHER, Rex, Dux und Gens.
Untersuchungen zur Entstehung des sächsischen
Herzogtums im 9. und 10. Jahrhundert, Paderborn, 1996; B. SCHNEIDMÜLLER,
Landesherrschaft, welfische Identität und sächsische Geschichte,
Regionale Identität
und soziale Gruppen im deutschen Mittelalter, sous la dir. de P. MORAW, Berlin, 1992,
p. 65-101.
[48]
M. WERNER, Die Anfänge eines Landesbewußtseins in Thüringen,
Aspekte
thüringisch-hessischer Geschichte, sous la dir. de M. GOCKEL, 1992, p. 81-137.
[49]
EICHENBERGER, Patria, p. 140.
[50]
BECHER, Rex, Dux und Gens.
[51]
Kl. GRAF, Souabe. Identité régionale à la fin du Moyen Âge et à l’époque
moderne,
Identité régionale et conscience nationale, p. 293-303.
[52]
W. HARTMANN,
Der Investiturstreit, 2
e éd., Munich, 1996.
[53]
EICHENBERGER, Patria, p. 142 avec sources et références.
[54]
Pour la bibliographie correspondante sur les deux coutumiers, voir Art.
Schwabenspiegel et
Sachsenspiegel dans
Lexikon des Mittelalters, t. 8, Munich-Zurich,
1989, col. 1603-1606 et col. 1240-1242.
[55]
D. ABULAFIA,
Friedrich II., Berlin, 1992; W. STÜRNER,
Friedrich II., 1
re part.,
Die
Königsherrschaft im Sizilien und Deutschland 1194-1200, Darmstadt, 1992 ; 2
e part.,
Der
Kaiser 1220-1250, Darmstadt, 2000 ; Kl. VAN EICKELS, T. BRÜSCH,
Kaiser Friedrich II.,
Düsseldorf-Zurich, 2000.
[56]
O.G. OEXLE, Lignage et parenté, politique et religion dans la noblesse du XII
e
siècle : l’Évangéliaire d’Henri le Lion,
Cahiers de Civilisation médiévale, t. 36,1993, p.
339-354; ID., Die
Memoria Heinrich des Löwens, Memoria
in der Gesellschaft des
Mittelalters, sous la dir. de D. GEUENICH et O.G. OEXLE, Göttingen, 1994, p. 128-177; ID.,
Welfische
Memoria. Zugleich ein Beitrag über adlige Hauslieferung und die Kriterien
ihrer Erforschung,
Die Welfen und ihr Braunschweiger Hof im hohen Mittelalter, sous la
dir. de B. SCHNEIDMÜLLER, Wiesbaden, 1995, p. 61-94; ID.,
Fama und
Memoria.
Legitimationen fürstlicher Herrschaft im 12. Jahrhundert,
Heinrich der Löwe und seine
Zeit. Herrschaft und Repräsentation der Welfen 1125-1235, sous la dir. de J. LUCKHARDT et
Fr. NIEHOFF, t. 2, Munich, 1995, p. 62-69.
[57]
Die Welfen und ihr Braunschweiger Hof et B. SCHNEIDMÜLLER, Große Herzöge, oft
Kaisern wiederstehend ? Die Welfen im hochmittelalterlichen Europa,
Heinrich der
Löwe und seine Zeit, t. 2, p. 49-61.
[58]
P. JOHANEK, Geschichtsbild und Geschichtsschreibung in den sächsischen
Städten im 15. und 16. Jahrhundert,
Hanse–Städte–Bünde. Die sächsischen Städte
zwischen Elbe und Weser um 1500, sous la dir. de M. PUHLE, Magdebourg, 1996, p. 557-574.
[59]
B.U. HUCKER, Ein Städtebund und sein Land : Sachsen–Saxonia–Sassen,
Ibid.,
p. 36-44 et B. SCHNEIDMÜLLER, « Dem Heiligen Römischen Reich zu Ehre ». Sächsische
Städte und das Reich im Spätmittelalter,
Ibid., p. 45-61.
[60]
MOEGLIN,
Les ancêtres du prince.
[61]
WERNER, Die Anfänge eines Landesbewußtseins in Thüringen, p. 81-137.
[62]
Kl. GRAF, Das Land Schwaben im späten Mittelalter,
Regionale Identität und
soziale Gruppen, p. 127-164
[63]
P. MORAW, Die Territoriale Zersplitterung im späten Mittelalter,
Die
Geschichte Hessens, sous la dir. de U. SCHULTZ, Stuttgart, 1983, p. 60-72;
Hessen und
Thüringen. Von den Anfängen bis zur Reformation, Marbourg, 1992.
[64]
J.M. MOEGLIN, Sentiments d’identité régionale et historiographie en Thuringe
à la fin du Moyen Âge,
Identité régionale et conscience nationale, p. 325-364.
[65]
Pour d’autres exemples hors de Thuringe : H. SCHMIDT,
Die deutschen
Städtechroniken als Spiegel des bürgerlichen Selbstbewußtseins im Spätmittelalter,
Göttingen, 1958. R. HIESTAND, Civis Romanus sum. Zum Selbstverständnis
bürgerlichen Führungsschichten in den spätmittelalterlichen Städten,
Herkunft und
Ursprung. Historische und mythische Formen der Legitimation, sous la dir. de
P. WUNDERLI, Sigmaringen, 1994, p. 91-111; R. SPRANDEL,
Chronisten als Zeitzeugen,
Cologne-Vienne, 1994 et ID., Geschichtsschreiber in Deutschland 1347-1517,
Mentalitäten im Mittelalter. Methodische und inhaltliche Probleme, sous la dir. de Fr.
GRAUS, Sigmaringen, 1987, p. 289-311. Le cas de Francfort n’est pas sans rapport avec
celui d’Erfurt, sans s’appuyer toutefois sur la conscience claire d’un « pays »
historique : P. MONNET, Particularismes urbains et patriotisme local dans une ville
allemande de la fin du Moyen Âge : Francfort et ses chroniques,
Identité régionale et
conscience nationale, p. 389-400 et
Les Rohrbach de Francfort.
Pouvoirs, affaires et parenté
à l’aube de la Renaissance, Genève, 1997. Voir aussi la classique mise au point de
J.B. MENKE, Geschichtsschreibung und Politik in deutschen Städten des
Spätmittelalters,
Jahrbuch des kölnischen Geschichtsvereins, t. 33,1958, p. 1-84; t. 34,
1960, p. 85-194.
[66]
Fr. GRAUS, Nationale Deutungsmuster der Vergangenheit in spätmittelalterlichen Chroniken,
Nationalismus in vorindustrieller Zeit, p. 35-53.
[67]
GRAF, Das Land Schwaben im späten Mittelalter.
[68]
H. ANGERMEIER,
Die Reichsreform 1410-1555, Munich, 1984 et KRIEGER,
König,
Reich und Reichsreform im Spätmittelalter.
[69]
J.M. MOEGLIN, Les dynasties princières allemandes et la notion de Maison à
la fin du Moyen Âge,
Les princes et le pouvoir au Moyen Âge (XXIIIe Congrès de la
SHMES), Paris, 1993, p. 137-154.
[70]
EICHENBERGER, Patria, p. 183-192 avec références et sources.
[71]
E. ORTH,
Die Fehden der Reichsstadt Frankfurt am Main im späten Mittelalter.
Fehderecht und Fehdepraxis im 14. und 15. Jahrhundert, Wiesbaden, 1973; H. KOLLER, Die
mittelalterliche Stadtmauer als Grundlage städtischen Selbstbewußtseins,
Stadt und
Krieg, sous la dir. de B. KIRCHGÄSSNER et G. SCHOLZ, Sigmaringen, 1989, p. 9-26;
Cl. SIEBER-LEHMANN,
Spätmittelalterlicher Nationalismus. Die Burgunderkriege am
Oberrhein und in der Eidgenossenschaft, Göttingen, 1995; Chr. HEIDUK, A. HÖFERT,
C. ULRICHS,
Krieg und Verbrechen nach spätmittelalterlichen Chroniken, Cologne-Weimar-Vienne, 1997; en particulier le chapitre
Der Krieg in der Individualperspektive
von reichsstädtischem Patriziat und Adel im Spätmittelalter, p. 111-184. Kl. GRAF,
Schlachtengedenken in der Stadt,
Ibid., p. 83-104; Fr. SCHWIND, 1389. Die Nierderlage
von Kronberg/Eschborn. Städtische Selbsbehauptung im dynastischen Umfeld,
Frankfurts Archiv für Geschichte und Kunst, t. 63,1997, p. 15-42.
[72]
SCHNEIDMÜLLER, Nomen Patriae. Les références aux études françaises se
trouvent pour leur part dans la contribution fournie
ici-même par D. IOGNA-PRAT.
[73]
M. LUGGE, Francia
und Gallia
im Mittelalter. Untersuchungen über den
Zusammenhang zwischen geographisch-historischer Terminologie und politischem Denken
vom 6.-15. Jahrhundert, Bonn, 1960.
[74]
P. MORAW, Neuere Forschungen zur Reichsverfassung des späten
Mittelalters,
Mittelalterforschung nach der Wende, p. 453-484.
[75]
Sur la participation de l’historiographie à l’émergence d’un tel sentiment
dans une perspective européenne, et en dehors des travaux de l’école française,
particulièrement derrière B. GUENÉE :
Geschichtsschreibung und Geschichtsbewußtsein
im späten Mittelalter, sous la dir. de H. PATZE, Sigmaringen, 1987; N. KERSKEN,
Geschichtsschreibung im Europa der nationes, Cologne-Vienne, 1996.
[76]
Voir, sur ce point,
Les princes et l’histoire du XIVe au XVIIIe siècle, sous la dir. de
Cl. GRELL, W. PARAVICINI, J. VOS, Paris, 1998, et, plus particulièrement, la contribution
de J.M. MOEGLIN dans le vol. : L’histoire des princes et la cristallisation du sentiment
d’identité régionale : du comté de Toulouse au landgraviat de Hesse (XIII
e-XV
e
siècles), p. 13-42.
[77]
BECHER, Rex, Dux und Gens
[78]
R. WENSKUS,
Stammesbildung und Verfassung : das Werden der
frühmittelalterlichen gentes, Cologne, 1961.
[79]
Voir sur ce point la contribution de D. IOGNA-PRAT.
[80]
On pense naturellement à l’ouvrage de C. BEAUNE,
Naissance de la nation
France, Paris, 1985.
[81]
J. EHLERS, Sentiment impérial, monarchie et régions en Allemagne et en
France pendant le haut Moyen Âge,
Identité régionale et conscience nationale, p. 24.
[82]
L’histoire de l’Allemagne aux XIX
e et XX
e siècles en montre assez la
permanence.