2002
Le Moyen Age
La succession de l’archevêque Gilles de Nicosie
(1268-1269)
Pierre-Vincent Claverie
Université de Paris I
Xxx
Mots-clés :
Xxxx.
P.V. CLAVERIE, The succession to archbishop Giles of Nicosia (1268-1269).
The Eastern Latin clergy has hardly been sufficiently researched in spite of recent
studies. Thanks to a so far unpublished testamentary will to be found in the
« Archives Nationales de France » we can find out more about the career of a Cypriot
prelate of the time, namely Archbishop Giles of Nicosia (1267-1268). It appears that
this friend of Popes Urban IV and Clement IV was born in Picardy, then grew up in
the area in the north of France called Thierache before going through an outstanding
university career, all in the first half of the 13th century. Giles bought a house in Paris
while officiating in the cathedral chapters of Cambrai and Rouen. Though his fortune
was limited he could still bequeath part of it to a great many religious establishments,
among which the Sorbonne college. His death at Viterbe on 27 July 1268 led to a
succession settlement that was ratified by the religious tribunal (« officiality ») in
Paris in January 1269.Keywords :
Key words Giles of Nicosia, testamentary will, Picardy, Sorbonne, « officiality » of Paris.
En hommage au Professeur Jean Richard
L’étude du clergé latin d’Orient a progressé ces dernières années à travers
l’élaboration de synthèses rigoureuses sur les églises chypriote et syrienne
fondées durant les croisades par la papauté. La lecture des ouvrages de W.
Hotzelt, B. Hamilton et N. Coureas révèle cependant la profonde
méconnaissance dont souffre généralement ce clergé colonial avant son
transfert en Orient
[1]. Ces interrogations m’ont poussé à entreprendre en 1998
une série de recherches sur l’archevêque Gilles de Tyr, qui disparut en 1266
au terme d’une vie consacrée à la défense de la Terre sainte. Les aléas de cette
enquête m’ont amené à exhumer deux lettres d’un prélat nestorien adressées
à ce sujet en 1246 aux rois de France et de Sicile. La même chance m’a conduit
à retrouver à quelques mètres de ce manuscrit la trace d’un testament encore
inédit d’un prélat français en poste dans l’île de Chypre quelques années plus
tard
[2].
Le mérite de cette découverte revient au père Denifle qui a été le premier
à localiser ce document il y a un siècle aux Archives Nationales non loin du
testament établi par Robert de Sorbon en 1270. La divulgation de cette
information au sein du
Cartulaire de l’Université de Paris aurait dû aboutir à
une publication rapide de ce parchemin si le hasard ne s’était pas mêlé une
fois de plus de la partie
[3]. Ce testament de 24 centimètres de large sur une
quarantaine de haut est en effet l’un des rares témoignages que nous
possédions sur la spiritualité de l’Orient latin aux côtés de celui du confrère
de l’Hôpital Saliba d’Acre
[4]. L’article qui suit n’a d’autre objectif que de rendre
justice au père Denifle en publiant le texte de cette pièce vidimée en son
temps par l’Officialité de Paris. Les informations que renferme ce document
devraient nous permettre d’éclairer la carrière de son auteur largement
méconnu.
1. La carrière de Gilles d’Amigny
L’archevêque Gilles de Nicosie n’était connu jusqu’en 1998 que par une série
de bulles pontificales du 20 septembre 1267 notifiant son élection au
lendemain de la mort d’Hugues de Fagiano († 27 août 1267). On doit à V.
Tabbagh le mérite d’avoir livré la première notice biographique digne de ce
nom sur ce prélat né à Amigny
[5], près de Chauny, dans les premières années
du XIII
e siècle
[6]. N. Coureas avait souligné avant cela son rang de chapelain
pontifical sans livrer d’informations concrètes sur son cursus ecclésiastique
en raison du silence des sources. Son devancier L. de Mas Latrie n’avait guère
fait mieux au XIX
e siècle en ignorant jusqu’à son existence. La rédaction à
Viterbe du testament de Gilles le 21 juin 1268 démontre que le nouvel
archevêque n’eut jamais l’occasion de gagner son siège avant sa mort, que
l’on ne peut désormais situer en 1270. Son séjour prolongé à la curie suggère
en outre son appartenance au collège très convoité des chapelains
commensaux, dont certains avaient déjà rempli des fonctions importantes en
Orient comme l’évêque de Bethléem Giovanni Romano (1245-? 1258)
[7].
Les sept établissements religieux dotés par Gilles de Nicosie sur son lit de
mort permettent de reconstituer les grandes lignes de sa carrière entamée en
Thiérache dans la première moitié du XIII
e siècle
[8]. Gilles dote en premier
l’abbaye cistercienne de Notre-Dame de Foigny, qui pourrait avoir été son
lieu de formation initiale à l’instar de son homonyme Gilles de Tyr, éduqué
dans sa jeunesse à Saint-Florent de Saumur. Un capital de 50 livres tournois
est en effet octroyé à ce couvent fondé le 11 juillet 1121 par saint Bernard avec
le soutien de l’évêque de Laon, Barthélemy de Jur. Foigny avait rapidement
supplanté l’abbaye voisine de Saint-Michel-en-Thiérache en rassemblant au
milieu du XIII
e siècle une centaine de moines pour quelque deux cents frères
convers. L’un des trois exécuteurs testamentaires de Gilles d’Amigny
pourrait être à ce titre un condisciple, ultérieurement amalgamé au chapitre
cathédral de Laon en la personne du futur archidiacre Nicolas de Vigneux
(1271-1290)
[9]. Les probabilités sont néanmoins plus grandes pour que les
deux hommes se soient côtoyés à la curie pontificale où tous deux occupèrent
durant de nombreuses années le rang de chapelain commensal. Nicolas de
Vigneux en retira plusieurs charges gratifiantes dont l’assurance le 20 mars
1264 de disposer du premier archidiaconé laonnois vacant
[10]. La nomination
au début du testament des chanoines cambrésien et rouennais Jean de
Froidmont et Jacques de Corbie semble répondre à la même logique de
proximité régionale, Vigneux se localisant dans l’est de la Thiérache
[11]. Le
testament de Gilles de Nicosie prévoit la concession de dix livres tournois de
moins, soit 40, aux abbayes de Prémontré et de Saint-Martin de Laon
instituées en 1120 et 1124 par saint Norbert. Il est possible que cette
reconnaissance ait poussé Gilles à nommer quelques mois plus tôt comme
vicaire général de son Église l’abbé norbertin de Bellapaïs qui avait déjà
rempli ses fonctions sous son prédécesseur Hugues de Fagiano. D’autres
dispositions de son testament autorisent de plus solides hypothèses sur le
déroulement de son
cursus honorum
[12].
Le legs de deux enveloppes de 50 et 60 livres tournois aux cathédrales de
Cambrai et de Rouen atteste du passage de Gilles de Nicosie dans leur
chapitre respectif avant sa carrière à la curie. Un don de 40 livres tournois à
l’église Saint-Géry de Cambrai souligne son attachement particulier en
faveur de cette ville où il a exercé la majeure partie de sa carrière avant de
gagner Rouen en 1259. L’abbatiale Saint-Géry était alors la seconde église de
la cité perpétuant le souvenir d’un évêque mérovingien mort le 12 août 625
au terme d’une vie consacrée au soulagement des prisonniers de guerre et
des esclaves. Le séjour ultérieur de Gilles à Rouen semble n’avoir pas dépassé
l’année 1264 pendant laquelle il résigna sa charge de grand archidiacre pour
se rendre en Italie. Un dernier legs de dix livres en faveur de l’abbaye de
Montreuil-sous-Laon témoigne de l’attachement profond de l’archevêque
de Nicosie pour sa région d’origine et ce couvent féminin fondé en 1136 par
saint Bernard et Barthélemy de Jur
[13]. Son expatriation précoce du Laonnois
soulève quelques interrogations en raison de l’existence de plusieurs
couvents dans les environs de Chauny où sa famille aurait été à même de le
placer. Le choix initial de l’abbaye de Foigny découle probablement de la
réputation de sainteté dont jouissait cet établissement depuis la mort des
saints Barthélemy de Jur († 1158) et Alexandre d’Écosse († 1229) dans ses
murs. L’humble statut de frère convers revendiqué par cet hôte de marque
n’avait pas tardé, du reste, à engendrer un véritable courant de pèlerinage
aristocratique autour de sa sépulture.
Cette aura internationale dut séduire les parents de Gilles d’Amigny qui
relevaient à la fois des seigneurs de Rouy et de la couronne de France. La
modestie de leur lignage peut être appréciée à travers les 290 livres tournois
laissées par leur fils sur son lit de mort. Ce montant semble bien dérisoire au
vu des 1 000 onces d’or léguées en faveur de la Terre sainte à la même époque
par l’évêque d’Albano Raoul Grosparmi. La faiblesse de ces actifs s’explique
vraisemblablement par l’investiture récente de Gilles dont le coût dut
approcher les 4 000 marcs d’argent du fait de ses six « services » solennels.
Cette pauvreté personnelle tranche avec la richesse contemporaine de
l’Église de Nicosie dont les revenus n’avaient alors rien d’indigent à en croire
J. Richard. Le problème est que cette mense exclusivement épiscopale ne
pouvait quitter l’île sans l’accord du vicaire général désigné par
l’archevêque
[14]. Gilles possédait heureusement à cette époque plusieurs biens
dans le royaume de France dont il confia logiquement la liquidation à ses
exécuteurs testamentaires. La moitié du produit de ces ventes devait revenir
aux étudiants pensionnés par Robert de Sorbon depuis 1257, tandis que
l’autre moitié irait aux pauvres de Paris
[15].
2. Le règlement de sa succession
La disparition de Gilles de Nicosie le 27 juillet 1268 amena l’Officialité de
Paris à prendre connaissance le 19 septembre de ses dernières volontés en
présence de ses trois exécuteurs testamentaires
[16]. Un procès-verbal établi
quatre mois après devant le tabellion Jourdain de Paris entérina le règlement
de la succession de l’archevêque après la vente de sa résidence parisienne.
Gilles était en effet régent de la faculté de théologie où il avait soutenu une
thèse à l’issue d’un cursus universitaire achevé au plus tôt à l’âge de 35 ans
en vertu des statuts promulgués par Robert de Courson en 1215
[17]. Sa maison
bordait sur la montagne Sainte-Geneviève les demeures des maîtres Jean de
Chevry et Gilles de Bonneval appartenant aux hauts clergés chartrain et
tourangeau. Le second de ces personnages, qui surveillait les récoltes de
l’abbaye Saint-Martin de Tours, acquit la demeure de Gilles d’Amigny contre
300 livres tournois de bon aloi. Cette cession ne fut ratifiée par l’official de
l’évêché de Paris qu’après un serment solennel de Jean de Froidmont,
Nicolas de Vigneux et Jacques de Corbie sur la validité de ce contrat,
accompagné d’une renonciation officielle à toute forme de contestation
future. La moitié des 300 livres avancées par Gilles de Bonneval revint donc
aux pauvres étudiants de la Sorbonne comme le tableau suivant l’établit
[18].
La modestie des fonds légués par l’archevêque de Nicosie n’empêcha
nullement son inscription à l’obituaire de la cathédrale de Rouen au XIV
e
siècle comme l’attestent les deux exemplaires encore existant de ce manuscrit
rédigé aux alentours du 22 juillet 1329. Une partie de la fortune du cardinal
Jean Cholet (1281-† 1292) semble avoir servi à perpétuer son nom en y
associant une rente annuelle de 12 livres tournois, prélevable dans le village
cauchois de Petiville
[19]. Il est tentant de voir dans ce legs un hommage vibrant
du jeune prélat à l’égard d’un de ses anciens maîtres rouennais, tout comme
lui picard. L’affectation de cette somme dut survenir au moment du
règlement de la succession du cardinal en 1295 ou 1301, ses premiers
exécuteurs testamentaires étant décédés sans achever leur tâche… Aussi
sommes-nous totalement désarmé pour pouvoir en attribuer la paternité à
Gérard de Saint-Just, Évrard de Nointel ou à leur successeur Jean Lemoine.
Ce revenu porté à 15 livres, 10 sous et 10 deniers à la fin du Moyen Âge
constitue, quoi qu’il en soit, la dernière mention officielle du
reverendus pater
Egidius de Amengniaco, quondam archiepiscopus Nichociensis
[20].
Légataires
Abbaye de Foigny
Saint-Martin de Laon
Prémontré
Saint-Géry de Cambrai
Cathédrale de Cambrai
Cathédrale de Rouen
Montreuil-les-Dames
Étudiants de la Sorbonne
Pauvres de Paris
TOTAL
Montants
50 l.t.
40 l.t.
40 l.t.
40 l.t.
50 l.t.
60 l.t.
10 l.t.
150 l.t.
150 l.t.
590 livres tournois
3. Les enseignements de son testament
On ne saurait évoquer la succession de Gilles d’Amigny sans souligner
l’enracinement local de ses amitiés. Ses exécuteurs testamentaires comme
son légataire parisien, Robert de Sorbon (1201-† 1274), sont natifs du nord-est
de la France
[21]. Cette affinité géographique n’est pas loin d’avoir été partagée
par le pape Urbain IV (1261-1264) qui dut intégrer Gilles parmi les chapelains
pontificaux de son temps à l’instar de son compatriote Nicolas de Vigneux.
Urbain IV passe en effet pour être né vers 1185 à Troyes, en Champagne,
avant de réaliser une bonne partie de sa carrière à Laon dans l’entourage de
l’évêque Anselme de Mauny (1215-1242)
[22]. Jacques Pantaléon semble avoir
partagé à ce titre avec Gilles d’Amigny une dévotion particulière pour le
couvent de Montreuil-les-Dames à qui il offrit en 1249 une relique de la sainte
Face qui finit par modifier le nom même de cet établissement
[23].
Robert de Sorbon présente la caractéristique supplémentaire d’avoir
professé la théologie à Paris au sein de la même faculté et de la même nation
que Gilles, alors dirigée par Mathieu d’Argis. Cette connivence pourrait
avoir été plus ancienne et remonter à l’époque où les deux hommes
occupaient une stalle voisine dans le chapitre cathédral de Cambrai
[24]. Les
exigences formulées par l’archevêque de Nicosie dans l’affectation de ses
legs révèlent, en outre, deux aspects prégnants de sa personnalité. Cet
Axonais de souche entend favoriser les prébendes de monastères ruraux
comme Foigny ou Prémontré tout en rassasiant les pauvres des villes qu’il a
été amené à fréquenter durant sa carrière ecclésiastique. De là découle
l’obligation pour les églises de Cambrai et de Rouen de procéder à des
distributions quotidiennes d’aumônes lors des messes célébrées en
l’honneur de la Vierge. Cette dévotion insigne à l’égard de la
Théotokos
remonte probablement à ses premières années passées à Notre-Dame de
Foigny où le culte marial était particulièrement à l’honneur. Les pauvres de
Paris ne sont pas oubliés par l’archevêque de Nicosie qui leur abandonne ses
biens immeubles. Le choix de l’église Saint-Géry de Cambrai procède peut-être de la même logique caritative du fait de la compassion avérée de son
patron à l’égard des humbles.
Le séjour prolongé de Gilles d’Amigny en Italie au lendemain de son
élection explique qu’aucun légataire chypriote ne figure parmi sa liste de
bénéficiaires. À ce véritable « évêque titulaire » succéda durant le mois
d’août 1268 un prélat anonyme voué à occuper le siège de Nicosie avec autant
de brièveté. Le pape décida vraisemblablement de pourvoir ce poste au plus
vite en raison de la vacance concomitante des sièges de Famagouste et de
Paphos qui risquait de déstabiliser la hiérarchie religieuse de l’île. Aussi la
première mission du successeur de Gilles fut-elle d’installer à la tête de
l’évêché de Famagouste le chanoine Bertrand de Nicosie qui allait le
remplacer dès l’année 1270
[25]. Clément IV porta sans doute une fois de plus
son choix sur un prélat courbé par le poids de l’âge, qu’il consacra de ses
mains à Viterbe peu avant le premier septembre 1268. Ce droit revenait
officiellement à la papauté depuis la promulgation trois ans plus tôt de la
bulle
Licet ecclesiarum personatuum supervisant la collation des « bénéfices
devenus vacants en cour de Rome ». Le silence des registres pontificaux à
l’égard de l’identité du successeur de Gilles d’Amigny n’interdit pas
d’audacieuses conjectures. Il est possible que ce personnage coïncide avec le
mystérieux archevêque Raphaël que les historiens chypriotes hésitent à
placer dans les années 1270 ou 1280 en l’absence d’informations sûres. Cette
éventualité pourrait amener à avancer d’une dizaine d’années la date du
célèbre synode provincial présidé par ce prélat entre 1280 et 1288 selon N.
Coureas, conformément aux opinions anciennes de L. de Mas Latrie, J.
Hackett et T. Haluscynskyj. Le mutisme des registres pontificaux ne permet
malheureusement pas de trancher la question en l’absence de chapelain
apostolique du nom de Raphaël à cette époque. L’origine italienne de ce
prélat s’accorde mal, en outre, avec les profils des chapelains R. de Nîmes et
R. de Mazan alors employés par la curie en France et en Espagne
[26].
Ces nombreuses hésitations ne doivent pas masquer les informations
substantielles que le testament de Gilles d’Amigny apporte à notre
connaissance du clergé chypriote. Sa disparition rapide n’entraîna
nullement l’oubli de son nom en Orient en raison du débarquement à Acre
en 1273 d’un certain Pierre d’Amigny, peut-être issu de son lignage. Cette
anecdote plaidant en faveur d’une extraction chevaleresque de notre prélat
tend à éclairer son placement précoce dans le monastère cistercien de Foigny,
populaire dans le nord de la France
[27].
ANNEXE
L’Officialité de Paris solde la succession de l’archevêque Gilles de Nicosie en
présence de ses exécuteurs testamentaires à partir d’une copie de son testament établi
le 21 juin 1268
[28].
Paris, dans l’île de la Cité, janvier 1269
A. QUITTANCE ORIGINALE jadis scellée d’un sceau sur repli de parchemin
aujourd’hui perdu. Le parchemin naguère plié en trois fait 24 cm de large
en haut et 24,1 cm en bas sur 40,4 cm de haut à droite et 39,8 cm à gauche.
PARIS, Archives nationales de France, S 6213, n° 37 (avec une analyse
dorsale du XVIIe siècle).
EXTRAIT: H. DENIFLE et E. CHÂTELAIN, Chartularium Universitatis Parisiensis, t.
1, Paris, 1889, p. 449, n° 408 (édition des dispositions relatives à la
Sorbonne sous la date de « janvier 1268 »).
Universis presentes litteras inspecturis …, officialis curie Parisiensis,
salutem in Domino. Noveritis nos litteras inferius anno[ta]tas sigillo curie I2I
Parisiensis, ut prima facie apparebat sigillatas, vidisse in hec verba :
« Universis presentes litteras inspecturis …, officialis curie Parisiensis,
salutem I3I in Domino. Noveritis nos anno Domini millesimo ducentesimo
sexagesimo octavo, die mercurii post exaltationem Sancte Crucis litteras
tales inferius annotatas I4I in hec verba vidisse et recepisse :
« Universis presentes litteras inspecturis, Egidius, miseratione divina
Nicossiensis ecclesie minister indignus, salutem in I
5I Domino sempiternam.
Noverit universitas vestra quod nos, sana mente et libera sanitate per Dei
gratiam perfruentes, prout humana fragilitas I
6I nosse sinit pro salutis anime
nostre remedio et parentum nostrorum nostrum ordinavimus et condidimus
testamentum in modum qui sequitur, I
7I videlicet quod ecclesie, monasteria
et persone inferius annotate habeant et percipiant post decessum nostrum
quicquid sibi legatum fuerit I
8I a nobis, seu donatum vel erogatum ab
executoribus, seu donatariis infrascriptis, videlicet magistro Johanne de
Frigido Monte, canonico I
9I Cameracensi, magistro Nicholao de Vigneto,
canonico Laudunensi et magistro Jacobo de Corbeja, canonico
Rothomagensi, quos facimus et ordinamus I
10I executores seu donatarios
nostros, et quemlibet eorum insolidum, ita quod non sit melior conditio
occupantis, nisi nos superinventes aliter, I
11I duxerimus ordinandum. In
primis legamus conventui ecclesie vel monasterii Fusinacensi in Tyerasca,
Laudunensis diocesis, quinquaginta libras Turonenses I
12I ad opus
prebantiarum ; item monasterio Sancti Martini Laudunensis quadraginta
libras Turonenses ; item ecclesie vel monasterio Premostracensi I
13I
quadraginta libras Turonenses ; item ecclesie Sancti Gaugerici Cameracensis
quadraginta libras Turonenses, quas volumus et ordinamus converti in
cotidianas I
14I distributiones ad horas beate Virginis ; item ecclesie
Cameracensi quinquaginta libras Turonenses in augmentum similiter
cotidianarum distributio-I
15I-num ad horas beate Virginis ; item ecclesie
Rothomagensi sexaginta libras Turonenses distribuendas similiter ad horas
beate Virginis ; I
16I item conventui de Monasteriolo in Tyerasca pro prebantia
decem libras Turonenses. Residuum autem bonorum nostrorum, quod
habemus I
17I in regno Francie, volumus erogari piis locis et pauperibus per
executores et donatarios antedictos medietatem, scilicet scolaribus studen-I
18I-tibus Parisius maxime illis de conventu qui dicitur magistri Roberti de
Sarbona
[29], aliam autem medietatem aliis pauperibus non scolaribus, I
19I
prout secundum Deum et anime nostre saluti viderint expedire. In cujus rei
testimonium presentes litteras sigilli nostri munimine fecimus roborari. I
20I
Datum Viterbii, anno Domini millesimo ducentesimo sexagesimo octavo,
die jovis ante festum beati Johannis Baptiste », quod autem vidimus hoc
testamentum I
21I salvo jure cujuslibet. Datum ut supra ».
Predicti vero magistri Johannes de Frigido Monte, Nicholaus de Vigneto
et Jacobus de Corbeja I22I coram nobis constituti recognoverunt et confessi
sunt coram nobis se executorio nomine supradicti defuncti supradictam
domum, I23I sitam in dictis dominio et censiva, contiguam ut dicitur domui
venerabili viri, magistri Johannis de Capriaco, majoris archidiaconi
Carnotensis, ex una I24I parte, et cuidam domui magistri Egidii de Bona Valle,
granicarii ecclesie Sancti Martini Turonensis ex altera, prout cum omnibus
suis perti-I25I-nentiis ante et retro in longitudine et latitudine inferius et
superius se comportat, seu possidetur, vendidisse, et nomine venditionis ex
nunc I26I in perpetuum quitavisse predicto magistro Egidio de Bona Valle et
ejus heredibus pro trecentis libris Turonensibus, jam eisdem vendi-I27I-toribus solutis, a predicto emptore in pecunia numerata prout iidem
venditores confessi sunt coram nobis, cedentes, nomine execu-I28I-torio
predicti defuncti, ex nunc penitus et transferentes in eumdem emptorem et
ejus heredes, et tamen ab eo habituros omne jus, omnem I29I actionem,
proprietatem et possessionem quod et quas habebat idem defunctus et
habere poterat in dicta domo vendita quacumque ratione vel occasione. I30I
Et promiserunt iidem venditores, executorio nomine dicti defuncti, fide in
manu nostra ab eis prestita corporali quod contra venditionem I31I et
quitationem hujusmodi seu contra premissa, vel aliquod de premissis, per se
vel per alium non venient in futurum, jure aliquo, seu causa. I32I Immo dictam
domum cum suis pertinentiis, ut dictum est, venditam tanquam executores
dicti defuncti sub dicta fide garandirabunt, I33I liberabunt et deffendent
predicto emptori et ejus heredibus et omnibus in eadem domo causam ab eis
habituris ad usus et consuetudines I34I Parisienses contra omnes,
renunciantes in hoc facto exceptioni dicte pecunie sibi non numerate, non
tradite et non solute, exceptioni doli, I35I mali actioni, in factum beneficio
restitutionis in integrum et omni alii exceptioni juris canonici et civilis, qui
contra instrumentum hujusmodi seu I36I factum posset obici vel adduci et per
quam possent verrere contra premissa, vel aliquod de premissis se quantum
ad hoc jurisdictioni I37I curie Parisiensis specialiter supponendo. In cujus rei
testimonium et munimen sigillum curie Parisiensis ad petitionem dictorum
venditorum I38I presentibus duximus apponendum. Datum anno Domini
millesimo ducentesimo sexagesimo octavo, mense januario. I39I – Jordanus
Parisius =
[1]
W. HOTZELT,
Kirchengeschichte Palästinas im Zeitalter der Kreuzzüge (1099-1291), Cologne, 1940 ; J. RILEY-SMITH, Latin titular bishops in Palestine and Syria (1137-1291),
Catholic historical Review, t. 64, 1978, p. 1-15 ; B. HAMILTON,
The Latin Church in the
Crusader States : the secular Church, Londres, 1980 ; N. COUREAS,
The Latin Church in
Cyprus, 1195-1312, Aldershot, 1997.
[2]
P.V. CLAVERIE, Quelques éléments biographiques sur l’archevêque Gilles de
Tyr (1254-1266),
La présence latine en Orient au Moyen Age, éd. G. BRUNEL et M.A. NIELEN-VANDEVOORDE, Paris, 2000, p. 57-66 ; ID., Deux lettres inédites de la première mission
en Orient d’André de Longjumeau (1246),
Bibliothèque de l’École des Chartes, t. 158,
2000, p. 283-292.
[3]
PARIS, Archives nationales de France, S 6213, n° 32 (en date du 29 septembre
1270) ; H. DENIFLE et E. CHÂTELAIN,
Chartularium Universitatis Parisiensis, t. 1, Paris,
1889, p. 449.
[4]
PARIS, Archives nationales de France, S 6213, n° 37 (
cf. infra Document) ; J.
DELAVILLE LE ROULX,
Cartulaire général de l’ordre des hospitaliers de Saint-Jean, t. 3, Paris,
1899, p. 91-92, n° 3105 (en date du 16 septembre 1264).
[5]
Actuel Amigny-Rouy (Aisne, arr. de Laon, cant. de Chauny).
[6]
E. JOURDAN,
Les registres de Clément IV (1264-1268) : Recueil des bulles de ce pape,
Paris, 1893-1945, p. 170, n° 528 (
cf. K. EUBEL,
Hierarchia catholica Medii Aevi, Münster,
1913, p. 365) ; V. TABBAGH, Fasti Ecclesiae Gallicanae.
Répertoire prosopographique des
évêques, dignitaires et chanoines de France de 1200 à 1500, t. 2,
Diocèse de Rouen, Turnhout,
1998, p. 148, n° 4015.
[7]
COUREAS,
op. cit., p. 20 et 61-62 ; L. DE MAS LATRIE, Histoire des archevêques
latins de l’île de Chypre,
Archives de l’Orient latin, t. 2 A, 1884, p. 239-244 ;
infra
Document, ligne 20 ; P.V. CLAVERIE, Un conflit entre deux évêques italiens de Terre
sainte : l’affaire Giovanni Romano (1245-1248),
Studi Medievali, t. 40, 1999, p. 291-304.
[8]
Cf. infra Document, lignes 11-16.
[9]
Aisne, arr. de Laon, cant. de Rozoy-sur-Serre.
[10]
Ce médecin paraît avoir joui d’une prébende à l’intérieur du chapitre entre
1264 et 1290 après avoir servi les cardinaux Ottaviano Ubaldini et Ancher Pantaléon
au tournant des années 1250-1260 (
cf. F. PICÓ,
The cathedral chapter of Laon (1155-1318),
s.d., p. 91-92, n° 485 ; C. JOURDAIN,
Index chronologicus chartarum pertinentium ad
historiam Universitatis Parisiensis, Paris, 1862 (réédition, Bruxelles, 1966), p. 26, n°
CLXXXIV).
[11]
La Thiérache compte encore à l’heure actuelle une commune (Froidmont-Cohartille) ainsi qu’une forêt dite de Froidmont. Jacques de Corbie semble n’avoir
occupé qu’entre 1268 et 1272 sa charge au sein du chapitre cathédral de Rouen selon
V. Tabbagh
(cf. ID.,
op. cit., p. 225, n° 4088).
[12]
DE MAS LATRIE,
op. cit., p. 239 ; COUREAS,
op. cit., p. 203.
[13]
Gallia christiana, t. 9, Paris, 1751, col. 638.
[14]
P.-V. CLAVERIE, Un aspect méconnu du pontificat de Grégoire X : les débuts
de sa politique orientale (1271-1273),
Byzantion, t. 68, 1998, p. 290 ; A. PARAVICINI
BAGLIANI,
La cour des papes au XIIIe siècle, Paris, 1995, p. 114-115 et 135 ; J. RICHARD,
Documents chypriotes des Archives du Vatican (XIVe et XVe siècles), Paris, 1962, p. 70-72.
[15]
Cf. infra Document, lignes 16-19.
[16]
ROUEN, Bibliothèque municipale,
Ms. Y 82, 68 v°; PARIS, Bibliothèque
nationale de France,
Ms. lat. 5196, f° 54 r°;
infra Document, ligne 3.
[17]
J. LE GOFF,
Les intellectuels au Moyen Âge, 2
e éd., Paris, 1985, p. 85.
[18]
TABBAGH,
op. cit., p. 148, n° 4015 ;
infra Document, lignes 21-39. Il convient de
signaler ici que le grand archidiacre de Chartres Jean de Chevry apparaît sous le nom
de Sivry dans un acte du
Cartulaire de la Sorbonne sensiblement contemporain (
cf.
JOURDAIN,
op. cit., p. 32, n° CCXVI (procuration du 7 juillet 1267)).
[19]
Seine Maritime, arr. du Havre, cant de Lillebonne.
[20]
ROUEN, Bibliothèque municipale,
Ms. Y 82, 68 v° ; PARIS, Bibliothèque
nationale de France,
Ms. lat. 5196, f° 54 r°. La rédaction de ces deux volumes paraît
sensiblement contemporaine.
[21]
Sorbon se situe dans le Porcien au sud-est de la Thiérache (Ardennes, arr. et
cant. de Rethel).
[22]
P. LEVILLAIN,
Dictionnaire historique de la papauté, Paris, 1994, p. 1678 (notice de
T. BOESPFLUG). Jacques Pantaléon semble avoir rejoint le chapitre cathédral avant 1223.
[23]
Gallia christiana, t. 9, col. 639.
[24]
JOURDAIN,
op. cit., p. 32, n° CCXVI (acte du 7 juillet 1267) et p. 20-21 n. 2.
[25]
JOURDAN,
op. cit., p. 273, n° 706 et p. 275, n° 715 ; COUREAS,
op. cit., p. 69. Il paraît
en effet aberrant que la disparition de Gilles ait été ignorée par la chancellerie
apostolique à la fin de l’été 1268.
[26]
JOURDAN,
op. cit., p. 56, n° 212, p. 405, n° 1206, p. 407, n° 1216, p. 408, n° 1220
et p. 414, n°1264 ; COUREAS,
op. cit., p. 306-310. Le second de ces personnages était
probablement originaire de l’abbaye cistercienne de Mazan, alors au faîte de sa gloire
(Ardèche, arr. de Largentière, cant. de Montpezat-sous-Bauzon).
[27]
CLAVERIE, Un aspect méconnu du pontificat de Grégoire X, p. 308. Les
historiens actuels pensent que c’est dans cet établissement que saint Norbert et saint
Bernard se rencontrèrent pour la première fois avant de présider ensemble à la
fondation de l’abbaye Saint-Martin de Laon en 1124.
[28]
L’édition qui suit a pris le parti d’orthographier traditionnellement les mots
confondant systématiquement les lettres
t et
c. Sa forme actuelle n’aurait pu aboutir
sans les suggestions précieuses de M.A. NIELEN-VANDEVOORDE et T. CHEVALLIER.
[29]
Sic malgré la correction en
Sorbona opérée par Denifle et Châtelain
.