2002
Le Moyen Age
De l’Empire romain d’Orient à la Renaissance, à travers l’histoire militaire
Claude Gaier
Musée d’Armes de Liège
Lors d’une recension précédente
[1], nous analysions une trentaine de livres et
d’articles parus entre 1987 et 1997, consacrés à divers aspects de l’histoire
militaire médiévale. L’abondance de la production historiographique dans ce
domaine nous apporte, jusqu’à 2001, une moisson plus importante encore
d’ouvrages dignes d’intérêt, sans prétendre ici le moins du monde à
l’exhaustivité.
D’un point de vue chronologique, le premier livre qui retiendra
notre attention est celui de W. Treadgold
[2] sur l’armée byzantine « classique », entre
l’avènement de Dioclétien (284) et celui d’Alexis I
er
Comnène (1081). On demeure impressionné aujourd’hui, comme devaient l’être les
chefs « barbares » du haut Moyen Âge, par l’imposante machine de guerre que
constitua, durant huit cents ans, une armée aussi structurée et aussi
puissante. Héritée du modèle romain, n’absorbait-elle pas 60 à 81 % du budget
d’un empire, dont elle était le plus gros pourvoyeur d’emplois ? Ses effectifs,
armées de terre et de mer réunies, ont pu représenter, à la fin du
IV
e siècle, quelque 335 000 hommes et, bon an mal an, se
maintenir encore à environ 200 000 à la fin du X
e siècle.
Cosmopolite par nature, son recrutement reposait sur une vaste assise
territoriale, essentiellement orientale, qui fut sa force mais aussi sa perte,
lorsque ces provinces subirent les amputations répétées des envahisseurs
successifs. L’examen de la constitution, de l’organisation, de l’armement et de
l’approvisionnement de cette armée, dans un contexte historique et géographique
fluctuant, confère toute sa valeur à l’ouvrage de W.T. et en fait une référence
désormais nécessaire.
Pour rester dans ce sujet, la traduction anglaise de 1984 du
fameux
Strategicon, attribué à
l’empereur Maurice (582-602), vient à point nommé d’être republiée
[3]. Elle se base sur l’édition
critique du texte grec, paru en 1981 dans le
Corpus fontium historiae byzantinae. Faut-il
rappeler l’importance de cet écrit didactique, dans la droite ligne des traités
militaires romains mais aussi précieux reflet des forces émergentes de son
temps : Perses, Scythes, Avars, Turcs, Slaves et Francs.
Celles-ci nous amènent naturellement au livre de B.S.
Bachrach
[4], spécialiste
éminent du haut Moyen Âge, qui représente une véritable somme sur l’art
militaire des prédécesseurs de Charlemagne, de Pépin dit de Herstal à Pépin le
Bref. Usant avec une grande maîtrise des sources contemporaines, toujours
parcimonieuses et rarement très explicites, l’A. parvient à leur donner une
cohérence qui éclaire son propos, même si le doute subsiste, parfois, quant au
caractère délibéré de certaines manœuvres, que nos esprits modernes s’efforcent
de rationaliser
a posteriori. Mais
aucun historien militaire, il est vrai, n’échappe à cette tentation, ni à ce
risque. D’une ampleur beaucoup moindre, mais avec pertinence, la communication
d’A.A. Settia, à Spolète
[5], évoque, pour sa part, la montée en puissance de la
cavalerie et des fortifications, depuis la basse Antiquité jusqu’à l’époque
féodale. Et pour cause, puisque le combattant à cheval et le château-fort
demeurent, dans les faits comme dans l’imagerie populaire – à travers toutes
les nuances dont les chercheurs les éclairent – la quintessence de
l’historiographie militaire du Moyen Âge.
Un intéressant recueil d’articles
[6] sur le thème du cheval dans la culture
d’origine celtique, principalement au pays de Galles, montre l’ancienneté, et
la continuité en ces lieux à l’époque médiévale, d’une « civilisation du cheval
». Celle-ci, d’allure quelque peu élitiste, se trouvera en convergence avec
d’autres courants, venus plus tard d’Asie centrale, dont l’homme d’armes sur
son destrier sera un jour l’héritier en Occident.
Un autre recueil, allemand cette fois
[7], concerne la polémologie, l’éthique de la
guerre, sa conception et sa représentation. Après un chapitre introductif qui
développe une approche sociologique des conflits médiévaux
[8], on y trouve des études sur la soi-disant
guerre d’extermination des Ostrogoths d’Italie par Justinien
[9], la notion de conflit politique et
idéologique dans la pensée et la pratique de l’Islam
[10], la prise à rançon, la
reddition et le sort des prisonniers
[11], la vision de la guerre à travers les écrivains de
la fin du Moyen Âge
[12] et, pour terminer, l’iconographie contemporaine de
la guerre de siège et des machines de guerre
[13]. Étonnons-nous, dans le cas de ces deux dernières
contributions, malgré leur intérêt évident, de la médiocrité technique des
illustrations qui les accompagnent.
Un autre recueil allemand, quelque peu similaire, rassemble, en
y ajoutant deux articles, les actes d’un colloque qui s’est déroulé à Wurzbourg
en octobre 1997
[14].
Débordant délibérément sur le XVI
e siècle, il comporte
cependant, pour l’essentiel, une série d’études concernant l’époque médiévale,
en particulier sur le droit de la guerre, sa vision par les contemporains, les
vengeances privées et les conflits interurbains du Saint-Empire
germanique.
Restant dans le domaine des ouvrages collectifs, dont
l’historiographie d’aujourd’hui offre tant d’exemples, le volume de « Mélanges
» offert à H.E. Mayer
[15] est consacré aux croisades et renferme de ce fait
plusieurs articles qui concernent directement notre propos. Celui de H.E.J.
Cowdrey explique la légitimation, par le pape Grégoire VII, de l’usage des
armes, caution morale de l’aventure d’Orient, celui d’A. Luttrell décrit la
genèse de l’ordre des Hospitaliers, celui de D. Pringle retrace l’histoire du
château et de la seigneurie de Mirabel, tandis que B.Z. Kedar livre une
intéressante édition critique du petit texte latin détaillant les éléments
ethniques des forces de Saladin au siège d’Acre.
Stimulant à bien des égards, le recueil d’articles intitulé
The circle of war in the Middle
Ages
[16]
est voué à la remise en cause de concepts reçus et à l’approfondissement
d’aspects moins connus de l’histoire militaire médiévale. Il offrira matière à
débats, dont on ne peut,
a priori, que
se réjouir. B. Bachrach invalide l’approche trop restrictive des effectifs
militaires chez Hans Delbruck, Th. Vann montre la mise en œuvre d’une réelle
stratégie lors de la reconquête castillane, P. Chevedden plaide pour une
avancée significative de l’art militaire durant les croisades et St. Morillo
poursuit sa mise en cause de la suprématie de la cavalerie au Moyen Âge,
conforté, exagérément peut-être, par l’exemple anglais, tandis qu’E.G.
Schoenfeld analyse le rôle des
ministeriales et des paysans à la lumière des
réformes militaires introduites en Saxe par Henri I
er et
Otton le Grand.
L’intrusion du merveilleux et du divin dans les motivations
guerrières et l’issue des batailles nous vaut successivement deux articles de
K.G. Hare et de K. DeVries. Les ambitions féodales des mercenaires engagés en
Angleterre au XIIe siècle retiennent, avec pertinence,
l’attention de St. Isaac, alors que J.A. Truax se penche sur un sujet original
: l’implication militaire des femmes dans le royaume anglo-normand. L’article
de St.J. Lane est une contribution intéressante au rôle des milices rurales de
Lombardie dans les conflits avec Frédéric Barberousse. Enfin, la guerre navale,
fondamentale dans le contexte méditerranéen, fait l’objet d’une étude de D.
Haldane sur l’usage du feu grégeois par les Musulmans, et de L.V. Mott sur la
bataille de Malte (8 juin 1283), remportée par les forces aragonaises sur
celles de Charles d’Anjou.
En 1973, Chr. Allmand avait publié une sorte d’anthologie
critique de textes contemporains de toute nature illustrant les multiples
aspects de la guerre de Cent Ans. Il s’agissait de traductions anglaises de
sources tant britanniques que françaises, judicieusement choisies et réparties
par chapitres susceptibles d’éclairer la totalité du conflit. La réédition,
mise à jour, de cet ouvrage
[17] est la bienvenue, d’autant plus que l’A. y ajoute,
en guise de préface, une mise au point sur l’historiographie récente du sujet,
ainsi qu’un appendice bibliographique de trente-deux pages qui rendra service
aux chercheurs.
Saluons ici avec enthousiasme la sortie d’un livre-phare, fruit
d’un minutieux travail de synthèse, consacré par M. Prestwich à l’art militaire
en Angleterre au Moyen Âge
[18]. La richesse du contenu nous empêche ici d’en faire
l’analyse détaillée. Axé principalement sur la période du
XII
e siècle au début du XV
e, il
s’articule autour de deux temps forts qui marquèrent des changements
appréciables dans l’organisation des armées : la fin du
XII
e siècle et le début du XIII
e,
d’une part, et les quelques décennies couvrant la fin de celui-ci jusqu’aux
années 1340, d’autre part. L’argumentation est claire, convaincante, marquée au
coin du bon sens, servie par une présentation qui renforce la qualité du texte
grâce à l’harmonie de sa mise en page et à la valeur de son
illustration.
Dans un cadre plus restreint, mais non exempt de largeurs de
vue, une récente étude sur le Cid brosse un portrait tout en nuances du célèbre
« Campeador »
[19], cet
emblématique seigneur de la guerre du XI
e siècle. L’A. lui
reconnaît, à défaut des vertus morales que l’épopée et la légende lui ont
attribuées, des qualités militaires qui en font à tout le moins l’égal des
personnages les plus belliqueux de son temps.
Évoquer le héros espagnol, c’est immanquablement remonter aux
origines de la chevalerie, un phénomène profondément lié à la conception et à
la pratique militaires médiévales. La bibliographie du sujet est considérable
et on ne saurait trop rappeler, à ce propos, la contribution majeure de J.
Flori depuis les années 1980, sans oublier, parmi ses œuvres récentes, celles
qui ont le mérite de ne point négliger la bonne vulgarisation
[20].
Revenant au domaine ibérique, le même F. Garcia Fitz s’est
révélé, au cours des dernières années, un des meilleurs historiens militaires
de sa génération. L’Espagne et le Portugal ont vécu pendant des siècles dans un
état de guerre constant, non seulement contre les Musulmans, mais au sein des
entités territoriales nées de la « Reconquista » chrétienne. Cette belligérance
permanente a engendré, entre autres, des institutions et des pratiques
guerrières spécifiques. Cet A. en a fait l’essentiel de ses recherches. Elles
débouchent sur une vision globale de l’art militaire en ces contrées où la
guérilla, à laquelle on avait trop tendance à le restreindre, n’apparaît plus,
dans cette perspective élargie, que comme l’épiphénomène. Oui, il y eut bien
une stratégie au sens moderne
[21], oui la Castille et le Léon ont pratiqué, entre le
XI
e et le XIII
e siècle, un véritable
art militaire, teinté de particularismes liés aux conditions géopolitiques
locales certes, mais apparenté à celui de l’Europe féodale en général. C’est le
mérite de Fr. García Fitz d’avoir consacré à ce sujet une remarquable thèse
doctorale
[22] qui fera
date dans l’historiographie de son pays.
Le numéro spécial que consacre la
Revista de Historia Militar aux entreprises
guerrières du Moyen Âge dans la péninsule ibérique rassemble une série
d’articles
[23] qui
traitent de l’organisation militaire des royaumes tant musulmans et chrétiens
que des « Rois catholiques », de la fortification, de l’idéologie et du droit
de la guerre, des sources littéraires et de la littérature didactique. Une fois
de plus, spécificités hispaniques et conformité à des notions généralement
connues s’interpénètrent.
La célèbre bataille d’Aljubarrota (14 août 1385) qui vit la
victoire du roi Jean I
er de Portugal, aidé des Anglais,
sur une armée franco-castillane, a fait l’objet d’une étude
archéologico-historique basée sur une relecture des sources écrites – depuis
longtemps explorées – mais surtout sur une fouille méthodique du terrain et une
analyse scientifique des nombreux restes humains retrouvés sur place dans des
tombes collectives
[24]. C’est un des rares cas où un lieu d’affrontement
médiéval a livré des vestiges exploitables en nombre suffisant. On peut voir,
en l’occurrence, que ceux-ci corroborent les récits des chroniqueurs, mais ce
ne serait pas faire justice à une telle œuvre de « résurrection » que de la
limiter à cette seule constatation. Car elle fait honneur, par la richesse de
ses conclusions, à la science portugaise et à la qualité de ses chercheurs, en
particulier à celle du coordinateur de l’ouvrage, J. Gouveia Monteiro, dont
nous reparlerons plus loin.
Le phénomène de la violence, pour intemporel qu’il soit, a
incontestablement marqué le Moyen Âge de son empreinte. Il n’est pas étranger
non plus, faut-il le rappeler, à une société qui fut longtemps d’essence
guerrière. Il apparaît donc utile de signaler ici deux ouvrages réunissant une
série d’articles consacrés à différentes déclinaisons de ce thème. Le
premier
[25] comporte
trois études au moins qui éclairent notre sujet. Celle de J.L. Nelson explique
que les guerres intestines des héritiers de Charlemagne ont favorisé, au
IX
e siècle, la normalisation de l’état de belligérance et
les activités d’une classe de combattants, qui préfigure la situation de
l’époque féodale classique. M. Bennet s’essaie, quant à lui, à démêler
l’écheveau des querelles privées et des conflits militaires dans la Normandie
du XI
e siècle, pour conclure que les seconds obéissaient
parfois à des considérations d’ordre politique plus qu’au réflexe primitif de
la vendetta. Pour la Scandinavie pré-chrétienne, G.A.E. Morris montre que
l’exercice de la violence ordinaire a eu pour effet de renforcer le pouvoir des
notables les plus en vue.
Relevons aussi quelques articles dans le second recueil
[26]. K.G. Hare établit un
lien de cause à effet entre l’appartenance des clercs anglais à l’aristocratie,
à l’époque anglo-saxonne, et leur propension à l’usage des armes, tant à titre
privé que durant leurs prestations militaires. Pour M. Frassetto,
l’instauration, en Aquitaine, de la Paix de Dieu a contribué à légitimer
l’ordre ternaire de la société et à canaliser la violence de la classe
guerrière vers l’idée de croisade. Quant au « syndrome de Frère Tuck », le
truculent et peu pacifique moine de la légende de Robin des Bois, J.R. King en
trouve maintes applications lors de la révolte de Simon de Montfort
(1259-1265), où le clergé tant séculier que régulier se livra fréquemment, en
Angleterre, à des actes de brigandage organisé. Enfin, à travers la sanglante
rivalité entre les deux plus anciennes parentèles de Castille, les Mendoza et
les Manrique, L.J. Andrew Villalon évoque la violence des notables à la fin du
Moyen Âge.
La castellologie et la guerre de siège apportent elles aussi
leur moisson d’ouvrages. Le manuel consacré au « Château » par M. Bur
[27] est un précieux guide typologique et
bibliographique, qui a également le mérite de remettre le phénomène castral en
perspective dans le monde médiéval. Au plan archéologique et de façon plus
particulière, on signalera que la Division du Patrimoine de la Région wallonne
de Belgique poursuit un relevé systématique de ses donjons médiévaux repérables
hors sol
[28]. Le
dernier fascicule concerne vingt-sept bâtisses. Certaines constructions sont
très altérées, d’autres ont conservé, pour l’essentiel, leur aspect d’origine,
souvent celui d’une « tour » de défense, jadis isolée. On notera le caractère
relativement tardo-médiéval de nombre de ces refuges.
Les actes du colloque de Valenciennes consacré, en 1995, au
château médiéval et à la guerre dans l’Europe du Nord-Ouest ont donné lieu à
une publication hors série de la
Revue du
Nord
[29].
On y trouve douze communications qui touchent soit à des sites particuliers ou
à des régions
[30],
soit à la politique castrale
[31], soit à la vision des châteaux par leurs
contemporains
[32], ou
encore à l’armement et à des aspects techniques de la fortification
[33].
Un recueil récent
[34] rassemble un certain nombre d’articles consacrés,
depuis 1973, au phénomène castral en Italie par le médiéviste padouan A.
Settia. Chaque article est accompagné d’une mise à jour bibliographique,
reprise en fin de volume dans une liste d’ouvrages de quarante-deux pages. Les
aspects politiques, sociaux et économiques du sujet sont largement traités à
travers quelques exemples concrets, dans le contexte particulier de
civilisation urbaine du nord de la péninsule. La fonction militaire reste
évidemment sous-jacente et fait l’objet d’une série de chapitres
incidents.
Le livre
City Walls
dépasse largement, quant à lui, l’époque médiévale et les limites géographiques
de l’Occident
[35].
Néanmoins, son approche globale s’avère éclairante. On retiendra ici quatre
articles qui concernent directement la fortification urbaine au Moyen Âge :
celui de B.S. Bachrach sur la continuité de la fonction défensive des remparts
de la basse Antiquité
[36], celui de J.D. Tracy sur les conditions de création
des villes remparées dans le Saint-Empire
[37] et de K.L. Reyerson sur la politique de défense de
la ville de Montpellier au XIV
e siècle
[38] tandis que W.G. van Emden
étudie les
topoi qui caractérisent les
villes-fortes dans la littérature française du Moyen Âge
[39].
Enfin, se référant à la guerre de sièges et au « réflexe
obsidional » que nous avions nous-même, en son temps, mis en lumière, Fr.
García Fitz en étudie l’application en Espagne, à propos de la prise de Séville
de 1248 et des conflits de la Castille et du Léon au XIII
e
siècle
[40].
Au chapitre des « divers », on épinglera au passage une notice
d’A. Settia
[41] sur
l’espionnage militaire pratiqué par la commune de Sienne dès la période
1229-1231 (on trouve des services
permanents d’« intelligence » à Pise et à
Florence à partir du XIV
e siècle). Signalons aussi la
poursuite du panorama des compagnies d’archers et d’arbalétriers de la Flandre
française par F. De Meulenaere
[42]. À côté d’une majorité de sociétés d’agrément, de
fondation plus récente, on y trouve le relevé de quelques gildes d’origine
médiévale.
On ne quittera pas le domaine guerrier sans faire une place à
quelques travaux touchant plus particulièrement au secteur de l’armement. Le
congrès d’archéologie militaire, qui s’est déroulé à Saint-Petersbourg en 1998,
a permis à des dizaines d’érudits d’Europe, d’Orient et des États-Unis de se
réunir pour confronter les résultats de leurs recherches. Ce symposium
d’archéologie comparée n’a, à notre connaissance, donné lieu qu’à la
publication d’un recueil d’« abstracts »
[43]. Celui-ci permet à tout le moins de se faire une
idée des sujets traités, certains présentés en anglais mais, dans leur grande
majorité, édités en langue russe. Pour nous limiter au Moyen Âge, signalons ici
quelques thèmes intéressants : « cataphractaires » et «
clibanarii», Chinois et Avars,
armement des Russes, des Scandinaves, des Anglo-saxons, des Germains, armures
de plates italiennes, armes et tactiques des Musulmans, des Mongols, problèmes
de terminologie et de lexicographie, etc.
L’érudition portugaise, dont nous signalions plus haut
l’excellence à propos des fouilles d’Aljubarrota, a produit une édition
critique de la liste des achats effectués pour l’arsenal de Lisbonne en
1438-1448
[44], parue
d’abord dans le catalogue d’une exposition temporaire consacrée à l’armement
lusitanien
[45]. Cette
nomenclature, plus ou moins explicite, témoigne à la fois de la volonté
centralisatrice du roi de Portugal et du modernisme de son matériel militaire,
notamment grâce à des achats dans les Pays-Bas bourguignons. Le catalogue
précité contient, outre cet inventaire du XV
e siècle, une
notice sur tous les objets exposés, – des spécimens d’armes ou des documents
iconographiques qui les représentent –, ainsi que plusieurs articles de valeur
sur l’armement islamique dans la péninsule ibérique (A. Soler del Campo), sur
celui des Portugais (M.J. Barroca), sur la détention d’armes en temps de paix
(L.M. Duarte), sur la poliorcétique (J. Gouveia Monteiro, également éditeur de
l’inventaire) et, enfin, sur l’apparition des armes à feu (N.J. Varela
Rubim).
À l’interface entre l’armement ancien et son maniement, une
synthèse récente, d’une grande originalité, se recommande à notre attention.
Elle concerne les arts martiaux
[46] en Europe. Le titre est trop restrictif, car il
confine l’ouvrage à la Renaissance, alors que ce livre couvre en réalité la
période du Moyen Âge au XVIII
e siècle. Tous les aspects
des anciens combats à l’arme blanche sont évoqués : à pied et à cheval, à
l’épée, à la dague, avec des armes d’hast et de choc, les joutes, les duels,
les maîtres d’armes et leurs élèves, la tradition écrite et orale, l’évolution
des notations didactiques, l’ordre public, sans oublier les simples combats à
mains nues et la culture physique en général… L’ouvrage est d’une étonnante
variété et offre un aperçu intelligent et pénétrant sur les sociétés qui
pratiquaient ces techniques héritées du monde médiéval. D’emblée, cet ouvrage
de S. Anglo apparaît, dans son genre, comme une référence
fondamentale.
On terminera ce trop rapide aperçu d’une matière fort abondante
en pointant une entreprise courageuse, utile et fructueuse de K. DeVries : une
imposante bibliographie relative à l’histoire et à la technologie militaires
médiévales
[47]. Cette
somme, de plus de 1 100 pages, concerne l’Europe, Byzance et le Moyen-Orient,
du bas Empire au début du XVII
e siècle, un Moyen Âge à
l’évidence assez extensible, que justifient aux yeux de l’A. les « décalages »
entre les diverses civilisations (y compris l’empire ottoman) envisagées.
L’ouvrage ne concerne pas les sources, mais uniquement les travaux, dont le
dépouillement s’est achevé au printemps 2001. Ceux-ci sont classés tantôt par
thèmes tantôt géographiquement, dans un ordre chronologique. Les noms de tous
les auteurs cités figurent en outre dans une table alphabétique. K. DeVries est
certes conscient du caractère nécessairement lacunaire et périssable de son
œuvre. Aussi se propose-t-il de publier régulièrement des mises à jour. D’ores
et déjà, il a droit à la reconnaissance de tous, en gardant à l’esprit qu’«
agir c’est se condamner à l’imperfection ».
Sur la base de ces trois douzaines de livres et d’articles
spécialisés, entre ceux parus en l’espace de quelque cinq années, il n’est pas
possible de discerner une orientation générale parmi les recherches, si
diverses et le plus souvent dispersées, qui concernent l’histoire militaire du
Moyen Âge. Cependant, on attend à tout le moins d’une recension de ce type une
mise en exergue de quelques « vedettes ». Loin de déprécier les autres travaux
cités, nous voulons souligner ici ceux qui s’imposent par-dessus tout dans la
production historiographique envisagée. Nos maîtres-choix se porteront donc
vers l’« armée byzantine » de W. Treadgold, l’art militaire des premiers
carolingiens de B.S. Bachrach, les armées anglaises médiévales de M. Prestwich,
le magnum opus bibliographique de K.
DeVries, le Circle of War pour sa
remise en cause de notions reçues, les travaux de F. Garcia Fitz et de J.
Gouveia Monteiro concernant l’espace ibéro-lusitanien, l’étude de S. Anglo sur
les arts martiaux et, enfin, le manuel de castellologie de M. Bur. Grâce à eux
surtout, beaucoup a été dit.
[1]
Ici-même, t. 104,
1998, p. 291-303.
[2]
Warren TREADGOLD,
Byzantium and
its Army 284-1081, Stanford, Stanford U.P., 1998 ; 1 vol. in-8°,
XVI-250 p., 10 cartes.
[3]
Maurice’s Strategikon, éd. et trad. George T. DENNIS,
Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2001 ; 1 vol. in-8°, XXIV-178
p. (
The Middle Ages Series).
[4]
Bernard S. BACHRACH,
Early
Carolingian warfare. Prelude to Empire, Philadelphie, University of
Pennylvania Press, 2001 ; 1 vol. in-8°, XIV-430 p. (
The Middle Ages Series).
[5]
Aldo A. SETTIA, La fortezza e il cavaliere : tecniche militari
in Occidente,
Settimane di studio del centro
ialiano di studi sull’alto Medioevo : Morfologie sociali e culturali in Europa
fra tarda Antichità e alto Medioevo, 3-9 avril 1997, Spolète, 1998,
p. 555-584.
[6]
The horse in Celtic culture. Medieval Welsh perspectives, éd.
Sioned DAVIES et Nerys A. JONES, Cardiff, University of Wales Press, 1997 ; 1
vol. in-8°, XVI-190 p., 13 ill. Il s’agit d’articles de S. DAVIES, N.A. JONES,
M. ALDHOUSE GREEN, I. HUGHSON, P. KELLY, D. JENKINS, R. BROMWICH, B. OWEN HUWS
et J. WOOD.
[7]
Krieg im Mittelalter, éd. Hans-Henning KORTUM, Berlin, Akademie
Verlag, 2001 ; 1 vol. in-8°, 310 p., 36 ill. (
Die
Deutsche Bibliothek).
[8]
H.H. KORTUM.
[9]
E. CHRYSOS.
[10]
B. TIBI et R. BRAGUE.
[11]
M.J. STRICKLAND, J.M. MOEGLIN et H. ZUG TUCCI.
[12]
Chr. ALLMAND et Ph. CONTAMINE.
[13]
Chr. RAYNAUD et M. POPPLOW.
[14]
H. BRUNNER, Der Krieg im Mittelalter und in der Frühen Neuzeit
: Gründe, Begründungen, Bilder, Brauche, Recht, Wiesbaden, Reichert Verlag,
1999 ; 1 vol. in-8°, XX-456 p., 15 ill. (Imagines Medii Aevi.
Interdisziplinäre Beiträge zur
Mittelalterforschung, 3). Les études concernant le Moyen Âge sont
dues à : G. ALTHOFF, V. SCHMIDTCHEN, K.-H. ZIEGLER, E. WADLE, J. FEHN-CLAUS, J.
SCHNEIDER, V. HONEMANN, S. KERTH, W. ROCKE, D. MERTENS et R. LENG. On
soulignera particulièrement l’article de C. HRUSCHKA sur le caractère
belliqueux du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, selon les historiographes
du XV
e siècle.
[15]
Montjoie. Studies in crusade
history in honour of Hans Eberhard Mayer, éd. Benjamin K. ZEDAR,
Jonathan RILEY-SMITH et Rudolf HIESTAND, Aldershot-Brookfield, Variorum, 1997 ;
1 vol. in-8°, XX-276 p.
[16]
The circle of war in the Middle
Ages. Essays on Medieval military and naval history, éd. Donald J.
KAGAY et L.J. Andrew VILLALON, Woodbridge, Boydell, 1999 ; 1 vol. in-8°,
XVI-185 p., 6 ill. (
Warfare in
History).
[17]
Christopher ALLMAND,
Society at
war. The experience of England and France during the Hundred Years
War, 2
e éd.,Woodbridge, Boydell, 1998 ; 1 vol.
in-8°, XX-236 p. (
Warfare in
History).
[18]
Michael PRESTWICH,
Armies and
warfare in the Middle Ages. The English experience, New
Haven-Londres, Yale U.P., 1996 ; 1 vol. in-8°, X-396 p., ill.
[19]
Fr. GARCÍA FITZ, El Cid y la guerra,
Actas del congreso internacional « El Cid, poema
e historia » (Burgos 12-16 juillet 1999), Burgos, 2000, p. 383-418.
Ce congrès se déroulait dans le cadre des manifestations commémorant le
neuf-centième anniversaire de la mort du Cid.
[20]
J. FLORI,
Le chevalerie en France
au Moyen Age, Paris, 1995 ; ID.,
Chevaliers et chevalerie au Moyen Age, Paris,
1998 ; ID.,
Brève histoire de la chevalerie. De
l’histoire au mythe chevaleresque. Guide aide-mémoire, Gavaudun,
1999.
[21]
Fr. GARCÍA FITZ, Hubo estrategia en la Edad Media ? A proposito
de las relaciones castellano-musulmanas durante la segunda mitad del siglo
XIII,
Revista da Faculdade de Letras-
Historia, 2
e sér., t. 15, 1998, p.
837-854.
[22]
Francisco GARCÍA FITZ,
Castilla y
Leon frente al Islam. Estrategias de expansion y tacticas militares (siglos
XI-XIII), Séville, Université de Séville, 1998 ; 1 vol. in-8°, 420
p., 8 cartes (
Série : Historia y
Geografia, 29).
[23]
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spécial de la
Revista de Historia
Militar, 45
e année, 2001). Les auteurs sont les
suivants : M.Á. LADERO QUESADA, M.J. VIGUERA MOLINS, Fr. GARCÍA FITZ (précité),
M.Th. FERRER MALLOL, M.C. QUINTANILLA RASO et C. CASTRILLO LLAMAS, E. MITRE
FERNANDEZ et M. ALVIRA CABRER, A. PORRAS ARBOLEDAS, A. GOMEZ MORENO, Á. LADERO
QUESADA.
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