Le Moyen Age
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-3918-2
224 pages

p. 355 à 360
doi: en cours

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Tome CVIII 2002/2

2002 Le Moyen Age

La naissance des études médiévales en France  [*]

Jean Dufournet Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris III
La thèse de Ch. Ridoux, soutenue le samedi 5 décembre 1998 devant l’Université de la Sorbonne nouvelle (Paris III) commémorait en quelque sorte une grande date dans l’histoire du médiévisme français, le centenaire de l’élection de Gaston Paris à l’Académie française (1896) qui marqua le couronnement de tous les efforts qu’il avait déployés pour rendre a la littérature et à la langue du Moyen Âge la place qu’elles doivent légitimement occuper dans la culture et l’enseignement français. Gaston Paris est d’ailleurs à l’ordre du jour, puisqu’un colloque lui a été consacré à Montpellier en décembre 2001.
Ce travail de 1 188 pages, soigné, fondé sur une enquête encyclopédique tout en restant modeste, agréable à lire, est un imposant et considérable monument à la gloire conjointe des deux très grands savants que furent Gaston Paris et Paul Meyer. Il est construit comme une sorte de triptyque dont le vaste panneau central (p. 193-998) tourne constamment autour des deux pionniers, à travers les institutions qu’ils ont illustrées (École des Chartes, Collège de France, Institut…), à travers les revues qu’ils ont dirigées et stimulées, à travers leurs œuvres fort abondantes : livres, articles, comptes rendus, préfaces, discours... en sorte que les ouvrages des autres n’existent souvent que par le regard et le jugement que les deux maîtres ont portés sur eux [1]. Le volet gauche (p. 19-192) est consacré aux débuts de la nouvelle école philologique (1860-1871) et à ses sources françaises et allemandes, et en particulier à l’influence capitale de Diez qui fut un vrai génie de la recherche philologique ; mais on ne saurait oublier l’apport de savants comme Tobler, Becker, Stengel, Suchier, Foerster… Le volet droit (p. 999-1044), intitulé le temps de la relève (1903-1914), s’attache aux prolongements et aux renouvellements, postérieurs à la mort de Gaston Paris et à l’émergence de Joseph Bédier, à qui A. Corbellari vient de consacrer une thèse importante [2].
Le livre de Ch.R., qui présente toutes les qualités d’une grande thèse d’État, se fonde aussi sur des options contemporaines : sociologie de la littérature, développement des institutions face à la Sorbonne, rapports avec l’histoire politique et idéologique, réception des œuvres du Moyen Âge. Il relève d’une sociocritique débarrassée de ses présupposés marxistes.
Cette somme est un panégyrique, mais celui-ci est soutenu par les qualités que recommandaient les deux grands romanistes : la rigueur scientifique, l’impartialité, l’exhaustivité autant que possible, le don de sympathie. D’autre part, Ch.R. a compris que les efforts des maîtres n’ont pu être couronnés de succès que parce qu’ils se sont appuyés sur tout un ensemble de précurseurs, de compagnons, de disciples, et parce qu’ils ont créé, utilisé, perfectionné les instruments qui ont assuré les fondements de la nouvelle science (les revues, les collections, les ouvrages de synthèse, les manuels...) et qu’ils l’ont diffusée en élargissant ses bases.
Des deux savants dont le nom revient sans cesse, Ch.R. trace peu à peu un chaleureux portrait moral, intellectuel et scientifique d’une très grande valeur, remarquable par son objectivité, sa richesse, sa finesse et son équité, témoin les remarques sur la critique acerbe de Paul Meyer ou le portrait de Léon Gautier auquel est faite la place qu’il mérite [3], et que son enthousiasme n’a pas empêché d’être sensible aux arguments de ses confrères, spécialement de Gaston Paris, puisque, pour l’origine des chansons de geste, cet adepte des cantilènes finit par conclure que nous décelons dans nos épopées « un esprit germanique dans une forme romane », et qu’il a abordé de nombreux problèmes, touchant les manuscrits, les remaniements, les jongleurs…
L’impartialité de notre A. s’accompagne d’une grande admiration et d’une vive sympathie tout à fait justifiées. Bien plus, au-delà de traits communs et d’un accord sur l’essentiel, ce portrait nuancé restitue, autant que possible, à chacun des deux maîtres ce qui leur revient en propre et décèle judicieusement ce qui les distingue l’un de l’autre. Gaston Paris, celui qui savait danser, et Paul Meyer, celui qui ne savait pas, ont été étonnamment complémentaires, comme l’a autrefois écrit Jacques Monfrin.
D’un patriotisme sans acrimonie qui se nourrissait du sens de la tradition et de la piété envers les aïeux, mais en même temps portés par l’amour désintéressé de la science, l’un et l’autre manifestèrent sans défaillance leur confraternité scientifique et leur esprit européen, leur appartenance à la grande patrie de la science. Ils cherchèrent à se réapproprier le passé national en faisant œuvre scientifique et en développant la culture française au sein de la civilisation européenne. C’est un médiévisme sans frontière, un humanisme culturel qui élimine tout élément passionnel dans un esprit d’universalité. Il n’est pas étonnant que, pour Paul Léautaud, Gaston Paris ait été le type même du clerc, libre de toute passion nationaliste. Profondément libéraux, la rigueur est le premier article de leur credo. Quand Marius Sepet proclame, à propos de la versification latine, la supériorité « française » des idées de Léon Gautier, Gaston Paris répond : « Qu’est-ce que des idées françaises à propos de versification latine du Moyen Âge ? Cela veut sans doute dire que ceux qui ne pensent pas comme vous sur l’accent ont des idées allemandes. Cherchons surtout, si vous m’en croyez, à avoir des idées justes. » De là leur position en faveur de Dreyfus et l’importance de leurs comptes rendus en quantité et en qualité. Ils sont à l’écoute des travaux d’autrui, sans complaisance, pour en signaler l’apport à l’œuvre commune, et tout autant les lacunes, les défaillances, les erreurs. Sévères envers l’infatigable Francisque Michel, les dilettantes et les amateurs, ils demandent aux érudits « d’ouvrir leurs trésors au public s’ils ne veulent pas que les profanes les déflorent et les gâtent en les maniant », comme l’a écrit G. Paris à propos de l’édition d’Aucassin et Nicolette publiée par Alfred Delvau. Pour ce qui est des œuvres, il convient selon eux de s’en tenir à une approche documentaire, car il faut d’abord poser les fondements avant de construire l’édifice, c’est-à-dire remédier à l’ignorance des œuvres. Loin de vouloir exciter pour la vieille littérature « un enthousiasme romantique qui ne serait pas durable », ils ne cessent de recommander, à l’instar des sciences naturelles et de Pasteur, « une méthode rigoureuse, austère, nourrie de logique, de précision, de critique », dixit R. Cagnat au sujet de Paul Meyer. Ce qui prédomine alors, ce sont les aspects historiques, philologiques et génétiques.
Tous les deux, et plus particulièrement Gaston Paris, visent à présenter leurs conclusions de la manière la plus naturelle et la plus simple, à la différence d’un Pio Rajna ; le sens de la mesure et de la nuance caractérisent leurs positions ; la clarté de la pensée et de l’exposé est une constante chez ces deux savants dont les qualités d’historien se révèlent égales à celles de philologue, témoin l’étude de Gaston Paris sur Philippe de Novare.
La diversité de leurs centres d’intérêt est proprement extraordinaire : il suffit, pour s’en convaincre, de recenser la liste des cours de Gaston Paris, qui pourtant a porté des jugements très durs sur Chrétien de Troyes, Perceforest et quelques autres textes. Mais on retrouve toujours chez eux l’unité et la cohérence de la méthode scientifique, le goût du service public, une exigence constamment affirmée de rigueur, par exemple dans les études de dialectologie.
Gaston Paris, omniprésent dans les institutions et les centres de décision, avait sans doute plus que Paul Meyer le goût des idées générales qu’il exprimait en particulier dans le Journal des Savants. Il ressentait plus fortement la nécessité de faire connaître cette nouvelle culture au plus grand nombre, de la vulgariser en écrivant des ouvrages pour les étudiants et les lycéens, pour un large public, en collaborant à des revues comme la Revue des Deux Mondes. Il avait le sentiment d’une œuvre jamais achevée, toujours en chantier, au contraire de Bédier. À quoi il faut ajouter la large étendue de ses champs d’investigation, de l’édition de texte à l’étude de la versification en passant par la littérature comparée, le folklore, la mythologie, etc.
Mais le livre de Ch.R. permet de ne pas négliger la part de Paul Meyer qui se distingua, plus que tout autre, dans la recherche des manuscrits, dans l’exploration des bibliothèques françaises et étrangères , par sa découverte de l’unique manuscrit de la chronique de Jean le Bel (1861), de la traduction française de Primat (1865) et surtout de l’Histoire de Guillaume le Maréchal (1881). Il avait l’attrait de l’investigation. Tourné vers l’Italie et l’Angleterre alors que Gaston Paris était lié plutôt à l’Allemagne, il fut le grand maître des études provençales, en contact avec les félibres. S’il avait le goût des monographies étroites, des notices de manuscrits, il porta aussi plus d’attention à la littérature des XIVe et XVe siècles, et spécialement à Deschamps dont il suivit avec un intérêt soutenu la grande édition et sur qui il a porté des jugements pénétrants. Il faisait preuve d’une particulière acuité dans ses réflexions et propos, par exemple sur Fauriel, tout en prônant, pour connaître la langue des auteurs, l’étude des documents diplomatiques, comme l’avait fait Natalis de Wailly pour ses éditions. Plutôt saturnien, alors que Gaston Paris serait solaire, il eut tout autant la préoccupation de la vérité, avec en plus chez lui une certaine âpreté, voire une dureté qui le rend moins attachant que son alter ego.
Leur amitié profonde et durable ne les empêcha pas d’être en désaccord sur de nombreux points : Paul Meyer fut par exemple hostile à la théorie des cantilènes, mais il admit pour Raoul de Cambrai un poème de peu postérieur aux événements dont il est sorti ; il pensait aussi, comme Ferdinand Lot, que le héros de Gormond et Isembard est Isembard, et il refusait l’existence d’une épopée essentiellement provençale ; il était plus nuancé que Gaston Paris sur les romans d’Antiquité et les Faits des Romains. Des désaccords plus profonds se firent jour entre eux sur l’édition de texte (Meyer ne suit pas Paris quand celui-ci régularise et unifie l’orthographe ; il recommande de commencer par le classement préalable des manuscrits par familles au lieu de constituer arbitrairement un texte à partir de quelques manuscrits), sur la politique éditoriale des SATF (Gaston Paris regrettait qu’on n’eût pas donné la priorité aux grandes œuvres et qu’on n’eût pas pensé à un plus large public), sur la vulgarisation du savoir et le souci de s’adresser aux gens cultivés, sur le manuel trop concis de Gaston Paris, La Littérature française du Moyen Âge (1888), etc.
Le livre de Ch.R. permet, tout autant, de faire justice d’hypothèses aventureuses, comme de la prétendue opposition entre Gaston Paris et son père Paulin, le conquistador bouillonnant. Après un recensement des écrits de l’un et de l’autre sur des sujets identiques, après un relevé consciencieux de leurs accords et désaccords (ainsi s’accordent-ils sur la date du Pèlerinage de Charlemagne), notre A. peut conclure : « Gaston Paris prolonge et consolide l’œuvre de Paulin Paris plutôt qu’il ne la renverse ». De même il rend à chacun son dû. L’on apprend par exemple que l’attention portée au lien entre pèlerinages et certaines chansons de geste est née dans le milieu des conférences de Gaston Paris à l’École des Hautes Études et que la popularité de la légende de Roland à Roncevaux est à mettre en rapport avec l’importance de la route de Saint-Jacques-de-Compostelle. L’on découvre aussi que le même Gaston Paris avait sur beaucoup de sujets des positions mesurées qu’on tend à reprendre aujourd’hui. Ses idées sur les chansons de geste sont proches de celles que Pierre Le Gentil développa autour de 1960.
Ce qui fait la force de l’ouvrage de Ch.R. c’est qu’il ne se borne pas à entrelacer les monographies de deux grands savants, mais qu’il est aussi une sorte de recensement et de palmarès de tous ceux qui, à des titres divers, ont participé à cet effort collectif pour mieux connaître et diffuser les œuvres du Moyen Âge français. Si le livre prend de ce fait, par moments, un aspect énumératif et elliptique, il était capital de ne rien négliger d’important, dans la mesure où il s’agissait de décrire et d’interpréter un long et riche mouvement d’une rare diversité qui renouvelle, du même coup, les champs annexes du folklore, de la dialectologie, de la culture populaire. Aussi ne s’étonnera-t-on pas que cette enquête, fondée sur une ample documentation et de larges recherches, utilise avec intelligence des sources variées telles que les leçons inaugurales de l’École des Chartes, les bulletins de la SATF, les adresses aux lecteurs des premiers numéros de la Revue critique, la masse colossale des comptes rendus… Il est difficile de prendre en défaut cette documentation, qui est à jour et tient compte d’ouvrages très divers, jusqu’aux Lieux de mémoire de Pierre Nora.
Ch.R. nous procure une foule d’informations, par exemple sur les avatars du Dictionnaire de Frédéric Godefroy, et des trouvailles, parfois inattendues qui permettent de se faire une idée plus précise d’une réalité complexe : ainsi de l’éloge des traductions par Paul Meyer. Il nous rappelle nombre de personnages (Caumont, Francisque Michel, Léopold Delisle, le baron d’Avril, le ministre Fortoul, Arbois de Jubainville, etc.), d’affaires (Libri), de débats (autour de Théodore Hersart de la Villemarqué et de Luzel), qu’il est facile de retrouver grâce à un excellent index des noms de personnes (p. 1153-1171) et au recensement des notices nécrologiques (p. 1124-1171), sans parler du dictionnaire des médiévistes français (p. 1137-1151).
D’autre part, tout en cédant quelquefois au plaisir de l’anecdote, il est habile à dégager des lignes de force. Tantôt en donnant de judicieuses définitions, comme celle du médiévisme, qui est la rencontre féconde d’une méthode, d’un objet et d’une constellation institutionnelle. Tantôt en mettant en évidence des dates et des événements importants, tels que la place faite à la Chanson de Roland entre 1870 et 1878 (leçon inaugurale de Gaston Paris en 1870, édition de Léon Gautier en 1872, présence du texte au programme de l’agrégation et statue de Charlemagne en 1878), entrée de Paulin Paris au comité de l’Histoire littéraire de la France, grandes éditions de Fierabras par Gröber, de Joinville par Natalis de Wailly, de Saint Alexis par Gaston Paris, essor des revues spécialisées entre 1870 et 1900, déplacement, à la fin du Second Empire, du centre d’initiatives en matières d’érudition de la province à Paris…, mais n’eût-il pas fallu mettre aussi en annexe une chronologie des dates les plus importantes ? Tantôt, enfin, en relevant et en exposant les grands problèmes qui furent l’objet de débats et de controverses, et dont certains passent aujourd’hui pour périmés (dépeçage des textes en de multiples tranches et interpolations ; genèse du cycle de Guillaume ; identifications historiques abusives dénoncées par un historien de très haut vol, F. Lot…), tandis que d’autres restent d’actualité : attention portée aux enchaînements des laisses épiques, principes de l’édition de texte, questions relatives à la Chanson de Roland, qu’il s’agisse de la précellence du manuscrit d’Oxford, des traductions dont on a exploré toutes les possibilités (traduction en vers blancs de dix syllabes du baron d’Avril, traduction archaïque et rythmée de Léon Clédat, traduction rythmée et assonancée de Petit de Julleville…) ou de ses origines : les propositions de Gaston Paris sur l’influence royale française de Saint-Denis et anglo-angevine annoncent celles de Hans-Erich Keller.
Étant donné l’ampleur et l’ambition de cette entreprise, il n’est pas surprenant qu’on puisse regretter, çà et là, des lacunes et des insuffisances, surtout dans les domaines qu’on a soi-même explorés : ainsi sur Henri de Valenciennes dont il ne faut pas négliger le côté courtois, sur Commynes dont la phrase est « naturelle », malgré ce que dit Jules Quicherat, et à propos de qui il ne faut pas oublier l’édition Chantelauze (1881) ni l’étude de Faguet (1894), sur Marcel Schwob selon qui l’érudition permet de composer une nouvelle forme, « le vrai réalisme », c’est-à-dire « l’impressionnisme » et dont les travaux sur Villon encadrent toute sa production littéraire, sans que son interprétation semble avoir influencé celle de Gaston Paris, bien que les deux hommes se soient estimés et lus… L’on peut regretter quelques jugements hâtifs. Peut-on parler d’attitude « déceptive » d’Italo Siciliano à l’égard de Villon ? Ce n’est pas parce que le grand critique italien insiste sur le ressassement thématique du XVe siècle qu’il n’est pas sensible au caractère unique et profondément original de la poésie de Villon. C’est une tendance regrettable de la critique actuelle de faire fi du monumental ouvrage d’Italo Siciliano, sans doute parce qu’il écrivit, plus tard, une charge féroce contre les exégètes du petit escollier dans les Mésaventures posthumes du pauvre François. S’il est tout fait judicieux de parler des manuels de littérature, pourquoi s’en tenir à ceux que Roger Fayolle a étudiés dans un article d’ailleurs excellent de Littérales, et écarter ceux de Gérusez (1841) et de Demogeot (1852) ?
Mais, ces broutilles remises à leur place, l’essentiel demeure : nous avons affaire à un très grand livre qui donne envie de se replonger dans ces travaux et ces revues qui contiennent force trésors oubliés, et que les débutants devraient lire systématiquement. Il est urgent de conserver dans notre culture ces recherches qui gardent toute leur utilité, fût-ce pour nous éviter de nous engager dans des voies qui se sont révélées être des impasses. Certains conseils sont à méditer, comme lorsque Gaston Paris et Paul Meyer recommandaient de ne pas multiplier les revues et les collections de peur qu’on ne dispersât trop les efforts. Il serait bon que Ch.R. poursuive sa tâche, comme il en a l’intention, en éditant les riches correspondances des deux maîtres.
En tout cas, cette belle étude, passionnée et vivante, sans parti-pris, importante pour l’histoire des idées, est digne des deux savants et de leurs compagnons qui sont l’honneur de notre corporation. Ch.R. a accompli une tâche d’une ampleur exceptionnelle dans le temps (plus de cinquante ans d’une activité scientifique intense) et par le nombre des acteurs, des œuvres et des revues qu’il a étudiés. C’est une très vivante galerie de portraits qui se développe souvent en couples antithétiques, comme Léon Gautier et Jules Quicherat, Joseph Bédier et Mario Roques. Il a su identifier des traditions et des filiations (par exemple, de Raynouard à Gaston Paris et Paul Meyer en passant par Guessard), définir les écoles et les travaux, retrouver des visages effacés, souvent attachants, comme celui, précisément, de Guessard, l’homme des Anciens Poètes de la France. Grâce à lui et à d’autres chercheurs, nous pouvons mieux dessiner les contours de la renaissance, voire de la naissance, des études médiévales en France. Mais peut-être l’obsession des origines a-t-elle occulté le commentaire littéraire et la démarche comparatiste a-t-elle fait perdre de vue l’intérêt de chaque texte particulier. Plus tard, on complétera la démarche exemplaire de ces pionniers par l’interrogation sur les structures, par le retour au Moyen Âge symbolique, par l’examen des éléments mythiques.
 
NOTES
 
[*] Charles RIDOUX, Évolution des études médiévales en France de 1860 à 1914, Paris, Champion, 2001 ; 1 vol., in-8°, 1 188 p., bibl., dictionnaire des médiévistes français, index des noms de personnes (Nouvelle Bibliothèque du Moyen Âge, 56).
[1] On pourrait se demander si Ch. R. a eu raison de privilégier les comptes rendus des revues françaises, le plus souvent signés de Gaston Paris et de Paul Meyer (Revue critique, Romania…) plutôt que le contenu des ouvrages recensés, ou à tout le moins les préfaces, avant- propos et conclusions. Sans doute a-t-il bien fait, sinon sa tâche eût été colossale, interminable, sans compter qu’il était bon de centrer la réflexion sur le courant scientifique qu’il a étudié.
[2] Voir notre compte rendu dans le Moyen Âge, t. 105, 1999, p. 161-164.
[3] Il convient de ne pas traiter les travaux de Léon Gautier par le mépris. Jean Flori, dont les ouvrages sur la chevalerie et la croisade font autorité, nous a d’ailleurs mis en garde à plusieurs reprises, et encore récemment, défendant la forme ancienne de son ouvrage sur la Chevalerie contre les adaptations modernes.
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