2002
Le Moyen Age
Le style curial dans les Cent
Nouvelles Nouvelles : la construction de la référence et des
personnages
Dominique Lagorgette
Université de Savoie
À partir d’un corpus de textes littéraires en prose (récits
brefs) des XIVe et XVe siècles, nous proposons de réévaluer les fonctions des
groupes nominaux complexes de désignation des principaux personnages. Ces
groupes nominaux (ledit x, ung tel x, nostre x, bon x et x ou x), caractérisés
par Jens Rasmussen (1958) comme relevant du style curial, seront en particulier
étudiés du point de vue de la construction de la référence. Une étude comparée
de ces groupes nominaux en tant que désignatifs dans les XV Joyes de Mariage et
dans les Cent Nouvelles Nouvelles permettra de mettre en relief les principaux
schémas de fonctionnement de ces groupes nominaux.
Mots-clés :
grammaire textuelle, construction de la référence, termes d'adresse, Diachronie, Insulte.
The present paper is based on the exhaustive study of a corpus
consisting of 14th and 15th literary prose texts (short stories). Its aim is to
reassess the various functions of the various complex nominal groups which
refer to the main characters in the stories. These nominal groups (ledit x, ung
tel x, nostre x, bon x and x or x) were first characterised by Jens Rasmussen
in his 1958 study as belonging to the curial style. They will here be examined
as key factors in structuring the construction of textual reference. A
comparative study of those nominal groups as designatives in the XV Joyes de
Mariage and the Cent Nouvelles Nouvelles will point to the main patterns
governing their use.
Keywords :
Textual grammar, Shaping reference, Designatives, Diachronic approach, Insult.
Lorsque l’on étudie la dénomination dans les récits brefs, le
bon sens oriente le chercheur vers deux directions possibles, en ce qui
concerne la structure narrative : l’efficacité et l’économie. Le genre lui-même
nécessite la concentration des effets pour atteindre ces buts.
Les Cent Nouvelles Nouvelles
[1], texte du
XV
e siècle, illustrent en effet cette règle, dans la
mesure où les personnages sont en perpétuelle évolution : on se moque d’eux et
on les trompe dès qu’ils apparaissent dans le récit, puis ils deviennent
graduellement ridicules. Et le lecteur sent dès le tout début de la narration
que ce processus suivra son cours inéluctablement. Nous examinerons dans quelle
mesure le groupe nominal chargé de l’introduction et de la description des
personnages dans l’histoire est responsable de la mise en place des différents
schémas narratifs, en concentrant notre étude sur un type de groupes nominaux
bien spécifiques : les groupes nominaux complexes tels que
ledit x ainsi que
ung tel et ses variantes,
nostre x,
bon x et
x ou y. Ces groupes nominaux
[2] appartiennent à ce que J.
Rasmussen
[3] définit
comme le style rhétorique des clercs du Vatican, ou
style curial. Nous envisagerons donc
en quoi ces G.N. peuvent être emblématiques des principes de construction de la
narration autour des personnages.
1. Les Cent Nouvelles
Nouvelles et la dénomination : topoï fondateurs (brièveté, modestie et
discrétion)
Les Cent Nouvelles
Nouvelles, datées de 1456 par leur éditeur, F.P. Sweetser, font
partie de la vague de recueils de récits brefs en moyen français qui se donnent
pour des compilations de textes de cour, humoristiques et spirituels,
démontrant par l’exemple à quel point il est délectable de vivre dans le
sillage d’un mécène éclairé à l’esprit leste. Ces cent récits brefs, attribués
par le scriptor anonyme à divers
auteurs qui tous appartiennent à l’entourage de Philippe le Bon, duc de
Bourgogne, traitent pour la plupart des thèmes chers aux fabliaux : l’amour, la
sexualité, la trahison, les rapports de force entre époux mais aussi entre
classes, l’anticléricalisme… Le ton ouvertement satirique du recueil n’épargne
personne dans le spectre social et chacun se bat avec une égale détermination,
quelle que soit son origine sociale : ce qui compte vraiment est l’inventivité
déployée dans la ruse par les personnages plus que leur naissance. Mais la
manière dont les histoires sont racontées met en œuvre un certain nombre de
topoï qui appartiennent à la narration
de type courtois :
- la brièveté : pour
abreger (Cent Nouvelles
Nouvelles, 14, l. 119, par exemple) revient régulièrement au cours
du recueil,
- la modestie : Montbléru, narrateur de la Soixante-Troisième
Nouvelle, mène tout son récit en se mentionnant lui-même à la troisième
personne du singulier,
- la discrétion : des expressions telles que
x dont l’ystoire presente passe le nom
sont constantes dans le recueil.
Les topoï éthiques
brandis par les narrateurs de chacune des histoires sont en fait une
représentation symbolique de la morale courtoise du dédicataire du texte ainsi
que de son public – ce dédicataire mentionné par « l’auteur » dès le début du
recueil :
l. 1-3 : A mon treschier et
tresredoubté seigneur
Monseigneur le duc de
Bourgoigne,
de Brabant, etc.
Pourtant, on ne peut manquer de noter que les sujets des
histoires vont, eux, tout à fait à l’encontre du code courtois. Comme le
remarque P. Champion :
« Les Cent nouvelles
nouvelles, rédigées sur l’ordre de Philippe le Bon ne sont pas autre
chose que des plaisantes histoires secrètes, racontées par le duc et ses
serviteurs, à la suite des longs repas où Philippe le Bon, sur la soixantaine,
trouvait un plaisir particulier. » [4]
En d’autres termes, la constante référence par les narrateurs à
leur modestie, leur peur d’ennuyer le lecteur et, surtout, leurs efforts afin
d’éviter de nommer les protagonistes pour ne pas les compromettre sont autant
de subterfuges déployés de sorte à insérer des histoires relativement triviales
dans un code d’honneur plus général et inviolable selon les principes de la
Cour.
Chaque histoire est présentée comme étant vraie et originale,
ainsi que le souligne systématiquement chaque début de nouvelle, comme si l’on
cherchait dans chaque récit à convaincre que le titre du recueil et les
assertions de la dédicace ne sont pas usurpés ou outrecuidants : comme l’a bien
montré G.A. Pérouse dans son doctorat
[5], le mot
nouvelle comporte les deux sens de « réel » et
de « sans précédent » (s’opposant de la sorte à « fictionnel » et à « déjà vu
»). Même si de nombreux chercheurs ont bien montré à quel point certaines
histoires se rattachent à toute une tradition européenne de récits brefs
(Poggio, Boccacio, fabliaux et même récits brefs en latin), le traitement de
ces thèmes rebattus est en effet neuf, ainsi que le souligne le narrateur à la
fin de la dédicace :
[…] aussi pource que
l’estoffe, taille et fasson d’icelles est d’assez fresche memoire et de myne
beaucop nouvelle.
Dans un cadre éthique courtois, révéler le nom de ceux dont on
se moquera est inacceptable. Les noms propres
[6] de ce fait restent rares pour référer aux
personnages, ce qui renforce le
topos
de discrétion, mais aussi celui de vraisemblance. Lorsque des N.P. sont
employés – et ce dans quelque 16 nouvelles sur 100 – ils renvoient parfois à
des personnages historiques contemporains, bien connus pour leurs actions
durant la Guerre de Cent Ans : le comte de Saint-Pol (
Cent Nouvelles Nouvelles, 24) et Monseigneur
Talebot (
Cent Nouvelles Nouvelles, 5)
sont tous deux mentionnés par Froissart dans les
Chroniques. L’autre cas majoritaire est au
contraire le seul emploi du prénom, dans le but manifeste de rattacher le
personnage à un stéréotype : Catherine (
Cent
Nouvelles Nouvelles, 26) pour la femme de tête, ou Aubry (
Cent Nouvelles Nouvelles, 95) pour le
sot.
Il n’y a en fait que deux types réellement atypiques de N.P.
dans les Cent Nouvelles Nouvelles
:
- Trenchecouille (Cent
Nouvelles Nouvelles, 64) ; Montbléru (Cent Nouvelles
-
Nouvelles, 63)
;
- Jehan Stotton et Thomas Brampton (Cent Nouvelles Nouvelles, 52).
Les autres groupes nominaux renvoyant aux personnages se
limitent à des noms communs et ne mettent en valeur que ce qui sera utile à la
progression de l’intrigue, soit en tant que raccourci (une mauvaise femme
trahira son gentil mari) ou au contraire de sorte à créer une distance ironique
entre narration et discours direct. L’ironie est en effet une figure de style à
fort rendement dans le système narratif et dans la manière dont s’élève la voix
omnisciente qui raconte. Parmi les G.N., et en particulier les déterminants,
certains éléments sont employés de manière systématique et méritent de ce fait
une attention toute particulière, d’autant plus qu’ils apparaissent dans les
textes « l’air de rien » et si fréquemment qu’on pourrait aisément les
confondre avec une variation de l’article défini sans aucune importance
[7]. Quand on ne les prend pas
pour des erreurs grossières de marquage déictique… De telles approches ne
paraissent guère pertinentes pour un « genre »
[8] qui se proclame champion de la concision. Les deux
éléments que nous examinerons sont donc
ledict
x et ses variantes, et
ung tel
x et ses variantes.
2. Style curial et construction des personnages
Avant d’entamer l’analyse des constituants nominaux du style
curial, il nous paraît important de préciser un point de terminologie
linguistique par rapport aux notions auxquelles nous référerons : nous
nommerons ci-après
termes d’adresse
les G.N. détachés dans le discours direct par lesquels le locuteur interpelle
l’allocutaire – ces G.N. sont strictement limités à la seconde personne. Il
sera question de
désignatifs
[9] pour les G.N.
référant aux personnages dans le récit – ces G.N. peuvent renvoyer
indifféremment aux premières et troisièmes personnes.
Comme J. Rasmussen le souligne dans sa remarquable étude, de
nombreux G.N. complexes sont employés dans les
Cent Nouvelles Nouvelles pour référer aux
personnages, en particulier au début de la narration. Rasmussen rattache ces
occurrences à une tradition rhétorique, le style curial, qu’il définit comme le
style de chancellerie du Moyen Âge. Ce style a été élaboré durant les siècles
précédents par la
Curia romana,
l’administration de l’Église catholique
[10].
D’après lui, c’est ce style qui est à l’origine des séries
synonymiques présentes au début des descriptions de personnages. Les séries les
plus fréquentes sont les séries binaires, qui sont « aisées à mettre en place »
comme le note Rasmussen :
24e Nouvelle :
belle et bonne;
tresfiere et dure;
soupprinse et esbahie. Les séries
ternaires sont elles aussi nombreuses :
24e Nouvelle :
une tres belle fille, gente de corps et en bon
point Rasmussen précise alors :
« Dans les groupes synonymiques ou quasi-synonymiques, la
fonction du premier terme peut être de préparer le suivant. Le premier terme
est souvent vague et général et le second s’y ajoute, plus précis, plus spécial
ou plus fort. […] Ainsi, la suite permet un approfondissement de la situation.
» [11]
Parmi les autres éléments renvoyant au style curial, Rasmussen
signale une série de G.N. et de déterminants : tel (et ses dérivés),
ledit (et ses dérivés),
nostre et la conjonction
ou (x ou y). La lecture des
Cent Nouvelles Nouvelles montre en
effet un fort taux d’occurrences de ces quatre locutions.
Ledit et ses variantes
En ce qui concerne ledit, Rasmussen précise que c’est le terme de
référence le plus communément employé. Il ajoute :
« Le moyen de référence le plus usité est
ledit, dont l’emploi est si fréquent
dans certains textes que le terme devient presque l’équivalent de l’article
défini [12]. L’emploi
du mot ledit pour rappeler au lecteur
qu’un substantif a déjà été nommé sert à évoquer non une liaison entre les
phrases mais une cohérence des événements. Ce terme, affectionné par le style
curial, est assez fréquent dans les passages d’exposition, où il importe de
rendre familiers les personnages, la localité ou les objets qui jouent un rôle
pour le déroulement de l’action. » [13]
Il arrive en effet fréquemment que
ledit survienne en début de narration
pour fixer dans la mémoire du lecteur un personnage principal :
Cent Nouvelles
Nouvelles, 22, l. 10-11 : […] et
avecques les aultres aller au service de mon dit seigneur […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 1, l. 11-23
: Devant et après que la mort l’eust destaché de
la chayne qui a mariage l’accouploit, le bon bourgeois, cause de ceste
histoire, n’estoit point si mal logé en la dicte ville […] Et, comme il est de
coustume, les yeulx d’elle […] descocherent tant de fleches en la
personne dudit bourgois que
[…] l. 25-28 : Pour a laquelle chose
seurement obvier, trouva par pluseurs et subtiles fassons que le bon
compaignon, mary de ladicte gouge, fut
son amy tresprivé et familier
On voit que, dans ce passage, un couple se constitue déjà dans
les G.N.Dés. : le bourgeois et la femme sont les seuls à faire l’objet de
reprises par ledit dans tout le texte.
Enfin, on notera que l’emploi de ledit
n’impose pas que le même nom commun ait été utilisé en G.N.Dés. au préalable,
ainsi que ladicte gouge (l. 27) le
montre : le mot gouge sera repris plus
tard dans la nouvelle (l. 222), mais n’a jamais été mentionné avant cette
première occurrence. Ladicte gouge
renvoie donc au personnage féminin et à tout le réseau de ses dénominations
possibles, plutôt qu’au mot gouge
lui-même, pour lequel il joue le rôle de cataphore syntaxique. Cet emploi de
ledit pourrait paraître contradictoire
si l’on ne tenait compte de la remarque de Rasmussen précisant que
ledit fonctionne presque comme
l’article défini. Notre hypothèse est qu’en fait ledit remplit une toute autre fonction, en
dehors de la simple détermination. Ses taux d’occurrence sont bien trop élevés,
d’une part, pour qu’on en fasse un élément marginal – mais ils ne sont pas
assez systématiques, d’autre part, pour qu’on envisage
ledit comme une simple variante de
l’article défini. Un repérage précis des occurrences tend à mettre en valeur
d’autres critères, de type sémantique et stylistique cette fois.
Une étude exhaustive de ledit et de ses dérivés dans les
Cent Nouvelles Nouvelles montre qu’en
fait ce terme est présent partout dans les nouvelles et non pas seulement dans
les passages introductifs :
Cent Nouvelles
Nouvelles, 3, l. 6-8 : Assez près du
chasteau ou le dit chevalier faisoit
sa residence demouroit ung musnier […] l. 12-16 :
Et du long de la riviere sur laquelle estoient
assis lesdictz hostel et molin du dit musnier
[…], il perceut et choisit la femme du
dit musnier […] l. 144-146 : […] et se conduisit
si bien et si sagement que oncques mondit seigneur
ne se perceut qu’il se doubtast de la tromperie
[…]
On remarque que l’occurrence la plus éloignée du début de
l’histoire (l. 145) marque clairement la présence du narrateur puisque l’emploi
de la forme possessive mondit opère un
embrayage, dans la mesure où il introduit soudain une première personne dans un
récit entièrement formulé à la troisième. Mondit fait basculer toute la narration distante
dans une modalité personnelle en amenant un changement de focalisation par la
manière dont l’information est présentée. Tout à coup, l’action cesse d’être
racontée comme s’il s’agissait d’un bloc objectif de faits pour devenir le
résultat d’une expression subjective. Le narrateur omniscient ne se cache plus
derrière des descriptions générales, il assume au contraire son implication
dans le récit.
Il arrive aussi que ledit ne soit employé qu’en fin de narration,
lorsqu’un nouveau personnage survient :
Cent Nouvelles
Nouvelles, 23, l. 74-82 : Et de ce cas
fut le notaire ung jeune enfant environ deux ans, filz de leans. […] Il ne vous
fault pas celer aussi que peu de jours après ceste adventure, le dit
petit enfant ou comptouer estant ou le clerc
escripvoit, le procureur et maistre de leans survint […]
En revanche, ledit et
ses variantes peuvent être omniprésents dans une nouvelle :
Cent Nouvelles
Nouvelles, 62, l. 15-17 : Et entre les
autres nobles hommes avoit ung qui se nommoit Jehan Stotton, escuier trenchant,
et Thomas Brampton. eschanson dudit cardinal […] l. 25-29 :
Et quand le dit cardinal
fut arrivé au dit lieu
de Calais, on bailla pour le logis des
ditz nobles hommes l’hostel de Richard Fery, qui
est le plus grand hostel de la dicte ville
de Calais […] l. 41-47 : […] le dit
Jehan Stotton, au deceu du dit
Thomas, trouva maniere d’avoir entrée et faire le
gracieulx envers leur dite hostesse […]
et en la fin s’enhardit de demander a
sa dite hostesse sa courtoisie […] l.
56 : Adonc le dit Jehan
respliqua […] l. 89-90 :
Et pour ce, tantdiz que mon dit mary
sera au guet […] l. 99-102 :
[…] mais il ne fait pas a oublier de dire
comment le dit Thomas Brampton avoit
ou deceu de son dit compaignon Jehan
Stotton fait pareilles diligences et requestes a leur dicte hostesse
[…] l. 171-177 : Et en yssant hors de
la dicte chambre et au plusprès
d’icelle, le dit Jehan Stotton encontra le dit Thomas Brampton, son compaignon, cuidant que ce fust son hoste Richard. Et
pareillement le dit Thomas, qui venoit
a l’heure que sa dame luy avoit mise, semblablement cuida que le dit
Jehan Stotton fust le dit Richard […]
l. 247-256 : Finalement l’un des dictz
marchans, […] dist qu’il luy sembloit qu’il avoit
advisé ung aultre expedient, dont les dictz Jehan et Thomas
devroient estre contens. Mais il n’en diroit mot
si les dictes parties ne se
soubzmettoient […] que de tenir ce qu’il en diroit ; dont chacun de ceulx
estans en la dicte compaignie dirent
que bien avoit dit ledit marchant, et
inciterent lesdictz Jehan et Thomas de
faire ladicte soubzmission […] l. 318-320 :
Et ces choses contenterent assez bien
le dit Jehan Stotton de la perte de son dyamant
[…]
La fin de la nouvelle (l. 324) est toute proche lorsque cette
dernière occurrence de ledit apparaît.
On le voit, ledit rythme tout le
récit. Nous n’avons pas reproduit toutes ses occurrences dans la mesure où ce
terme est constamment présent : il y a en effet 55 occurrences dans un récit
comportant 324 lignes en tout.
Comme pour beaucoup d’autres éléments lexicaux, la répartition
de
ledit et de ses variantes dans les
nouvelles n’est pas régulière : pour bon nombre de nouvelles où il est
omniprésent, d’autres ne le comportent pas du tout. Ces variations, parmi
d’autres, contribuent à renforcer l’impression chez le lecteur que le recueil
est réellement une compilation d’histoires narrées par des personnes
différentes, possédant chacune leurs expressions favorites. Il y a en effet
théoriquement plusieurs narrateurs (comme le sous-titre de chaque nouvelle veut
le faire croire, en attribuant à chacun un récit) qui ont chacun leur style
propre et n’emploient de ce fait pas les mêmes mots. Puisqu’il s’agit
d’histoires racontées puis transcrites
[14], le lecteur se trouve face à une diversité de voix,
non seulement parce que les narrateurs sont censés être nombreux mais surtout
parce que le style change d’une nouvelle à l’autre : ces faits renforcent donc
à leur manière le
topos
d’authenticité. Pourtant, et c’est là une autre des tensions du texte, on ne
peut rêver plus « écrit », plus formel que le style curial. Une dynamique
d’équilibrisme se met donc en place : clamant d’une part être une compilation
de récits (oraux ?), le texte se présente formellement comme extrêmement
travaillé, construit, serré dans son architecture. Cette double contrainte se
joue apparemment des codes textuels traditionnels, notamment dans ses emplois
d’un autre type de G.N. appartenant au style curial :
ung tel.
n tel et ses
variantes
Dans le cas de tel,
Rasmussen précise :
« Une abstraction extrême de la technique narrative peut être
constatée dans le procédé suivant […] Il s’agit de l’emploi du mot
tel comme substitut d’un mot plein.
[…] Une indication précise aurait pu être employée, mais l’auteur ne s’est pas
donné la peine de l’inventer parce que la précision n’a aucune importance en
soi. Seulement, il importe qu’il y ait un représentant de la date précise, car
un détail de ce genre donne plus de crédibilité au récit. Le procédé est un
truc rédactionnel servant à créer une illusion de réalisme, et la formule a une
tendance à s’introduire chaque fois que l’écrivain se trouve devant un problème
rédactionnel de même nature. » [15]
C’est totalement sous-estimer l’auteur que de mettre sur le
compte de la légèreté l’emploi de tel.
Un relevé des occurrences de tel et de
ses dérivés dans l’ensemble du corpus suffira à montrer que la fréquence de ces
formes (55 occurrences dans 22 récits différents) invalide la possibilité
évoquée par Rasmussen : il ne saurait s’agir d’un élément isolé vu le nombre
d’occurrences.
En fait, il nous paraît plutôt que cet emploi vient renforcer
les stratégies inhérentes au « genre » du texte : la nouvelle, comme l’ont bien
montré G.A. Pérouse
[16] et R. Dubuis
[17], comporte une double dimension : la nouveauté et la
réalité des faits mentionnés. Ce qui peut paraître au premier abord une
négligence fait, en réalité, partie du
topos de discrétion largement illustré dans le
recueil par d’autres types d’expressions comme, par exemple :
Cent Nouvelles
Nouvelles, 3, l. 4-5 : En la duché de
Bourgoigne eut nagueres ung gentil chevalier dont l’ystoire presente
passe le nom […] ; Cent Nouvelles
Nouvelles, 24, l. 4-6 : Jasoit que es
nouvelles desusdictes les noms de ceulx et celles a qui elles ont
touché et touchent ne soient mis n’escripz […]
Ung tel et ses
variantes a pour fonction de masquer le N.P. d’un personnage que seuls les
témoins de l’histoire et le narrateur connaissent, et ce G.N. apparaît alors
seul, sans explicitation :
Quinze joyes de
mariage [18], 2, l. 26-28 : […] il
y vient vostre dame la mere
de ma cousine vostre femme
et la femme de tel et de tel […]
Quinze joyes de
mariage, 5, l. 238 : la femme de tel (dans un passage
en discours direct)
Quinze joyes de
mariage, 5, l. 296 : c’est
tel (dans un passage en
discours direct)
Quinze Joyes de
Mariage, 8, l. 81-83 : ma commere telle et ma cousine
telle et mon cousin tel y
vendront
Quinze Joyes de
Mariage, 11, l. 79-80 : N’as tu pas
veu, fait la dame, tel
escuier qui vient souvent ciens
?
Quinze Joyes de
Mariage, 15, l. 106-107 : […] va dire
a mes commeres
telles et telles que […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 21, l. 70-71 :[…] et au
jugement aussi d’ung
tel medicin elle s’arrestoit
[…]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 21, l. 106-109 : Veez cy
seur Jehanne qui
revient de Roen, et a monstré
mon urine et compté mon cas a ung tel
medicin, qui m’a jugée morte
[…]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 22, l. 86-87 : […] et s’en
alla bouter cy devant
en l’ostel d’un tel
marchant […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 26, l. 209 : ung tel gentil homme
Cent Nouvelles
Nouvelles, 26, l. 250-251 : Nous luy
baillerons ung tel
gentilhomme, ung tel et ung tel […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 26, l. 361-362 : Et
cognoissez vous pas, dit
elle, ung tel
seigneur, et une telle dame, et ung tel?
Cent Nouvelles
Nouvelles, 32, l. 223-225: […] nous
manderons icy nos
femmes, et ung tel
maistre Jehan, etc., lequel fera une petite
collacion […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 33, l. 67-68 : Vous m’avez
beaucop celé les
amours d’une telle
et de vous […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 35, l. 103-105 : Madame
n’oblya pas de dire
a son amy que une
telle de ses femmes tiendra ennuyt sa place
[…]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 38, l. 62-63 : Nous estions
priez de disner
cheux ung tel
et cheux ung tel […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 44, l. 86-87 : Et que
diriez vous d’un tel, le
filz de tel, vostre voisin ?
[…]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 49, l. 125-127 : Je n’y eu
gueres esté que veez
cy venir ung tel
que ma femme mena tantost en sa chambre
[…]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 51, l. 37-38 : Veez
cy telz et telz de mes
enfans […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 51, l. 45: Telz
et telz sont a vous […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 51, l. 65-66 :[…] si
demanda que signifie ce
que ung tel de ses
filz luy avoit dit du don […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 53, l. 112-113 : On vous a
baillé, mon filz, la
femme d’un tel, et creez qu’il
a la vostre […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 55, l. 62-63 :[…] et
pourtant, je vous prie que
veillez aller vers ung tel et
l’amenez icy […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 81, l. 88-90 : Vous luy
direz […], que telz et
telz chevaliers et escuiers de la court, et moy ung
tel, venons […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 81, l. 140-141 : Madame, a
la porte est
monseigneur de tel lieu […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 81, l. 187-188 : Ha ! il
s’en est allé a l’ostel
d’une
telle, qui, comme bien sçay […]
Parfois, il arrive aussi que la nature du N.P. dissimulé soit
explicitée, en renvoyant à un personnage déjà vu dans l’histoire. Cette forme
de censure dans le discours direct mais aussi dans le récit est avant tout une
substitution de patronyme, comme le montrent les exemples suivants :
Cent Nouvelles
Nouvelles, 20, l. 29-30 : «
C’est une telle ; vous la
cognoissez bien. » Lors la luy
nommerent.
Cent Nouvelles
Nouvelles, 33, l. 137-139 : Et pensez
vous que je ne me
soye bien apperceu que vous
entretenez ung tel, c’est assavoir le
premier
venu.
Cent Nouvelles
Nouvelles, 33, l. 225-227 : […] Vous
ne povez nyer que
ung tel, c’est asavoir le
derrenier venu, ne soit de vous entretenu.
Cent Nouvelles
Nouvelles, 40, l. 46-47 : Et il luy
fut respondu que ces
biens sont pour ung
tel, c’est assavoir son moyne […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 44, l. 121-124 : J’ay
regardé en moy, dit le
curé, pource que je vouldroye
le bien et avancement de vostre filz, que la
fille de tel (c’est assavoir sa
dame) seroit trop bien sa charge […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 47, l. 34-36 : […] car
seurement ung tel (qui
luy nomma) tient vostre lieu
bien souvent.
Cent Nouvelles
Nouvelles, 51, l. 75-77 : [elle lui dit]
comment telz et
telz de ses enfans sont
a ung tel, et telz et telz
sont a ung tel, c’est
assavoir a ceulz dont dessus
est touché […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 53, l. 82-83 : […] et dist
qu’elle estoit de
Bruxelles, et avoit
fiancé ung tel qu’elle luy nomma
[…]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 55, l. 40-41 : je vous
requier que vous allez
devers ung tel
qu’elle luy nomma […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 81, l. 161-163 : […] monseigneur tel, c’est
assavoir leur guide, je le
cognois de pieça, il est, de sa grace, tout de
ceans […]
Cent Nouvelles
Nouvelles, 99, l. 492-497 :[…] et
commanda qu’elle s’en
allast demander la maison
d’un tel, c’est assavoir de ce grand
clerc ; et
quand elle l’aroit trouvé, ou
qu’il fust, luy deist que le plus en haste qu’il
pourroit venist a l’hostel
d’une telle damoiselle, espouse
d’un tel […]
Les nombreux éléments indiquant une intervention du narrateur
(sous la forme des formules : c’est
assavoir… et que x luy
nomma) indiquent une volonté de ne pas nommer les personnages tout
en donnant tout de même l’idée au lecteur qu’un vrai nom a été mentionné quand le narrateur a
assisté à la scène, dans le vrai
discours direct.
On voit clairement que dans certains contextes, comme celui de
la nouvelle 81, l. 90, comportant en discours direct
moy ung tel, la vraisemblance dans le
mimétisme avec le discours direct n’est pas l’objet principal de l’attention du
narrateur. On peut même dire que cet emploi suffit à expliciter l’usage de ce
groupe nominal dans toute l’œuvre : on assiste ici à un mélange entre style
direct et style indirect, qui brouille les instances de parole. On commence par
un emploi de la première personne et l’on finit par une intervention du
narrateur omniscient, qui ramène le discours dans un arrière-plan de type
discours indirect. Les deux instances de parole se superposent et créent, par
ce décalage inattendu (selon les critères de vraisemblance), une parole entre
les deux plans du discours et du récit. En guise de témoin, nous prendrons
maintenant quelques occurrences collectées dans un autre recueil de récits
brefs, les
Quinze Joyes de Mariage
[18], datées de la fin
du XIV
e s.
La présence du narrateur omniscient est clairement marquée par
l’usage de x tel tout au long des
nouvelles des deux recueils, tant dans le discours direct que dans le discours
indirect. Mais l’effet de censure produit par l’emploi de ce groupe nominal
dans les Cent Nouvelles Nouvelles
n’est réellement fort que dans le discours direct, en cela qu’il s’oppose à la
vraisemblance dont tout le recueil se réclame. Le topos de discrétion, pour les
Cent Nouvelles Nouvelles, l’emporte
sur la mimesis revendiquée par les
narrateurs. Dans la hiérarchie des priorités narratives, il semble que
l’anonymat soit plus recherché que la cohérence dans l’énonciation. Ce
phénomène est totalement logique, en fait, dans la mesure où le
topos de discrétion ne fait que
renforcer celui de vérité. En effet, si les histoires étaient inventées, les
noms des personnages importeraient peu. Au contraire, le fait de vouloir
préserver l’identité des héros et héroïnes insiste, mieux que toutes les mises
en garde liminaires possibles, sur la véracité des dires.
Dans le cas des Quinze Joyes de
Mariage, les syntagmes de type x
tel viennent renforcer le topos d’universalité attaché à tout discours
édifiant, valable pour l’ensemble des êtres mentionnés et visés par la
moralité, ainsi que le texte cherche à se présenter dès son
Prologue. Tout comme l’absence de
N.P., jugée trop caractérisante, l’usage de x
tel crée un sentiment de généralité inéluctable, et sa présence,
systématiquement dans le discours direct, renforce l’impression d’universalité
des cas envisagés. Le mari-lecteur dispose d’un schéma type de phrases, d’un
corpus modèle, et peut remplacer les pointillés produits par l’emploi de
x tel par les noms que sa femme
choisira, dans un contexte identique.
X tel fait donc
l’objet de deux types d’emploi finalement diamétralement opposés : dans les
Cent Nouvelles Nouvelles, on pourrait
révéler une identité précise, et ce groupe nominal ne renvoie qu’à un élément
en particulier : x, et aucun autre (on
utiliserait en logique l’opérateur existenciel,∃, pour caractériser cet élément
: ∃ (x) >
il existe un x qui…) :
Cent Nouvelles
Nouvelles, 81, l. 161-162 : […] monseigneur tel, c’est assavoir leur guide […] Cent Nouvelles
Nouvelles, 99, l. 494 : […] un tel, c’est assavoir de ce grand clerc […]
On voit ici que les G.N.Dés. se renvoient les uns aux autres,
précisant la fonction du personnage de référence, sans pour autant lui donner
une identité personnelle autre que celle qui est présente de manière allusive
depuis le début de la nouvelle. Le G.N.Dés. prend donc ici valeur de
désignateur rigide, paraphrasant un nom propre in
absentia dont il est le seul représentant dans le domaine de
définition.
En revanche, dans les Quinze
Joyes de Mariage, x tel est
employé au contraire afin de référer à l’ensemble des x possédant les mêmes
propriétés (ce qui en logique renverrait à l’opérateur de quantification
universel∀:∀(x) > pour tout x de l’ensemble
des x, où x comporte toujours les mêmes propriétés), ainsi que
l’adjonction de ou entre les éléments
le montre nettement :
Quinze Joyes de
Mariage, 5, l. 238-239 : La
femme de tel a maintenant une robe fourree de
gris ou de menu ver
Lorsque le G.N.Dés. comportant tel n’est pas suivi de
ou, comme dans cette dernière
occurrence, le réseau de référence laisse vide la place initiale dans la
construction de l’anaphore puisque rien, mis à part le statut du personnage
mentionné comme capital dans l’intrigue (la femme ou le mari), ne permet
d’identifier celui que l’on mentionne. Le G.N.Dés. devient alors
particulière~ment sophistiqué à l’entour et tel survient ensuite comme un heureux raccourci
:
Quinze Joyes de
Mariage, 2, l. 26-28 : […] il y vient
vostre dame la mere de ma cousine vostre femme et la femme de tel
et de tel […]
Enfin, la vaste majorité des cas emploie
tel afin de suggérer qu’en situation
réelle, la dame mentionnerait quelqu’un ; ce qui compte, alors, est surtout la
mention de la relation qu’entretient cette personne avec l’incriminée
:
Quinze Joyes de
Mariage, 8, l. 81-82 : […] ma commere telle
et ma cousine telle
et mon cousin tel y
vendront.
Si le nom des complices n’apparaît pas, on sait toutefois de
quels proches il convient de se méfier – et c’est là tout ce que le texte
souhaite rendre clair. Un véritable N.P. empêcherait la leçon d’être efficace.
En revanche, tel employé comme un
substitut de N.P. joue son rôle parfaitement : le narrateur, en évoquant qu’un
N.P. précis sera(it) énoncé laisse entendre au lecteur que le référent du N.P.
lui est connu, dans le monde réel, et non dans le monde fictif. Les
Quinze Joyes pourraient en quelque
sorte fonctionner comme une Maniere de
langage à l’usage des couples, et d’ailleurs ce fut un best-seller
en son genre.
Le lien entre ces deux domaines de définition est donc,
paradoxalement, marqué par l’élément le plus vague qui soit. Il en va de même
pour les objets, ainsi qu’en témoigne la Tierce
Joye, où les deux tel sont
reliés par et:
Quinze Joyes de
Mariage, 3, l. 235-237 : Et si savez
que nous avons a paier dedens huyt jours telle chouse et
telle, ou nous serons en grant
dommage.
Les valeurs de
tel ne
sont donc pas aussi homogènes que l’on aurait pu le penser à la lecture de
Rasmussen
[19].
[no(s)tre + (adj) + nc]
Enfin, no(s)tre est
présenté par Rasmussen comme un élément de captatio benevolentiae :
« Dans la nouvelle, il y a un effort permanent de gagner le
lecteur. Un procédé typique pour faire du lecteur une sorte de complice de
l’auteur est de déterminer les personnages d’un conte par l’adjectif possessif
notre […]. Par ce moyen, les
personnages sont rendus plus familiers puisque l’auteur et le lecteur les
possèdent en commun. De plus, le procédé sert à maintenir un ton plaisant et
ironique. Le personnage qui est qualifié de notre est justement celui dont auteur et lecteur
se moquent en commun. » [20]
On ne trouve aucune occurrence de [notre + (adj) + nc] dans les
Quinze Joyes de Mariage, tandis que ce
type de forme foisonne dans les Cent Nouvelles
Nouvelles, (présent plus de deux fois dans les Nouvelles 1, 3, 20,
22, 27, 38, 40, 42, 59, 73, 75, 76, 87, 88) où il finit par sonner comme une
litanie, en particulier dans certaines nouvelles comme la Vingtième et la
Vingt-Deuxième, avec de forts taux d’occurrences :
Cent Nouvelles
Nouvelles, 20, l. 20-21 : Une entre
les aultres pleut aux parents et amys de nostre Champenois […] ; l.
30-31 : Et nostre homme […]
fust maryé […]; l. 38-40 : Pour
abreger, a chef de piece nostre Champenois
fut maryé de par Dieu […]
; l. 45 :
Qui estoit mal contente, c’estoit
nostre espousée […]; l. 49-50 :
Il ne vous fault pas celer que nostre
homme, et neuf en fasson et en mariage
[…] ; l. 60-61 : Ung jour se trouva la
mere a nostre espousée devers sa fille
[…] ; l. 64-65 : A toutes choses
bailla et rendit nostre espousée a sa
mere tresbonne response […]; l. 68 : De ce fut nostre mere
bien joyeuse […] ; l. 105-107 :
[…] si tost qu’on vit du jour, nostre
gouge, auprès de son mary couschée
[…]; l. 109-110 : Noz amis, son mary
estoit bien esbahy […]; l. 134-135 : –
Espergner ! dist noz amis […]; l. 139-140 : Or devez vous savoir que nostre bonne mere
avoit […]; l. 142-144 :
Veez cy nostre gueux
qui arrive devers nostre
medicin, a tout l’orine de sa femme […]
; l. 194-196 : Nostre
Champenois […] devint ung pou plus gentil
compaignon […] (15 occurrences). Cent
Nouvelles Nouvelles, 22, l.
8-9 : Si fut force a nostre
gentilhomme d’abandonner sa dame […] ;
l. 42-43 : Amour envoya nostre
marchant devers sa patiente […]; l.
50-52 : Sans faire long proces au prejudice
de nostre gentil homme, qui maintenant
est en la guerre, nostre gentil femme fournit […] ; l. 63-64 :
Si troussa ung soir nostre gouge
ses bagues et habillemens […] ; l.
71-72 : Au chef de sept moys, ou
environ, nostre gouge fist ung beau
filz […]; l. 125-126 : et qu’encores
le nourrist celuy qui la mere engranga en l’absence de nostre gentil
homme (fin de la nouvelle) (7 occurrences).
On notera ici une dyade nostre
gentil homme / nostre gentil
femme qui ne dure que lorsque la femme est fidèle ; après avoir
trompé son compagnon, elle devient nostre
gouge.
On remarque surtout dans ces deux nouvelles que seuls les
personnages principaux et ceux ayant une fonction importante dans la nouvelle
sont déterminés par nostre, ce qui,
comme pour ledit, produit un effet de
mise en relief.
Enfin, il arrive aussi que seul un personnage soit mentionné
dans un syntagme nominal avec nostre,
comme dans la Soixante-Septième Nouvelle, ce qui a pour effet de mettre ce
personnage en avant comme personnage principal :
l. 26-28 : Et veez
cy nostre chaperon fourré qui envoye
ses ambaxadeurs devers sa dame […]; l. 49-51 :[…] car nostre chaperon fourré
se commença a ennuyer et lasser de la
cordoanniere […]; l. 63-64 : Mais nostre chaperon fourré
fist tant […]; l. 68-69 :
Or, vous devez savoir que nostre
chaperon fourré ne fist pas […] ; l.
87-88 : Car elle fist comparoir nostre
chaperon fourré devant l’evesque; l.
101 : Ainsi fut nostre chaperon fourré
ramené des meures (6
occurrences).
Le même type de phénomène se produit dans la Nouvelle 85, où
nostre (maistre) curé est présent cinq
fois, alors qu’aucun autre G.N.Dés. n’emploie nostre.
[
notre + (adj) + nc]
concerne majoritairement les personnages masculins
[21] mais s’applique aussi aux personnages
féminins
[22]. Ce type
de G.N.Dés. peut apparaître dans une nouvelle en ne référant qu’aux
femmes
[23]. On ne peut
donc considérer le sexe du personnage comme étant un critère décisif pour
l’emploi de ce syntagme. Notons aussi que
nostre n’apparaît jamais avec des N.P. ou des
titres dans le corpus. Il faut donc plutôt chercher du côté du sens que
nostre donne à cette forme de
dénomination.
D’après Rasmussen, nostre apporterait une note d’humour dans la
narration. Nous insisterons sur son fort taux de fréquence, plus que ne le fait
Rasmussen lorsqu’il mentionne rapidement le phénomène. En effet, il ne s’agit
pas du tout d’un cas isolé, comme on pourrait s’y attendre de la part d’un
élément créateur d’effet particulier. Bien au contraire,
nostre rythme la plupart des
nouvelles, et en général de manière régulière et non pas rare comme le laisse
entendre Rasmussen.
La valeur comique de
nostre, qui semble aller de soi pour Rasmussen,
ne se fonde sur aucun critère objectif. Pourquoi, en effet, l’usage de
l'adjectif possessif confèrerait-il une telle valeur au G.N.Dés. ?
L’appropriation par le narrateur qui engage le lecteur à lui emboîter le pas ne
suffit pas à expliquer que ce syntagme nominal puisse faire sourire
[24]. On reprendra plutôt ici
les analyses de M. Perret lorsqu’elle étudie
nostre dans le cadre de la référence par
nomination abrupte dans Joinville et définit
nostre comme opérant un ancrage référentiel
:
« Il arrive quelquefois à notre narrateur de procéder par
ancrage référentiel par rapport à son je et par rapport au
vous du récepteur : c’est en
particulier ce qui se passe au tout début du texte qui désigne en pure
référence situationnelle par embrayage son personnage principal. » [25]
L’emploi de nostre que
nous trouvons dans les Cent Nouvelles
Nouvelles n’entre pas dans le cadre de la nomination abrupte
puisqu’au contraire nostre intervient
comme un anaphorique. Toutefois, cette idée de référence égocentrique fonctionne parfaitement
dans nos occurrences : c’est bien le narrateur qui sert de référent,
s’appropriant à la fois un personnage, mais surtout le lecteur par cette
association.
Peut-être devrait-on chercher plutôt du côté de ce changement
de niveau de référence pour comprendre l’effet produit par
nostre. Il s’agirait d’un effet
d’étrangeté, du fait du soudain passage d’une narration détachée, lointaine,
faite par un inconnu, au ton du récit oral, dont la réalité concrète est
partagée par le narrateur et l’auditeur, rassemblés dans un même lieu et temps,
ou du récit fait par un intime, que l’on connaît et pour lequel le domaine de
référence est le même que le nôtre.
Un autre fait pourrait aussi expliquer que
nostre soit perçu comme créant un «
ton plaisant et ironique ». L’usage d’adjectifs reste restreint
[26], et surtout présente de
nombreuses occurrences de
bon
[27]. En fait, si l’on
ne prend plus en compte que les G.N.Dés. où l’adjectif est autre que
bon, nous trouvons une majorité de
gentil homme (Nouvelles 10, 18, 22,
52), quelques
gentilles (Nouvelles 22,
27), et quelques
belles (Nouvelles 24
et 99).
Il semble donc que les adjectifs employés conjointement à
nostre soient peu nombreux, et que
bon soit privilégié. On se demandera
alors si ce n’est pas bon qui en fait
crée l’effet comique que Rasmussen prête à notre.
[bon + nc]
Si nous partons de l’hypothèse que
bon crée un effet parodique lorsqu’il
est employé sans déterminant pour qualifier un personnage qui est tout sauf
bon, voici qui pourrait expliquer le fameux effet parodique prêté à
nostre. Il s’agirait en fait d’une
sorte de contagion entre les deux mots : on attribuerait à
nostre une valeur qui ne lui serait
conférée en fait que par bon (dont la
valeur ironique, elle, ne pose aucun problème d’appréhension).
On ne relève aucune occurrence de [bon + nc] dans les Quinze Joyes de Mariage, ce qui peut s’expliquer
par le caractère ouvertement sérieux du texte. En revanche, les
Cent Nouvelles Nouvelles présentent de
nombreux cas d’emplois de [bon + nc].
On notera l’absence totale de [bon +
N.P.] dans notre corpus.
On soulignera d’abord la rareté de cette forme pour désigner
des personnages féminins. Seules deux nouvelles présentent ce cas de figure, et
à une seule reprise ; il s’agit à chaque fois de personnages manquant aux
principes de fidélité ou de chasteté :
Cent Nouvelles
Nouvelles, 49, l. 34-35 : Et bonne damoiselle
de despoiller sa robe […] Cent Nouvelles
Nouvelles, 67, l. 42-43 : […]
et bonne cordoanniere se vient bouter
de plein sault en l’ostel du chaperon fourré […]
Toutes les autres occurrences de [bon + nc] concernent des hommes, qui sont la
plupart du temps associés en dyades, reproduisant ce que
nostre générait, puisque
bon met aussi en relief les principaux
personnages :
Cent Nouvelles
Nouvelles, 34, l. 41-43 : […] veez
cy bon compaignon, […] qui vint hurter
a l’huis […] ; l. 76-78 : Tant
actendit, tant regarda sa dame avecques le survenu, que bon mary
vint a l’ostel […] Cent Nouvelles
Nouvelles, 65, l. 42-43 : Tantost
qu’elle fut partie, bon mary de monter
a cheval […]; l. 82 : Et
bon hoste de saillir avant […] Cent Nouvelles
Nouvelles, 76, l. 81-84 : Si tost
qu’il fut logé, bon chevalier tire
bien fort son las, et dit tout hault : « Ha ! ribauld prestre, estes vous tel ?
» Et bon prestre de soy
retirer.
Outre le caractère ironique de cet emploi de
bon, on peut aussi y voir une marque
de condescendance de la part du narrateur
[28].
Les constructions de type [adj + nc] en dehors de [bon + nc] restent rares, comme si seul ce G.N.
pouvait avoir ce type de construction non déterminée. On ne relève aucune
occurrence dans les Quinze Joyes de
Mariage, et les Cent Nouvelles
Nouvelles ne présentent que deux types de syntagmes, avec deux
occurrences :
Cent Nouvelles
Nouvelles, 41, l. 42-43 : gentil
compaignon clerc
Cent Nouvelles
Nouvelles, 60, l. 123 : beaulx
moynes
[G.N.(nc) ou
G.N.(nc)]
En ce qui concerne les éléments coordonnés par
ou, Rasmussen ne commente que l’ordre
d’apparition des personnages, à relier d’après lui à la
distributio de la rhétorique classique
:
« Il y a un cas où la distribution ne manque jamais de se
réaliser, à savoir quand il s’agit de mentionner les personnes d’une assemblée.
La coutume est alors de suivre l’ordre de la préséance. » [29]
On trouve dans les Quinze Joyes
de Mariage de remarquables hésitations, qui ne sont en fait que
l’égrenage du chapelet des possibilités offertes au narrateur par la situation
de base. Les facéties des femmes sont si nombreuses et si grande la naïveté des
hommes que l’auteur paraît parfois (ingénument) ne plus savoir où donner de la
tête. Ses ou sont donc autant de voies
ouvertes aux probabilités de la forfanterie féminine qui est apparemment
inépuisable, puisque chaque querelle peut avoir des dizaines de causes, quelle
que soit l’origine sociale de la femme impliquée :
Quinze Joyes de
Mariage, 2, l. 14-15 et 20-21: la
cousine ou la commere
Quinze Joyes de
Mariage, 2, l. 44 : la
commere ou cousine
Quinze Joyes de
Mariage, 5, l. 36-37 : la bonne
damoiselle ou bourgeoise
Quinze Joyes de
Mariage, 6, l. 23-24 : une de ses
servantes ou ung des
enfants
Quinze Joyes de
Mariage, 6, l. 27 : la
servante ou l’enfant
Quinze Joyes de
Mariage, 6, l. 84-85 : une des
filles ou des chamberières
On donne le moins d’information possible, afin que chacun se
reconnaisse. Les statuts sociaux ne sont guère évoqués, ou alors seulement pour
montrer que nulle classe n’est à l’abri. Dans la même logique que celle que
nous avons soulignée pour certains emplois de tel dans les Quinze Joyes de Mariage, la conjonction
ou n’est là que pour permettre au
lecteur de reconnaître les symptômes d’une tromperie en cours : l’enfant ou
bien la servante viendra transmettre un message, parce que la mère sera en
train de préparer sa tromperie.
Le narrateur est peu soucieux de raconter une histoire en
particulier, comme dans les Cent Nouvelles
Nouvelles. Alors il part d’une situation-type et brode autour selon
les possibilités, d’où les hésitations et les sauts d’un G.N.Dés. à un autre.
En quelque sorte, ses ou ne sont pas
exclusifs mais inclusifs. Dans les mondes possibles de ces histoires, toutes
les combinaisons sont validables. Dans le domaine de définition, le couple
marié, toutes les propositions sont validées par les variables mari et
femme.
Comme nous espérons l’avoir démontré, on voit bien à quel point
des éléments minimes comme ledit,
ung tel, nostre et bon permettent de démarquer des dyades de
personnages principaux et constituent aussi de très bons indicateurs dans le
cas inverse : un personnage ne faisant pas l’objet d’emplois de ces formes n’a
qu’un rôle secondaire dans l’histoire. Ces éléments sont donc en fait
d’excellents raccourcis dans la construction de la référence pour l’écrivain.
Mais il est aussi intéressant de noter que le style curial, plus généralement,
opère comme un outil relevant le registre langagier du texte, de sorte que des
histoires prosaïques finissent par prendre grâce à lui, issu de la tradition
latine, suffisamment de valeur pour pouvoir être soumises à un public de cour.
Ce type de métissage culturel et linguistique peut donc être considéré comme
faisant partie des premiers pas formels d’une langue populaire et vernaculaire
vers son émancipation de langue nationale et littéraire.
[1]
Les Cent nouvelles
nouvelles, éd. F.P. SWEETSER, Genève, 1966.
[2]
Nous abrégerons « Groupes Nominaux » par « G.N. »
désormais.
[3]
J. RASMUSSEN,
La prose narrative
française du XVe siècle,
étude esthétique et stylistique,
Copenhague, 1958.
[4]
Les Cent nouvelles
nouvelles, éd. P. CHAMPION, Genève, 1928, Introduction, p.
XVII.
[5]
G.A. PEROUSE,
Nouvelles
françaises du XVIe siècle, images de la vie du
temps, Genève, 1982, Introduction,
passim.
[6]
Que nous abrégerons désormais
N.P.
[7]
Il n’est pas rare, d’ailleurs, que les éditeurs de textes, même
les plus adroits et éclairés, s’y méprennent et neutralisent l’opposition
le ~
ledict, comme s’il s’agissait d’une simple
redondance. Notre but est justement de démontrer qu’il ne s’agit pas d’un cas
de distribution complémentaire, mais bien au contraire d’une opposition
pertinente, produisant des effets stylistiques non négligeables.
[8]
La notion de
genre
appliquée à la littérature du Moyen Âge reste extrêmement périlleuse, et nous
renvoyons à l’article de H.R. JAUSS, Littérature médiévale et théorie des
genres,
Théorie des genres, Paris,
1986 (paru initialement dans
Poétique,
t. 1, 1970), p. 37-76, pour une analyse des enjeux théoriques liés à cette
catégorisation. Nous employons donc ce terme entre guillemets, en guise de
raccourci, mais avec les réserves émises par Jauss (p. 70 en particulier) et en
espérant l’indulgence du lecteur pour cette imprécision
rédactionnelle.
[9]
Nous renverrons désormais, pour plus de commodité, à ces deux
catégories en employant les expressions
T.A. (pour
termes
d’adresse) et
G.N.Dés.
(pour
Groupes Nominaux Désignatifs).
Pour une définition précise de ces deux notions, on se reportera à D.
LAGORGETTE,
Désignatifs et termes d’adresse dans
quelques textes en moyen français, Thèse dactylographiée, Paris
X-Nanterre, 1998.
[10]
Op. cit., p.
32.
[11]
Op. cit., p. 47-48.
Nous avons abrégé les exemples par souci de brièveté.
[14]
En fait, la dédicace reste très vague sur les conditions de
rédaction du recueil. Le soin de repérer l’histoire-cadre dominante est laissé
au lecteur. Pour l’étude de ce phénomène, on se reportera à D. LAGORGETTE,
Prologues et épilogues dans quelques recueils de récits brefs en moyen
français,
Bien dire, Bien aprandre, t.
19,
« Prologues et épilogues dans la littérature
au Moyen Âge », Lille, 2001, p. 139-147.
[15]
Op. cit., p.
86.
[16]
G.A. PEROUSE,
Des nouvelles
vrayes comme evangile: réflexions sur la présentation du récit bref
au XVI
e siècle,
La Nouvelle
: définitions, transformations, Lille, 1990, p. 91-93 : « Dans la
logique de sa dénomination […], la nouvelle fait référence à des réalités
proches, et familières en leur cadre. […] Mais, à cette proche familiarité du
sujet, vient s’ajouter, sans la moindre contradiction, son caractère étonnant.
[…] Ressurgit donc ici […] le problème central de l’accréditation. La nouvelle
bouscule notre créance. […] L’écrivain, quant à lui, va nous dire […] que le
récit lui a été fait par des témoins dignes de foi, voire qu’il a
personnellement vécu ou vu l’aventure qu’il s’apprête à narrer. […] D’où notre
sixième point […] : la véracité de la nouvelle. La nouvelle, en son essence,
n’est pas un genre de fiction. »
[17]
R. DUBUIS, Le mot « Nouvelle » au Moyen Âge : de la nébuleuse
au terme générique,
La Nouvelle : définitions,
transformations, Lille, 1990, p. 24 : « L’auteur des
Cent nouvelles nouvelles a, en effet,
les idées claires sur ce qu’est, à ses yeux, une “nouvelle”. Elle doit être le
récit d’un événement à la fois réel et récent. […] Elle doit surtout être le
récit bref d’un événement qui mérite d’être rapporté, une “aventure”.
»
[18]
Les Quinze Joyes de
Mariage, éd. J. RYCHNER, Genève, 1967.
[19]
Pour une analyse de
tel en français moderne et de ses différentes
valeurs sémantiques, nous renvoyons à M. RIEGEL,
Tel adjectif. Grammaire d’une variable de
caractérisation,
Langue française, t.
116, 1997, p. 81-99, qui traite tout particulièrement de
tel en tant qu’adjectif.
[20]
Op. cit., p.
83.
[21]
Nouvelles 1, 3, 4, 7, 10, 12, 13, 14, 18, 20,22, 23, 24, 27,
31, 32, 33, 37, 38, 40, 41, 42, 43, 47, 52, 54, 59, 61, 64, 65, 66, 67, 73, 75,
76, 77, 81, 82, 85, 86, 87, 88, 93, 94, 97, 99.
[22]
Nouvelles 1, 3, 4, 8, 20, 22, 24, 27, 30, 40, 53, 57, 61, 65,
66, 86, 87, 88, 92, 93, 97, 99.
[23]
Nouvelles 8 :
nostre fille
grosse, 30 :
nos femmes, 53
:
nostre vieille, 57 :
nostre damoiselle bergière, 92 :
nos bourgoises.
[24]
Notons au passage que l’anglais moderne emploie toujours très
fréquemment ce
notre (« our ») avec un
nom commun tout comme avec un nom propre sans aucune connotation ironique, dans
un registre de type familier et dans la classe ouvrière ; en revanche, le
français utilise
notre avec un nom
commun ou avec un nom propre pour créer un effet parodique.
[25]
M. PERRET, Histoire, nomination, référence,
LINX, t. 32, 1995, p. 177.
[26]
Nouvelles 1, 8, 10, 13, 18, 20, 22, 24, 27, 31, 33, 42, 43, 52,
54, 59, 73, 75, 76, 87, 88, 94, 97, 99.
[27]
Nouvelles 1, 13, 20, 31, 42, 43, 52, 54, 59, 75, 76, 88, 94,
97.
[28]
Condescendance que l’on retrouve dans l’expression moderne
une bonne poire: la bonté est
fréquemment associée à une forme de sottise ou en tous cas de
crédulité.
[29]
Op. cit., p.
51.