Le Moyen Age
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-3919-0
294 pages

p. 507 à 526
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Tome CVIII 2002/3-4

2002 Le Moyen Age

Le style curial dans les Cent Nouvelles Nouvelles : la construction de la référence et des personnages

Dominique Lagorgette Université de Savoie
À partir d’un corpus de textes littéraires en prose (récits brefs) des XIVe et XVe siècles, nous proposons de réévaluer les fonctions des groupes nominaux complexes de désignation des principaux personnages. Ces groupes nominaux (ledit x, ung tel x, nostre x, bon x et x ou x), caractérisés par Jens Rasmussen (1958) comme relevant du style curial, seront en particulier étudiés du point de vue de la construction de la référence. Une étude comparée de ces groupes nominaux en tant que désignatifs dans les XV Joyes de Mariage et dans les Cent Nouvelles Nouvelles permettra de mettre en relief les principaux schémas de fonctionnement de ces groupes nominaux. Mots-clés : grammaire textuelle, construction de la référence, termes d'adresse, Diachronie, Insulte. The present paper is based on the exhaustive study of a corpus consisting of 14th and 15th literary prose texts (short stories). Its aim is to reassess the various functions of the various complex nominal groups which refer to the main characters in the stories. These nominal groups (ledit x, ung tel x, nostre x, bon x and x or x) were first characterised by Jens Rasmussen in his 1958 study as belonging to the curial style. They will here be examined as key factors in structuring the construction of textual reference. A comparative study of those nominal groups as designatives in the XV Joyes de Mariage and the Cent Nouvelles Nouvelles will point to the main patterns governing their use. Keywords : Textual grammar, Shaping reference, Designatives, Diachronic approach, Insult.
Lorsque l’on étudie la dénomination dans les récits brefs, le bon sens oriente le chercheur vers deux directions possibles, en ce qui concerne la structure narrative : l’efficacité et l’économie. Le genre lui-même nécessite la concentration des effets pour atteindre ces buts. Les Cent Nouvelles Nouvelles [1], texte du XVe siècle, illustrent en effet cette règle, dans la mesure où les personnages sont en perpétuelle évolution : on se moque d’eux et on les trompe dès qu’ils apparaissent dans le récit, puis ils deviennent graduellement ridicules. Et le lecteur sent dès le tout début de la narration que ce processus suivra son cours inéluctablement. Nous examinerons dans quelle mesure le groupe nominal chargé de l’introduction et de la description des personnages dans l’histoire est responsable de la mise en place des différents schémas narratifs, en concentrant notre étude sur un type de groupes nominaux bien spécifiques : les groupes nominaux complexes tels que ledit x ainsi que ung tel et ses variantes, nostre x, bon x et x ou y. Ces groupes nominaux [2] appartiennent à ce que J. Rasmussen [3] définit comme le style rhétorique des clercs du Vatican, ou style curial. Nous envisagerons donc en quoi ces G.N. peuvent être emblématiques des principes de construction de la narration autour des personnages.
 
1. Les Cent Nouvelles Nouvelles et la dénomination : topoï fondateurs (brièveté, modestie et discrétion)
 
 
Les Cent Nouvelles Nouvelles, datées de 1456 par leur éditeur, F.P. Sweetser, font partie de la vague de recueils de récits brefs en moyen français qui se donnent pour des compilations de textes de cour, humoristiques et spirituels, démontrant par l’exemple à quel point il est délectable de vivre dans le sillage d’un mécène éclairé à l’esprit leste. Ces cent récits brefs, attribués par le scriptor anonyme à divers auteurs qui tous appartiennent à l’entourage de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, traitent pour la plupart des thèmes chers aux fabliaux : l’amour, la sexualité, la trahison, les rapports de force entre époux mais aussi entre classes, l’anticléricalisme… Le ton ouvertement satirique du recueil n’épargne personne dans le spectre social et chacun se bat avec une égale détermination, quelle que soit son origine sociale : ce qui compte vraiment est l’inventivité déployée dans la ruse par les personnages plus que leur naissance. Mais la manière dont les histoires sont racontées met en œuvre un certain nombre de topoï qui appartiennent à la narration de type courtois :
  • la brièveté : pour abreger (Cent Nouvelles Nouvelles, 14, l. 119, par exemple) revient régulièrement au cours du recueil,
  • la modestie : Montbléru, narrateur de la Soixante-Troisième Nouvelle, mène tout son récit en se mentionnant lui-même à la troisième personne du singulier,
  • la discrétion : des expressions telles que x dont l’ystoire presente passe le nom sont constantes dans le recueil.
Les topoï éthiques brandis par les narrateurs de chacune des histoires sont en fait une représentation symbolique de la morale courtoise du dédicataire du texte ainsi que de son public – ce dédicataire mentionné par « l’auteur » dès le début du recueil :
l. 1-3 : A mon treschier et tresredoubté seigneur
Monseigneur le duc de Bourgoigne,
de Brabant, etc.
Pourtant, on ne peut manquer de noter que les sujets des histoires vont, eux, tout à fait à l’encontre du code courtois. Comme le remarque P. Champion :
« Les Cent nouvelles nouvelles, rédigées sur l’ordre de Philippe le Bon ne sont pas autre chose que des plaisantes histoires secrètes, racontées par le duc et ses serviteurs, à la suite des longs repas où Philippe le Bon, sur la soixantaine, trouvait un plaisir particulier. » [4]
En d’autres termes, la constante référence par les narrateurs à leur modestie, leur peur d’ennuyer le lecteur et, surtout, leurs efforts afin d’éviter de nommer les protagonistes pour ne pas les compromettre sont autant de subterfuges déployés de sorte à insérer des histoires relativement triviales dans un code d’honneur plus général et inviolable selon les principes de la Cour.
Chaque histoire est présentée comme étant vraie et originale, ainsi que le souligne systématiquement chaque début de nouvelle, comme si l’on cherchait dans chaque récit à convaincre que le titre du recueil et les assertions de la dédicace ne sont pas usurpés ou outrecuidants : comme l’a bien montré G.A. Pérouse dans son doctorat [5], le mot nouvelle comporte les deux sens de « réel » et de « sans précédent » (s’opposant de la sorte à « fictionnel » et à « déjà vu »). Même si de nombreux chercheurs ont bien montré à quel point certaines histoires se rattachent à toute une tradition européenne de récits brefs (Poggio, Boccacio, fabliaux et même récits brefs en latin), le traitement de ces thèmes rebattus est en effet neuf, ainsi que le souligne le narrateur à la fin de la dédicace :
[…] aussi pource que l’estoffe, taille et fasson d’icelles est d’assez fresche memoire et de myne beaucop nouvelle.
Dans un cadre éthique courtois, révéler le nom de ceux dont on se moquera est inacceptable. Les noms propres [6] de ce fait restent rares pour référer aux personnages, ce qui renforce le topos de discrétion, mais aussi celui de vraisemblance. Lorsque des N.P. sont employés – et ce dans quelque 16 nouvelles sur 100 – ils renvoient parfois à des personnages historiques contemporains, bien connus pour leurs actions durant la Guerre de Cent Ans : le comte de Saint-Pol (Cent Nouvelles Nouvelles, 24) et Monseigneur Talebot (Cent Nouvelles Nouvelles, 5) sont tous deux mentionnés par Froissart dans les Chroniques. L’autre cas majoritaire est au contraire le seul emploi du prénom, dans le but manifeste de rattacher le personnage à un stéréotype : Catherine (Cent Nouvelles Nouvelles, 26) pour la femme de tête, ou Aubry (Cent Nouvelles Nouvelles, 95) pour le sot.
Il n’y a en fait que deux types réellement atypiques de N.P. dans les Cent Nouvelles Nouvelles :
  • Trenchecouille (Cent Nouvelles Nouvelles, 64) ; Montbléru (Cent Nouvelles
  • Nouvelles, 63) ;
  • Jehan Stotton et Thomas Brampton (Cent Nouvelles Nouvelles, 52).
Les autres groupes nominaux renvoyant aux personnages se limitent à des noms communs et ne mettent en valeur que ce qui sera utile à la progression de l’intrigue, soit en tant que raccourci (une mauvaise femme trahira son gentil mari) ou au contraire de sorte à créer une distance ironique entre narration et discours direct. L’ironie est en effet une figure de style à fort rendement dans le système narratif et dans la manière dont s’élève la voix omnisciente qui raconte. Parmi les G.N., et en particulier les déterminants, certains éléments sont employés de manière systématique et méritent de ce fait une attention toute particulière, d’autant plus qu’ils apparaissent dans les textes « l’air de rien » et si fréquemment qu’on pourrait aisément les confondre avec une variation de l’article défini sans aucune importance [7]. Quand on ne les prend pas pour des erreurs grossières de marquage déictique… De telles approches ne paraissent guère pertinentes pour un « genre » [8] qui se proclame champion de la concision. Les deux éléments que nous examinerons sont donc ledict x et ses variantes, et ung tel x et ses variantes.
 
2. Style curial et construction des personnages
 
 
Avant d’entamer l’analyse des constituants nominaux du style curial, il nous paraît important de préciser un point de terminologie linguistique par rapport aux notions auxquelles nous référerons : nous nommerons ci-après termes d’adresse les G.N. détachés dans le discours direct par lesquels le locuteur interpelle l’allocutaire – ces G.N. sont strictement limités à la seconde personne. Il sera question de désignatifs [9] pour les G.N. référant aux personnages dans le récit – ces G.N. peuvent renvoyer indifféremment aux premières et troisièmes personnes.
Comme J. Rasmussen le souligne dans sa remarquable étude, de nombreux G.N. complexes sont employés dans les Cent Nouvelles Nouvelles pour référer aux personnages, en particulier au début de la narration. Rasmussen rattache ces occurrences à une tradition rhétorique, le style curial, qu’il définit comme le style de chancellerie du Moyen Âge. Ce style a été élaboré durant les siècles précédents par la Curia romana, l’administration de l’Église catholique [10].
D’après lui, c’est ce style qui est à l’origine des séries synonymiques présentes au début des descriptions de personnages. Les séries les plus fréquentes sont les séries binaires, qui sont « aisées à mettre en place » comme le note Rasmussen :
24e Nouvelle : belle et bonne; tresfiere et dure; soupprinse et esbahie. Les séries ternaires sont elles aussi nombreuses :
24e Nouvelle : une tres belle fille, gente de corps et en bon point Rasmussen précise alors :
« Dans les groupes synonymiques ou quasi-synonymiques, la fonction du premier terme peut être de préparer le suivant. Le premier terme est souvent vague et général et le second s’y ajoute, plus précis, plus spécial ou plus fort. […] Ainsi, la suite permet un approfondissement de la situation. » [11]
Parmi les autres éléments renvoyant au style curial, Rasmussen signale une série de G.N. et de déterminants : tel (et ses dérivés), ledit (et ses dérivés), nostre et la conjonction ou (x ou y). La lecture des Cent Nouvelles Nouvelles montre en effet un fort taux d’occurrences de ces quatre locutions.
Ledit et ses variantes
En ce qui concerne ledit, Rasmussen précise que c’est le terme de référence le plus communément employé. Il ajoute :
« Le moyen de référence le plus usité est ledit, dont l’emploi est si fréquent dans certains textes que le terme devient presque l’équivalent de l’article défini [12]. L’emploi du mot ledit pour rappeler au lecteur qu’un substantif a déjà été nommé sert à évoquer non une liaison entre les phrases mais une cohérence des événements. Ce terme, affectionné par le style curial, est assez fréquent dans les passages d’exposition, où il importe de rendre familiers les personnages, la localité ou les objets qui jouent un rôle pour le déroulement de l’action. » [13]
Il arrive en effet fréquemment que ledit survienne en début de narration pour fixer dans la mémoire du lecteur un personnage principal :
Cent Nouvelles Nouvelles, 22, l. 10-11 : […] et avecques les aultres aller au service de mon dit seigneur […] Cent Nouvelles Nouvelles, 1, l. 11-23 : Devant et après que la mort l’eust destaché de la chayne qui a mariage l’accouploit, le bon bourgeois, cause de ceste histoire, n’estoit point si mal logé en la dicte ville […] Et, comme il est de coustume, les yeulx d’elle […] descocherent tant de fleches en la personne dudit bourgois que […] l. 25-28 : Pour a laquelle chose seurement obvier, trouva par pluseurs et subtiles fassons que le bon compaignon, mary de ladicte gouge, fut son amy tresprivé et familier
On voit que, dans ce passage, un couple se constitue déjà dans les G.N.Dés. : le bourgeois et la femme sont les seuls à faire l’objet de reprises par ledit dans tout le texte. Enfin, on notera que l’emploi de ledit n’impose pas que le même nom commun ait été utilisé en G.N.Dés. au préalable, ainsi que ladicte gouge (l. 27) le montre : le mot gouge sera repris plus tard dans la nouvelle (l. 222), mais n’a jamais été mentionné avant cette première occurrence. Ladicte gouge renvoie donc au personnage féminin et à tout le réseau de ses dénominations possibles, plutôt qu’au mot gouge lui-même, pour lequel il joue le rôle de cataphore syntaxique. Cet emploi de ledit pourrait paraître contradictoire si l’on ne tenait compte de la remarque de Rasmussen précisant que ledit fonctionne presque comme l’article défini. Notre hypothèse est qu’en fait ledit remplit une toute autre fonction, en dehors de la simple détermination. Ses taux d’occurrence sont bien trop élevés, d’une part, pour qu’on en fasse un élément marginal – mais ils ne sont pas assez systématiques, d’autre part, pour qu’on envisage ledit comme une simple variante de l’article défini. Un repérage précis des occurrences tend à mettre en valeur d’autres critères, de type sémantique et stylistique cette fois.
Une étude exhaustive de ledit et de ses dérivés dans les Cent Nouvelles Nouvelles montre qu’en fait ce terme est présent partout dans les nouvelles et non pas seulement dans les passages introductifs :
Cent Nouvelles Nouvelles, 3, l. 6-8 : Assez près du chasteau ou le dit chevalier faisoit sa residence demouroit ung musnier […] l. 12-16 : Et du long de la riviere sur laquelle estoient assis lesdictz hostel et molin du dit musnier […], il perceut et choisit la femme du dit musnier […] l. 144-146 : […] et se conduisit si bien et si sagement que oncques mondit seigneur ne se perceut qu’il se doubtast de la tromperie […]
On remarque que l’occurrence la plus éloignée du début de l’histoire (l. 145) marque clairement la présence du narrateur puisque l’emploi de la forme possessive mondit opère un embrayage, dans la mesure où il introduit soudain une première personne dans un récit entièrement formulé à la troisième. Mondit fait basculer toute la narration distante dans une modalité personnelle en amenant un changement de focalisation par la manière dont l’information est présentée. Tout à coup, l’action cesse d’être racontée comme s’il s’agissait d’un bloc objectif de faits pour devenir le résultat d’une expression subjective. Le narrateur omniscient ne se cache plus derrière des descriptions générales, il assume au contraire son implication dans le récit.
Il arrive aussi que ledit ne soit employé qu’en fin de narration, lorsqu’un nouveau personnage survient :
Cent Nouvelles Nouvelles, 23, l. 74-82 : Et de ce cas fut le notaire ung jeune enfant environ deux ans, filz de leans. […] Il ne vous fault pas celer aussi que peu de jours après ceste adventure, le dit petit enfant ou comptouer estant ou le clerc escripvoit, le procureur et maistre de leans survint […]
En revanche, ledit et ses variantes peuvent être omniprésents dans une nouvelle :
Cent Nouvelles Nouvelles, 62, l. 15-17 : Et entre les autres nobles hommes avoit ung qui se nommoit Jehan Stotton, escuier trenchant, et Thomas Brampton. eschanson dudit cardinal […] l. 25-29 : Et quand le dit cardinal fut arrivé au dit lieu de Calais, on bailla pour le logis des ditz nobles hommes l’hostel de Richard Fery, qui est le plus grand hostel de la dicte ville de Calais […] l. 41-47 : […] le dit Jehan Stotton, au deceu du dit Thomas, trouva maniere d’avoir entrée et faire le gracieulx envers leur dite hostesse […] et en la fin s’enhardit de demander a sa dite hostesse sa courtoisie […] l. 56 : Adonc le dit Jehan respliqua […] l. 89-90 : Et pour ce, tantdiz que mon dit mary sera au guet […] l. 99-102 : […] mais il ne fait pas a oublier de dire comment le dit Thomas Brampton avoit ou deceu de son dit compaignon Jehan Stotton fait pareilles diligences et requestes a leur dicte hostesse […] l. 171-177 : Et en yssant hors de la dicte chambre et au plusprès d’icelle, le dit Jehan Stotton encontra le dit Thomas Brampton, son compaignon, cuidant que ce fust son hoste Richard. Et pareillement le dit Thomas, qui venoit a l’heure que sa dame luy avoit mise, semblablement cuida que le dit Jehan Stotton fust le dit Richard […] l. 247-256 : Finalement l’un des dictz marchans, […] dist qu’il luy sembloit qu’il avoit advisé ung aultre expedient, dont les dictz Jehan et Thomas devroient estre contens. Mais il n’en diroit mot si les dictes parties ne se soubzmettoient […] que de tenir ce qu’il en diroit ; dont chacun de ceulx estans en la dicte compaignie dirent que bien avoit dit ledit marchant, et inciterent lesdictz Jehan et Thomas de faire ladicte soubzmission […] l. 318-320 : Et ces choses contenterent assez bien le dit Jehan Stotton de la perte de son dyamant […]
La fin de la nouvelle (l. 324) est toute proche lorsque cette dernière occurrence de ledit apparaît. On le voit, ledit rythme tout le récit. Nous n’avons pas reproduit toutes ses occurrences dans la mesure où ce terme est constamment présent : il y a en effet 55 occurrences dans un récit comportant 324 lignes en tout.
Comme pour beaucoup d’autres éléments lexicaux, la répartition de ledit et de ses variantes dans les nouvelles n’est pas régulière : pour bon nombre de nouvelles où il est omniprésent, d’autres ne le comportent pas du tout. Ces variations, parmi d’autres, contribuent à renforcer l’impression chez le lecteur que le recueil est réellement une compilation d’histoires narrées par des personnes différentes, possédant chacune leurs expressions favorites. Il y a en effet théoriquement plusieurs narrateurs (comme le sous-titre de chaque nouvelle veut le faire croire, en attribuant à chacun un récit) qui ont chacun leur style propre et n’emploient de ce fait pas les mêmes mots. Puisqu’il s’agit d’histoires racontées puis transcrites [14], le lecteur se trouve face à une diversité de voix, non seulement parce que les narrateurs sont censés être nombreux mais surtout parce que le style change d’une nouvelle à l’autre : ces faits renforcent donc à leur manière le topos d’authenticité. Pourtant, et c’est là une autre des tensions du texte, on ne peut rêver plus « écrit », plus formel que le style curial. Une dynamique d’équilibrisme se met donc en place : clamant d’une part être une compilation de récits (oraux ?), le texte se présente formellement comme extrêmement travaillé, construit, serré dans son architecture. Cette double contrainte se joue apparemment des codes textuels traditionnels, notamment dans ses emplois d’un autre type de G.N. appartenant au style curial : ung tel.
n tel et ses variantes
Dans le cas de tel, Rasmussen précise :
« Une abstraction extrême de la technique narrative peut être constatée dans le procédé suivant […] Il s’agit de l’emploi du mot tel comme substitut d’un mot plein. […] Une indication précise aurait pu être employée, mais l’auteur ne s’est pas donné la peine de l’inventer parce que la précision n’a aucune importance en soi. Seulement, il importe qu’il y ait un représentant de la date précise, car un détail de ce genre donne plus de crédibilité au récit. Le procédé est un truc rédactionnel servant à créer une illusion de réalisme, et la formule a une tendance à s’introduire chaque fois que l’écrivain se trouve devant un problème rédactionnel de même nature. » [15]
C’est totalement sous-estimer l’auteur que de mettre sur le compte de la légèreté l’emploi de tel. Un relevé des occurrences de tel et de ses dérivés dans l’ensemble du corpus suffira à montrer que la fréquence de ces formes (55 occurrences dans 22 récits différents) invalide la possibilité évoquée par Rasmussen : il ne saurait s’agir d’un élément isolé vu le nombre d’occurrences.
En fait, il nous paraît plutôt que cet emploi vient renforcer les stratégies inhérentes au « genre » du texte : la nouvelle, comme l’ont bien montré G.A. Pérouse [16] et R. Dubuis [17], comporte une double dimension : la nouveauté et la réalité des faits mentionnés. Ce qui peut paraître au premier abord une négligence fait, en réalité, partie du topos de discrétion largement illustré dans le recueil par d’autres types d’expressions comme, par exemple :
Cent Nouvelles Nouvelles, 3, l. 4-5 : En la duché de Bourgoigne eut nagueres ung gentil chevalier dont l’ystoire presente passe le nom […] ; Cent Nouvelles Nouvelles, 24, l. 4-6 : Jasoit que es nouvelles desusdictes les noms de ceulx et celles a qui elles ont touché et touchent ne soient mis n’escripz […]
Ung tel et ses variantes a pour fonction de masquer le N.P. d’un personnage que seuls les témoins de l’histoire et le narrateur connaissent, et ce G.N. apparaît alors seul, sans explicitation :
Quinze joyes de mariage [18], 2, l. 26-28 : […] il y vient vostre dame la mere
de ma cousine vostre femme et la femme de tel et de tel […]
Quinze joyes de mariage, 5, l. 238 : la femme de tel (dans un passage
en discours direct)
Quinze joyes de mariage, 5, l. 296 : c’est tel (dans un passage en
discours direct)
Quinze Joyes de Mariage, 8, l. 81-83 : ma commere telle et ma cousine
telle et mon cousin tel y vendront
Quinze Joyes de Mariage, 11, l. 79-80 : N’as tu pas veu, fait la dame, tel
escuier qui vient souvent ciens ?
Quinze Joyes de Mariage, 15, l. 106-107 : […] va dire a mes commeres
telles et telles que […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 21, l. 70-71 :[…] et au jugement aussi d’ung
tel medicin elle s’arrestoit […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 21, l. 106-109 : Veez cy seur Jehanne qui
revient de Roen, et a monstré mon urine et compté mon cas a ung tel
medicin, qui m’a jugée morte […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 22, l. 86-87 : […] et s’en alla bouter cy devant
en l’ostel d’un tel marchant […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 26, l. 209 : ung tel gentil homme
Cent Nouvelles Nouvelles, 26, l. 250-251 : Nous luy baillerons ung tel
gentilhomme, ung tel et ung tel […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 26, l. 361-362 : Et cognoissez vous pas, dit
elle, ung tel seigneur, et une telle dame, et ung tel?
Cent Nouvelles Nouvelles, 32, l. 223-225: […] nous manderons icy nos
femmes, et ung tel maistre Jehan, etc., lequel fera une petite collacion […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 33, l. 67-68 : Vous m’avez beaucop celé les
amours d’une telle et de vous […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 35, l. 103-105 : Madame n’oblya pas de dire
a son amy que une telle de ses femmes tiendra ennuyt sa place […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 38, l. 62-63 : Nous estions priez de disner
cheux ung tel et cheux ung tel […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 44, l. 86-87 : Et que diriez vous d’un tel, le
filz de tel, vostre voisin ? […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 49, l. 125-127 : Je n’y eu gueres esté que veez
cy venir ung tel que ma femme mena tantost en sa chambre […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 51, l. 37-38 : Veez cy telz et telz de mes
enfans […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 51, l. 45: Telz et telz sont a vous […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 51, l. 65-66 :[…] si demanda que signifie ce
que ung tel de ses filz luy avoit dit du don […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 53, l. 112-113 : On vous a baillé, mon filz, la
femme d’un tel, et creez qu’il a la vostre […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 55, l. 62-63 :[…] et pourtant, je vous prie que
veillez aller vers ung tel et l’amenez icy […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 81, l. 88-90 : Vous luy direz […], que telz et
telz chevaliers et escuiers de la court, et moy ung tel, venons […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 81, l. 140-141 : Madame, a la porte est
monseigneur de tel lieu […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 81, l. 187-188 : Ha ! il s’en est allé a l’ostel
d’une telle, qui, comme bien sçay […]
Parfois, il arrive aussi que la nature du N.P. dissimulé soit explicitée, en renvoyant à un personnage déjà vu dans l’histoire. Cette forme de censure dans le discours direct mais aussi dans le récit est avant tout une substitution de patronyme, comme le montrent les exemples suivants :
Cent Nouvelles Nouvelles, 20, l. 29-30 : « C’est une telle ; vous la
cognoissez bien. » Lors la luy nommerent.
Cent Nouvelles Nouvelles, 33, l. 137-139 : Et pensez vous que je ne me
soye bien apperceu que vous entretenez ung tel, c’est assavoir le premier
venu.
Cent Nouvelles Nouvelles, 33, l. 225-227 : […] Vous ne povez nyer que
ung tel, c’est asavoir le derrenier venu, ne soit de vous entretenu.
Cent Nouvelles Nouvelles, 40, l. 46-47 : Et il luy fut respondu que ces
biens sont pour ung tel, c’est assavoir son moyne […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 44, l. 121-124 : J’ay regardé en moy, dit le
curé, pource que je vouldroye le bien et avancement de vostre filz, que la
fille de tel (c’est assavoir sa dame) seroit trop bien sa charge […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 47, l. 34-36 : […] car seurement ung tel (qui
luy nomma) tient vostre lieu bien souvent.
Cent Nouvelles Nouvelles, 51, l. 75-77 : [elle lui dit] comment telz et
telz de ses enfans sont a ung tel, et telz et telz sont a ung tel, c’est
assavoir a ceulz dont dessus est touché […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 53, l. 82-83 : […] et dist qu’elle estoit de
Bruxelles, et avoit fiancé ung tel qu’elle luy nomma […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 55, l. 40-41 : je vous requier que vous allez
devers ung tel qu’elle luy nomma […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 81, l. 161-163 : […] monseigneur tel, c’est
assavoir leur guide, je le cognois de pieça, il est, de sa grace, tout de
ceans […]
Cent Nouvelles Nouvelles, 99, l. 492-497 :[…] et commanda qu’elle s’en
allast demander la maison d’un tel, c’est assavoir de ce grand clerc ; et
quand elle l’aroit trouvé, ou qu’il fust, luy deist que le plus en haste qu’il
pourroit venist a l’hostel d’une telle damoiselle, espouse d’un tel […]
Les nombreux éléments indiquant une intervention du narrateur (sous la forme des formules : c’est assavoir… et que x luy nomma) indiquent une volonté de ne pas nommer les personnages tout en donnant tout de même l’idée au lecteur qu’un vrai nom a été mentionné quand le narrateur a assisté à la scène, dans le vrai discours direct.
On voit clairement que dans certains contextes, comme celui de la nouvelle 81, l. 90, comportant en discours direct moy ung tel, la vraisemblance dans le mimétisme avec le discours direct n’est pas l’objet principal de l’attention du narrateur. On peut même dire que cet emploi suffit à expliciter l’usage de ce groupe nominal dans toute l’œuvre : on assiste ici à un mélange entre style direct et style indirect, qui brouille les instances de parole. On commence par un emploi de la première personne et l’on finit par une intervention du narrateur omniscient, qui ramène le discours dans un arrière-plan de type discours indirect. Les deux instances de parole se superposent et créent, par ce décalage inattendu (selon les critères de vraisemblance), une parole entre les deux plans du discours et du récit. En guise de témoin, nous prendrons maintenant quelques occurrences collectées dans un autre recueil de récits brefs, les Quinze Joyes de Mariage [18], datées de la fin du XIVe s.
La présence du narrateur omniscient est clairement marquée par l’usage de x tel tout au long des nouvelles des deux recueils, tant dans le discours direct que dans le discours indirect. Mais l’effet de censure produit par l’emploi de ce groupe nominal dans les Cent Nouvelles Nouvelles n’est réellement fort que dans le discours direct, en cela qu’il s’oppose à la vraisemblance dont tout le recueil se réclame. Le topos de discrétion, pour les Cent Nouvelles Nouvelles, l’emporte sur la mimesis revendiquée par les narrateurs. Dans la hiérarchie des priorités narratives, il semble que l’anonymat soit plus recherché que la cohérence dans l’énonciation. Ce phénomène est totalement logique, en fait, dans la mesure où le topos de discrétion ne fait que renforcer celui de vérité. En effet, si les histoires étaient inventées, les noms des personnages importeraient peu. Au contraire, le fait de vouloir préserver l’identité des héros et héroïnes insiste, mieux que toutes les mises en garde liminaires possibles, sur la véracité des dires.
Dans le cas des Quinze Joyes de Mariage, les syntagmes de type x tel viennent renforcer le topos d’universalité attaché à tout discours édifiant, valable pour l’ensemble des êtres mentionnés et visés par la moralité, ainsi que le texte cherche à se présenter dès son Prologue. Tout comme l’absence de N.P., jugée trop caractérisante, l’usage de x tel crée un sentiment de généralité inéluctable, et sa présence, systématiquement dans le discours direct, renforce l’impression d’universalité des cas envisagés. Le mari-lecteur dispose d’un schéma type de phrases, d’un corpus modèle, et peut remplacer les pointillés produits par l’emploi de x tel par les noms que sa femme choisira, dans un contexte identique.
X tel fait donc l’objet de deux types d’emploi finalement diamétralement opposés : dans les Cent Nouvelles Nouvelles, on pourrait révéler une identité précise, et ce groupe nominal ne renvoie qu’à un élément en particulier : x, et aucun autre (on utiliserait en logique l’opérateur existenciel,∃, pour caractériser cet élément : ∃ (x) > il existe un x qui…) :
Cent Nouvelles Nouvelles, 81, l. 161-162 : […] monseigneur tel, c’est assavoir leur guide […] Cent Nouvelles Nouvelles, 99, l. 494 : […] un tel, c’est assavoir de ce grand clerc […]
On voit ici que les G.N.Dés. se renvoient les uns aux autres, précisant la fonction du personnage de référence, sans pour autant lui donner une identité personnelle autre que celle qui est présente de manière allusive depuis le début de la nouvelle. Le G.N.Dés. prend donc ici valeur de désignateur rigide, paraphrasant un nom propre in absentia dont il est le seul représentant dans le domaine de définition.
En revanche, dans les Quinze Joyes de Mariage, x tel est employé au contraire afin de référer à l’ensemble des x possédant les mêmes propriétés (ce qui en logique renverrait à l’opérateur de quantification universel∀:∀(x) > pour tout x de l’ensemble des x, où x comporte toujours les mêmes propriétés), ainsi que l’adjonction de ou entre les éléments le montre nettement :
Quinze Joyes de Mariage, 5, l. 238-239 : La femme de tel a maintenant une robe fourree de gris ou de menu ver
Lorsque le G.N.Dés. comportant tel n’est pas suivi de ou, comme dans cette dernière occurrence, le réseau de référence laisse vide la place initiale dans la construction de l’anaphore puisque rien, mis à part le statut du personnage mentionné comme capital dans l’intrigue (la femme ou le mari), ne permet d’identifier celui que l’on mentionne. Le G.N.Dés. devient alors particulière~ment sophistiqué à l’entour et tel survient ensuite comme un heureux raccourci :
Quinze Joyes de Mariage, 2, l. 26-28 : […] il y vient vostre dame la mere de ma cousine vostre femme et la femme de tel et de tel […]
Enfin, la vaste majorité des cas emploie tel afin de suggérer qu’en situation réelle, la dame mentionnerait quelqu’un ; ce qui compte, alors, est surtout la mention de la relation qu’entretient cette personne avec l’incriminée :
Quinze Joyes de Mariage, 8, l. 81-82 : […] ma commere telle et ma cousine telle et mon cousin tel y vendront.
Si le nom des complices n’apparaît pas, on sait toutefois de quels proches il convient de se méfier – et c’est là tout ce que le texte souhaite rendre clair. Un véritable N.P. empêcherait la leçon d’être efficace. En revanche, tel employé comme un substitut de N.P. joue son rôle parfaitement : le narrateur, en évoquant qu’un N.P. précis sera(it) énoncé laisse entendre au lecteur que le référent du N.P. lui est connu, dans le monde réel, et non dans le monde fictif. Les Quinze Joyes pourraient en quelque sorte fonctionner comme une Maniere de langage à l’usage des couples, et d’ailleurs ce fut un best-seller en son genre.
Le lien entre ces deux domaines de définition est donc, paradoxalement, marqué par l’élément le plus vague qui soit. Il en va de même pour les objets, ainsi qu’en témoigne la Tierce Joye, où les deux tel sont reliés par et:
Quinze Joyes de Mariage, 3, l. 235-237 : Et si savez que nous avons a paier dedens huyt jours telle chouse et telle, ou nous serons en grant dommage.
Les valeurs de tel ne sont donc pas aussi homogènes que l’on aurait pu le penser à la lecture de Rasmussen [19].
[no(s)tre + (adj) + nc]
Enfin, no(s)tre est présenté par Rasmussen comme un élément de captatio benevolentiae :
« Dans la nouvelle, il y a un effort permanent de gagner le lecteur. Un procédé typique pour faire du lecteur une sorte de complice de l’auteur est de déterminer les personnages d’un conte par l’adjectif possessif notre […]. Par ce moyen, les personnages sont rendus plus familiers puisque l’auteur et le lecteur les possèdent en commun. De plus, le procédé sert à maintenir un ton plaisant et ironique. Le personnage qui est qualifié de notre est justement celui dont auteur et lecteur se moquent en commun. » [20]
On ne trouve aucune occurrence de [notre + (adj) + nc] dans les Quinze Joyes de Mariage, tandis que ce type de forme foisonne dans les Cent Nouvelles Nouvelles, (présent plus de deux fois dans les Nouvelles 1, 3, 20, 22, 27, 38, 40, 42, 59, 73, 75, 76, 87, 88) où il finit par sonner comme une litanie, en particulier dans certaines nouvelles comme la Vingtième et la Vingt-Deuxième, avec de forts taux d’occurrences :
Cent Nouvelles Nouvelles, 20, l. 20-21 : Une entre les aultres pleut aux parents et amys de nostre Champenois […] ; l. 30-31 : Et nostre homme […] fust maryé []; l. 38-40 : Pour abreger, a chef de piece nostre Champenois fut maryé de par Dieu […] ; l. 45 : Qui estoit mal contente, c’estoit nostre espousée […]; l. 49-50 : Il ne vous fault pas celer que nostre homme, et neuf en fasson et en mariage […] ; l. 60-61 : Ung jour se trouva la mere a nostre espousée devers sa fille […] ; l. 64-65 : A toutes choses bailla et rendit nostre espousée a sa mere tresbonne response […]; l. 68 : De ce fut nostre mere bien joyeuse […] ; l. 105-107 : […] si tost qu’on vit du jour, nostre gouge, auprès de son mary couschée […]; l. 109-110 : Noz amis, son mary estoit bien esbahy […]; l. 134-135 : – Espergner ! dist noz amis […]; l. 139-140 : Or devez vous savoir que nostre bonne mere avoit […]; l. 142-144 : Veez cy nostre gueux qui arrive devers nostre medicin, a tout l’orine de sa femme […] ; l. 194-196 : Nostre Champenois […] devint ung pou plus gentil compaignon […] (15 occurrences). Cent Nouvelles Nouvelles, 22, l. 8-9 : Si fut force a nostre gentilhomme d’abandonner sa dame […] ; l. 42-43 : Amour envoya nostre marchant devers sa patiente […]; l. 50-52 : Sans faire long proces au prejudice de nostre gentil homme, qui maintenant est en la guerre, nostre gentil femme fournit […] ; l. 63-64 : Si troussa ung soir nostre gouge ses bagues et habillemens […] ; l. 71-72 : Au chef de sept moys, ou environ, nostre gouge fist ung beau filz […]; l. 125-126 : et qu’encores le nourrist celuy qui la mere engranga en l’absence de nostre gentil homme (fin de la nouvelle) (7 occurrences).
On notera ici une dyade nostre gentil homme / nostre gentil femme qui ne dure que lorsque la femme est fidèle ; après avoir trompé son compagnon, elle devient nostre gouge.
On remarque surtout dans ces deux nouvelles que seuls les personnages principaux et ceux ayant une fonction importante dans la nouvelle sont déterminés par nostre, ce qui, comme pour ledit, produit un effet de mise en relief.
Enfin, il arrive aussi que seul un personnage soit mentionné dans un syntagme nominal avec nostre, comme dans la Soixante-Septième Nouvelle, ce qui a pour effet de mettre ce personnage en avant comme personnage principal :
l. 26-28 : Et veez cy nostre chaperon fourré qui envoye ses ambaxadeurs devers sa dame […]; l. 49-51 :[…] car nostre chaperon fourré se commença a ennuyer et lasser de la cordoanniere […]; l. 63-64 : Mais nostre chaperon fourré fist tant […]; l. 68-69 : Or, vous devez savoir que nostre chaperon fourré ne fist pas […] ; l. 87-88 : Car elle fist comparoir nostre chaperon fourré devant l’evesque; l. 101 : Ainsi fut nostre chaperon fourré ramené des meures (6 occurrences).
Le même type de phénomène se produit dans la Nouvelle 85, où nostre (maistre) curé est présent cinq fois, alors qu’aucun autre G.N.Dés. n’emploie nostre.
[notre + (adj) + nc] concerne majoritairement les personnages masculins [21] mais s’applique aussi aux personnages féminins [22]. Ce type de G.N.Dés. peut apparaître dans une nouvelle en ne référant qu’aux femmes [23]. On ne peut donc considérer le sexe du personnage comme étant un critère décisif pour l’emploi de ce syntagme. Notons aussi que nostre n’apparaît jamais avec des N.P. ou des titres dans le corpus. Il faut donc plutôt chercher du côté du sens que nostre donne à cette forme de dénomination.
D’après Rasmussen, nostre apporterait une note d’humour dans la narration. Nous insisterons sur son fort taux de fréquence, plus que ne le fait Rasmussen lorsqu’il mentionne rapidement le phénomène. En effet, il ne s’agit pas du tout d’un cas isolé, comme on pourrait s’y attendre de la part d’un élément créateur d’effet particulier. Bien au contraire, nostre rythme la plupart des nouvelles, et en général de manière régulière et non pas rare comme le laisse entendre Rasmussen.
La valeur comique de nostre, qui semble aller de soi pour Rasmussen, ne se fonde sur aucun critère objectif. Pourquoi, en effet, l’usage de l'adjectif possessif confèrerait-il une telle valeur au G.N.Dés. ? L’appropriation par le narrateur qui engage le lecteur à lui emboîter le pas ne suffit pas à expliquer que ce syntagme nominal puisse faire sourire [24]. On reprendra plutôt ici les analyses de M. Perret lorsqu’elle étudie nostre dans le cadre de la référence par nomination abrupte dans Joinville et définit nostre comme opérant un ancrage référentiel :
« Il arrive quelquefois à notre narrateur de procéder par ancrage référentiel par rapport à son je et par rapport au vous du récepteur : c’est en particulier ce qui se passe au tout début du texte qui désigne en pure référence situationnelle par embrayage son personnage principal. » [25]
L’emploi de nostre que nous trouvons dans les Cent Nouvelles Nouvelles n’entre pas dans le cadre de la nomination abrupte puisqu’au contraire nostre intervient comme un anaphorique. Toutefois, cette idée de référence égocentrique fonctionne parfaitement dans nos occurrences : c’est bien le narrateur qui sert de référent, s’appropriant à la fois un personnage, mais surtout le lecteur par cette association.
Peut-être devrait-on chercher plutôt du côté de ce changement de niveau de référence pour comprendre l’effet produit par nostre. Il s’agirait d’un effet d’étrangeté, du fait du soudain passage d’une narration détachée, lointaine, faite par un inconnu, au ton du récit oral, dont la réalité concrète est partagée par le narrateur et l’auditeur, rassemblés dans un même lieu et temps, ou du récit fait par un intime, que l’on connaît et pour lequel le domaine de référence est le même que le nôtre.
Un autre fait pourrait aussi expliquer que nostre soit perçu comme créant un « ton plaisant et ironique ». L’usage d’adjectifs reste restreint [26], et surtout présente de nombreuses occurrences de bon [27]. En fait, si l’on ne prend plus en compte que les G.N.Dés. où l’adjectif est autre que bon, nous trouvons une majorité de gentil homme (Nouvelles 10, 18, 22, 52), quelques gentilles (Nouvelles 22, 27), et quelques belles (Nouvelles 24 et 99).
Il semble donc que les adjectifs employés conjointement à nostre soient peu nombreux, et que bon soit privilégié. On se demandera alors si ce n’est pas bon qui en fait crée l’effet comique que Rasmussen prête à notre.
[bon + nc]
Si nous partons de l’hypothèse que bon crée un effet parodique lorsqu’il est employé sans déterminant pour qualifier un personnage qui est tout sauf bon, voici qui pourrait expliquer le fameux effet parodique prêté à nostre. Il s’agirait en fait d’une sorte de contagion entre les deux mots : on attribuerait à nostre une valeur qui ne lui serait conférée en fait que par bon (dont la valeur ironique, elle, ne pose aucun problème d’appréhension).
On ne relève aucune occurrence de [bon + nc] dans les Quinze Joyes de Mariage, ce qui peut s’expliquer par le caractère ouvertement sérieux du texte. En revanche, les Cent Nouvelles Nouvelles présentent de nombreux cas d’emplois de [bon + nc]. On notera l’absence totale de [bon + N.P.] dans notre corpus.
On soulignera d’abord la rareté de cette forme pour désigner des personnages féminins. Seules deux nouvelles présentent ce cas de figure, et à une seule reprise ; il s’agit à chaque fois de personnages manquant aux principes de fidélité ou de chasteté :
Cent Nouvelles Nouvelles, 49, l. 34-35 : Et bonne damoiselle de despoiller sa robe […] Cent Nouvelles Nouvelles, 67, l. 42-43 : […] et bonne cordoanniere se vient bouter de plein sault en l’ostel du chaperon fourré […]
Toutes les autres occurrences de [bon + nc] concernent des hommes, qui sont la plupart du temps associés en dyades, reproduisant ce que nostre générait, puisque bon met aussi en relief les principaux personnages :
Cent Nouvelles Nouvelles, 34, l. 41-43 : […] veez cy bon compaignon, […] qui vint hurter a l’huis […] ; l. 76-78 : Tant actendit, tant regarda sa dame avecques le survenu, que bon mary vint a l’ostel […] Cent Nouvelles Nouvelles, 65, l. 42-43 : Tantost qu’elle fut partie, bon mary de monter a cheval […]; l. 82 : Et bon hoste de saillir avant […] Cent Nouvelles Nouvelles, 76, l. 81-84 : Si tost qu’il fut logé, bon chevalier tire bien fort son las, et dit tout hault : « Ha ! ribauld prestre, estes vous tel ? » Et bon prestre de soy retirer.
Outre le caractère ironique de cet emploi de bon, on peut aussi y voir une marque de condescendance de la part du narrateur [28].
Les constructions de type [adj + nc] en dehors de [bon + nc] restent rares, comme si seul ce G.N. pouvait avoir ce type de construction non déterminée. On ne relève aucune occurrence dans les Quinze Joyes de Mariage, et les Cent Nouvelles Nouvelles ne présentent que deux types de syntagmes, avec deux occurrences :
Cent Nouvelles Nouvelles, 41, l. 42-43 : gentil compaignon clerc
Cent Nouvelles Nouvelles, 60, l. 123 : beaulx moynes
[G.N.(nc) ou G.N.(nc)]
En ce qui concerne les éléments coordonnés par ou, Rasmussen ne commente que l’ordre d’apparition des personnages, à relier d’après lui à la distributio de la rhétorique classique :
« Il y a un cas où la distribution ne manque jamais de se réaliser, à savoir quand il s’agit de mentionner les personnes d’une assemblée. La coutume est alors de suivre l’ordre de la préséance. » [29]
On trouve dans les Quinze Joyes de Mariage de remarquables hésitations, qui ne sont en fait que l’égrenage du chapelet des possibilités offertes au narrateur par la situation de base. Les facéties des femmes sont si nombreuses et si grande la naïveté des hommes que l’auteur paraît parfois (ingénument) ne plus savoir où donner de la tête. Ses ou sont donc autant de voies ouvertes aux probabilités de la forfanterie féminine qui est apparemment inépuisable, puisque chaque querelle peut avoir des dizaines de causes, quelle que soit l’origine sociale de la femme impliquée :
Quinze Joyes de Mariage, 2, l. 14-15 et 20-21: la cousine ou la commere
Quinze Joyes de Mariage, 2, l. 44 : la commere ou cousine
Quinze Joyes de Mariage, 5, l. 36-37 : la bonne damoiselle ou bourgeoise
Quinze Joyes de Mariage, 6, l. 23-24 : une de ses servantes ou ung des
enfants
Quinze Joyes de Mariage, 6, l. 27 : la servante ou l’enfant
Quinze Joyes de Mariage, 6, l. 84-85 : une des filles ou des chamberières
On donne le moins d’information possible, afin que chacun se reconnaisse. Les statuts sociaux ne sont guère évoqués, ou alors seulement pour montrer que nulle classe n’est à l’abri. Dans la même logique que celle que nous avons soulignée pour certains emplois de tel dans les Quinze Joyes de Mariage, la conjonction ou n’est là que pour permettre au lecteur de reconnaître les symptômes d’une tromperie en cours : l’enfant ou bien la servante viendra transmettre un message, parce que la mère sera en train de préparer sa tromperie.
Le narrateur est peu soucieux de raconter une histoire en particulier, comme dans les Cent Nouvelles Nouvelles. Alors il part d’une situation-type et brode autour selon les possibilités, d’où les hésitations et les sauts d’un G.N.Dés. à un autre. En quelque sorte, ses ou ne sont pas exclusifs mais inclusifs. Dans les mondes possibles de ces histoires, toutes les combinaisons sont validables. Dans le domaine de définition, le couple marié, toutes les propositions sont validées par les variables mari et femme.
Comme nous espérons l’avoir démontré, on voit bien à quel point des éléments minimes comme ledit, ung tel, nostre et bon permettent de démarquer des dyades de personnages principaux et constituent aussi de très bons indicateurs dans le cas inverse : un personnage ne faisant pas l’objet d’emplois de ces formes n’a qu’un rôle secondaire dans l’histoire. Ces éléments sont donc en fait d’excellents raccourcis dans la construction de la référence pour l’écrivain. Mais il est aussi intéressant de noter que le style curial, plus généralement, opère comme un outil relevant le registre langagier du texte, de sorte que des histoires prosaïques finissent par prendre grâce à lui, issu de la tradition latine, suffisamment de valeur pour pouvoir être soumises à un public de cour. Ce type de métissage culturel et linguistique peut donc être considéré comme faisant partie des premiers pas formels d’une langue populaire et vernaculaire vers son émancipation de langue nationale et littéraire.
 
NOTES
 
[1] Les Cent nouvelles nouvelles, éd. F.P. SWEETSER, Genève, 1966.
[2] Nous abrégerons « Groupes Nominaux » par « G.N. » désormais.
[3] J. RASMUSSEN, La prose narrative française du XVe siècle, étude esthétique et stylistique, Copenhague, 1958.
[4] Les Cent nouvelles nouvelles, éd. P. CHAMPION, Genève, 1928, Introduction, p. XVII.
[5] G.A. PEROUSE, Nouvelles françaises du XVIe siècle, images de la vie du temps, Genève, 1982, Introduction, passim.
[6] Que nous abrégerons désormais N.P.
[7] Il n’est pas rare, d’ailleurs, que les éditeurs de textes, même les plus adroits et éclairés, s’y méprennent et neutralisent l’opposition le ~ ledict, comme s’il s’agissait d’une simple redondance. Notre but est justement de démontrer qu’il ne s’agit pas d’un cas de distribution complémentaire, mais bien au contraire d’une opposition pertinente, produisant des effets stylistiques non négligeables.
[8] La notion de genre appliquée à la littérature du Moyen Âge reste extrêmement périlleuse, et nous renvoyons à l’article de H.R. JAUSS, Littérature médiévale et théorie des genres, Théorie des genres, Paris, 1986 (paru initialement dans Poétique, t. 1, 1970), p. 37-76, pour une analyse des enjeux théoriques liés à cette catégorisation. Nous employons donc ce terme entre guillemets, en guise de raccourci, mais avec les réserves émises par Jauss (p. 70 en particulier) et en espérant l’indulgence du lecteur pour cette imprécision rédactionnelle.
[9] Nous renverrons désormais, pour plus de commodité, à ces deux catégories en employant les expressions T.A. (pour termes d’adresse) et G.N.Dés. (pour Groupes Nominaux Désignatifs). Pour une définition précise de ces deux notions, on se reportera à D. LAGORGETTE, Désignatifs et termes d’adresse dans quelques textes en moyen français, Thèse dactylographiée, Paris X-Nanterre, 1998.
[10] Op. cit., p. 32.
[11] Op. cit., p. 47-48. Nous avons abrégé les exemples par souci de brièveté.
[12] Id., p. 33.
[13] Id., p. 74-75.
[14] En fait, la dédicace reste très vague sur les conditions de rédaction du recueil. Le soin de repérer l’histoire-cadre dominante est laissé au lecteur. Pour l’étude de ce phénomène, on se reportera à D. LAGORGETTE, Prologues et épilogues dans quelques recueils de récits brefs en moyen français, Bien dire, Bien aprandre, t. 19, « Prologues et épilogues dans la littérature au Moyen Âge », Lille, 2001, p. 139-147.
[15] Op. cit., p. 86.
[16] G.A. PEROUSE, Des nouvelles vrayes comme evangile: réflexions sur la présentation du récit bref au XVIe siècle, La Nouvelle : définitions, transformations, Lille, 1990, p. 91-93 : « Dans la logique de sa dénomination […], la nouvelle fait référence à des réalités proches, et familières en leur cadre. […] Mais, à cette proche familiarité du sujet, vient s’ajouter, sans la moindre contradiction, son caractère étonnant. […] Ressurgit donc ici […] le problème central de l’accréditation. La nouvelle bouscule notre créance. […] L’écrivain, quant à lui, va nous dire […] que le récit lui a été fait par des témoins dignes de foi, voire qu’il a personnellement vécu ou vu l’aventure qu’il s’apprête à narrer. […] D’où notre sixième point […] : la véracité de la nouvelle. La nouvelle, en son essence, n’est pas un genre de fiction. »
[17] R. DUBUIS, Le mot « Nouvelle » au Moyen Âge : de la nébuleuse au terme générique, La Nouvelle : définitions, transformations, Lille, 1990, p. 24 : « L’auteur des Cent nouvelles nouvelles a, en effet, les idées claires sur ce qu’est, à ses yeux, une “nouvelle”. Elle doit être le récit d’un événement à la fois réel et récent. […] Elle doit surtout être le récit bref d’un événement qui mérite d’être rapporté, une “aventure”. »
[18] Les Quinze Joyes de Mariage, éd. J. RYCHNER, Genève, 1967.
[19] Pour une analyse de tel en français moderne et de ses différentes valeurs sémantiques, nous renvoyons à M. RIEGEL, Tel adjectif. Grammaire d’une variable de caractérisation, Langue française, t. 116, 1997, p. 81-99, qui traite tout particulièrement de tel en tant qu’adjectif.
[20] Op. cit., p. 83.
[21] Nouvelles 1, 3, 4, 7, 10, 12, 13, 14, 18, 20,22, 23, 24, 27, 31, 32, 33, 37, 38, 40, 41, 42, 43, 47, 52, 54, 59, 61, 64, 65, 66, 67, 73, 75, 76, 77, 81, 82, 85, 86, 87, 88, 93, 94, 97, 99.
[22] Nouvelles 1, 3, 4, 8, 20, 22, 24, 27, 30, 40, 53, 57, 61, 65, 66, 86, 87, 88, 92, 93, 97, 99.
[23] Nouvelles 8 : nostre fille grosse, 30 : nos femmes, 53 : nostre vieille, 57 : nostre damoiselle bergière, 92 : nos bourgoises.
[24] Notons au passage que l’anglais moderne emploie toujours très fréquemment ce notre (« our ») avec un nom commun tout comme avec un nom propre sans aucune connotation ironique, dans un registre de type familier et dans la classe ouvrière ; en revanche, le français utilise notre avec un nom commun ou avec un nom propre pour créer un effet parodique.
[25] M. PERRET, Histoire, nomination, référence, LINX, t. 32, 1995, p. 177.
[26] Nouvelles 1, 8, 10, 13, 18, 20, 22, 24, 27, 31, 33, 42, 43, 52, 54, 59, 73, 75, 76, 87, 88, 94, 97, 99.
[27] Nouvelles 1, 13, 20, 31, 42, 43, 52, 54, 59, 75, 76, 88, 94, 97.
[28] Condescendance que l’on retrouve dans l’expression moderne une bonne poire: la bonté est fréquemment associée à une forme de sottise ou en tous cas de crédulité.
[29] Op. cit., p. 51.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Les Cent nouvelles nouvelles, éd. F.P. SWEETSER, Genèv...
[suite] Suite de la note...
[2]
Nous abrégerons « Groupes Nominaux » par « G.N. » désor...
[suite] Suite de la note...
[3]
J. RASMUSSEN, La prose narrative française du XVe siècl...
[suite] Suite de la note...
[4]
Les Cent nouvelles nouvelles, éd. P. CHAMPION, Genève,...
[suite] Suite de la note...
[5]
G.A. PEROUSE, Nouvelles françaises du XVIe siècle, imag...
[suite] Suite de la note...
[6]
Que nous abrégerons désormais N.P. Suite de la note...
[7]
Il n’est pas rare, d’ailleurs, que les éditeurs de textes, ...
[suite] Suite de la note...
[8]
La notion de genre appliquée à la littérature du Moyen ...
[suite] Suite de la note...
[9]
Nous renverrons désormais, pour plus de commodité, à ces de...
[suite] Suite de la note...
[10]
Op. cit., p. 32. Suite de la note...
[11]
Op. cit., p. 47-48. Nous avons abrégé les exemples par...
[suite] Suite de la note...
[12]
Id., p. 33. Suite de la note...
[13]
Id., p. 74-75. Suite de la note...
[14]
En fait, la dédicace reste très vague sur les conditions de...
[suite] Suite de la note...
[15]
Op. cit., p. 86. Suite de la note...
[16]
G.A. PEROUSE, Des nouvelles vrayes comme evangile: réfl...
[suite] Suite de la note...
[17]
R. DUBUIS, Le mot « Nouvelle » au Moyen Âge : de la nébuleu...
[suite] Suite de la note...
[18]
Les Quinze Joyes de Mariage, éd. J. RYCHNER, Genève, 1...
[suite] Suite de la note...
[19]
Pour une analyse de tel en français moderne et de ses diffé...
[suite] Suite de la note...
[20]
Op. cit., p. 83. Suite de la note...
[21]
Nouvelles 1, 3, 4, 7, 10, 12, 13, 14, 18, 20,22, 23, 24, 27...
[suite] Suite de la note...
[22]
Nouvelles 1, 3, 4, 8, 20, 22, 24, 27, 30, 40, 53, 57, 61, 6...
[suite] Suite de la note...
[23]
Nouvelles 8 : nostre fille grosse, 30 : nos femmes, 53 ...
[suite] Suite de la note...
[24]
Notons au passage que l’anglais moderne emploie toujours tr...
[suite] Suite de la note...
[25]
M. PERRET, Histoire, nomination, référence, LINX, t. 32...
[suite] Suite de la note...
[26]
Nouvelles 1, 8, 10, 13, 18, 20, 22, 24, 27, 31, 33, 42, 43,...
[suite] Suite de la note...
[27]
Nouvelles 1, 13, 20, 31, 42, 43, 52, 54, 59, 75, 76, 88, 94...
[suite] Suite de la note...
[28]
Condescendance que l’on retrouve dans l’expression moderne ...
[suite] Suite de la note...
[29]
Op. cit., p. 51. Suite de la note...